Témoignage d’ancien élève sur la fabrique Education

downloadLe Média pour tous a mis en ligne sur You Tube une interview donnée il y a un certain temps. Du coup, cela a redonné une certaine actualité à la « Fabrique du crétin » — puisque je suis identifié à l’expression.
Cela m’a donné l’occasion de recevoir il y a quelques jours le mail suivant d’un ancien élève, Anis Alloui, qui est passé par cette SPE-IEP du lycée Thiers dont j’ai déjà parlé, et qui a intégré Kedge Business School, à Marseille.
Je la livre brut de décoffrage.

JPB

Bonjour Monsieur Brighelli,

J’espère que vous allez bien.

Je viens d’écouter avec beaucoup d’attention et d’intérêt votre interview pour Le Media Pour Tous. Je voulais simplement vous dire que j’étais absolument d’accord avec vous. Il y a un effritement de la culture, de l’éducation, de la volonté d’apprendre et de la qualité d’enseignement qui, avec mon petit recul, fait beaucoup de mal à voir.

Je m’étonne, maintenant que je commence à rentrer dans la vie active, du niveau très faible en français, en anglais, en mathématiques, même en diction etc… des jeunes de mon âge, de ceux un peu plus vieux et ceux un peu plus jeunes. Je comprends beaucoup mieux ce que vous nous expliquiez à l’époque de la prépa.

C’est consternant qu’au nom d’une forme d’égalitarisme inutile et injuste, on ait arrêté d’enseigner et d’apprendre. Il est plus affligeant encore que beaucoup ne cherchent pas à compléter leur éducation avec une soif d’apprendre hors du cadre scolaire mais trouvent des excuses pour prééerer écouter Aya Nakamure, figure de la pop française, symbole de la décadence de notre société… Je suis encore fidèle à Moustaki, Brel, Brassens.

Dernière chose, la fabrique du crétin, je la vis et la vois d’encore un peu plus près dans la mesure où j’ai fait mon école primaire en Algérie, où malgré de graves problèmes politiques et économiques, on enseigne beaucoup mieux (et beaucoup plus durement, avec des châtiments corporels) et où l’on récompense ceux qui veulent apprendre. Alors que mes jeunes frères de 21 et 16 ans ont étudié en France.

A mon arrivée au Collège Edgar Quinet en 2009, j’avais un temps d’avance de 4 ans et j’ai pu survoler le collège avec une moyenne générale supérieure à 18/20. Mon jeune frère Zak qui en arrivant en primaire en France avait certaines facilités a tout perdu au fur et à mesure du temps pour devenir aujourd’hui un élève de Bac médiocre (pour ne pas dire mauvais), satisfait par le fait que de toute façon il passera quoi qu’il en soit — donc inutile de faire plus d’efforts. Et qui à 21 ans, n’a pas la moindre ligne sur son CV, ne sait rien faire et ne connaît rien sur rien*.

J’admire votre combat sur ce point mais j’ai la nette impression qu’il est perdu. Je ferai tout pour que mes enfants soient cultivés et instruits, mais je pense que ce ne sera pas le cas de mon frère ainsi que toute sa génération ou presque. C’est dommage. C’est triste.

En définitive, je tenais à vous remercier encore une fois pour l’année de classe prépa. Le temps avance, les souvenirs d’une année riche restent. J’ai postulé à Sciences Po Paris comme vous le savez, j’ai aussi postulé à l’ISSEP pour mon Master en espérant continuer à apprendre de choses nouvelles.

Prenez soin de vous dans ces temps difficiles. En espérant avoir l’occasion de vous revoir à mon retour en France (ou vos vacances en Espagne où j’habite actuellement).

Cordialement

AA

* Je ne sous-entends pas que je connais beaucoup plus…