Montebourg : l’Elysée ou rien

Reportage à Besançon

Dans la petite salle de la Malcombe, on rajoute une quarantaine de chaises à la hâte. La dernière fois que nous y sommes venus, c’était quelques jours avant l’affaire du Sofitel, et François Hollande y avait laissé l’impression d’avoir le vent dans le dos. Cinq ans plus tard, le vent semble pousser aussi Arnaud Montebourg, qui profite du « suicide politique » du président actuel, comme l’appellent quelques militants socialistes présents. L’enthousiasme n’était pas feint en ce lundi soir. Montebourg a le sourire ; il affiche de l’optimisme et, signe parmi les signes, ses flèches les plus nombreuses sont désormais réservées à Alain Juppé, le favori des sondages. Comme s’il se projetait déjà dans le premier tour de l’élection présidentielle ; comme si l’affaire était déjà jouée face à François Hollande ou Manuel Valls lors de cette primaire fixée les 22 et 29 janvier prochains.

Les sympathisants de gauche « n’ont rien à faire à la primaire de droite ». S’y rendre n’est pas seulement une preuve de défaitisme, c’est aussi une faute politique majeure, surtout quand on « demande le programme » d’Alain Juppé, celui que certains sympathisants de l’actuelle majorité voudraient installer à l’Elysée, passant par pertes et profits la présence d’un candidat de gauche au deuxième tour de l’élection présidentielle. Qu’on se le dise, ce n’est pas ce processus de désignation qui doit les intéresser mais, l’autre, celui de janvier. Montebourg déroule alors son projet, comme il l’avait fait à Frangy il y a deux mois, lors de sa déclaration de candidature. Fin de l’austérité, « Made in France », « politique de la chaise vide » à Bruxelles, rétablissement du service national, référendum sur les institutions. « L’Union européenne est condamnée telle qu’elle est », répète le candidat, qui fait partie de ceux pour lequel « souveraineté » ne constitue pas un gros mot. Fustigeant les sept ou huit référendums contournés en Europe pour le bon plaisir des institutions bruxelloises, il souhaite que la France « prenne la tête d’une minorité de blocage qui refuserait de voter quoi que ce soit tant que l’UE ne se réforme pas ». Pas de Frexit à l’horizon, car inutile : les Français ont déjà rendu leur verdict en 2005. Ils ont déjà exprimé leur rejet de la construction européenne telle qu’elle se fait. Il faut désormais en tenir compte. Et si cette volonté n’est pas satisfaite, « c’est l’extrême-droite » qui accédera au pouvoir. « 2017, dernière station avant le désert », clame Montebourg. Il évoque « le crépuscule de la France d’en haut ». Tiens, cela nous dit quelque chose… Ne serait-ce pas le titre du dernier livre de Christophe Guilluy, dont on ne cite pas le nom ? L’orateur ajoute une nouveauté par rapport à son discours de candidature de Frangy-en-Bresse. Il évoque ses idées en matière d’éducation. De l’avis de quelques profs présents dans la salle, c’est loin d’être le passage le plus convaincant du discours. Les propos sont jugés plutôt flous et lorsqu’ils deviennent plus précis, on craint qu’il ne se soit laissé emporter par un pédagogisme condamnable. Il serait faux, en revanche, de dépeindre Montebourg en apôtre d’une gauche à l’ancienne, souhaitant accumuler les lois. Bien au contraire, il fustige l’empilement des normes. Pour un peu, comme François Fillon la semaine dernière cinquante kilomètres plus à l’ouest, il citerait Georges Pompidou : « arrêtez d’emmerder les Français ». L’administration doit « conseiller », « accompagner », davantage que « sanctionner ». Nous en sommes aux questions venant de la salle. Une militante lui demande s’il soutiendra le vainqueur de la primaire en cas de défaite. Il ne croit pas à cette dernière et retourne la question : « Est-ce que François Hollande et Manuel Valls accepteront de me soutenir ? ». Puis il répète ce qu’il a dit dans plusieurs médias. S’il perd cette compétition, il tiendra son engagement, celui de ne pas être candidat au premier tour de la présidentiel contre le vainqueur de la primaire. Mais qu’on ne lui demande pas d’être à nouveau « le chauffeur de salle ». Il ira « cultiver son jardin en Saône-et-Loire, qui en a bien besoin ». On se pose alors une autre question : que ferait Montebourg s’il était désigné candidat à la primaire puis serait éliminé dès le premier tour, comme le lui promettent les sondages actuellement ? Reprendrait-il le PS dont il moquait le nombre d’adhérents de plus en plus faible , un peu plus tôt dans l’après-midi ? Rien n’est moins sûr. Après mai 2017, il n’y aura pas d’entre-deux. Ce sera Elysée ou jardin bressan.