Jean-François Copé dans le viseur de Marine Le Pen

Jean-François Copé a donc accepté que la campagne des élections législatives de l’UMP soit menée par un comité stratégique. A première vue, on pourrait penser que Fillon, Juppé, Raffarin et son ennemi intime Bertrand lui ont imposé cette collégialité. Si on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’il ne doit pas être mécontent de ne pas porter à lui seul ce lourd fardeau à Paris pendant les prochaines semaines. En effet, c’est à quelques dizaines de kilomètres que se joue sa carrière politique perso.

Une étude approfondie des résultats de la sixième circonscription[1.Qui a été redécoupée en 2009, puisque le département compte aujourd’hui deux circonscriptions supplémentaires. ] de Seine-et-Marne, où Copé est candidat à sa succession, montre que sa situation est extrêmement périlleuse. Certes, Nicolas Sarkozy y a recueilli environ 52 % des voix au second tour dimanche. Mais ce chiffre constitue un trompe-l’oeil. D’abord, on sait que la participation sera moins importante aux élections législatives et que la démobilisation est toujours plus forte dans le camp défait à la présidentielle. Mais, surtout, un autre protagoniste risque fort de s’inviter à la table du second tour de la circonscription de Meaux. Il s’agit de Marie-Christine Arnautu. Cette dernière a déjà porté les couleurs du Front National en 1997 et 2007 face à Jean-François Copé et lui avait imposé une triangulaire la première fois, provoquant sa défaite. A l’époque, ils étaient tous les deux inconnus. Depuis, l’un est devenu secrétaire général de l’UMP, la seconde est vice-présidente du FN, et une fidèle parmi les fidèles de la patronne.

Le 22 avril dernier, Marine Le Pen a obtenu d’excellents résultats dans cette circonscription. Comme dans le reste de la France, c’est dans les campagnes qu’elle a recueilli ses meilleurs scores, davantage que dans la ville-centre, Meaux, dont Copé est le maire. Sur les cinquante-trois communes de la circonscription, elle passe la barre des 20 % dans 50 d’entre elles[2. Meaux fait partie des trois communes où elle est en dessous, avec 17.72 %]. Certes, on le sait, pour se maintenir au second tour, c’est le pourcentage des inscrits qui compte. Mais, là aussi, pas de quoi rassurer Copé. Marine Le Pen a obtenu plus de 17 % des électeurs inscrits sur les listes électorales[3. Nicolas Sarkozy et François Hollande sont dans un mouchoir, obtenant environ 20.7 % des électeurs inscrits. Rappelons qu’il faut réunir 12.5 % des inscrits au premier tour des législatives pour être présent au second tour.].  Une sacrée belle marge ! Arnautu, qui est bien implantée, peut donc nourrir de solides espoirs quant à sa présence au second tour le 17 juin prochain. La candidate EELV-PS, Caroline Pinet, pourra alors bénéficier des reports des voix de gauche, et notamment du Front de gauche, alors que Copé n’aura plus guère de réserves. 2012 pourrait alors bien ressembler à son Waterloo de 1997.

Marine Le Pen a, dit-on, dressé une liste noire de candidats UMP à faire battre. On y trouverait notamment NKM, Xavier Bertrand, Rama Yade, François Fillon[3. Mais les scores du FN à Paris ne l’autorise pas à peser assez pour faire trébucher le premier ministre, surtout à Saint-Germain-des-prés.]

mais surtout Jean-François Copé. Pourquoi lui ? D’une part, Marine Le Pen n’a pas avalé les efforts du secrétaire général de l’UMP afin qu’elle n’obtienne pas ses parrainages cet hiver. Louis Aliot confiait à Marianne2 le 10 février 2012 : « On s’en souviendra aux législatives. Je rappelle juste à Monsieur Copé qu’il a été battu en 1997 dans un triangulaire avec le FN… Je peux même vous dire qu’un certain nombre de députés UMP serrent les fesses en priant pour que Marine puisse être candidate. » D’autre part, une défaite de Copé aux législatives sonnerait le glas de ses espoirs pour garder l’UMP. Or, Le Pen y a tout intérêt. Pour l’instant, la Droite Populaire reste fidèle à l’UMP car elle entretient de bonnes relations avec son chef, marqué à droite. Mais si Fillon en devenait le chef, Copé ainsi mis au rencard, Marine Le Pen pourrait dévorer un espace politique bien plus important.

Pour la patronne du rassemblement qui porte désormais son prénom, la défaite de Copé est donc stratégique. Les 9 et 17 juin prochain, elle sera mobilisée par son combat personnel à Hénin-Beaumont tout en s’informant, sans aucun doute, de ce qui se trame du côté de Meaux…