{"id":93,"date":"2007-07-07T18:51:24","date_gmt":"2007-07-07T18:51:24","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=93"},"modified":"2021-04-22T18:53:59","modified_gmt":"2021-04-22T16:53:59","slug":"sujets-de-fancais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/sujets-de-fancais-93","title":{"rendered":"Sujets de Fan\u00e7ais"},"content":{"rendered":"<p>Sujets de l&rsquo;EAF\u2026<\/p>\n<p> Dans le Figaro du 6 juillet, Marie-Christine Bellosta tirait sans sommations (et pourquoi en faire ?) sur les sujets de l\u2019Epreuve Anticip\u00e9e de Fran\u00e7ais (EAF en jargon EN\u2026). Comme un internaute diligent a pris soin de scanner la totalit\u00e9 de l\u2019article \u00e0 la suite de ma note \u00ab Langues anciennes \u00bb (voir http:\/\/bonnetdane.midiblogs.com\/archive\/2007\/07\/04\/langues-anciennes.html), je ne doublonnerai pas. <br \/> Je rappelle toutefois \u00e0 ceux qui ont la flemme de chercher dans les commentaires \u00e0 la date susdite que M-C. Bellosta, avec un sens de la pol\u00e9mique que je lui envie, moi qui en suis tout \u00e0 fait d\u00e9pourvu, notait sans acrimonie pour commencer que \u00ab Clemenceau jugeait la guerre trop s\u00e9rieuse pour la laisser conduire par des mar\u00e9chaux, [et que] l&rsquo;enseignement du fran\u00e7ais est, semble-t-il, une chose trop grave pour qu&rsquo;on l&rsquo;abandonne \u00e0 la hi\u00e9rarchie de l&rsquo;\u00c9ducation nationale. \u00bb Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les bonnes intentions de la loi Fillon, qui en avril 2005 \u2014 il y a mille ans \u2014 fit du Fran\u00e7ais le socle du socle, si je puis ainsi m\u2019exprimer, elle constatait que \u00ab les nouveaux programmes de fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire, r\u00e9dig\u00e9s sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;Inspection g\u00e9n\u00e9rale (4 avril 2007), ne tiennent compte ni de l&rsquo;esprit de la loi, ni de la lettre de son d\u00e9cret d&rsquo;application, ni des recommandations formul\u00e9es par le ministre \u00e0 la lumi\u00e8re des rapports d&rsquo;Alain Bentolila. Les exigences fix\u00e9es pour la fin du primaire sont plus basses que jamais, alors qu&rsquo;il aurait fallu en revenir au moins au programme de grammaire et de conjugaison sign\u00e9 par Jean-Pierre Chev\u00e8nement (1985). Et il serait vain d&rsquo;esp\u00e9rer que les programmes du coll\u00e8ge, en chantier, compenseront cette indigence : il faut que l&rsquo;\u00e9cole instruise davantage si l&rsquo;on veut qu&rsquo;ensuite quatre ans de coll\u00e8ge suffisent pour conduire les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise. \u00bb<\/p>\n<p> C\u2019est une \u00e9vidence. L\u2019Inspection g\u00e9n\u00e9rale travaille depuis de longs mois \u00e0 pondre de nouveaux programmes de coll\u00e8ge (peut-\u00eatre faudrait-il laisser cela \u00e0 des profs de coll\u00e8ge ? J&rsquo;en ai quelques-uns, r\u00e9ellement comp\u00e9tents, \u00e0 pr\u00e9senter au ministre, \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9quisition), dont on se demande s\u2019ils changeront l\u2019approche purement techniciste qui est aujourd\u2019hui celle de la plupart des enseignants \u2014 les plus conformes au moins, si je puis dire.<br \/> \u00ab La hi\u00e9rarchie de l&rsquo;\u00c9ducation nationale, ajoute Mme Bellosta, soutient que si ces programmes conduisent au m\u00e9pris du sens, c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils sont mal enseign\u00e9s. Reconnaissons plut\u00f4t qu&rsquo;ils ne sont pas enseignables. La preuve en est que les plus hautes autorit\u00e9s s&rsquo;av\u00e8rent souvent incapables de fournir des sujets de bac qui respectent le sens des textes. \u00bb<\/p>\n<p> Et pour illustrer son propos, voici ce que Mme Bellosta raconte du tout r\u00e9cent sujet d&rsquo;EAF :<br \/> \u00ab Le sujet 2007 des s\u00e9ries ES et S en offre un exemple. Son corpus rassemble trois textes h\u00e9t\u00e9roclites : le portrait de Gnathon par La Bruy\u00e8re (Les Caract\u00e8res), un fragment de 1846 o\u00f9 Victor Hugo consigne une \u00ab chose vue \u00bb (publication posthume) ; le po\u00e8me \u00ab La grasse matin\u00e9e \u00bb de Pr\u00e9vert (Paroles). Le candidat doit d&rsquo;abord \u00ab montrer que les textes du corpus ont une vis\u00e9e commune \u00bb. Ce qui est absolument faux. Car si Pr\u00e9vert et Hugo \u00e9voquent la question sociale, La Bruy\u00e8re n&rsquo;en a cure : son portrait de Gnathon d\u00e9nonce l&rsquo;\u00ab amour de soi \u00bb (notion clef du moralisme classique) en \u00e9num\u00e9rant les comportements ha\u00efssables qui en d\u00e9coulent. D&rsquo;autre part, Pr\u00e9vert et Hugo ne disent pas la m\u00eame chose de la question sociale. Pr\u00e9vert donne \u00e0 ressentir au lecteur les \u00e9motions violentes d&rsquo;un homme tortur\u00e9 par la faim. Hugo exprime par-devers lui un diagnostic politique : l&rsquo;opulence c\u00f4toie l&rsquo;extr\u00eame mis\u00e8re, et cette disproportion des fortunes, alli\u00e9e au changement des mentalit\u00e9s n\u00e9 de 1789, va provoquer une r\u00e9volution.<br \/> \u00ab Non content d&rsquo;encourager ainsi au contresens ceux des candidats qui choisissent de commenter La Bruy\u00e8re (sujet 1), l&rsquo;\u00c9tat-Examinateur trahit la pens\u00e9e d&rsquo;Hugo dans l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 du sujet 3 : \u00ab \u00c0 son arriv\u00e9e \u00e0 la Chambre des pairs [Hugo], sous le coup de l&rsquo;\u00e9motion, prend la parole \u00e0 la tribune pour faire part de son indignation et plaider pour plus de justice sociale. Vous r\u00e9digerez ce discours. \u00bb Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;\u00e9crire avec la plume d&rsquo;Hugo (!) un discours qu&rsquo;il ne risquait pas de prononcer \u00e9tant donn\u00e9 que la notion de \u00ab justice sociale \u00bb, ch\u00e8re \u00e0 notre Examinateur, n&rsquo;entrait pas dans ses cat\u00e9gories de pens\u00e9e, ni en 1846, ni plus tard. De fait, dans son discours sur \u00ab La Mis\u00e8re \u00bb de 1849, qui est son premier pas vers la gauche (1), Hugo propose d&rsquo;\u00ab \u00e9touffer les chim\u00e8res d&rsquo;un certain socialisme \u00bb en cr\u00e9ant un \u00ab code chr\u00e9tien de la pr\u00e9voyance et de l&rsquo;assistance publique \u00bb car \u00ab l&rsquo;abolition de la mis\u00e8re \u00bb doit permettre, dit-il, la \u00ab R\u00e9conciliation \u00bb des classes. \u00bb<\/p>\n<p> Ce que Marie-Christine Bellosta ne dit pas \u2014 peut-\u00eatre ne le sait-elle pas \u2014, c\u2019est que les sujets de fran\u00e7ais ne tombent pas du ciel. Derri\u00e8re tout contresens, il y a toujours un responsable.<br \/>Depuis quelques temps, pour ne l\u00e9ser personne (?) et faire semblant d\u2019aller dans le sens du r\u00e9gional, les sujets sont choisis chaque ann\u00e9e par une Acad\u00e9mie diff\u00e9rente. Cette ann\u00e9e, les sujets de S \/ ES ont \u00e9t\u00e9 choisis par l\u2019Acad\u00e9mie de Nice. Et le choix des sujets est de la responsabilit\u00e9 de l\u2019IPR locale (en l\u2019occurrence Marie-Lucile Milhaud, apparemment moins \u00e0 l\u2019aise sur La Bruy\u00e8re que sur Yves Bonnefoy\u2026), sous couvert de l\u2019IG locale \u2014 Catherine Bizot. Et derri\u00e8re elles, grand manitou du constructivisme p\u00e9dagogiste tel qu\u2019il s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9 de si nombreuses ann\u00e9es, plane l\u2019ombre de Katherine Weinland, ex-doyenne de l\u2019Inspection g\u00e9n\u00e9rale \u2014 celle qui affirmait dans l\u2019Express en 2002 : \u00ab 13% des \u00e9l\u00e8ves sont illettr\u00e9s en 6e, ce n&rsquo;est pas grave, ils n&rsquo;ont pas fini leurs \u00e9tudes \u00bb (voir l\u2019analyse de cette m\u00e9thode Zen \/ Cou\u00e9 sur http:\/\/www.r-lecole.freesurf.fr\/collok\/flashfr.htm. (2).<br \/> Et derri\u00e8re ces trois sommit\u00e9s de la pens\u00e9e litt\u00e9raire, quelques enseignants tri\u00e9s sur le volet pour leur souplesse id\u00e9ologique\u2026<\/p>\n<p> Alors, franchement, confier la r\u00e9daction de sujets du Bac \u00e0 des enseignants qui, trop souvent, ont trouv\u00e9 leurs dipl\u00f4mes dans des pochettes-surprise, est-ce bien s\u00e9rieux ? On voudrait d\u00e9grader d\u00e9finitivement le Bac que l\u2019on ne s\u2019y prendrait pas autrement. D\u2019ailleurs, est-il besoin de le d\u00e9grader ? Il y a deux ans, en septembre 2005, Fanny Capel (http:\/\/www.sauv.net\/capelcop.php) constatait d\u00e9j\u00e0 que le Bac n\u2019\u00e9tait plus, gr\u00e2ce aux efforts conjugu\u00e9s de ceux qui ont vid\u00e9 les programmes de tout contenu (Viala and Co.) et de ceux qui veillent \u00e0 ce que les sujets soient d\u00e9pourvus de sens (donc intraitables, donc in-notables, donc sur-not\u00e9s), qu\u2019un vague examen de fin d\u2019\u00e9tudes.<br \/> Soit nous refaisons d\u2019urgence les programmes, de la Maternelle au Bac (et dans cet ordre !), et nous redonnons au plus vieil examen fran\u00e7ais ses lettres de noblesse ; soit nous ent\u00e9rinons la situation actuelle, en expliquant aux parents que \u00ab pour cent balles et pour un Bac, t\u2019as plus rien \u00bb. Et alors les universit\u00e9s seront libres d\u2019imposer, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, la s\u00e9lection qui leur plaira \u2014 \u00e0 commencer par la plus stupide, la s\u00e9lection par l\u2019argent.<\/p>\n<p>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n<p>(1) Voir sur ce point le tout petit livre tr\u00e8s stimulant de Paul Lafargue (oui, le gendre de Marx, l\u2019homme du \u00ab Droit \u00e0 la paresse \u00bb), la L\u00e9gende de Victor Hugo (Mille et une nuits).<\/p>\n<p>(2) C\u2019est \u00e0 cette m\u00eame Katherine Weinland que Sauver les Lettres exp\u00e9diait une lettre pouverte de protestation devant la vacuit\u00e9 des nouvelles \u00e9preuves du Bac Fran\u00e7ais, en cette m\u00eame ann\u00e9e 2002 (http:\/\/www.sauv.net\/lettreinspec02.php). Avec le succ\u00e8s d\u2019autisme que l\u2019on imagine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sujets de l&rsquo;EAF\u2026 Dans le Figaro du 6 juillet, Marie-Christine Bellosta tirait sans sommations (et pourquoi en faire ?) sur les sujets de l\u2019Epreuve Anticip\u00e9e de Fran\u00e7ais (EAF en jargon EN\u2026). 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