{"id":583,"date":"2017-09-07T21:11:06","date_gmt":"2017-09-07T21:11:06","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/?p=583"},"modified":"2021-04-23T15:35:01","modified_gmt":"2021-04-23T13:35:01","slug":"je-voglio-nicht-spike-globish","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/je-voglio-nicht-spike-globish-583","title":{"rendered":"Je voglio nicht spik\u00e9 globish"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/files\/2017\/09\/P1010707.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-584 size-large\" src=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/files\/2017\/09\/P1010707-1024x768.jpg\" alt=\"P1010707\" width=\"584\" height=\"438\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-content\/uploads\/sites\/27\/2017\/09\/P1010707-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-content\/uploads\/sites\/27\/2017\/09\/P1010707-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-content\/uploads\/sites\/27\/2017\/09\/P1010707-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-content\/uploads\/sites\/27\/2017\/09\/P1010707-400x300.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a>Si l&rsquo;on m&rsquo;avait dit qu&rsquo;un jour je r\u00e9digerais la recension d\u2019un livre sign\u00e9 Brighelli, moi qui appartiens \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des \u00ab\u00a0cr\u00e9tins\u00a0\u00bb\u2026<!--more--><\/p>\n<p><em>C\u2019est le fran\u00e7ais qu\u2019on assassine<\/em> se lit avec plaisir\u00a0: le souvenir de Du Bellay (<em>Deffence et illustration de la langue fran\u00e7oyse, <\/em>1549) et de Rivarol (<em>Discours sur l\u2019universalit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise, <\/em>1784) irrigue un texte qui allie le s\u00e9rieux didactique de l\u2019essai avec le mordant du pamphlet. Brighelli s\u2019efface parfois pour donner \u00e0 entendre ici un po\u00e8me, l\u00e0 un extrait de roman ou une tirade, qu\u2019il commente, qu\u2019il diss\u00e8que, qu\u2019il \u00e9tudie avec autant de rigueur que d\u2019humour, \u00e0 vous donner le go\u00fbt de la litt\u00e9rature. Son style est chatoyant et vari\u00e9, ne r\u00e9pugnant pas \u00e0 employer, o\u00f9 il s\u2019impose, le subjonctif imparfait, ni le mot bas o\u00f9 il est s\u00fbr de faire effet, ni tel autre signe d\u2019oralit\u00e9 bienvenu qui vient conf\u00e9rer au texte sa force expressive et confirme ce que l\u2019on sent tellement\u00a0: que l\u2019auteur a mis tout son c\u0153ur dans cette d\u00e9fense du fran\u00e7ais qui est aussi (la casse du titre, int\u00e9gralement en majuscules, autorise cette lecture), <strong>une d\u00e9fense du Fran\u00e7ais, le vrai, celui qui sait \u00ab\u00a0affiner les mots comme on affine un fromage, et les offrir \u00e0 d\u00e9guster \u00e0 ses amis\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0D\u00e9missions scolaires\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>C\u2019est ma vie que raconte Brighelli quand il parle de ces \u00ab\u00a0quelques millions d\u2019enfants n\u00e9s entre 1985 et 2017\u00a0\u00bb, victimes de l\u2019\u00ab\u00a0effet Meirieu\u00a0\u00bb et de l\u2019id\u00e9ologisation croissante de l\u2019\u00e9cole. J\u2019ai sans doute \u00e9t\u00e9 plus \u00e9pargn\u00e9e que d\u2019autres, parce que j\u2019ai d\u00fb tomber sur quelques profs qui \u00ab\u00a0continuaient \u00e0 appliquer ce qu\u2019ils savaient faire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout de m\u00eame, j\u2019ai subi un nombre consid\u00e9rable de\u00a0\u00ab\u00a0projets p\u00e9dagogiques\u00a0\u00bb d\u00e9biles assortis de leurs heures perdues au CDI (perdues pour les apprentissages, pas pour les bons moments entre copines, cela va de soi). <strong>Le programme d\u2019histoire-g\u00e9o du CM2 qui allait \u00ab\u00a0jusqu\u2019\u00e0 nos jours\u00a0\u00bb s\u2019est achev\u00e9 pour moi avec Louis XIV, notre classe ayant \u00e9t\u00e9 choisie pour participer au Parlement des Enfants<\/strong> (renseignez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.parlementdesenfants.fr\/le-parlement-des-enfants-c-est-quoi\">cette ineptie chronophage<\/a>), ce qui fut aussi l\u2019occasion de mon premier passage \u00e0 la radio et de ma premi\u00e8re rencontre avec des journalistes. <strong>Je n\u2019ai jamais entendu parler de Napol\u00e9on durant ma scolarit\u00e9<\/strong> <strong>puisqu\u2019il \u00e9tait au programme de quatri\u00e8me et que je me trouvais dans cette classe en 1999, ann\u00e9e de naissance de l\u2019Euro<\/strong>. Toute l\u2019ann\u00e9e fut donc consacr\u00e9e \u00e0 des expos\u00e9s, films, projets, rencontres, recherches au CDI, visites et interventions diverses en mode glorification enthousiaste, sur le th\u00e8me de la monnaie unique. Napol\u00e9on \u00e9tait aussi au programme de seconde mais dans une perspective \u00ab\u00a0probl\u00e9matis\u00e9e et non narrative, reposant sur l\u2019\u00e9tude de documents\u00a0\u00bb, aussi n\u2019en ai-je \u00e9videmment rien retenu. <strong>\u00c0 un mois du bac de fran\u00e7ais, je confondais encore Voltaire et Verlaine, Malraux et Marot et n\u2019avais, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, aucune notion d\u2019histoire litt\u00e9raire, les grands auteurs flottant en complet d\u00e9sordre dans un pass\u00e9 brumeux\u00a0; ce qui ne m\u2019emp\u00eachait pas d\u2019\u00eatre abonn\u00e9e aux f\u00e9licitations du conseil de classe<\/strong>.<strong> \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas le niveau qui a baiss\u00e9, ce sont les ambitions\u00a0\u00bb, dit fort bien Brighelli.<\/strong> Et cela oblige \u00e0 des prouesses\u00a0: l\u2019accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle fut pour moi une divine surprise puisque l\u2019arr\u00eat momentan\u00e9 des cours, justifi\u00e9 par l\u2019imp\u00e9ratif de la lutte antifasciste, me permit de me plonger dans le <em>Lagarde et Michard<\/em> de mon p\u00e8re et d\u2019ingurgiter en deux semaines ce que les enfants de son temps apprenaient en sept ans\u00a0! <strong>Ce <em>Lagmich<\/em> dont Brighelli dit qu\u2019il lui paraissait nagu\u00e8re \u00ab\u00a0franchement un peu limit\u00e9\u00a0\u00bb est, comme il le constate, devenu \u00ab\u00a0un monument de r\u00e9sistance \u00e0 la paup\u00e9risation culturelle\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Mais j\u2019ai eu une chance, \u00e9norme, outre celle d\u2019avoir appris \u00e0 lire d\u00e8s la grande section de maternelle avec la plus pure m\u00e9thode syllabique\u00a0: c\u2019est d\u2019avoir des institutrices qui, sans \u00e9chapper aux vogues et d\u00e9fauts de notre temps, \u00e9taient rest\u00e9es tr\u00e8s attach\u00e9es \u00e0 l\u2019enseignement de la langue, \u00e0 l\u2019ancienne. Je me souviens des exercices d\u2019analyse (nature-genre-nombre-fonction, pour chaque mot d\u2019une longue phrase) occupant des apr\u00e8s-midis entiers\u00a0; j\u2019aimais cela follement. Et les verbes \u00e0 conjuguer \u00e0 tous les temps de tous les modes, y compris le conditionnel pass\u00e9 deuxi\u00e8me forme. J\u2019en redemandais. C\u2019est de cela que sont priv\u00e9s les \u00e9l\u00e8ves d\u2019aujourd\u2019hui, et Brighelli donne \u00e0 voir la triste condition de ces cr\u00e9tins fabriqu\u00e9s \u00e0 la cha\u00eene, et le sombre sort qui en d\u00e9coule pour notre pays et m\u00eame, notre humanit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est dramatique et grotesque \u00e0 la fois\u00a0: <strong>on rit en lisant les aberrations d\u00e9bit\u00e9es par les IPR (inspecteurs p\u00e9dagogiques r\u00e9gionaux) afin de convaincre les professeurs d\u2019appliquer la r\u00e9forme Belkacem.<\/strong> Et, malin, Brighelli signale qu\u2019il peut \u00ab\u00a0identifier nomm\u00e9ment les auteurs de ces calembredaines\u00a0\u00bb. Que quiconque mettrait en doute l\u2019authenticit\u00e9 des citations se le tienne pour dit\u00a0!<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Je plaide pour le fran\u00e7ais, mais je plaide aussi pour l\u2019anglais\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Brighelli d\u00e9nonce ce qu\u2019il appelle la \u00ab\u00a0trahison linguistique\u00a0\u00bb, qu\u2019une citation de Val\u00e9rie P\u00e9cresse, en \u00e9pigraphe de chapitre donne \u00e0 entendre sans ambigu\u00eft\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0oui, l\u2019anglais nous a envahis, alors cessons de le consid\u00e9rer comme une langue \u00e9trang\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb Mais, d\u00e9montre Brighelli, <strong>ce n\u2019est pas l\u2019anglais qui nous a envahis, plut\u00f4t une esp\u00e8ce de sabir b\u00e2tard qui, combin\u00e9 \u00e0 la d\u00e9gradation de l\u2019orthographe et de la syntaxe, est en passe de faire ressembler notre langage \u00e0 celui de Salvatore dans le <em>Nom de la rose<\/em> d\u2019Umberto Eco\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Il fustige la tendance actuelle des distributeurs de films \u00e0 ne plus traduire les titres, ou bien, ce qui est peut-\u00eatre pire, \u00e0 substituer au titre anglais original un titre en globish. <strong>Ainsi <em>The Hangover<\/em> devint-il <em>Very Bad Trip<\/em><\/strong> et <em>Wild Things, Sexcrimes<\/em>. Il d\u00e9nonce la r\u00e9\u00e9criture simplifi\u00e9e des romans d\u2019Enyd Blyton, non seulement dans leur traduction fran\u00e7aise mais \u00e9galement dans leur version originale. D\u00e9fense du fran\u00e7ais, le livre de Brighelli est aussi une d\u00e9claration d\u2019amour \u00e0 la langue de Shakespeare\u00a0: dans ses pages, Corneille, Mallarm\u00e9 et Flaubert c\u00f4toient James Joyce et Virginia Woolf.<\/p>\n<h2>Les patries en danger<\/h2>\n<div id=\"ligne\"><\/div>\n<p>Quelle aga\u00e7ante schizophr\u00e9nie que celle dont s\u2019offusque Brighelli\u00a0: l\u2019hypocrisie de cette Europe obs\u00e9d\u00e9e par le retour \u00e0 l\u2019unit\u00e9 linguistique d\u2019avant Babel, et qui pr\u00f4ne dans le m\u00eame temps le d\u00e9veloppement des langues r\u00e9gionales. <strong>Tout particularisme linguistique, des patois locaux au parler banlieue, devient ainsi digne d\u2019\u00eatre valoris\u00e9, pour peu qu\u2019il ne soit pas national, pour peu, en r\u00e9alit\u00e9, que sa valorisation contribue \u00e0 d\u00e9membrer la nation. Diviser pour faire r\u00e9gner le globish.<\/strong> La t\u00e2che d\u2019unification linguistique que s\u2019\u00e9tait assign\u00e9e la R\u00e9volution fran\u00e7aise est ainsi m\u00e9thodiquement ruin\u00e9e. J\u2019ai r\u00e9cemment appris que j\u2019avais quelques g\u00e8nes en commun avec l\u2019un des grammairiens qui ont collabor\u00e9 \u00e0 cette mission r\u00e9volutionnaire. Je ne sais ce qui ferait le plus de peine \u00e0 Etienne Molard, petit instituteur parti en croisade contre les r\u00e9gionalismes : d\u00e9couvrir que mon mari emploie \u00ab\u00a0d\u00e9profiter\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0lyonnoissisme\u00a0\u00bb par lui condamn\u00e9 dans son ouvrage de 1792, que mon p\u00e8re utilise \u00ab\u00a0beurziller\u00a0\u00bb, un verbe qu\u2019il n\u2019aurait pas manqu\u00e9 de proscrire s\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 breton plut\u00f4t que lyonnais, ou bien s\u2019apercevoir que tous les Fran\u00e7ais ont d\u00e9laiss\u00e9 \u00ab\u00a0stationnement\u00a0\u00bb au profit de \u00ab\u00a0parking\u00a0\u00bb, un mot qui n\u2019est pas m\u00eame anglais, rappelle Brighelli.<\/p>\n<p><strong>La langue de l&rsquo;Europe, la langue de la paix, ce ne peut \u00eatre le globish qui n&rsquo;est la langue de personne. C&rsquo;est la polyglossie (ou multilinguisme) qui suppose l&rsquo;effort du mouvement vers l&rsquo;autre.<\/strong><\/p>\n<h2>L\u2019humanit\u00e9 en p\u00e9ril<\/h2>\n<p>Rien n\u2019est dispensable ni inutile dans le fonctionnement d\u2019une langue, des combinaisons phoniques aux compositions syntaxiques en passant par son lexique. Elle a son g\u00e9nie propre\u00a0: <strong>ce que la plupart des gens se contentent de dire sans trop y croire ni le comprendre, Brighelli le d\u00e9montre, exemples \u00e0 l\u2019appui.<\/strong> Or, les programmes reposent sur l\u2019id\u00e9e que les enfants d\u2019aujourd\u2019hui sont n\u00e9s plus stupides que ceux d\u2019hier et ne seraient, par cons\u00e9quent, plus en mesure d\u2019apprendre ni de comprendre les subtilit\u00e9s de leur langue. Brighelli aurait pu dire un mot de la p\u00e9nible atteinte \u00e0 l\u2019estime de soi qui en r\u00e9sulte\u00a0: on vit mal quand on a l\u2019impression d\u2019avoir vol\u00e9 son bac et j\u2019avoue \u00e9prouver des difficult\u00e9s \u00e0 donner du \u00ab\u00a0cher coll\u00e8gue\u00a0\u00bb \u00e0 des professeurs qui disposaient sans doute, avant m\u00eame de commencer \u00e0 enseigner, d&rsquo;une culture bien plus vaste que la mienne le sera jamais.<\/p>\n<p>Parce que la langue articul\u00e9e, conceptuelle et subtile est ce qui arrache l&rsquo;homme \u00e0 son animalit\u00e9, n\u00e9gliger son enseignement est une catastrophe pour l&rsquo;humanit\u00e9. Brighelli prononce deux grands mots :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00ab\u00a0Racisme\u00a0\u00bb<\/strong>. \u00ab\u00a0Pourquoi l\u2019indig\u00e8ne n\u2019aurait-il pas le droit d\u2019apprend la langue qu\u2019ont ma\u00eetris\u00e9e Senghor, Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2, C\u00e9saire ou Ben Jelloun, sinon parce qu\u2019on le m\u00e9prise fonci\u00e8rement\u00a0?\u00a0\u00bb Notre auteur va plus loin et accuse les p\u00e9dagos de complicit\u00e9 objective dans la r\u00e9surgence du djihad\u00a0:<\/li>\n<\/ul>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0On comprend mieux, \u00e9crit-il, comment l\u2019islam rigoriste, qui exige de conna\u00eetre l\u2019arabe classique, a d\u00e9velopp\u00e9 ses arguments. Face \u00e0 une langue fran\u00e7aise en lambeaux, l\u2019islam wahhabite impose une langue rigoriste, donn\u00e9e de surcro\u00eet comme divine\u00a0\u00bb, quand la n\u00f4tre est r\u00e9duite \u00e0 des \u00ab\u00a0comp\u00e9tences langagi\u00e8res qui appartiennent davantage au verbiage incontr\u00f4l\u00e9 qu\u2019au bon usage\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Et ce professeur de s\u2019offusquer que l\u2019on valorise la propension des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 \u00ab\u00a0s\u2019exprimer\u00a0\u00bb, f\u00fbt-ce par le bavardage (un IPR fait l\u2019\u00e9loge du \u00ab\u00a0papotis\u00a0\u00bb\u00a0!), alors qu\u2019il faudrait \u00ab\u00a0se taire pour apprendre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00ab\u00a0Fascisme\u00a0\u00bb<\/strong>. Brighelli exhume la r\u00e9forme de l\u2019\u00e9ducation accomplie par Mussolini en 1923, dont les principes rappellent furieusement ceux qui ont dict\u00e9 nos r\u00e9centes r\u00e9formes\u00a0:<\/li>\n<\/ul>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0en finir avec l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 des enseignements traditionnels, expurger l\u2019\u00e9cole de ses \u00e9l\u00e9ments dogmatiques et livresques, valoriser les activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives pour laisser s\u2019\u00e9panouir l\u2019expression spontan\u00e9e de chacun, privil\u00e9gier l\u2019enseignement fonctionnel destin\u00e9 \u00e0 faciliter l\u2019insertion professionnelle\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0, \u00ab\u00a0la haine de l\u2019intelligence\u00a0\u00bb. Et ce fut le philosophe communiste Gramsci qui protesta du caract\u00e8re lib\u00e9rateur de l\u2019\u00e9cole \u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e\u00a0\u00bb et exigeante qui seule rend l\u2019enfant capable d\u2019apprendre \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir afin de diriger sa vie de mani\u00e8re responsable et autonome.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0L\u2019UMP condamne cet acte de barbarisme sans nom\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Cette phrase, plac\u00e9e en t\u00eate d\u2019un chapitre, a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e par Jean-Fran\u00e7ois Cop\u00e9 apr\u00e8s un <strong>attentat suicide<\/strong> en Afghanistan, qui a fait quatre morts et cinq bless\u00e9s parmi les soldats fran\u00e7ais. <strong>Il faut croire que cet acte n\u2019avait pas de nom, en effet, puisqu\u2019on le r\u00e9duit \u00e0 une faute de langue.<\/strong> Mais la confusion lexicale de Jean-Fran\u00e7ois Cop\u00e9 est int\u00e9ressante car, de fait, l\u2019appauvrissement du lexique, l\u2019ass\u00e8chement de la syntaxe, l\u2019accumulation des barbarismes, des impropri\u00e9t\u00e9s et des trahisons linguistiques sont bien les signes d\u2019un glissement vers la barbarie. Mais la n\u00f4tre. <strong>Et l\u2019on pense au mot de Sternberger \u00e0 propos des nazis\u00a0: \u00ab\u00a0Leur langue est leur barbarie et leur barbarie est leur barbarisme, car parler et penser ne font qu\u2019un\u00a0\u00bb. <\/strong>Tant il est vrai que la d\u00e9gradation de la langue constitue un coup port\u00e9 \u00e0 la civilisation.<\/p>\n<p><strong>Qui osera dire que Brighelli exag\u00e8re\u00a0? <\/strong>Cons\u00e9quence directe de l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 mener le combat par les mots, la violence gangr\u00e8ne notre soci\u00e9t\u00e9. <strong>L\u2019illettrisme galopant engendre des comportements agressifs.<\/strong> La loi du plus fort reprend ses droits. L\u2019illettrisme n\u2019est pas l\u2019analphab\u00e9tisme\u00a0: est illettr\u00e9e une personne qui, bien qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9e, demeure incapable de lire et d\u2019\u00e9crire avec aisance. Obtiennent donc leur bac aujourd\u2019hui, et parfois m\u00eame avec mention, des gens qui sont, \u00e0 proprement parler, des illettr\u00e9s. L\u2019illettrisme est une frustration. L&rsquo;\u00e9cole qui le produit trahit sa mission, son engagement, la confiance des parents, la soif d&rsquo;apprendre des petits. Elle engendre de la bestialit\u00e9 et, loin de permettre la fermeture des prisons comme le voulait Hugo, cette \u00e9cole causera bien des guerres. Freud disait que la civilisation avait commenc\u00e9 le jour o\u00f9 l\u2019on avait substitu\u00e9 l\u2019insulte \u00e0 la pierre. Brighelli propose bien quelques solutions et semble fonder quelques espoirs dans la nomination de Jean-Michel Blanquer. N\u2019\u00e9taient ces lueurs dans la nuit, son livre appara\u00eetrait fort comme la chronique d\u2019un retour \u00e0 l\u2019\u00e2ge de pierre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l&rsquo;on m&rsquo;avait dit qu&rsquo;un jour je r\u00e9digerais la recension d\u2019un livre sign\u00e9 Brighelli, moi qui appartiens \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des \u00ab\u00a0cr\u00e9tins\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[241,238,239,240,143],"class_list":{"0":"post-583","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-articles","7":"tag-belkacem","8":"tag-brighelli","9":"tag-ecole","10":"tag-globish","11":"tag-langue-francaise"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/583","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=583"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/583\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=583"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=583"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/lavoixdenosmaitres\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=583"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}