{"id":5820,"date":"2026-10-17T15:15:17","date_gmt":"2026-10-17T13:15:17","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5820"},"modified":"2026-10-17T15:15:18","modified_gmt":"2026-10-17T13:15:18","slug":"leusses-tu-cru-chapitre-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/leusses-tu-cru-chapitre-1-5820","title":{"rendered":"L&rsquo;eusses-tu cru ? chapitre 1"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ce qui suit est le tout premier chapitre d&rsquo;une \u00ab\u00a0new romance\u00a0\u00bb que je r\u00e9dige en ce moment \u2014 avec un zeste de second degr\u00e9, bien s\u00fbr. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Allong\u00e9e sur le bord de ma piscine \u00e0 d\u00e9bordement, je regarde, dans l\u2019ordre, le vallon clair entre mes seins, mon ventre plat et imberbe, mes genoux ronds, mes pieds aux ongles d\u00e9licatement peints d\u2019un rose fuschia vibrant, la mer qui scintille et, tout au fond, le soleil pos\u00e9 sur l\u2019horizon, qui ne semble pas d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 plonger tout \u00e0 fait. L\u2019instant est suce pendu (1) \u00e0 ma paresse. Je retiens le globe rouge du bout de mes cils, entre mes yeux entreb\u00e2ill\u00e9s. Rien ne bouge, et surtout pas moi. Je me sens fondre doucement, tant la sensation est plaisante. J\u2019aurais devant moi une cr\u00e9ature d\u00e9shabill\u00e9e et d\u00e9sirable que je ne serais pas plus, pas mieux dispos\u00e9e au d\u00e9sir. Mais il faut bien reconna\u00eetre que l\u2019amour que j\u2019ai pour moi surpasse tout ce que la fiction ou la r\u00e9alit\u00e9 pourrait m\u2019apporter d\u2019extases.<br>De mon i-phone 18-Pro monte en sourdine la voix de fauve castr\u00e9 de Jul :<br>\u00ab Tchiki-Tchikita<br>Tchiki-Tchikita<br>Tchiki-Tchikita<br>Tchiki-Tchikita<br>Tchiki-Tchikita<br>Tchiki-Tchikita<br>Elle a l&rsquo;regard qui tue Tchikita\u2026 \u00bb<br>Le bonheur\u2026<br><br>Reprenons. Mes seins restent bien droits, les pointes, caress\u00e9es de soleil, sont surexcit\u00e9es par la brise. Quelques gouttes d\u2019eau, h\u00e9rit\u00e9es de mon dernier plongeon dans la piscine, s\u2019accrochent encore \u00e0 leur courbe. J\u2019ai des genoux parfaits. Chanel disait que c\u2019\u00e9tait si rare qu\u2019il valait mieux, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les cacher sous le pli de la jupe. Pas les miens, que j\u2019ai toujours exhib\u00e9s avec innocence. Encore qu\u2019innocence, en ce qui me concerne, soit un mot certainement exag\u00e9r\u00e9.<br>Je passe mon index sur l\u2019int\u00e9rieur de ma cuisse. \u00ab De la soie \u00bb, dit Marc. \u00ab Du velours\u2026 \u00bb \u00ab Du satin\u2026 \u00bb La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019aucune comparaison ne peut rendre compte de la finesse de ma peau. <br>Je suis nue et totalement \u00e9pil\u00e9e, les derniers rayons de soleil me dorent doucement la chatte et les t\u00e9tons. Une sensation magnifique. Peau de blonde bronze dor\u00e9. Je ressemble \u00e0 la poup\u00e9e couverte d\u2019or aper\u00e7ue un soir dans Gode Finger.<br>Mes pieds sont petits, rapport\u00e9s \u00e0 ma taille. 5,5 en pointure am\u00e9ricaine pour cinq pieds neuf pouces. Assez grande pour d\u00e9passer bien des hommes plus petits, surtout si je mets des talons, et assez \u00e9lanc\u00e9e et bien proportionn\u00e9e pour impressionner les grands hommes.<br>Marc est juste entre les deux. Assez riche pour s\u2019\u00e9galer aux plus grands, assez grand pour m\u2019avoir \u00e0 ses pieds. Exactement ce que l\u2019on demande \u00e0 un mari \u2014 ou ce qu\u2019un mari vous demande.<br>Enfin, quand il est l\u00e0. La plupart du temps, j\u2019ai la grande maison de Malibu pour moi toute seule\u2026<br><br>\u00ab Elle veut me parler me fait la grande la madame<br>J&rsquo;ai rien pour toi moi j&rsquo;vie toujours dans dans ma came<br>J&rsquo;plonge dans ses yeux, je m&rsquo;y noie<br>J&rsquo;la regarde je m&rsquo;y voie<br>J&rsquo;plonge dans ses yeux, je m&rsquo;y noie<br>J&rsquo;la regarde je m&rsquo;y voie<br>Elle a l&rsquo;regard qui tue Tchikita\u2026 \u00bb<br><br>Arriv\u00e9 \u00e0 ce point du r\u00e9cit, la r\u00e9dactrice, ghost writer de cette autobiographie sinc\u00e8re, s\u2019interroge. Malibu, certes, \u00e7a fait am\u00e9ricain. Mais pourquoi succomber aux clich\u00e9s, dans ce r\u00e9cit qui en est \u00e9videmment d\u00e9pourvu ? Allons, resituons l\u2019histoire sur le territoire fran\u00e7ais \u2014 o\u00f9 d\u2019ailleurs elle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e.<br><br>La plupart du temps, j\u2019ai la grande maison de Juan-les-Pins pour moi toute seule\u2026<br>Moi et ma cam\u00e9riste, comme on disait autrefois. Julia, ma belle m\u00e9tisse. Elle s\u2019occupe de moi, r\u00e9pond au t\u00e9l\u00e9phone, pr\u00e9pare le repas, elle me lavera tout \u00e0 l\u2019heure et me massera doucement avec une huile non grasse coupl\u00e9e \u00e0 un lubrifiant parfum\u00e9, ce qui lui permet, quand elle en a fini avec mes \u00e9paules et mes reins, de prolonger ses caresses un peu plus bas, jusqu\u2019\u00e0 ce que je me torde en g\u00e9missant. Et si j\u2019ai envie qu\u2019elle continue, je me retourne sur le dos.<br>Elle devrait arriver \u2014 c\u2019est l\u2019heure de ma margarita (2).<br>Je ferme les yeux. Le soleil est au plus bas, pile dans mon regard. Il semble pos\u00e9 sur le gros orteil de mon pied gauche.<br>J\u2019ai vingt-huit ans. Ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 fertiles en surprises de toutes sortes. Celle que j\u2019\u00e9tais il y a dix ans est morte et enterr\u00e9e \u00ac\u2014 serveuse dans un bar de Forcalquier, habitant sagement chez ma m\u00e8re, mon p\u00e8re parti avant ma naissance, la paternit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas sa longueur d\u2019ondes. Ma vie se d\u00e9roulait entre les pastis de midi et le service des sp\u00e9cialit\u00e9s locales, souris d\u2019agneau confite \u00e0 l\u2019ail (3) et tiramisu. Longue pause apr\u00e8s les caf\u00e9s, et possibilit\u00e9 de rentrer chez soi jusqu\u2019\u00e0 cinq heures, quand les Parisiens fatigu\u00e9s qui hantent le Luberon d\u00e9cident d\u2019aller prendre un premier verre.<br>Chez moi, c\u2019\u00e9tait une vieille maison un peu branlante, construite au XVIIe si\u00e8cle, ce qui lui conf\u00e8re un cachet dont nous nous passerions, surtout avec le toit \u00e0 refaire et la Commission des sites class\u00e9s qui veille.<br>Le soleil se fond dans la M\u00e9diterran\u00e9e. Une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re brise vient de la mer, et me signale que le cr\u00e9pu s\u2019encule s\u2019installe lentement. La mer est violette, le ciel s\u2019est teint\u00e9 d\u2019un rouge sans gland. <br>\u00ab Elle me trouve beau m\u00eame quand j&rsquo;le suis pas<br>Fuis moi j&rsquo;te suis elle j&rsquo;la suis elle m&rsquo;fuit pas<br>Elle a l&rsquo;regard qui tue Tchikita\u2026 \u00bb<br><br>Il y a eu pas mal de sang dans ma courte vie. Du sang et du foutre. So what ? J\u2019ai surv\u00e9cu. Je n\u2019\u00e9tais rien, et me voici l\u2019\u00e9pouse d\u2019un millionnaire \u2014 et je le resterai, \u00e7a lui co\u00fbterait trop cher de me renvoyer dans mon Luberon natal. Demain, le soleil se couchera de la m\u00eame fa\u00e7on : nous avons, en cette saison, sign\u00e9 un pacte avec le syndicat d\u2019initiative pour qu\u2019il fasse toujours beau. La maison a co\u00fbt\u00e9 assez cher pour \u00e7a !<br>Voil\u00e0 : \u00eatre riche permet de commander \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o. Si cet hiver j\u2019ai des envies de neige, nous partirons pour Meg\u00e8ve, avec vue directe sur le massif du Beaufortain. Le jet de Marc fait le trajet Nice-Meg\u00e8ve en moins de 45 minutes. Juste le temps de s\u2019envoyer en l\u2019air, prendre une douche et s\u2019habiller chaud pour l\u2019atterrissage ! L\u2019hiver dernier, nous sommes rest\u00e9s dans le sud, je n\u2019ai pas eu l\u2019occasion de mettre le splendide manteau en zibeline que MonCh\u00e9riMonC\u0153ur m\u2019a rapport\u00e9 de Russie.<br>Au fait, qu\u2019\u00e9tait-il all\u00e9 faire en Russie ?<br>Julia vient d\u2019arriver. Elle me passe la main dans les cheveux, me griffe doucement la nuque. Je ronronne.<br>Le bonheur, oui. Au fond, c\u2019est tr\u00e8s simple.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(1) Dyslexique profonde, Emmanuelle a parsem\u00e9 ses carnets autobiographiques d\u2019errances orthographiques que je me suis fait un devoir de respecter, tout en remettant son r\u00e9cit en bon ordre. Qu\u2019elles aient le plus souvent un arri\u00e8re-fond \u00e9rotique ne m\u2019\u00e9tonne gu\u00e8re, la connaissant. <em>Note de la ghost writer<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(2) Rappelons la composition d\u2019une margarita classique. Givrez le bord d\u2019un verre \u00e0 pied en l\u2019humectant avec un quartier de citron vert puis en le passant dans une coupelle remplie de fleur de sel. Mettez dans un shaker rempli de gla\u00e7ons 3 mesures de tequila, 1 mesure de jus de citron vert, 1 mesure de triple-sec (une liqueur d\u2019\u00e9corces d\u2019oranges) \u2014 agitez vigoureusement et servez.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>(3) Le secret, c\u2019est de balayer les souris, apr\u00e8s les avoir fait dorer, avec un pinceau imbib\u00e9 de miel \u2013 avant de les enfourner pour trois petites heures dans leur cocotte. <em>Note de la ghost writer<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean-Paul Brighelli<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce qui suit est le tout premier chapitre d&rsquo;une \u00ab\u00a0new romance\u00a0\u00bb que je r\u00e9dige en ce moment \u2014 avec un zeste de second degr\u00e9, bien s\u00fbr. 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