Combien de femmes de Putiphar sur Twitter ?

femme de putiphar

 

 

 

 

 

 

 

 

« Couche avec moi », dit-elle à Joseph. Joseph s’enfuit. Alors elle dit à Putiphar, son mari, que Joseph avait essayé de coucher avec elle. Et Joseph fut jeté en prison.

C’est évidemment le personnage de « Petit Phare » qui m’a fait penser à Putiphar… et surtout à sa femme. Son histoire, parfaitement vraisemblable et tout à fait d’actualité, pourrait nous inciter à la prudence dans la manière dont nous recevons les balançages de porcs en série.

Je rappelle cet épisode biblique : Joseph (le fils de Jacob, pas le papa de Jésus) est vendu comme esclave à un Égyptien nommé Putiphar. La femme de ce dernier tente de séduire le bel et jeune esclave mais ne parvient pas à le faire céder à ses avances. Pour se venger, elle raconte à son mari que Joseph a tenté de la violer.

Il ne s’agit pas d’accabler Zouleïkha (c’est le nom que la tradition médiévale donnera à la femme de Putiphar) pour son appétit sexuel débridé, qui peut s’expliquer par une bien compréhensible frustration. En effet, si le nom de son mari signifie « le puissant », il est vraisemblable toutefois que celui-ci fût eunuque (c’est le cas dans la traduction d’Edouard Dhorme, par exemple). Mais cela n’excuse pas, de la part de cette dame, le mensonge et la diffamation que lui inspirent son dépit et son désir de vengeance.

Le pauvre Putiphar se retrouve donc confronté à une situation difficile puisqu’il doit choisir entre la parole d’une femme et la parole d’un Juif. Préférant manifestement encourir les foudres de la Licra plutôt que l’hystérie des féministes, Putiphar jette Joseph en prison. Il y moisira durant deux longues années pour une tentative de viol totalement calomnieuse.

Les féministes du monde entier devraient rendre hommage à Putiphar, non point parce que, en tant qu’eunuque, il représente certainement pour elles l’homme idéal, mais parce qu’il fut celui qui, le premier, appliqua la présomption de vérité face au témoignage d’une femme se présentant comme victime de harcèlement sexuel.

Je me permets de redonner ici le texte de l’extrait, c’est-à-dire Genèse, XXXIX, 7-20 :

Il advint que la femme de son maître leva les yeux vers Joseph et dit: « couche avec moi! » Mais il refusa et dit à la femme de son maître: « Voici que mon maître ne s’occupe avec moi de rien de ce qui est dans la maison et il a confié à ma main tout ce qui est à lui ! Il n’est pas plus grand que moi en cette maison et il ne me refuse rien, sinon toi, parce que tu es sa femme. Comment pourrais-je faire ce grand mal et pécher contre Dieu? » Or, bien qu’elle parlât à Joseph jour après jour, il ne l’écouta pas pour coucher à côté d’elle, pour avoir commerce avec elle.

Il advint un certain jour qu’il entra dans la maison pour faire son travail et il n’y avait dans la maison personne des gens de la maison. Elle le saisit par son habit en disant : « Couche avec moi ! » Mais il laissa son habit dans sa main, il s’enfuit et sortit au dehors. Quand elle vit qu’il avait laissé son habit dans sa main et qu’il s’était enfui au-dehors, elle appela les gens de sa maison et leur parla, en disant : « Voyez, on nous a amené un homme hébreu pour s’amuser avec nous; il est venu à moi pour coucher avec moi, et j’ai crié à haute voix. Lors donc qu’il a entendu que j’avais élevé ma voix et que je criais, il a laissé son habit à coté de moi, il s’est enfui et il est sorti au-dehors. » Alors elle déposa son habit à côté d’elle jusqu’à ce que son maître rentrât à la maison. Elle lui parla donc en ces termes, disant : « Le serviteur hébreu que tu nous as amené est venu à moi pour s’amuser avec moi. Mais comme j’avais élevé ma voix et que je criais, il laissa son habit et s’enfuit au dehors. »

Lors donc que son maître eut entendu les paroles que lui avait dites sa femme, en ces termes : « Telles sont les choses que m’a faites ton serviteur! » sa colère s’enflamma. Le maître de Joseph le prit et le mit dans la Rotonde, lieu où étaient emprisonnés les prisonniers du roi.

On notera que la femme de Putiphar détient une « preuve » de l’agression qu’elle a subie (le vêtement qu’elle a arraché à Joseph) et qu’elle prend soin, avant l’arrivée de son mari, d’établir une concordance des témoignages en racontant à tous les esclaves sa version de ce qui vient de lui arriver (on comprend qu’il ne sera pas facile pour eux de sous-entendre que, peut-être, madame est une menteuse). Dans le contexte actuel, on imagine que ces deux éléments tourneraient en boucle dans l’argumentaire de nos féministes de plateaux et de toutes les célébrités qui composeraient le « Comité de soutien à la femme de Putiphar ». Femen gueulardes et dénudées incluses, cela va de soi.

Rappelons, en conclusion, que ce passage a nourri l’imagination des peintres et il est amusant de voir que l’interprétation suggérée par le physique de la femme de Putiphar colore l’idée que l’on se fait de Joseph.

Tantôt, cette allumeuse est un laideron et l’on ne peut s’empêcher d’estimer que Joseph a peu de mérite à la repousser :

femme de putiphar3

Par Christian van Couwenbergh

Tantôt, la résistance de Joseph est vraiment héroïque :

femme de putipharPar Le Guerchin

femme de putiphar2Par Carlo Cignani

Enfin, on ne regrettera jamais assez la disparition du tableau de Deshays infemme de putiphar4titulé « la chasteté de Joseph », dont il ne nous reste que cette étude, quand on en lit, dans son Salon de 1763, le commentaire qu’en fait Diderot :

Je ne sais si ce tableau est destiné pour une église; mais c’est à faire damner le prêtre au milieu de sa messe, et donner au diable tous les assistants. Avez-vous rien vu de plus voluptueux ?

La femme de Putiphar s’est précipitée du chevet au pied de son lit. Elle est couchée sur le ventre, et elle arrête par le bras le sot et bel esclave pour lequel elle a pris du goût. On voit sa gorge et ses épaules. Qu’elle est belle, cette gorge ! Qu’elles sont belles, ces épaules ! L’amour et le dépit, mais plus encore le dépit que l’amour, se montrent sur son visage. Le peintre y a répandu des traits qui, sans la défigurer, décèlent l’impudence et la méchanceté. Quand on l’a bien regardée, on n’est surpris ni de son action, ni du reste de son histoire.

Cependant, Joseph est dans un trouble inexprimable. Il ne sait s’il doit fuir ou rester. Il a les yeux tournés vers le ciel. Il l’appelle à son secours. C’est l’image de l’agonie la plus violente. Deshays n’a eu garde de lui donner cet air indigné et farouche qui convient si peu à un galant homme qu’une femme charmante prévient. Il est peut-être un peu moins chaste que dans le livre saint; mais il est infiniment plus intéressant.

Lorsque je retourne au Salon, j’ai toujours l’espérance de le retrouver entre les bras de sa maîtresse. Cette femme a une jambe nue qui descend hors du lit. Ô l’admirable demi-teinte qui est là ! On ne peut pas dire que sa cuisse soit découverte; mais il y a une telle magie dans ce linge léger qui la cache, ou plutôt qui la montre, qu’il n’est point de femme qui n’en rougisse, point d’homme à qui le cœur n’en palpite. Si Joseph eût été placé de ce côté, c’eût été fait de sa chasteté. Ou la grâce qu’il invoquait ne serait point venue ; ou elle ne serait venue que pour exciter son remords.

Si l’on me donne à choisir un tableau au Salon, voilà le mien !

En raison de l’image qu’ils donnent de la femme, et de leur explicit content, le temps n’est peut-être pas si lointain où les propos de Diderot, comme le tableau qu’il commente, seront, au mieux, accompagnés d’un avertissement, au pire, interdits à la consultation.