FCPE mon amour

FCPE0La FCPE aurait-elle décidé de tester nos limites ? C’est une stratégie d’idéologues : on pousse un pion, puis un autre, on regarde si ça réagit, et on s’avance plus loin.
Il y a deux scandales dans cette affiche qui fait jaser depuis trois jours : d’un côté un mépris de la loi de 2004, qui interdit tout signe religieux ostentatoire dans l’enceinte scolaire — et une classe qui sort hors les murs de l’école transporte ces murs avec elle, même Chatel, qui n’était pas un grand spécialiste en matière éducative, ne s’y était pas trompé. Blanquer non plus, d’ailleurs, qui a qualifié cette campagne d’« erreur », et qui devrait réagir en coupant les subventions (près de 500 000 €) à cette association qui ne représente personne (280 000 adhérents, par rapport à 12 millions d’élèves, c’est dérisoire). Déjà en 2015-2016 la FCPE avait été suspectée de « rembourser » l’augmentation de sa subvention en soutenant le réforme du collège, alors qu’elle était conspuée par 80% des enseignants : bonne idée de dresser les parents contre les profs !

Mais ce qui me révulse davantage, c’est le texte : « La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents sans exception ».

Depuis quand l’école a-t-elle vocation à « accueillir les parents » ? L’école accueille les élèves (pas les « enfants » — et ce n’est pas une distinction pour rire). Comme disent les pédagos dans leur jargon, un parent est un « géniteur d’apprenant ». L’enfant n’existe pas, à l’école ? L’enfant, connais pas ! Nous avons des élèves — et hors les murs, ces élèves redevenus enfants ou adolescents ont des parents. Mais ce n’est pas notre affaire.
Depuis trente ou quarante ans, les parents ont lentement grignoté les murs de l’école. Ils attendaient dehors, ils sont désormais dedans. Ils accompagnent les sorties scolaires, organisent les goûters, les anniversaires — et ils manifestent lorsque la cantine est insuffisamment halal à leur goût.

Essayons d’être clair : un « enfant », chez lui, fait ce que ses parents lui disent de faire — fort bien, c’est leur problème. Mais l’institution scolaire repose sur l’idée qu’ils nous transmettent leurs pouvoirs quelques heures par jour. La blouse que nous mettions (et l’uniforme porté dans certaines écoles ou certaines régions — aux Antilles par exemple — en témoigne) nous instituait « élèves » — et nous l’abandonnions dès que nous étions sortis, pour marquer le fait que nous changions d’espace et de statut. Un enfant, chez lui, mange ce que ses parents lui donnent — mais à l’école, un élève mange ce que la cantine lui sert. C’est si difficile à comprendre ?

La FCPE crie depuis quelques jours en protestant : ses intentions sont pures, et ceux qui la critiquent n’ont en tête qu’un agenda électoral. Pas elle, bien sûr ! Fanatiques de tout poil, votez pour moi ! Tel est le sens du message — et la « mère » voilée de l’affiche racole de futurs électeurs pour la centrale. Son sourire est électoral jusqu’au bout des canines.
Quant au regard admiratif que la petite fille porte, en contre-plongée, sur sa supposée génitrice, on se demande s’il s’adresse à cette jeune femme souriante ou au chiffon qu’elle porte sur la tête. Ce ne sont donc plus les escarpins de leur mère qu’essaient les gamines, c’est leur burka ?

Autre point litigieux : c’est faire de la sortie scolaire, comme je l’écrivais jadis dans la Fabrique du crétin, « le must, le sésame, le nec plus ultra, le schibboleth de l’éducation : centrale nucléaire, savonnerie, forum des métiers, musée, chocolaterie, plage mazoutée, salon de l’étudiant, parc naturel régional, Comédie-Française, marais salants, Futuroscope, raffinerie de pétrole, ciné-club, Schtroumpfland, élevage de ratons-laveurs — tout est bon, même et surtout n’importe quoi… »
(C’est triste de se relire et de constater que malgré tous mes efforts et ceux de bien des Républicains, le système se délite de plus en plus vite — et que mon livre n’a pas pris une ride)…

Je ne savais pas encore, à l’époque — on venait de voter la loi de 2004, et on la respectait globalement — que ces jolies excursions qui évitent de s’ennuyer en classe se feraient accompagnées de mères voilées. ET à la piscine, elles viennent en burkini accompagner les bambins ?

Enfin, invoquer la laïcité pour laisser venir à soi les petits musulmans est une honte absolue. La laïcité (la vraie, hein, pas la laïcité à géométrie variable de Jean-Louis Bianco) est comme la République : elle ne reconnaît et ne subventionne aucun culte. Afficher une femme voilée (eh non, un voile ce n’est pas comme une mini-jupe, ce n’est pas « mon choix » — c’est le signe d’un asservissement), c’est instiller dans les crânes fragiles l’idée que la France peut très bien se fragmenter en communautés — et par voie de conséquences en communautés antagonistes. C’est une affiche de guerre civile, sous prétexte d’être une affiche de réconciliation.

Les parodies ont immédiatement fleuri, certaines fort drôles,EFLNiEnXkAEWZUu d’autres d’un goût plus douteux, ce qui a amené immédiatement la FCPE à porter plainte. C’est typique : on produit une affiche qui est une agression à la fois contre le bon sens et contre la loi et on se pose en victime.
Mais on sait depuis lurette que tous ces gens qui crient à la brimade dès qu’on leur réplique sont en fait les fossoyeurs de la République.

Jean-Paul Brighelli