Élève Zemmour, au tableau !

Eric Zemmour et l'historien Patrick Weil débattront une heure mardi soir sur BFMTV.

« Nous avons choisi de proposer pendant une heure cette confrontation d’idées, en prenant le temps, en allant au fond des choses », annonce Nathalie Lévy.

Pour une fois, Eric Zemmour n’était pas sommé de rendre des comptes sur tel texte ou propos jugé « choquant ». Il était invité à débattre et l’on n’avait pas mis en face de lui un éditorialiste ou un lobbyiste excité, mais un historien.

Motifs de satisfaction

Ou pas (voir plus bas).

Sachons nous réjouir. Cette émission semblait témoigner d’une volonté réelle, de la part de la chaîne, de donner la parole à Eric Zemmour sur des sujets qu’on ne lui offre pas souvent l’occasion d’aborder (si la seconde partie de l’émission parlait plus spécifiquement d’immigration, la première demi-heure abordait des points d’histoire: Napoléon, Guerre de 70, Clemenceau, Pétain/de Gaulle). Il faut même clairement reconnaître qu’avant cette émission, nous ne savions à peu près rien du contenu de son livre, alors qu’il en assure la promo depuis déjà plusieurs semaines. Seulement, les médias ont pris l’habitude d’interroger Zemmour sur Zemmour (c’est-à-dire sur la caricature qu’ils ont eux-mêmes construite) et non sur son livre.

Cette émission semblait également témoigner d’une volonté de reconnaître à Zemmour le statut d’intellectuel (et pas seulement de « polémiste »), non point en soutenant ses idées mais en le mettant sur le même plan de respectabilité que son interlocuteur. En apparence du moins…

Comme un malaise

Bien sûr, on peut critiquer cette émission.

1. On peut le faire d’une manière parfaitement dégueulasse (comme ici) :

zemmour-weil

Le commentaire, en-dessous de l’image, suggère très explicitement que « juifs » et « Français » sont deux catégories distinctes et non miscibles…

Je renverrai ces gens à un passage du livre d’Eric Zemmour qui explique par quel mouvement historique les Juifs se sont retrouvés à ce point présents dans les professions intellectuelles et le monde de l’argent (et par suite, pourrait-on ajouter, dans la sphère médiatique) :

Depuis la destruction du temple de Jérusalem, en 70, les juifs ont modifié leur culte, troquant leurs anciens rites sacrificiels pour l’étude et le commentaire de la Torah. Chaque juif a appris à lire pour connaître le texte sacré. Ils sont instruits quand les autres ne le sont pas. Ils sont les seuls à pouvoir rivaliser avec la science livresque des clercs qui impressionne tant leurs ouailles. A oser discuter une parole divine que les chrétiens reçoivent de la hiérarchie ecclésiale sans pouvoir la contester. Si on en croit le travail remarquable de l’historienne italienne Maristella Botticini et de l’économiste israélien Zvi Eckstein, dans leur livre The Chosen Few (Les Quelques élus), cet atout majeur a changé le destin des minorités juives en Europe : beaucoup d’entre eux ont abandonné le travail des champs pour le commerce, la médecine ou la finance. Ils ont voyagé et se sont organisés en réseaux. Ils en ont tiré une rémunération bien supérieure, mais ont suscité la haine inexpiable de leurs créanciers. (Destin français, p. 83)

Je me permettrai d’ajouter (mais c’est très personnel) que s’il y a un archétype assez répandu qui me sort par les yeux, c’est bien celui du catho-fric qui bosse dans la banque ou pour une compagnie d’assurance et qui se permet de critiquer les Juifs à longueur de conversations, alors qu’il éprouve manifestement vis-à-vis d’eux une forme de désir mimétique. Et qui me reproche d’écrire dans Causeur. Et qui m’explique qu' »on ne peut pas prétendre faire une vraie critique des médias si on ne commence pas par dire qu’il y a un problème juif ».

Le simple fait qu’un débat sur l’identité française puisse opposer un Zemmour et un Weil n’est-il pas la preuve qu’il n’y a pas de problème juif ? A ceux qui, comme sur le site précité, prétendent que Zemmour est « au service de sa race » et que son rôle est de saper notre moral pour nous tétaniser face au Grand Remplacement et nous rendre incapables d’y résister (ce qu’il faut pas entendre…), je rappellerai que la taqiya ne figure pas dans la loi hébraïque.

Cela étant dit, l’émission présentait tout de même un gros défaut de méthode.

2. Le tribunal médiatique… en plus subtil

C’est Patrick Weil qui reproche à Zemmour un « défaut de méthode » : Zemmour, dit-il, n’a pas procédé en bon historien.

La supercherie se révèle nettement: si l’on a placé Zemmour face à un historien, ce n’est pas pour le valoriser, c’est pour le rabaisser. On l’a mis face à un vrai historien pour faire apparaître, espère-t-on, son côté amateur. On a voulu le mettre dans la situation de l’élève face au professeur. Ce dernier le reprend systématiquement sur la méthode et le contenu. Or, à partir du moment où l’un des participants est officiellement investi d’une mission pédagogique vis-à-vis de l’autre, le débat est faussé.

Et de fait, il l’est officiellement : Nathalie Lévy présente Zemmour comme un essayiste développant une « vision très personnelle » de l’histoire, et Patrick Weil comme un « historien ». Point. La subjectivité marginale face à l’objectivité scientifique qui fait consensus. Zemmour se voit contraint de sacrifier du temps de parole pour rétablir une forme d’équilibre, en rappelant que l’histoire (comme l’information médiatique, ajouterais-je) est un discours sur les faits, donc une interprétation inévitablement porteuse d’un biais. C’est Zemmour aussi qui complètera lui-même la présentation de son interlocuteur en rappelant qu’il a eu, par le passé, des engagements politiques à gauche.

BFMTV aurait pu lui choisir pour contradicteur un historien de droite. Ils ont choisi un historien de gauche spécialiste de la question migratoire. Ce n’est pas « un historien ». C’est un historien de gauche spécialiste de la question migratoire.