« S’en prendre à » dans la langue des médias

Si un sale type vous frappe et que vous vous vengez en lui infligeant, à votre tour, une bonne baffe, vous n’agissez pas en bon chrétien, c’est sûr. Mais à rigoureusement parler, vous ne vous en prenez pas à lui. Lire la suite

« Cui bono? » et autres questions

Des soupçons pèsent sur François Fillon et sur Emmanuel Macron. Dans le premier cas, nos médias se demandent : sont-ils fondés ? Dans le second : d’où viennent-ils ?

La question « Cui bono ? » (tournure en double datif que le concept de prédicat ne permet pas de comprendre, note au CSP) est traditionnellement attribuée à Cicéron, qui la prononça jadis dans sa plaidoirie en faveur de Roscius d’Améria, un pauvre bougre accusé à tort de parricide et risquant par conséquent un châtiment immonde (on enfermait le coupable dans un sac avec divers animaux, dont un serpent, et on jetait ce sac dans le Tibre). Lire la suite

Farid Benyettou récite du Dounia Bouzar… et les médias cognent sur Thierry Ardisson

On aurait pu traiter cet épisode avec enthousiasme : quel symbole magnifique, quel formidable hommage aux victimes que cette image du guide spirituel des Kouachi arborant le badge « Je suis Charlie » ! La preuve ultime et absolue que la « déradicalisation » des plus enragés est possible, un signe d’espoir, une petite lumière au bout du tunnel. Si lui a été déradicalisé, alors tous peuvent l’être. On a trouvé la recette, deux ans tout juste après Charlie. C’est la fin du cauchemar, c’est beau. Et merci Ardisson. Lire la suite

Alep reprise, libérée ou tombée?

A partir du moment où il faut nommer les choses, on s’aventure sur une pente savonneuse. 

« A Alep, les rebelles se servent des civils comme boucliers humains » ; « Les forces pro-gouvernementales autorisent les rebelles à quitter Alep-est avec des armes légères pour rejoindre d’autres bastions de la contestation » ; « Les rebelles menacent d’exécuter les civils qui tenteraient de quitter la ville en passant par les couloirs humanitaires. » Lire la suite

Des « programmes jumeaux » à « l’affrontement des deux droites »

Pareils ou pas pareils: faudrait savoir !

 La primaire de la droite était censée mettre aux prises des individus aux idées presque identiques. Tous pareils, nous disait-on. C’était une affaire de personnes, nous répétait-on. Bizarrement au lendemain du premier tour, c’est devenu une affaire d’idées, et même l’affrontement de deux conceptions radicalement opposées de la politique. Lire la suite

Surprise !

Surprise ?

Ceux pour qui la victoire de Donald Trump était, sinon prévisible, du moins envisageable, ne sont apparus sur les plateaux qu’après la victoire du candidat républicain. Par superstition sans doute, on les en avait tenus écartés durant toute la campagne. Cet événement ne constitue donc pas une surprise pour tout le monde. Il n’en est une que pour les journalistes, moins parce qu’ils n’ont pas été capables de le prévoir (deviner l’avenir n’est d’ailleurs pas ce qu’on leur demande) que parce que la victoire de Trump leur a toujours paru si intolérable qu’ils refusaient de l’envisager. Lire la suite

« Boules puantes »

Mme Clinton ne lance pas de boules puantes. Trump, si.

La métaphore de la boule puante est un concept typique du vocabulaire « journaliste », dont il me paraît nécessaire d’examiner les conditions d’emploi. Encore une notion floue mais commode, peu précise mais idéologiquement chargée, qui nous aide charitablement à bien distinguer les gentils des méchants. Lire la suite

Brexit colombien

Alors que le président Santos vient d’être désigné lauréat du Prix Nobel de la Paix, retour sur le traitement médiatique du référendum en Colombie.

A priori, les deux consultations n’ont rien de commun. A priori seulement.

David Cameron demandait par référendum si le peuple britannique souhaitait, ou non, demeurer dans l’Union Européenne (voir mon post sur le Brexit). Le président Juan Manuel Santos demandait aux Colombiens de valider, ou non, l’accord de paix négocié avec les Forces Armées Révolutionnaires (FARC).

Premier point commun : dans les deux cas, c’est non.

Second point commun : tout le monde pensait que ce serait oui. Lire la suite

Comment L’Obs m’a diabolisée

ingrid riocreux lesquen obs

« Si tu y vas et que cela se sait, tu es grillée à vie », m’avaient prévenue les copains. Variante : « ta carrière est foutue ». Eh bien moi, j’ai la faiblesse de croire que je peux aller dédicacer mon livre (La Langue des Médias, L’Artilleur, 2016) à la Fête de la Courtoisie et y donner une petite conférence sans mettre en jeu ni ma vie ni même ma carrière. On m’a invitée, je suis venue. Si demain, on m’invite à la Fête de l’Huma, j’irai aussi. Lire la suite