Le Chirac Tour continue!

Le Chirac Tour continue!


À Jérusalem, agacé par les agents de sécurité israéliens, Macron nous a fait une Chirac! Et si le Chirac Tour ne faisait que commencer?


Notre président a fait des siennes à Jérusalem. Hier, la vidéo de son altercation avec la police israélienne a connu le bruit médiatique qu’il espérait sans doute. L’acteur Emmanuel Macron, celui qui est né au lycée de la Providence à Amiens, au contact d’un professeur auquel il demeure très attaché, a réalisé une imitation de Jacques Chirac que nous qualifierons de belle facture. Sa pratique de la langue de Shakespeare, d’habitude si élégante, s’est muée en un anglais qui rappelait en effet celui de son lointain prédécesseur, mais aussi celui, encore plus drôle, de Jacques Delors. Certains ont moqué le manque de spontanéité. Telle n’est pas notre intention. Nous ne participerons pas ce concert de lèse-majesté.

Au contraire, nous souhaitons même encourager cette louable intention et lui prodiguer des conseils, en l’occurrence un agenda précis et les paroles à prononcer afin de réaliser le Chirac Tour que toute la France attend.

Jeudi 23 janvier – Aller au concert de Madonna. Prévoir que cette dernière lui jette sa culotte.

Vendredi 24 janvier – Orléans – « Hier je me promenais avec Édouard Philippe à La Goutte d’or. Imaginez ce travailleur français qui vit à la Goutte d’or. Et qui a sur son palier une famille avec le père avec trois ou quatre femmes et une quinzaine de gosses, qui touche 20000 euros d’allocs sans naturellement travailler. Si on rajoute le bruit et l’odeur, le travailleur français, il devient fou. Il devient fou ! »

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Mercredi 29 janvier – Parlement européen – « Tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l’inféodation de la France, on consent à l’idée de son abaissement. […] Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort ».

Jeudi 6 février – Élysée, discours aux forces vives – « Et je voudrais saluer Stanislas Guerini, qui est probablement le meilleur d’entre nous ».

Mardi 11 février – Tarmac de l’aéroport du Bourget, au pied de l’avion présidentiel – Prière adressée à genoux à l’adresse de Sainte Greta Thunberg – « Notre maison brûle. Et, nous regardons ailleurs ».

Samedi 22 février – Discours d’inauguration du salon de l’agriculture –  « J’aime les pommes. Chez moi en Picardie, on a des pommes avec lesquelles on fait un petit cidre sans prétention, mais que j’aime bien ».

Dimanche 8 mars – Discours prononcé à l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes – « Pour moi la femme idéale c’est la femme picarde, celle de l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas ».

Mardi 21 avril – Message télévisé aux Français – Élysée – « Après consultation du premier ministre et des présidents des deux assemblées, j’ai décidé de dissoudre l’Assemblée nationale ».

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Fin de la plaisanterie.

Dans les années soixante-dix, Pierre Tchernia réalisait un film inoubliable, écrit par Jean Poiret, La gueule de l’autre. Martial Perrin, joué par Michel Serrault, et qui avait des mimiques qui rappelaient celles de Jacques Chirac, craignait la vengeance d’un tueur et se faisait remplacer par son cousin Gilbert Brossard, joué par le même Serrault, comédien raté qui jouait dans des publicités pour déodorant. A la fin du film, il était opposé à un personnage joué par Roger Carel dans un débat et prononçait ces mots : « Vous trouvez que je ne suis pas un bon comédien ? ».

À Jérusalem, il y avait davantage de Gilbert

Les Parisiens de droite vont-ils voter Dati?


Apeuré par Anne Hidalgo, terrorisé par les hordes de cégétistes, l’électorat conservateur parisien est tenté de se rapprocher de la majorité présidentielle. Un mauvais calcul.


Les conservateurs sont souvent de grands naïfs. Parfois férus d’histoire politique, lecteurs de Sainte-Marie et Fourquet, ils peuvent vous parler de la tectonique des plaques politiques et être intarissables pour fustiger la modernité sociétale. Mais quand viennent les travaux pratiques, on ne les reconnaît plus. Ils s’inventent des croquemitaines et continuent de réfléchir comme s’ils n’avaient rien lu, comme si rien ne s’était passé en France depuis 2017.

Délivrez-nous de la CGT !

Voyez nos amis conservateurs parisiens, par exemple. En ce moment même. Ils ne pensent plus qu’à deux croquemitaines, Philippe Martinez et Anne Hidalgo. L’an dernier, parmi eux, certains n’avaient peut-être pas abandonné François-Xavier Bellamy pour Nathalie Loiseau, par goût du parti de l’Ordre contre l’affreux gilet jaune qui venait de province, couteau entre les dents. Parfois, ceux-là avaient même été sensibles à ce cri qui venait des entrailles du pays.

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Mais quand il s’agit de l’horrible Martinez ou de la maire de Paris, les réflexes grégaires reviennent et les belles théories s’envolent comme par enchantement. Ainsi pour la réforme des retraites, on ne voit plus que l’ennemi CGT qui lutte pour ses privilèges. Edouard Philippe l’a bien compris, lui qui se montre si inflexible sur l’âge pivot et veut rejouer à son avantage l’épreuve de forces perdue en 1995 par son mentor Alain Juppé. Et là, nos conservateurs sont aux anges. Vas-y Edouard, délivre-nous du Mal syndical ! Tu es des nôtres, tu as bouffé du Martinez comme les au-au-tres ! Voilà pour le premier croquemitaine. La seconde, Anne Hidalgo, joue un rôle encore plus efficace, sur le plan politique. Depuis quelques mois, une petite musique résonne (à défaut de raisonner) : plutôt Griveaux qu’Hidalgo. Cette musique est tellement jouée qu’elle est parvenue jusqu’aux oreilles de la commission d’investiture de LR qui a mis Rachida Dati en colère ce mercredi en désignant Geoffroy Boulard comme tête de liste dans le XVIIe arrondissement contre l’avis de l’ex-garde des sceaux et en son absence. Boulard, soutenu par Frédéric Péchenard, proche parmi les proches de Nicolas Sarkozy, n’a jamais caché sa Macron-compatibilité. Dati le soupçonne clairement – et sans doute à juste titre – de devoir basculer dans le camp Griveaux s’il le juge mieux placé pour renverser Anne Hidalgo. Et nos conservateurs parisiens sont tout à fait dans cet état d’esprit. Pour renverser Anne Hidalgo, tous les moyens sont bons, va pour l’ancien ministre du gouvernement d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, Griveaux n’a-t-il pas pour porte-parole Marie-Laure Harel, ex de l’UMP ?

Chacun ses convictions

C’est le moment de m’adresser directement à ceux qui font ce calcul. Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que, parce que Benjamin Griveaux aura remplacé Anne Hidalgo à l’Hôtel de Ville, tout ce qui vous fait horreur sur le plan sociétal s’envolera par enchantement ? Croyez-vous que l’écriture inclusive disparaîtra instantanément des communiqués de la Ville ? Qu’on n’y célèbrera plus le « matrimoine » en sus du patrimoine ? Qu’on ne fera plus sans arrêt l’éloge de la diversité, qu’on ne se vautrera plus dans le « vivre-ensemblisme » qui vous fait tant horreur ? Que la vie des Parisiens ne sera pas complètement réglée sur le compte à rebours des JO 2024 ?

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Pardonnez-moi, mais si vous le pensez, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’au coude. A moins que ne fassiez seulement le pari qu’avec Griveaux, au minimum les comptes seront bien tenus et les impôts n’augmenteront pas autant qu’avec Anne Hidalgo. Dans ce cas, vous feriez exactement le même pari que vos devanciers ayant lâché le conservateur Bellamy pour la progressiste Loiseau, réfléchissant davantage avec leurs portefeuilles qu’avec leurs convictions profondes.

Je vous vois venir. Vous allez me répondre que je ne vis pas à Paris et que je me montre bien égoïste de vous enjoindre à en reprendre pour six années d’Hidalgo supplémentaires. Egoïste vous-même, serais-je tenté de vous rétorquer.

L’avertissement de Jérôme Sainte-Marie

Je vise aussi les élus LR de province qui ont des étoiles dans les yeux quand ils parlent des « réformes du président », et ne voient absolument aucun inconvénient à s’allier avec LREM dans des listes municipales aujourd’hui, régionales demain. Qui se disent que la lutte contre la PMA, c’est bien gentil mais il ne faudrait pas prendre plaisir à « passer pour des archaïques ». Nous en collectionnons quelques beaux spécimens jusqu’en Franche-Comté. Mais surtout, si pour avoir un Hidalgo en un peu moins pire, vous installez l’idée que LREM est devenu l’alliée naturelle de ce que certains appellent encore la droite et que d’autres nomment « les conservateurs », vous acceptez la satellisation. Pire : vous l’actez. En fantasmant un monde qui s’organise selon le clivage droite-gauche, comme si on refaisait la sainte alliance du RPR (LR) avec l’UDF (LREM) contre les méchants bolchéviks le couteau entre les dents, vous vous trompez d’époque. Vous oubliez la théorie des blocs de Jérôme Sainte-Marie. Vous intégrez doucement mais sûrement le « bloc élitaire » dominé par le « progressisme » d’Emmanuel Macron. Qu’importe si d’aucuns croient profiter d’un effondrement du président pour y troquer François Baroin ou un autre, c’est dans cette géographie que vous subirez l’influence idéologique de tout ce que vous abhorrez, en matière de progressisme sociétal comme de naïveté sur les sujets régaliens.

Il ne sert à rien d’utiliser sans cesse le terme d’idiot utile pour en devenir un soi-même.

Triomphe de Boris Johnson: la défaite de nos médias

Ils nous disaient que le Brexiter ne pouvait pas gagner…


Au Royaume-Uni, le Premier ministre conservateur Boris Johnson vient d’obtenir un plébiscite pro-Brexit. La presse, la radio et la télévision hexagonales, prétendaient que les Britanniques regrettaient le Brexit. Se remettront-elles en question? Rien n’est moins sûr…


On nous avait dit que les Britanniques regrettaient le Brexit.

On nous avait dit qu’ils regrettaient d’avoir pris cette si mauvaise décision, abreuvés de fake news.

On nous avait même dit qu’ils s’en repentaient. Pourtant, aucune image des files de citoyens de Sa Majesté en train de se flageller avec des orties fraîches ne nous avait été proposée.

On nous avait dit que les Britanniques avaient compris que c’était très mal de tricher avec le Sens de l’Histoire.

On nous avait dit que Boris Johnson était au mieux un clown, au pire un sous-Trump.

On nous avait dit – dans la si sérieuse émission C dans l’air – que BoJo pouvait même perdre son siège face à un si sympathique candidat travailliste d’origine pakistanaise.

On nous avait dit que les Britanniques voulaient un autre référendum.

On nous avait dit qu’entre BoJo le clown et Corbyn, qu’on soupçonnait – plutôt à juste titre – de tolérer l’antisémitisme dans son parti, émergeraient les LibDem,  vieux parti Brit’ émanation paradoxale d’un macronisme anglais. Sage. Jeune. Moderne.

On nous avait dit que Johnson ne pensait qu’à profiter du Brexit pour faire du Royaume une sorte de Singapour local, en super-thatchérien qu’il était.

On nous avait dit que des légions de jeunes s’étaient inscrites sur les listes électorales, et seraient au-rendez vous de l’avenir. Européen. Forcément européen.

Et puis, ce matin, patatras.

Les Tories ont triomphé. BoJo le clown a sa majorité. Absolue, la majorité. La plus large depuis quarante ans.

Corbyn a perdu. Les LibDem ont treize sièges. Farage n’en a aucun. Inutile, Farage. Puisque les Tories de Johsnon font le job (M’entends-tu, Christian Jacob ?).

Au nord, dans les fiefs du Labour, le peuple qui votait à gauche mais qui avait plébiscité le Brexit en 2016, a sanctionné Corbyn, après l’avoir vu délibérément tenter d’annuler leur décision souveraine aux Communes.

Les Tories ont gagné après avoir mené une campagne qui tournait le dos au thatchérisme, célébrant le retour de l’Etat dans l’économie.

Boris Johnson va pouvoir faire voter l’accord qu’il avait arraché à Michel Barnier, en assumant le rapport de forces que cette pauvre Mrs May n’avait pas osé tenter.

On aimerait voir la réaction dans la plupart des rédactions françaises ce matin. Au Monde, notre grand quotidien de référence, bien sûr. Autour de Madame Lapix, aussi. Chez Joffrin. J’allais oublier la joyeuse bande du Bien et du Juste de France Inter. Quant à Yves Calvi ce matin sur RTL, il ne s’y attardait pas trop. Il préférait continuer de gloser sur le blocage de notre bon pays par des hordes gauchistes.

La tentation serait de demander des comptes à tous ces gens et les accuser d’avoir menti sciemment. Ce serait une erreur. Car le pire, c’est qu’ils étaient de bonne foi. N’y voyons pas un complot médiatique. Pour la plupart, ils sont tellement prisonniers de leurs schémas mentaux qu’ils croyaient sincèrement aux calembredaines qu’ils débitaient à l’échelle industrielle. Ils dénonçaient les fake news des brexiters, ce n’était pas pour en créer à leur tour ! Imaginez le reporter du service public de radio ou de télévision, formé par l’ESJ de Lille, et qui vit chaque minute sa vie professionnelle au service du Bien contre le Mal (Non, vous n’êtes pas dans un épisode de Goldorak, mais dans une rédaction française). Imaginez-le, pendant ses week-ends à Londres, tâter le pouls de la Ville-Monde, pourquoi pas participer aux grandes manifestations londoniennes contre la fermeture, contre la xénophobie, contre le populisme. Imaginez-le, ébloui par la marée de drapeaux bleus et étoilés, ignorant tous les vieux cons beaufs qui avaient voté Leave en 2016, inondés par la propagande poutino-trumpienne. Ce reporter, il est sincère, il n’est pas menteur. Il est bon, il n’est pas cynique. Il est idiot, il n’est pas manipulateur.

Pendant deux jours, comme au lendemain de la victoire de Trump, il y aura peut-être une légère remise en question. On invitera un ou deux experts qu’on n’a pas vu depuis quelques mois, lesquels avaient été plus lucides que les autres. En 2016, on avait ainsi troqué Nicole Bacharan, la femme qui disait que Trump ne pouvait pas gagner, ni les élections présidentielles, ni même la primaire républicaine, par Laure Mandeville du Figaro, qui avait été une des seules à avoir des yeux.

Très vite, tout était rentré dans l’ordre. On a pardonné à Nicole. Elle est revenue. Deux jours de remise en question ? Peut-être trois ? Ou pas du tout ? Faites vos jeux !

Pradié, c’est Marlène Schiappa chez les LR


Le nouveau secrétaire général des Républicains Aurélien Pradié a décidé d’exclure du parti Erik Tegnér, coupable de frayer avec la droite de la droite. Le jeune député du Lot, lui, a tout d’un progressiste !


Rassembler, rassembler, rassembler. Tels étaient les trois mots d’ordre de la campagne interne de Christian Jacob, désignant en creux le caractère trop clivant de ses deux adversaires: Julien Aubert et Guillaume Larrivé. Son meilleur atout, résumait joliment Mediapart, était de ne s’être prononcé sur rien.

Rassembleur toi-même!

Mais, il faut toujours se méfier. Lorsqu’un chiraquien parle de rassemblement, il se prépare toujours un repli et une volonté d’exclusion. En 1990, Alain Juppé fustigeait le duo Pasqua-Séguin, coupable de vouloir instaurer un « Front national bis », et prenait la décision d’exclure Alain Carignon, parce que ce dernier appelait à voter PS contre le FN dans une cantonale partielle à Villeurbanne. En 2002, Chirac la jouait front républicain et était élu avec toutes les voix de gauche contre la Bête immonde. Puis n’ouvrait à personne et construisait un gouvernement 100% UMP! Dans le Jura en 1998, le secrétaire départemental et député chiraquien proposait d’exclure un secrétaire de circonscription pour avoir tenu des propos désobligeants sur Jacques Chirac dans une lettre de… démission.

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Il y avait donc bien des raisons de se méfier pour tous des militants LR tenant un discours différent du président élu. Et c’est Erik Tegnér qui en a fait les frais. Celui-ci a appris il y a quelques jours qu’il faisait l’objet d’une procédure d’exclusion, dans une lettre signée par la présidente de la fédération LR de Paris, Agnès Evren. Celle-ci dit avoir été saisie par Aurélien Pradié, nouveau secrétaire général, nommé par Christian Jacob.

Aurélien Pradié, fort avec les faibles

Quel est le crime de Tegnér ? A-t-il soutenu un autre candidat que celui investi par son parti dans telle ou telle élection ? Pas du tout ! A-t-il tenu des propos désobligeants envers la direction de LR ? Encore moins ! Il a seulement développé une stratégie d’alliance alternative, sans jamais la mettre en œuvre. Il fait ainsi vivre le débat démocratique interne, comme chaque adhérent a le droit voire le devoir de le faire.

Alors que la droite est terriblement affaiblie, ladite stratégie – dite d’union des droites – ne me semble pas être la plus adaptée, dans le contexte de disparition du clivage droite-gauche et de sa substitution par le clivage bloc élitaire versus bloc populaire, cher à Jérôme Sainte-Marie (je vous renvoie à la lecture du dernier numéro de Causeur en kiosque depuis mercredi). Mais exclure Erik Tegnér parce qu’il a donné son avis, c’est ériger un délit d’opinion. Rassembler, qu’il disait… Julien Aubert et Guillaume Larrivé ont d’ailleurs apporté leur soutien à Erik Tegnér, alors qu’ils ne partagent pas cette stratégie d’union des droites.

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En fait, ce qui doit intéresser l’observateur, ce n’est pas tant le sort réservé à un militant de base que la personnalité du nouveau secrétaire général. Aurélien Pradié s’est donc attaqué à un jeune militant à la langue un peu trop pendue. Fort avec les faibles.

Goût du buzz

Aurélien Pradié explique à qui veut bien l’entendre que LR doit désormais abandonner les terrains régaliens trop sulfureux qu’occupait Laurent Wauquiez, pour d’autres, plus consensuels. Ainsi, il s’enorgueillit d’avoir grillé la politesse à LREM à propos de deux sujets: les violences conjugales et le handicap. Le parti macroniste s’en est d’ailleurs ému, dénonçant le goût du buzz du député du Lot.

Pradié aurait-il pour ambition de devenir la Marlène Schiappa des LR? Et si, pour ne surtout pas passer pour un archaïque, pour ne pas se voir accusé d’être conservateur, le nouveau secrétaire général décidait de surprendre davantage encore, en faisant rédiger les mails internes de la Rue de Vaugirard en écriture inclusive? Imaginez alors la tête que feraient certains des soutiens de Christian Jacob, au siège national du parti ou dans les fédés!

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Les dernières investitures le montrent: s’associer avec LREM ne gêne aucunement la nouvelle direction des Républicains. Ce qui ajoute d’ailleurs au scandale de la procédure lancée contre Tegnér. Proposer qu’on s’allie avec le RN vaut exclusion, mais s’allier carrément avec LREM est validé. Allez comprendre! Comme nous l’avons expliqué récemmentil s’agit pour la nouvelle direction de concurrencer le parti du président sur le terrain électoral du « bloc élitaire », en misant toutes ses cartes sur l’effondrement personnel d’Emmanuel Macron. Attention, si ce coup de poker ne fonctionne pas, LR vivra le destin du PRG. Pour un secrétaire général originaire du Quercy, pays de Maurice Faure, la boucle serait bouclée.

« Grégory »: Netflix rend justice aux Vosgiens

Netflix propose un documentaire sur l’affaire Grégory Villemin


Avec l’affaire du « petit Grégory », la France profonde aura été trainée dans la boue. Le documentaire de Netflix remet les pendules à l’heure.


Nous avons hésité à regarder le documentaire en ligne sur Netflix consacré à l’Affaire Grégory. La lecture d’un article du Monde avait tout fait pour nous en dissuader. « Il fallait pouvoir intéresser le monde entier avec un conte noir qui se tisse dans un village aussi attrayant qu’une remise à outils, avec, en têtes d’affiche, les bacchantes très gauloises de Bernard Laroche et les 4L très franchouillardes de nos gendarmes à képi », nous inflige le journaliste du quotidien du soir, qui n’a sans doute jamais mis les pieds dans une vallée vosgienne pour se faire plaisir dans un mépris caractéristique de sa maison.

Mépris pour une France dite « reculée »

Mais après avoir visionné le documentaire en cinq volets, nous nous sommes rendus compte que rien n’avait en fait changé depuis trente-cinq ans et que le fiasco judiciaire et médiatique avait sans doute pour origine ce mépris sidérant pour les contrées qu’on dit reculées. Mépris qui s’accompagne d’une fascination morbide pour ces ruraux forcément frustres, d’autant moins ouverts qu’ils sont enracinés. Enracinés « comme des radis », nous souffle Jacques Attali.

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À lire toute cette bonne presse, on doit surtout au caractère de ces foutus Vosgiens le fait qu’on ne connaît toujours pas la vérité sur l’assassinat de Grégory Villemin. Dès le début – nous en parlions déjà dans la cour de notre collège aussi rural que celui de Murielle Bolle – on nous a bassiné avec cette propension des habitants du 88 à être taiseux. Forcément taiseux. Et pourquoi pas arriérés, voire consanguins. Et pourtant – et c’est le principal mérite de la série produite par Netflix – ce qui éclate, c’est que cette non-élucidation du crime, et tous les rebondissements, l’injuste mise en cause de Christine Villemin, mère de l’enfant, et l’assassinat de Bernard Laroche, on le doit surtout aux non-Vosgiens!

Jean-Michel Lambert, ce petit juge incompétent, n’était pas vosgien. Son instruction fut un fiasco.

Tous ces journalistes envoyés spéciaux de Paris, bien plus acharnés que les locaux à se classer parmi les pro-Laroche ou les pro-Vuillemin, ils n’étaient pas vosgiens.

Vosgiens, les flics du SRPJ de Nancy qui débarquent à Lépanges, après que Lambert ait dessaisi les gendarmes locaux? Et ce commissaire Corazzi qui raconte dans le documentaire à quel point Christine Villemin était « excitante » en tenue de deuil – il avait dû voir un mauvais film du samedi soir de la chaîne cryptée naissante – pour tenter de convaincre à quel point cela pouvait peser dans l’éventuelle culpabilité de la mère de Grégory.

Marguerite Duras, pas une lumière

Et Marguerite Duras, « apologiste sénile des infanticides ruraux », selon le mot si juste de Pierre Desproges, était-elle aussi immatriculée en 88? Lorsqu’elle débarque à sa demande, ou à celle de Serge July, on ne sait plus très bien, à Lépanges pour rencontrer Christine Villemin, et que cette dernière refuse avec bon sens, d’où vient-elle, d’où parle-t-elle? Là voilà, devant la maison des Villemin et qui décrète devant un Denis Robert consterné que c’est là, forcément là, que le crime a eu lieu. Elle déboule ensuite chez le juge Lambert et lui offre le mobile qu’il recherchait désespérément: l’infanticide vengeur contre la domination masculine: « Aucun homme au monde ne peut savoir ce qu’il en est pour une femme d’être prise par un homme qu’elle ne désire pas. La femme pénétrée sans désir est dans le meurtre. Le poids cadavérique de la jouissance virile au-dessus de son corps a le poids du meurtre qu’elle n’a pas la force de rendre : celui de la folie». C’est dans « Sublime, forcément sublime », le fameux article qui aurait dû l’envoyer direct en hôpital psychiatrique. C’est la révélation du documentaire: Lambert convaincu par cette illuminée, star germano-pratine. Le côté taiseux des Vosgiens est bien loin.

Si une affaire du même genre survenait, Libé enverrait-il désormais sa nouvelle star Christine Angot sur place? Angot qui, sept ans après que Christine Villemin avait été définitivement innocentée, déclarait « Je suis tellement Duras tendance Villemin ». Si cela devait être le cas, on espère que des messieurs en blouse blanche l’accompagneraient et interviendraient pour qu’elle ne rencontre pas le juge d’instruction.

France d’en bas, France d’en haut

Devant tous ces personnages, on comprend que les Vosgiens se montrent taiseux. Adolescents à la fin des années 80, nous nous serions volontiers joints à ceux de Lépanges qui chassaient tous ces « envoyés spéciaux » du cimetière, ou tentaient d’aller les perdre dans la forêt. Allumer la radio, et y entendre ce qu’on entendait sur les habitants de cette vallée, cela ne devait pas inciter à se montrer accueillant.

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La fracture territoriale qui a sauté l’an dernier à la gueule de la France d’en haut, celle qui envoie Duras à Lépanges, n’est pas étrangère à ce mépris. Ceux qui sont taiseux, mais fument parfois des clopes et roulent encore au diesel. N’entendez-vous pas parfois comme on parle de faits divers à la radio ou à la télévision? Puisque l’auteur de ces lignes est originaire de Franche-Comté, un peu plus au sud des Vosges, qu’il lui soit pardonné de rappeler comme on désigne « l’affaire de l’anesthésiste de Besançon ». Pourquoi précise-t-on « de Besançon » ? Cet homme a un nom et d’ailleurs, il est toujours présumé innocent, ainsi que la ville où il réside. Mais non, l’anesthésiste « de Besançon », ça fait peur. On voit le type arriver avec sa seringue, patibulaire, menaçant. Tout le monde n’a pas la chance de se faire endormir à l’hôpital américain de Neuilly. On pourrait sans doute trouver d’autres affaires ainsi désignées: celle du dentiste de Guéret, du quincailler de Montluçon, du crétin des Alpes, ou de la Bête du Gévaudan.

Ce n’était peut-être pas volontaire, mais merci à Netflix d’avoir rendu leur honneur aux Vosgiens. Merci d’avoir montré qui étaient les véritables responsables du fiasco: les fameux « envoyés spéciaux », de nos systèmes judiciaire et médiatique. Merci d’avoir montré ce que valaient les élucubrations de Duras.

Cette justice-là, au moins, est rendue.

Ce qui se cache derrière la « Baroin mania »

Un plan de secours si Macron ne passe pas l’hiver


Inlassablement, le monde politico-médiatique propose et repropose à qui veut bien l’écouter l’idée d’une candidature présidentielle de François Baroin. Pourquoi?


Le Congrès des maires de France a été l’occasion d’une opération de promotion dans les médias d’un produit aubois. Il ne s’agit ni d’une marque de champagne, ni de la célèbre andouillette AAAAA troyenne mais de François Baroin, qui préside l’AMF et accueillait à cette occasion le président de la République. Et le microcosme cher à feu Raymond Barre de s’interroger: l’ancien porte-parole de Jacques Chirac ne serait-il pas devenu le plus grand rival d’Emmanuel Macron pour 2022? Cette hypothèse, claironnée juste après une batterie de sondages annonçant déjà le match retour Macron / Le Pen, arrive comme un espoir pour beaucoup de commentateurs.

L’hypothèse de voir François Baroin affronter Emmanuel Macron ne nous paraît néanmoins pas très crédible.

Michèle Laroque n’a pas envie de redécorer l’Élysée

D’abord, parce que Baroin lui-même l’a exclu! Dans un entretien au JDD mi-juillet, le maire de Troyes, ex-Harry Potter à la voix de Barry White, se confiait à Anna Cabana et expliquait que la présidentielle, pourquoi pas… mais si Emmanuel Macron n’est pas candidat! À l’époque, alors que la campagne pour la présidence de LR était lancée et qu’il avait apporté son soutien à son ami Christian Jacob, nous nous étions interrogés sur cette curieuse façon d’apparaître comme une alternative. Quelle étrange façon d’affirmer sa volonté d’accéder à l’Élysée, à présent!

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Il y a un peu de Jacques Delors dans François Baroin. Encensé par les médias avec lesquels il entretient une relation d’autant plus étroite qu’il a lui-même débuté sa vie professionnelle comme journaliste à Europe 1, il partage avec l’ancien président de la Commission européenne cette réticence à aller au feu. En 1994, l’épouse de Jacques Delors ainsi que sa fille Martine Aubry étaient opposées à sa candidature, ce qui avait fait dire assez tôt à Jacques Chirac qu’il ne l’aurait pas comme adversaire. Il semblerait que la compagne de Baroin, actrice célèbre, ne soit pas davantage favorable à une telle candidature.

Wauquiez parti, Baroin retrouve les instances de LR

Baroin, enfin, est devenu le chouchou de Nicolas Sarkozy. Ils se sont pourtant détestés il y a vingt ans. Mais en 2016, l’ancien président – qui n’admire rien tant que ce qui se passe outre-atlantique – avait eu l’idée d’un « ticket » à l’américaine. Alors que le ticket Sarko-Baroin avait fait chou blanc à la primaire, voilà qu’il s’était mis à imposer la même idée à François Fillon, après le Trocadéro. Même succès pour le ticket Fillon-Baroin… Puis, Nicolas Sarkozy l’avait imposé comme chef des Républicains pour les élections législatives.

Sarkozy souhaitait aussi que Christian Jacob soit élu pour que Baroin revienne dans le parti. Contrairement à ce qu’il avait annoncé, il s’est bien ingéré dans la campagne interne, en apparaissant à une séance de dédicaces à Provins, aux côtés de Jacob, à une semaine du scrutin. Jacob vainqueur, Baroin a donc réintégré les instances de LR cet automne.

Baroin en recours si Macron ne finit pas le quinquennat?

Sarkozy, pas davantage que Baroin, ne croient en un rebond de LR. Ils ont bien compris que ce parti pèse 8-10%, tant que Macron est là. Ils ont pris acte du déménagement d’une grosse partie de l’électorat de l’ex-UMP dans le macronisme. Et idéologiquement, ils se retrouvent dans la plupart des réformes – en particulier économiques – du président de la République. Pourquoi l’affronter dès lors? Comment s’en différencier? Comment retrouver des électeurs qui voient en Macron leur nouveau garant de l’Ordre, face au péril gilet jaune?

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Le péril, justement. L’éventuel chaos. C’est sans doute ce dernier qui a précipité l’opération Baroin. Et si Macron ne passait pas l’hiver? Et si le fameux 5 décembre durait tout un hiver? Et si la violence s’installait et qu’une situation de crise acculait Emmanuel Macron à la démission? Et si c’était ce pari que Sarkozy et Baroin faisaient?

Comme l’explique Maxime Tandonnet, le « Système » pourrait avoir trouvé sa solution de rechange en la personne du maire de Troyes. Nicolas Sarkozy, en adepte du billard à trois bandes et de la course cycliste, pourrait bien faire d’une part le pari d’un départ précipité d’Emmanuel Macron et d’autre part miser sur le côté velléitaire de son protégé champenois, pour le doubler au dernier moment après avoir pris sa roue?

L’hypothèse d’un « hibernus horribilis » pour Emmanuel Macron n’est pas impossible. Convenons-en, ce pari demeure malgré tout audacieux. Car ce serait mal connaître le bonhomme, qu’on sent davantage adepte de l’article 16 que de la démission en cas de violence généralisée dans le pays. La probabilité que le président soit toujours le même à la veille des élections régionales et départementales de 2021 reste donc la plus probable. Les élus LR se feront alors laminer. Ce qu’il en restera se fera digérer par LREM, en force supplétive. Qui sait, si ensuite, Nicolas Sarkozy n’ira pas jusqu’à proposer à Emmanuel Macron de se représenter en « ticket » avec François Baroin?

L’autodafé, c’est maintenant!

Une conférence de François Hollande a été annulée à Lille


Intrusion au ministère de l’Enseignement supérieur, conférence de François Hollande annulée à Lille… Cela chauffe pour Frédérique Vidal! Alors qu’un ancien président ne peut même plus présenter son livre aux étudiants, la ministre semble bien timorée face à des agissements insupportables qui se multiplient.


Hier soir, des étudiants ont manifesté leur colère en détruisant la grille d’entrée du ministère de l’enseignement supérieur à Paris et en envahissant la conférence que devait tenir François Hollande dans une faculté de droit à Lille. Ce matin, RTL l’annonçait à peu près sur ce ton, attribuant ladite colère à la tentative de suicide par immolation d’un étudiant à Lyon. Gabrielle Périer a bien décrit dans ces colonnes où se situent les responsabilités dans ce drame.

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Non, il n’est nul besoin d’une telle tragédie pour que les militants du syndicat étudiant « Solidaires » se comportent ainsi. Car c’est encore leur banderole qu’on a vu dans l’amphithéâtre lillois, alors qu’un ancien président de la République devait être exfiltré. Et c’est déjà  « Solidaires » qui cosignait le communiqué de menaces à la présidente de l’université bordelaise, lui intimant d’annuler la conférence de Sylviane Agacinski le mois dernier. A la Sorbonne, professeurs et étudiants se sont donné la main pour obtenir l’annulation (le report, tentait de rassurer le président de l’Université) d’un séminaire de formation sur la prévention de la radicalisation, animé par Mohamed Sifaoui.

Fascistes en herbe

Le sectarisme n’a donc pas attendu l’immolation de ce jeune étudiant de Lyon 2 pour atteindre des sommets dans certaines universités françaises. Et il faut voir la tête satisfaite des deux jeunes idiotes, déchirant le livre de François Hollande, pour se rendre compte de la haine qui anime ces groupes ultra-minoritaires. On pratique désormais l’autodafé dans l’université en toute bonne conscience, sans que les pouvoirs publics puissent s’y opposer.

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Mais en ont-ils seulement la volonté ? Il fallait entendre la réponse mièvre de Frédérique Vidal à un député lorsque ce dernier l’interrogeait sur la scandaleuse annulation de la conférence de Sylviane Agacinski. Il fallait l’entendre apporter son soutien à la présidente de l’université, qui avait eu « la bonne attitude » en « évitant le trouble à l’ordre public » et promettant que Sylviane Agacinski serait reprogrammée. Face à de telles atteintes à la liberté d’expression et à l’ordre public, on était en droit d’attendre une autre attitude. Car, enfin, ceux qui ont menacé à Bordeaux, n’avait-on pas leurs noms et leurs adresses ? N’avaient-ils pas signé eux-mêmes leur communiqué ? Une plainte a-t-elle été déposée ? Des sanctions ont-t-elles été prises contre les étudiants auteurs de telles menaces ? Rien du tout ! Ces petits fascistes en herbe ont imposé leur ordre. Il a été respecté. Respecté jusque dans l’hémicycle par la ministre elle-même.

Tyrannie des minorités

L’attitude de la ministre et du gouvernement en entier – on l’a connu plus vigoureux quand il s’agissait de certains leaders des Gilets jaunes – lors de l’annulation de la conférence de Sylviane Agacinski a donné un signal aux nervis qui ont envahi l’amphithéâtre lillois. Hier, on menaçait de troubles si une conférence était maintenue. Aujourd’hui, on empêche Hollande de tenir conférence et on déchire symboliquement un livre. Et demain ? Commettra-t-on directement des attentats contre ceux qui tiennent un discours différent du sien ?

Ce gouvernement n’est d’ailleurs pas seul en cause. Les médias, qui dans l’ensemble rivalisent de mièvrerie face à des actes attentatoires aux plus élémentaires libertés publiques, ont leur part de responsabilité. Ils sont plus « vigilants » quand un élu questionne – certes maladroitement – une présidente de région sur la présence d’une personne vêtue d’un hijab dans l’enceinte d’une collectivité locale. Les professeurs d’université ne montrent pas l’exemple non plus. Sur Cnews, l’universitaire Benjamin Morel témoignait de la manière dont sont ostracisés par leurs collègues, ceux qui osent ne pas utiliser le sabir « inclusif » dans les mails internes de la plupart des facs.

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Le modèle, c’est la fac américaine, le règne du politiquement correct, lui-même défini par une minorité. Celui-ci s’impose et gare à celui qui s’y opposera. Et la liberté dans tout ça ? Et le pluralisme ? Et la Connaissance ? Et la République ? Que des délires petits bourgeois !

Le président de la République intervient sur tant de sujets du niveau d’un secrétaire d’Etat. On attend toujours son fameux grand discours sur la laïcité et sur la question cruciale posée par le développement de l’islamisme. On l’attend désormais aussi sur la tyrannie de certaines minorités dans le débat public.

Paris, Lyon, Besançon: le triangle des Bermudes d’Emmanuel Macron


A Paris, Lyon et Besançon, la campagne des municipales 2020 est mal engagée pour la République en marche. Les candidatures dissidentes et les couacs se multiplient.


Il y a presque deux mois, nous évoquions la candidature dissidente Villani aux municipales de Paris et nous en tirions quelques conclusions sur l’uberisation de la vie politique que LREM avait promue et dont elle devenait la victime en boomerang.

Paris, un casse-tête pour Macron

Paris est en effet une ville symbolique, non seulement parce que c’est la capitale, mais aussi car – antre du progressisme à trottinette – Emmanuel Macron et LREM y ont réalisé leurs meilleurs scores, de la présidentielle aux européennes en passant par les élections législatives. Rater l’occasion de prendre Paris à Anne Hidalgo serait ressenti comme un échec cuisant. La candidature Villani, à la fois symptôme et cause supplémentaire des difficultés à s’imposer de Benjamin Griveaux, pourrait permettre à Anne Hidalgo de rester en place, alors que sa popularité n’y est pas écrasante, loin s’en faut. François Bayrou s’en est ému dimanche dernier et a glissé un joli tacle par derrière au candidat officiel, plaidant pour un plan B, comme Borloo ou Buzyn, qui réconcilierait tout le monde Villani compris.

Marigot lyonnais

Mais Paris n’est pas la seule à inquiéter la majorité présidentielle. A Lyon, Emmanuel Macron a dû se déplacer lui-même pour arbitrer entre Gérard Collomb et David Kimefeld. Le marigot lyonnais est moins romantique que la relation entre les personnages joués par Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier dans le formidable Alice et le maire.

En capitale des Gaules, le vieux crocodile n’a pas apprécié que le dauphin prenne de l’assurance et veuille conserver la métropole qu’il lui avait confiée lors de sa nomination au ministère de l’Intérieur. Son départ de la Place Beauvau l’an dernier était notamment motivé par le souci de ne pas perdre toute influence à Lyon. Aussitôt Macron entré dans la danse, chacun aurait sans doute souhaité que l’autre prenne la municipalité et ses emmerdes, se gardant les énormes pouvoirs de la métropole. Evidemment, il ne pouvait y avoir que blocage. Notons aussi le rôle non négligeable dans cette histoire de Caroline Collomb, épouse de Gérard, évincée cet été de son poste de référente LREM du Rhône, qui ne s’était pas fait que des amis dans le parti, localement et nationalement.

Bref, Emmanuel Macron, comme à Paris, a échoué à établir à Lyon une paix des braves. Voilà Collomb et Kimefeld lancés tous les deux à l’assaut à la fois de la ville et de la métropole. Un sondage récent indiquerait un avantage certain au plus ancien des deux. Mais on sait comme une candidature dissidente peut être dévastatrice au fur et à mesure que la campagne avance. Les coups pleuvent bas et ne profitent qu’aux autres adversaires. En l’occurrence, les candidats EELV et LR se frottent les mains, alors que le PS a complètement disparu de la circulation entre Rhône et Saône. Ne pas remporter Lyon serait d’autant plus dommageable pour Emmanuel Macron que Lyon est pour l’heure la seule très grande ville à être tenue par LREM.

Eric Alauzet investi par LREM à Besançon

Il est une autre ville, certes moins importante, où un maire LREM est en place. Il s’agit de Besançon, dans la périphérie de laquelle vit votre serviteur. Jean-Louis Fousseret a deux points communs avec Gérard Collomb : ils ont le même âge (six mois d’écart) et ils ont tous les deux quitté le PS en 2016 pour rejoindre Emmanuel Macron. Mais ils ont aussi une différence. Jean-Louis Fousseret, maire depuis 2001, n’est pas candidat à sa propre succession et il aurait bien vu sa jeune protégée Alexandra Cordier, référente LREM du Doubs, membre de son cabinet et attachée de presse de la Ville, reprendre le flambeau.

Mais le député Eric Alauzet, ex-EELV aujourd’hui à LREM, membre de l’équipe municipale Fousseret depuis des années, voyait aussi son heure venue. Plus connu des Bisontins qu’Alexandra Cordier, il a annoncé sa candidature dès décembre dernier. Adoubé par une accolade ostensible par Emmanuel Macron lors des commémorations de Gustave Courbet au printemps, et renforcé par les résultats des élections européennes sur la ville qui donnaient un score canon à la liste écologiste, la commission d’investiture a fini par trancher en sa faveur, alors que Jean-Louis Fousseret continuait de croire en l’étoile de sa candidate favorite. Jusqu’au bout, ils ont tenté de faire pencher la balance de leur côté, jouant même la carte de la jeune femme du nouveau monde contre le vieux mâle blanc hétérosexuel, embarquant avec eux le soutien de Marlène Schiappa, comme l’indiquait un hilarant article du Parisien début juillet. Peine perdue. La commission tranchait pour Alauzet. Mais le duo Fousseret-Cordier n’a pas flanché pour autant. Alors que l’automne a rafraîchi notre belle cité comtoise, voilà que l’étoile d’Eric Alauzet, plutôt en bonne forme cet été, commence à pâlir. D’abord parce que la gauche, qui tient la mairie depuis 66 ans, vient de se réunir, du PS à au PCF en passant par Génération.s et EELV. Ensuite et surtout, parce que, comme à Paris et à Lyon, Alexandra Cordier semble bien décidée à faire dissidence également, sans doute encouragée par le maire sortant. Non seulement, elle fait des œillades fort appuyées – et semble-t-il appréciées – au candidat LR Ludovic Fagaut, mais elle se met en scène sur Facebook au restaurant avec l’ambitieux et médiatique avocat Randall Schwerdorffer, dont les propos rapportés dans son portrait publié par Libé au plus fort de l’affaire Jonathann Daval, dont il assure la défense, avait fait sursauter toute la France féministe, Marlène Schiappa en tête. Schwerdorffer n’a jamais caché qu’il avait des envies urgentes de s’investir dans la vie municipale, et avait laissé entendre que ça ne se ferait pas avec Eric Alauzet. Que Cordier s’affiche avec lui avec le mot-dièse #Afterwork (Tellement « Nouveau monde » !), c’est quasiment faire acte de candidature. D’ici à ce qu’elle embarque avec elle « Agir » et l’UDI, les signes mutuels envoyés avec le candidat LR pourraient préfigurer une alliance entre les deux tours, si leurs scores respectifs le permettent. Et comme à Lyon et à Paris, c’est un troisième larron qui pourrait en profiter.

Paris, Lyon, et Besançon constituent donc des affaires très mal embarquées pour LREM. Promis, votre serviteur vous tiendra au courant de la suite !

Hadama Traoré entendait manifester pour soutenir le terroriste de la Préfecture

Hadama Traoré entendait manifester pour soutenir le terroriste de la Préfecture


Après avoir hésité, les autorités se sont finalement décidées à interdire la manifestation


Combattre l’hydre islamiste, monsieur le Président ? Nous voudrions bien vous croire, contrairement à quelques membres de votre majorité, gênés aux entournures après votre discours prononcé hier, en hommage aux victimes de l’attentat du 3 octobre à la Préfecture de police de Paris.

L’illusion n’a pas duré très longtemps. Hier en début de soirée, la sénatrice du Val d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio publiait ce communiqué :

communique-eustache-brinio

 

La préfecture de Val d’Oise estime donc qu’elle n’a pas les moyens d’interdire cette manifestation de soutien à Mickaël Harpon, auteur de l’attentat qui a coûté la vie à quatre fonctionnaires.

Le malheureux Harpon

L’initiateur de ladite manif, qui menait une liste aux dernières élections européennes, explique dans un post Facebook que cet attentat n’en était pas un, que ce pauvre Harpon, qu’il compare à Bernardo le sourd-muet préféré de Zorro, n’était qu’un pauvre agent administratif dont la carrière était honteusement bloquée à la catégorie C depuis vingt ans… N’est-ce pas le cas de centaines de milliers de fonctionnaires dans notre pays, sans que l’un d’entre eux ne décide de passer par les armes quatre de leurs collègues ? Du reste, c’était tout de même la thèse avancée pendant vingt-quatre heures par les grands médias, lesquels ne discutaient guère les propos hâtifs du ministre de l’Intérieur, malgré les similitudes du mode opératoire avec des attentats précédents. Jeudi dernier, on a ainsi pu découvrir le titre du JT de France 2 : « Un fonctionnaire tue quatre agents ». On constate que la stigmatisation c’est très grave, sauf quand elle touche les membres de la fonction publique.

L’initiateur de la manifestation refusant de croire (ou faisant semblant) que Mickaël Harpon est un terroriste, mais plutôt un pauvre agent victime de discrimination en raison de son handicap, il ne serait donc pas de bonne foi d’accuser les futurs participants de se livrer à une apologie du terrorisme.

Mais ne peut-on pas en revanche l’interdire pour des raisons d’ordre public ? Une semaine après un tel attentat qui vise des fonctionnaires de police, une telle manifestation présente à l’évidence des risques de troubles, d’autant qu’on va demander aux collègues des victimes de l’encadrer.

En France, l’administration préfectorale ne s’embarrasse pas toujours de cette prudence. Quand il faut interdire le déplacement de supporteurs havrais à Metz, comme au printemps dernier – le contentieux entre les ultras de ce derby mosello-normand étant de notoriété publique – , on n’hésite pas à écraser une mouche avec un marteau-pilon. Quand il s’agit d’interdire la présence des supporteurs lyonnais à Saint-Etienne, comme dimanche dernier, c’est même Christophe Castaner qui s’y colle.

Rétropédalage

Dans notre pays, le supporteur de foot est donc moins bien traité que le sympathisant d’un auteur d’attentat. D’ailleurs, même pour de paisibles matches de Ligue 2, on le fouille à l’entrée comme on ne le fait pas avec certains délinquants, et depuis quelques semaines on réglemente aussi ses banderoles et ses chants. On n’évoquera pas non plus la légèreté avec laquelle certains citoyens sont aujourd’hui condamnés sans jugement par les préfets à pointer au commissariat les soirs de matches, sur des motifs parfois ubuesques.

Ce matin, peu après 9h00, après que plusieurs membres de l’opposition avaient protesté sur Twitter ou  sur des antennes, Christophe Castaner a finalement interdit la manifestation. On ne saura pas s’il a déjugé le Préfet du Val d’Oise ou s’il a rétropédalé après avoir lui avoir donné d’autres ordres hier.

Un motif de satisfaction : l’opposition sert toujours à quelque chose. Mais on peut s’interroger sur la spontanéité du « combat contre l’hydre islamiste ». Remettre du dentifrice dans un tube, ce n’est jamais facile. Surtout si on répugne à l’exercice.

Mon Chirac

Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé


Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé. Aujourd’hui, il est parti. Et avec lui, l’Ancien monde…


Mon Chirac, c’est celui qui m’a donné l’occasion de coller mes premières affiches. J’avais seize ans et certains problèmes pour préparer la colle.

Mon Chirac, c’est celui que j’ai sifflé à la Porte Maillot parce qu’il annonçait son soutien au traité de Maastricht. Il fallait pourtant s’y attendre. Mais après tout, il avait aussi prononcé l’Appel de Cochin, quatorze ans plus tôt.

A lire: Chirac, le dernier président dont je n’ai pas eu honte

Mon Chirac, c’est celui qui est seul et abandonné. Que les Guignols dépeignent en looser magnifique et attachant, et qui répond à Arlette Chabot alors qu’elle lui demande s’il va aller jusqu’au bout : « Vous plaisantez ? Vous faites de l’humour ? ».

Mon Chirac, c’est celui qui me fait cocu. Il gagne grâce à Séguin, il nomme Juppé. Il annonce la lutte contre la fracture sociale, il y renonce six mois après son entrée à l’Elysée.

Mon Chirac, c’est celui qui dissout l’Assemblée nationale après avoir écouté Villepin et Juppé. Et qui réduit le septennat à deux ans, avant d’opter pour le passage au quinquennat.

Mon Chirac c’est celui qui a un bol de cocu (alors que c’est lui qui fait plutôt cocu d’habitude) en 2002 et se retrouve élu à l’africaine (appropriation culturelle ?) par la grâce de la campagne désastreuse de Jospin, et de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour.

Mon Chirac, c’est celui qui renoue avec une diplomatie indépendante en 2003. Tournant le dos à son attitude dans l’affaire kosovare en 1999.

A lire: Chirac, le dernier diplomate gaulliste

Mon Chirac, c’est celui qui, à poil depuis la terrasse de Brégançon, mate le yacht des Schumacher, des fois que de ravissantes créatures pas plus habillées que lui s’y prélassent.

Mon Chirac, c’est celui qui drague une conseillère générale de Corrèze sous l’œil sévère de Bernadette.

Mon Chirac, c’est celui qui remet la coupe de France au sochalien Jérémie Bréchet, assistant à sa dernière finale en tant que président. J’y étais, évidemment.

Mon Chirac, c’est celui qui a toujours mis un point d’honneur à se payer la poire de Giscard, y compris sous les ors du Conseil constitutionnel.

Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé. Aujourd’hui, il est parti. Et avec lui, l’Ancien monde.