Ce qui se cache derrière la « Baroin mania »

Un plan de secours si Macron ne passe pas l’hiver


Inlassablement, le monde politico-médiatique propose et repropose à qui veut bien l’écouter l’idée d’une candidature présidentielle de François Baroin. Pourquoi?


Le Congrès des maires de France a été l’occasion d’une opération de promotion dans les médias d’un produit aubois. Il ne s’agit ni d’une marque de champagne, ni de la célèbre andouillette AAAAA troyenne mais de François Baroin, qui préside l’AMF et accueillait à cette occasion le président de la République. Et le microcosme cher à feu Raymond Barre de s’interroger: l’ancien porte-parole de Jacques Chirac ne serait-il pas devenu le plus grand rival d’Emmanuel Macron pour 2022? Cette hypothèse, claironnée juste après une batterie de sondages annonçant déjà le match retour Macron / Le Pen, arrive comme un espoir pour beaucoup de commentateurs.

L’hypothèse de voir François Baroin affronter Emmanuel Macron ne nous paraît néanmoins pas très crédible.

Michèle Laroque n’a pas envie de redécorer l’Élysée

D’abord, parce que Baroin lui-même l’a exclu! Dans un entretien au JDD mi-juillet, le maire de Troyes, ex-Harry Potter à la voix de Barry White, se confiait à Anna Cabana et expliquait que la présidentielle, pourquoi pas… mais si Emmanuel Macron n’est pas candidat! À l’époque, alors que la campagne pour la présidence de LR était lancée et qu’il avait apporté son soutien à son ami Christian Jacob, nous nous étions interrogés sur cette curieuse façon d’apparaître comme une alternative. Quelle étrange façon d’affirmer sa volonté d’accéder à l’Élysée, à présent!

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Il y a un peu de Jacques Delors dans François Baroin. Encensé par les médias avec lesquels il entretient une relation d’autant plus étroite qu’il a lui-même débuté sa vie professionnelle comme journaliste à Europe 1, il partage avec l’ancien président de la Commission européenne cette réticence à aller au feu. En 1994, l’épouse de Jacques Delors ainsi que sa fille Martine Aubry étaient opposées à sa candidature, ce qui avait fait dire assez tôt à Jacques Chirac qu’il ne l’aurait pas comme adversaire. Il semblerait que la compagne de Baroin, actrice célèbre, ne soit pas davantage favorable à une telle candidature.

Wauquiez parti, Baroin retrouve les instances de LR

Baroin, enfin, est devenu le chouchou de Nicolas Sarkozy. Ils se sont pourtant détestés il y a vingt ans. Mais en 2016, l’ancien président – qui n’admire rien tant que ce qui se passe outre-atlantique – avait eu l’idée d’un « ticket » à l’américaine. Alors que le ticket Sarko-Baroin avait fait chou blanc à la primaire, voilà qu’il s’était mis à imposer la même idée à François Fillon, après le Trocadéro. Même succès pour le ticket Fillon-Baroin… Puis, Nicolas Sarkozy l’avait imposé comme chef des Républicains pour les élections législatives.

Sarkozy souhaitait aussi que Christian Jacob soit élu pour que Baroin revienne dans le parti. Contrairement à ce qu’il avait annoncé, il s’est bien ingéré dans la campagne interne, en apparaissant à une séance de dédicaces à Provins, aux côtés de Jacob, à une semaine du scrutin. Jacob vainqueur, Baroin a donc réintégré les instances de LR cet automne.

Baroin en recours si Macron ne finit pas le quinquennat?

Sarkozy, pas davantage que Baroin, ne croient en un rebond de LR. Ils ont bien compris que ce parti pèse 8-10%, tant que Macron est là. Ils ont pris acte du déménagement d’une grosse partie de l’électorat de l’ex-UMP dans le macronisme. Et idéologiquement, ils se retrouvent dans la plupart des réformes – en particulier économiques – du président de la République. Pourquoi l’affronter dès lors? Comment s’en différencier? Comment retrouver des électeurs qui voient en Macron leur nouveau garant de l’Ordre, face au péril gilet jaune?

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Le péril, justement. L’éventuel chaos. C’est sans doute ce dernier qui a précipité l’opération Baroin. Et si Macron ne passait pas l’hiver? Et si le fameux 5 décembre durait tout un hiver? Et si la violence s’installait et qu’une situation de crise acculait Emmanuel Macron à la démission? Et si c’était ce pari que Sarkozy et Baroin faisaient?

Comme l’explique Maxime Tandonnet, le « Système » pourrait avoir trouvé sa solution de rechange en la personne du maire de Troyes. Nicolas Sarkozy, en adepte du billard à trois bandes et de la course cycliste, pourrait bien faire d’une part le pari d’un départ précipité d’Emmanuel Macron et d’autre part miser sur le côté velléitaire de son protégé champenois, pour le doubler au dernier moment après avoir pris sa roue?

L’hypothèse d’un « hibernus horribilis » pour Emmanuel Macron n’est pas impossible. Convenons-en, ce pari demeure malgré tout audacieux. Car ce serait mal connaître le bonhomme, qu’on sent davantage adepte de l’article 16 que de la démission en cas de violence généralisée dans le pays. La probabilité que le président soit toujours le même à la veille des élections régionales et départementales de 2021 reste donc la plus probable. Les élus LR se feront alors laminer. Ce qu’il en restera se fera digérer par LREM, en force supplétive. Qui sait, si ensuite, Nicolas Sarkozy n’ira pas jusqu’à proposer à Emmanuel Macron de se représenter en « ticket » avec François Baroin?