Régionales : la faillite du front républicain

Ce qui pourrait arriver de mieux au PS

 

Nous devons un aveu aux lecteurs de Causeur. Nous avons vraiment cru, lors de cet automne de campagne régionale, que le PS avait compris la bêtise de mettre en œuvre un front républicain à sens unique. Nous avons vraiment cru qu’il cesserait de sacrifier ses élus, qu’il ne commettrait pas la faute de s’absenter sciemment de plusieurs assemblées régionales pour six ans, prenant le risque de disparaître politiquement d’énormes territoires. Jean-Christophe Cambadélis le claironnait désormais : Christian Estrosi et Xavier Bertrand ne méritaient pas qu’on appelle à voter pour eux. François Hollande semblait en phase avec cette stratégie. Seul Matignon faisait de la résistance et mettait son poids dans la balance. Il faut rendre justice au Premier ministre, c’est bien lui qui a eu gain de cause dimanche soir. François Hollande a donc préconisé le retrait de Pierre de Saintignon (Nord), Christophe Castaner (PACA) et Jean-Pierre Masseret (Grand Est) au profit des listes LR-UDI afin de « faire barrage » au Front national. François Hollande a-t-il changé d’avis en examinant les résultats du premier tour et en constatant que, étant en position de gagner davantage de régions que la droite classique, il pouvait se permettre cette posture morale dans l’optique de sa future campagne présidentielle ? Ou demandait-il à Jean-Christophe Cambadélis de tromper sciemment les électeurs en leur indiquant qu’ils pouvaient voter pour des listes qui iraient jusqu’au bout du combat ? L’attitude frondeuse de Manuel Valls et de quelques affidés pendant cette période nous incitent à privilégier la première hypothèse. Mais, après tout, peu importe aujourd’hui. Ce qui est davantage intéressant, c’est que sur le terrain, on fait aujourd’hui de la résistance. Dans le Nord, de nombreux élus déplorent cette décision. L’ancien ministre Frédéric Cuvillier la « regrette » tandis que le président sortant Daniel Percheron, paraphrasant Churchill,  accuse Cambadélis et Saintignon d’avoir opté pour le déshonneur. En Provence, Christophe Castaner était aussi bien décidé à se maintenir. Mais il s’est fait tordre le bras très rapidement, ce qui peut être expliqué par sa jeunesse et son CV d’élu encore léger. Reste Jean-Pierre Masseret qui symbolise aujourd’hui la révolte de la base socialiste, prenant la succession difficile de la vauclusienne Catherine Arkilovitch, des élus socialistes de Béziers ou même, d’une certaine manière, de feu Georges Frèche. Le président sortant de la région Lorraine a jusque-là admirablement tenu face aux oukazes solfériniens. Il a déposé sa liste dès lundi après-midi et semble décidé à « ne rien lâcher », comme il l’a lui-même indiqué. Hier soir, Manuel Valls a donné gravement ses consignes de vote, appelant à voter nommément pour Philippe Richert (LR) et donc contre la liste de son propre parti, contre ses camarades. On me dira que Jean-Pierre Masseret devrait perdre son investiture dans les prochaines heures, ainsi que sa place au Parti Socialiste, après des décennies de bons et loyaux services. On devrait aussi en profiter, afin de faire bon poids, pour le priver de son abonnement à Canal+ et à l’Obs. A vrai dire, cela lui en touchera une sans faire bouger l’autre. Ce qui est plus scandaleux, c’est la phrase de Manuel Valls qui lui intimait l’ordre « de ne pas s’accrocher à un poste ». Mais de quel poste parlait le Premier ministre ? De celui de président de région ? Tiens, on croyait que le PS n’avait plus aucune chance de gagner… Ou celui de conseiller régional d’opposition ? C’est ridicule : Masseret ne fait pas ça pour lui-même mais pour la présence de son parti dans la région et il y a d’ailleurs fort à parier qu’à 71 ans, devenu persona non grata, il démissionnera assez vite pour laisser la place à un plus jeune colistier. L’objectif, pour Jean-Pierre Masseret, c’est de tenter d’aller chercher les abstentionnistes qui peuvent encore, tant qu’on ne s’avoue pas vaincu, donner la victoire à ses idées. Ce qui est en jeu, c’est que la gauche soit présente pour affronter ses adversaires au prochain conseil régional si, comme les pronostics l’annoncent, il est battu par Philippe Richert ou Florian Philippot. Mais ce qui compte pour François Hollande et Manuel Valls, c’est de pouvoir dire qu’ils ont sacrifié des élus et que Nicolas Sarkozy n’a pas sacrifié Dominique Reynié dans le Midi. Seulement voilà, même Alain Juppé s’opposait à ce retrait. Contrairement à NKM et Jean-Pierre Raffarin, il avait sans doute fait ses comptes et avait compris que l’absence de la liste LR-UDI donnerait davantage de réserves de voix potentielles à Louis Aliot. En maintenant la liste, Les Républicains rendent en réalité service à Carole Delga. A quoi aboutiront la posture de Manuel Valls et les petits calculs de François Hollande, qui veut diviser la droite classique en tentant d’imiter François Mitterrand ? Si Marine Le Pen et Marion Maréchal l’emportent, malgré le retrait de la liste de gauche, cela démontrera que leurs électeurs se fichent bien des consignes parisiennes, et la victoire du FN sera symboliquement plus forte que si elle avait été obtenue à la faveur d’une triangulaire. Et dans tous les cas il sera difficile, pour les futurs candidats socialistes (aux prochaines législatives, par exemple) de toutes ces régions sacrifiées, de faire campagne au premier tour sans qu’on leur dise : « A quoi bon voter pour vous, vous allez vous retirer pour la droite ! »
Finalement, ce qui pourrait arriver de mieux au PS dimanche, ce serait que, coalisant des abstentionnistes du premier tour et même des électeurs de Florian Philippot séduits par le nouveau côté « antisystème » de la liste PS, Jean-Pierre Masseret crée la surprise. D’abord, ce serait très drôle. Et surtout le bon sens l’emporterait, cette fois-ci définitivement, enterrant une fois pour toutes cette ridicule stratégie du front républicain.