Qui peut battre Marine Le Pen?

Personne, à moins que …

Marine Le Pen était attendue au tournant. Désormais en tête de toutes les études d’opinion pour le premier tour de l’élection présidentielle, sa participation à la plus grande émission politique de la télévision française était assurément pour elle le rendez-vous à ne pas manquer. De l’avis général, elle a réussi l’exercice et dominé tous ses interlocuteurs de la tête et des épaules. Seule Najat Vallaud-Belkacem, à la faveur d’un exposé liminaire de cinq minutes, a semblé pouvoir la mettre en difficulté sur la question des écoles hors-contrats pourvoyeuse de fondamentalisme. Cinq petites minutes sur une émission de deux heures, convenons que c’est négligeable. Lire la suite

Le plan B, c’est Larcher

Ne riez pas ! Il peut faire oublier Fillon !

Les dernières secousses de l’affaire Fillon fragilisent encore la position du candidat désigné par la primaire en novembre dernier. Bien sûr, on peut s’interroger sur l’inhabituelle diligence du Parquet, sur la seule foi d’un article du célèbre journal paraissant le mercredi. Bien sûr, on peut s’interroger sur la manière dont des fuites en direction de la presse sont savamment organisées afin de mettre la pression sur François Fillon. Il n’empêche que tous les communicants du monde ne peuvent réussir à rétablir une situation catastrophique sur le terrain. Déjà les militants renâclent à aller tracter sur les marchés « où ils vont en prendre plein la gueule », selon la formule habituelle dans ces cas-là. Déjà, on imagine un plan B au cas où Fillon devrait jeter l’éponge avant même la ligne rouge qu’il s’est lui-même fixée imprudemment, la mise en examen.

« Dans un débat, il écraserait Macron »

Vendredi, c’est-à-dire deux jours après le premier article du Canard Enchaîné, des noms circulaient au cas où. Juppé bien sûr, mais aussi Pécresse, Baroin, Wauquiez et Bertrand. Quand la question fut posée sur le réseau social twitter, nous nous sommes permis alors de signaler que c’est un autre qui pourrait bien, en ce cas, tirer les marrons du feu : Gérard Larcher. Compte tenu des délais qu’il faut pour organiser une nouvelle primaire, la solution du candidat désigné en conclave s’imposerait. Il est politiquement intenable de présenter un candidat battu à la primaire de novembre, ce qui en exclut tous les participants. Le maire de Bordeaux l’a bien compris en écartant publiquement sa candidature, lui qui avait été sèchement renvoyé dans sa ville avec seulement un tiers des voix au second tour. Pécresse et Bertrand avaient promis de se consacrer à leurs régions, et la première a vu son image brouillée par son jeu opportuniste entre Juppé et Fillon. Wauquiez est trop marqué idéologiquement et ne peut faire consensus. Reste François Baroin. Le président de l’association des maires de France pourrait à la limite apparaître comme ce candidat de compromis. Mais la jeune génération acceptera-t-elle de lui faire ce cadeau. Pécresse, Bertrand, Wauquiez et les autres laisseront-ils un concurrent générationnel emporter la mise aussi facilement ? Rien n’est moins sûr. C’est là qu’un habile manœuvrier de la génération d’avant peut mettre tout le monde d’accord, laissant aux quinquas la possibilité de ne favoriser aucun de leurs concurrents, et jouer 2022.

Disons-le à tous ceux qui se moquent de Gérard Larcher, et ne voient en lui que la caricature ultra-rabelaisienne qu’en fait Nicolas Canteloup, on ne grille pas deux fois Jean-Pierre Raffarin pour la présidence du Sénat sans être un personnage particulièrement doué politiquement. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il fait partie des favoris pour Matignon en cas de victoire de Fillon en mai prochain, hypothèse qui devient chaque jour moins probable. Le fait qu’il ait été l’un des plus proches soutiens de Fillon constitue un avantage : les électeurs de la primaire ne seraient pas floués dans la mesure où Larcher a participé à la rédaction du projet qui a été choisi en novembre. Et son statut de président du Sénat fait de lui, par nature, un homme de consensus. On nous dira que cela n’en fait pas pour autant un bon candidat pour une présidentielle. Là aussi, beaucoup de moqueurs d’aujourd’hui pourraient bien être surpris. Une universitaire de mes amies, me confiait qu’il était loin de correspondre à l’image soporifique qu’on veut absolument lui accoler. Elle a déjà pu observer ses qualités de tribun et sa faculté à secouer un auditoire, ajoutant : « dans un débat, il écraserait Macron ». Enfin, Gérard Larcher a la réputation de savoir arrondir les angles depuis qu’il a été ministre du Travail et en négociation permanente avec les syndicats. Il saurait sans doute être plus souple que François Fillon sur les thèmes sociaux. Pour faire court, il pourrait même être un meilleur candidat que le député de Paris.

Si vous avez quelques pièces à placer pour mai prochain auprès des bookmakers anglais, n’hésitez pas une seconde : misez-les sur Larcher ! Le plan B, c’est lui. Le vétérinaire de Rambouillet pourrait bien entrer à l’Elysée en mai prochain, au terme de la campagne électorale la plus folle de l’histoire de France.

Valls toujours vivant

L’ancien premier ministre se pose en rempart contre la corbynisation du PS

Ceux qui voyaient dès décembre Benoît Hamon en Fillon de la gauche, déjouant les pronostics, avaient donc raison. L’ancien ministre de l’Education nationale a donc viré en tête du premier tour de la primaire de la belle alliance populaire. Il devance Manuel Valls de cinq points et, surtout, il réalise le double des voix d’Arnaud Montebourg, relégué peu ou prou à son score de 2011. Tout ça pour ça. L’ex-député de la Bresse n’a pas mené une bonne campagne. Lire la suite

Valls en Sarkozy, Hamon en Juppé, Montebourg en Fillon…

Au jeu des comparaisons, l’ancien ministre de l’Economie a marqué des points

 

Le plateau était moins prestigieux que ceux des débats de la primaire de droite. Aucun ancien président. Un seul ancien premier ministre. Evidemment, on est tenté de comparer. A ce jeu-là, on est évidemment tenté de faire une revue d’effectifs, et d’oser quelques comparaisons avec les protagonistes de cet automne.

Manuel Valls ne peut échapper à la comparaison avec Nicolas Sarkozy. Non seulement, parce qu’il a toujours partagé le même style, et pas seulement dans les débats télévisés, mais aussi parce qu’il mise avant tout sur son expérience, employant les mêmes mots que l’ex-président sur le mode : « face à Trump, Poutine, Erdogan, il faut un homme, un vrai ». Lire la suite

William Abitbol est mort

Il y a des textos qu’on n’aime pas recevoir, même d’un ami. Alors que je marche dans Berlin en cette veille de Noël, je sens mon téléphone vibrer. Deux secondes après, j’apprends que William Abitbol nous a quittés. Elle est étrange, ma relation à cet homme. En fait, je ne l’ai rencontré que lorsque nos vies politiques à tous les deux s’étaient arrêtées. Nous étions venus à son restaurant « Chez Alfred », tout près du Palais Royal, avec mon épouse. Je me suis présenté. Il savait que je faisais partie des petits soldats qui l’avaient suivi derrière Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement. Et il a pris soin de nous, avec de bons petits plats.

Ce matin encore, j’étais dans ma lecture du Serment de Bastia, mémoires de Charles Pasqua, recueillis par Jean-François Achilli. Et il y était question de William. De Charles Pasqua, il fut l’une des plumes, et le stratège. De la campagne Chirac en 81 à la fronde avec Séguin en janvier 90. Et de Maastricht à la campagne victorieuse des européennes de 1999. Nous avons alors participé à fonder ce RPF avec Villiers. Cela ne fonctionna point. William, avec Paul-Marie Couteaux et Florence Kuntz, deux autres députés français au parlement européen, écrivirent une tribune intitulée : « Souverainisme, j’écris ton nom ». Alors qu’aujourd’hui, le terme souverainisme est utilisé à l’envi dans le vocabulaire politique, il faut savoir que c’est principalement William Abitbol qui l’a importé du Québec et adapté à la situation française. Ceux qui me connaissent et me lisent en tireront la conclusion que je lui dois donc beaucoup.

Adieu William et merci.

Le patron, c’est l’électeur

Juppé dégonflé, Sarkozy humilié, Fillon triomphal

 

22H05, Besançon. On demande de monter le son. C’est Nicolas Sarkozy qui va s’exprimer. Dans la salle proche de la mairie où les responsables de LR centralisent les résultats de la primaire pour le département du Doubs, tout le monde attend la déclaration de l’ex-président, dont on sait maintenant qu’il ne sera pas présent au second tour. Lorsqu’il annonce qu’il votera pour François Fillon, Annie Genevard (notre photo), députée du Haut-Doubs, et proche de l’ancien premier ministre, au point de faire figure de candidate sérieuse au poste de ministre de l’Education nationale en mai prochain, applaudit. Alain Juppé, déjà distancé par Fillon, voit ses chances de l’emporter dans une semaine réduites à peau de chagrin. Deux heures plus tôt, dans le bureau de vote de Châtillon le Duc dans la périphérie de Besançon, où 707 électeurs s’étaient déplacés sur un potentiel de 5418 inscrits périurbains et ruraux, l’affaire nous semblait déjà dans le sac du député de Paris. Il obtenait presque la moitié des bulletins distançant Juppé et Sarkozy qui se tiraient la bourre pour la seconde place.

Humiliant, pour l’ex-président qui, pour l’emporter, devait arriver en tête dans un tel bureau, où les thèmes identitaires chers à la France périphérique semblaient lui être favorables. Finalement, le département du Doubs dans sa diversité, industrielle, urbaine et rurale, a donné près de la moitié des suffrages à l’ex-premier ministre. Dès que François Fillon a semblé pouvoir jouer les trouble-fêtes il y a une quinzaine de jours, les électeurs se sont joués des sondages. Dès qu’il est apparu comme une autre possibilité pour éviter la désignation de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé s’est dégonflé à la vitesse d’un ballon de baudruche, lâché par un enfant dans une salle de séjour. Ces électeurs-stratèges ont très bien lu les sondages qui indiquaient que François Fillon pouvait devenir une solution plus efficace pour battre l’ancien chef de l’Etat. Dans un second temps, certainement dans les dernières quarante-huit heures, il est même apparu comme le meilleur candidat aux yeux de ceux qui ne voulaient de Juppé à aucun prix, ce qui a enclenché une chute impressionnante de Nicolas Sarkozy. La morale de l’histoire, c’est que les électeurs  jouent davantage avec les sondeurs que les sondeurs ne jouent avec eux. On se demande encore comment un ancien Président de la République a pu se prêter au jeu de la primaire, se faisant interpeller par ses anciens ministres à commencer par le premier d’entre eux. « C’était pas le plan », avaient écrit naguère nos amis Laureline Dupont et Philippe Cohen, aujourd’hui disparu. Il ne devait pas reprendre le parti. Rester au dessus de la mêlée, et éviter ainsi le piège mortifère de la primaire ouverte. Mais il n’a pas pu s’empêcher. La défaite de Nicolas Sarkozy, il l’a construite au printemps 2014. Du coté de l’Elysée, on ferait bien de méditer sur les mésaventures du prédécesseur…  Aujourd’hui, on attend la position de François Bayrou. Celui-ci avait annoncé qu’il serait candidat si Nicolas Sarkozy était désigné et derrière Alain Juppé si ce dernier était le vainqueur. Cette position avait fortement participé à la bonne tenue du maire de Bordeaux dans les sondages.  Mais le maire de Pau ne s’est jamais prononcé sur son attitude en cas de victoire d’un troisième homme. Nul doute qu’on lui posera la question dans les prochaines heures. Nous l’avions écrit le 20 octobre dernier lors du reportage à Dole pour une réunion de François Fillon : il pourrait bien être une de ces surprises que la Ve République est capable de nous réserver. Pour autant, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse. Non, Fillon n’est pas déjà le Président de la République. Oui, il pourrait y avoir encore des surprises d’ici avril prochain. Car, ici comme de l’autre côté de l’Atlantique, les électeurs sont les patrons. Ils font ce qu’ils veulent. Et c’est la moindre des choses en démocratie.

Fillon s’affirme, Juppé plafonne

Deux fauteuils pour trois

 

A trois jours du scrutin, le dernier débat avait l’ambition d’être décisif. Tous les yeux étaient braqués sur les trois candidats en position de pouvoir participer au second tour, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon. Passons donc rapidement sur les quatre autres candidats. Jean-Frédéric Poisson n’a jamais eu l’ambition de gagner cette compétition. Sa candidature était de témoignage et sa voix fut originale lors des trois confrontations télévisées, tempérant notamment la course à l’échalote libérale que nous déplorons depuis quelques mois, à partir du moment où Henri Guaino était empêché de participer à cette primaire. Bruno Le Maire comptait pour sa part être la surprise de ce scrutin. Il a finalement été ce que nous avions perçu dès son annonce de candidature à Vesoul, « un petit moteur à l’intérieur d’une belle carrosserie », selon le mot de Philippe Séguin à propos de Michel Noir. Quant à NKM et Jean-François Copé, ils ont accumulé les postures, chacun dans leur style, jouant également le rôle de picadors au service de leur torrero Juppé, derrière lequel ils comptent se ranger dès lundi, Sarkozy jouant évidemment le rôle du taureau. L’ex-président n’a pourtant pas démérité dans ce débat, soignant particulièrement sa conclusion. Mais il semblait souvent fataliste, confirmant l’impression que nous avions décelée dans le débat précédent. Même s’il parvient à gagner sa place au second tour, il semble acquis que tous les autres candidats, à l’exception de Jean-Frédéric Poisson, se ligueront contre lui, ce qui ne lui laissera que très peu de chance le 27 novembre.

Dès lors, les deux seuls potentiels vainqueurs du 27 demeurent Alain Juppé et François Fillon. Les deux anciens premiers ministres jouaient gros ce soir et il semble bien que le député de Paris ait davantage marqué de points que le maire de Bordeaux, porté par une dynamique qu’on ressent sur le terrain depuis quelques semaines. Les derniers sondages qui le testent désormais au second tour joueront aussi un rôle non négligeable dans sa remontée, puisqu’il apparaît qu’il peut battre ses deux autres concurrents. A partir du moment où Alain Juppé n’apparaît plus comme le seul à pouvoir empêcher Nicolas Sarkozy d’être candidat, ce qui a été son principal atout depuis des mois, et qu’il s’est montré un orateur médiocre dans les réunions – ses effets de tribune au Zénith lundi étaient consternants, sa bulle sondagière a éclaté au profit de l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy. Fillon a sans doute été le meilleur en campagne, le meilleur dans les débats télévisés. Il a tardé à décoller car il a longtemps souhaité se cantonner sur le domaine économique et ses remèdes de cheval. Dès lors qu’il a élargi son offre politique, il s’est affirmé comme celui qui pouvait bousculer l’ordre établi : positionnement conservateur sur les sujets sociétaux, symbolisé par son alliance avec le mouvement Sens commun, affirmation de son souverainisme, et sortie d’un livre consacré à la lutte contre le totalitarisme islamique. Cette prise de conscience aura-t-elle été trop tardive pour rattraper son retard ? Réponse dimanche soir. Mais s’il parvient à se glisser au second tour, sa victoire ne serait pas loin d’être assurée le 27.

Montebourg : l’Elysée ou rien

Reportage à Besançon

Dans la petite salle de la Malcombe, on rajoute une quarantaine de chaises à la hâte. La dernière fois que nous y sommes venus, c’était quelques jours avant l’affaire du Sofitel, et François Hollande y avait laissé l’impression d’avoir le vent dans le dos. Cinq ans plus tard, le vent semble pousser aussi Arnaud Montebourg, qui profite du « suicide politique » du président actuel, comme l’appellent quelques militants socialistes présents. L’enthousiasme n’était pas feint en ce lundi soir. Lire la suite

Fillon y croit encore !

Elysée ou centre de dé-radicalisation libérale ?

 

Dole est devenue une habitude pour François Fillon. Le 18 mars, il était déjà de passage dans la cité natale de Louis Pasteur. Mercredi soir, il avait décidé d’y revenir pour y organiser son dernier meeting dans la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté. Il est vrai que le Jura y est particulièrement fertile en élus fillonistes, parmi lesquels le député-maire Jean-Marie Sermier, le sénateur Gilbert Barbier ou le conseiller régional Jean-Philippe Lefèvre, référent de l’ex-premier ministre en terre jurassienne.

 

Fillon croit encore créer la surprise. Il dédaigne les sondages qu’il ne trouve guère fiables pour un corps électoral encore inconnu ; et il en veut aux médias qui ne se concentrent que sur le duo Juppé-Sarkozy. Lire la suite

Montebourg veut faire mordre la poussière à Hollande

Vous reprendrez bien une tournée de cuvée de redressement ?

Fin août dernier, Arnaud Montebourg annonçait sa candidature à l’élection présidentielle à Frangy-en-Bresse. En revanche, il ne souhaitait pas préciser si cette candidature passerait par la participation à la primaire de gauche ou si elle aurait lieu directement au premier tour du scrutin présidentiel. Pour participer à la primaire, il souhaitait recevoir quelques garanties, parmi lesquelles un nombre de bureaux de vote équivalent à celui d’édition de 2011, où il avait obtenu 17% des suffrages, et le pilotage de la compétition par un Premier secrétaire neutre. Lire la suite