{"id":634,"date":"2015-02-05T10:08:14","date_gmt":"2015-02-05T10:08:14","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=634"},"modified":"2021-04-22T18:50:01","modified_gmt":"2021-04-22T16:50:01","slug":"chroniques-du-regne-de-chamallow-ier-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/chroniques-du-regne-de-chamallow-ier-i-634","title":{"rendered":"F\u00e9condit\u00e9, poil au nez"},"content":{"rendered":"<p>On se rappelle l\u2019adage\u00a0: <em>nulla dies sine linea<\/em>. Ecrire chaque jour. Ouais\u2026 Combien de \u00ab\u00a0lignes\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>George Sand \u00e9crivait chaque matin, six heures durant. Quarante pages par jour. D\u2019une \u00e9criture fluide, quasiment sans ratures. Flaubert, qui est rest\u00e9 son grand copain, lui \u00e9crit un jour qu\u2019il ne comprend pas comment elle fait. Lui, quand il a \u00e9crit deux lignes dans la journ\u00e9e, il est content \u2014 \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral il les rature le lendemain. Les brouillons de Flaubert sont des \u0153uvres d\u2019art \u2014 dans le genre expressionnisme abstrait. Il est le Jackson Pollock de la plume.<a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2015\/02\/flaubert.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-638\" src=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2015\/02\/flaubert.jpg\" alt=\"\" width=\"340\" height=\"479\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2015\/02\/flaubert.jpg 340w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2015\/02\/flaubert-212x300.jpg 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 340px) 100vw, 340px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Pourtant, le m\u00eame Flaubert \u00e9crit \u00e0 toute allure des lettres extraordinaires, chaque jour. Des pages et des pages. Sans ratures.<\/p>\n<p>\u00c0 peu pr\u00e8s comme nous envoyons des SMS ou des mails. Parce que ces lettres ont pour lui le m\u00eame statut \u2014 c\u2019est de la parole fig\u00e9e, mais pas vraiment de l\u2019\u00e9criture. D\u2019ailleurs, l\u00e0 g\u00eet la diff\u00e9rence entre manuscrit et tapuscrit, texte jet\u00e9 sur la page ou texte imprim\u00e9. Le premier porte litt\u00e9ralement toutes les traces du corps du r\u00e9dacteur (Flaubert s\u2019en moquera dans un \u00e9pisode fameux de <em>Madame Bovary<\/em>, quand Rodolphe rajoute quelques gouttes de l\u2019eau des fleurs pour faire croire qu\u2019il a pleur\u00e9 en \u00e9crivant \u00e0 Emma sa lettre d\u2019adieu\u00a0: il additionne du corps sur le corps, il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 surench\u00e9rir, il y aurait toute une histoire de la repr\u00e9sentation des fluides corporels en litt\u00e9rature \u2014 ou ailleurs. Gustave m\u2019a tuer.<a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2015\/02\/f14.highres.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-639\" src=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2015\/02\/f14.highres-569x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"569\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2015\/02\/f14.highres-569x1024.jpg 569w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2015\/02\/f14.highres-166x300.jpg 166w\" sizes=\"auto, (max-width: 569px) 100vw, 569px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ce que j\u2019\u00e9cris ici (ou ailleurs \u2014 sur LePoint.fr par exemple), n\u2019est pas vraiment \u00ab\u00a0\u00e9crit\u00a0\u00bb au sens qu\u2019aurait pu donner au terme l\u2019ermite de Croisset. Bien s\u00fbr, je r\u00e9dige sur un clavier \u2014 mais si je le pouvais, je transcrirais tout cela \u00e0 la main, pour bien marquer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une forme sp\u00e9cifique, qui tient de la voix bien plus que de l&rsquo;art. D\u2019ailleurs, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 bien meilleur \u00e0 l\u2019oral qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9crit. Une dissertation n\u2019est qu\u2019un \u00e9tat interm\u00e9diaire entre l\u2019\u00e9crit et l\u2019oral, une sorte de conversation \u00e0 distance, o\u00f9 tout se joue (dans toutes les mati\u00e8res, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit un peu) sur les traces soigneusement mises en place de connivence culturelle\u00a0: vous et moi, dit l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au correcteur, appartenons au m\u00eame monde, je traite l\u2019alg\u00e8bre ou la litt\u00e9rature avec les m\u00eames cl\u00e9s que vous. On se r\u00e9f\u00e8re, on connote, on \u00e9voque. En aucun cas on ne doit glisser vers le g\u00e9nie personnel. D\u2019ailleurs, le mot interdit par excellence, c\u2019est Je \u2014 et c\u2019est tr\u00e8s bien ainsi. Imaginez que les copies d\u00e9bordent des manifestations sentimentalo-po\u00e9tiques que les adolescents et les critiques litt\u00e9raires du <em>Monde<\/em> prennent pour de l\u2019originalit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 mes h\u00e9sitations (que certains, je l\u2019ai bien vu, prennent pour des coquetteries) \u00e0 livrer ici des fragments de ce qui pourrait \u00eatre \u00e9crit plus qu\u2019oral. Je ne suis bon (enfin, bon\u2026) qu\u2019\u00e0 \u00e9crire des \u00ab\u00a0petits p\u00e2t\u00e9s\u00a0\u00bb, comme disait Voltaire (sauf que les siens, c\u2019\u00e9tait <em>Candide<\/em> ou <em>Zadig<\/em>).<\/p>\n<p>Enfin, revenons-en aux grands anciens\u00a0: \u00ab\u00a0Ne for\u00e7ons point notre talent, nous ne ferions rien avec gr\u00e2ce\u00a0\u00bb. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il en est de La Fontaine comme de Laclos ou de Flaubert\u00a0: ils mettent la barre tellement haut qu\u2019on ne se sent capable que de passer dessous.<\/p>\n<p>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n<p><em><br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On se rappelle l\u2019adage\u00a0: nulla dies sine linea. Ecrire chaque jour. Ouais\u2026 Combien de \u00ab\u00a0lignes\u00a0\u00bb\u00a0? George Sand \u00e9crivait chaque matin, six heures durant. Quarante pages par jour. D\u2019une \u00e9criture fluide, quasiment sans ratures. Flaubert, qui est rest\u00e9 son grand copain, lui \u00e9crit un jour qu\u2019il ne comprend pas comment elle fait. 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