Wanted, Marine Le Pen a disparu

Invitée de L’Emission politique, Marine Le Pen n’a pas semblé plus assurée hier soir que lors de son débat raté de la présidentielle

Marine Le Pen était l’invitée de L’Emission politique, hier soir. Elle était attendue puisque c’était sa première grande émission depuis le fameux débat du second tour de l’élection présidentielle. Mais plus encore, la première après le départ de son stratège Florian Philippot. C’est d’abord sur l’euro, point d’achoppement avec ce dernier, qu’elle a été interrogée par François Lenglet. C’est peu dire qu’elle n’a pas été plus convaincante que face à Emmanuel Macron.

L’euro, monnaie gênante et trébuchante

Cette fois, ce n’est pas la distinction entre monnaie unique et monnaie commune, insuffisamment maîtrisée, qui l’a fait trébucher, mais le nouveau calendrier du FN, faisant de la souveraineté monétaire un aboutissement et non plus un préalable, laissant même entendre qu’une sortie de l’euro n’était plus obligatoire si on arrivait à réformer la gestion de la monnaie. Marine Le Pen favorable à la perspective de « l’euro sympa », c’était effectivement nouveau, mais on n’y croyait guère, pas davantage qu’elle-même à ce moment-là, d’ailleurs. Marine Le Pen sait très bien, pour l’avoir dit elle-même pendant deux campagnes présidentielles, que la monnaie est d’abord un outil politique et que sa gestion constitue une arme pour faire plier ceux qui refusent de rentrer dans le rang. Qu’on en parle aux Grecs qui ont été menacés par Mario Draghi de voir leurs banques privées de liquidités au plus fort de la crise de 2015.

À terme, la France doit-elle sortir de l’euro? « Nous allons voir », répond Marine Le Pen.  21:27 – 19 oct. 2017

La présidente du FN a malgré tout lâché les véritables raisons de sa volte-face : les sondages et le marketing électoral, qu’elle a pourtant fustigés en fin d’émission, comme pour mieux se convaincre qu’elle n’y avait pas cédé elle-même.

Tout est à refaire

C’est ensuite Laurence Parisot qui est venu lui porter la contradiction sur le sujet du féminisme. C’est à ce moment-là que Marine Le Pen a été la plus à l’aise. Divine surprise pour la présidente du FN que cette invitée mystère : une ancienne présidente du Medef. Elle a ainsi pu développer la défense des petits et des sans-grades, au féminin. Un peu d’oxygène dans l’émission avant d’être confrontée à Gérald Darmanin qui lui a donné davantage de fil à retordre sur les questions fiscales.

Marine Le Pen ne semble pas avoir retrouvé la confiance et la sûreté qui étaient sa marque de fabrique il y a encore quelques mois. Le débat face à Emmanuel Macron pèse toujours et elle en est convenue elle-même, hier soir. Sa crédibilité en a souffert, en souffre toujours. Elle en paraît d’autant plus consciente que ce débat a été le point de départ du processus qui l’a amenée à se séparer de celui qui fut son stratège depuis 2009, pour se retrouver aujourd’hui isolée idéologiquement dans le parti qu’elle préside, et qui l’amène à dire et faire le contraire de ce qu’elle disait et faisait jusqu’au 3 mai dernier, sur les questions économiques.

Concurrents, un mot qui commence bien mal

Il ne sera pas facile de remonter la pente dans ces conditions, d’autant que Laurent Wauquiez vient aujourd’hui lui faire de la concurrence sur les questions identitaires, et que Florian Philippot développe sa petite entreprise, qu’on aurait tort de mésestimer. Invité la veille chez Zemmour et Naulleau, il a fait preuve d’une efficacité d’autant plus grande qu’il est, au contraire de son ex-candidate, en total accord avec lui-même. S’il continue d’être considéré comme un bon client dans les médias audiovisuels, son nouveau parti pourrait se développer plus vite qu’on ne l’aurait cru. D’autant plus que la prochaine échéance électorale est européenne… Les divorces sont surprenants. C’est parfois celui dont on croit qu’il va souffrir le plus qui, contre toute attente, se libère, laissant l’autre bien plus malheureux que prévu.

Présidence LR: Laurent Wauquiez, le candidat élu

« – Quand je pense qu’on allait faire des élections pour choisir un nouveau chef. Les urnes sont déjà pleines.

– Les urnes sont pleines avant les élections ?

– Oui mais on les jette à la mer sans les ouvrir, et après, c’est le plus fort qui gagne. Une coutume de chez nous. »

Ce dialogue entre Astérix et Ocatarinetabellatchitchix, lors de l’aventure corse du célèbre héros de Goscinny et d’Uderzo pourrait bien aussi illustrer ce qui se passe pendant cette pré-campagne de l’élection à la présidence des Républicains (LR). Une pré-campagne hallucinante, où un seul candidat est assuré de remplir les conditions nécessaires en termes de parrainages de parlementaires et adhérents, et où il peut même se permettre de choisir ceux qui auront le droit de l’affronter.

Un candidat pour les gouverner tous

Dans ce rôle, il ne s’agit pas d’un chef corse exilé, de retour sur ses terres, mais de Laurent Wauquiez. En droit commercial, on parlerait d’abus de position dominante, et il serait déjà sanctionné par l’autorité gérant la concurrence. Laurent Wauquiez dispose visiblement de tous les fichiers d’adhérents, il peut arroser ces derniers de mails depuis des semaines alors que certains de ses concurrents sont à moins de 4000 noms. Quand on sait qu’il faut 2347 signatures de militants pour passer la rampe, leur qualification mercredi à 20h tiendrait du miracle républicain.

D’ailleurs, l’une d’entre eux, Laurence Sailliet, proche de Xavier Bertrand a jeté l’éponge dimanche soir. Depuis quelques jours, on s’inquiète quand même en haut lieu. Si Laurent Wauquiez était le seul qualifié, que ne dirait-on pas encore sur le rapport de LR à la démocratie ? Ce serait pain bénit pour LREM et surtout les constructifs qui auraient beau jeu de railler sur « ce parti d’un autre temps » – je vous fais les éléments de langage à l’avance.

Florence Portelli: « Nous avons bradé notre souveraineté »

Donc, à la fête de la violette de son ami et soutien Peltier, Laurent Wauquiez s’est publiquement choisi un challenger, Daniel Fasquelle, incitant les militants à le parrainer. Pourtant Fasquelle est lui-même déjà trésorier, a donc un accès au fichier des adhérents et n’est donc pas le plus mal placé pour solliciter ces derniers. Quand il a découvert cette adresse de Wauquiez à Fasquelle dans le JDD, Julien Aubert qui rame pour obtenir les sésames, lui a ironiquement fait savoir via Twitter qu’il était prêt aussi à bénéficier de cette générosité. Il semble d’ailleurs que Laurent Wauquiez refuse totalement la perspective de voir le député de Vaucluse concourir. Deux parlementaires parrains de ce dernier, dont l’un issu de la région Auverne-Rhône-Alpes, ont ainsi été retournés par l’homme à la parka rouge.

Pour la 2ème fois, L.  me pique un parrain. Je passe de 13 à 12 : veut-il vraiment un débat démocratique ou juste du playback ?

Pourquoi cette attention particulière ? Serait-ce parce qu’Aubert pourrait lui manger une partie de la laine eurosceptique sur le dos ?

Un front « Tout sauf Wauquiez »?

On s’inquiète donc en haut lieu de l’image que pourrait donner ce scrutin avec un seul bulletin possible et on a demandé à Madame Levade, grande organisatrice qui avait déjà présidé la haute autorité à la primaire, de voir si on ne pourrait pas assouplir les règles, par exemple en donnant un délai supplémentaire pour obtenir les parrainages. Mais l’inflexible Anne Levade se fait tirer l’oreille. Notons qu’elle n’est pas très regardante sur l’abus de position dominante que constitue le privilège d’avoir accès aux fichiers. Dans un monde normal, son premier travail aurait été de s’assurer que tous les candidats potentiels soient à égalité pour pouvoir solliciter les parrainages. C’est ce qu’on appelle la souplesse à géométrie variable.

Julien Aubert: « Je veux restaurer la primauté du droit national sur le droit européen »

Maël de Calan, proche d’Alain Juppé, et Florence Portelli, proche de Valérie Pécresse, semblent en meilleure position que Julien Aubert pour être sur la ligne de départ. Mais en abusant de sa position, Laurent Wauquiez ne s’est pas fait que des amis. Si jamais Florence Portelli devait être sa seule adversaire, on peut compter sur sa pugnacité, et l’énervement suscité par les conditions de la pré-campagne pour voir se constituer un front TSW, « tout sauf Wauquiez ». On voit mal, par exemple, comment Julien Aubert pourrait soutenir celui qui a tout fait pour le mettre sous l’éteignoir.

Les Républicains ont besoin d’un débat idéologique

Mais le verrouillage n’est pas le seul en cause. Même avec ces abus de position dominante, on s’interroge sur la faible mobilisation des adhérents LR. Voilà 234 700 personnes censément politisées, et qui ne comprennent pas l’intérêt d’un débat idéologique dans leur parti. Peut-on l’expliquer par le traumatisme né de la guerre Copé-Fillon de 2012 ? Les militants se diraient que la démocratie interne (primaires incluses) n’a pas que des avantages et seraient nostalgique de l’ordre ancien avec un seul candidat possible ? Si c’était le cas, ces frileux militants se mettraient le doigt dans l’œil. Car la meilleure garantie de ne pas assister à une bagarre de chiffonniers comme en 2012, c’est justement de permettre un véritable débat idéologique que seule la présence de toutes les tendances peut garantir.

S’il y a un duel Wauquiez-Portelli dès le premier tour, le débat se fera sur le style et la personnalité. Les médias choisiront leur gentil et leur méchant, comme en 2012, et c’est ainsi que la campagne pourrait dégénérer. Or, LR a, comme beaucoup d’autres partis politiques, besoin d’un véritable débat sur sa ligne et son positionnement politique. Il doit discuter idéologie, afin de pouvoir exister dans la recomposition du paysage politique. C’est à ce prix que les fondations pourront être solides. Il est désespérant que les adhérents de LR n’aient pas saisi cette évidence. Plus encore, il est consternant que Laurent Wauquiez refuse, par confort, cette confrontation, prenant le risque de devenir début décembre un colosse aux pieds d’argile.

Séguin, le patriote inoublié

Philippe Séguin avait déjà fait l’objet de biographies. Deux d’entre elles, les meilleures jusque-là, avaient été publiées dans le courant des années 1990. Ne figuraient donc pas la présidence du RPR ni la campagne des élections municipales de Paris de 2001 ; elles n’intégraient pas non plus les Mémoires de Séguin, parues en 2003. Surtout, ces deux biographies étaient l’œuvre de journalistes, Bruno Seznec pour la première, et Jean-Baptiste Prédali et Jérôme Cathala pour la seconde. Non pas que les journalistes seraient illégitimes dans l’exercice, bien au contraire, d’autant que, répétons-le, ces deux-là étaient de véritables réussites. Mais l’ouvrage paru récemment aux Editions Perrin, Philippe Séguin le remords de la droite, est l’œuvre d’un historien, déjà auteur de biographies de Lyautey, Péguy, Richelieu, et Louis-Philippe.

Séguin comme il était

Il est publié sept ans après le décès de Philippe Séguin ce qui lui confère un recul que ne pouvait avoir une biographie écrite par des journalistes qui continuaient de le rencontrer régulièrement. Du recul, Arnaud Teyssier en a fait preuve dans cet ouvrage passionnant, que j’attendais depuis quelques mois, aussitôt qu’une indiscrétion m’avait fait connaître qu’il était en cours de publication. Je n’ai pas été déçu.

Tout au long des quatre-cents pages, j’ai reconnu celui derrière lequel j’ai milité, ses forces et ses faiblesses. J’ai reconnu mon Séguin, son hyperactivité, son caractère ombrageux. J’ai reconnu les épisodes qui avaient jalonné ma vie de jeune militant une grosse dizaine d’années durant. Le recul d’Arnaud Teyssier aurait pu être fragilisé par les quelques mois passés en tant que collaborateur de son objet d’études, à la présidence de l’Assemblée nationale. Il n’en est rien, cette expérience venant au contraire enrichir le travail de l’historien.

Comment les Français ont-ils pu passer à côté de Philippe Séguin ?

Bien entendu, Teyssier aime son sujet, mais il ne perd jamais de vue l’objectif de son ouvrage : restituer la vérité du parcours de Philippe Séguin, un homme qui a finalement été seulement deux ans au pouvoir pendant vingt-cinq mois au ministère du Travail et des Affaires sociales il y a trente ans, mais dont le décès avait fait l’objet d’une grande émotion dans tout le pays en janvier 2010. Séguin, ce remords de la droite, titre Teyssier, mais sans doute aussi au-delà de cette dernière. Comment Séguin a-t-il pu passer à côté de son destin ? Mieux encore, comment les Français ont-ils pu passer à côté de Philippe Séguin ? On trouvera beaucoup de réponses dans l’ouvrage d’Arnaud Teyssier. J’y ai moi-même retrouvé pourquoi je l’avais si longtemps soutenu et pourquoi soudainement, je m’en étais finalement détaché, à l’automne 1998.

Sur cet ouvrage, je n’aurais qu’un reproche et une réserve à formuler. Le reproche, léger, c’est peut-être de ne pas avoir assez creusé la relation de Séguin avec ses alliés, et notamment Charles Pasqua. On me dira que c’est plutôt l’œuvre des bios de journalistes que de creuser ce genre d’aspect mais, justement, sans doute que ceux-ci le font trop et que le tort de l’historien Teyssier est peut-être de ne pas l’avoir assez fait. La réserve est factuelle : l’auteur, qui est pourtant très attaché à la question institutionnelle et dont on comprend qu’il est un partisan convaincu de la constitution telle que pratiquée par De Gaulle, date la conversion de Philippe Séguin à l’idée de passer au régime présidentiel au début de ce siècle, au moment de l’adoption du quinquennat. Or, cette conversion était plus ancienne d’une dizaine d’années puisqu’on en trouve la trace dans une motion déposée au RPR en 1989 et dans le livre d’entretiens accordés à Pierre Servent, publié en 1990.

Une petite erreur en quatre-cents pages ne m’empêchera pas de recommander la lecture de cette biographie que les amoureux de politique et/ou d’histoire dévoreront avec appétit.

Le Pen-Philippot: ils se sont tant aimés…

Hier soir, face à Laurence Ferrari, Florian Philippot a utilisé l’imparfait quant à sa participation au FN.

Certes, il n’a pas l’intention de prendre l’initiative de ce départ, précisant qu’il « faudra [le] démettre ». Mais quand on l’écoutait parler au passé de son militantisme pour le Front et évoquer le constat « terrifiant » de changement de ligne, on comprenait qu’il avait intégré la rupture. Dès juin, en fait, Florian Philippot était dans le viseur. Nous étions allés voir Sophie Montel, toute fraîchement débarquée de sa présidence de groupe au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et nous avions compris – et écrit – que c’était bien le stratège qui était visé à travers son plus proche lieutenant. Pour avoir commis ce papier, nous avons d’abord été accusés d’être manipulés par Montel, puis plus récemment de l’avoir manipulée, participant à un plan machiavélique aboutissant à la crise du FN. On ne rit pas.

Accord perdu

Il y a quelques jours, notre camarade Daoud Boughezala annonçait sur Causeur.fr que la deuxième phase de la purge était dans les tuyaux, c’était le tour de Philippot. Nicolas Bay est venu installer le successeur de Montel à Dijon et d’autres proches du duo social-souverainiste ont été destitués de leur poste de secrétaire départemental : Robert Sennerich, conjoint de Sophie Montel, dans le Doubs, et Lilian Noirot en Saône et Loire. Surtout, Marine Le Pen elle-même est montée au front, entamant un dialogue avec Florian Philippot par médias audiovisuels interposés. Il devait choisir entre son poste de vice-président du FN et la présidence de son association « Les Patriotes » ; il devait se soumettre ou se démettre. A chaque fois, l’ex-stratège du FN a répondu qu’il ne ferait pas lui-même ce choix, arguant que cette demande était illégitime. Hier soir, il a semblé indiquer qu’il prenait acte du projet de Marine Le Pen de le démettre de ses fonctions exécutives dans le parti. Plus tard, dans la soirée, Marine Le Pen retirait sa délégation à la communication et à la stratégie à Florian Philippot, qui demeure vice-président, mais à rien du tout. Encore une minute monsieur le bourreau !

Ils se sont tant aimés, ces deux-là. Marine Le Pen, avant même de prendre les commandes du FN, souhaitait en faire un parti souverainiste, affranchi du clivage droite-gauche. Ses idées, elle les avait couchées sur le papier dans un livre paru en 2006 A contreflots. Bien avant qu’elle ne connaisse l’existence de Florian Philippot. Tous ceux qui ont expliqué depuis des années que Marine Le Pen était sous influence – voire gouroutisée – par le jeune énarque confondaient cause et conséquence. Marine n’est pas devenue souverainiste à cause de Florian ; Marine a engagé Florian parce qu’elle se pensait souverainiste. Elle avait besoin de lui à double titre : d’abord pour l’aider à concevoir le logiciel politique qui correspondait à ses idées ; ensuite pour symboliser le visage de la dédiabolisation, en être sa vitrine avenante. Ils se sont donc tant aimés, au point qu’elle lui pardonnait tout et qu’elle n’a jamais su vraiment fixer de limites au pouvoir que Philippot prenait, par sa boulimie de travail surtout, mais aussi parfois par une intolérance aux autres tendances du FN.

Y a-t-il un chef au Front national?

Ainsi Marine Le Pen a-t-elle laissé s’installer ce qu’elle a nommé plus tard « les chicayas » entre deux fortes personnalités qui auraient pu s’additionner si elle avait été un chef, un vrai. Au lieu de cela, elle a fini par dégoûter sa nièce, partie se faire voir dans le secteur privé. Personne ne pourra dire que c’est Marion qui a tué Philippot. Au lieu de cela, Marine Le Pen s’est donc résolue à lâcher celui qu’elle aimait tant, mais plus grave encore, celui avec lequel elle était d’accord sur tout. Car ce qui est le plus incompréhensible dans ce divorce, c’est que Marine Le Pen continue de professer le ni-droite ni-gauche et de fustiger cette « chimère d’union des droites » sur les ondes. Et pourtant, elle élimine celui qui a travaillé avec elle depuis 2009 sur la première stratégie pour donner raison à ceux qui défendent la seconde. Allez comprendre ! Mais peut-être que tout cela ne répond à aucune logique. Que c’est tout simplement le fruit de la fragilité humaine.

Marine Le Pen, sous ses abords de guerrière sans foi ni loi, ne serait-elle pas plus fragile qu’elle n’en a l’air ? On a souvent constaté qu’elle n’était pas capable de réunir Marion Maréchal et Florian Philippot dans une même pièce, taper du poing sur la table et leur intimer l’ordre de se parler, organiser avec eux leur complémentarité. On l’a observé plus récemment laisser couper la tête de Sophie Montel à distance de trois-cent-cinquante kilomètres, pour des motifs d’une futilité ridicule, confondant autoritarisme et autorité. Et on la voit aujourd’hui, brinquebalée entre son secrétaire général Nicolas Bay et Louis Aliot – dont notre consoeur Pauline de Saint-Rémy nous disait hier matin sur RTL qu’il suscitait pourtant chez elle de la sidération quand il évoque le FN en « droite populaire ». Certains pourraient rétorquer que le départ de Marion Maréchal et de Florian Philippot laissent la place nette à la présidente du FN, et que ce n’est après tout pas une mauvaise affaire. Plus de « chicayas », et pas de concurrence politique.

Ce calcul serait pourtant loin d’être payant. D’abord parce que son parti s’appauvrit intellectuellement et politiquement ; ensuite parce que des bisbilles pourraient bien apparaître prochainement entre Bay et Aliot et qu’on n’est pas certain qu’elles soient mieux gérées ; enfin parce que cela démontre à ciel ouvert que Marine Le Pen n’a rien d’un chef, ce qui est gênant quand on prétend à la magistrature suprême.

Marine Le Pen souffre encore de l’image qu’elle a donnée lors du face-à-face du second tour de l’élection présidentielle. Elle était apparue comme agressive et incompétente. Mais au moins lui restait-il l’image d’un chef de guerre déterminé. Ceux qui contemplent le spectacle donné par le FN ces jours-ci apprennent que cette image-là aussi s’avère très surfaite.

Philippot/Dupont-Aignan: Tournez manège à la droite de la droite

« On a parfois l’impression d’assister à une boum de collégiens où ceux qui devraient s’embrasser ne le font pas »

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, le paysage politique français est en pleine décomposition et à part les deux seuls mouvements neufs issus de l’élection présidentielle, c’est à dire celui du président et la France insoumise, aucune recomposition n’est encore amorcée. C’est d’ailleurs pour cette raison que la seule opposition actuellement audible est celle de Jean-Luc Mélenchon : comme Emmanuel Macron, il avait configuré son outil politique pour – et juste avant – l’élection présidentielle.

Laissons pour l’instant de côté le flanc gauche et intéressons-nous à ce qui se passe à droite et notamment à la droite de la droite. Car c’est dans ce secteur du paysage politique qu’un vrai bouillonnement est à l’œuvre. Causeur.fr a notamment évoqué la semaine dernière le cas de Florian Philippot. Le stratège frontiste se trouve actuellement au centre des attentions médiatiques tant sa situation est déterminante dans le paysage. Restera, restera pas au Front ? Tout porte à croire aujourd’hui que Marine Le Pen a décidé de ne plus lui accorder la place privilégiée qu’elle lui garantissait jusqu’à mai dernier.

Philippot I, fin de règne

Samedi à Brachay, elle a donné des gages à son aile droite en prononçant un discours que les observateurs ont qualifié de « retour au fondamentaux du FN » : l’immigration, l’insécurité, et l’islam. Si on se place cette fois sur le plan des promotions et des relégations des personnalités dans le parti, on note que le secrétaire général Nicolas Bay a obtenu de succéder à Marine Le Pen à la présidence du groupe qu’elle occupait au Parlement européen. Florian Philippot a beau expliquer qu’il ne guignait pas le poste, on a du mal à croire qu’il ne l’aurait pas accepté si elle le lui avait proposé.

Il y a quelques mois encore, un autre rapport de forces aurait abouti à sa désignation et l’aile nationale-libérale n’aurait eu qu’à ronger son frein. Mais l’affaire Montel a démontré que Marine Le Pen avait décidé d’écouter aujourd’hui davantage Nicolas Bay (qu’elle a d’ailleurs mandaté pour installer le successeur de Sophie Montel à Dijon) et Louis Alliot que Florian Philippot.

Du côté des partisans de ce dernier, c’est actuellement la grosse déprime. Si on a enregistré quelques départs du FN dans l’entourage de Sophie Montel, celui qui est encore vice-président du Front chargé de la stratégie et de la communication ne semble pas décidé à démissionner de son parti. En début de semaine sur LCI, Audrey Crespo-Mara l’a poussé dans ses retranchements en lui posant la question de son départ. Comme d’habitude il a répondu qu’il partirait le jour où il aurait le sentiment de ne plus défendre ses convictions, si le « FN n’était plus patriote et souverainiste ». Mais il a ajouté cette phrase : « Pour le moment, le FN semble rester patriote et souverainiste » (à partir de 14’45 ») Tout est dans l’utilisation du verbe « sembler »…

Ce qui le met encore en difficulté et qui le retient dans un rôle de trublion au sein du FN, c’est qu’il ne semble pas avoir pour l’heure d’autres interlocuteurs. Car s’il se félicite souvent du renfort de Nicolas Dupont-Aignan intervenu entre les deux tours de l’élection présidentielle, le président de Debout La France (DLF) n’est plus du tout sur la même ligne que lui. Après avoir longtemps cru – ou laissé croire à ses partisans – qu’il était favorable comme Florian Philippot à la coalition de la France du « non », Nicolas Dupont-Aignan ne jure aujourd’hui plus que par « l’union des droites ». Ces deux-là jouent actuellement une drôle de danse, se proposant mutuellement des offres d’alliances tout en sachant pertinemment qu’ils ne partagent plus la même ligne stratégique. C’est d’ailleurs aussi le cas sur le plan idéologique puisque Nicolas Dupont-Aignan a même précédé Marine Le Pen dans l’abandon de la sortie de l’euro.

NDA, le pestiféré

Nicolas Dupont-Aignan ne fait pas que des offres à Marine Le Pen et Florian Philippot. Il a aussi des attentions pour Laurent Wauquiez. Et là, on assiste à l’effet inverse. Même s’il partage la nouvelle ligne de DLF, celle d’une droite qui s’affiche en tant que telle, le favori de l’élection de la présidence des Républicains (LR) a plusieurs fois affirmé que Nicolas Dupont-Aignan était désormais infréquentable : il a touché Marine Le Pen, il est désormais « intouchable », au sens indien du terme.

La situation du président de DLF n’est donc guère plus enviable que celle de Florian Philippot. D’autant plus qu’une partie de ses anciens cadres a décidé de faire une scission et de créer l’Unité nationale citoyenne (l’UNC). La nouvelle structure organise d’ailleurs sa première grande réunion une semaine après l’université de rentrée de DLF qui se tient ce week-end. L’UNC, quant à elle, croit toujours à l’alliance des Républicains des deux rives, à une coalition de la France du « non » qui aspirerait les électeurs du FN sans s’allier avec lui. Elle fait le même pari que Laurent Wauquiez mais dans un objectif inverse. Pourrait-elle en revanche converger avec un Florian Philippot qui quitterait le FN ? Idéologiquement et stratégiquement, ce serait logique.

Mais rien n’est logique dans cette histoire, où on a parfois l’impression d’assister à une boum de collégiens où ceux qui devraient s’embrasser ne le font pas, où certains dansent avec des interlocuteurs qui ne veulent pas d’eux et où les inimitiés anciennes ou récentes comptent davantage que la logique et le bon sens. Il faudra sans doute plusieurs mois, voire plusieurs années avant d’y voir plus clair de ce côté du spectre politique national.

«Je veux restaurer la primauté du droit national sur le droit européen»

Entretien avec Julien Aubert, candidat à la présidence de LR

David Desgouilles. Après Laurence Sailliet, Florence Portelli, Daniel Fasquelle et Laurent Wauquiez, vous avez décidé de vous porter candidat à la présidence des Républicains. Quel est le sens de cette candidature ?

Julien Aubert. Notre mouvement souffre depuis plusieurs années de « luttes d’écuries ». Entre les élections présidentielles, ce sont des accords de façade pour maintenir une paix armée. Au moment crucial, les querelles de personnes prennent le dessus. De 2012 à 2017, la Droite ne s’est pas interrogée sur ses idées, ses fractures, ses contradictions. Je ne suis attaché à aucune écurie, j’ai gagné sur mon nom deux élections dans un département difficile tenté par le vote protestataire, je suis député et siège là où le rapport de forces national se noue. Je crois donc que je suis légitime et surtout bien placé pour rebâtir notre parti. Je ne crois pas qu’on puisse reconstruire notre mouvement en continuant avec ceux qui, en responsabilité, tenaient un autre discours ou n’ont pas pris les mesures nécessaires au redressement de notre pays. La question posée aux militants est : en avez-vous assez des guerres intestines ? Si la réponse est oui, je peux être l’instrument de cette refondation. Je souhaite deux choses : réintroduire le débat d’idées et restaurer l’esprit de compagnonnage des origines du mouvement gaulliste.

Dans ces colonnes, Florence Portelli dénonçait il y a quelques jours le fait que la France ait « bradé sa souveraineté ». Mais elle ajoutait qu’on ne « pouvait pas revenir » sur cette « reddition ». Partagez-vous la même analyse ?

Oui sur le diagnostic, non sur le médicament. La souveraineté ne se partage pas. Revenir sur ces limitations de la souveraineté, c’est justement la première chose qu’il faut faire si on veut restaurer « l’outil politique ». Pourquoi croyez-vous que les gens ne votent plus ou votent protestataire ? Si voter ne sert à rien, puisqu’on ne peut pas revenir sur certains sujets complexes (comme par exemple la directive Travailleurs détachés), alors à quoi servons-nous, nous les élus ? Notre système juridique doit se dégager de la mainmise jurisprudentielle des cours européennes pour pouvoir notamment redonner au Parlement français les moyens d’agir, par exemple en matière de lutte contre l’immigration ou d’organisation de la justice. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux une réforme constitutionnelle qui rétablira la primauté de la Constitution sur le droit dérivé (réglements, directives) de l’Union européenne. Par ailleurs, à l’heure où beaucoup parlent d’identité, comment ne pas voir qu’il n’est pas possible de défendre notre identité sans recouvrer la maîtrise de tous les outils politiques, donc notre souveraineté ? Tout le reste n’est que de la mousse.

La victoire d’Emmanuel Macron a recomposé le paysage politique. Certains de vos anciens collègues députés LR se trouvent aujourd’hui à Matignon ou à Bercy. L’explosion de LR n’est-elle pas inéluctable et même nécessaire afin que le paysage politique gagne en cohérence idéologique ?

Le gaullisme ce n’est pas « la droite ». C’est un courant de pensée beaucoup plus complexe, qui a une vision de l’économie qui n’est certainement pas celui de la social-démocratie ou du centre libéral. Je souhaite organiser le débat, définir ce qui est majoritaire et minoritaire. Ensuite, je proposerai une ou plusieurs solutions organisationnelles pour faire évoluer la structure des LR. Ma préférence personnelle irait à une confédération de type CDU-CSU, avec deux formations au contenu idéologique différent, à l’implantation géographique non concurrentielle, qui seraient alliées. L’une d’elles serait un grand parti patriote, gaulliste, populaire.

Laurent Wauquiez a refusé la main tendue par Nicolas Dupont-Aignan,considérant que son soutien à Marine Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle constituait « un aller sans retour ». Vous qui avez été proche du président de DLF, accepteriez-vous cette main tendue si vous étiez élu à la présidence des Républicains ?

Qu’il y ait des gens qui se réclament du gaullisme comme Nicolas Dupont-Aignan en dehors des LR montre bien que nous avons un petit souci de positionnement idéologique. Je n’approuve pas le choix fait par NDA entre les deux tours : la famille Le Pen, ce n’est pas le gaullisme. Notre avenir ne passera pas par des accords de cuisine électorale mais par un projet novateur, patriote, et populaire. A ce moment là, ceux qui sont partis auront des motifs légitimes de revenir.

Quand on vote la confiance au gouvernement après le discours de politique générale du premier ministre, on s’inscrit dans la majorité. Quand on vote contre la confiance, on se positionne dans l’opposition. Où êtes-vous, lorsque, comme soixante-quatorze autres collègues LR, vous vous abstenez sur un vote aussi décisif ?

« Ce n’est pas la droite, la France. Ce n’est pas la gauche, la France. », disait le Général de Gaulle. Je suis un adversaire de la majorité présidentielle mais je souhaite la réussite de mon pays. Je n’ai pas voulu accorder ma confiance car l’esprit social-libéral du quinquennat et plusieurs réformes annoncées (CSG, centrales nucléaires, RSI…) sont assez éloignées de ma vision pour mon pays. Néanmoins, je n’ai pas voulu non plus voter à ce stade une défiance totale car ce que souhaite faire le gouvernement en matière d’éducation me semble aller dans le bon sens. J’ai donc opté pour la 3ème solution qui nous était proposée, sachant que l’abstention au Parlement n’est pas l’abstention au sens courant du terme : ce serait plutôt un vote blanc. Nous verrons dans un an.

« La France pourrait retrouver une position médiane entre Washington et Moscou »

David Desgouilles: Le fil conducteur de votre livre est l’existence d’une rupture « atlantiste » voire « néoconservatrice » de la diplomatie française, rupture que vous datez à l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Les deux derniers quinquennats seraient marqués non seulement par un alignement sur les États-Unis mais même par une surenchère pouvant gêner Washington aux entournures. Si on gêne notre allié, cela ne prouve-t-il pas qu’on n’est pas si aligné que vous le dites ?

Hadrien Desuin: Vous avez raison de souligner ce paradoxe. Après les ambiguïtés du chiraquisme diplomatique, Nicolas Sarkozy a fait le choix de réintégrer complètement ce qu’il a appelé « la famille occidentale ». Il a achevé le progressif retour « à la normale » entamé par les successeurs du général De Gaulle. Amitié avec les Bush, préparation du retour unilatéral dans le comité militaire de l’OTAN, soutien accru en Afghanistan. On parle alors d’atlantisme. Nicolas Sarkozy a ensuite mené, à partir de 2011, pendant la présidence Obama, une avant-garde démocratique en Libye et en Syrie. Politique poursuivie par François Hollande et que j’appelle « l’ultratlantisme ». Une stratégie parfois justifiée au nom de l’indépendance de la France face aux États-Unis!

« L’ultratlantisme » a vraiment débuté à l’occasion des printemps arabes. Inversion des rôles que l’administration Obama avait appelée « leadership from behind », autrement dit, canaliser les nouveaux chiens fous de la guerre humanitaire et de la démocratie par les armes.

Le duo Chirac-Villepin et son fait diplomatique marquant – le refus de la guerre en Irak – ne constitue-t-il pas un arbre « indépendant » qui cache la forêt « atlantiste » ? Après tout, sur le dossier yougoslave, Jacques Chirac ne s’est-il pas montré très faible par rapport aux desideratas des États-Unis, notamment à la conférence de Rambouillet sur le Kosovo ? De plus, c’est lui qui avait amorcé le retour progressif dans le commandement intégré de l’OTAN.

Bien sûr. La Yougoslavie est une tâche indélébile dans le bilan diplomatique de Jacques Chirac. Tout d’abord parce que le Kosovo a été une guerre décidée sans l’aval du Conseil de Sécurité des Nations unies. Et ensuite parce que c’est une mission de « stabilisation » de l’OTAN en Europe et donc sous direction américaine. Laquelle n’a rien réglé.

A sa décharge, il était attaqué pour avoir relancé les essais nucléaires il ne supportait plus la faiblesse de la Forpronu. Il n’a pas vu l’engrenage otanien tandis que l’armée française faisait son possible pour atténuer le parti pris pro-albanais et pro-bosniaque dans ce conflit. Madeleine Albright et Bill Clinton sont, bien entendu, les principaux responsables de ce fiasco.

Mais en effet, Jacques Chirac n’a pas su faire entendre une voix indépendante sur ce dossier. Rétrospectivement, on observe que la complète réintégration française dans l’OTAN commence à ce moment-là. Sans doute parce que Chirac, comme Mitterrand et Giscard avant lui, avait peur de se retrouver « seul » (dans le sens où Le Monde critiquait « la France seule » à l’époque du général De Gaulle.)

Cela n’enlève rien à la décision courageuse prise au sujet de l’Irak quatre ans plus tard. Malheureusement, le veto de 2003 n’aura pas de suite stratégique. Les Américains renversent Saddam [Hussein] et la France, au lieu de maintenir sa position, va tout faire pour se rabibocher avec l’Amérique par la suite. Jean-David Lévitte [ambassadeur de France aux Etats-Unis] est à la manœuvre à cette époque-là. Et l’alignement pro-sunnite et donc pro-saoudien au Liban, derrière les Hariri, sera le principal geste de la réconciliation franco-américaine en 2005-2006. La mésentente franco-américaine entre Chirac et Bush va pourtant perdurer, entretenue par une campagne de presse anglo-saxonne ahurissante. Aux funérailles de Jean-Paul II, Chirac et Bush sont à deux pas mais s’ignorent. En 2006, Vladimir Poutine reçoit la grand-croix de la Légion d’Honneur des mains du président.

Jacques Chirac a été un chef d’État bourré d’ambiguïtés et de contradictions. C’est un homme de coups et de réseaux d’amitiés. Il n’a pas eu de stratégie diplomatique cohérente. C’est pourquoi, il accepte d’élargir l’Europe vers l’Est dans le sillage de l’OTAN sans comprendre que cela ne pouvait que renforcer l’Allemagne et les États-Unis. Le traité de Nice de 2001 divise par deux le potentiel de puissance de la France à Bruxelles. La liste des erreurs stratégiques est longue…

Dans le bilan peu flatteur que vous dressez du quinquennat Hollande, vous faites une exception pour Jean-Yves Le Drian et son principal collaborateur Cédric Lewandowski. Pouvez-vous nous expliquer leur rôle ?

Je ne suis pas dans le secret des dieux. Toutefois, je ne crois pas à la théorie, qu’on entend parfois, selon laquelle Jean-Yves Le Drian était la marionnette de son directeur de cabinet. Il y avait une forte complicité entre ces deux hommes très complémentaires, c’est évident. Cédric Lewandowski a visiblement tenu son cabinet et su faire face aux autres ministères. Il a bien fait tourner la boutique mais je ne le vois pas en conseiller stratégique. Jean-Yves Le Drian savait écouter ses grands subordonnés qui étaient les différents chefs d’État-major des armées. Or ces militaires n’étaient pas à ma connaissance des idéologues plus ou moins compromis par des intérêts inavouables. Et donc la situation en Libye et en Syrie a été dévoilée sans fard au ministre. A savoir que, si l’on continuait dans cette direction, on allait livrer tout le Moyen-Orient aux djihadistes.

Comme la loyauté de Le Drian n’a jamais été prise en défaut par François Hollande et que ses ambitions étaient modestes, il a été écouté par le président quand il a fallu sortir de l’impasse, en particulier dans le dossier Mistral. Jean-Yves Le Drian a cultivé aussi de très bons rapports avec les Emiriens et les Égyptiens, lesquels ont été les plus clairvoyants sur les dérives islamistes des printemps arabes. Jean-Yves Le Drian a rapidement fait le lien avec la situation au Sahel. Bons rapports qui ont accessoirement débouchés sur des ventes d’armement. Laurent Fabius se désintéressant globalement de l’Afrique, le ministère de la Défense a pris la main sur ce dossier et poussé François Hollande à davantage de réalisme dans cette région et au-delà.

Comment interprétez-vous le transfert de Jean-Yves Le Drian du ministère de la Défense au Quai d’Orsay ? Cela signifie-t-il que nous refermons la parenthèse de la « France atlantiste » décrite dans votre ouvrage ?

La France atlantiste, c’est trop tôt pour le dire, la France « ultratlantiste » c’est probable. Selon moi, le transfert de Jean-Yves Le Drian au Quai d’Orsay ne signifie pas du tout sa marginalisation comme certains se plaisent à le dire. Certes, Le Drian a perdu son fidèle dircab’ parce que, dit-on, Alexis Kohler ne voulait pas travailler avec lui; mais on ne dirige pas le ministère de la Défense comme on dirige celui des Affaires étrangères. Le Drian n’est pas marginalisé. La preuve, Emmanuel Macron a épousé ses vues stratégiques, à savoir un « gaullo-mitterrandisme » plus conforme aux intérêts de la France (bien que cette formule védrinienne cache beaucoup d’ambiguïtés stratégiques). Emmanuel Macron a clairement annoncé qu’il en était fini de la décennie néo-conservatrice que nous venons de subir. La France pourrait dès lors retrouver une position médiane, à mi-chemin entre Washington et Moscou. Ce qui peut lui permettre de rejouer un rôle sur la scène mondiale. Cela dit, Jean-Yves Le Drian va devoir au préalable écarter certains diplomates néo-cons, bien installés au Quai depuis des années. Il pourra alors pleinement exercer son influence à l’Élysée. Emmanuel Macron a choisi un conseiller diplomatique plutôt réaliste, Philippe Étienne, mais a conservé comme adjoint un ami proche, plutôt à tendance atlantiste, Aurélien Lechevallier. Souhaitons que la hiérarchie l’emporte sur l’amitié…

Comment jugez-vous les premiers pas d’Emmanuel Macron sur la scène internationale ? Comment se situe-t-il par rapport aux autres présidents ?

Les débuts en politique étrangère d’Emmanuel Macron ont largement contribué à « l’état de grâce » présidentiel. La reprise des sujets intérieurs dans le fil de l’actualité (APL, moralisation de la vie publique, affaire de Villiers..) ont stoppé net la jolie séquence internationale. Après un quinquennat Hollande apathique, il était facile pour Emmanuel Macron de briller. D’autant qu’il n’a pas hésité à recevoir Poutine à Versailles et Trump sur les Champs-Élysées, ce que Hollande n’aurait jamais pu faire. Les débuts ne pouvaient être que positifs. On a senti que la France voulait revenir dans le règlement des problèmes libyen et syrien, ce qui est une obsession de Jean-Yves Le Drian depuis longtemps. On attend les résultats désormais.

Emmanuel Macron a d’abord fait beaucoup de communication, comme s’il avait du mal à quitter la campagne électorale. On a beaucoup glosé sur sa poignée de main avec Trump et sa vidéo où il pastiche le slogan de campagne du président américain: « make our planet great again ». La conférence de presse où il a mis mal à l’aise Poutine à propos des médias russes a fait couler beaucoup d’encre. Est-ce que cela est forcément dans nos intérêts d’humilier un partenaire en public? J’espère que le président n’a pas gaspillé précipitamment son état de grâce international. Désormais, on rentre dans le dur, il faut traiter les dossiers entre deux fortes têtes, Poutine et Trump. Encore une fois, c’est en Afrique et au Moyen-Orient que la France peut tirer son épingle du jeu. Or Macron a donné son accord pour que l’OTAN intervienne sur le théâtre irako-syrien et parle « en même temps » de relancer l’Europe de la Défense. Il ne veut pas rouvrir l’ambassade à Damas mais veut discuter « en même temps » avec Bachar Al-Assad.

Je vois donc plutôt une restauration « chiraco-mitterrandienne »: une diplomatie faite de coups isolés, sans doctrine stratégique très claire. Par ailleurs, il faudra gérer l’après-Brexit à Bruxelles. Parfois je rêve que la France, l’Allemagne et l’Italie s’octroient chacune une minorité de blocage au Conseil européen. Un droit de veto pour que les trois grandes puissances européennes soient susceptibles de stopper la technocratie bruxelloise et réorienter l’Europe au profit des nations. Mais c’est un rêve.

Florence Portelli: « Nous avons bradé notre souveraineté »

Entretien avec la secrétaire nationale et possible candidate à la présidence des Républicains

Causeur. Vous avez récemment indiqué que vous pourriez être candidate à la présidence des Républicains – La date du scrutin a été fixée début décembre. Avez-vous pris votre décision ?

Florence Portelli. J’ai pris ma décision et je l’annoncerai prochainement. Si je décide d’être candidate, ce ne sera pas pour ajouter une ligne à mon CV mais parce que ma génération a une responsabilité dans la reconstruction de notre parti et je ne suis pas du genre à fuir mes responsabilités !

Quelle ligne défendez-vous ?

Je suis très attachée à ce que j’appelle la « vraie droite sociale », pas une droite sociale imaginaire pour utiliser un slogan ou un terme peut-être galvaudé. Une droite qui entend résorber les fractures sociales et territoriales. C’est ce que j’essaie de faire concrètement tous les jours dans ma ville de Taverny (95). Ensuite, une droite qui s’interroge, travaille et répond aux problèmes européens. Ce sont des enjeux auxquels on n’a pas répondu depuis les années 1990. Soixante ans après les premiers traités, face au départ des Britanniques et à la dissidence de l’Europe centrale, nous devons effectuer un inventaire critique de l’Union européenne. Les Républicains doivent faire ce travail et pour cela, il faut quelqu’un à leur tête qui en prenne l’initiative, sortant des querelles datant d’un demi-siècle, afin de faire le tri entre les acquis de l’Union, son bureaucratisme, son interventionnisme, qui ne sont pas acceptables et enfin les priorités d’aujourd’hui et de demain.

Vous ne prononcez pas le mot « souveraineté »…

J’ai commencé en politique au moment du référendum de Maastricht et du combat de Philippe Séguin, à l’âge de treize ans, ce qui me rend très à l’aise sur ces sujets. Nous avons bradé notre souveraineté. Et pas seulement en adoptant Maastricht. On a des jurisprudences du Conseil d’Etat, de la Cour de cassation et même du Conseil constitutionnel qui démontrent que même au niveau de nos plus hautes instances juridictionnelles, on a fait également acte de reddition. Et là-dessus, on ne pourra pas revenir. En revanche, on peut s’interroger sur l’absence de légitimité de certaines décisions européennes, sur la bureaucratisation, sur l’absence de démocratie, l’absence d’écoute des peuples, sur un mode de fonctionnement institutionnel complètement inacceptable, sur la prédominance d’un droit anglo-saxon sur un droit romano-germanique qui est le nôtre.

Je vous ai coupée. Quelle serait votre dernier chantier de travail ?

La défense des collectivités territoriales et donc des territoires. Emmanuel Macron a bien compris qu’elles constituaient le dernier contre-pouvoir face à lui. C’est sans doute pour cette raison qu’il poursuit la baisse des dotations et maintient son idée de suppression de la taxe d’habitation. Il faut donc s’y opposer fermement puisque les collectivités sont les moteurs principaux de l’investissement et les garants de la cohésion sociale grâce à certains services publics qu’elles gèrent à la place de l’Etat, complètement défaillant sur ce plan.

Au fond, l’élection d’Emmanuel Macron ne rend-elle pas caduque l’existence même des Républicains ? En sus des « constructifs » pro-Macron, 75% des députés LR se sont abstenus lors du vote de confiance au gouvernement…

On ne peut pas être chez Les Républicains et chez Macron en même temps. Je considère que certains sont déjà partis. En participant au gouvernement ou en votant la confiance, Philippe, Le Maire, Darmanin, Solère ou Lecornu ont tourné le dos à leurs engagements et sont de facto, « En marche ». Quant aux LR « tangents » ou indécis, il faut les faire revenir au bercail. Comment pourraient-ils soutenir une politique qui prévoit d’assassiner littéralement les collectivités locales, que nous avons gagnées de haute lutte dans le passé ? Il faut de la clarté. Les militants ont besoin d’une boussole. A cet égard, je voudrais rappeler que nous n’étions pas si nombreux à nous rendre sur le terrain ou dans les médias pendant les élections législatives pour porter la parole de nos candidats. C’est facile de montrer les muscles en disant : « Moi je suis vraiment de droite, je suis le plus fort et je serai un vrai leader » mais d’être aux abonnés absents quand nos candidats en avaient vraiment besoin.

Que Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez appartiennent encore au même parti alors que tout les oppose semble étrange. Echapperez-vous à la recomposition du paysage politique ?

Il y aura une recomposition. Elle sera claire et nette dès lors que nous aurons une ligne claire. On doit avoir une ligne de conduite, une ligne idéologique identifiable et ensuite ceux qui ne sont pas d’accord prennent leurs responsabilités. C’est un problème idéologique. Je ne souhaite pas entrer dans des histoires de personnes mais j’aimerais bien connaître la ligne idéologique de Laurent Wauquiez, parce qu’elle a beaucoup changé au fil du temps… Donc le problème est ailleurs, et ancien : on s’est assis sur une clarification idéologique claire. Cela remonte aux années 1990. Lorsque la droite s’est divisée sur la question européenne, lorsque Jacques Chirac a fait le choix d’Alain Juppé pour Matignon, n’assumant pas son programme alors qu’il aurait dû logiquement désigner celui qui l’incarnait, Philippe Séguin. Tout cela a été accentué lors de la fondation de l’UMP en 2002. Nous avons fusionné électoralement mais brouillé les différences idéologiques.

Faudrait-il donc revenir au RPR d’antan ?

Le RPR était géré de manière autocratique et fonctionnait sous le régime de la cooptation. Mais seule la clarification idéologique nous permettra de bâtir des alliances. Quand on est dans la fusion permanente, on est dans la confusion, sans réserves de voix ni d’alliances à sceller. Il est sain d’avoir des alliances avec des partenaires tout en affirmant son identité.

Emplois familiaux: bientôt la police des braguettes?

Rendre la confiance dans la politique, c’était l’objectif de la loi adoptée la semaine dernière en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Au début, l’initiateur originel du texte, François Bayrou, souhaitait l’intituler « loi de moralisation ». Il avait même troqué son soutien à Emmanuel Macron contre la promesse de la voir votée. Une fois élu, le président avait même tenu sa promesse en nommant François Bayrou place Vendôme, chargé de son exécution. Et puis l’affaire des emplois fictifs du MoDem est passée par là. Le moralisateur en chef n’a pas pu faire partie du gouvernement Philippe II après les législatives et ce fut à un nouveau garde des sceaux, Nicole Belloubet, de reprendre le texte de son prédécesseur. Régis de Castelnau et Elisabeth Lévy ont déjà expliqué bien des aspects de cette loi. Cantonnons-nous au cas précis des fameux « emplois familiaux », qui ont tant fait causer depuis le 26 janvier, date à laquelle Le Canard enchaîné a révélé l’affaire Pénélope.

« Les Français n’acceptent plus ces pratiques »

Il paraît que « les Français n’acceptent plus ces pratiques ». C’est en tout cas ce que répétaient à l’envi non seulement Edouard Philippe, le Premier ministre, mais aussi Aurore Bergé, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale. Elle s’est multipliée sur les plateaux et dans les studios pour vendre la mesure, elle qui concédait que le fait d’interdire d’embaucher son conjoint, ou l’un de ses enfants, comme assistant parlementaire pouvait paraître injuste aux parlementaires qui le faisaient jusqu’alors, en contrepartie d’un travail qui n’avait rien de fictif.

« Les Français n’acceptent plus ces pratiques » : il faut dire que François Fillon lui-même avait chanté ce refrain pendant toute la campagne, battant frénétiquement sa coulpe. Sans doute souhaitait-il, dans sa communication de crise, reporter sa responsabilité sur un supposé épiderme sensible de ses concitoyens sur le fait d’embaucher des proches. Or, ce n’est pas d’employer sa femme ou ses enfants qui posait problème, mais surtout de les employer à ne pas faire grand-chose, afin de faire grossir les revenus familiaux. Pour preuve, un autre candidat à l’élection présidentielle embauchait lui aussi son épouse depuis son élection en 1997 : Nicolas Dupont-Aignan l’a lui-même reconnu à la télévision. Mais comme tout le monde savait – a contrario de François Fillon -, il n’y a jamais eu d’affaire. Et personne ne le lui a jamais reproché. Beaucoup de journalistes avaient eu un jour l’épouse de Nicolas Dupont-Aignan au téléphone dans le cadre de leur travail.

Combattre les emplois fictifs

Le cas du couple Dupont-Aignan est loin d’être isolé. Ce qu’il faut combattre, ce sont les emplois fictifs. Sauf que la nouvelle loi interdira les véritables emplois et n’interdira pas les faux, du moment que le bénéficiaire ne fait pas partie de la famille du parlementaire ! De la bêtise au mieux, de la démagogie au pire.

Et puisqu’il faut dénoncer la tartufferie, allons-y jusqu’au bout sans craindre d’entrer dans un domaine scabreux. Ne nous le cachons pas, certains parlementaires employaient parfois leurs conjointes parce que ces dernières, connaissant le tempérament de leur époux et les tentations auxquelles il lui arrivait de succomber, pouvaient mieux le surveiller… Et c’est là qu’on commence à craindre pour l’avenir. Imaginons qu’un parlementaire (homme ou femme) ait une liaison avec l’un de ses collaborateurs (homme ou femme – voyez comme je suis ouvert). Imaginons que cette liaison arrive aux oreilles d’un journal spécialisé dans l’investigation au service de la Morale et du Bien. Ce dernier gardera-t-il l’information secrète ou considérera-t-il au contraire qu’il s’agit d’un détournement de la loi sur l’interdiction des emplois familiaux ? Employer sa maîtresse ou son amant est-il davantage moral que son épouse ou son époux ? La réponse est dans la question. C’est probablement la prochaine étape à laquelle nous allons assister. D’autant qu’il est possible que ceux qui, frustrés de ne plus pouvoir employer leurs conjoints, en feront volontiers payer le prix à ceux qui fauteront après avoir voté l’interdiction desdits emplois familiaux.

Généralisation de la suspicion, police des braguettes, voilà bien à quoi nous pourrions assister dans les prochaines saisons électorales. Sauf si le Conseil constitutionnel venait à censurer l’interdiction des emplois familiaux. Parfois, on est en droit de se demander si les parlementaires ne votent pas des mesures en rêvant que les Sages viennent ensuite les censurer…

Macron, le début de la fin?

Dix points. Emmanuel Macon a perdu dix points de confiance dans le mois qui a suivi les élections législatives. Fin juin déjà, le nouveau président entamait sa mue – de manière subreptice – de la présidence jupitérienne façon De Gaulle-Mitterrand à l’hyperprésidence sauce Sarko. Une tendance qui semble bien se confirmer.

Dès la première semaine de la nouvelle Assemblée, un fameux épisode nous avait mis sur la piste : la majorité parlementaire, cornaquée par les deux porte-flingues de l’Elysée Ferrand et Castaner, avait privé Eric Ciotti du poste à la questure, traditionnellement réservé au groupe le plus nombreux de l’opposition, pour le confier à Thierry Solère, chef de file des « Constructifs ». Cet événement en disait déjà long sur cette propension à abandonner la hauteur monarchique et à vouloir se mêler de tout.

La questure en péché originel

« Les Français se foutent bien de Ciotti », nous rétorquait-on à l’époque, arguant que cette histoire de questure passerait largement au-dessus de la tête des citoyens et n’aurait aucune influence sur leur avis sur le président de la République. Outre que cet événement s’inscrivait dans un contexte de marginalisation du Premier ministre en décidant de s’exprimer à Versailles devant les parlementaires, l’affaire de la questure semble bien constituer le point de départ des ennuis du président.

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Christian Jacob, ce jour-là, a décidé en rétorsion que le groupe LR ne participerait pas au bureau de l’Assemblée nationale et que les vice-présidences réservées à LR ne seraient donc pas occupées. Richard Ferrand avait alors déploré « la bouderie », tentant de reporter la faute sur l’opposition et Christian Jacob. Toujours est-il que plusieurs vice-présidences ont donc été confiées à des députés LREM novices qui n’étaient prévus au départ pour cette fonction. Et que cette inexpérience s’est fait sentir lors des débats qui ont eu lieu pendant tout le mois de juillet, suscitant dans les journaux, la télévision et plus encore sur internet, l’accusation d’amateurisme qui colle désormais à la peau de la majorité parlementaire.

L’amateurisme de LREM comme un boomerang

Le Jurassien que je suis ne peut que déplorer qu’on ait, par exemple, confié ce cadeau empoisonné à la députée Danielle Brulebois, originaire des mêmes terres que les miennes, qui était sans doute prête à devenir parlementaire mais certainement pas à passer du statut de conseillère départementale à la présidence de séances au Palais-Bourbon. Séances d’autant plus sensibles qu’elles concernaient des textes essentiels du début du quinquennat Macron. Là-dessus, la responsabilité des hommes du président, Ferrand et François de Rugy est écrasante. Beaucoup plus que ces pauvres députés LREM envoyés ainsi au casse-pipe.

Les conséquences de la satisfaction du caprice de Thierry Solère, validée en haut lieu, se sont donc avérées catastrophiques. L’un des gestes qui pourrait apaiser cette situation serait d’obtenir la démission du chef des « Constructifs » de la fameuse questure afin que tout rentre dans l’ordre à la rentrée. Ce serait à la fois une manière d’apaiser la situation, de permettre le retour de vice-présidents à la hauteur de la situation1, et enfin de donner des signes à l’opinion selon lesquels on a enregistré son message.

Un vrai chef n’a pas besoin de rappeler qu’il l’est

Le second événement qui a fragilisé la position d’Emmanuel Macron est plus difficilement rattrapable. Il se situe dans le même esprit que l’histoire de la questure, en ajoutant l’inconvénient supplémentaire pour Emmanuel Macron de s’être personnellement exposé: il s’agit de la séquence menant à la démission du général De Villiers, chef d’état-major des armées. Là encore, le président n’a pas fait preuve de la hauteur nécessaire, confondant autorité et autoritarisme. Le rabrouer comme Emmanuel Macron l’a fait, sur le mode « c’est moi le chef », constituait une erreur politique majeure. Là encore, il a été rétorqué que le pouvoir civil devait s’imposer sur le pouvoir militaire, que le général De Villiers n’était pas à son coup d’essai, qu’il avait déjà critiqué Emmanuel Macron pendant la campagne électorale. Mais dans ce cas, pourquoi l’avoir reconduit dans ses fonctions ?

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Christophe Castaner en a fait des tonnes à ce sujet, entretenant la polémique, et on a fini par assister à ces images où le président s’exhibait en tenue militaire pour saluer les soldats, ne se rendant pas compte qu’elles ajoutaient non seulement au ridicule de la situation mais aussi au doute qu’il avait lui-même instillé sur ses qualités de chef, contraint qu’il était d’affirmer qu’il était bien le chef.

On lèche, on lâche, on lynche

Si Emmanuel Macron a pu s’imposer lors de l’élection présidentielle, c’est qu’il semblait avoir compris que les Français, après cinq ans de hollandisme, étaient en demande de verticalité. Ainsi avait été théorisé ce retour à une présidence de style gaullo-mitterrandien. Mais que l’on sache, ni Charles De Gaulle ni François Mitterrand n’avaient besoin de rappeler qu’ils étaient les chefs. Et si De Gaulle portait parfois l’uniforme, ce n’était pas pour ressembler à Tom Cruise dans Top Gun.

Cette perte de popularité, symptomatique d’un changement de style, commence également à faire évoluer l’attitude de la presse à son égard. Le président n’est plus autant protégé d’autant qu’il a eu aussi par rapport aux médias des gestes maladroits sur la forme, même si on pouvait les comprendre sur le fond. Et l’on vient à se demander si – une fois de plus – le théorème des trois L, (on lèche, on lynche, on lâche) créé par Jean-François Kahn, ne va pas s’appliquer plus que rapidement prévu à Emmanuel Macron, la phase du lâchage définitif intervenant dès cet automne