{"id":5843,"date":"2026-10-31T05:31:31","date_gmt":"2026-10-31T04:31:31","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5843"},"modified":"2026-10-31T05:54:04","modified_gmt":"2026-10-31T04:54:04","slug":"bon-achat-dit-le-commissaire-priseur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/bon-achat-dit-le-commissaire-priseur-5843","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Bon achat\u00a0\u00bb, dit le commissaire-priseur\u2026"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Le lot suivant, dit le commissaire-priseur\u2026<br>Il a une fort belle voix, chaude et amicale, d\u00e9pourvue de tout accent. Dans la vraie vie, il est d\u2019ailleurs commentateur de documentaires animaliers pour la t\u00e9l\u00e9vision, et fort demand\u00e9.<br>&#8211; \u2026 est une jeune femme de 23 ans. Elle est brune, comme vous pouvez le voir. Elle mesure 1m75 pour 64 kilos \u2014 une sorte de perfection, mais l\u2019acheteur pourra, \u00e0 son gr\u00e9, l\u2019engraisser ou la faire maigrir. Nous rappelons toutefois qu\u2019il ne lui sera pas loisible de la faire mourir dans la premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019utilisation, sous peine de payer une seconde fois la somme d\u00e9bours\u00e9e lors de l\u2019achat.<br>Les amateurs pr\u00e9sents \u2014 une vingtaine de personnes des deux sexes \u2014 opinent. Certes, ils aiment le sang, mais dans des mesures raisonnables. <br>&#8211; Elle s\u2019appelle pr\u00e9sentement Docile, ce qui lui va fort bien, m\u2019a confi\u00e9 son Ma\u00eetre. L\u2019acheteur pourra bien s\u00fbr la d\u00e9baptiser \u00e0 son gr\u00e9. <br>Les amateurs d\u00e9taillent le lot propos\u00e9 \u00e0 leur curiosit\u00e9. Docile est v\u00eatue d\u2019une tunique de gaze l\u00e9g\u00e8rement moir\u00e9e, qui ne dissimule pas grand-chose. Elle a une grande chevelure noire, et un petit buisson pubien de la m\u00eame intensit\u00e9 d\u2019\u00e9b\u00e8ne, manifestement conserv\u00e9 pour mettre en valeur sa peau de lait.<br>&#8211; Le vendeur se porte garant de la parfaite soumission de l\u2019objet propos\u00e9. Du reste, nous allons nous en assurer. <br>Il se saisit d\u2019une cravache de dressage pos\u00e9e sur son bureau, et fait un signe \u00e0 la jeune femme. Elle soul\u00e8ve sa tunique, exhibant une paire de fesses d\u2019une coupe parfaire. Le commissaire assure la longue badine dans sa main, et ass\u00e8ne trois coups de belle intensit\u00e9 sur les globes offerts.<br>Docile g\u00e9mit \u00e0 peine. On voit distinctement les trois balafres rouge\u00e2tres sur la peau ivoirine. Mais en moins d&rsquo;une minutes, elles p\u00e2lissent et s&rsquo;estompent, avant de s&rsquo;effacer tout \u00e0 fait. \u00ab C&rsquo;est magique, dit le commissaire-priseur. Cette peau a des facult\u00e9s inou\u00efes de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. Comme un \u00e9cran d&rsquo;ordinateur d&rsquo;o\u00f9 vous supprimeriez le texte h\u00e2tivement r\u00e9dig\u00e9. \u00bb<br>Il y a un murmure approbateur dans l\u2019assembl\u00e9e. Le bruit du cuir sur l\u2019\u00e9piderme, les stigmates de cette flagellation improvis\u00e9e, puis leur disparition, t\u00e9moignent de l\u2019application, du s\u00e9rieux du commissaire, et de la qualit\u00e9 surnaturelle de l&rsquo;esclave mise en vente. \u00ab C\u2019est la meilleure m\u00e9thode, dit une femme, seule la profondeur des traces t\u00e9moigne r\u00e9ellement de la force du coup. Le reste, c\u2019est du chiqu\u00e9. \u00bb <br>Les personnes qui l\u2019entourent approuvent doctement. Mais tous sont sid\u00e9r\u00e9s de la disparition des stigmates. Et enthousiastes. \u00ab Ainsi, dit une voix en sourdine, on peut recommencer \u00e0 la battre, encore et encore, sans que le lendemain il n&rsquo;en paraisse rien\u2026  \u00bb<br>&#8211; Docile est ouverte \u00e0 toutes les fantaisies, continue imperturbablement le commissaire. Le vendeur a veill\u00e9 \u00e0 qu\u2019elle soit convenablement dilat\u00e9e. Voyez vous-m\u00eames\u2026<br>D\u2019un geste, il indique \u00e0 la Soumise de se pencher. On voit alors distinctement le bouchon de cristal qui verrouille son cul. Le commissaire \u00e9tend la main, et extirpe du conduit anal un plug de cristal effil\u00e9 d\u2019une quinzaine de centim\u00e8tres de long, et d\u2019une dizaine sur sa plus grande largeur. L\u2019esclave g\u00e9mit bri\u00e8vement. L\u2019anus reste ouvert, r\u00e9v\u00e9lant un rectum sombre et parfaitement propre.<br>&#8211; Pr\u00e9cisons, ajoute le commissaire, que l\u2019objet mis \u00e0 la vente ob\u00e9ira sans distinction \u00e0 un homme ou \u00e0 une femme. Elle a \u00e9t\u00e9 dress\u00e9e pour avaler ce qu\u2019on voudra mettre dans sa bouche. <br>\u00ab Qu\u2019ajouter, sinon que cette jeune femme est une soprano fort entra\u00een\u00e9e, \u00e0 qui vous pourrez demander, si la fantaisie vous en prend, tel ou tel air du r\u00e9pertoire. Il peut \u00eatre plaisant de fouetter jusqu\u2019au sang une esclave qui, pendant ce temps, entonne l\u2019air de la folie de Donizetti\u2026 La douleur est un excellent stimulant pour les cordes vocales. Bien s\u00fbr, si elle osait une fausse note, vous auriez un excellent pr\u00e9texte pour la punir imm\u00e9diatement.<br>\u00ab Que dire encore, sinon que Docile ma\u00eetrise trois autres langues que le fran\u00e7ais. Vous pourrez donc, selon votre fantaisie, lui enjoindre de g\u00e9mir et de supplier en italien, en allemand et en russe \u2014 ou de chanter dans l\u2019une ou l\u2019autre de ces langues.<br>Il marque une pause. Il conna\u00eet son m\u00e9tier, et sait qu\u2019apr\u00e8s avoir chant\u00e9 les louanges du produit, il faut donner aux amateurs le temps de les assimiler, avant d\u2019en venir \u00e0 la partie la plus platement r\u00e9aliste mais la plus attendue : le prix.<br>&#8211; Mise \u00e0 prix, douze mille euros, dit enfin le commissaire. Y a-t-il d\u00e9j\u00e0 une offre ?<br>Un gros homme globalement porcin l\u00e8ve la main. On le conna\u00eet bien, ses soir\u00e9es sont somptueuses et d\u00e9cadentes, lui-m\u00eame aime le sang. <br>Une dame d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, d\u00e9j\u00e0 us\u00e9e par le soleil et les vices, articule distinctement : \u00ab Quinze mille. \u00bb<br>Puis les offres s\u2019emballent. On atteint tr\u00e8s rapidement les trente mille euros. Le poussah prend une mine d\u00e9go\u00fbt\u00e9. Il a surench\u00e9ri jusqu\u2019\u00e0 vingt-cinq mille. Aucune femme, estime-t-il, ne vaut davantage. Il en a d\u00e9j\u00e0 trois acquises \u00e0 ce prix dans son \u00e9curie. Que lui chaut d\u2019en poss\u00e9der une quatri\u00e8me ?<br>Il a un geste de d\u00e9pit et de renonciation.<br>La derni\u00e8re ench\u00e8re a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e par la quinquag\u00e9naire fatigu\u00e9e. Le commissaire saisit le petit marteau d\u2019ivoire. \u00ab Trente mille une fois\u2026 \u00bb<br>&#8211; Quarante mille, lance pos\u00e9ment une voix m\u00e9tallique qui vient du fond de la salle.<br>On se retourne. L\u2019homme qui a parl\u00e9 est un chirurgien connu qui a rapetass\u00e9 de son mieux plusieurs des rombi\u00e8res de l\u2019assistance. Il est venu accompagn\u00e9 de son \u00e9pouse, une grande bourgeoise fort bien habill\u00e9e dont on ne sait pas grand-chose.<br>Le commissaire-priseur lance un regard circulaire. Les diff\u00e9rents ench\u00e9risseurs secouent la t\u00eate. <br>Le marteau s\u2019abattit. \u00ab Quarante mille euros pour le monsieur au fond, dit-il d\u2019une voix claire. Bon achat ! Mes f\u00e9licitations, cher ami\u2026 \u00bb<br>Il se l\u00e8ve, passe un collier de chien reli\u00e9 \u00e0 une cha\u00eene d\u2019acier au cou de Docile, et l\u2019am\u00e8ne lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019heureux acheteur. Celui-ci se l\u00e8ve, r\u00e9cup\u00e8re son manteau pli\u00e9 sur une chaise devant lui, et le pose sur les \u00e9paules de son achat. <br>&#8211; Inutile que vous mouriez de froid, dit-il avec sollicitude. Il existe bien d\u2018autres mani\u00e8res plus suaves de succomber, n\u2019est-ce pas\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean-Paul Brighelli<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouy\u0308 (1842-1923), <em>L&rsquo;Esclave blanche<\/em>, 1888<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"801\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2026\/10\/Jean-Jules-Antoine-Lecomte-du-Nouy-1842-1923-LEsclabve-blanche-1888-801x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5852\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2026\/10\/Jean-Jules-Antoine-Lecomte-du-Nouy-1842-1923-LEsclabve-blanche-1888-801x1024.jpg 801w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2026\/10\/Jean-Jules-Antoine-Lecomte-du-Nouy-1842-1923-LEsclabve-blanche-1888-235x300.jpg 235w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2026\/10\/Jean-Jules-Antoine-Lecomte-du-Nouy-1842-1923-LEsclabve-blanche-1888-768x982.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2026\/10\/Jean-Jules-Antoine-Lecomte-du-Nouy-1842-1923-LEsclabve-blanche-1888-328x420.jpg 328w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2026\/10\/Jean-Jules-Antoine-Lecomte-du-Nouy-1842-1923-LEsclabve-blanche-1888-696x890.jpg 696w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2026\/10\/Jean-Jules-Antoine-Lecomte-du-Nouy-1842-1923-LEsclabve-blanche-1888.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 801px) 100vw, 801px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; Le lot suivant, dit le commissaire-priseur\u2026Il a une fort belle voix, chaude et amicale, d\u00e9pourvue de tout accent. 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