Retour au western !

La Troisième République a eu besoin de héros, et elle a inventé l’école publique pour se les procurer. Il fallait fabriquer les guerriers de la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine — là où s’était tenue la « dernière classe » d’Alphonse Daudet.
« Nationalisme insupportable ! » pensent aujourd’hui les profs d’Histoire (qui curieusement se disent « historiens », quand aucun prof de maths n’ose se dire « mathématicien »). « L’Histoire ne se résume pas aux exploits du grand Ferré et de Jeanne Hachette — ou de Jeanne d’Arc, instrumentalisée par la gauche radicale dans les années 1880 ». Oui, et alors ? Est-il bien sûr que nous n’ayons plus besoin de héros ?
Petit crochet par mon histoire personnelle.
J’avais sept ans, mon père de loin en loin m’amenait voir des westerns, le grand genre des années 1950-60. C’était d’autant plus, simple qu’il y avait alors près de vingt salles de cinémas dans le centre-ville de Marseille — il en reste une, les autres sont devenues, des fast-food et des entrepôts d’import-export. Cette année-là, nous avons vu Rio Bravo, où Dean Martin et John Wayne affrontaient une bande de salopards qui régissaient une petite ville. Puis, l’année suivante, Alamo.Et là, John Wayne meurt. Stupéfaction dans la salle. John Wayne meurt ! Il était supposé indestructible ! Il meurt en défendant une ruine contre une armée entière, avec trois cents hommes qui se sacrifient tous. Lire la suite

Du côté de la surmusulmane

Myriam B*** est une jeune musulmane comme on aimerait en voir plus souvent : originaire des Quartiers Nord de Marseille, elle a su en sortir, elle est apparemment libérée, mène la vie qu’elle entend, et réussit de brillantes études — elle est présentement en Master de Droit. Vêtue plus ordinairement de mini-jupes et de jeans moulants que de voiles — en fait, elle n’a jamais porté de voile. Maquillée assez pour avoir l’air d’une seconde Nefertiti — une Egyptienne d’avant l’Islam. Ajoutons qu’elle est issue d’une double souche algéro-marocaine, preuve que les frères ennemis peuvent, s’ils le veulent, faire l’amour et pas la guerre. En elle, il y a les traits fins d’une Berbère, et la culture d’une fille formée à l’école de la République — ou plutôt, elle a fait l’effort de sortir de l’enseignement de l’ignorance pour se cultiver réellement.
Je lui ai communiqué mon analyse du livre de Fehti Benslaman dont je parlais la semaine dernière, et elle a bien voulu me faire partager ses réactions de lecture. Qu’elle en soit remerciée.

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L’Avare de Molière et Ludovic Lagarde

Autant vous le dire tout de suite : j’ai vu hier à la Criée, à Marseille, une remarquable mise en scène de l’Avare.
Marseille et les choses étant ce qu’elles sont, le spectacle nous arrive deux ans après sa création à Reims, dont le metteur en scène, Ludovic Lagarde, est le gourou attitré (et Laurent Poitrenaux, qui joue Harpagon, son premier disciple). Tant mieux : cela a permis aux acteurs d’insérer dans le cours de la pièce quelques actualisations bien senties.
Parce que cet Avare-là se passe ici et maintenant. Non, Harpagon n’est pas un broker londonien : il est l’argent qui amène à l’argent — l’argent pur, indépendamment de toute transaction sur des produits réels. La scène est tout entière jouée dans ce qui pourrait être un entrepôt, au milieu des caisses qui au gré des changements d’actes vont et viennent ; mais ce qui s’échange, le ressort, le sujet de la pièce, et de toute notre civilisation, c’est l’argent pur, l’argent qui fait de l’argent, l’argent thésaurisé, prêté à la Grèce ou à votre voisin, ou au fils de l’Avare, qui finira bien, si son père ne meurt « dans les huit mois », par recourir à la « poudre de succession » qui eut tant de succès pendant l’affaire des poisons. À la fin, Harpagon se revêt d’or, il s’y baigne, comme un Picsou non repentant — après tout, ce n’est pas par hasard que l’on parle de liquidités. Lire la suite

Les surmusulmans sont parmi nous

On peut tortiller la question dans tous les sens, reste le noyau dur du problème : comment décide-t-on au nom de la religion de se lancer dans des opérations mortelles ? « Viva la muerte ! » disaient les phalanges franquistes. Mais le catholicisme ne promettait pas le Paradis aux Maures des corps d’élite de Franco. Un pur instinct guerrier les habitait — il y a dans toute guerre un moment où l’envie de mort passe indifféremment d’un camp à l’autre, où l’habitude de tuer se change en désir de mourir.
Mais qu’est-ce qui explique que des hommes (et des femmes) jeunes, sans formation militaire particulière, rejoignent les rangs du jihad, quitte à se faire sauter au milieu de la foule ? Notre incompréhension fait d’ailleurs la joie et la fierté de ces sacrifiés de l’Islam : l’Occident ne parvient pas à comprendre. Lire la suite

Du révisionnisme en matière de traduction — et ce qui en découle

Les éditions Hachette, depuis une dizaine d’années, retraduisent la série d’Enid Blyton, le Club des Cinq. Non dans un souci de rajeunissement — toute traduction témoigne des modes de son temps, par exemple l’utilisation du « vous » de politesse dans des situations où le français contemporain dirait « tu », le « you » anglais laissant toujours une marge d’interprétation. Non : il s’agit de simplifier la lecture, afin que des gamin(e)s déstructuré(e)s entrent plus facilement dans le récit. En éliminant, par exemple, le passé simple, remplacé uniformément par le présent de narration. En supprimant le « nous » au profit d’un « on » plus immédiatement conforme aux distorsions de l’oral. En « vulgarisant » l’expression — tout en adoptant une pensée politiquement correcte qui élimine parfois des éléments-clés des intrigues — les enfants battus, par exemple, ou la suspicion sur les Gitans, l’un des grands topoi du roman d’aventures enfantines. Lire la suite