A propos Vera Su

est une photographe taïwanaise installée en France.

Une contraception d’urgence bon marché, à performances égales ou meilleures :

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 l’Asie montre le chemin

… avec une invention française du Pr Etienne Baulieu,

L’amicale pression sur une bloggeuse est un phénomène dont je n’avais pas idée lorsque je me suis lancée dans l’aventure de «En nourrissant mon hérisson». Comme Taiwanaise,  on m’a demandé un peu d’exotisme et de fraicheur dans la découverte, pour les lecteurs de Causeur, de la Chine et de Formose. Puis on m’a recommandé – puisque je suis photographe – de parler d’images et d’en glisser dans mes tranches de blog. Plus discrètement, certains lecteurs m’ont recommandé — dans une époque qui ne manque pas d’évènements dramatiques ni de perspectives inquiétantes — une pincée d’érotisme pour pimenter le site web plutôt austère de Causeur. La plus récente des suggestions a été de me demander si je n’avais pas en tête un «sujet de société» où l’Asie pourrait servir de miroir à la France. J’avais raté l’occasion, en décembre dernier, avec le Prix Nobel de Mme Tu YouYou (parce que c’était très difficile de rédiger court et compréhensible). Vite dit, vite fait, j’ai enfin rencontré le bon sujet :  Lire la suite

Paléographie et didactique sentimentale chinoise

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Plusieurs lecteurs et lectrices, tout en saluant l’austère et pédagogique feuilleton en cinq tranches de blog sur la Plongée dans les entrailles de Taiwan, m’ont rappelé dans des messages vers mon électroboite de photographe que mes tribunes qui les avaient le plus émoustillés avaient été celles sur la galerie de Mme Canet et ses curiosa, près de l’ancien Chabanais,  ainsi que l’Eventail d’options offert aux femmes. Lire la suite

L’île de Formose, comme Yoni blessé.

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Avec la présente cinquième, au terme de ces cinq tranches blog que j’ai lancées, de jour en jour, pour préparer au discours du 20 mai 2016 de Tsai YingWen, je vais répondre à une question qui m’a été adressée par un lecteur attentif à l’évocation des épouvantables massacres du printemps 1947 à Formose. 

Rappelant cette «semaine sanglante» qui a fracturé de manière durable – presque définitive – Taiwan, en dressant la majorité des Taiwanais contre l’armée nationaliste du KMT qu’ils avaient initialement accueillie avec sympathie, ce lecteur me demande quelle documentation graphique, quelles images, sont disponibles ?

Dans les musées du 2-28 à Taiwan, signalés dans ma recension du livre de Kerr, il y a sans doute le maximum de ce qui n’a pas été détruit par les services de sécurité lorsqu’ils ont senti le vent tourner. Donc plus grand-chose.  Peut-être des dossiers remonteront à la surface, mais je ne peux rien deviner.  Lire la suite

Une «semaine sanglante» qui dura douze années : « Formose trahie » de Georges Kerr

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Cette «semaine sanglante»  au printemps de 1947, connue sous l’abréviation  «2-28» (pour 28 février),  et la terreur blanche qui s’ensuivit pendant une quinzaine d’années,  explique – en grande partie – la résistance d’une majorité de la population de Taiwan face au KMT

et – par voie de conséquence – plus que de la réticence (le mot serait trop faible)  à l’égard de la Chine — avec laquelle le KMT dirigé par Ma YingJeou [馬英九] a monté en hâte dans les derniers mois de sa mandature une sort de projet d’unification à grande allure qui a incité l’électorat à donner la préférence au Democratic Progressive Party de Tsai YingWen. Lire la suite

Peng MingMin, l’itinéraire d’un indépendantiste formosan

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En 1945, la revue des jésuites de ShangHai, le Bulletin de l’université l’Aurore, une institution un peu oubliée mais qui était une plateforme importante de diffusion de la culture et de la langue française, publia un article par Joshua Liao [廖文奎 1905-1952] Quo Vadis Formosa ?

L’auteur était un militant nationaliste chinois, membre du KMT,  né à Taiwan, l’île de Formose qui venait d’être annexée par le Japon, de 1895 à 1945, puis rendue à la Chine à la suite de la victoire des pays alliés contre l’Allemagne et le Japon. Après un intéressant résumé de l’histoire de l’île depuis sa colonisation au XVIIIe siècle par les Chinois, l’auteur rappela qu’elle avait été le refuge des tenants de la dynastie chinoise des Ming [明朝], résistant contre la dynastie suivante, mandchoue (donc non-chinoise), des Qing [清朝], puis concluait de manière prophétique : «Formose sera pour la Chine comme la Sardaigne, qui a donné à l’Italie son unité, ou bien Formose sera pour la Chine comme l’Irlande, qui a fait éclater le Royaume-Uni.»

Joshua Liao, bouleversé par la corruption de la garnison KMT qui prend le contrôle de l’île après la reddition japonaise, et par les massacres de 1947, deviendra indépendantiste. Son frère, Thomas [廖文毅 1910 -1986] deviendra le chef d’un «gouvernement formosan en exil» au Japon, jusqu’en 1965 (où il cédera à la pression du KMT sur sa famille et rentrera à Taiwan).

Pour comprendre cette question de fond, celle des relations entre la Chine post-maoiste (la bureaucratique RPC) et Taiwan (la démocratique République de Chine), un ouvrage donne les clés : 

Le Goût de la liberté  [自由的滋味 ZìYóu de ZīWèi] a été traduit par Pierre Mallet  et édité par les Editions René Viénet en 2011. Le livre avait été publié initialement en 1972 en anglais aux USA pendant l’exil de l’auteur. C’est un ouvrage intemporel qui est le classique indispensable de l’histoire de Taiwan, le premier livre à lire pour ceux qui s’intéressent à la question.

C’est un livre facile à lire car c’est une autobiographie.  C’est un ouvrage qui surprendra les Français car l’auteur, Pëng MingMin [彭明敏],  qui avait appris le français au Japon, passionné d’Anatole France et d’Ernest Renan, a obtenu un doctorat de l’université de Paris avant de devenir le premier titulaire de la chaire de science politique de l’Université nationale de Taiwan.

Il est remarqué par les libéraux au sein du régime nationaliste comme un élément prometteur parmi les «Taiwanais» de souche (quelques 6 millions en 1949) par opposition aux «réfugiés» continentaux qui ont échappé aux communistes et sont entre 1,5 et 2 millions. Il ne fait pas de doute, pour les dirigeants nationalistes,  s’il est patient, et accepte d’être d’abord une sorte de «Taiwanais de service» sous le régime du KMT, que Peng deviendra à terme un des responsables de l’île. 

Peng, au lieu de suivre cette prometteuse carrière, avec deux de ses étudiants, rédige un  Manifeste  pour  le  salut  du  peuple  de  Formose qui leur vaut d’être arrêtés. Peng passera plus d’une année en prison avant d’être placé en résidence surveillée et de s’échapper pour se réfugier en Suède puis, pendant une vingtaine d’années, aux Etats-Unis. Ses deux étudiants, torturés, passeront eux plus de quinze années en prison.

De retour à Taiwan en 1992, Peng sera le premier candidat de l’opposition à la première élection du Président de la République au suffrage universel. Il est battu par Lee TengHui [ 李登輝], un autre «Taiwanais de souche», qui a suivi le parcours qui avait été tracé en pointillé par le KMT pour promouvoir certains Formosans et que  Peng avait décliné. 

Mais il faut remarquer que Lee, qui a brièvement flirté avec le communisme pendant sa jeunesse, expert agricole reconnu, maire de Taipei, vice-président de la République sous Chiang ChingKuo, puis successeur constitutionnel du dernier des Chiang, Président du KMT, et enfin élu au suffrage universel président de la République, sera exclu du KMT et deviendra lui-même un partisan proclamé de l’indépendance de Taiwan.

Il sont aujourd’hui tous deux âgés de 93 ans. Pierre Mallet a publié une courte biographie de Lee centré sur la période de la transition démocratique [Lee Teng-hui, et la révolution tranquille de Taiwan, L’Harmattan, 2005] et il a traduit Peng. On devine qu’il aurait souhaité faire dialoguer ces deux imposants personnages au terme de leur vie sur le destin de Formose.

Faute de connaître les conclusions qu’ils partagent sans doute l’un et l’autre, c’est Tsai YingWen qui va délivrer – en quelque sorte – leur message, sans doute avec quelques bémols dictés par la récente et complexe réalité.

Elle a été «ministre des affaires continentales» entre 2000 et 2004. A bien des égards, elle est une enfant de Peng et de Lee. Comme pour de nombreux Taiwanais, Le Goût de la liberté a été son livre de chevet.

C’est donc un livre à lire pour comprendre son discours inaugural, fort attendu,  du 20 mai 2016.


Chiang ChingKuo : un destin paradoxal

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CCK est né en 1910. Lorsqu’il a seize ans, son père Chiang KaiShek [蔣介石], le successeur du père de la République Sun YatSen [孫逸仙], lance «l’expédition vers le Nord » [北伐 BěiFá]  pour la reconquête de la Chine depuis Canton. Les autres provinces sont alors aux mains des « seigneurs de la guerre» [軍閥 JunFá] , des généraux qui ont trahi la République de 1911 et ont établi des mini-royaumes.

CKS est alors l’allié des soviétiques. Le PCC et le KMT sont associés. Cette reconquête de la Chine par les républicains est donc animée par des conseillers du Komintern, dont Michael Borodine, et des nationalistes issus de l’anarchisme français, en particulier Wu ZhiHui (qui avec Li YuYing [李煜瀛 alias 李石曾] publiait en 1905 à Paris une revue en chinois au titre en esperanto Tempo Novaj 「新世紀 XīnShìJì  Le siècle nouveau」à la gloire de Ravachol).

Li YuYing

Wu ZhiHui

Le jeune CCK est comme un filleul pour Wu ZhiHui [吳稚暉] et il décide d’étudier à Moscou où il a comme condisciple Deng XiaoPing [鄧小平] qui arrive de Montargis — où Li YuYing a implanté les très nombreux étudiants chinois du programme «travail & études».

Deng XiaoPing à droite

Dans cette pimpante ville du Loiret les travailleurs turcs ont aujourd’hui remplacé les Chinois qui vers 1920 fabriquaient des galoches dans l’usine Hutchison ; mais l’office du tourisme et une enseignante de chinois très motivée, Wang PeiWen [王培文], ont balisé la ville avec des panneaux explicatifs bilingues pour les pélerinages des nombreux officiels chinois qui s’y rendent.

Le 19 septembre 2014, la vice-premier ministre chinoise Liu YanDong 劉延東 dévoile la plaque de la place Deng XiaoPing de Montargis.

L’alliance entre le KMT et le PCC ne dure que jusqu’en 1927. Les communistes, sur ordre de Staline, tentent de prendre le contrôle et d’éliminer Chiang — qui les massacre à ShangHai. C’est le sujet du roman de Malraux La Condition humaine ; mais c’est plus intéressant à lire dans La tragédie de la révolution chinoise de Harold Isaacs [traduction française chez Gallimard en 1967].

L’ancien anarchiste parfaitement francophone, Li YuYing, deviendra le chef de file de la droite du KMT face à ses anciens étudiants en France devenus les fondateurs du PCC, d’abord alliés du KMT, puis ses ennemis lors de deux longues guerres civiles.

CCK, trotskiste, ce qui n’arrange rien, est «retenu» en URSS par Staline. Ce n’est pas le goulag 古拉格pour lui mais une vie de prolétaire sans privilèges dans une usine de l’Oural. Il s’y marrie avec une jeune Russe qui restera son épouse jusqu’à sa mort.

Il faudra attendre «l’incident de XiAn» [西安事變] lorsque CKS est kidnappé par le «jeune maréchal» Chang HsuehLiang [張學良] pour que le KMT et le PCC reprennent leur collaboration contre l’envahisseur japonais avec la bénédiction de Moscou. CCK revient alors en Chine où son père lui confie la gestion d’une préfecture de la province du JiangXi [江西省].

 

Ce que je résume ici ce sont seulement les premières pages d’une biographie qui en compte plus de six cents, passionnantes, et permet de comprendre sous un éclairage inédit en France l’histoire de la Chine et de Taiwan au XXe siècle.

Pour simplement résumer la suite il me faudrait un n° complet de Causeur. Je préfère donc recommander d’emblée la lecture de cet excellent livre que j’ai parcouru en français et lu en chinois.

La traduction en caractères simplifiés de cette bio vient de paraître à Pékin [蒋经国传 陶 涵 / 林添贵 / 华文出版社, 2016, 48元]. En caractères non-simplifiés, par le même traducteur, elle avait déjà été publiée à Taiwan, puis rééditée en 2009 [蔣經國傳 (2009新版) 陶涵 / 林添貴 / 時報出版, NT$390]. Je n’ai pas encore eu le temps de comparer les deux éditions et savoir ce que l’éditeur chinois continental aura occulté ou édulcoré.

 

 

 

 

 

 

 

 

Chiang ChingKuo, le fils du Generalissimo [isbn 978-2-84983-026-0], traduction de Pierre Mallet, Editions René Viénet, mars 2016], a été écrit par Jay Taylor, l’un des fonctionnaires américains les mieux informés sur le dossier Taiwan à Washington.

Ce livre a été publié initialement par Harvard University Press, en 2000, The Generalissimo’s Son: Chiang Ching-kuo and the Revolutions in China and Taiwan. Quatre exemplaires seulement de l’édition américaine originale figurent dans les bibliothèques françaises, selon l’indiscret catalogue SUDOC (qui donnera peut-être bientôt le nombre de lecteurs de chacun des ouvrages des bibliothèques, semant ainsi une certaine panique chez les universitaires …).

L’auteur, Jay Taylor, après quelques années dans l’armée de l’air, a été jeune diplomate à Taipei, puis chargé des affaires politiques de l’ambassade de Washington à Pékin, etc., avant de terminer sa carrière de fonctionnaire à la Maison blanche, comme membre du National Security Council, puis responsable du renseignement au State Department.

Il a également rédigé une biographie de Chiang KaiShek, le Generalissimo, i.e. le père de CCK, encore inédite en français et dont le catalogue SUDOC indique qu’elle se trouve dans moins de dix bibliothèques universitaires en France !

Ce qui manque dans ce gros livre sur Chiang Ching-kuo, le fils du généralissime Chiang KaiShek, c’est le détail des massacres de 1947 et de la terreur blanche qui va durer plus de dix années.

CCK n’est pour rien dans les massacres de 1947 mais il est le chef des services de sécurité pendant la terreur blanche, ses cinq mille morts et dix fois plus de prisonniers politiques.

Jay Taylor n’élude pas la question mais il la traite avec une excessive retenue. Cette carence est d’emblée corrigée par l’éditeur et le traducteur qui, ensemble, ont précédemment publié les deux ouvrages de base sur ces crimes historiques aux conséquences qui perdurent aujourd’hui encore :

* Formose trahie, de George Kerr, le fonctionnaire américain qui assiste à la reddition des Japonais à Taipei en 1945 et qui sera sur place lors des massacres orchestrés par le général Chen Yi [陳儀] en 1947, fusillé par CCK deux ans plus tard (à ne pas confondre avec son homonyme Chen Yi [陳毅] le général communiste qui deviendra maire de ShangHai et finira persécuté par les gardes rouges de Mme Mao).

* Le Goût de la liberté, de Peng MingMin [彭明敏], la sympathique auto-biographie du patriarche de la démocratie à Taiwan, qui a passé sa thèse à la Sorbonne, après avoir perdu un bras sous les bombardements américains au Japon.

Je reviendrai dans ma prochaine tranche de blog sur ces deux titres fondamentaux pour comprendre Taiwan (et le discours de Tsai YingWen du 20 mai prochain).

En attendant quelques lignes de plus sur CCK et sa biographie : le paradoxe de Taiwan. i.e. comment une succession de malheurs a produit en moins de cinquante ans le pays le plus sympathique à vivre en Asie, le plus démocratique avec le Japon, et le premier des petits dragons qui ont modernisé l’Asie (ou le deuxième après Singapour).

Cette île était si peu chinoise il y a trois siècles que les cartes impériales n’en montraient que la cote Ouest (l’autre était terre inconnue). Cf. la carte du FuJian et de Taiwan dressée par les jésuites pour l’empereur KangXi [康熙] au XVIIIe siècle. Cette zone inconnue de la partie orientale de Formose se retrouve sur une carte occidentale un peu plus tardive.

Formose sera reprise au XVIIe siècle aux Hollandais par un pirate sino-japonais (Koxinga), et peuplée initialement par les Hoklos ( 福佬 les gens du FuJian 福建省, en face) et les exclus de la société chinoise, les Hakkas [客家人 KèJiāRén, les «hôtes», c’est tout dire]. Ces immigrés chinois assimilant progressivement une partie des Aborigènes, ceux du littoral. Formose sera ensuite annexée par le Japon en 1895, martyrisée par le KMT lors de la «rétrocession» de 1945, soumise pendant de longues années au régime policier du KMT, défait par les communistes sur le continent.

Le paradoxe c’est qu’en sus des luttes courageuses des Taiwanais pour leur libertés, il est indéniable que CCK est une partie de l’explication de cette évolution remarquable vers la démocratie et le succès économique.

Pour une Taiwanaise, la chronique du pouvoir de CCK dans l’île comme dans ses relations avec Washington (qui jusqu’à la guerre de Corée était disposé à laisser CKS et le KMT partir au fil de l’eau), l’épisode du general Sun LiJen [孫立人] qui fut sollicité de remplacer le Generalissimo et finira ses jours en résidence surveillée, est passionnant à lire.

Sun LiJen avec le général Mac Arthur

De même, la relation plus qu’étroite de CCK avec Ray Cline le haut-fonctionnaire du renseignement américain qui, après avoir dirigé la CIA dans l’île de 1957 à 1961, jusqu’à la fin de l’ère Reagan restera le principal décideur en coulisses du coté américain des relations bilatérales Taiwan-USA.

En particulier c’est lui et les fonctionnaires de sa tendance, ou qu’il a formés, qui vont initier efficacement la loi, le Taiwan Relations Act, qui garantit la sécurité de la République de Chine par Washington (en échange d’une diminution réelle des fournitures militaires et de la reconnaissance diplomatique de Pékin comme seul gouvernement chinois).

Ce sont les mêmes qui, dès la fin de la présidence Carter trois années après, suggéreront fermement au Président Mitterrand, via l’ambassadeur à Paris Galbraith, de vendre frégates furtives et Mirages français à Taiwan, puisque Washington est gêné aux entournures par l’engagement pris par Carter en 1978 de réduire à zéro sur dix ans les ventes d’armes américaines. En fait, une fois les cinq douzaines de Mirages livrés par la France, le double de F16, dix douzaines, seront fournis par Washington à Taipei.

Je laisse à d’autres, plus compétents que moi, développer – au delà du gros livre de Jay Taylor – dans leurs propres compte-rendus – l’histoire paradoxale (et parfois étonnante) des relations entre Paris et Taipei.

Les quelques discussions que j’ai eues avec des journalistes et quelques universitaires me laisse penser qu’il y a une grande méconnaissance en France de l’histoire et de la société de Taiwan, de sa culture et de sa littérature. Une association s’efforce de compenser ce déficit : l’AFET.

Le livre de Jay Taylor devrait donc intéresser les historiens et les journalistes. Souhaitons à cet ouvrage bonne chance, en rappelant que le premier best-seller sur Formose, que certains jugent encore emblématique des idées fausses sur Taiwan, fut publié en 1705 en français (en anglais et aussi en allemand) : La description de l’île Formose en Asie fut rédigée par un jeune méridional français qui – sous le pseudonyme biblique de George Psalmanazar – se fit passer auprès de l’évêque anglican de Londres pour un Formosan kidnappé par les jésuites.

Sur le point de devenir professeur de formosan à Oxford, piloté par un pasteur batave qui l’avait recueilli sur un champ de bataille, il inventa une langue et un alphabet imaginaires, pour traduire le catéchisme protestant. Il faudra attendre ses mémoires, édités après sa mort en 1763, par Samuel Johnson, pour lire ses aveux. Ses livres sont avidement collectionnés par les amateurs des faux célèbres.

Les méchants (car j’en connais quelques-uns aussi) disent, en ricanant, que George est le saint-patron des sinologues français ayant fait carrière grâce à leur maoisme …

Je ne peux résister au plaisir de montrer ci-après la divinité formosane à laquelle, selon George Psalmanazar, les Formosans sacrifiaient ; pendant que leur roi, entouré de girafes et d’éléphants, égorgeait, chaque année, quelques milliers de vierges.

Une importante précision pratique : un ouvrage de poids, comme celui de Jay Taylor, ne peut se trouver facilement dans toutes les librairies ; mais toutes les libraires peuvent sur demande le recevoir rapidement du distributeur, le Comptoir du livre. On peut également le commander auprès de l’AFET, l’association française d’études taiwanaises <diffusion@etudes-taiwanaises.fr>

Formose sera-t-elle un casus belli ?

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Comme le chinois est ma langue maternelle, on me presse de publier des tranches de blog plus fréquemment sur l’actualité politique en Chine continentale — la République populaire de Chine [中華人民共和國] — et à Taiwan — la République de Chine [中華民國] — , i.e. l’île de Formose, en me plongeant dans le web (chinois) puisque désormais je suis plus souvent en France qu’en Asie. Lire la suite

Que signifie la victoire de TSAI YingWen à la présidentielle de Taiwan ?

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Quelques commentaires à chaud, immédiatement après les scrutins présidentiel et législatif, ce samedi 16 janvier.

Le Dr Tsai YingWen 蔡英文, président du DPP (Democratic Progressive Party 民進黨), a été élue président(e) de la République avec 56,12 % des suffrages exprimés.

Tsai YingWen avec son Vice président Chen ChienJen 陳建仁

Le candidat KMT (KuoMinTang 國民黨), Eric Chu (Chu LiLun 朱立倫) est battu avec  31,04 % .

Eric Chu concède sa défaite

Le troisième candidat, James Soong (Soong ChuYu 宋楚瑜) , un ancien poids lourd du KMT, dissident désormais, a reçu 12,84 % des voix.

 

James Soong, également

Même en additionnant les voix de Soong et de Chu (43,88 %), i.e. le camp des «bleus» la couleur historique du parti KMT, la victoire est incontestable pour (Mme )Tsai, le leader des «verts» («vert» ne veut pas dire «écolo» à Taiwan mais «DPP et indépendantiste»).

Le scrutin pour les 116 sièges de députés (73 élus dans une circonscription, les 43 autres à la proportionnelle) donne (50 + 19) 69 sièges au DPP, une très confortable majorité.

Selon la constitution de la République de Chine 中華民國 (i.e. Taiwan 台灣) Tsai YingWen  prendra ses fonctions dans quatre mois, en mai 2016.

Voilà, avec une certaine sécheresse, les chiffres. Que révèlent ces chiffres ?

Ce n’est pas tant le DPP qui a gagné que le KMT qui a perdu, en particulier l’actuel président de la République Ma YingJeou 馬英九. Déconsidéré après l’échec de son parti au récentes élections municipales, il avait dû abandonner la présidence du parti KMT, au profit de Eric Chu (qui vient de démissionner à son tour après son échec ce samedi).

 

Ma YingJeou, à sa droite son vice président Wu DunYi, présente sa démission de Président du KMT après la défaite du parti aux municipales.

La poignée de main, à Singapour, le 7 novembre 2015, de Ma YingJeou avec le président de la République populaire de Chine Xi JinPing 習近平 ne lui vaudra pas le Prix Nobel de la Paix, que certains lui souhaitaient pour sa politique de développement intensif des relations avec la Chine communiste, une vingtaine d’accords commerciaux et administratifs.

Cette victoire de Tsai YingWen est d’autant plus intéressante que l’image du DPP en tant que parti n’était pas décisive, et même médiocre, après la calamiteuse présidence DPP de Chen ShuiBian 陳水扁 (condamné à de lourdes peine de prison pour corruption). Chen avait été élu en 2000 avec 39,3 % des voix, réélu en 2004 avec 50,11%.

Ma YingJeou avait commencé sa carrière à son retour de Harvard, en 1983, comme secrétaire personnel du Président ChiangChingKuo 蔣經國. Il préconisait depuis sa ré-élection à la présidence de la République, en 2008, une politique accélérée de rapprochement avec la Chine (maoïste, encore officiellement maoïste  ! Quarante années après la mort de l’auteur de la grande famine de 1960 qui a fait 40 M de morts …).

Ma  avait été maire de Taipei, la capitale, puis élu président en 2008 avec 58,45% des voix, puis en 2012 avec 51,6%. Je cite ces chiffres pour souligner que son argumentation avait initialement été acceptée par les électeurs, avant de s’effondrer totalement depuis quatre ans.

Le message de Ma était simple : l’unification est souhaitable et possible entre les ennemis historiques de la guerre civile chinoise, les nationalistes du KMT et les communistes chinois du PCC ; et que les Taiwanais dans leur ensemble avaient intérêt à suivre ce mouvement.

Ma promettait une sécurité accrue, une meilleure prospérité économique en récompense de la manière dont les Taiwanais avaient été les premiers et plus importants investisseurs pour faire démarrer puis s’épanouir l’économie chinoise continentale sous Deng XiaoPing puis ses successeurs : 40% du commerce extérieur de Taiwan était avec la Chine et 40% des exportations chinoises venaient des usines taiwanaises en Chine ; en particulier Foxcon, avec son million d’ouvriers fabricant l’essentiel des Iphones et des Macs pour le monde entier.

Mais la prospérité annoncée n’a pas été au rendez-vous  : même si des capitalistes taiwanais ont fait du gras en Chine, les Taiwanais ordinaires ont vu leur revenu baisser, au mieux stagner.

La sécurité n’a pas été au rendez-vous, non plus : le nombre des missiles maoïstes pointés sur l’île a augmenté.

Et, surtout, l’arrogance et la condescendance des communistes chinois à l’égard de la démocratie taiwanaise n’a pas baissé d’un cran :

Un incident révélateur, abject, a sans doute – à lui seul – coûté 5% de voix au KMT. La jeune chanteuse Chou TzuYu 周子瑜 (16 ans) taiwanaise dans un groupe coréen a été contrainte à une autocritique publique télévisée, après interdiction de se produire en Chine, pour défaut dans ses positions à propos de l’unification ! <https://www.youtube.com/watch?v=RenhFHDcDgI>

Cette vidéo a soulevé le coeur de tous les Taiwanais, déjà plus que sceptiques sur la manière dont Pékin traite HongKong.

En ce qui concerne les relations à terme entre les deux rives du Détroit de Formose, deux «plaisanteries» (citées dans revue Monde chinois, n°12&13, en 2008) restent les meilleurs résumés pour faire comprendre aux étrangers le coeur  du problème :

  • A un journaliste étranger qui lui demandait «Mais le jour où la Chine sera devenue démocratique, accepteriez-vous de bon coeur que Formose (Taiwan) devienne chinoise ?», un Taiwanais (d’origine continentale) répondait : «Si la Chine devenait démocratique, pourquoi aurait-elle besoin d’absorber Taiwan ?».
  • «Ce que je n’aime pas chez les communistes chinois, c’est qu’ils me rappellent le KMT». Echo de la plaisanterie ashkenaze bien connue «Ce que je n’aime pas chez les Arabes, c’est qu’ils me rappellent les Sépharades». Mais, dans le cas des Juifs,  c’est une plaisanterie (ashkenaze) qui ne met pas en cause l’unité fondamentale des Israéliens. Dans le cas des Taiwanais, c’est plus un jeu de mots grinçant qu’une plaisanterie, sur la complaisance fanatique pro-Pékin, récente, du KMT et de Ma YingJeou  à l’égard des post-maoïstes chinois.

Il faut se souvenir que les Taiwanais ont beaucoup souffert de la «terreur blanche» du KMT après les «massacres de 1947». Je donne à ce sujet les couvertures de deux livres, disponibles en français, indispensables pour comprendre l’histoire de Formose au XXe siècle.

  

Deux titres (indispensables) en vente à l’Association française des études taïwanaises : secretaire@etudes-taiwanaises.fr

Les Taiwanais ont le sentiment d’avoir mérité la paisible démocratie à l’occidentale dont ils bénéficient désormais ; et qu’il y a peu de raisons de l’abandonner au profit d’un régime communiste, corrompu, sans élection, sauvage et violent où, il y a peu encore, des femmes enceintes de sept mois étaient forcées à avorter et où les massacres de la révo.cul. ont fait plus de trois millions de morts, après les quarante millions de morts de faim du «grand bond avant» maoïste, un pays où il n’y a pas la moindre liberté de presse.

Il existe une réelle douceur de vivre à Taiwan, des rapports sociaux apaisés, une police non-violente désormais. Le métro de Taipei est d’une propreté exemplaire, les enfants n’y ont pas peur, les sièges pour personnes âgée bien respectés, et à Taiwan il est inimaginable de dérober un téléphone portable.  Si ce n’était l’opposition stridente  d’un petit nombre de catholiques, le mariage homosexuel serait déjà légal. La liberté de presse et d’édition y est totale. Il existe près de dix mille «convenience stores» ouvertes 24h sur 24. A ma connaissance aucune n’a jamais été agressée pour vider le tiroir-caisse.

Les journalistes étrangers redécouvrent Taiwan à l’occasion des élections, une fois tous les quatre ans. C’est un peu dommage. Même les correspondants de presse français basés en Chine ne visitent pas souvent l’île, alors qu’elle est particulièrement accueillante pour les voyageurs et les étrangers qui veulent s’y installer.

Reste à savoir ce que Tsai YingWen va désormais accomplir avec la majorité dont elle dispose. Le DPP n’a pas les idées claires sur le nucléaire et est assez démagogue à ce propos. Globalement, le DPP n’accorde, au plan international, d’importance qu’aux Etats-Unis et au Japon, très peu à l’Europe.

A la recherche de la créatrice du « Chabanais » Alexandrine Jouannet

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«Au Bonheur du jour»

chez Nicole Canet

Vee Speers, «Bordello, 2000». Tirage Fresson

Le succès de l’exposition des premières photos en 1871 de Formose par John Thomson à la Maison de la Chine (qui restera accrochée place st-Sulpice jusqu’au samedi 28 novembre  2015) m’a valu beaucoup de courriels ; certains pour me demander où l’on pouvait trouver à Paris des photographies érotiques chinoises, vintages ou récentes. 

Je dois avouer que je n’ai pas la réponse, alors que le sujet mériterait certainement un galeriste spécialisé. En revanche, je connais une remarquable galerie, très fréquentée par les amateurs chinois (et taiwanais) de photographies (et autres images) érotiques occidentales : celle de Nicole Canet, «Au Bonheur du jour».

Biederer Jacques (1887-1942)

Jeux de dames 1930Epreuve argentique

C’est près du square Louvois, pratiquement en face de la Bibliothèque Nationale, à deux pas du si beau jardin du Palais Royal.

En face, il y a ZenZo「珍珠茶館」un salon de thé taiwanais, au coin de la rue Cherubini, juste à coté de l’immeuble où se situait le bordel le plus fameux et le plus chic de Paris de 1877 à 1946, le «Chabanais» dans la rue du même nom.

C’est là que je prends le thé avec mes invités asiatiques lorsqu’ils me demandent de les piloter dans leur recherche de curiosa. Et,  manifestement, je ne suis pas la seule à guider des amateurs à ce carrefour, et chez la savante et sympathique Nicole Canet.

Sa galerie «Au Bonheur du jour» est ouverte du mardi au samedi, de 14h30 à 19h30 pendant les expositions ; et sur rendez-vous entre deux expositions.

Elle comporte deux espaces : celui consacré à la photographie des XIXe et XXe siècles, aux dessins et peintures, ainsi qu’aux expositions thématiques : maisons closes, orientalisme, matelots, nus masculins (1860-2010); et à coté un «boudoir», réservé aux curiosa, objets singuliers anciens, livres et revues rares.

Monsieur X  (1930)

Epreuve argentique d’époque

Le radiateur du chabanais, vers 1905

Bouquet de fouets, 1930 

Utilisé pour les jeux sexuels. Provenance Maison close.

«Nicole Canet, amatrice passionnée, est l’âme de ce lieu hors du commun où les artistes les plus connus côtoient d’illustres inconnus qui, sans son insatiable curiosité, le resteraient». C’est très vrai et très amusant. Nicole Canet édite des ouvrages érudits, abondamment illustrés, donc un peu chers, mais très utiles aux étrangers qui – comme moi – cherchent à comprendre à quoi ressemblait la France voici les siècles passés.

 Je reproduis la couverture de quelques-uns d’entre eux :

  

Et je reproduis également quelques affiches d’expositions anciennes que je trouve très belles (les Chinoises et Chinois en raffolent).

Pour rester dans l’actualité, noter que du 23 septembre au 14 novembre 2015 , l’exposition s’intitule «Maisons closes et prostitution, féminin masculin XIXe & XXe siècle. Objets, livres, dessins, peintures, photographies».

C’est l’occasion du lancerment d’un livre passionant Le Chabanais. Histoire de la célèbre maison close 1877-1946. [isbn 9782953235197, cartonné, abondemment illustré, 79€]

L’entrée est libre, gratuite. Mme Canet est une sympathique guide pour commenter les oeuvres et ouvrir les tiroirs.

Il y a à Paris, en ce moment, deux expositions un peu coquines, «Fragonard amoureux» (au Luxembourg) et «Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910» (au Musé d’Orsay.). Mais j’avoue ma préférence pour l’intimité de la galerie-boudoir de Nicole Canet, gratuite, où l’on peut acheter des originaux à des prix raisonnables.

Ses curiosa se vendent entre dix-huit euros et mille euros, une gamme accessible à toutes les bourses. Et même moins cher si l’on s’intéresse aux affiches (5 ou 10 €).

Il semble que les images de garçons se vendent plus et mieux que celles de dames. Il ne faut pas imposer la parité dans ce domaine, mais essayer de comprendre pourquoi hommes et femmes préfèrent collectionner des gravures et des photos masculines.

C’est un plaisir difficile à décrire que celui de pouvoir passer des heures à  choisir un tirage original, signé par le photographe, de légionnaires ou de matelots, souvent nus, toujours avantagés par la nature, à l’évidence offerts prioritairement à des collectionneurs amateurs du même sexe, mais qu’une jeune Chinoise ou Taiwanaise peut rêver détourner de leur vocation. Bref un endroit exquis pour faire provision de phantasmes.

Ernst Hildebrand (1906-1991)

La cigarette, vers 1940

Encre et lavis, 48×32 cm. 

Ernst Hildebrand (1906-1991)

Prostitution, vers 1940

Encre et lavis, 48×32 cm. 

J’ai interviewé Nicole Canet pour ce blog.

Elle tenait avant 2000 un stand aux Puces. Le succès venant elle s’est installé, près de la BNF, exactement en face du Chabanais, le bordel le plus célèbre au monde.   

En 2009, elle a commencé à publier : 24 titres à ce jour, qu’elle a rédigés et dont elle a assuré la maquette avec l’aide de son imprimeur à Belleville, toujours avec d’interessantes illustrations, le plus souvent tirées de ses collections.

Le catalogue SUDOC qui recense tous les livres de quatre mille bibliothèques publiques en France n’en donne que trois… Et à un seul exemplaire à chaque fois, à l’INHA, l’Institut national d’Histoire de l’art, de l’autre coté du Square Louvois et de la rue de Richelieu. Les universitaires prêtent donc bien peu d’attention à un sujet qui est pourtant fondamental pour comprendre la vie en société. 

Je ne peux m’empêcher de montrer le dessin qui me tente le plus en ce moment chez Nicole Canet. Je vais suggérer à la direction de Causeur de passer un béret en conférence de rédaction pour me l’offrir :

Constant Detré (1891 – 1945)

Scène de maisons closes, 1925

Mine de plomb, 30 x 21 cm

Pourtant les bibliothécaires de la BNF fréquentent assidument la galerie : j’en ai rencontré trois chez Nicole Canet, dont un – plutôt mignon – m’a proposé d’aller chez lui examiner ses estampes japonaises avec l’amie chinoise qui m’accompagnait.

Mais son intérêt ne se limitait pas aux「春畫」 Shunga (ChunHua dans la prononciation chinoise de ces deux caractères). Ce charmant chartiste m’a donné de nombreuses explications sur Jean Boullet qui le passionne. Il m’a appris par exemple que Jean Boullet, retrouvé pendu en Algérie en 1970,  fut le décorateur de Boris Vian quand J’irai cracher sur vos tombes a été monté au théâtre.

J’ai déjà rédigé pas mal de § et donné quelques illustrations, mais je n’ai pas encore parlé d’Alexandrine Jouannet (1845-1899)  qui donne son nom à la présente tranche de blog.

C’était une jeune berrichonne, sans doute très belle, qui travailla comme prostituée dans plusieurs endroits, y compris au Levant, à Constantinople, puis à Lyon «chez Clotilde». Elle s’installa en 1877 à Paris, pour investir ses économies, et une subvention d’un ami de coeur au grand coeur, dans un bordel dont elle était la seule propriétaire et patronne.

Elle eut le génie de s’installer rue Chabanais, non loin de l’avenue de l’Opera, à égale distance du Palais-Royal, et en face la Bibliothèque Nationale. 

Elle se mariera, tardivement, avec un chanteur d’opera, qui l’aima beaucoup et malheureusement mourut quelques années après leur union. Elle lui survécu. 

C’est elle qui eut l’idée de décorer chaque chambre de manière luxueuse et originale, différente des autres, pour loger et animer convenablement les phantasmes de ses très riches clients.

On connait la baignoire que le Prince de Galles (1841-1910),  fils de la reine Victoria,  faisait remplir de champagne pour ses ablutions, tout comme la « chaise de volupté » qui fut commandée au célèbre ébéniste Louis Soubrier. Ce meuble indispensable aux extases du futur monarque de Grande-Bretagne vient d’être prêté au Musée d’Orsay pour son exposition actuelle.

Alexandrine se rendait en vacances fréquemment dans le Sud-Ouest où elle avait acheté  le château de Tarabel dans le Lauraguais, entre Toulouse et Carcassonne, au temps de la «cocagne», c’est à dire des boules du pastel qui fit un temps la fortune de la région.

Si mes lecteurs veulent connaître la suite de l’histoire du Chabanais, je les invite à acquérir le livre de Nicole Canet. Il peut figurer dans la bibliothèque d’hommes et de femmes de distinction. 

Vingt années après sa mort,sans enfant, la seconde épouse d’un neveu héritier brûla toutes sortes d’archives et on connaît donc pas son visage. Il figure sans doute à la BNF dans l’imposante collection des Reutlinger, photographes établis dans le même immeuble où résidait Alexandrine. Mais rien n’a encore permis de le retrouver.  

Cela désole non seulement Nicole Canet mais aussi son amie Edith Jouannet, descendante d’Alexandrine, très attachée à la mémoire de la femme remarquable que fut son aïeule.

J’ai proposé à Nicole et à son amie Edith de réaliser un documentaire sur Alexandrine. Je lancerai peut-être bientôt un crowdfunding , 「集資」JiZi en chinois, pour la production de ce documentaire.

Galerie Au Bonheur du Jour

Madame Nicole Canet

11, rue Chabanais

75002 Paris

+33 1 42 96 58 64

canet.nicole@orange.fr

aubonheurdujour@curiositel.com

Dix-neuf autoportraits

Mis en avant

La troisième exposition sur laquelle je mets en ligne quelques paragraphes dans ce blog,  après ma présentation des deux expositions de John Thomson, celle sur Formose (à la Maison de la Chine) et celle sur la Chine (à la Fondation Taylor, au 4e étage, dans «l’Atelier») c’est celle – bien différente – que la Fondation Taylor me fait l’honneur d’accrocher dans sa galerie du rez-de-chaussée du jeudi 29 octobre au samedi 21 novembre 2015 (du mardi au samedi de 14 h. à 20 h.) : c’est la mienne.

Elle est infiniment plus modeste et prendra moins de temps aux visiteurs : elle ne compte que 19 cadres. Comme c’est dans la galerie du RdC de la place saint-Georges, Paris IXe, le visiteur qui serait effrayé pourrait s’échapper très vite vers les bistrots du voisinage, ou se réfugier dans le jardin de la Fondation Thiers, voisine.

J’ai réalisé ces photos en 2010, à Paris. A l’époque j’ hésitais entre le travail de maquilleuse de cinéma et celui de photographe de plateau, de tournages.  J’hésitais aussi entre beaucoup d’autres choses dans ma vie personnelle et – sans véritablement m’en rendre compte – en solitaire – sans éclairagiste ni assistant – j’ai réalisé ces autoportraits, assez inhabituels et presqu’inquiétants, m’a-t-on dit. C’est à dire que je me suis maquillée seule, avant de me prendre en photo par moi-même.

Ces portraits ne sont pas retouchés, ni retravaillés sous photoshop.

Une fois tirés en grand format, je me suis demandée comment les référencer, leur donner un nom et pas seulement un n°. Ce fut très difficile. Impossible même. Faute de pouvoir leur donner un titre en langue française, je me suis demandé si je pouvais trouver un caractère chinois qui rende mon état d’esprit, lors de la prise de vues,  pour chaque image.

Mais je me suis vite rendue compte que les inscrire en typographie, ou de ma main au stylo, n’était pas la bonne approche. Je me suis alors plongée dans les ShuJie「書帖」, et ShuPu「書譜」, ces modèles  de calligraphie, souvent des TuoBen「拓本」estampages (tirés d’après des stèles), qui servent de modèle et d’inspiration aux calligraphes.

Un caractère chinois, pour un calligraphe, c’est comme un aria pour un chanteur d’opéra. La partition est la même, mais Georges Thill ou Caruso, Pavarotti ou Allegna, ce n’est pas la même interprétation, ni les mêmes sensations. Par exemple pour mon portrait « n°1 », j’ai choisi le caractère chu 「初」qui peut vouloir dire beaucoup de choses, dont « au commencement », « fondamental », « vierge », etc. : un choix significatif pour le portrait initial.   J’ai choisi le caractère tel que tracé par Wang XiZhe 「王羲之」(303–361), un grand et très célèbre calligraphe.

Je donne ci-après d’autres « rendus » par d’autres calligraphes pour ce même caractère apparemment simple, et ordinaire.

Ce contrepoint entre le caractère qui a un sens et la photo, et l’autre contrepoint — celui de la calligraphie de ce caractère, qui exprime une autre émotion, à un autre niveau —  est un peu difficile à appréhender pour un occidental. J’espère que ceux de mes lecteurs qui viendront à l’exposition voudront bien s’y essayer. J’ai cessé de réaliser des autoportraits, mais cette série a été importante pour moi : une sorte d’introspection, de purge mentale, de libération de plusieurs obsessions. Depuis, j’écris et je photographie de manière différente que par le passé. Je vis de manière différente aussi, et je nourris mon hérisson de manière plus enjouée sans doute qu’à l’époque où, dans son panier, un peu inquiet, il m’observait me maquiller et me prendre en photo.

Le fondateur du Musée suisse de la photographie, à Lausanne, Charles-Henri Favrod a bien voulu trouver intéressante cette expérience, et il a rédigé quelques lignes pour le catalogue. Je lui en suis très reconnaissante.

Je signerai ce catalogue pour ceux des lecteurs qui le souhaiteront. Ils me trouveront soit au RdC, soit dans l’atelier au 4e étage de la Fondation Taylor puisque j’y organise l’exposition des phototypies originales de la Chine (1872) de John Thomson