Taché quitte LREM: le non-événement dont tout le monde a parlé


« Ah non, moi je veux plus jouer avec tous ces méchants de droite! » aurait affirmé le député pro-voile en claquant la porte


Que s’est-il passé dans notre bon pays pour que, en pleine crise sanitaire et à l’aube d’une crise économique, sociale et sans doute démocratique, les chaînes d’information continue fassent un événement politique du départ d’Aurélien Taché de LREM ? La mise en scène de ce séisme politique de magnitude 0,000001 pose véritablement question.

On me reprochera sans doute d’en rajouter une couche dans ces colonnes, et d’une certaine manière, on n’aura pas tort. Sauf qu’il n’est pas véritablement question ici de traiter du départ du député communautariste Taché de LREM en tant que tel, mais de faire état de ma perplexité.

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La gauche bébête ne pèse pas grand chose

Aurélien Taché en fait, ne représente rien. Il n’a aucun poids politique. Il n’aurait jamais pu être député sans l’arrivée d’Emmanuel Macron, son « nouveau monde », et le recrutement des candidats LREM via envoi de CV à Jean-Paul Delevoye. Dans cette distribution cinématographique, il fallait de tout. De la juppéiste étant passée par toutes les écuries UMP-LR comme Aurore Bergé, de la « grande gueule  populo RMC » comme Claire O’Petit, mais aussi de la « gauche bébête » comme Aurélien Taché ou Guillaume Chiche. Arrêtons-nous un moment sur cette dernière. Taché est né en 1984. Au moment où la gauche mitterrandienne avait entamé sa mue. Adieu, rupture avec le capitalisme, nationalisations, ouvriers et Chevènement. Bonjour l’Union européenne, l’alignement sur l’Allemagne, SOS Racisme, Pierre Bergé et Jacques Delors. Taché, né en 1984, est de la génération abreuvée des sitcoms d’AB productions, Hélène et les garçons et leurs interminables discussions cul-cul-la-praline à la « Cafèt’ » ainsi que des odieux « Musclés », symboles de l’hétéropatriarcat tournés en dérision. Il n’est donc pas fortuit que Taché ait pris parti pour le hijab, comparé à l’occasion au « serre-tête des petites catholiques », ni qu’il ait expliqué son dégoût de l’État-nation et sa volonté de le voir disparaître dans une Europe plus vaste et tolérante, ni, enfin, qu’il soit un partisan de la GPA. Il n’est guère étonnant non plus qu’en bon partisan du laisser-faire, il ait voté les lois de Pénicaud sur le travail.

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Taché en route pour le monde d’après!

Alors pourquoi quitter LREM et intégrer l’éventuel nouveau groupe parlementaire qui pourrait réunir une pelletée de déçus du macronisme ? Taché craint l’après-Covid 19. Il craint autant la prise de pouvoir de la frange venue de la droite (Philippe – Le Maire) que des murmures chevènementistes à l’oreille du président. Si c’est pour ajouter des frontières, ne plus penser aux enjeux sociétaux, privilégier la reconstruction d’une industrie aux dépens de l’écologie, très peu pour lui. Lorsqu’il emprunte (volontairement ?) la formule de Michel Houellebecq sur le monde d’après qui « risque d’être le monde d’avant en pire », le pire n’a pas les mêmes atours que ceux auxquels pense l’écrivain réac préféré des Français. C’est même tout le contraire. D’ailleurs, Taché pourrait faire un excellent second rôle d’anti-héros dans un roman houellebecquien.

Reste à savoir ce que cachent la construction d’un nouveau groupe parlementaire et la mise en scène d’un tel porte-drapeau. S’agit-il d’un coup de billard à trois bandes décidé en Très haut lieu et destiné à enquiquiner un Premier ministre prenant un peu trop d’importance ? Ou s’agit-il d’une initiative en réalité sciemment pilotée par des seconds couteaux et des conseillers élyséens et ministériels désœuvrés, afin d’aider le président contre lui-même, dans un contexte de débâcle de la majorité ? Nous aurions plutôt tendance à privilégier la seconde hypothèse.

Nous laissons au lecteur le soin de déterminer s’il s’agit de la plus pessimiste ou la plus optimiste.

Déconfinement: la macronie fébrile


Conseil scientifique contrariant, Matignon rebelle ou Europe qui traîne des pieds : Macron est dépassé sur bien des fronts.


En fixant au 11 mai le coup d’envoi du déconfinement, Emmanuel Macron a ouvert plusieurs fronts au sein de l’appareil de l’État. Deux semaines après son interminable intervention télévisée, nous sommes peut-être à l’aube d’une crise institutionnelle, laquelle s’ajouterait à la crise sanitaire et aux futures à venir : les crises économiques et sociales provoquées par le confinement.

Delfraissy président

Le premier front, Emmanuel Macron l’a créé tout seul comme un grand. Le fameux Conseil scientifique, personne ne lui avait demandé de le créer. Un président de la République a tout le loisir de consulter tous les experts qu’il veut, et en tout domaine. En outre, il existe déjà une Académie de médecine qui peut donner des avis publics, et qui d’ailleurs ne s’en prive pas pendant cette crise sanitaire. Adepte de « l’administration des choses » plutôt que du « gouvernement des hommes », le Saint-Simonien Emmanuel Macron a souhaité montrer aux citoyens qu’il écoutait les scientifiques. Plusieurs semaines plus tard, il doit contempler la catastrophe. Le Conseil scientifique est traité par les médias avec davantage de déférence que ne le serait le Conseil constitutionnel. À tel point que s’il arrivait malheur au président de la République, on n’est pas certain que l’article 7 de la constitution, qui prévoit l’élection d’un nouveau président dans un délai de trente-cinq jours, pourrait être respecté. En ce moment, Fabius ferait-il un pli face au puissant Professeur Delfraissy ?

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Ainsi, alors qu’Emmanuel Macron a annoncé la date du 11 mai pour la réouverture des crèches, écoles et universités, le Conseil scientifique rend un rapport qui vient contredire la décision présidentielle. Peu après l’intervention présidentielle, Delfraissy expliquait que les personnes âgées de plus de 65 ans devraient rester confinées jusqu’à une date indéterminée. Ce que l’Élysée était contraint de contredire quarante-huit heures plus tard, face à la polémique.

Le président du conseil scientifique sur le Covid-19, Jean-François Delfraissy, devant le palais de l’Elysée à Paris, le 5 mars 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00948425_000018

Si les médias tendent aussi facilement le micro au président de ce cénacle, ou si les syndicats d’enseignants se réfèrent à ses avis plutôt qu’aux directives de Jean-Michel Blanquer, c’est parce que le Conseil scientifique est nanti d’une seule légitimité, celle qui lui a été précisément donnée par le président de la République. Comme dans l’histoire du Dr Frankenstein, la créature a dépassé son créateur. Mais dans notre société médiatisée et en pleine crise sanitaire, retirer cette légitimité donnée est aussi facile que de remettre du dentifrice dans son tube. Voilà Emmanuel Macron prisonnier d’une instance qu’il ne peut pas dissoudre sans créer un scandale. Si cela pouvait vacciner le président de la République contre son amour de la gouvernance assistée par les experts, on ne s’en plaindrait pas.

Mais n’est-il pas trop tard, alors qu’il doit gérer d’autres fronts ?

Ça par exemple, Philippe se rebelle !

Car un autre front apparaît de plus en plus aux yeux du simple citoyen, celui ouvert avec Matignon. Nous n’utiliserons pas le terme de cohabitation. Ce serait impropre puisque le Premier ministre n’est pas le chef d’une majorité parlementaire élue contre le président de la République. Mais Edouard Philippe, comme le relève le Figaro dans un article hier, n’est pas sur la même ligne que le président. Sans doute appuyé par Olivier Véran, il est beaucoup moins pressé qu’Emmanuel Macron de faire redémarrer l’économie, ce qui passe par la réouverture des établissements scolaires. L’explication réside pour bonne partie par les plaintes qui s’amoncellent du côté de la Cour de Justice de la République, et qui visent non seulement les ministres et le premier d’entre eux mais aussi certains haut-fonctionnaires et conseillers ministériels. Le président de la République est quant à lui irresponsable pénalement sur les actes pris pendant son mandat. Voilà qui justifierait la plus grande frilosité de la part des membres du gouvernement chargés de gérer la crise sanitaire. Les ministres, d’ailleurs, choisissent leur camp. Bruno Le Maire et Gérald Darmanin souhaitent que la machine économique reparte et sont dans le camp d’Emmanuel Macron. Jean-Michel Blanquer, qui voit le retard et les inégalités s’accroître au sein de la population scolaire dont il a la charge, agace Edouard Philippe par l’annonce – prématurée selon Matignon – d’un calendrier de reprise des cours.

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Front ouvert entre l’Élysée et Matignon, fronts au sein du gouvernement… Comme si cela n’était pas suffisant, à ceci viennent s’ajouter les plus folles rumeurs d’un gouvernement d’union nationale avec des noms qui fleurissent dans la presse, et les ambitions à peine voilées et redoublées de Bruno Le Maire pour remplacer Edouard Philippe. Voilà qui n’est pas là pour apporter un peu de sérénité gouvernementale! Il est impossible de changer de gouvernement avant l’été, alors qu’il faut gérer le déconfinement et l’éventuelle arrivée d’une seconde vague de contaminations par le Covid-19. Nous ne pouvons pas changer de gouvernement mais celui-ci doit gérer une crise sans précédent en tirant à hue et à dia. Rassurant, n’est-ce pas ?

L’Europe, c’est plus habituel, traine des pieds

Le dernier front est européen. Emmanuel Macron souhaite publiquement la mise en œuvre d’une plus grande solidarité entre les pays membres de l’UE. Il craint l’euroscepticisme français et plus encore celui grandissant de l’Italie et de l’Espagne, plus durement touchées par la pandémie que les pays du Nord de l’Europe. Et il réclame que ces derniers mettent la main au portefeuille, en répétant comme un mantra l’antienne de la « souveraineté européenne », laquelle n’a ni queue ni tête. Jacques Sapir expliquait dernièrement dans nos colonnes l’extrême fragilité de la zone euro dans ce contexte économique. Nul doute qu’Emmanuel Macron en est conscient plus que quiconque, même s’il ne compte pas y apporter les mêmes remèdes que l’économiste souverainiste. Le voilà donc à agacer Berlin et Bruxelles avec ses demandes de mutualisation et risquant de semer le trouble dans l’esprit des Français, en réclamant davantage de fédéralisation au niveau européen et, en même temps, davantage de souveraineté nationale.

C’est vers les Français que devrait se constituer le dernier front, le plus périlleux de tous, celui du suffrage universel. Si le Conseil scientifique ne convainc pas tout le monde que la vie démocratique ne peut reprendre que lorsqu’un vaccin aura vaincu Covid-19…

“La France, l’Italie et l’Espagne ne pourront pas surmonter la crise en restant dans l’euro”


Recourir au protectionnisme économique revient à la mode à la faveur de la crise sanitaire. Y compris dans la bouche du président Emmanuel Macron! Mais la volonté de mettre en place une planification stratégique imposera que la France se dégage du carcan européen. L’économiste Jacques Sapir répond aux questions de David Desgouilles.


David Desgouilles. Avant d’évoquer la situation économique provoquée par le confinement, je souhaitais que vous puissiez tordre le coup à une légende urbaine répandue dans les médias. Lorsqu’on évoque les fameux 56.5 ou 57% de dépenses publiques par rapport au PIB, cela signifie-t-il qu’il ne reste que 43 ou 43.5% pour le secteur privé comme on peut le lire ?

Jacques Sapir. Bien sûr que non. Tout d’abord, une grande partie de l’argent prélevé par l’État revient vers le secteur privé. Les impôts sont globalement un mécanisme de transfert. C’est pourquoi la distinction entre secteur public et secteur privé peut être trompeuse, car les dépenses des uns sont les revenus des autres. Ainsi, vous êtes commerçant, vous payez des impôts ; avec ces impôts, l’État paye par exemple des fonctionnaires ; ces fonctionnaires dépensent cet argent et sont vos clients. La boucle est bouclée. Même quand les impôts sont utilisés pour payer les intérêts de la dette, il s’agit en fait d’un transfert (sauf quand cette dette est détenue par des non-résidents). Car, l’assurance-vie, l’un des produits d’épargne préférés des Français, contient beaucoup de bons du Trésor. Les intérêts finissent aussi par alimenter la consommation, donc le secteur privé. Ce que l’État prélève, il le rend que ce soit directement (les consommations des administrations publiques), ou que ce soit indirectement, via les salaires des fonctionnaires, qui donnent à leur tour lieu à des consommations.

La pandémie actuelle est un choc considérable, qui n’est effectivement comparable qu’à la crise de 1929

Plus globalement, il convient de distinguer les recettes de l’État (impôts directs et indirects, taxes diverses) qui représentent non pas 56% mais environ 42,5% du PIB et les cotisations sociales. Ces cotisations, ou prélèvements sociaux, qui représentent effectivement autour de 13,5% du PIB, sont payées par les salariés et les employeurs qui cogèrent les caisses. Si ces cotisations peuvent dans certains cas transiter par l’État, ce dernier n’est ici qu’un intermédiaire ; il n’est pas « propriétaire » de cet argent et il n’est pas le « payeur ». Il joue le rôle d’une « banque » quand vous payez une consommation par un chèque bancaire. Si l’État verse de l’argent à ces caisses, c’est parce qu’il a unilatéralement décidé d’exempter certaines catégories de ces cotisations (essentiellement les employeurs d’ailleurs). Il est alors tenu par la loi de compenser le manque de recettes. C’est ainsi le cas du Crédit d’Impôt appelé CICE qui a été consolidé l’an dernier en une exonération générale de cotisations pour les employeurs. Il est d’ailleurs curieux de voir que les mêmes qui se plaignent du montant des impôts ne disent rien au sujet des subventions que l’État leur fait, via les dégrèvements fiscaux ou les exonérations de cotisations sociales, et qui sont considérables. Globalement, le système de cotisations et de prestations sociales constitue ce que l’on appelle un « stabilisateur automatique » qui permet, en temps de crise, de maintenir la consommation et donc l’activité économique, comme on peut le constater aujourd’hui.

Venons-en maintenant à la situation actuelle. Le ministère de l’Économie annonce une récession de 9% pour 2020. Bruno Le Maire fait référence à la grande crise de 1929 ! À quelle gravité évaluez-vous les conséquences du confinement qui va donc durer deux mois au minimum, voire bien davantage pour tout un pan de notre économie (restauration, hôtellerie, culture, sport professionnel etc.) ?

Il est évident que les conséquences du confinement, et plus généralement de l’épidémie, seront encore plus graves que ce qu’indiquent Bruno le Maire et Gérald Darmanin. Et cela d’autant plus que la fin du confinement, annoncée pour le 11 mai par le président de la République, ne signifiera pas un retour immédiat à la normale. L’économie va fonctionner pendant entre six semaines et six mois de manière réduite par manque d’approvisionnements mais aussi par manque de débouchés. Il faut donc s’attendre à ce que le PIB baisse d’au-moins 10% en 2020, voire plus. La Banque d’Angleterre, qui fait des calculs plus réalistes, estime même que le PIB du Royaume-Uni devrait baisser de 12% à 13%. C’est un choc considérable, qui n’est effectivement comparable qu’à la crise de 1929. Il va falloir soutenir l’ensemble de l’économie par des subventions directes et indirectes aux entreprises mais aussi aux ménages.

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Des secteurs sont complètement à l’arrêt comme la restauration ou le tourisme, et d’autres fonctionnent de manière réduite. Une partie de l’industrie est à l’arrêt et une autre ne fonctionne que de manière réduite.

La phrase fameuse attribuée à Jacques Chirac “les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent” ne peut manquer de résonner à nos oreilles ! Pourtant, on peut penser que les réalités d’après l’épidémie vont s’imposer à Emmanuel Macron

Nous avons actuellement 8,8 millions de salariés qui sont au chômage partiel, soit 44% de la main d’œuvre du secteur privé. Le coût budgétaire de ces prestations sociales sera très élevé, alors que la chute du PIB va entraîner une chute importante des recettes fiscales. Dans mon centre de recherches, le CEMI, nous avons estimé le besoin de financement de l’État, c’est-à-dire le déficit budgétaire, à plus de 300 milliards d’euros, soit approximativement 13,5% du PIB.

On a pu observer à l’occasion que les tensions entre Europe du Nord et Europe du Sud ont été exacerbées par cette crise. Estimez-vous que les initiatives de la Banque centrale européenne et la mise au rencart du pacte de stabilité suffiront à pérenniser la zone euro ? 

La commission européenne a décidé de suspendre le pacte de stabilité et la BCE a mis sur pied le PEPP, ou Pandemic Emergency Purchasing Program. Il convient de saluer ces décisions, mais aussi de reconnaître qu’elles sont très insuffisantes. La somme des déficits pour les États de la zone euro devrait représenter à la fin de l’année entre 1150 et 1300 milliards d’euros, alors que les mécanismes regroupés dans le Mécanisme Européen de Stabilité ne couvrent que 550 milliards d’euros. Par ailleurs, il faut s’attendre à un déficit à l’échelle de la zone euro d’environ 450 à 500 milliards pour l’année 2021 du fait de la crise engendrée par le Covid-19. Les États auront donc besoin de 1600 à 1850 milliards, et cela sans même évoquer les garanties de dettes accordées au secteur privé et le refinancement de ce dernier au travers du programme LTRO de la BCE. Les besoins de financement des États ne sont donc pas compatibles avec ce qu’ont prévu les institutions européennes.

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Le problème du financement se pose de manière particulièrement grave pour l’Italie, l’Espagne, mais aussi pour la France. Le Mécanisme Européen de Stabilité est inadéquat pour traiter cela. Il impose de fait une conditionnalité qui n’a plus lieu d’être dans les circonstances actuelles. Il faut alors se demander comment nous aurions fait si la BCE n’existait pas. Eh bien, tout simplement, comme va le faire la Banque d’Angleterre, la Banque centrale aurait prêté directement aux États ! C’est la fameuse « monnaie magique », qui existe en réalité, n’en déplaise à Emmanuel Macron, même si le volume et la durée de son emploi peut poser des problèmes d’inflation. On comprend alors que l’euro va pénaliser trois fois les pays du sud de l’Europe. Une première fois parce que l’on ne peut pas procéder à une péréquation des dettes, l’Allemagne et les Pays-Bas ayant refusé les fameux « coronabonds ». Une deuxième fois, parce que l’euro nous empêche de recourir au financement monétaire, qui serait pourtant la manière la plus logique et la plus simple de faire face à cette crise. Une troisième fois, enfin, parce que l’euro – et cela a été démontré par les différents rapports (External Sector Reports) du FMI – aboutit à sous-évaluer la monnaie de l’Allemagne et à surévaluer celle de l’Italie, de la France et de l’Espagne. La différence entre les deux mouvements, de 25% à 43% en faveur de l’Allemagne, explique à la fois l’insolente santé de ce pays mais aussi pourquoi la France, l’Italie et l’Espagne qui avaient déjà tant de difficultés avant cette crise ne pourront pas la surmonter en restant dans l’euro.

Emmanuel Macron évoque « le jour d’après ». Il dit vouloir « se réinventer », lui « le premier ». On évoque ici et là son « Chemin de Damas » économique, social et européen. On ne voyait plus que le drapeau bleu-blanc-rouge derrière lui lundi dernier lors de son allocution, sachant qu’on imagine très mal que ce cadrage soit dû au hasard… Croyez-vous à sa sincérité et à un véritable virage de la politique du président de la République ?

Par principe je ne crois pas en la sincérité d’un homme politique ; je crois en ses actes. Alors, il est vrai qu’Emmanuel Macron a eu des paroles fortes dans sa dernière allocution. Quand le président dit : « notre monde sans doute se fragmentera », quand il parle de « rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française », on croirait entendre le Général de Gaulle mais aussi les hommes politiques de la IVème République, en particulier Pierre Mendès France. Quand le président rappelle les mots de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » (Art. 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen NDLR) il mobilise des symboles de notre histoire qui sont très forts. Ce n’est certes pas un hasard. Enfin, quand il dit à la fin de son discours : « Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier », on croirait entendre du Jean-Luc Mélenchon dans le texte.

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Certes, la phrase fameuse attribuée à Jacques Chirac “les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent”, ne peut manquer de résonner à nos oreilles ! Pourtant, on peut penser que les réalités de l’économie mondiale d’après l’épidémie vont s’imposer à Emmanuel Macron. Les chaines de productions internationalisées sont trop fragiles en cas de perturbation majeure, et cela est reconnu maintenant par de nombreux économistes. Il faudra donc nécessairement relocaliser. La pénurie de masques, de tests, de médicaments et de respirateurs que nous connaissons montre aussi que l’on ne peut plus dépendre exclusivement des importations. Il faudra nécessairement rebâtir un outil de production national, réindustrialiser la France. Et, cela ne sera pas possible sans un minimum de protectionnisme. Seulement, pour faire tout cela, il faudra donc s’émanciper de nombreuses règles et directives de l’UE, retrouver notre souveraineté monétaire c’est-à-dire sortir de la zone euro, et, effectivement, mettre en œuvre une forme de planification stratégique.

Seulement, pour cela, il faudrait à Emmanuel Macron mettre ses bottes dans les pas de l’opposition la plus radicale, de Mélenchon à Marine le Pen, ce qui est très peu vraisemblable. Mais, à tout le moins, il a d’une certaine façon légitimé dans son discours les propos de ses opposants les plus radicaux et rien que cela doit être remarqué. Dans le futur, il ne pourra plus chercher à déconsidérer ses opposants au prétexte que leurs propositions économiques seraient incohérentes. Alors, oui, avec ce discours, il a aussi suscité des espoirs immenses, et pas seulement par l’annonce d’une date de déconfinement. Naturellement, il sera jugé sur ses actes.

Échange « géo-tracking » contre autorisation de sortie


Les Français sont-ils prêts à accepter la géolocalisation pour que le gouvernement desserre leur confinement drastique ?


Geo-tracking. Cet anglicisme est à la mode depuis quelques jours. Alors que nous sommes la plupart d’entre nous assignés à résidence dans les pays occidentaux, ceux qu’on appelait autrefois les Dragons d’Asie impressionnent par leur maîtrise de l’épidémie de Covid-19. Parmi les outils utilisés notamment par la Corée du Sud, Taiwan et Singapour, figurent une véritable maîtrise de leurs frontières, l’utilisation massive de tests et de masques, et enfin ce géo-tracking. Il permet aux autorités gouvernementales de suivre à la trace les porteurs du virus, grâce à leur téléphone portable, de connaître ceux qu’ils auraient pu rencontrer et donc contaminer. Et de pouvoir in fine, éviter de telles rencontres en confinant tous ceux qu’on a détectés comme porteurs, et seulement ceux-là.

Le déconfinement sera un long chemin de croix

Chez nous, la maîtrise des frontières est assimilée aux « heures sombres » et, mis à part l’Allemagne, on a très peu testé, car on n’avait pas beaucoup de tests. Quant aux masques, on nous a d’abord expliqué qu’ils étaient inutiles au commun des mortels. Nous n’étions pas foutus de le mettre sur notre visage correctement. Maintenant, on nous incite à fabriquer chacun le nôtre grâce à des tutos sur internet. Et les États occidentaux se livrent à une guerre impitoyable et plutôt pathétique, en interceptant des commandes destinées à d’autres sur les tarmacs déserts de leurs aéroports.

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S’agissant des frontières, tout de monde comprend désormais qu’un déconfinement ne pourra s’accompagner que d’un contrôle drastique pour éviter l’entrée de porteurs du virus venant de pays qui ont choisi une autre politique (Pays-Bas ou Suède, par exemple) que la nôtre. Notre gouvernement travaille également sur des tests les plus fiables possibles, notamment en sérologie, permettant de savoir qui est immunisé, qui est porteur, et qui est aucun des deux.

François Sureau nous met en garde

Reste donc le géo-tracking, dont on a dit avec pertinence qu’il ne correspond guère aux valeurs occidentales. La vie privée est considérée chez nous comme un trésor, plus encore dans les pays latins, comme l’a montré encore il y a quelques semaines – même si ça nous paraît un siècle – la pathétique affaire Griveaux. L’idée que nous soyons ainsi géo-localisables par les autorités, voire sur un site internet public, si on est contaminé par un virus, ne nous est pas familière, loin s’en faut. Les amateurs de vaudeville pourraient certes s’en délecter : imaginons que la maréchaussée débarque chez vous au petit matin et explique devant conjoint et enfants que la personne avec laquelle vous avez passé l’après-midi deux jours plus tôt à l’Hôtel de la gare était porteuse du Covid-19. On dit d’ailleurs que beaucoup de couples n’ont pas survécu à ce genre de quiproquos du côté de Séoul. La crainte est légitime que de telles dispositions adoptées pendant cet état d’urgence sanitaire deviennent ensuite définitives dans la loi. François Sureau n’a pas tort de nous mettre en garde sur notre propension collective à abandonner nos libertés fondamentales au profit de la sécurité, en matière de lutte contre le terrorisme ou en matière sanitaire.

Pour autant, Eric Zemmour a-t-il tort quand il explique que le confinement actuel est une des plus grandes atteintes aux libertés fondamentales que nous ayons vécu depuis bien longtemps ? Soyons honnêtes. J’échangerais bien mon traçage contre une randonnée en forêt, cette géolocalisation permettant de garantir aux autorités que je ne rencontre personne. En écrivant cette dernière phrase, je me rends compte du côté flippant de la situation. Et pourtant, en y réfléchissant bien, je suis déjà tracé quand je pars en rando. Car j’utilise mon GPS et Monsieur Google sait à tout moment où je suis.  Pourquoi ferais-je davantage confiance à ce dernier qu’à un État dont j’élis régulièrement les représentants ? Quant à Facebook, qu’on me laisse témoigner une anecdote. L’autre jour, ma progéniture dansait devant un jeu vidéo s’intitulant « Just Dance ». J’étais à quelques mètres en train de surfer avec mon téléphone portable sur le réseau social créé par Zuckerberg. Et que croyez-vous qu’il arriva ? Alors que la télévision et le jeu vidéo ne sont nullement connectés sur internet chez moi, Facebook m’a proposé quelques heures plus tard des publicités sponsorisées pour la nouvelle version de « Just Dance ». Ce qui signifie très clairement que Facebook a perçu – grâce au son – que le jeu intéressait mon foyer. Ce qui signifie encore plus clairement, à moins que je ne verse dans la paranoïa, que Facebook nous écoute, comme nous ne l’accepterions pas de notre gouvernement, surtout si nous avons vu un jour “La vie des autres”.

Les Français sont mûrs

Edouard Philippe a expliqué mercredi devant la mission parlementaire que le géo-tracking ne pourrait être utilisé dans notre pays, compte tenu de nos traditions rappelées plus haut, que sur la base du volontariat. Loin de moi l’idée de taxer Edouard Philippe d’un cynisme qui consisterait à privilégier l’idée que nous sommes collectivement mûrs pour accepter volontairement ce traçage. Il était sans doute sincère dans son souci de se montrer jaloux de nos libertés fondamentales. Il n’en reste pas moins que nous sommes sans doute collectivement mûrs, malgré tout.

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Même si je m’inclus dans ce collectif ainsi conditionné, par mes usages numériques quotidiens, cette situation m’inquiète. Si un débat doit avoir lieu pendant l’état d’urgence sur cet outil de géo-tracking, il devra impérativement faire l’objet d’une plus grande réflexion quand nous aurons éliminé Covid-19. Nos sociétés doivent vraiment se poser la question de notre souveraineté, collective et individuelle face aux GAFA. Nous devons impérativement nous interroger collectivement et individuellement sur notre consentement à la surveillance.

« Le jour d’après ne sera pas comme le jour d’avant », explique Emmanuel Macron. À propos d’une certaine idée des frontières, de la mondialisation, de la souveraineté, c’est vrai. Mais il faudra aussi ajouter la thématique de la surveillance numérique. Nous avons à l’évidence déjà trop consenti.

Encore un coup des Russes?

Dans coronavirus, il y a « russe »!


Le journaliste Brice Couturier voit la main de la Russie partout. Notre chroniqueur David Desgouilles appelle l’ardent défenseur d’Emmanuel Macron à garder raison.


Cher Brice Couturier,

Nous nous connaissons peu. La seule fois où j’ai eu l’honneur de vous rencontrer, c’était lors de la première réunion du Comité Orwell, présidé par Natacha Polony. Vous y aviez alors côtoyé le gratin du souverainisme métapolitique français, ce qui, de la part de l’ancien rédacteur en chef du Meilleur des mondes, constituait la marque d’une grande ouverture d’esprit. Des amis communs m’avaient loué votre honnêteté intellectuelle, votre travail sérieux. Enfin, j’avais eu la surprise de découvrir que vous citiez une de mes tribunes dans votre livre Macron, président philosophe, ce qui tendait à indiquer que l’estime pouvait bien être réciproque.

Complot russe

Mais depuis l’été 2018, il faut bien reconnaître que nous nous sommes perdus. Alors que l’affaire Benalla défrayait la chronique, tous ceux qui émettaient quelques critiques sur la gestion présidentielle de cette affaire devenaient, de votre part, des complices d’un complot russe. Tous ceux qui vous faisaient remarquer que cette idée fixe était déraisonnable étaient renvoyés fissa dans le même camp. Quelques mois plus tard, les gilets jaunes eux aussi devenaient les outils de la volonté poutinienne de déstabiliser l’Occident.

Évidemment, ceux qui, comme moi, acceptaient l’invitation de Frédéric Taddéi sur RT France devenaient de facto des agents du FSB au mieux, des collabos au pire. En pleine crise des gilets jaunes, juste après l’intervention présidentielle du 10 décembre, j’y devisais justement avec Christophe Di Pompeo, député LREM du Nord. Ensemble, nous y avions salué la volonté présidentielle de tourner le dos aux sacro-saints 3% de Maastricht. Il y a quelques semaines, je retournais chez Taddéi pour y défendre cette fois le droit à la vie privée de Benjamin Griveaux. Les agents du FSB sont rudement malins, n’est-ce pas ?

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Poutine entendrait générer la panique dans l’Union européenne

Pour vous, ceux qui critiquaient notre bon président-philosophe, journalistes, hommes politiques ou « polémistes », faisaient le jeu ou le lit de Vladimir Poutine. Il s’agissait en fait de la même méthode employée pour fustiger le Rassemblement national, sauf que le président russe fiche quand même vachement plus la trouille quand il parle que le duo de Montretout. Mais cela tombe bien, Marine Le Pen était évidemment aussi une pro-russe. Comme Mélenchon, comme Dupont-Aignan. Votre hôtesse du Comité Orwell était aussi classée dans cette catégorie. La pauvre a le tort de se prénommer Natacha (elle ne se cache même pas !) et le propriétaire de Marianne est tchèque, c’est quand même évident qu’elle est à la solde de Poutine.

Et puis samedi soir, vous avez triomphalement twitté une dépêche de l’agence Reuters. Le coronavirus, c’était les Russes aussi. Il faut dire que, comme Natacha, il ne se cache pas: dans coronavirus, il y a « russe ». Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ?

La dépêche cite « un document de l’Union européenne », dont on n’a malheureusement pas les détails, et qui prouverait l’implication du gouvernement de Vladimir Poutine « pour générer la panique » en Europe de l’Ouest…

Injonctions contradictoires

Le FSB perd la main. S’il voulait générer la panique dans les rues, c’est un peu raté. Vous-même, Brice Couturier, constatez avec dépit que bien des Gaulois réfractaires ne se plient pas comme il le faudrait au confinement. Vous avez même fustigé, avec raison, une manifestation des gilets jaunes qui n’avaient pas l’air plus paniqués que cela. Vous avez même cité un papier de Jacques Julliard, publié dans Marianne par l’agent Natacha P. Il faut vous reprendre! Personnellement, j’ai davantage l’impression que ce sont plutôt les cercueils de Bergame ou les prises de paroles des soignants de nos hôpitaux surchargés qui commencent à produire des effets d’une crainte – et non d’une panique – bienvenue en la circonstance. Il est bien possible aussi que les injonctions contradictoires adressées aux Français depuis quinze jours puissent aussi provoquer davantage de panique que la moindre fausse nouvelle d’un bot russe.

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Ce n’est quand même pas Poutine qui a conseillé à tout le monde de se rendre au théâtre, avant de fermer les écoles quatre jours plus tard ! Deux jours après, on nous interdisait d’aller dans les bars, puis on nous invitait à aller voter dès le lendemain, avant de nous confiner tout de suite après, en nous expliquant qu’il fallait quand même aller travailler…

Désertons Twitter!

Entendons-nous. Je suis parfaitement conscient que la position d’Emmanuel Macron n’est pas facile et je reconnais bien volontiers qu’il n’est pas évident que d’autres feraient mieux que lui en la circonstance. Mais est-il bien raisonnable, cher Brice Couturier, de céder encore à la facilité de désigner l’ours russe ? N’avons-nous pas d’autres sujets plus urgents à traiter ? N’avons-nous pas une crise sanitaire et bientôt économique et sociale sur les bras ? Que l’Union européenne, qui montre sa totale inutilité quand la situation est grave, n’ait d’autres choses à faire que de pondre des rapports aux conclusions abracadabrantesques, passe encore. Mais vous ?

Aussi, je me permets de vous renvoyer à ma tribune du 16 août dernier dans Le Figaro. Cher Brice Couturier, profitez du confinement : arrêtez de twitter. Ce n’est bon pour personne, ni pour la cohésion de notre pays. Je le sais d’expérience, gazouiller en 280 signes ne donne pas ce qu’il y a de meilleur en nous. Le tweet est au journaliste ce que l’achat compulsif de papier toilette en temps de crise est à l’homme de la rue. Vous valez beaucoup mieux que ça. Si l’envie vous prenait de développer votre pensée dans ces colonnes, je ne doute pas que Causeur l’accueillerait volontiers.

Au plaisir de se revoir dans une réunion, si nous ne restons pas confinés trop longtemps, ou si l’Ours russe ne nous a pas mangés.

Bien cordialement,

La volte-face présidentielle


Le 6 mars dernier, le président se rendait encore au théâtre pour montrer l’exemple…


Hier soir, j’avais renoncé à prendre la plume pour réagir à l’intervention présidentielle. Il s’agissait en fait d’une autocensure tout à fait assumée. Comme je l’ai dit à ma moitié qui s’étonnait que je ne me sois pas mis à la tâche : « Ce n’est pas le moment d’accabler le président ».

Macron sait désormais que la crise de 2008 pourrait bien ressembler à une aimable plaisanterie à côté de ce qui se profile

Oui j’aurais pu moquer notre chef d’État qui, dix jours après nous avoir montré l’exemple en se rendant ostensiblement au théâtre – « il faut vivre comme avant » -, nous expliquait presque dans les détails comment nous allions désormais vivre confinés. A l’entendre nous enjoindre à lire, à s’occuper de nos enfants et à sortir faire de l’exercice à condition que ce soit en solitaire, à nous réprimander gentiment d’être allés nous égayer dans les parcs parisiens. Nous étions davantage en présence de « Big mother » que de Winston Churchill. Oui, j’aurais pu moquer également la manière dont, avec l’accord de toute la classe politique, il venait d’inventer l’entre-deux-tours de trois mois, choisissant la plus mauvaise des trois solutions proposées par les constitutionnalistes.

Bye bye la réforme des retraites

Mais tout cela, en fait, était bien dérisoire. Minuscule même, par rapport à l’ardente nécessité d’union nationale, que Céline Pina a si bien évoquée plus tôt dans nos colonnes. Minuscule par rapport aux défis qui nous attendent. Hier soir, le président de la République a repoussé deux réformes auxquelles il tenait particulièrement. Celle de l’indemnisation du chômage, et surtout celle des retraites, qui avait mis la France à l’arrêt pendant tout l’hiver, et dont on peut dire avec euphémisme qu’il y tenait particulièrement. Il n’a pas dit qu’il y renonçait, mais à vrai dire il les a posées à côté de la poubelle, un peu comme des « encombrants » qui ne rentreraient pas dedans. En fait, ces signes-là ne doivent provoquer aucun cri de victoire de la part de ceux qui ont lutté contre ces réformes. Ni même de soulagement. Car si Emmanuel Macron y a renoncé, c’est qu’il sait bien que la guerre contre le coronavirus qui met plusieurs pays à l’arrêt dont le nôtre à partir d’aujourd’hui et pour une période indéterminée, va avoir des conséquences incalculables en termes de crises économique, sociale, et sans doute géopolitique. S’il y a renoncé, c’est qu’il sait bien que son programme présidentiel est aujourd’hui caduc au regard de tout ce qui nous attend. Il sait que désormais, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, que notre État si abîmé constitue le seul levier qu’il nous reste pour maintenir le pays hors de l’eau. Il sait que la crise de 2008 pourrait bien ressembler à une aimable plaisanterie à côté de ce qui se profile.

Jouons les oiseaux de mauvais augure

Mais il y a aussi tout ce que le Président de la République ne sait pas, et qui n’est pas moins inquiétant. Est-ce que, lorsque le confinement commencera à porter ses fruits, comme c’est le cas en Corée du Sud, ou dans certaines zones de l’Italie, nous serons à l’abri d’une reprise à l’automne avec un virus qui aura muté, et dans un pays en pleine crise économique ? Aurons-nous à ce moment-là eu le temps de produire un vaccin et procédé à la campagne de vaccination obligatoire qui nous permettrait de ne pas reproduire d’autres confinements ? Est-ce que la perspective angoissante que ce pari soit perdu ne donnera pas raison à ceux qui, de l’autre côté de la Manche, ont décidé d’assumer l’immunisation naturelle de leur population, prévenant que peu de familles britanniques seront épargnées par la perte d’un proche, faisant le pari inverse, arguant qu’il s’agissait de la moins pire des solutions ? Est-ce qu’Emmanuel Macron n’a pas hésité un temps d’employer une telle solution, il est vrai effrayante, comprenant ensuite que notre société ne pourrait l’admettre ?

Malgré ces hésitations, malgré la forme décevante de sa prestation d’hier soir, c’est Emmanuel Macron qui a en charge cette “guerre”, et surtout des conséquences de cette dernière. L’après-guerre, qui pourrait être pire que la guerre elle-même en termes de dégâts sociaux, il en aura aussi la charge du commencement. Qui sait si en assumer toutes les conséquences ne concernera pas plusieurs de ses successeurs ?

Paris, Lyon, Besançon: qui profitera de l’échec de LREM aux municipales?


Paris, Lyon et Besançon constituent le « triangle des Bermudes » des municipales pour la Macronie. Alors que la vie politique française n’est plus régie par l’opposition gauche / droite de l’ancien monde, il est difficile de savoir qui remportera la mise. David Desgouilles dévoile les coulisses de ces trois scrutins.


Nous vous avions laissés il y a quatre mois, sur la situation de ce « triangle des Bermudes » municipales d’Emmanuel Macron : Paris-Lyon-Besançon. Nous vous avions promis d’y revenir. Depuis novembre, de l’eau a coulé sous les ponts. De la Seine, du Rhône et de la Saône, et du Doubs enfin.

Le vote utile anti-Hidalgo n’est plus celui qu’on croyait

A Paris, nul ne l’ignore plus, Benjamin Griveaux a dû laisser la place à Agnès Buzyn. L’ancien porte-parole du gouvernement, avant qu’il ne décide de jeter l’éponge, n’était guère en bonne position dans les sondages. Non seulement, il ne parvenait pas à distancer le dissident Cédric Villani, mais il était carrément dépassé par Rachida Dati. Pendant que la candidate LR se tenait à une stratégie claire mise en œuvre par sa directrice de campagne Nelly Garnier, dont nous avions fait la recension de la note sur le vote de droite dans les métropoles, Benjamin Griveaux croyait bien faire en martelant l’idée que le bulletin qui porterait son nom constituait le seul vote utile pour battre Anne Hidalgo, et pratiquait du débauchage d’élus à droite et à gauche. L’inconvénient de cette idée de vote utile, c’est qu’elle ne fait véritablement effet qu’au moment du vote. Et que nul ne sait qui sera le bénéficiaire du fameux vote utile. Griveaux aurait dû savoir que c’est seulement dans les derniers jours, alors que les derniers sondages sont connus qu’il faut user de cette méthode. Maintenant que le message a infusé, l’idée de vote utile ne profite plus qu’à Rachida Dati, laquelle n’a même pas besoin de l’invoquer elle-même. Dommage LREM !

La droite parisienne semble rentrer dans le rang, Villani perd son capital sympathie

Notons avec un léger sourire que les pontes de LR, Sarkozy et Baroin en tête, viennent aujourd’hui au secours des excellents sondages de Rachida… Elle ne bénéficiait pas d’autant d’égards en novembre, quand le très sarkozyste Frédéric Péchenard, par exemple, ne faisait allégeance qu’à son maire d’arrondissement, évitant de citer la candidate. D’autres maires d’arrondissement, dans le 6e ou le 17e, n’excluaient pas non plus de négocier avec Griveaux.

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Aujourd’hui, certaines études placent Dati devant Anne Hidalgo, laquelle plafonne et ne semble devoir son salut qu’à un éventuel ralliement des écologistes entre les deux tours. Quant à Agnès Buzyn, si elle n’arrive pas à freiner la progression de Dati, elle a repris quelques points à Cédric Villani qui s’effondre. La valeur ajoutée « sympa » du mathématicien a disparu avec le renoncement de Griveaux.

La métropole lyonnaise promise à Collomb, pour la municipalité c’est moins sûr

Dans la capitale des Gaules, on aura deux bulletins. L’un pour la Ville, l’autre pour la Métropole. Rappelons-le, Gérard Collomb ne voulait que la seconde et c’est d’ailleurs ce qui a déclenché la dissidence de David Kimelfeld, lassé de passer pour une annexe de Manpower. Pour le vote direct à la Métropole, l’ancien ministre de l’Intérieur fait encore figure de favori.

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En revanche, le jeu paraît bien plus ouvert pour la conduite de la municipalité lyonnaise. Yann Cucherat semble avoir été choisi par Gérard Collomb en raison du peu d’ombre qu’il pourrait lui faire. Et comme dans d’autre grandes villes, tout cela profite à une gauche ayant porté à sa tête de liste un représentant d’EELV. Grégory Doucet fait donc pour l’instant la course en tête.

Le candidat LR Etienne Blanc semble en moins bonne posture que Rachida Dati à Paris. Comme on voit mal ce proche de Laurent Wauquiez fusionner ou appeler à voter LREM pour faire barrage à la gauche, son maintien au 2e tour rend le résultat final plus qu’incertain. Aussi, la perspective d’assister à une cohabitation entre Collomb à la Métropole et un écologiste à la ville-centre semble aujourd’hui très probable. De quoi alimenter les gazettes entre Rhône et Saône pendant six ans, et maudire celui qui a eu l’idée de ce double-vote…

À Besançon aussi, EELV séduit. Mais attendons que les électeurs découvrent les idées farfelues de sa candidate

À Besançon, la protégée du maire sortant LREM Jean-Louis Fousseret a finalement lancé sa liste en décembre. Alexandra Cordier n’apprécie certes pas qu’on rappelle qu’elle a brigué l’investiture du parti macroniste dont elle a été la référente depuis sa création dans le Doubs. Mais aujourd’hui exclue par LREM, elle mène une campagne « sans étiquette », faisant comme si elle n’avait jamais été membre de ce parti.

Le dernier sondage, publié fin janvier, ne la situait qu’à 6%, mais elle continue d’afficher un optimisme à toute épreuve.

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Le candidat macroniste officiel, Eric Alauzet, semble porter sur ses épaules le lourd fardeau d’une investiture qu’il a pourtant obtenue de haute lutte. Comme à Paris et à Lyon, représenter le parti du président de la République n’a rien d’une sinécure ces temps-ci. Sa chance est sans doute d’avoir des concurrents dotés d’un charisme encore inférieur au sien, ce qui n’était pas couru d’avance. Celle qui caracole en tête du sondage de janvier est Anne Vignot, candidate EELV de la gauche unie. De la tendance Julien Bayou dans le parti écologiste, c’est-à-dire de la frange au « gauchisme culturel » le plus marqué, elle fait diablement penser à Eva Joly en 2012 sur le mode: « En général, on ne comprend rien à ce qu’elle dit mais quand on comprend, c’est encore pire » ! Sa première proposition médiatisée avait été de créer une pièce d’identité municipale permettant aux transgenres de se prévaloir de droits que la carte d’identité nationale ne permet pas. Gageons que si elle est élue, et qu’un grand moustachu souhaite s’inscrire au club féminin de basket-ball en se prévalant de ladite pièce d’identité locale, la vie bisontine risque d’être animée, ainsi que le prétoire du tribunal administratif de la ville.

Mais c’est finalement Yannick Jadot qui nous a donné des motifs d’être rassuré. Cité par la page 2 du Canard Enchaîné, il aurait expliqué que le vote écolo était surestimé en attendant que les électeurs fassent vraiment connaissance avec les candidats EELV. Peu aimable avec ses amis, mais lucide ?

À Besançon, on a l’étiquette LR honteuse

Enfin, le candidat LR Ludovic Fagaut a fait le choix de mettre son drapeau dans sa poche, contrairement à Rachida Dati et à Etienne Blanc. Il a même débauché une élue ex-PS qui, une semaine avant, était photographiée tout sourire dans la permanence… d’Alexandra Cordier.

Malgré des projets intéressants, comme Port-Citadelle ou la constitution à moindre coût d’autoroutes cyclables, il a souhaité faire campagne au centre, pourtant déjà embouteillé par Alauzet et Cordier.

Le RN bisontin se frotte les mains…

Tout cela pourrait bien profiter au candidat RN Jacques Ricciardetti qui capitalise sur le feuilleton policier du quartier de Planoise. Plusieurs blessés par balle ont déjà alimenté la chronique et rappellent furieusement les règlements de compte des quartiers Nord de Marseille. Dans une telle ambiance, le RN n’a même pas besoin de faire campagne pour espérer participer au second tour.

Arrivé à la fin de cette chronique sur ce fameux « triangle des bermudes LREM » Paris, Lyon, Besançon, force est de constater que dans ces trois villes, aucun favori ne se dégage clairement. Une étude parue récemment chez nos confrères du Monde indiquait que 49% des électeurs n’avaient pas encore pris leur décision. Le même sondage montrait aussi que ce sont les listes de gauche qui étaient les plus fragilisées par ces incertitudes de vote, au contraire du RN, de LR et de LREM (plus de 60% de sûreté).

Reste enfin une dernière incertitude qui pourrait bouleverser le scrutin partout : celui du coronavirus. Où en sera l’épidémie dans dix jours ? Poussera-t-elle l’électorat âgé, d’habitude le plus assidu aux urnes, à rester à la maison ? Il nous faudra sans doute y revenir. Dans les colonnes de Causeur, dès le lendemain du premier tour, si vous en êtes d’accord.

C’était l’Académie des César


Face au baroud d’honneur des César, la vraie victoire de l’idéologie d’Adèle Haenel… et de Netflix


La cérémonie des César 2020, ce qui l’entourait, ce qui l’avait précédée, constituaient-ils un tournant ou une continuité ? En apparence, et c’est le discours des néo-féministes depuis la nuit dernière, il s’agit bien d’une continuité. Polanski – “Violanski”, comme elles le surnomment – a obtenu le César, le pire à leurs yeux – celui du meilleur réalisateur. C’est lui qui a été récompensé davantage que le film. On ne compte plus celles – ou ceux, parfois – qui confient sur les réseaux sociaux leur envie de vomir. « Vous voyez bien que le Patriarcat se porte bien », déclarent-elles à l’envi. Ce faisant, elles oublient que toute l’équipe de J’accuse avait décidé de ne pas se rendre à la salle Pleyel, lassée de passer pour la complice d’un violeur en série. Ce faisant, elles oublient que la direction des César a démissionné en bloc il y a quelques jours. Ce faisant, elles oublient que Florence Foresti avait décidé de profiter de sa désignation comme maîtresse de cérémonie pour multiplier les allusions à Roman Polanski avec une finesse que n’aurait pas reniée Jean-Marie Bigard. Foresti devrait se méfier. Qui sait si, dans quelques années, quelques associations néo-féministes pointilleuses, forcément pointilleuses, ne viendront-pas scruter tous ses sketches et spectacles depuis qu’elle a débuté sa carrière et n’y trouveront pas des monuments de valorisation de stéréotypes genrés ? Qui sait si ces juges autrement plus sévères que l’académie des César, ne l’accuseront pas alors d’avoir ainsi perpétué honteusement la culture du viol ? On ne se méfie jamais assez…

Décevant Jean-Pierre Darroussin

Jean-Pierre Darroussin l’a bien compris, lui. Alors qu’en 2013, dans un petit hebdomadaire provençal, il nous disait son admiration pour Roman Polanski, « qui compte parmi la dizaine de réalisateurs les plus importants qui ait jamais existé », le voilà qui s’amuse à ne pas pouvoir prononcer le patronyme du cinéaste franco-polonais. Mais comment lui en vouloir, après tout ? Il a bien reconnu ceux qui tenaient désormais le manche.

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Car il s’agit bien d’un tournant. La récompense de Polanski comme meilleur réalisateur constituait un baroud d’honneur, voire un doigt d’honneur. Celui qu’on fait en partant, en laissant la place. Ceux qui se sont permis ce geste pensaient que leur mission n’était pas de distribuer les récompenses en fonction de la bonté d’âme des récipiendaires, mais de la qualité de leurs films, de leur réalisation, de leur jeu d’acteur. Ils ont compris que c’était désormais terminé.

L’indigénisme et Netflix éclipsent l’Académie

L’actrice Aïssa Maïga a peut-être gêné avec son discours qui sentait bon l’indigénisme, mais elle incarne désormais l’avenir des Césars. Et le départ d’Adèle Haenel au moment de l’annonce du César du meilleur réalisateur ne constitue qu’un paradoxe. Elle avait déjà gagné avant la cérémonie. Le baroud d’honneur de l’académie vient juste gâcher sa victoire en la rendant trop tonitruante, pas assez lisse. Adèle Haenel, c’est dorénavant la patronne. Son « c’est une honte » constitue son premier geste d’autorité. En sa nouvelle qualité, il faudra tout de même l’interroger sur Ladj Ly et son passé troublant. Que pense-t-elle de la liberté amoureuse des femmes en Seine-Saint-Denis ? Que pense-t-elle de leur liberté à disposer de leur corps ? Pense-t-elle qu’il est de bon ton d’aller punir ceux qui participent avec ces femmes – dans le consentement le plus irréprochable – à cette même liberté amoureuse et sexuelle ? Adèle Haenel n’est pas sortie de la salle Pleyel, quand Les Misérables ont été récompensés. Un oubli, ou une inattention, sans doute. À moins que ce ne soit la crainte d’avoir des problèmes avec Aïssa Maïga. Enfin, il faudra bien l’interroger, Adèle Haenel, sur les manifestantes d’Osez le féminisme. Il faudra bien lui demander, à la nouvelle patronne du cinéma français, ce qu’elle pense de cette association si motivée à manifester son dégoût de Polanski, mais qui se trouve incapable, par la voix de sa porte-parole Alyssa Ahrabare, à caractériser ce qui arrivait à Mila. « Sale gouine », « sale Française », disaient ceux qui allaient ensuite menacer de mort la jeune lycéenne lesbienne et instagrammeuse. Y aura-t-il un seul journaliste pour poser toutes ces questions à Adèle Haenel ? Répondrait-elle qu’il est une honte que ceux qui ont menacé Mila de mort n’aient toujours pas été retrouvés et appréhendés ?

Elle n’en aura sans doute pas l’occasion. Mais qu’importe, après tout. Cette cérémonie a sonné aussi la fin d’une certaine idée du cinéma français. La victoire d’Adèle Haenel est aussi et surtout celle des futures parts de marché de Netflix.

Bienvenue dans la société 0% hypocrisie 100% transparence!


Notre chroniqueur politique David Desgouilles est abasourdi par l’affaire Benjamin Griveaux, ce candidat à la mairie de Paris malheureux contraint d’abandonner la course, suite à la publication de messages et vidéos privés.


Je ne me suis pas fait remarquer par la plus grande tendresse pour l’homme politique Benjamin Griveaux. Lui-même m’avait invité à prendre un café avec lui pour nous en expliquer après que je l’avais consciencieusement démoli dans d’autres colonnes sur la question « des clopes et du diesel ». N’étant pas parisien moi-même, la rencontre n’a pas pu se faire. Peut-être ai-je manqué l’occasion de me rendre compte que l’homme n’était pas antipathique. Peut-être même que nous nous serions très bien entendus. Peut-être pas. En tout cas, cela ne m’aurait pas empêché de lui adresser des critiques virulentes à nouveau. Ou d’adresser pourquoi pas un satisfecit, le cas échéant.

Parce que la politique, la vie publique, c’est une chose.

Et les rapports humains, la vie privée, c’en est une autre.

Bientôt ce sera votre tour

On le sait : les réseaux sociaux ont pour une bonne part brouillé ces repères, que l’on croyait pourtant attachés à notre culture nationale. On se souvenait de Malraux, et des hommes qu’il décrivait en « misérables tas de petits secrets ». On se souvenait que pour le Canard enchaîné – qui a dénoncé bien des « scandales » de nos puissants – l’investigation s’arrêtait à la porte de la chambre à coucher.  Là aussi, la révolution #MeToo a brouillé d’autres repères.

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Depuis ce matin, on me fait valoir qu’un « candidat à la mairie de Paris ne devrait pas faire ça ». On me demande d’imaginer si le Général de Gaulle etc. On m’explique même que Benjamin Griveaux mettait en avant sa famille dans sa campagne et que la divulgation de cette vidéo met fin à une hypocrisie. Hypocrisie, le mot est lâché. D’ailleurs il l’a aussi été par l’auteur de la mise en ligne des vidéos, un activiste russe qui bénéficie de l’asile politique dans notre beau pays de libertés.

Cette société 0% hypocrisie 100% transparence, elle vous fait tant envie ? L’an dernier, sortait au cinéma un film Le jeu. Dans un repas d’amis, chacun posait son téléphone et si une notification de l’un des appareils retentissait, le propriétaire devait en faire lecture à tous les autres convives. Un cauchemar ! Êtes-vous certains d’être si irréprochable ?

Aujourd’hui, c’est une « sextape » d’un homme politique en vue. C’est en effet spectaculaire, une première en France. Mais demain ? Demain ce sera vous !
Parce que vous guignez un poste dans votre boîte qui en intéresse d’autres. Parce que vous n’avez pas dit bonjour dans l’ascenseur. Parce que vous avez souri à quelqu’un et qu’il ne fallait pas. Ne vous croyez pas à l’abri. L’an dernier, un couple de propriétaires d’un supermarché a vu sa vie brisée parce qu’un activiste les avait retrouvés sur une photo d’une chasse (tout à fait légale) en Afrique. Plus personne n’est à l’abri. Demain, un pirate à qui vous avez grillé la priorité peut hacker votre téléphone et envoyer des textos compromettants à votre femme, à votre mari. Demain, il pourra mettre sur la place publique les propos que vous avez tenus sur votre patron.

Je regrette le retrait de Griveaux

Admettons que cela ne toucherait pas ceux qui, pour vivre heureux, vivent cachés. Gagnons-nous véritablement à voir dans nos vies publiques que des personnes à la vie privée irréprochable, sachant que cette définition diffère énormément selon les points de vue ? La perspective de subir la divulgation des éléments de la vie privée ne découragera-t-elle pas les meilleurs d’entre nous de briguer des postes exposés ?

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Voilà pourquoi il était urgent de soutenir Benjamin Griveaux et – si on le comprend néanmoins – regretter qu’il ait dû renoncer à sa candidature. Le jour où quelqu’un répondra : « Oui, et alors ? Je vous emmerde », les justiciers du net auront l’air des idiots qu’ils sont réellement. Mais, plus facile à dire qu’à faire. Il me semble que la réussite et la popularité de Donald Trump résident dans cette faculté de répondre : « Oui, et alors ? Je vous emmerde ». On craint à raison la multiplication des caméras à reconnaissance faciale, qui permettent de gérer le crédit social de centaines de millions d’individus en Chine. Aujourd’hui en France, il n’y a pas besoin de reconnaissance faciale, ni d’État. Un type qui ne vous aime pas suffira.

Cela vous fait envie, cette société ? Vivement que le réchauffement climatique nous en débarrasse. Tiens, je vais aller rouler en diesel, pour accélérer ça.

Brexit: les larmes de crocodile

Le cataclysme redouté n’aura pas lieu, mais que d’émotion


Hier, because Brexit, les eurodéputés de la Perfide Albion faisaient leurs grands adieux au parlement européen. Que d’émotion ! Alors que les médias pro-UE ne savent plus trop comment expliquer que l’invasion de sauterelles sur les campagnes anglaises n’aura finalement pas lieu, notre chroniqueur s’amuse et constate que les pays restant dans l’Union continueront de discuter dans la langue de Shakespeare dans l’hémicycle.

 

Trois ans et demi. C’est le temps qu’il a fallu au peuple britannique pour obtenir ce qu’il avait demandé dans les urnes au lieu des deux ans prévus à l’origine par les traités.

Aujourd’hui, c’est fait. « Ce n’est qu’un au-revoir » a résonné au parlement européen. A la radio ce matin, on apprenait que c’est l’impayable Nathalie Loiseau (LREM) qui avait compté parmi les initiateurs de ce chant. En quelle langue ce célèbre chant a-t-il été entonné ? En anglais ? Les députés non anglophones ne se sont jamais autant plaint des réunions exclusivement tenues dans la langue de Shakespeare, l’arrivée des députés LREM, réunis dans le groupe « Renew Europe » en étant les utilisateurs les plus zélés.

Les Brits s’en vont, mais les autres députés continueront de parler anglais entre eux. De l’autre côté de la Manche, on doit bien en rire.

Le parti d’en rire

Il n’y aurait pourtant pas de quoi rire, si nous devions nous résoudre à lire et écouter la plupart des médias de notre bon pays. Il y a deux mois dans ces colonnes, nous n’avions pas été tendre avec ces derniers et nous espérions sans grand espoir une remise en question. Elle n’est évidemment pas venue. Mardi soir, France 2 nous offrait un reportage comme seul le service public de l’audiovisuel en a le secret : « Ces Britanniques qui deviennent Allemands ». Une brave dame a peur de ne plus pouvoir voyager avec son mari et ses enfants de nationalité allemande. Un brave monsieur, dont la grand-mère avait obtenu la citoyenneté britannique après avoir fui l’Allemagne nazie, décide de faire le chemin inverse, fuyant le Brexit. Kolossale finesse ! vous avez compris, braves téléspectateurs, le Brexit, c’est comme le nazisme, il faut le fuir !

A la fin du reportage, on apprend néanmoins que le Brexit consommé, l’Allemagne, ce pays tellement plus ouvert que le Royaume-Uni, n’acceptera plus la double-nationalité pour les ressortissants d’un pays hors-UE. Il faudra choisir. C’est ballot !

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Avant le scrutin de l’été 2016, on se souvient que les dix plaies d’Egypte devaient s’abattre sur ce peuple réfractaire – ils ne sont pourtant pas gaulois – en cas de mauvaise décision. Et on nous annonçait la catastrophe pour le lendemain du scrutin, pas pour le moment où le Brexit serait effectif. Ensuite, voyant que lesdites plaies se faisaient attendre, et que la santé économique du Royaume, loin de chanceler, s’améliorait, on nous faisait valoir que c’était parce que le Brexit n’était pas encore entré en application… Nous y sommes enfin.

Gageons que si tous ces malheurs ne s’abattaient pas à minuit sur la Perfide Albion, les mêmes étaleront encore leur mauvaise foi. Et si l’on en croit une note du FMI, ils devront encore faire preuve de ressources en la matière.

Châtier les Britanniques?

Jean Quatremer ou Valérie Pécresse avaient lâché le morceau il y a quelques mois: il faut absolument que les Britanniques souffrent de cette décision de quitter l’Union européenne. Il faut les punir.

Entendons-nous : il est totalement compréhensible que le gouvernement français défende les intérêts nationaux dans la négociation du divorce. Par exemple, il n’y a aucun cadeau à faire aux Britanniques en matière d’accès de nos pêcheurs aux eaux territoriales britanniques. C’est vrai aussi en matière d’immigration ou de la fixation de la frontière de leur Royaume en vertu des accords du Touquet, les Français seraient inspirés de repousser la frontière de Calais à Douvres. Non : les propos de Quatremer, Pécresse ou d’autres n’étaient pas prononcés sur le registre de la défense des intérêts nationaux. Il s’agissait de faire un exemple. Derrière ces pathétiques menaces se cache la trouille que d’autres pays s’aperçoivent qu’on peut vivre sans l’Union européenne. Que quitter cette dernière comporte quelques inconvénients, mais qu’on peut aussi retirer bien des avantages à la souveraineté retrouvée. Et si la tentation de quitter l’UE devenait contagieuse, façon Coronavirus ?

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Tandis que la rédaction de France 2 comme de nombreuses autres continue de réciter son catéchisme européen, on a compris du côté de Berlin ou de Bruxelles qu’il fallait sans doute afficher davantage de modestie après ce départ, mais aussi après d’autres progressions électorales souverainistes. L’heure n’est plus à prévoir un nouveau traité encore plus fédéraliste que le précédent, mais à afficher – au moins – son attachement à la protection des identités nationales. La création d’une vice-présidence de la Commission européenne à la « promotion de notre mode de vie européen » n’est-elle pas un signe envoyé à ceux que cela démange d’imiter les Britanniques ?

Ce 31 janvier est historique car il démontre que la fameuse construction européenne dont on nous avait longtemps expliqué, à l’instar de Che Guevara, qu’elle était comme une bicyclette, tombant si elle n’avançait plus, a fait une pause. Et que c’était sans doute la seule manière de ne pas faire imploser définitivement l’UE.