En s’alliant avec Geert Wilders, Marine Le Pen espère sortir le FN de son isolement

 

Hier, Marine Le Pen était l’invitée d’honneur de Geert Wilders aux Pays-Bas. Le chef du mouvement national-populiste PVV a accueilli la présidente frontiste les bras ouverts. Certes, ce n’était pas une première puisque Wilders avait déjà rendu visite à Marine Le Pen en avril dernier à Paris. Mais les deux personnalités politiques ont cette fois-ci officiellement scellé leur alliance en vue des élections européennes de juin prochain.

 

Jusqu’à cette année, Wilders ne voulait pas entendre parler du FN. Transfuge du Parti libéral, connu pour ses positions très favorables à Israël, la personnalité de Jean-Marie Le Pen ne l’encourageait pas dans cette voie. Pour Marine Le Pen, les choses n’étaient donc pas gagnées d’avance, tant s’en fallait. Après avoir donné des gages à son partenaire batave, elle peut aujourd’hui se féliciter du succès de sa stratégie de dédiabolisation, élargie à l’échelle européenne. Il faut dire que le Front national revient de loin. Jusqu’à présent, dans l’hémicycle européen, Bruno Gollnisch présidait l’Alliance européenne des mouvements nationaux, un aréopage de parlementaires hongrois, britannique ou belges au lourd passif xénophobe, pour ne pas dire plus (Jobbik, British National Party, Vlams Belang). Marine Le Pen ayant jugé cette coalition trop radicale et politiquement peu crédible, elle a acculé son ancien rival et les autres eurodéputés frontistes à la démission. Tous se sont exécutés dare-dare, jusqu’à Jean-Marie Le Pen qui a récemment admis avoir quitté l’AEMN « pour obéir » à sa fille.

 

Le ménage fait, Marine Le Pen s’est donc attelé à la formation d’une alliance FN-PVV comme socle de départ d’une future coalition europhobe au Parlement européen. On n’en connaît encore pas les contours exacts, mais une chose est sûre : l’UKIP britannique du tonitruant Nigel Farage n’en sera pas. Actuellement à la tête du groupe Europe Libertés Démocratie à Strasbourg, Farage a préféré s’allier à Nicolas Dupont-Aignan[1. La principale collaboratrice de Farage au Parlement européen se trouve d’ailleurs être une militante de Debout La République et mènera la liste de son parti dans le Grand Est face à Florian Philippot.], ce qui fait une pierre souverainiste dans le jardin de la présidente du FN. Tandis que les sondages annoncent sinon une majorité anti-européenne aux élections de juin, du moins une forte minorité de blocage, la question des alliances entre opposants à l’UE est plus que jamais cruciale. Aussi, les tandems Farage-NDA et Wilders-Le Pen se disputent-ils le renfort de l’AfD allemande, parti anti-euro qui prône le retour au Mark et a frôlé l’entrée au Bundestag en septembre dernier. Selon nos informations, le cœur de l’AfD pencherait plutôt du côté de Dupont-Aignan et Farage.

 

En attendant de se trouver d’autres partenaires, Marine Le Pen peut se targuer d’une certaine proximité idéologique avec Geert Wilders. Tous deux défendent en effet le retour à la monnaie nationale et le recours au protectionnisme pour se protéger de la concurrence des pays émergents, non sans vivement critiquer l’immigration et l’islam. Même sur la question épineuse du mariage gay, Marine Le Pen a fait preuve d’une grande prudence, refusant de manifester tout au long de cette année, ce qui rassure le très libéral-libertaire Wilders. Certes, on peut asticoter les nouveaux mariés sur leurs divergences sociales et économiques, mais ils auront jeu de répondre que la défense de la souveraineté nationale consiste justement à pouvoir mener la politique de son choix dans son pays, indépendamment des directives bruxelloises. On aurait d’ailleurs bien du mal à trouver un équivalent français au populiste batave : sous nos cieux, Wilders serait un hybride entre

Philippe de Villiers (national-libéral, anti-européiste, islamophobe) et Daniel Cohn-Bendit (sur un strict plan sociétal). Il se rapproche de l’idéal-type de l’« hédoniste sécuritaire », expression par laquelle Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin qualifient les libéraux-libertaires qui réclament davantage de sécurité et de frontières afin de continuer à jouir sans entraves.

 

Mais le soutien du parlementaire batave aux mariages entre personnes de même sexe a ses limites : Au sein de leur futur groupe, la cohabitation entre Wilders et Le Pen père risque d’être explosive ! Si le premier a toujours refusé de dialoguer avec le second, c’est qu’il goûtait peu ses jeux de mots douteux sur la Seconde guerre mondiale et les Juifs, mais aussi ses amitiés arabes et islamistes (Irak de Saddam Hussein, République islamique d’Iran…) peu compatibles avec son tropisme atlantiste et pro-israélien. Or Geert Wilders n’ignore certainement pas que le président d’honneur du FN conduira la bataille dans le Sud-Est de la France. À moins que Jean-Marie Le Pen ne soit intéressé que par l’odeur de la poudre et qu’il ait déjà secrètement assuré à sa fille qu’il n’irait pas siéger à Strasbourg…

 

Et si c’était cela que Marine Le Pen avait confié à Geert Wilders avant qu’ils ne convolent en justes noces électorales ?

2 commentaires

  1. Autre sujet.
    Dans l’émission « Mots Croisés » d’hier (18/11), on a assisté au « retour » d’Henri Guaino.
    Toute son analyse était excellente. D’ailleurs, un tweet de Nicolas Dupont-Aignan constatait que c’était le programme de Debout la République.
    Au début du débat, Guaino avait dit à Yves Calvi qu’il ne parlerait pas au nom de l’UMP, mais en son nom personnel.

    Concernant les experts, j’ai souvent écrit ces derniers temps (peut-être sur ce blog aussi) que, dans les débats télévisés, on invite à 99% ceux qui défendent « la pensée unique ».
    L’émission de lundi faisait exception à cette règle. J’ai bien apprécié les interventions du sociologue Jean-Pierre Le Goff. Je le connaissais un peu d’ailleurs, car il y a une quinzaine d’années, j’avais lu son livre « la barbarie douce » très critique concernant les méthodes de management.

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