Mélenchon a raison de ne pas se prononcer sur son vote

Faire un choix, c’est ruiner tout son combat

Jean-Luc Mélenchon file droit, avril 2017. SIPA. AP22043998_000001

Jean-Luc Mélenchon n’a pas cédé. Il ne dira pas quel sera son vote le 7 mai prochain. Bien entendu, la pression sur lui est énorme du côté de la presse « mainstream » qui le somme de dire qu’il votera Macron. Sur les réseaux sociaux, la même pression est exercée sur les militants et sympathisants de la France insoumise. Au mieux, ils seraient irresponsables et gâcheraient tout. Au pire, ils seront tondus à la libération.

Choix de Jean-Luc  : S’abstenir ou voter blanc, c’est voter Marine  !  @BFMTV @RMCinfo

Ces deux derniers jours, les porte-parole de FI se sont pourtant relayés pour faire passer le message : « pas une voix pour le FN ». Et la consultation des militants appelés à se prononcer sur la position du mouvement donne le choix entre le vote blanc, l’abstention et le vote Macron. Mais rien n’y fait, cela ne suffit pas aux belles âmes dont la mission historique est de construire des barrages, et de traquer ceux qui font le jeu, et parfois même le lit, du Front national. Il faut absolument prononcer la phrase « je voterai Macron ». Et surtout, il faut que le grand chef, celui qu’on accusait encore il y a une semaine d’être un apprenti-dictateur-bolchévik, donne sa position lui-même.

Mélenchon a fait bien plus baisser Le Pen par sa campagne que n’importe lequel des petits marquis qui le somment de se rallier à Macron.

Jean-Luc Mélenchon a en fait entièrement le droit de ne pas livrer son vote dans ces circonstances. Il refuse la culpabilisation et il a bien raison. Comment peut-on le contraindre à s’exprimer en faveur de celui qu’il a dépeint comme le représentant de « l’extrême-marché » pendant sa campagne de premier tour ? Comment peut-on en faire le complice de Marine Le Pen alors qu’il a été le premier à la faire reculer sur son terrain, celui des ouvriers et de la jeunesse ? A-t-il seulement des leçons à recevoir de ceux qui ont, avec tous leurs barrages et autres cordons sanitaires, offert à Marine Le Pen le cadeau de devenir pendant plusieurs scrutins la représentante de tous les perdants de la mondialisation malheureuse ? Certainement pas.

Certains de ses électeurs ne le lui pardonneraient pas

Mais allons plus loin. De son point de vue politique, Jean-Luc Mélenchon n’a pas seulement le droit de ne pas céder à ses injonctions, il en a le devoir. Il y a quelques semaines, Marine Le Pen était encore la candidate la plus forte chez les jeunes. Le candidat Mélenchon lui a ravi la première place dans cette catégorie. Elle était encore au-delà de la barre des 50% chez les ouvriers. La campagne de Mélenchon ne l’a certes pas délogée de son perchoir mais elle est quand même descendue d’une marche, à 37%. Ces électeurs-là, jeunes et ouvriers, constituent sans doute le gros des troupes des 20% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon s’apprêtant, d’après l’IFOP, à voter Marine Le Pen lors du second tour. Ceux-là choisissent désormais le FN en second choix. Si Mélenchon se prononçait sans ambiguïté pour Emmanuel Macron, il les perdrait définitivement et anéantirait par-là tous ses efforts. En restant discret sur son vote, Jean-Luc Mélenchon démontre qu’il connaît le mode de scrutin majoritaire à deux tours, dont le mécanisme impose une humilité par rapport aux électeurs : il faut parfois accepter d’être un deuxième choix ; il faut aussi accepter que ses électeurs qui vous ont choisi en premier choix en fassent ensuite un second qui vous irrite. Bref, en tenant compte des circonstances et en jouant avec les règles du jeu, Jean-Luc Mélenchon fait de la Politique. Pendant que ses contempteurs continuent, comme s’ils n’avaient décidément rien appris, à faire du catéchisme.

Débat: dites bonjour à Monsieur Mélenchon!

Le bruit, la fureur et le fracas, c’est fini

Jean-Luc Mélenchon lors du débat présidentiel à 11 candidats du 4 avril 2017. SIPA. AP22036293_000001

Un regret d’abord. Pourquoi mesdames Ferrari et Elkrief se comportaient parfois comme des candidates ? Je veux bien croire qu’un débat à onze n’est pas aisé à arbitrer. Mais justement pourquoi se permettaient-elles de donner leur avis par questions voire affirmations interposées ? Puisque des débats télévisés d’avant premier tour sont aujourd’hui un acquis, que les animateurs restent animateurs et se cantonnent au rôle de faire respecter les temps de parole et d’éviter les hors-sujets. Ce ne sont pas les journalistes qui ont passé des mois à trouver les cinq-cents parrainages et les téléspectateurs se fichent pas mal de leur avis.

Une satisfaction, ensuite. Je m’étais refusé à regarder le débat à cinq protagonistes, et donc à le commenter. Il faut remercier les deux chaînes d’information continue d’avoir organisé ce débat qui n’excluait aucun candidat, et qui permettait à chacun de pouvoir interpeller ses concurrents.

Deux candidats comptaient beaucoup sur ce débat où ils pouvaient laisser leurs derniers espoirs. François Fillon et Benoît Hamon avaient justement forgé leurs victoires respectives aux primaires lors des débats télévisés. A ce jeu-là, c’est sans doute Benoît Hamon qui s’en est le mieux tiré des deux, faisant preuve d’une combativité inhabituelle, notamment vis-à-vis de de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. François Fillon a démarré le débat sur un ton larmoyant et il a ensuite fait preuve de nervosité et parfois de mépris par rapport à certains contradicteurs. Son attitude par rapport à Nicolas Dupont-Aignan, notamment, pourrait bien lui causer du tort dans l’éventualité où il se qualifierait pour le second tour.

Emmanuel Macron a joué en défense, un peu comme Alain Juppé lors des débats de la primaire de droite. La position de favori n’est pas la plus facile qui soit, mais cette tactique n’avait pas réussi au maire de Bordeaux. Macron compte davantage sur l’émission de jeudi soir sur France 2. Marine Le Pen a semblé sur la réserve elle aussi, se positionnant d’ores et déjà en candidate de deuxième tour. Sa conclusion était plutôt réussie, à cet égard. Jean Lassalle et Jacques Cheminade ont fait le spectacle, à l’instar de Jean-Luc Bennahmias lors de la primaire socialiste.

Jacques Cheminade : “Vous êtes des grandes… par CNEWS

Leur authenticité a apporté des couleurs à l’émission. François Asselineau fut fidèle à lui-même. Il a cité beaucoup d’articles de textes divers, se montrant un élève appliqué, et a parfois lancé des flèches acides à certains de ses adversaires, en particulier ceux qu’il considère comme de faux eurosceptiques.

François Asselineau tacle Emmanuel Macron… par CNEWS

Il est difficile de séparer Nathalie Arthaud et Philippe Poutou tant leurs interventions étaient similaires, bien que provenant de partis historiquement séparés. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont guère surpris ni par leurs tons respectifs ni par leurs prises de positions. Nicolas Dupont-Aignan a marqué quelques points, notamment en début de débat où il a donné l’impression de prendre la place d’opposant numéro un à Emmanuel Macron, laissant Marine Le Pen et François Fillon spectateurs. C’est finalement Jean-Luc Mélenchon qui a sans doute le mieux tiré son épingle du jeu. Serein et pédagogue, il semblait sur la lancée de ses meetings du Havre et de Châteauroux. Qu’on se le dise, le bruit, le fracas, la fureur, c’est bien fini. Mélenchon veut incarner la sagesse. Il n’est pas interdit de penser que cette attitude lui réussisse et que le débat d’hier soir entretienne sa dynamique actuelle.

Le Grand Débat : la conclusion de Jean-Luc… par CNEWS

18 juin 2017: le Premier ministre Bayrou démissionne

Petit essai de présidentielle-fiction (3/3)

François Bayrou descend les marches du palais de l’Elysée, juin 2016. SIPA. 00761864_000106

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Mardi 9 mai, 10h44, Mairie de Pau

François Bayrou posa son téléphone mobile sur le bureau de maire de Pau, dont il savait qu’il allait bientôt le quitter. Il venait d’accepter la proposition du nouveau président élu de devenir Premier ministre. Certes, si on comparait le score obtenu par Emmanuel Macron lors de ce second tour avec les précédents duels de la Ve République, il pouvait être considéré comme aussi bien élu que François Mitterrand en 1988 (54%). Mais compte tenu de son adversaire et des prévisions des instituts de sondages, qui le donnaient tous vainqueurs le 23 avril au soir avec un minimum de 60%, le nouveau chef d’Etat était conscient d’avoir réalisé une contre-performance. François Bayrou était d’accord avec son allié sur l’idée de nommer Christine Lagarde à Matignon. Mais ce matin-là, Emmanuel Macron avait enregistré le refus de la directrice du FMI, qui préférait rester sur les rives du Potomac, plutôt que de s’engager dans une périlleuse batailles des législatives, qui plus est face à celui qui l’avait nommée ministre des Finances puis lui avait obtenu le poste qu’elle détenait à Washington. Emmanuel Macron pouvant difficilement nommer un membre du PS à Matignon, et compte tenu du fait que Juppé et NKM ne bougeraient pas, François Bayrou était le seul homme à être taillé pour le poste. Et il ne pouvait pas refuser cette mission. C’était à lui de livrer la bataille contre Sarkozy, son adversaire de toujours, au service du nouveau président. Il n’était même plus question de négocier les sièges du Modem, ni de coalition. Il était devenu de facto le général du futur parti du président.

*

Jeudi 11 mai, 16h03, Le Carré, Nanterre

Marion Maréchal-Le Pen n’avait pas pu apprendre le maniement des armes, sa demande d’intégration à la réserve citoyenne ayant été refusée. Mais ce jour-là, elle était partie à la chasse. La chasse au Philippot. Pour elle, le temps était venu. Il fallait en finir avec son adversaire au sein du FN, responsable, selon elle, de la défaite du parti à la présidentielle, et de l’occasion manquée de faire exploser la droite entre les deux tours de l’élection présidentielle. Elle avait pris rendez-vous avec sa tante et lui balança alors toutes ses vérités. Si Sarkozy avait pu ainsi sauver l’armée LR pourtant en mauvaise posture avec le score catastrophique de son candidat à l’élection présidentielle, c’était à cause du projet trop à gauche, à cause du logiciel national-républicain du stratège frontiste. Marine Le Pen rétorqua à sa jeune nièce que sa candidature avait créé la surprise en obtenant huit points de plus que ne lui en accordait les sondages. Que la stratégie mise au point avec Florian Philippot lui avait permis de gagner le face-à-face, de l’avis de tous les observateurs. Mais Marion Le Pen ne désarma pas. Pour elle, une occasion avait été manquée. L’occasion de tuer la droite républicaine. L’occasion d’ouvrir les bras à tous les électeurs de droite face au candidat de la « gauche libertaire » chimiquement pure, incarnée par Macron. Il aurait fallu être conservateur, réactionnaire. Ne pas aller chercher bêtement les électeurs de Mélenchon, dont une bonne part, pourtant – Damien Philippot avait rédigé une note en ce sens- avait préféré le vote frontiste au second tour. Comprenant que sa nièce ne désarmerait pas, Marine Le Pen tenta de gagner du temps. « Nous avons des élections législatives à gagner maintenant. Nous pouvons obtenir une centaine de sièges. Tu me jugeras après. Si je me ramasse, tu pourras essayer de demander la tête de Florian. Et même la mienne. Mais pendant la bataille, toute déclaration perturbant le travail de nos candidats sur le terrain serait un crime contre le Front ». Marion tourna les talons, fit trois pas, et avant de passer la porte du bureau de sa tante, se retourna : « D’accord. A moins de cent sièges, je déclare la guerre. A toi. Pas aux frères Philippot ».

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Dimanche 18 juin, 23h47, Rue de Miromesnil, Paris

Le décompte était terminé. Les trois dernières circonscriptions tangentes étaient passées dans l’escarcelle de « Pour l’alternance ». Dans les Ardennes, dans l’Eure et dans le Vaucluse, où le député-sortant Julien Aubert avait vaincu dans une triangulaire avec une avance de trois voix, trois nouveaux sièges portaient la future majorité parlementaire au nombre de 291, soit deux de plus qu’il n’en faut pour qu’elle soit absolue. Nicolas Sarkozy était vainqueur. Le téléphone ne tarda pas à sonner. Le président de la République lui annonçait la démission de François Bayrou, et lui fixait rendez-vous pour le lendemain à 11h00. Après avoir accepté d’être un acteur de la quatrième cohabitation de la Ve République, il pensa au maire de Pau, plus éphémère Premier ministre depuis 1958. Il pensa à ce fauteuil de Matignon qu’il n’avait jamais occupé. Il pensa aussi aux deux promesses d’ivrogne qu’il avait faites un soir de mai 2012 et un autre de novembre 2016. Ses passions publiques et privées étaient à jamais mêlées. Il pensa enfin à ce que lui avait confié Michel Gaudin quelques jours auparavant. A moins de 100 sièges obtenus, la guerre éclatait au sein du FN. Alors que minuit approchait, il était désormais certain que le chiffre n’irait pas au-delà de 99.

Macron président? Sarko contre-attaque!

Petit essai de présidentielle-fiction (2/3)

Nicolas Sarkozy en meeting à Paris, octobre 2016. SIPA. 00775954_000025

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Lundi 24 avril 20h12, Siège des Républicains, Paris

En fait, Laurent Wauquiez était soulagé que Nicolas Sarkozy reparte à l’assaut. Dans l’après-midi, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes était aux abonnés absents pour tous les journalistes de France, de Navarre et d’ailleurs. Deux heures avant, il avait eu Marine Le Pen au téléphone. Elle lui promettait Matignon en cas de victoire, à condition qu’il annonce son soutien dans les deux jours. L’ex-disciple du démocrate-chrétien Jacques Barrot avait été flatté, même s’il se doutait que Le Pen avait essuyé dans la journée les refus de Guaino et de Dupont-Aignan à qui elle avait proposé le même poste. Malgré cette désagréable sensation d’être un troisième choix, il avait été tenté. Mais la déclaration de Nicolas Sarkozy changeait évidemment tout. Dans ces conditions, il pouvait lui-même appeler aussi à voter Macron et s’engager à fond dans la bataille pour l’alternance que l’ex-président se proposait de mener pour les élections législatives. Après tout, mieux valait un Beauvau probable qu’un Matignon très hypothétique.

*

Jeudi 26 avril 13h47, Drancy

Jean-Christophe Lagarde hurlait dans le bureau, ses collaborateurs ne sachant que faire pour calmer sa colère. Il venait de découvrir que Nicolas Sarkozy avait décidé de passer outre toutes les investitures négociées avec l’équipe Fillon entre LR et l’UDI. L’ex-président avait décidé de contourner l’obstacle en créant un label « Pour l’alternance » qu’il distribuerait lui-même et qui supplanterait de facto les investitures LR-UDI. Ainsi la centaine de sièges accordée par François Fillon après l’épisode du Trocadéro partait en fumée. D’autre part, il savait qu’Emmanuel Macron ne serait plus si généreux, loin s’en faut, et accorderait chichement des investitures En Marche aux élus UDI les mieux implantés, sans même passer par lui. Il était coincé. Lagarde savait qu’il n’était plus à cette heure que le président d’une coquille vide.

*

Dimanche 30 avril, 13h37, Studio de LCI, Boulogne-Billancourt

Après avoir salué Olivier Mazerolle, Christophe Jakubyscyn et Guillaume Roquette, Bernard Accoyer reprit l’ascenseur, assommé. Il avait bien dû finir par convenir que son titre de secrétaire général des Républicains, n’était plus qu’un titre honorifique. Mis en place par le candidat Fillon désormais éliminé après le score le plus faible de toute l’histoire de son parti, fruit de la fusion du RPR et de l’UDF quinze ans auparavant, il n’avait en fait aucune légitimité. Nicolas Sarkozy avait réussi en quelques jours un putsch soft, auquel personne n’avait pu s’opposer. Fillon, bien entendu mais aussi NKM et Juppé. Ces deux derniers avaient dû convenir que l’ancien président était le seul à empêcher l’éclatement définitif de la famille, qui n’aurait profité qu’aux deux finalistes de la présidentielle. Sauver leurs sièges ainsi que ceux des amis était désormais la priorité. Accoyer avait donc reconnu à demi-mot n’être plus là que pour sauver les apparences. Tout désormais serait fonction des trois prochains tours, celui du dimanche suivant, et plus encore ceux qui auraient lieu mi-juin. Il ne serait d’ailleurs pas le dernier à faire figurer le logo « Pour l’alternance » sur les affiches collées du coté d’Annecy-Le-Vieux. Sa docilité serait certainement récompensée le moment venu. A ce moment, que pèserait alors cette brève sensation honteuse qu’il avait ressentie en croisant le regard moqueur d’Olivier Mazerolle ?

*

Jeudi 4 mai, 0h18, Rue de Miromesnil, Paris

Nicolas Sarkozy avait pris sa décision. Il ne pousserait personne d’autre à aller à Matignon à sa place. Il avait pourtant quelques idées : Pécresse, Bertrand, Larcher. Tandis qu’il se préparerait pour d’autres échéances plus intéressantes. Mais le traditionnel face-à-face qui venait d’avoir lieu l’avait convaincu. Lui à Matignon, Emmanuel Macron n’existerait pas à l’Elysée. Il le mangerait. Il le digérerait. Comme Marine Le Pen avait mangé et digéré le candidat d’En Marche pendant le débat. Bien entendu, ce dernier serait élu dimanche mais avec une marge beaucoup plus étroite que prévue. Cette impression « d’homme qui ne fait pas le poids » allait coller d’emblée au nouveau président. Le Grand Collier de la Légion d’Honneur, qu’Emmanuel Macron souhaitait revêtir sur la photo officielle, pour la première fois depuis 1969, serait beaucoup trop lourd pour un président si faible dès son entrée en fonction. Il fallait désormais obtenir une majorité absolue pour les candidats portant le label « Pour l’alternance ». Et obtenir Matignon, que Jacques Chirac lui avait refusé quinze ans auparavant, lui préférant « Raffarien ».

Le dernier épisode arrive bientôt…

Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose

Petit essai de présidentielle-fiction (1/3)

La plupart des sondages ne voient pas François Fillon passer le premier tour de la présidentielle. Mars 2017. SIPA. 00799524_000021

Dimanche 23 avril 2017, 20h00, Rue de Miromesnil, Paris

Assis à son bureau, et accompagné de Michel Gaudin et Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy assistait mi-consterné mi-fataliste à l’annonce par Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau de l’estimation des résultats du premier tour de la présidentielle.

Anne-Claire Coudray avait annoncé la couleur, peu avant 20h : si l’institut partenaire de TF1 connaissait  les deux finalistes du second tour, il lui était impossible de déterminer avec certitude leur ordre d’arrivée au premier. De fait, selon les différents instituts, Marine Le Pen et Emmanuel Macron étaient annoncés entre 24 et 25%, avec sans doute un avantage pour la première citée. La même incertitude pesait sur l’ordre d’arrivée entre François Fillon et Jean-Luc Mélenchon (entre 15,5 et 16,5). En revanche, Nicolas Dupont-Aignan (entre 8 et 9) semblait créer la surprise en devançant Benoît Hamon (entre 6,5 et 7,5). Jean Lassalle semblait dépasser le seuil fatidique de 1%, tous les autres candidats étant en deçà de cette limite.

Brice Hortefeux osa une plaisanterie : « Imagine-t-on le général de Gaulle en dessous de 16% ? »

Nicolas Sarkozy explosa : « Jamais je n’aurais dû me laisser embarquer dans cette histoire de primaire ! Quelle connerie ! Regardez où ils sont, les vainqueurs des primaires. L’un à 16, l’autre à 7. Aucun qualifié pour le deuxième tour. On a offert des fausses légitimités démocratiques à des ectoplasmes élus par les gens les plus politisés. »

-          Hortefeux : « Dupont-Gnan-Gnan prend quand même huit points à Fillon. Sans lui, on serait au coude à coude avec les deux autres. La division nous coûte cher. »

-          Sarkozy : « Arrête tes conneries, Brice ! Tout le monde savait qu’il serait candidat. En 2012, Dupont-Aignan était en dessous de 2. Seulement c’est moi en face, pas l’autre. Quand les gens ont vu que Fillon ne pouvait plus être au deuxième tour, ils se sont dit : « foutu pour foutu, autant voter pour un type honnête ». Et puis Dupont-Aignan a aussi grappillé quelques points à Le Pen. Et peut-être même à Macron. Ce type, je l’ai méprisé. J’ai eu tort. Il est d’ailleurs moins méprisable que celui que j’ai eu à Matignon pendant cinq ans. »

-          Gaudin : Cela va partir dans tous les sens. Wauquiez est chaud bouillant pour appeler à voter Le Pen. Morano aussi. NKM est déjà sur le plateau de la 2 pour appeler à voter Macron. La droite va se péter en deux.

-          Hortefeux : Et Fillon n’est plus en état d’appeler à voter quoi que ce soit !

-          Sarkozy : Macron va se faire laminer dans le débat mais va gagner quand même. On aura un président élu plus que jamais par défaut dans un monde dangereux. Il faut dans le même temps appeler à voter pour Macron et lancer la campagne pour les élections législatives qui sont aujourd’hui la seule solution pour l’alternance. Les candidats aux législatives de Macron, de Le Pen et de Dupont-Aignan seront évidemment plus bas que leur chef à la présidentielle. Ce qui signifie que nos candidats Républicains seront bien plus hauts que le score de l’autre nul. Pareil pour les candidats PS. Ils seront plus hauts que le score de Hamon. Cela nuira aux candidats de Macron. Si la bataille des législatives est menée correctement, nous pouvons avoir la majorité et imposer une cohabitation à Macron.

-          Gaudin : Tu veux mettre Baroin sur orbite ?

-          Sarkozy : J’ai déjà désigné Baroin comme mon Premier ministre, puis comme celui de Fillon. Je ne vais pas recommencer en le désignant comme celui de Macron maintenant. Les gens vont finir par trouver ça ridicule. Il n’a pas l’autorité de toute façon. Le seul qui peut mener cette bataille, et empêcher Wauquiez d’aller chez Le Pen, c’est encore moi. Appelle Field. Je dois faire le 20h de France 2 demain. Brice, tu appelles Wauquiez. Et tu lui dis de ma part de la fermer tant que je n’ai pas parlé aux Français.

-          Hortefeux : Morano aussi ?

-          Sarkozy : Bien sûr ! Tes tympans sont moins fragiles que les miens.

 

La suite arrive bientôt…

Exclusion d’un sénateur LR pro-Macron: et la jurisprudence Desgouilles?

Virez-moi du RPR!

Dans une campagne électorale normale, dans un monde normal même, des candidats distancés dans les sondages mobiliseraient leur seule énergie et leurs équipes dans le travail de terrain, dans le militantisme. Tout le monde serait sur le pont. Peu importerait en fait qu’on signale çà et là des défections, voire des trahisons. On règlerait ça après, la bataille terminée. Pourtant, à observer les comportements du côté de Benoît Hamon et de François Fillon, il semble que non, il ne faut pas rigoler avec la discipline. Lire la suite

Qui peut battre Marine Le Pen?

Personne, à moins que …

Marine Le Pen était attendue au tournant. Désormais en tête de toutes les études d’opinion pour le premier tour de l’élection présidentielle, sa participation à la plus grande émission politique de la télévision française était assurément pour elle le rendez-vous à ne pas manquer. De l’avis général, elle a réussi l’exercice et dominé tous ses interlocuteurs de la tête et des épaules. Seule Najat Vallaud-Belkacem, à la faveur d’un exposé liminaire de cinq minutes, a semblé pouvoir la mettre en difficulté sur la question des écoles hors-contrats pourvoyeuse de fondamentalisme. Cinq petites minutes sur une émission de deux heures, convenons que c’est négligeable. Lire la suite

Le plan B, c’est Larcher

Ne riez pas ! Il peut faire oublier Fillon !

Les dernières secousses de l’affaire Fillon fragilisent encore la position du candidat désigné par la primaire en novembre dernier. Bien sûr, on peut s’interroger sur l’inhabituelle diligence du Parquet, sur la seule foi d’un article du célèbre journal paraissant le mercredi. Bien sûr, on peut s’interroger sur la manière dont des fuites en direction de la presse sont savamment organisées afin de mettre la pression sur François Fillon. Il n’empêche que tous les communicants du monde ne peuvent réussir à rétablir une situation catastrophique sur le terrain. Déjà les militants renâclent à aller tracter sur les marchés « où ils vont en prendre plein la gueule », selon la formule habituelle dans ces cas-là. Déjà, on imagine un plan B au cas où Fillon devrait jeter l’éponge avant même la ligne rouge qu’il s’est lui-même fixée imprudemment, la mise en examen.

« Dans un débat, il écraserait Macron »

Vendredi, c’est-à-dire deux jours après le premier article du Canard Enchaîné, des noms circulaient au cas où. Juppé bien sûr, mais aussi Pécresse, Baroin, Wauquiez et Bertrand. Quand la question fut posée sur le réseau social twitter, nous nous sommes permis alors de signaler que c’est un autre qui pourrait bien, en ce cas, tirer les marrons du feu : Gérard Larcher. Compte tenu des délais qu’il faut pour organiser une nouvelle primaire, la solution du candidat désigné en conclave s’imposerait. Il est politiquement intenable de présenter un candidat battu à la primaire de novembre, ce qui en exclut tous les participants. Le maire de Bordeaux l’a bien compris en écartant publiquement sa candidature, lui qui avait été sèchement renvoyé dans sa ville avec seulement un tiers des voix au second tour. Pécresse et Bertrand avaient promis de se consacrer à leurs régions, et la première a vu son image brouillée par son jeu opportuniste entre Juppé et Fillon. Wauquiez est trop marqué idéologiquement et ne peut faire consensus. Reste François Baroin. Le président de l’association des maires de France pourrait à la limite apparaître comme ce candidat de compromis. Mais la jeune génération acceptera-t-elle de lui faire ce cadeau. Pécresse, Bertrand, Wauquiez et les autres laisseront-ils un concurrent générationnel emporter la mise aussi facilement ? Rien n’est moins sûr. C’est là qu’un habile manœuvrier de la génération d’avant peut mettre tout le monde d’accord, laissant aux quinquas la possibilité de ne favoriser aucun de leurs concurrents, et jouer 2022.

Disons-le à tous ceux qui se moquent de Gérard Larcher, et ne voient en lui que la caricature ultra-rabelaisienne qu’en fait Nicolas Canteloup, on ne grille pas deux fois Jean-Pierre Raffarin pour la présidence du Sénat sans être un personnage particulièrement doué politiquement. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il fait partie des favoris pour Matignon en cas de victoire de Fillon en mai prochain, hypothèse qui devient chaque jour moins probable. Le fait qu’il ait été l’un des plus proches soutiens de Fillon constitue un avantage : les électeurs de la primaire ne seraient pas floués dans la mesure où Larcher a participé à la rédaction du projet qui a été choisi en novembre. Et son statut de président du Sénat fait de lui, par nature, un homme de consensus. On nous dira que cela n’en fait pas pour autant un bon candidat pour une présidentielle. Là aussi, beaucoup de moqueurs d’aujourd’hui pourraient bien être surpris. Une universitaire de mes amies, me confiait qu’il était loin de correspondre à l’image soporifique qu’on veut absolument lui accoler. Elle a déjà pu observer ses qualités de tribun et sa faculté à secouer un auditoire, ajoutant : « dans un débat, il écraserait Macron ». Enfin, Gérard Larcher a la réputation de savoir arrondir les angles depuis qu’il a été ministre du Travail et en négociation permanente avec les syndicats. Il saurait sans doute être plus souple que François Fillon sur les thèmes sociaux. Pour faire court, il pourrait même être un meilleur candidat que le député de Paris.

Si vous avez quelques pièces à placer pour mai prochain auprès des bookmakers anglais, n’hésitez pas une seconde : misez-les sur Larcher ! Le plan B, c’est lui. Le vétérinaire de Rambouillet pourrait bien entrer à l’Elysée en mai prochain, au terme de la campagne électorale la plus folle de l’histoire de France.

Valls toujours vivant

L’ancien premier ministre se pose en rempart contre la corbynisation du PS

Ceux qui voyaient dès décembre Benoît Hamon en Fillon de la gauche, déjouant les pronostics, avaient donc raison. L’ancien ministre de l’Education nationale a donc viré en tête du premier tour de la primaire de la belle alliance populaire. Il devance Manuel Valls de cinq points et, surtout, il réalise le double des voix d’Arnaud Montebourg, relégué peu ou prou à son score de 2011. Tout ça pour ça. L’ex-député de la Bresse n’a pas mené une bonne campagne. Lire la suite

Valls en Sarkozy, Hamon en Juppé, Montebourg en Fillon…

Au jeu des comparaisons, l’ancien ministre de l’Economie a marqué des points

 

Le plateau était moins prestigieux que ceux des débats de la primaire de droite. Aucun ancien président. Un seul ancien premier ministre. Evidemment, on est tenté de comparer. A ce jeu-là, on est évidemment tenté de faire une revue d’effectifs, et d’oser quelques comparaisons avec les protagonistes de cet automne.

Manuel Valls ne peut échapper à la comparaison avec Nicolas Sarkozy. Non seulement, parce qu’il a toujours partagé le même style, et pas seulement dans les débats télévisés, mais aussi parce qu’il mise avant tout sur son expérience, employant les mêmes mots que l’ex-président sur le mode : « face à Trump, Poutine, Erdogan, il faut un homme, un vrai ». Lire la suite