L’humiliation des maires de France

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Mais qui a eu l’idée de cette mise en scène ?

Tout le monde est très content. Même les opposants parlent d’une « opération de communication » dont ils « ne sont pas dupes ». Comme s’il fallait concéder que la forme était impeccable.

Mais où sont les spécialistes habituels de la communication ?

On m’a reproché d’oser m’offusquer de la banalisation du mot « delta », devenu synonyme (avant de les supplanter…) des mots « écart » et « différence ». On m’explique avec compassion que cet emploi est totalement entré dans la langue commune. Eh bien, pas dans la mienne et pas dans le dictionnaire. Il témoigne seulement de la pollution du langage commun par les mots de la finance.

De même, les réactions globalement satisfaites après le « dialogue d’Emmanuel Macron avec les maires » du 15 janvier témoignent de l’extrême et terrifiante banalisation des pratiques d’entreprise à l’anglo-saxonne.

Macron s’inspire du principe du « stand-up meeting », c’est-à-dire une réunion dans laquelle les participants sont disposés en cercle autour d’un espace accueillant des orateurs successifs. L’idée est la suivante :

Exit tables et chaises, on se retrouve donc en cercle pour faire le point sur les tâches de l’équipe. Une forme de réunion efficace pour effectuer des bilans d’équipe, des tâches effectuées la veille aux principaux objectifs de chacun pour la journée.

Les avantages? On gagne en efficacité car la position debout encourage les participants à aller droit au but. Par ailleurs, on s’affranchit des distractions provoquées par la prise de notes sur un ordinateur pendant la réunion: on réduit ainsi la tentation de répondre à ses e-mails ou au réseau interne de l’entreprise.

Macron a déjà pratiqué le « stand-up meeting », durant la campagne présidentielle, notamment à la Mutualité à Paris,

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puis à Strasbourg.

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Cette expression anglaise est ambiguë. Le stand-up meeting est littéralement une « réunion debout ». Mais quand elle est longue, les participants, en attendant d’avoir la parole, se retrouvent assis. Le rapport d’égalité disparaît. Il est normal que le Président de la République ne soit pas dans un rapport d’égalité avec les maires. Mais dans ce cas, pourquoi jouer cette farce ?

Pire, les maires se retrouvent dans la situation qui était celle des militants (les « fans », pourrait-on dire) durant la campagne de Macron, posture accentuée par les séquences d’applaudissements. Loin de leur reconnaître une quelconque dignité, la mise en scène de cette prise de parole présidentielle les place donc dans le rôle des approbateurs contraints; silencieux ou enthousiastes.

Cet élément, les applaudissements, me fournit une transition vers ce qui constitue l’aspect le plus gênant dans la connotation de l’expression « stand-up meeting » en français. Dans notre lexique des anglicismes francisés, « le stand-up » désigne un spectacle comique et « le meeting », une allocution publique.

Les caractères égalitaires et collaboratifs de l’expression anglaise se perdent ainsi totalement en français.

De la même manière, la volonté macronienne de produire une mise en scène évitant le face à face du discours autant que la condescendance de l’estrade aboutit à l’effet inverse de celui escompté.

Assis alors que Macron est debout, les maires deviennent un public. Entourant l’orateur au lieu de lui faire face, ils deviennent une cour.