Ce qui suit est le tout premier chapitre d’une « new romance » que je rédige en ce moment — avec un zeste de second degré, bien sûr.

Allongée sur le bord de ma piscine à débordement, je regarde, dans l’ordre, le vallon clair entre mes seins, mon ventre plat et imberbe, mes genoux ronds, mes pieds aux ongles délicatement peints d’un rose fuschia vibrant, la mer qui scintille et, tout au fond, le soleil posé sur l’horizon, qui ne semble pas décidé à plonger tout à fait. L’instant est suce pendu (1) à ma paresse. Je retiens le globe rouge du bout de mes cils, entre mes yeux entrebâillés. Rien ne bouge, et surtout pas moi. Je me sens fondre doucement, tant la sensation est plaisante. J’aurais devant moi une créature déshabillée et désirable que je ne serais pas plus, pas mieux disposée au désir. Mais il faut bien reconnaître que l’amour que j’ai pour moi surpasse tout ce que la fiction ou la réalité pourrait m’apporter d’extases.
De mon i-phone 18-Pro monte en sourdine la voix de fauve castré de Jul :
« Tchiki-Tchikita
Tchiki-Tchikita
Tchiki-Tchikita
Tchiki-Tchikita
Tchiki-Tchikita
Tchiki-Tchikita
Elle a l’regard qui tue Tchikita… »
Le bonheur…

Reprenons. Mes seins restent bien droits, les pointes, caressées de soleil, sont surexcitées par la brise. Quelques gouttes d’eau, héritées de mon dernier plongeon dans la piscine, s’accrochent encore à leur courbe. J’ai des genoux parfaits. Chanel disait que c’était si rare qu’il valait mieux, en règle générale, les cacher sous le pli de la jupe. Pas les miens, que j’ai toujours exhibés avec innocence. Encore qu’innocence, en ce qui me concerne, soit un mot certainement exagéré.
Je passe mon index sur l’intérieur de ma cuisse. « De la soie », dit Marc. « Du velours… » « Du satin… » La vérité, c’est qu’aucune comparaison ne peut rendre compte de la finesse de ma peau.
Je suis nue et totalement épilée, les derniers rayons de soleil me dorent doucement la chatte et les tétons. Une sensation magnifique. Peau de blonde bronze doré. Je ressemble à la poupée couverte d’or aperçue un soir dans Gode Finger.
Mes pieds sont petits, rapportés à ma taille. 5,5 en pointure américaine pour cinq pieds neuf pouces. Assez grande pour dépasser bien des hommes plus petits, surtout si je mets des talons, et assez élancée et bien proportionnée pour impressionner les grands hommes.
Marc est juste entre les deux. Assez riche pour s’égaler aux plus grands, assez grand pour m’avoir à ses pieds. Exactement ce que l’on demande à un mari — ou ce qu’un mari vous demande.
Enfin, quand il est là. La plupart du temps, j’ai la grande maison de Malibu pour moi toute seule…

« Elle veut me parler me fait la grande la madame
J’ai rien pour toi moi j’vie toujours dans dans ma came
J’plonge dans ses yeux, je m’y noie
J’la regarde je m’y voie
J’plonge dans ses yeux, je m’y noie
J’la regarde je m’y voie
Elle a l’regard qui tue Tchikita… »

Arrivé à ce point du récit, la rédactrice, ghost writer de cette autobiographie sincère, s’interroge. Malibu, certes, ça fait américain. Mais pourquoi succomber aux clichés, dans ce récit qui en est évidemment dépourvu ? Allons, resituons l’histoire sur le territoire français — où d’ailleurs elle s’est déroulée.

La plupart du temps, j’ai la grande maison de Juan-les-Pins pour moi toute seule…
Moi et ma camériste, comme on disait autrefois. Julia, ma belle métisse. Elle s’occupe de moi, répond au téléphone, prépare le repas, elle me lavera tout à l’heure et me massera doucement avec une huile non grasse couplée à un lubrifiant parfumé, ce qui lui permet, quand elle en a fini avec mes épaules et mes reins, de prolonger ses caresses un peu plus bas, jusqu’à ce que je me torde en gémissant. Et si j’ai envie qu’elle continue, je me retourne sur le dos.
Elle devrait arriver — c’est l’heure de ma margarita (2).
Je ferme les yeux. Le soleil est au plus bas, pile dans mon regard. Il semble posé sur le gros orteil de mon pied gauche.
J’ai vingt-huit ans. Ces dix dernières années ont été fertiles en surprises de toutes sortes. Celle que j’étais il y a dix ans est morte et enterrée ¬— serveuse dans un bar de Forcalquier, habitant sagement chez ma mère, mon père parti avant ma naissance, la paternité n’était pas sa longueur d’ondes. Ma vie se déroulait entre les pastis de midi et le service des spécialités locales, souris d’agneau confite à l’ail (3) et tiramisu. Longue pause après les cafés, et possibilité de rentrer chez soi jusqu’à cinq heures, quand les Parisiens fatigués qui hantent le Luberon décident d’aller prendre un premier verre.
Chez moi, c’était une vieille maison un peu branlante, construite au XVIIe siècle, ce qui lui confère un cachet dont nous nous passerions, surtout avec le toit à refaire et la Commission des sites classés qui veille.
Le soleil se fond dans la Méditerranée. Une très légère brise vient de la mer, et me signale que le crépu s’encule s’installe lentement. La mer est violette, le ciel s’est teinté d’un rouge sans gland.
« Elle me trouve beau même quand j’le suis pas
Fuis moi j’te suis elle j’la suis elle m’fuit pas
Elle a l’regard qui tue Tchikita… »

Il y a eu pas mal de sang dans ma courte vie. Du sang et du foutre. So what ? J’ai survécu. Je n’étais rien, et me voici l’épouse d’un millionnaire — et je le resterai, ça lui coûterait trop cher de me renvoyer dans mon Luberon natal. Demain, le soleil se couchera de la même façon : nous avons, en cette saison, signé un pacte avec le syndicat d’initiative pour qu’il fasse toujours beau. La maison a coûté assez cher pour ça !
Voilà : être riche permet de commander à la météo. Si cet hiver j’ai des envies de neige, nous partirons pour Megève, avec vue directe sur le massif du Beaufortain. Le jet de Marc fait le trajet Nice-Megève en moins de 45 minutes. Juste le temps de s’envoyer en l’air, prendre une douche et s’habiller chaud pour l’atterrissage ! L’hiver dernier, nous sommes restés dans le sud, je n’ai pas eu l’occasion de mettre le splendide manteau en zibeline que MonChériMonCœur m’a rapporté de Russie.
Au fait, qu’était-il allé faire en Russie ?
Julia vient d’arriver. Elle me passe la main dans les cheveux, me griffe doucement la nuque. Je ronronne.
Le bonheur, oui. Au fond, c’est très simple.

(1) Dyslexique profonde, Emmanuelle a parsemé ses carnets autobiographiques d’errances orthographiques que je me suis fait un devoir de respecter, tout en remettant son récit en bon ordre. Qu’elles aient le plus souvent un arrière-fond érotique ne m’étonne guère, la connaissant. Note de la ghost writer.

(2) Rappelons la composition d’une margarita classique. Givrez le bord d’un verre à pied en l’humectant avec un quartier de citron vert puis en le passant dans une coupelle remplie de fleur de sel. Mettez dans un shaker rempli de glaçons 3 mesures de tequila, 1 mesure de jus de citron vert, 1 mesure de triple-sec (une liqueur d’écorces d’oranges) — agitez vigoureusement et servez.


(3) Le secret, c’est de balayer les souris, après les avoir fait dorer, avec un pinceau imbibé de miel – avant de les enfourner pour trois petites heures dans leur cocotte. Note de la ghost writer.

Jean-Paul Brighelli

4 commentaires

  1. « l’eusses-tu-cru » * et « suce pendu »** –

    Une fois de plus l’obsession (si t’es blonde avec de gros seins) de
    l’épilation totale,
    et de James B. (« gode finger » – de quoi agacer la gode-rêche, pour le moment hors-sujet).

    De « Malibu » à malibu (coquetèle),
    y’a qu’un pas, margarita !
    Et donc tchin-tchin « Tchiquita » !

    (morale de l’histoire : de l’intérêt de faire affaire ave’ les Russkofs…)

    * (rappel) : fait partie des plus mauvaises pâtes en vente
    ** (rappel) : mon génial suce pince

  2. Suce pendu
    Horrible nécrophilie…
    ( il parait que la pendaison provoque une érection. Certains utilisent donc des simulacre de pendaison pour provoquer l’érection ( il faut vraiment ne plus avoir que ce moyen?) d’où des accidents parfois fatals.

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