Dix-neuf autoportraits

La troisième exposition sur laquelle je mets en ligne quelques paragraphes dans ce blog,  après ma présentation des deux expositions de John Thomson, celle sur Formose (à la Maison de la Chine) et celle sur la Chine (à la Fondation Taylor, au 4e étage, dans «l’Atelier») c’est celle – bien différente – que la Fondation Taylor me fait l’honneur d’accrocher dans sa galerie du rez-de-chaussée du jeudi 29 octobre au samedi 21 novembre 2015 (du mardi au samedi de 14 h. à 20 h.) : c’est la mienne.

Elle est infiniment plus modeste et prendra moins de temps aux visiteurs : elle ne compte que 19 cadres. Comme c’est dans la galerie du RdC de la place saint-Georges, Paris IXe, le visiteur qui serait effrayé pourrait s’échapper très vite vers les bistrots du voisinage, ou se réfugier dans le jardin de la Fondation Thiers, voisine.

J’ai réalisé ces photos en 2010, à Paris. A l’époque j’ hésitais entre le travail de maquilleuse de cinéma et celui de photographe de plateau, de tournages.  J’hésitais aussi entre beaucoup d’autres choses dans ma vie personnelle et – sans véritablement m’en rendre compte – en solitaire – sans éclairagiste ni assistant – j’ai réalisé ces autoportraits, assez inhabituels et presqu’inquiétants, m’a-t-on dit. C’est à dire que je me suis maquillée seule, avant de me prendre en photo par moi-même.

Ces portraits ne sont pas retouchés, ni retravaillés sous photoshop.

Une fois tirés en grand format, je me suis demandée comment les référencer, leur donner un nom et pas seulement un n°. Ce fut très difficile. Impossible même. Faute de pouvoir leur donner un titre en langue française, je me suis demandé si je pouvais trouver un caractère chinois qui rende mon état d’esprit, lors de la prise de vues,  pour chaque image.

Mais je me suis vite rendue compte que les inscrire en typographie, ou de ma main au stylo, n’était pas la bonne approche. Je me suis alors plongée dans les ShuJie「書帖」, et ShuPu「書譜」, ces modèles  de calligraphie, souvent des TuoBen「拓本」estampages (tirés d’après des stèles), qui servent de modèle et d’inspiration aux calligraphes.

Un caractère chinois, pour un calligraphe, c’est comme un aria pour un chanteur d’opéra. La partition est la même, mais Georges Thill ou Caruso, Pavarotti ou Allegna, ce n’est pas la même interprétation, ni les mêmes sensations. Par exemple pour mon portrait « n°1 », j’ai choisi le caractère chu 「初」qui peut vouloir dire beaucoup de choses, dont « au commencement », « fondamental », « vierge », etc. : un choix significatif pour le portrait initial.   J’ai choisi le caractère tel que tracé par Wang XiZhe 「王羲之」(303–361), un grand et très célèbre calligraphe.

Je donne ci-après d’autres « rendus » par d’autres calligraphes pour ce même caractère apparemment simple, et ordinaire.

Ce contrepoint entre le caractère qui a un sens et la photo, et l’autre contrepoint — celui de la calligraphie de ce caractère, qui exprime une autre émotion, à un autre niveau —  est un peu difficile à appréhender pour un occidental. J’espère que ceux de mes lecteurs qui viendront à l’exposition voudront bien s’y essayer. J’ai cessé de réaliser des autoportraits, mais cette série a été importante pour moi : une sorte d’introspection, de purge mentale, de libération de plusieurs obsessions. Depuis, j’écris et je photographie de manière différente que par le passé. Je vis de manière différente aussi, et je nourris mon hérisson de manière plus enjouée sans doute qu’à l’époque où, dans son panier, un peu inquiet, il m’observait me maquiller et me prendre en photo.

Le fondateur du Musée suisse de la photographie, à Lausanne, Charles-Henri Favrod a bien voulu trouver intéressante cette expérience, et il a rédigé quelques lignes pour le catalogue. Je lui en suis très reconnaissante.

Je signerai ce catalogue pour ceux des lecteurs qui le souhaiteront. Ils me trouveront soit au RdC, soit dans l’atelier au 4e étage de la Fondation Taylor puisque j’y organise l’exposition des phototypies originales de la Chine (1872) de John Thomson