Hollande n’a plus d’autre choix que de la jouer modeste

 

Pour fêter l’anniversaire de son élection, le président de la République est donc allé au feu des questions de Jean-Jacques Bourdin. Cela ne manquait pas de courage et on peut d’ailleurs se demander s’il n’a pas pris cette décision pour démontrer qu’il lui arrive de porter la culotte, au sein du nouveau couple exécutif.  François Hollande a donc dû batailler et fait montre d’un certain sens de l’esquive qui rappelait certains moments de sa campagne présidentielle.

La plupart des observateurs ont, à raison, commenté les déclarations de François Hollande sur la réforme territoriale et les reports d’élections que celle-ci pourrait entraîner. À moins que cela ne soit le report des élections qui motive l’accélération du calendrier de la réforme territoriale, pourtant fixé par le Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale, comme le craint à juste titre l’opposition, qui réclame maintenant un référendum. Hier, dans ces colonnes, Régis de Castelnau n’a pas eu  tort de fustiger ce « camp du Bien qui ne s’encombre pas de morale républicaine ». Dans le même esprit, comme nous l’a soufflé Marc Cohen, exhumer le du droit de vote des étrangers aux élections locales, tout en reconnaissant ne pas avoir de majorité pour le faire voter, revient à un chiffon rouge à l’approche des élections européennes. Sachant qu’un score impressionnant y est promis au FN, la manœuvre de Hollande ressemble à ces petits coups politiciens que l’électeur aguerri voit venir à cinquante kilomètres.

Mais c’est une phrase prononcée tout au début de l’émission qui a retenu mon attention. Le Président de la République nous a effectivement gratifiés d’un aveu d’un fort beau gabarit en expliquant que s’il avait été élu, ce n’était pas pour son « programme étincelant » mais surtout parce que son prédécesseur avait échoué. Ainsi, François Hollande vient d’acter qu’il avait été élu par défaut. Ce coup d’essuie-glaces n’a certes rien d’original. D’abord, la mécanique du scrutin majoritaire à deux tours produit chez les électeurs le réflexe suivant : au premier tour, je choisis, au second, j’élimine. Ensuite, les échecs des gouvernements qui se succèdent depuis une trentaine d’années ont amplifié cette mécanique. Ainsi, en 1981, 1986, 1988, 1993, 1995, 1997, 2002 et 2012, les électeurs étaient davantage motivés par l’élimination de la majorité en place que par l’enthousiasme que leur inspirait ceux qu’ils désignèrent finalement. Seule l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 pourrait faire exception dans ce tableau, suscitant un véritable espoir dans le pays, encore que la perspective de voir Ségolène Royal entrer à l’Elysée n’a pas dû être indifférente au choix des électeurs.

Mais si le commentateur peut froidement faire ce constat, le fait pour l’heureux élu de reconnaître publiquement qu’il doit davantage son élection à l’échec de son prédécesseur est beaucoup plus rare. Cette lucidité est d’autant plus méritoire que nous nous souvenons encore des cris d’orfraie que suscita il y a quelques semaines l’intervention du député UMP Guillaume Larrivé dans l’hémicycle, déclarant que François Hollande avait été élu par défaut. Un procès en anti-républicanisme fut ainsi instruit, le député d’Auxerre étant accusé de remettre en cause la légitimité de l’élection du Président de la République. Jean-Marc Ayrault lui-même s’en était ému. Reconnaissons pourtant que Larrivé pensait faire bondir les députés de la majorité par sa jolie provocation à l’encontre du président Hollande. Si les socialistes avaient été moins conditionnés, il leur aurait été si facile de renvoyer ce chevau-léger du sarkozysme à ses chères études. « Ainsi, le Président aurait élu par défaut, Monsieur le député Larrivé ! Vous rendez vous compte du piètre compliment que vous faites au candidat que vous souteniez alors ? C’est donc par le seul mérite de la médiocrité de la candidature de Nicolas Sarkozy que François Hollande aurait été élu ? Je n’irais pas, pour ma part, jusque-là et je vous en laisse toute la responsabilité ! » Voilà une réponse qui aurait été plus habile, mais Ayrault est-il capable d’habileté ?

François Hollande n’a pas le choix. Il la joue modeste. D’où cet aveu mais aussi ses déclarations sur les conditions de sa prochaine candidature. Il se comporte désormais comme un petit poucet de la Coupe de France de football qui n’a «rien à perdre » et attend le « retournement » économique comme le Messie. Ayant douché les espoirs d’Emmanuel Todd qui avait fait le pari du « hollandisme révolutionnaire » et de Jacques Sapir, qui lui conseillait de nommer Jean-Pierre Chevènement à Matignon, le président normal n’a plus qu’à abattre sa dernière carte : l’attentisme.

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