Saint-Denis frappé à la tête

Le 12 février dernier, Olivier Galzi invitait Jean-Pierre Ravier sur le plateau d’i-télé pour parler des graves dysfonctionnments de l’université de Paris-XIII, et particulièrement celui de son IUT, confisqué pendant des années par une « association » intégriste. Le journaliste en avait profité pour interviewer Samuel Mayol, directeur dudit IUT, agressé, insulté, menacé de mort pour avoir voulu faire respecter la loi dans cet IUT. J’ai évoqué cette histoire dans Liberté Egalité Laïcité — dans les bacs des libraires depuis un mois.
Plus loin dans le même livre, je racontais que fin mai, l’auditoire d’une conférence sur la laïcité, organisée à l’Assemblée Nationale par le Comité Laïcité République, avait fait une ovation debout à Samuel Mayol après son intervention — colloque dont les actes sont disponibles ici, et l’intervention de Samuel Mayol.
Or, Samuel Mayol vient à nouveau d’être agressé — 6 jours d’arrêt quand même — pendant qu’il promenait son chien — et à ce qu’en dit le Parisien, heureusement que le chien était là. Que n’a-t-il arraché les génitoires de l’agresseur !
Najat Vallaud-Belkacem et le Secrétaire d’Etat chargé des universités, Thierry Mandon (qui ça ?) se sont fendus d’un communiqué où ils « tiennent à apporter tout leur soutien au directeur ainsi qu’à ses proches dans cette nouvelle épreuve » et « souhaitent que le coupable de cette agression puisse être identifié dans les plus brefs délais afin que cessent ces agissements répétés. » On n’est pas plus chaleureux.

« Le » coupable ! L’individu — un loup solitaire, probablement — coupable de l’agression ! Et les autres ?
Je me contenterai de recopier la formule de Colomba, dans la nouvelle de Mérimée : « Il me faut la main qui a tiré, l’œil qui a visé, le cœur qui a pensé… »
Parce que « le » coupable, messieurs les Importants de la Rue de Grenelle et de la rue Descartes réunies, c’est l’islamisme, que vous laissez prospérer dans les facs en persistant à autoriser toutes les marques du fanatisme religieux ! C’est le fondamentalisme, que vous laissez se répandre, comme une tache d’encre ou une tache de sang, selon les jours, dans des banlieues (et, à Marseille, en plein centre ville) où quelques poignées de barbus et de militantes voilées terrorisent des milliers de Musulmans ! On protège Houellebecq — pourquoi pas ? Que en protège-t-on efficacement les universitaires qui se dressent contre l’hydre !
Et ce n’est pas en pondant des « communiqués » que ça changera. Il faut réécrire la loi de 1905, et compléter celle de 2004. Il faut traquer la bête immonde, comme disait Brecht. Traquer non seulement ceux qui attaquent, mais tous leurs complices, tout ce « camp du Bien » qui gémit sur l’innocence persécutée et accuse d’islamophobie tous ceux qui ont des yeux et des oreilles — Samuel Mayol était au téléphone quand il a été agressé, et l’ami à qui il téléphonait a entendu toute la scène. Au moins, on ne l’accusera pas de s’être volontairement cogné la tête contre les murs.

Jean-Paul Brighelli