On aurait préféré Montebourg libéré…

 

Vendredi soir, Jean-Marc Ayrault a décidé, sciemment, d’humilier Arnaud Montebourg. Même s’il avait fait un autre choix que celui préconisé par son ministre, il n’était pas obligé d’écarter, avec un mépris que n’aurait pas renié Jean-François Copé, la nationalisation temporaire du site de Florange. Il aurait très bien pu annoncer que cette solution n’avait pas été retenue puisqu’un accord était intervenu pour sauver les emplois et que la menace de nationalisation avait considérablement pesé pour obtenir ce dénouement[1. C’est d’ailleurs ce qu’il a fini par dire samedi dans l’après-midi, certainement sur le conseil du Président de la République, afin d’éviter la démission de son ministre.].

Mais il a préféré offrir symboliquement le scalp de Montebourg à Madame Parisot et à tous ceux qui ont qualifié cette solution de « scandaleuse ».

Cette humiliation est d’autant plus forte que, jusqu’à maintenant, le Premier ministre n’avait pas fait montre d’une grande autorité avec les membres de son gouvernement. Cécile Duflot et Vincent Peillon ont pu ainsi s’accorder quelques libertés sans que Matignon ne leur demande de démissionner. Arnaud Montebourg avait quant à lui réussi à fédérer derrière sa proposition des personnalités diverses[2. On citera, pêle-mêle, Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Louis Borloo, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et Henri Guaino.] et recueillait également un très bon écho dans l’opinion publique. Le ministre du redressement reproductif s’est donc retrouvé dans la position de Jean-Pierre Chevènement en 1983. Il a donc menacé de démissionner et François Hollande a réussi à l’en dissuader. Nous pourrions lui reprocher son choix de demeurer dans un gouvernement dont le chef condamne son action. Nous pourrions nous demander où il place désormais son ego, que nous pensions grand, en encaissant un tel affront. Nous n’en ferons rien.

Car si nous considérons toujours, comme nous l’avions expliqué cet été, qu’Arnaud Montebourg a fait une erreur en acceptant ce ministère-là, compte tenu de ses positions démondialisatrices pendant la primaire, si nous déplorons de surcroît qu’il n’ait pas eu la prudence de se présenter aux législatives, ce qui lui permettrait aujourd’hui de retourner au Parlement[3. Grâce à la réforme sarkozyenne qui permet au ministre, démissionnaire ou démissionné, de reprendre le siège qu’il a gagné à son suppléant.], la seule solution qui lui reste c’est bien de rester en place dans un rôle de « mauvaise conscience » du gouvernement. Puisque la sentence chevènementiste – « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne » – est décidément passée de mode,  Montebourg a la possibilité de l’ouvrir autant qu’il peut, tout en gardant l’oeil sur ses dossiers. Dès samedi soir, en regardant TF1, on a pu remarquer qu’il s’inscrivait dans cette démarche. En 2012, un ministre peut désormais prendre date en demeurant au gouvernement. On peut le déplorer pour la solidité des institutions mais c’est ainsi. Jean-Marc Ayrault a désormais un opposant à l’intérieur de son gouvernement, un opposant qui bénéficie du soutien du Président de la République, dont le conseiller spécial Aquilino Morelle dirigeait la campagne du candidat Montebourg à la primaire socialiste.

Alors que les feux sont braqués sur le minable combat de boue de l’UMP, une véritable querelle idéologique est ouverte au sein du gouvernement. Et entre Ayrault et Montebourg, alors que le chômage augmente à un rythme infernal, ce n’est finalement pas le second qui est aujourd’hui dans la plus mauvaise position.

 

1 commentaire

  1. Montebourg ne peut strictement rien faire : nationaliser est incompatible avec le Traité de Lisbonne… et comme il le respecte par dessus tout ! Tout ça, c’est du vent, pour ne pas dire des vents !

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