Assassins et collabos

Il y en a qui n’ont pas de chance : à peine Libé vient-il de sortir, samedi matin, un numéro de week-end qui fait, durant six longues pages, ce qu’il croit être une analyse de l’islamophobie, que des fanatiques foncent à Nairobi pour montrer de quoi l’Islam est capable, pendant que deux vrais croyants dynamitent une église chrétienne au Pakistan et font plus de 70 morts. Caramba ! Encorrre raté ! On voulait lifter l’Islam, et il montre son vrai visage.
L’islamophobie n’est pas la haine de l’Islam, hé, patate, mais la haine de l’islamisme. Et les associations ou les médias (l’ex-journal de Sartre — bon sang, c’est loin, tout ça, quand je défendais Libé, manche de pioche à la main, contre les menaces des fascistes de toutes obédiences, ah, c’est pas beau de vieillir…) qui systématiquement attaquent tous ceux qui attaquent l’Islam — pardon : l’islamisme — sont les gardes rouges d’un nouvel impérialisme.
Alors, je vais prendre des risques — c’est dans ma nature. Oui, l’islamisme tue — et à répétition. Oui, l’islamisme est une stratégie mondiale de conquête. Oui, tous ceux qui voudraient nous faire croire que critiquer l’islamisme c’est critiquer les Musulmans me rappellent ces débats, à la LCR et ailleurs, dans les années 1970, quand d’aucuns voulaient nous faire croire que condamner le sionisme, c’était forcément attaquer Israël. Oui, Al-Qaida est une bulle nécrophile. Oui, les Frères musulmans ont du sang sur les mains jusqu’au coude. Oui, les insurgés syriens financés par le Qatar sont aussi des tortionnaires…
Et encore : oui, une femme voilée, c’est anecdotique, mais dix mille voiles, c’est une stratégie. Oui, le voile est le symbole ostensible de l’aliénation de a femme — et le premier qui prétend qu’elles sont libres de se voiler se prendra mon poing dans la gueule — comme ça il réfléchira à deux fois avant de les lapider quand elles le feront cocu. Oui, une ministre qui ne voit pas en quoi le voile à l’université — une belle brochette de filles voilées, assises au premier rang, pour surveiller de près les propos des profs, comme en ont témoigné auprès du HCI pas mal de profs de fac — est une menace pour la liberté de parole et la liberté de penser joue avec des allumettes dans une poudrière.
Et non, je n’attaquerai jamais une femme voilée dans la rue : mais je lui expliquerai à l’occasion qu’elle est une pauvre esclave, bibelot aboli d’inanité muette, victime d’une religion machiste, où l’homme voile la femme tant il a de doutes sur sa propre virilité. Non, je ne déteste pas les Arabes qui déambulent les rues de nos cités — est-ce que je sais seulement qu’ils sont arabes ? et qu’est-ce que cela me fait ? — mais je hais de toutes mes forces la superstition qui anime certains. Et non, on ne peut pas mettre toutes les religions dans le même sac. Les Juifs n’ont jamais incité au prosélytisme — on naît juif, on ne le devient pas —, les catholiques, après avoir digéré l’Inquisition, les Borgia, Tartuffe et la pensée jésuite, ont pris suffisamment de recul pour ne pas chercher de noises — à quelques frigides près qui sont complètement barjots. Bouddha et Krishna ne recrutent guère que de doux illuminés — de toute façon ils sont non-violents. Restent certaines sectes protestantes, qui vont faire suer les tribus découvertes dans une Papouasie heureuse, et font chanter les candidats à la présidence américaine ; et les Musulmans, qui ont le devoir d’islamiser le monde.
J’ai dit ailleurs que le voile n’était qu’un symptôme, une façon de disposer les pions noirs du jeu de go pour occuper l’échiquier. Ce qui se passe en petit dans les rues se passe en grand sur l’échiquier mondial. Aujourd’hui Nairobi, hier le Caire ou Damas — ou Toulouse avec Mohammed Merah.
Je sens bien que les plus imbéciles — disons, pour ne pas le nommer, quelqu’un comme Claude Askolovitch, qui ne sait plus que faire pour qu’on parle de lui et qui a choisi la position du collabo — crieront à l’amalgame. Mais qui fait l’amalgame, sinon ceux qui hurlent à l’islamophobie dès que l’on dit les quatre vérités de l’islamisme militant ? Que des Musulmans vivent tranquillement et n’aient comme extrémisme que d’acheter leurs pâtisseries à la Rose de Tunis — 5, rue Pavillon, 13001, Marseille, publicité gratuite —, à la bonne heure ! Ceux-là ne pensent pas à affubler leurs femmes ou leurs filles de catafalques, ils savent que la vertu ne consiste pas à avoir chaud sous du tissu noir, ni à porter des gants en pleine été.
Mais sur les plus sensés la pression s’accentue. Le halal s’impose, le ramadan se surveille, les petites filles sont harcelées. Répétons-le à l’usage des jeunes générations : il y a trente ans, il n’y avait pas de femmes voilées dans les rues de France, pas plus à Marseille qu’ailleurs. Les femmes nouvellement réunies à leurs maris au nom du regroupement familial profitaient à plein des libertés inconnues au « bled ».
Fin de partie : elles sont désormais sommées de reprendre les défroques de la superstition, parce qu’elles rendent visibles le maillage des cités, des mœurs, des institutions.
Stratégie de termites. Encore quelques années et la maison France s’effondrera, sous les applaudissements de Libé et de quelques autres — par exemple ces « historiens » qui ne voient pas que s’attaquer au « roman national » c’est miner la possibilité même d’une commune culture.

Les plus sensés savent bien que je défends la République, la laïcité, la liberté — à commencer par la liberté d’expression — et le droit de lire l’article « Superstition » du Dictionnaire philosophique. Que je défends les gosses musulmans — et les autres —, tiraillés par ceux qui veulent leur faire croire qu’une religion est une culture, quand elle en est l’abolition, et qu’une barre HLM constitue un territoire pour une communauté (boycottons tout média qui donne droit de cité, si je puis dire, au mot communauté).
Nous savons, depuis les fuites de Wikileaks, que les Américains, via leur ambassade, ont multiplié les contacts avec les journalistes français pour qu’ils implantent dans les consciences l’acceptation des tribus, des différences, et des communautés : tout émiettement leur est forcément profitable. Le seul sursaut sera républicain — ou ne sera pas. Ce qui se joue en ce moment est un épisode essentiel du conflit entre la civilisation et la barbarie. Et je n’ai pas envie que l’on prenne Rome une seconde fois, si je puis m’exprimer ainsi. Si certains se sentent munichois dans l’âme, grand bien leur fasse : ils ont déjà la guerre, ils auront la honte.
Mais non : d’ici là, ils se seront convertis.

Jean-Paul Brighelli

Le bikini ne passera pas

La finale du concours de Miss Monde se déroule donc ces jours-ci à Bali — merci à l’actualité qui me permet d’entasser dans une seule phrase autant d’occasions de rêver.
Mais ce qui se présentait, à l’origine, comme une cérémonie quelque peu kitsch est en train de virer à la manifestation politique : dans cette île où les touristes se baladent souvent dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil,, et parfois un peu moins, où les hindouistes, majoritaires, ont sur la nudité un regard complaisant et alléché (regardez de près les temples hindous, c’est le kama-soutra en trois dimensions), une minorité d’islamistes radicaux fait le siège de l’hôtel où se déroulent les festivités en hurlant à l’obscénité (merci encore à l’actualité qui me permet d’entasser en trois propositions autant d’occasions de cauchemarder).
Passons sur le fait que l’obscénité est toujours dans la tête de celui qui hurle, pas sur les fesses de celle qui les montre. Les organisateurs ont déjà cédé à la rue : il n’y aura pas de défilé en bikini — on voilera ces sculpturales jeunes femmes. Cachez ce sein… Il en est de l’Indonésie comme de chez nous : pour les politiques, toutes les occasions de baisser culotte sont bonnes.
Les îlots de résistance sont peu nombreux. Dans le grand jeu de Go où les islamistes placent stratégiquement leurs pions noirs, les taches de lumière se font rares. À peine Vincent Peillon publie-t-il une Charte de la laïcité qui ne mange pas de pain mais ne casse pas trois pattes à un canard que les représentants de la « communauté » musulmane se dressent vent debout pour crier à l’islamophobie. Dalil Boubakeur, le nouveau Président du Conseil du culte musulman craint de « voir les Musulmans de France stigmatisés dans leur ensemble, et que cette interdiction ne soit perçue comme trop brutale » : « 90% des musulmans, ajoute-t-il, vont avoir l’impression d’être visés par cette charte, alors que, dans 99% des cas, ils ne posent aucun problème à la laïcité ». Ah bon ? Où est-il question d’Islam dans les quinze articles de cette charte ? N’est-ce pas ce qui s’appelle « crier au loup » ? Et Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de l’Islamophobie, en rajoute une couche : « Cette charte a été faite soi-disant pour combattre le communautariste. Qui dit communautarisme… Forcément, je me sens visé parce que maintenant quand on parle de communautarisme, on parle de Musulmans ».
Mais bon sang, il n’y a qu’une communauté en France, et elle est composée de Français ! La religion n’est pas indiquée sur les cartes d’identité, que je sache ! Les médias en ont plein la bouche : communauté ceci, communauté cela. On devrait leur interdire une bonne fois pour toutes le terme : « La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée ». UNE culture ! Pas trois, pas vingt. Et plus loin : « Nul ne peut se prévaloir de sn appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’Ecole de la République ». Par exemple aux programmes, ou aux devoirs obligatoires. De partout m’arrivent des nouvelles d’élèves musulmans rendant copie blanche quand on les interroge sur quoi que ce soit qui a un rapport avec l’évolutionnisme : alors, en vérité, je vous le dis, Mohamed / Ismael / Sarah / Anifa / Nawel et les autres : vous descendez d’un être mono-cellulaire qui fut une algue bleue —, et ultérieurement, après des péripéties sans nombre, un grand anthropoïde. Et ce que vous êtes actuellement est en évolution aussi — vous avez moins de dents que le Prophète, qui en avait 32 lors de l’Hégire alors que vous en possédez difficilement 28 en ce moment, et bientôt 24. Votre mâchoire se contracte, votre museau s’affine, vous pourriez bien glisser vers l’écureuil — et alors ? Qu’est-ce que cela fait à la Vie, qui continuera sous une forme ou une autre ?
En attendant, elle persiste, sous une forme intermédiaire en sari :

Et c’est Marine Lorphelin, Miss Bourgogne 2012 et Miss France 2013, qui représentera la France — allez, Musulmans de tous les pays, franchement, vous ne voulez pas adopter l’orpheline ?

Jean-Paul Brighelli

Pour la peau d’un prof

Mardi matin, la presse entière bruit de la rumeur de la rentrée. Sur BFM.TV, sourires heureux ou légèrement anxieux de bambins sur le chemin de l’école — et, en dessous, en tout petit, dans le flot des nouvelles tombées sur les téléscripteurs, l’annonce du suicide d’un prof de technologie (STI2D, comme on dit dans le jargon de l’Education Nationale) qui a préféré en finir plutôt que de participer encore une fois de plus, une année de plus, à cette grande mascarade qu’est devenue l’Ecole de la République. Il n’y aura pas de pré-rentrée pour lui.
Avant de mettre fin à ses jours, Pierre Jacque s’est fendu d’une longue lettre à ses camarades du SNES, expliquant les raisons pédagogiques de son geste. Et je préfère ne pas penser à l’angoisse des collègues qui ont reçu ce mail et se sont précipités — trop tard : je les salue, tout SNES qu’ils soient, parce qu’ils ont exemplairement réagi en mettant en ligne ce courrier désespéré et désespérant.
Le voici — je le commenterai plus bas.

« Le 1 septembre 2013

De Pierre JACQUE
Enseignant d’électronique

Objet : Evolution du métier d’enseignant.

A ma famille, à mes proches
et à tous ceux que mon témoignage intéressera.

« Je vous fais part de ma décision de ne pas faire la rentrée scolaire 2013. En effet le métier tel qu’il est devenu au moins dans ma spécialité ne m’est plus acceptable en conscience.

« Pour éclairer ma décision je vous décris succinctement mon parcours personnel. Je suis devenu ingénieur en électronique en 1982 à l’âge de 24 ans. Ma formation initiale et surtout mon parcours professionnel m’ont amené à exercer dans la double compétence « hard » et « soft ». Le métier prenant et difficile m’a toujours convenu tant que j’avais le sentiment de faire œuvre utile et d’être légitime dans mon travail. Passé la quarantaine la sollicitation de plus en plus pressente d’évoluer vers des tâches d’encadrement et le sort réservé à mes ainés dans mon entreprise m’ont incité à changé d’activité. En 1999 j’ai passé le concours du capet externe de génie électrique et j’ai enseigné en section SSI et STI électronique. Le choc pour moi fut brutal de constater la baisse de niveau des sections techniques en 18 ans passé dans l’industrie notamment pour la spécialité agent technique (niveau BTS ou DUT suivant les cas). Même si le niveau enseigné était bien bas de mon point de vue, ma compétence était au service des élèves et je me sentais à ma place. Une difficulté était quand même le référentiel applicable (le programme) datant des années 80, ambitieux pour l’époque et en total décalage avec le niveau réel des élèves des années 2000. Une réforme semblait souhaitable pour officialiser des objectifs réalistes et orientés en fonction des besoins du marché du travail.

« Puis vint la réforme de 2010 mise en place par Luc Chatel et applicable à la rentrée 2011. Pour le coup, le terme réforme est faible pour décrire tous les changements mis en place dans une précipitation totale. L’enseignement des métiers est réduit à peu de choses dans le référentiel de 4 spécialités seulement qui constitue des « teintures » sur un tronc commun généraliste d’une section unique appelée STI2D qui rentre bizarrement en concurrence avec la section SSI. L’électronique disparait purement et simplement. En lieu et place il apparait la spécialité « Systèmes Informatiques et Numériques ». Cela ne me pose pas de problème personnel, je maitrise bien le domaine et je l’enseigne même plus volontiers que les classiques problèmes de courant de diode ou de montages amplificateurs. Je me pose quand même la question de la compétitivité de notre pays dans le domaine industriel avec un pareil abandon de compétence. La mise en place de la réforme est faite à la hussarde dans un état d’affolement que l’inspection a du mal à dissimuler. Entre temps le gouvernement a changé sans que les objectifs soient infléchis le moins du monde ou qu’un moratoire soit décidé, ne serait-ce qu’à cause du coût astronomique de cette réforme. En effet il aura fallu réorganiser l’implantation de tous les ateliers de tous les lycées techniques de France, abattre des cloisons, en remonter d’autres à coté, refaire tous les faux plafonds, les peintures et renouveler les mobiliers. Ceci est fait à l’échelle du pays sans que la réforme ait été testée préalablement dans une académie pilote. Début 2011, l’inspection nous convoque en séminaire pour nous expliquer le sens et les modalités de la réforme ; il apparait la volonté de supprimer toute activité de type cours ce qui est la radicalisation d’une tendance déjà bien marquée. On nous assène en insistant bien que l’élève est acteur de son propre savoir, qu’il en est le moteur. Pour les spécialités, donc la mienne SIN entre autre, cela signifie qu’une partie conséquente de l’activité sera de type projet. A l’époque les chiffres restent vagues, il est question de 50% du temps au moins. La nature des projets, la façon de les conduire, la façon de les évaluer ne sont pas évoquées et les questions que posent les enseignants à ce sujet restent sans réponses, nous serons mis au courant après la rentrée de septembre. En attendant l’inspection nous fait entièrement confiance pour continuer comme d’habitude. Je fais remarquer qu’il ne faudra pas tarder car nous préparons les élèves au bac en deux ans et que la connaissance des modalités d’examens est incontournable rapidement après la rentrée pour un travail efficace, c’est-à-dire sans perte de temps. Lors de la réunion suivante, après la rentrée 2011, l’inspecteur répond un peu agacé à la même question « que notre travail c’est d’enseigner et que l’évaluation verra après » (sic). En attendant le travail devant élève est commencé et moi et mes collègues travaillons à l’estime. Le manque de matériel se fait cruellement sentir dans mon lycée, les travaux nécessaires ne seront faits qu’à l’été 2012. Lors d’une réunion aux alentours de février il nous est demandé pour la prochaine réunion d’exposer l’état d’avancement de la réforme et si possible les projets envisagés ou mieux déjà mis en œuvre. A ce moment je viens juste de recevoir un premier lot de matériel et je ne dispose du logiciel correspondant que depuis novembre. La pression amicale mais réelle pour commencer les projets va aller augmentant.
« J’ai un groupe de 16 élèves et un autre de 15 dans une salle qui est déjà trop étroite pour recevoir proprement 14 élèves en travaux pratiques et avec un matériel réduit qui ne me permets qu’un choix très restreint de sujets. La phase passée en projet sera cauchemardesque pour l’enseignant et la fraction d’élèves sérieux. Le dernier mois de cette année de première sera passé en activités plus classiques. A la rentrée 2012 les élèves sont maintenant en terminale, j’ai les tables de travail prévues dans une salle provisoire de 80 m2 au lieu des 140 m2 prévus. Il est difficile de bouger, le travail en travaux pratiques reste possible et je couvre ainsi la partie communication réseau de référentiel au moyen d’un logiciel de simulation. Je ne dispose pas du matériel support. On me bricole une salle de 150 m2 à partir de deux salles de cours séparées par un couloir et j’attaque les projets dans ces conditions. Le couloir sera abattu aux vacances de février.
« Pendant ce temps nous avons appris que la note du bac porterait uniquement sur le projet final est que la note serait constituée de deux parties égales, une attribuée par un jury en fin d’année suite à une soutenance orale avec support informatique, l’autre attribuée par l’enseignant de l’année au vu du travail fourni par les élèves. Les critères d’évaluation portent principalement sur la gestion de projet et la démarche de développement durable. Il est explicitement exclu de juger les élèves sur les performances et la réussite du projet. Ceci appelle deux remarques. La première est que les critères sont inadaptés, les élèves sont incapables de concevoir et même de gérer un projet par eux-mêmes. De plus la démarche de développement durable est une plaisanterie en spécialité SIN où l’obsolescence programmée est la règle. Comment note-t-on alors les élèves ? A l’estime, en fonction de critères autres, l’inspection le sait mais ne veut surtout pas que la chose soit dite. Du coup cette note relève « du grand n’importe quoi » et ne respecte aucune règle d’équité. Elle est attribuée par un enseignant seul qui connait ces élèves depuis au moins un an et compte coefficient 6 ce qui écrase les autres matières. Cela viole l’esprit du baccalauréat dans les grandes largeurs.
« Je considère que ceci est une infamie et je me refuse à recommencer. L’ensemble du corps inspectoral est criminel ou lâche ou les deux d’avoir laissé faire une chose pareille. Cette mécanique est conçue dans une idée de concurrence entre les enseignants mais aussi entre les établissements pour créer une dynamique de très bonnes notes à l’examen y compris et surtout si elles n’ont aucun sens. Vous avez l’explication des excellents résultats du cru 2013 du baccalauréat au moins pour la filière technologique. Cela fait plus d’un an que je me plains à mon syndicat de cet état de fait. Pas un seul compte-rendu ni localement sur Marseille ni à un plus haut niveau n’en fait mention. Je suis tout seul à avoir des problèmes de conscience. Ou alors le syndicat est activement complice de l’état de fait, le responsable local me dis : « mais non Pierre tu n’es pas tout seul ». En attendant je ne vois aucune réaction et ce chez aucun syndicat. Que penser ? Soit nous sommes muselés, soit je suis le dernier idiot dans son coin.
« De toute façon je n’accepte pas cette situation. Je pense au niveau toujours plus problématique des élèves, autrefois on savait parler et écrire un français très convenable après 5 ans d’étude primaire. Aujourd’hui les élèves bachelier maitrisent mal la langue, ne savent plus estimer des chiffres après 12 ans d’études. Cherchez l’erreur. La réponse de l’institution est : « oui mais les élèves savent faire d’autres choses ». Je suis bien placé dans ma spécialité pour savoir que cela n’est pas vrai ! Les élèves ne maitrisent rien ou presque des techniques numériques d’aujourd’hui. Tout ce qu’ils savent faire est jouer et surfer sur internet. Cela ne fait pas un compétence professionnelle. Les médias nous rabattent les oreilles sur la perte de compétitivité du pays en laissant entendre que le coût du travail est trop élevé. Cette présentation pèche par une omission grave. La réalité est que le travail en France est trop cher pour ce que les travailleurs sont capables de faire véritablement. Et là la responsabilité de l’éducation nationale est écrasante. Qui osera le dire ? J’essaye mais je me sens bien petit. J’essaye de créer un maximum d’émoi sur la question. J’aurais pu m’immoler par le feu au milieu de la cour le jour de la rentrée des élèves (2), cela aurait eu plus d’allure mais je ne suis pas assez vertueux pour cela. Quand vous lirez ce texte je serai déjà mort.

Pierre Jacque
enseignant du lycée Antonin Artaud
à Marseille »

Pour bien comprendre ce qui a pu désespérer un prof consciencieux, aimé de tous (plusieurs tweets envoyés par certains de ses anciens élèves en témoignent), j’ai demandé à « Zorglub », un fidèle de Bonnetdane, et ex-prof du technique recyclé depuis deux ans en prof de maths, ce qui s’est passé dans cette profession. Je recopie tel quel son témoignage.

« Ce qui se passe en STI2D est une honte absolue, on y enseigne du vent (ce qui peut être utile pour faire tourner les éoliennes).
Les profs de STI étaient autrefois fortement spécialisés (génie civil, productique, construction, électrotechnique, électronique, physique appliquée, etc.). Chacun avec une licence et maîtrise très spécifique et des CAPET ou agreg différents.
« Ils sont désormais omniscients et enseignent (voui, mais sous forme de projet …) tout ce qui est en rapport avec le monde technique sans distinction.
« Comme si ça se pouvait !
« Un peu pareil qu’un prof d’anglais qui devrait enseigner l’espagnol (ben quoi c’est aussi une langue étrangère non ?).
« Les élèves de ces filières n’étaient en général pas d’un niveau éblouissant (euphémisme) en enseignement général, mais finissaient par acquérir quelques savoir faire techniques et un vague bagage technologique.
« Aujourd’hui on ne leur « apprend » plus rien et il passent deux ans à « découvrir en autonomie et sur des projets pluridisciplinaires en groupe » les hypothétiques relations entre écologie et industrie à travers les projets de développement durable (de lapin), l’analyse du cycle de vie, les cartes mentales de conscientisation de l’impact environnemental et autre fariboles.
« Plus de cours, puisqu’ils « s’autoforment » à partir de documents ressources académiques ou du web au fur à mesure du besoin, chacun à son rythme, relativement à ses centres d’intérêt et en suivant les nécessités rencontrées dans son projet !
« Les plus fous des pédagogistes associés aux plus intégristes des alter-mondialistes ont pris le pouvoir sur cette branche de l’enseignement.
« Besoin que je détaille les résultats ?
« C’est tellement violent que lors du bac il a été interdit aux profs de mettre des notes dans l’épreuve phare …
« Ils étaient seulement autorisés à transmettre un document avec des cases cochées à l’IPR qui a transcrit « ça » en notes (genre 13 ou 14 de moy académique qui reste encore secrète chez-nous) sans que les profs puissent savoir comment !
« De l’avis général, répondre vaguement à 15 % ou 20 % des question était largement suffisant pour obtenir la moyenne.
« Moi non plus je n’aurais pas supporté cette mascarade.
« Dans mon ancien bahut ce sont les collègues les plus nuls techniquement qui ont pris les choses en main, les autres ayant refusé de se les salir à couper la branche sur laquelle ils étaient assis.
« Bien entendu ils seront promus au grand choix et les autres voient disparaître avec dépit la filière STI qui fut celle de la réussite des gosses modestement intelligents, modestement ambitieux, issus de milieux modestes financièrement et culturellement à qui on donnait une vraie chance d’avoir un boulot de technicien après le BTS qui faisait normalement suite.
« Perso j’y étais très attaché et fier de voir des gosses finir par s’en sortir alors que tout les prédisposait à l’échec.
« Après STI2D, les élèves, qui sont lucides sur leurs aptitudes, ne demandent même plus à entrer en BTS et rentrent en fac de psycho, LEA ou autres conneries puisqu’ils savent bien qu’ils ne peuvent pas espérer rattraper le niveau … bac pro (en aucun cas pour la pratique mais guère plus sur les aspects techniques et technologiques) !
« C’est aussi un désastre économique qui s’annonce.
« La majorité des élèves de bac pro ont de réelles compétences pratiques mais rares sont ceux qui peuvent espérer acquérir en BTS des compétences théoriques suffisantes pour devenir réellement techniciens supérieurs et non pas seulement ouvrier qualifiés.
« Je me demande ouske les patrons vont les trouver dans quelques années, peut-être dans les « petites » écoles d’ingé ???
« Cette réforme est une honte et un désastre, pour les mômes, pour les collègues et pour le pays.
« Je survis pour avoir su fuir à temps ! »

Ultimes précisions.
Cette réforme est intervenue pour faire des économies — et pour ce faire, elle s’est appuyée (idéologie Chatel) sur les lubies des plus dégénérés des pédagogistes (idéologie Meirieu / Dubet). Ou, si l’on préfère, le démantèlement de l’Ecole de la République s’appuie à la fois sur les concordances européennes (nous étions les seuls en Europe à avoir une voie technologique, les autres pays ont une voie générale et une voie professionnelle — grâce à l’intégration des systèmes d’enseignement européen voulue par la convention de Lisbonne en 2002, nous rentrons dans le rang), la volonté libérale de destruction de toutes les institutions d’Etat, et les folies libertaires de tous ceux qui ont cru — sincèrement parfois — que l’élève construit lui-même ses propres savoirs — ce que Pierre Jacque souligne sauvagement.

Un récent rapport de la Cour des Comptes (mais de qui je me mêle !) préconise d’en finir avec l’aspect « disciplinaire » de l’Education, et de rendre tous les enseignants multi-spécialistes. Et pourquoi ne pas exiger qu’ils soient aussi doués d’ubiquité ?

Quant au fait que dans STI2D, les « 2D » signifient « développement durable », je ne le commenterai même pas. C’est comme si tout était dit : vous ajoutez « développement durable » à n’importe quel paquet de merde, et vous en avez fait un produit commercialisable. Mille merci à Sylvie Brunel qui a inventé le terme !
Le ministère se refuse depuis des années à publier des statistiques réelles sur les dépressions en milieu enseignant. Tous ceux qui se sont penchés sur la question savent que cette profession qui est, paraît-il, peuplée de feignasses trop payées et surchargées de vacances paie aux lubies des technocrates déments et des pédagogues fous un tribut monstrueux. Un sondage tout récent nous apprend que les Français sont de moins en moins satisfaits de leur école (3). Eh bien, qu’ils le sachent : les profs non plus n’en sont pas heureux — ils n’y sont pas heureux, et même, parfois, ils en meurent.

Jean-Paul Brighelli

(1) La lettre a été publiée sur le site du SNES-Marseille : http://www.aix.snes.edu/IMG/pdf/hommage_a_pierre_jacque.pdf
(2) Allusion au geste tout aussi désespéré de Lise Bonnafous, qui s’est immolée par le feu dans la cour de son établissement à Béziers en octobre 2011 : http://www.liberation.fr/societe/01012366684-a-beziers-un-lycee-toujours-a-vif
(3) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/09/02/97001-20130902FILWWW00319-la-qualite-de-l-ecole-deplait-aux-francais.php