Déradicalisation

« Un surveillant a été agressé à l’arme blanche dimanche par un détenu islamiste, aidé par plusieurs complices. »
Ainsi commence dans le Figaro du 6 septembre le récit circonstancié de l’agression qui a eu lieu dimanche à la prison d’Osny, en région parisienne. « Le détenu auteur des faits, Bilal T., a frappé sa victime à l’aide d’«une lame de 25 cm très fine et très aiguisée qui a transpercé de part en part la gorge du surveillant à 2 mm de la carotide puis est passée à quelques millimètres du poumon», affirme-t-on de sources pénitentiaires. Selon ces dernières, l’individu bénéficiait de fortes complicités parmi les autres détenus avec lesquels cette agression aurait été programmée. Les enquêteurs auraient trouvé sur un autre détenu des liens qui font penser que l’idée était de procéder à une «exécution» telle que Daech a l’habitude de les pratiquer. Selon des personnels pénitentiaires, l’auteur de l’agression «aurait badigeonné l’une des portes de cellules du sang du surveillant et aurait levé les mains afin de prier». »
Du coup, le secrétaire général de l’UFAP-UNSa, le principal syndicat de surveillants de prison, n’est pas content. « Les établissements pénitentiaires sont assis sur une véritable poudrière. Ils comptent 300 détenus prévenus pour faits de terrorisme et un millier en voie de radicalisation. Bien avant l’ouverture de ces unités, l’UFAP a demandé que la sécurité prévale et que ces quartiers soient totalement étanches du reste de la détention. Autrement dit, ces individus ne doivent pas se rencontrer, et il faut qu’il y ait au moins trois surveillants par détenu. Mais l’on préfère mettre en place des programmes qui n’ont ni queue ni tête. Nous sommes fatigués de ce mot de déradicalisation qui ne veut rien dire ».
Aux Editions Michalon, Julien Revial a sorti l’année dernière Cellule de déradicalisation où il s’amuse à comparer les deux visages de la déradicalisation — l’une à dimension théologique, l’autre à dimension affective. « Psychologie de bazar », a dit un parlementaire. Déradicalisation au doigt mouillé, si je puis dire. Arnaque, dit carrément l’auteur.

Il y a quelques jours, j’ai revu Orange mécanique. Le petit Alex, sombre voyou magnifiquement interprété par Malcolm McDowell, y est déradicalisé avec efficacité. Souvenez-vous. Avant, c’était çaPuis ce fut çaEn fait, il s’agit d’une cure de désintoxication musclée. À l’arrivée, et malgré les réticences des prêcheurs de bons sentiments, le voici en pleine rédemption — l’à-côté désagréable, c’est qu’il en est arrivé à haïr le grand Ludwig van, comme il dit.
Quarante-cinq ans plus tard, personne ne me fera croire que nous n’avons pas les moyens chimiques de déradicaliser des psychopathes. Ah oui, les Droits de l’homme, etc. Et les droits des autres hommes (et femmes) de vivre en paix et en sécurité, ça compte pour du beurre ?

Il y a quelques jours, interviewé dans La Provence, François-Bernard Huyghe, en réponse à la question « N’y a-t-il pas un risque que les « repentis » pratiquent la taqqya pour induire en erreur les autorités ? », expliquait : « Ce ne doit pas être très difficile de tromper les contrôleurs, d’autant que les djihadistes ne sont pas idiots. Le gars qui avait poignardé les deux policiers à Magnanville était supposé avoir été déradicalisé… Au titre de la taqqya, Daech conseille à ses partisans d’éviter la barbe longue, les pantalons relevés, de s’adapter au milieu et de répondre faussement aux questions qu’on leur pose. » Et de conclure magnifiquement : « « Sur le marché des idéaux, le djihadisme n’est guère concurrencé par les autres religions qui sont assez discrètes, ni par le patriotisme, ni par un grand projet politique, fût-il révolutionnaire. Si l’école apprenait davantage le respect de la langue, du pays, de sa culture, de ce qui réunit les Français, ce ne serait pas plus mal. Ça donnerait au moins à ces jeunes une petite chance d’aimer leur pays et non pas de le considérer comme une structure administrative. »
Ben oui. C’est en amont que ça doit se passer. En aval, il faut soigner et guérir, avec tout ce que la pharmacopée nous propose — pas avec de la psychologie de bazar, des promesses de rédemption et des imams réformés. Sous peine de voir les déradicalisés en revenir à la radicalisation, qui est une drogue bien plus séduisante que la réalité d’un pays en voie de déliquescence.

Jean-Paul Brighelli