Le pays légal doit rencontrer le pays réel (comme l’a dit Charles Macron)

Le mea culpa du président n’est-il qu’un autre coup de com’ ?


Sur le porte-avion Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron a fait son mea culpa: il n’a « pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants ». Réelle prise de conscience ou énième coup de com’ ?


« L’itinérance mémorielle » aurait-elle été utile ? On penchait davantage pour le non à la fin de la semaine dernière. Voir chaque jour le président de la République se faire houspiller, le voir ramer face à des interlocuteurs qui ne désarmaient pas. Où était passé la présidence jupitérienne ? Nous avions théorisé son abandon par le locataire de l’Elysée à la fin de l’été, mais pourquoi diable donner encore en spectacle ce renoncement en offrant l’image du président qui se fait engueuler ?

Macron vient nous chercher…

Et puis mercredi soir, dans la dernière partie de son entretien sur TF1 en direct du porte-avion Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron semblait transporté par un éclair de lucidité. Il témoignait ainsi de son constat du divorce entre « la base et le sommet », et constatait publiquement son échec en matière de réconciliation entre le peuple et ses classes dirigeantes. Il découvrait alors que les Français avaient besoin « d’être considérés, protégés, et qu’on leur apporte des solutions, pas seulement des déclarations ».

A trois jours de l’opération des « gilets jaunes », il était temps que le chef de l’Etat le comprenne. Il était temps que l’humilité remplace enfin l’arrogance. On a encore en mémoire ses propos méprisants tenus il y a un an dans la Creuse, où il dénonçait ceux qui « foutent le bordel », les enjoignant à aller bosser à deux heures de route – à l’époque le prix du diesel n’était pas aussi haut qu’aujourd’hui. On se souvient des déclarations sur le « pognon de dingue » ou le surréaliste « qu’ils viennent me chercher » lancé à son clan au plus fort de l’affaire Benalla. On se rappelle enfin l’obsession présidentielle, sans cesse affirmée, entre « les progressistes et les nationalistes », ce clivage qui renvoyait ainsi quiconque n’adhérant pas à la marche du progrès macronien aux heures les plus sombres de notre histoire. La soif de considération, incontestablement, n’avait pas été étanchée après cette succession d’épisodes.

…mais nous parle comme à des gosses

Mais il ne suffit pas de faire ce constat au pied d’un Rafale. Il ne suffit pas que la presse unanime titre le lendemain sur le « mea culpa du président ». Il ne suffit pas non plus de promettre qu’on reviendra au contact des Français, sans doute pour se faire engueuler une semaine de plus. Il faut d’abord en tirer toutes les conséquences. D’abord en cessant d’opposer les partisans du Progrès à la lèpre nationaliste, bien sûr. Mais il faut aller plus loin. Car ce qui agace, ce qui énerve, ce qui met en colère, c’est aussi la fameuse antienne selon laquelle il faudrait faire preuve « de pédagogie ». Emmanuel Macron n’est pas le premier à tomber dans ce panneau, mais il en a constitué la caricature la plus aboutie, y compris mercredi soir dans la première partie de son entretien.

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La « pédagogie de la réforme », ce « je vais vous expliquer » qu’il a balancé à ceux qui l’interpellaient constitue en fait le summum de ce qui provoque le divorce entre ce que le président appelle «  la base et le sommet ». Car la plupart du temps, ses interlocuteurs avaient très bien compris ; simplement, ils n’étaient pas d’accord. Et pour le dire crûment, cette persistance à « expliquer », à afficher « sa pédagogie » fait comprendre aux destinataires qu’ils sont un peu dur de la feuille, ce qui n’est guère agréable. Ce constat vaut autant pour le président que pour ses ministres, dont certains tentent d’expliquer aux propriétaires de véhicules diesel – parfois acquis avec un bonus écologique – qu’il est très répréhensible de polluer l’atmosphère et d’empoisonner ainsi leurs enfants. Il vaut aussi pour certains donneurs de leçons qui sévissent sur les plateaux de télévision. On a ainsi pu entendre le directeur de Libération tenter de conseiller aux ruraux de prendre le car et les réprimander quand ils vont acheter du pain avec leur automobile. Quand la première boulangerie est à cinq kilomètres, on y va en trottinette ? Un autre, alors qu’on lui faisait remarquer que les voitures électriques n’étaient guère spacieuses, répondait que les grosses bagnoles, c’était désormais ringard. Et les gosses ? On en fait quoi ? On les abandonne sur l’autoroute ?

Vivement samedi ?

Le rendez-vous de samedi constitue un événement à haut-risque. Les « gilets jaunes » ont été chauffés à blanc pendant des semaines et ce n’est pas le mea culpa concédé sur le Charles-de-Gaulle qui a freiné leur détermination. Les menaces de Christophe Castaner ou de François de Rugy n’ont pas dû calmer davantage leurs ardeurs. Les « gilets jaunes » n’ont jamais eu l’intention de bloquer les pompiers ni les ambulances. Leur faire ce procès d’intention et prévoir une confrontation avec eux ce week-end n’entrerait pas en cohérence avec l’accès d’humilité perçu mercredi soir. Le président a tout intérêt à calmer le jeu. Comme on peut déjà le lire sur les réseaux sociaux, il serait difficilement admis qu’on réprime les blocages à des ronds-points alors qu’on donne par ailleurs des ordres pour ne pas « provoquer » certains quartiers en faisant cesser les rodéos automobiles dont ils sont habituellement le théâtre.

Le mea culpa d’Emmanuel Macron n’est-il qu’un coup de com’ ou constitue-t-il véritablement une prise de conscience avec résolutions cohérentes à l’appui ? La manière dont il gèrera ce 17 novembre devrait nous donner un début de réponse.

Wauquiez-Maréchal: le sondage qui ne veut pas dire ce qu’en disent les médias

Mais dont le président de LR devrait tout de même tenir compte


Malgré ses résultats, le dernier sondage Ipsos/Le Point ne signifie pas que Laurent Wauquiez est moins populaire que Marion Maréchal au sein de son propre parti. Mais il confirme des tendances lourdes dont devrait tenir compte le président des Républicains s’il ne veut pas y être « muséifié ». 


La dernière livraison du baromètre Ipsos/Le Point a fait parler. Deux enseignements de cette enquête mensuelle font l’objet des titres de la presse numérique. D’abord, le fait qu’Edouard Philippe dépasse aujourd’hui Emmanuel Macron en popularité. Ensuite, que Marion Maréchal dépasse désormais Laurent Wauquiez jusque dans l’électorat des Républicains (LR). Nous avons beaucoup traité ici dernièrement de l’équilibre des forces au sein du couple Elysée-Matignon. Concentrons-nous donc sur la seconde grosse information de ce baromètre.

Wauquiez, le soupçon d’insincérité 

D’abord, relativisons un peu les résultats. Si l’échantillon du sondage en entier est de 1003 personnes, il ne se situe qu’à 142 pour les seuls électeurs LR, ce qui ne constitue pas une base véritablement fiable pour décréter aujourd’hui que la directrice de l’Institut de sciences sociales, économiques et politiques (ISSEP) est plus populaire que Laurent Wauquiez au sein des électeurs du parti de son président. D’autant que Marion Maréchal est pointée à 44 lorsque son rival auvergnat l’est à 39, c’est-à-dire à seulement cinq points devant. Rapportés au petit échantillon, convenons qu’il n’y a pas de quoi s’emballer. Toute l’étude par partis peut être ainsi relativisée. Marion Maréchal grimpe de plus de dix points chez les électeurs socialistes quand elle en perd autant parmi ceux de la France insoumise. Qu’a donc fait l’ex-parlementaire ces trente derniers jours pour susciter autant de changement dans l’électorat de gauche ? Rien du tout. Elle n’intervient pas du tout dans le débat public et ces évolutions ne peuvent donc être causées que par un changement dans l’échantillon d’Ipsos.

Cependant, sur la durée, on ne peut qu’enregistrer le fait que, bien que président de son parti, élu à 75% par les adhérents de LR, Laurent Wauquiez reste globalement impopulaire parmi ceux qui confient au sondeur leur sympathie pour le même parti. La raison principale semble bien être le soupçon d’insincérité qui pèse sur ses épaules, motivé par un parcours politico-idéologique erratique, et incarné par l’épisode de l’enregistrement à son insu de ses propos dans une école de commerce lyonnaise. Ce soupçon colle à Laurent Wauquiez tel le sparadrap du capitaine Haddock. Y compris parmi des militants LR a priori favorables, on s’interroge parfois à propos de la communication du chef et sa propension à utiliser un stock lexical très faible alors qu’on le sait agrégé et normalien.

Wauquiez, le nouveau Fillon

Voilà sans doute une clef pour se défaire de ce soupçon. Si Wauquiez croit qu’il ira chercher l’électorat populaire de la France périphérique en « parlant plouc », il se met le doigt dans l’œil. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis où la classe ouvrière apprécie le style Trump. Le général de Gaulle dans les années soixante ou Jean-Marie Le Pen à la fin du siècle dernier attiraient les voix des ouvriers et des employés avec le plus grand stock lexical de tout le personnel politique. Et d’une manière générale, on se fait comprendre du plus grand nombre avec les mots les plus précis possibles.

Autre point concernant l’homme à la parka rouge : alors que 14% des hommes ne se prononcent pas à son sujet, le niveau s’élève à 31% chez les femmes. Pour résumer, une bonne part de la gent féminine ne le « calcule » pas. Là encore, c’est le soupçon d’insincérité qui produit des effets même s’ils sont différents selon le sexe. Les femmes s’interrogent davantage, quand beaucoup d’hommes l’ont déjà condamné.

Enfin, Laurent Wauquiez a repris en héritage la sociologie de LR. C’est en milieu rural chez les retraités qu’il est le moins impopulaire, collant avec l’électorat de François Fillon au premier tour de la dernière présidentielle.

Marion Maréchal est forte là où Wauquiez est faible

Marion Maréchal, quant à elle, entre dans les dix personnalités politiques les plus populaires du baromètre Ipsos/Le Point. Notons que parmi cette tête de classement, on ne trouve pratiquement que des gens n’étant pas vraiment dans la course à la présidentielle. Ainsi, Nicolas Hulot et Jack Lang font désormais partie des pièces de musée. On trouve aussi les maires de grandes villes comme Alain Juppé, Gérard Collomb ou Martine Aubry, un ministre n’ayant jamais montré la moindre ambition présidentielle (Le Drian), deux anciens candidats ayant publiquement reconnu qu’ils ne l’avaient plus, Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Seul Xavier Bertrand peut vraiment être considéré comme impétrant à l’échéance 2022. La dixième, c’est donc Marion Maréchal, qui s’est mis en retrait de la vie politique, ce qui explique en large partie sa position flatteuse. Si on doit faire un portrait-robot du sondé favorable à l’ex-député de Vaucluse, il s’agit d’un ouvrier en pleine force de l’âge et résidant dans une petite ville. Un portrait complètement différent de celui de l’électeur de Laurent Wauquiez. Bref, elle est forte où il est faible. Mais sa sociologie électorale se trouve encore proche de celle de Marine Le Pen et du Rassemblement national (RN) en général. Sa popularité relative tient donc davantage à sa jeunesse et à un certain désintéressement du jeu politique : elle ne parle pas, elle n’agace donc pas.

Le syndrome de la blanche colombe

Contrairement à Laurent Wauquiez, Marion Maréchal n’a pas les mains dans le cambouis. Il lui est donc plus facile de se taire et de paraître désintéressée, ce qui rend le « combat sondagier » inégal. Il ne semble pas que la directrice d’école ait décidé de revenir en politique. Sa popularité relative ne doit donc pas être lue par Laurent Wauquiez comme un « danger Marion ». Mais elle lui indique d’autres enseignements. Le fait qu’il doit absolument redevenir lui-même, comme indiqué plus haut, que son agitation tous azimuts sur les classes moyennes n’a pas encore porté ses fruits et que ce n’est pas forcément la reprise du programme ordo-libéral de François Fillon qui lui permettra d’élargir son socle au-delà des retraités. Enfin, il est considéré par son électorat comme une pièce du vieux monde. C’est peut-être dans la jeune génération LR que pourrait venir la concurrence à moyen-terme si les résultats électoraux n’étaient pas au rendez-vous.

Marine Le Pen est à l’origine de l’enquête sur Jean-Luc Mélenchon

Causeur s’est procuré des documents en témoignant

 Ne le cachons pas, nous avons été très étonnés du soutien de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon ce matin.

Parce que nous sommes dépositaires d’une information selon laquelle elle ne voyait pas d’inconvénient à ce que le patron de la France insoumise se retrouve devant la justice. En effet, le 28 juin à 16h01, la parlementaire européenne, Sophie Montel, à peine débarquée de son poste de présidente de groupe au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, signalait à celle qui était encore sa cheffe de parti que le signalement de Jean-Luc Mélenchon avait été transmis à son avocat et qu’elle n’attendait plus que le feu vert de Marine Le Pen pour que ledit homme de justice ne transmette les éléments à la justice. Réponse de Marine Le Pen à 16h03: un très sobre « oui ».

Marine Le Pen confirme

Que la présidente du Rassemblement national (RN) se plaigne d’un acharnement judiciaire, cela se comprend, mais qu’elle verse des larmes de crocodile sur le cas de Jean-Luc Mélenchon, et fasse part de sa grande solidarité alors qu’elle est clairement à l’origine de ses tourments du jour, voilà qui méritait d’être « signalé » aussi.

Contactée, Marine Le Pen confirme avoir donné ce feu vert à Sophie Montel, précisant qu’elle partageait sa démarche, laquelle démontrait que le FN n’avais commis aucune infraction, la meilleure preuve étant que le MoDem et la France insoumise avaient des assistants parlementaires qui avaient des responsabilités politiques.

Remaniement: et à la fin, c’est encore Macron le patron

Le président a gagné son bras de fer contre Edouard Philippe


Après des jours d’attente, Emmanuel Macron a remporté son bras de fer contre Edouard Philippe. Avec notamment Christophe Castaner à l’Intérieur, Jupiter a créé le nouveau gouvernement a son image. 


Le remaniement est donc arrivé. Sans se presser. Ce grand remaniement. Ce beau remaniement. Avec sa Culture et son grand Beauvau. Quinze jours pour en arriver là. Nous nous étions quittés en nous demandant qui de l’Elysée ou de Matignon aurait les clefs du camion. Avec le nom du titulaire du ministère de l’Intérieur comme indice principal. Le bras de fer a duré. Emmanuel Macron y souhaitait un proche. Edouard Philippe y voulait de la compétence. L’Elysée a gagné, de guerre lasse.

Edouard Philippe reste passager

Certes Christophe Castaner, homme du premier cercle macronien, qui cumulait déjà les Relations avec le Parlement et la direction du parti présidentiel, n’hérite pas d’un ministère aux mêmes contours que celui de Gérard Collomb. Ainsi, les collectivités territoriales sont désormais rattachées au ministère de la Cohésion du territoire, dont est maintenant chargé Jacqueline Gourault. Certes il sera épaulé par l’ancien patron de la DGSI, Laurent Nuñez, nommé secrétaire d’Etat. L’identité de ce dernier semble aussi une victoire du parti LREM où on ruait dans les brancards à l’idée d’y voir un sarkozyste comme Péchenard ou Castex.

Mais finalement, Edouard Philippe est bien mal récompensé d’avoir été à peu près le seul à tenir debout depuis cet été.

Non seulement, il n’a pas pu imposer ses choix à l’Intérieur mais ce remaniement n’est sans doute pas à la hauteur de ce qu’il réclamait. Le week-end dernier, on évoquait un nouveau pacte avec Alain Juppé, lequel aurait annoncé son entrée officielle dans la majorité présidentielle, participant à un colloque bordelais avec Nathalie Loiseau, chargée de l’Europe au Quai d’Orsay. Jean-Pierre Raffarin avait lui aussi préparé le terrain sur RTL la semaine dernière. Tout était prêt pour sceller ce nouvel élargissement à droite de la majorité. On évoquait même l’entrée de Dominique Bussereau à la Cohésion des territoires. Si ce scénario avait été appliqué, Matignon aurait été considéré comme le vainqueur du remaniement. Edouard Philippe n’obtient in fine que l’entrée de Franck Riester au ministère de la Culture. Faible consolation.

Les clefs du camion sont à l’Elysée

Ce que les juppéistes voulaient obtenir, c’est finalement François Bayrou qui l’a eu en cadeau, récupérant à la fois les Relations avec le Parlement (Marc Fesneau) et les Territoires (Jacqueline Gourault) pour son MoDem. Le maire de Pau, qui avait dû quitter le gouvernement en juin 2017 pour cause de procédure judiciaire concernant son parti, revient donc comme un homme fort de la majorité. Emmanuel Macron prise davantage ses conseils politiques que ceux d’Alain Juppé, et on ne saurait l’en blâmer. Car finalement, ce qu’Edouard Philippe lui demandait, n’était-ce pas une réédition de « l’affaire des jupettes » de l’automne 1995, lorsque Juppé avait obtenu de Chirac une large revue d’effectifs trois mois avant de jeter la France dans la rue, et dix-huit avant de solliciter une dissolution avec l’aide du secrétaire général de l’Elysée Dominique de Villepin ? Peut-être est-ce ce précédent qui a incité le président de la République à ne pas accorder à Matignon ce qu’il souhaitait. « Quand un juppéiste réclame une refonte du gouvernement, tous aux abris ! », lui a-t-on peut-être soufflé.

Les clefs du camion sont donc restées accrochées sur un clou à l’Elysée, et le rapport de forces au sein de la dyarchie de l’Exécutif n’a pas été bouleversé. Mais ce remaniement ne laisse pas d’inquiéter néanmoins. La nomination de Castaner, qui sera chargé du découpage électoral, alors qu’il est (pour l’instant ?), chef du parti majoritaire, pose un sérieux problème démocratique. Inquiet de voir accéder un homme aussi inexpérimenté à un tel poste, et craignant d’assister à une démonstration nouvelle du principe de Peter, un ami tentait de nous rassurer en indiquant qu’on avait déjà vu des hommes se hisser à la hauteur de la tâche alors qu’ils charriaient ce type d’inquiétudes. Celles-ci n’ont pas été levées.

Emmanuel Macron est-il encore le président de la République ?

Départ de Collomb, Macron démissionne


La démission rocambolesque de Gérard Collomb vient d’enterrer le corps encore chaud de Jupiter. Démis de toute onction, Emmanuel Macron n’est plus qu’un directeur général à la tête d’une start-up, dont les actionnaires majoritaires pourraient bien finir par lui demander des comptes. 


Jupiter est passé de vie à trépas cet été. Nous l’avions acté fin août, faisant le bilan de cette affaire Benalla que les thuriféraires du nouveau monde macronien persistaient à comparer à une tempête dans un verre d’eau. Nous lui prévoyions une rentrée difficile. Elle s’avère catastrophique.

Les conséquences du papillon Benalla

Tous les Français ont pu voir Alexandre Benalla, rasé de près, bon pied bon œil, « se payer la fiole » des sénateurs, pour reprendre l’expression de l’élu socialiste bourguignon, Jérôme Durain, avant qu’on retrouve des vieilles photos, pas si vieilles photos, de sa jeunesse, osant un selfie avec « gun » pointé sur la tempe d’une jeune femme. On a aussi retrouvé sa trace à Londres en compagnie du sulfureux Alexandre Djouhri. Mais après tout, peu importe le sort de Benalla aujourd’hui. Ce qui importe ici, c’est ce que cela a révélé d’Emmanuel Macron.

Comme le battement de l’aile d’un papillon peut provoquer une réaction en chaîne faisant basculer le cours de l’histoire, la gestion présidentielle de l’affaire Benalla a des conséquences qu’on mesure encore aujourd’hui. On pourra nommer cela « l’effet tempête dans un verre d’eau ». Les études d’opinion sont formelles : le président n’a pas « pris le toboggan », il a emprunté la piste olympique de bobsleigh.

Nicolas Hulot aurait-il pu démissionner dans les conditions ubuesques qui ont été les siennes, sans le retrait du masque jupitérien ? Le doute est permis. Gérard Collomb aurait-il traité Emmanuel Macron comme il l’a fait depuis quinze jours, sans cette affaire estivale ? Cette fois-ci, pas de place pour le doute. Deux ministres d’Etat ont quitté le navire en un mois, piétinant l’autorité présidentielle, réduisant à néant les prétentions de demeurer en toute circonstance « le maître des horloges », expression qu’on ne pourra plus désormais entendre sans pouffer pour qualifier le président de la République.

Macron assume

Le pire, c’est qu’il semble s’y être résigné lui-même. Emmanuel Macron paraît avoir complètement pris acte que le manteau jupitérien n’était pas fait pour lui et décidé de se cantonner à la posture du directeur général de la start-up France. Ce DG si moderne qui, un jour secoue un jeune horticulteur et l’enjoint à traverser la rue pour trouver du boulot et qui, en visite aux Antilles, parle sur un ton similaire à un braqueur à peine sorti de prison, et se retrouve photographié avec lui dans une situation peu gaullo-mitterrandienne.

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L’organisation de la communication élyséenne a d’ailleurs été complètement repensée début septembre. On a écarté le principal tenant de la posture jupitérienne, coupable d’être allé lire devant les caméras le texte désastreux qu’on avait écrit pour lui. Le conseiller spécial Ismaël Emelien, dont le rôle dans l’affaire Benalla reste à éclaircir, a désormais les mains libres pour imposer sa vision « moderne » de la geste présidentielle, délestée de toutes ces évocations historiques ringardes.

Edouard Philippe assure l’intérim, mais de qui ?

La sortie de Gérard Collomb n’a pas seulement constitué une preuve supplémentaire de la perte de maîtrise de son propre agenda par Emmanuel Macron. Elle a offert deux autres enseignements.

Le premier, c’est qu’un proche parmi les proches du chef de l’Etat, l’un des premiers à avoir cru à son destin présidentiel, se trouve le premier à manifester son désamour. Et à le manifester de manière spectaculaire aux yeux de la France entière, révélant davantage la nudité du roi.

Le second, c’est que cet affaiblissement patent de l’Elysée est en passe de redistribuer les rapports de force au sein de l’exécutif. Edouard Philippe n’est-il pas aujourd’hui en possession des « clefs du camion » ? Pendant l’affaire Benalla, il a été le seul à tenir la baraque dignement au sein de la Macronie. La semaine dernière, il était plutôt à son avantage lors de la rentrée de l’Emission politique sur France 2, jouant finement la défense et le match nul face à Laurent Wauquiez, ce qui, compte tenu du contexte, apparaissait comme un résultat flatteur. Mardi, il affirmait son autorité, et inhabituellement sa mauvaise humeur, alors qu’on l’interrogeait sur le vrai-faux départ de Gérard Collomb. Mercredi matin, il organisait une passation de pouvoir glaciale avec le ministre démissionnaire Place Beauvau.

Les éléments de langage s’adaptant avec les saisons, la « tempête dans un verre d’eau » a été remplacée par « pas de crise politique », expression répétée comme un mantra par les chevau-légers macronistes. Crise politique, donc ? Très probablement. Assistera-t-on à une capitulation de l’Elysée face au regain d’autorité de Matignon ? Ou serons-nous témoins d’une confrontation entre les deux têtes de l’exécutif avec les clefs du camion pour enjeu ? L’identité du prochain ministre de l’Intérieur constituera sans doute un début de réponse.

Immigration: Mélenchon ne sait plus où donner de la tête


Jean-Luc Mélenchon a publiquement lâché Djordje Kuzmanovic après ses propos sur l’immigration dans L’Obs. Son spécialiste en géopolitique semblait pourtant y défendre la ligne officielle du leader insoumis. Mais pas celle d’une partie de son mouvement. La « vraie » gauche est décidément bien plurielle…


Jean-Luc Mélenchon ne nous avait pas donné l’habitude de lâcher l’un des siens en public. En novembre dernier, il avait mis un point d’honneur à soutenir Danièle Obono. La députée de Paris était au centre d’une polémique après avoir eu des mots maladroits à propos de chauffeurs de la RATP refusant de prendre le volant sur des sièges ayant été occupés par des femmes, et avoir pris la défense de Houria Bouteldja. Pas question de lâcher Obono, donc, même s’il était en désaccord total. On ne livre pas l’une des siennes à la vindicte populaire, surtout lorsqu’elle est attaquée par les adversaire de La France insoumise (LFI). Pourtant, Jean-Luc Mélenchon se fit fort d’allumer des contrefeux. N’était-ce pas dans cet esprit que Djordje Kuzmanovic accorda un entretien à Causeur quelques semaines plus tard, qui fit sans doute s’étrangler de rage tous les amis de Danièle Obono et Clémentine Autain ? L’orateur national de LFI, spécialiste des questions géopolitiques y expliquait déjà ce qu’il pensait de l’immigration économique.

Il « ne sert à rien d’utiliser des expressions qui énervent nos amis »

Jean-Luc Mélenchon vient de désavouer ce dernier, cette semaine, après un entretien du même acabit dans l’Obs. Et il l’a fait publiquement, humiliant Djordje Kuzmanovic, le jetant en pâture à tous ses adversaires qui n’y croyaient plus. Pourtant, l’hebdomadaire avait aussi donné la parole à Clémentine Autain. Chacun pouvait ainsi donner sa propre vision des phénomènes migratoires, alors que la position de Sahra Wagenknecht, qui préside aux destinées de Die Linke, partenaire allemand de LFI, fait débat dans toute la gauche européenne. L’autre jour, sur BFM TV, Jean-Luc Mélenchon avait lui-même mis ses pas dans ceux de sa collègue d’Outre-Rhin sur les questions d’immigration, ce qui rend d’autant plus incompréhensible le désaveu de Djordje Kuzmanovic.

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Quelle mouche a donc piqué l’ex-candidat à la présidentielle ? L’Obs avait, il est vrai, fait une erreur en présentant Kuzmanovic comme son « conseiller ». Cela suffit-il à motiver le courroux de Mélenchon ? Primo, l’interviewé n’est pas responsable des erreurs de l’hebdomadaire. Et secundo, il n’y avait quand même pas de quoi motiver une telle prise de distance. Le Monde a consacré un long papier à cette affaire et on peut y lire les explications gênées d’un membre du premier cercle mélenchoniste, Alexis Corbière. Le député de Montreuil indique qu’en mettant ainsi l’accent sur l’immigration, Djordje Kuzmanovic favorise l’agenda d’Emmanuel Macron plutôt que celui de La France insoumise. Cela se discute. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas faire le même reproche à Clémentine Autain, qui répond aux questions de l’Obs sur le même sujet ? Corbière ajoute qu’il « ne sert à rien d’utiliser des expressions qui énervent nos amis ». Quand on connaît la propension et parfois le plaisir de Jean-Luc Mélenchon lui-même à céder à ce péché mignon, cette expression prête à sourire voire provoque une franche rigolade.

Sur un plateau

Mais c’est Jean-Luc Mélenchon qui est venu lui-même (à moins qu’il ne s’agisse de son préposé à la tenue de son compte Facebook) donner sa vérité sur le réseau social, répondant à un spécialiste de l’opinion qui voyait dans ce désaveu une erreur stratégique : « Vous ne comprenez rien au moment. Et vos injonctions viennent de trop loin de pour être reçues », fustigeait-il peu aimablement, confirmant la thèse avancée par Corbière, selon laquelle Djordje Kuzmanovic avait péché par manque d’appréciation du tempo politique.

A vrai dire, on ne comprend pas davantage. Non pas ce qu’il dit à propos du fameux « moment », mais l’attitude de Jean-Luc Mélenchon dans cette histoire. Il semblait pourtant avoir compris que la majorité de son électorat à la présidentielle penchait davantage vers les thèses de Kuzmanovic que vers celles d’Autain. Les marges de progression de LFI se situent clairement dans des secteurs de l’opinion qui réclament davantage de contrôle de l’immigration. Dès lors, on peut largement retourner à Mélenchon l’argument d’opportunité.

Il ne reste donc qu’une seule explication à ce désaveu public. C’est par facilité que Mélenchon a donné la tête de l’un des siens à ses adversaires de Génération.s et du PCF, qui la lui réclamaient depuis des mois. Il l’a fait sur un plateau. Et d’autant plus piteusement que c’est la première fois qu’il s’y prête.

« Rambo » Ferrand pour mieux boxer l’Assemblée?


La nomination du président de l’Assemblée nationale François de Rugy au ministère de l’Ecologie, en remplacement de Nicolas Hulot, a eu pour effet immédiat l’annonce de la candidature d’un porte-flingues de la Macronie pour le remplacer au perchoir, Richard Ferrand. Députés, attention les dents…


Le maître des horloges ne l’est plus qu’en apparence. Ce matin, Emmanuel Macron a subi un nouveau départ du gouvernement Philippe. Laura Flessel, ancienne étoile de l’escrime française, ministre des sports depuis mai 2017, a annoncé sa démission. Pour des « raisons personnelles », selon elle. Pour des raisons fiscales, selon Le Canard Enchaîné de ce mercredi. Il a dû désigner une nouvelle championne française, l’ex-nageuse Roxana Maracineanu en urgence. L’annonce en a été faite au même moment que le remplaçant de Nicolas Hulot, François de Rugy.

L’opposition, voilà l’ennemi !

La désignation du président de l’Assemblée nationale ne nous fait ni chaud ni froid, à vrai dire. Le ralliement au candidat En Marche de celui qui piétinait son engagement de soutenir le candidat désigné à la primaire à laquelle il avait pris part, est symbolique de la trajectoire de cet homme dont l’opportunisme devrait trancher avec l’idéalisme de son prédécesseur.

L’inquiétude pourrait bien venir, en revanche, de l’élection de son successeur au perchoir. Peu après l’annonce de l’identité des nouveaux ministres, Richard Ferrand a annoncé sa candidature. Et là, on peut raisonnablement parler du « wrong man at the wrong place ». Depuis qu’il est devenu président du groupe LREM, outre l’affaire des Mutuelles de Bretagne qui continue de lui coller aux basques, il s’est signalé par son sectarisme. Il s’est comporté à de multiples reprises comme un porte-flingues de la Macronie, en particulier cet été à l’occasion de l’affaire Benalla. On se souvient d’un grand président de l’Assemblée nationale, Philippe Séguin. Il ne manquait pas une occasion d’expliquer que cette fonction avait pour première mission de protéger l’opposition et d’en défendre les droits. Or, Ferrand n’a cessé de militer pour les fouler au pied, à la moindre occasion. Qui peut croire qu’il se fondra demain dans les habits de cette exigeante mission ?

Un Macron pour les gouverner tous

C’est un bien mauvais signe qu’Emmanuel Macron envoie encore en provoquant ce jeu de chaises musicales. Il est évident que la nomination de François de Rugy l’a surtout été pour permettre l’accession de Ferrand au perchoir. Et il est bien possible que cette décision ait été prise afin que les droits de l’opposition soient encore moins bien défendus que pendant ces seize premiers mois du quinquennat. Après l’affaire Benalla, l’accession probable de Richard Ferrand sonne comme le deuxième acte de la « présidence Rambo ».

Abracadabra, Macron fait disparaître les Danois!

Et en même temps les fait réapparaître…


La poudre de Perlimpinpin n’a jamais marché aussi bien. En l’espace de quelques heures, Emmanuel Macron a affirmé tout et en même temps son contraire. Au Danemark, le président a assuré que « le vrai Danois n’existait pas » avant de le faire réapparaître pour mieux critiquer le « Gaulois ».


Nicolas Hulot ayant enfin compris qu’il n’était pas, en même temps, libéral et écologiste, Emmanuel Macron devait avoir à cœur de recycler son fameux slogan. Ainsi, lundi, devant la conférence des ambassadeurs, il expliquait : « Enfin, parce que, partout dans le monde, les identités profondes des peuples ont resurgi, avec leurs imaginaires historiques. C’est un fait. Ceux qui croyaient à l’avènement d’un peuple mondialisé, protégé des morsures de l’histoire, se sont profondément trompés. Partout dans le monde, la psyché profonde est revenue à chacun de nos peuples, et c’est vrai, de l’Inde à la Hongrie, en passant par la Grèce, jusqu’aux Etats-Unis. Regardez-y de plus près, elle est parfois détournée, parfois exacerbée, mais c’est un fait qui dit quelque chose du retour des peuples. C’est une bonne chose sans doute, en tout cas, je le crois. » Le lendemain au Danemark, devant des étudiants, il tenait un tout autre discours : « Le vrai Danois n’existe pas, il est déjà européen. Même votre langue n’est pas seulement le danois, elle est part de la langue européenne », avant d’ajouter : « C’est pareil pour les Français ».

« En même temps », saison 2

Ainsi donc, le président de la République peut – pas tout à fait en même temps mais en moins de 36h – affirmer que l’identité profonde existe puis qu’elle n’existe pas. Comme dirait la patronne Elisabeth, c’est une cuiller pour Causeur, et une cuiller pour Libé. Depuis que sa candidature pointait à la fin de l’été 2016, lorsqu’il quittait le gouvernement, nous avons été saturés du « en même temps » macronien. Et, alors qu’il a pu faire merveille au point de le porter au pouvoir puis de lui permettre un bon départ, ce slogan est en train de devenir une véritable faiblesse, risquant de mécontenter à la fois ceux qui croient en l’identité et la souveraineté nationales et ceux qui les croient dépassées. Et cela vaut sur d’autres sujets.

Astérix le Gaulois et les peuples contingents

Mais revenons au Royaume du Danemark puisque le président de la République n’a pas parlé que devant les étudiants. Il s’est aussi érigé en rempart contre le nouveau duo formé par Viktor Orban et Matteo Salvini, opposant les « progressistes » dont il lui sied d’être désigné comme le chef de file par le couple italo-hongrois, aux « nationalistes ». Et il a aussi cédé une nouvelle fois à la tentation de fustiger ses compatriotes depuis une terre étrangère, comparant les Danois, ce « peuple luthérien » tellement ouvert aux réformes qu’il aimerait imposer aux « Gaulois réfractaires au changement ».

Il essentialisait ainsi deux peuples dont le sien, l’un forcément ouvert à la transformation car luthérien, et l’autre conservateur, forcément conservateur, car héritier de Vercingétorix. Comment saisir cette phrase au bout de trois jours de déclarations contradictoires ? Faut-il comprendre que le Danois sera toujours Danois car luthérien, et que le Français sera toujours Français, parce qu’il a trop lu Goscinny ? Il faut reconnaître que son explication devant les ambassadeurs avait davantage de gueule. Faut-il comprendre au contraire que, compte tenu qu’il n’y a pas de vrais Danois – même si plutôt luthérien – et pas de vrais Français – même si tous enfants d’Astérix -, autant imiter les réformes progressistes des premiers qui ont l’avantage d’aller dans le sens de l’Union européenne, mise en danger par les « nationalistes » ? Ou, plus sûrement, n’y a-t-il rien à comprendre, Emmanuel Macron procédant à un de ses fameux enfumages politiques dont il a le secret depuis qu’il est entré en politique ?

Être ou ne pas être…

Toujours est-il que le Royaume du Danemark n’était pas forcément le meilleur lieu pour illustrer le projet « progressiste » contre les méchants « nationalistes ». Car c’est bien ce pays qui, en 1992, fut en quelque sorte le « village gaulois » en rébellion, décidant souverainement par référendum la non-adoption du traité de Maastricht et donc le maintien de la Couronne comme monnaie nationale. C’est bien ce peuple qui, avant même l’Italie ou la Hongrie, envoya un groupe puissant au Parlement de ce qu’Emmanuel Macron nomme « nationalistes » ou « populistes ». C’est bien ce pays qui a mis en œuvre une politique d’assimilation et de baisse de l’immigration qui feraient hurler les députés LREM si c’était Laurent Wauquiez qui les proposait.

Qui sait si, du côté de Milan, Salvini et Orban n’ont pas été surpris qu’Emmanuel Macron leur réponde aussi vertement depuis Copenhague, alors que, décidément, il y a sans doute plus « populiste » qu’eux au Royaume du Danemark.

Macron: l’adieu à Jupiter ou la présidence éclair

L’été meurtrier


Si Emmanuel Macron a survécu à l’été, Jupiter n’a pas fait sa rentrée. L’affaire Benalla a largement entamé la posture impérieuse du président. Qui n’incarne plus grand-chose…


Député des Yvelines et transfuge juppéiste, Aurore Bergé est devenue un symbole des petits soldats macronistes, de cette génération de trentenaires qui ont adapté au XXIe siècle numérique la vieille fonction de « godillots », comme on surnommait les parlementaires gaullistes disciplinés d’il y a cinquante ans. Cela ne signifie pas qu’elle méconnaisse les faiblesses du nouveau régime. Il y a quelques mois, c’est elle qui contactait, pour l’auditionner avec deux autres collègues LREM, notre ami Gérald Andrieu, auteur de l’excellent Peuple de la frontière, qui s’était mis – littéralement, quant à lui – en marche, pour ausculter la France périphérique, et avait constaté que cette dernière n’attendait pas Emmanuel Macron.

Jupiter à terre

Et dans Closer de cette semaine, elle rappelle ce que les Français lui ont dit pendant la dernière campagne présidentielle : qu’au pouvoir, Emmanuel Macron n’aurait pas le droit d’échouer, de décevoir, que c’était le mandat de la dernière chance. Elle a donc décidé d’aller parler dans cette publication « pipole », allant à la rencontre de la France périphérique via ses salons de coiffure, canal plus efficace que Twitter pour s’adresser à une partie d’entre elle, en effet.

Aurore Bergé connaît donc les difficultés intrinsèques au macronisme, et elle a compris aussi qu’on vivait un moment essentiel du quinquennat. Un moment où tout peut basculer. Elle a compris qu’il fallait réagir. Cette phrase sonne comme un tocsin. C’est le tocsin du Godillot 2.0. Mais tout a peut-être déjà basculé…

Car il s’est bien passé quelque chose cet été. Et les dignitaires de la Macronie les moins aveugles l’appréhendent fort bien, après avoir tenté de faire croire que les Français ne s’intéressaient pas à l’affaire Benalla, qu’il ne s’agissait que d’une histoire à dormir debout, fomentée par une coproduction des oppositions revanchardes, de bots russes et de journalistes déconnectés. L’affaire Benalla a définitivement fait tomber le masque jupitérien d’Emmanuel Macron. Jupiter était la promesse d’une présidence qui renouait avec les fondamentaux de la Ve République. Après la présidence De Funès et la présidence Bourvil, il fallait de la prestance, de l’incarnation. L’homme qui marchait seul dans la cour du Louvre alors que résonnaient les notes de Beethoven. L’homme de la nation. Et puis patatras. Après l’affaire Benalla, il n’apparaît plus que comme l’homme d’un clan.

Emmanuel « Rambo » Macron

La présidence Jupiter s’est métamorphosée en présidence Rambo. Macron s’est pris les pieds dans le tapis. L’image de cette séquence, c’est le président lui-même qui vient accréditer le clanisme en réservant sa première réaction à l’affaire, non pas aux Français dans leur ensemble, mais au groupe LREM à l’Assemblée nationale. Qui compte sur ses godillots pour tweeter ses bons mots, parmi lesquels celui-ci, qu’on croirait sorti de la présidence De Funès : « Qu’ils viennent me chercher ! ». Ce soir-là, la communicante de l’Elysée, Sibeth Ndiaye, aurait très bien pu prononcer ces mots définitifs : « Le Jupiter, il est dead ».

Le roi n’a plus son manteau de Jupiter, alors que lui reste-t-il ? Pas grand-chose à vrai dire. Aurore Bergé pense avoir trouvé la solution en appuyant sur le côté réformateur du chef de l’Etat dans les colonnes de Closer. Mais, dépossédé de ce manteau jupitérien et apparaissant sous les traits d’un chef de bande, Emmanuel Macron n’est plus le réformateur chargé de recouvrer la souveraineté de la France, thème central de son premier discours devant les parlementaires à Versailles il y a un an. Il est celui qui adapte à la contrainte extérieure, celui qui imite les réformes des voisins, qui se soumet à la mondialisation sauvage. Le petit soldat des puissants. Il y a un an, nous avions déjà perçu des signes que la présidence jupitérienne ne constituait qu’une fausse promesse. Mais l’Elysée avait compris ses erreurs et avait redressé la barre à la rentrée. Pas sûr qu’il soit en état de le faire aujourd’hui. En septembre, les auditions de la commission d’enquête du Sénat sur l’affaire Benalla, menées par l’excellent Philippe Bas, reprendront alors que les Français ne seront plus à la plage. D’autres affaires, comme celles touchant Alexis Kohler, le bras droit du président, pourraient encore défrayer la chronique. La révision constitutionnelle semble aujourd’hui bien mal en point, après avoir été reportée par le gouvernement, subissant les assauts de l’opposition parlementaire, qui a retrouvé des couleurs et surtout de l’efficacité à travers l’affaire Benalla.

Vers une colère blanche

Emmanuel Macron, pour la première fois, n’a pas été le maître des horloges, il s’est fait imposer un calendrier, preuve supplémentaire du décès de Jupiter. Il paraît bien illusoire que la majorité des trois-cinquièmes, nécessaire à l’adoption de la révision constitutionnelle ne soit pas hors d’atteinte. Emmanuel Macron tentera-t-il le coup de poker de l’article 11 gaullien, pour la faire adopter ? Expliquons-nous : en 1962, Charles de Gaulle avait utilisé cet article, celui du référendum direct, plutôt que la procédure de l’article 89, qui correspondait stricto sensu aux révisions de la Constitution et nécessitait préalablement l’accord des deux chambres. Gaston Monnerville, président du Sénat, avait parlé de forfaiture. Mais il s’agissait de promouvoir l’élection du président de la République au suffrage universel. De Gaulle n’avait pas tordu le bras du Parlement pour des queues de cerise. Il n’y a rien dans la réforme prévue par Emmanuel Macron qui vaille le coup de force similaire, sans accréditer davantage l’idée d’une « présidence Rambo ». Lui pourrait y voir au contraire un moyen de revêtir à nouveau le manteau gaullien et donc une posture jupitérienne. La roche tarpéienne est proche du Capitole, selon la formule consacrée.

Henri Guaino disait, il y a plus d’un an, que lorsque les Français s’apercevraient qu’ils ont porté au pourvoir tout ce qu’ils rejetaient, la colère gronderait. Nous n’en sommes pas si éloignés. Reste à savoir comment se traduira cette colère. Alors que son vieux canal, le vote lepéniste, est toujours en crise, ne reste-t-il pas que la sécession civique ? Combien de Français se rendront aux urnes, pour les européennes, en mai prochain ? Plus que l’ordre d’arrivée des listes en présence, le taux de participation constituera un indice fiable de cette colère. Et s’il passait sous la barre symbolique des 30 % ? Il s’agirait d’une colère blanche. Ce ne sont pas les moins dangereuses en démocratie.

Sophie Montel à Florian Philippot: au revoir Tristesse!


Hier, Sophie Montel a claqué la porte des Patriotes, le parti de Florian Philippot dont elle était l’éternel bras droit. Elle explique à David Desgouilles pourquoi elle a dû faire ce choix, renoncer à « Peter Pan » Philippot et à la « morne plaine » du souverainisme français.


Nous sommes dans un restaurant d’une zone commerciale de Chateaufarine, à l’entrée ouest de Besançon. Sophie Montel semble y avoir ses habitudes. Elle m’y a donné rendez-vous une heure auparavant. En fin d’après-midi, j’ai en effet appris qu’elle avait claqué la porte des Patriotes, le nouveau parti de Florian Philippot. Cela ne m’a étonné qu’à moitié. Elle m’avait déjà confié ses doutes au printemps. C’était en off, comme on dit – ce truc qu’on ne respecte plus guère de nos jours -, mais nous faisons partie du « vieux monde », n’est-ce pas ?

« La divine solitude » de Florian Philippot et « l’affaire Geneviève de Fontenay »

Dans son communiqué de départ, Sophie Montel évoque la « divine solitude » de Florian Philippot. Elle vise quatre personnes qui constituent « une cour » autour du président-fondateur des Patriotes : son frère Damien, Ferial Mostefai, Franck de Lapersonne et Joffrey Bollée. Dès la fin du mois septembre de l’an dernier, en fait, elle se rend compte qu’elle va devenir « moins essentielle » dans l’organisation de Florian Philippot. Elle évoque « une accumulation d’événements » qui lui ont permis de comprendre que l’énarque s’enfermait dans sa bulle, avec ses trois courtisans.

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C’est ce qu’elle appelle « l’affaire Geneviève de Fontenay » qui tient lieu de point d’orgue à son courroux. Il ne lui en a rien dit. Il fait tout dans son dos, alors que quelques jours avant ils ont passé en revue l’actualité du parti, à Strasbourg. « A aucun moment il ne me dit qu’il va tenir une conférence de presse avec Geneviève de Fontenay. Je n’ai rien contre elle. J’imagine qu’avec son passé à la tête de Miss France on la repère facilement dans la rue et qu’on lui demande des selfies. Mais politiquement, je ne vois pas l’intérêt », regrette-t-elle, dépitée. C’est pile à ce moment-là que Sophie Montel m’avait confié ses doutes, au printemps. La « dame au chapeau » a donc été un révélateur de la méthode de direction de Philippot, qui s’est retournée contre lui, lorsque Madame de Fontenay a fini par le débiner en public sur une chaîne info. « Elle lui a fait la totale ! ».

Révélateur de la soif de buzz du président des Patriotes, mais aussi de sa méthode de fonctionnement qui motive aujourd’hui le départ de Sophie Montel. Elle décrit la méthode : mettre devant le fait accompli. « Il a créé une équipe nationale, à laquelle il sert de la bouillie pour chat. Tout le monde applaudit, tout le monde dit bravo. J’ai toujours critiqué le bureau politique du FN que je n’avais jamais trouvé à la hauteur, mais là on est encore descendu de quatre étages.»

« Il me fait penser, par moment, à Peter Pan »

C’est à ce moment, alors qu’on nous sert l’entrée, que Sophie Montel semble vraiment affectée par ce départ. Il y a trois jours, elle a eu un entretien avec « Florian ». Elle s’est retrouvée « devant un mur », un homme qui « se réfugie derrière des bricoles », comme ces tweets d’assistants parlementaires de l’élue franc-comtoise qui critiquent le président des Patriotes. Elle lui répond que si des gens qui se sont engagés pour lui se voient désormais contraints d’attirer son attention en twittant, c’est très révélateur de sa propre communication au sein de son parti. « Il me fait penser, par moment, à Peter Pan ». Cet enfant qui ne veut pas grandir a été touché par la manière dont il a été répudié du jour au lendemain par Marine Le Pen. Il a été, pendant des années, son principal collaborateur. Si mal considéré, « il a pris un gros coup sur la tête et ne s’en est jamais réellement remis, assure Sophie Montel. Mois après mois, je l’ai vu dévisser. Il me semble perdu. Je ne le reconnais plus ».

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On en arrive à ceux qui « influencent » Florian Philippot, et en premier lieu son frère. Le sujet des relations entre les frères Philippot commence à être à la mode. Différents portraits ont déjà évoqué ce point sensible dans la presse. Sophie Montel les confirme. En présence du frère aîné, le cadet devient transparent. Il s’efface. Rentre sous terre. « Alors que s’il y en a un qui est doué, c’est le plus jeune », ajoute-t-elle, sûre de son fait. D’une phrase, elle exécute Franck de Lapersonne : « De Gaulle avait Malraux, Florian a Franck de La Personne ! ».

« Si c’est pour repartir avec une Le Pen… »

Et maintenant, que va-t-elle faire ? Après avoir pris des vacances, et achevé son livre, auquel elle devrait ajouter un chapitre, elle sera sans doute contrainte de faire autre chose que de la politique, elle qui ne fait que ça depuis la fin de ses études. Elle a encore deux mandats, l’un à Strasbourg, qui finit l’an prochain, l’un au Conseil régional à Dijon, qui s’éteint en 2020 ou 2021. Pour la première fois, il faudra qu’elle regarde ailleurs. Et souhaiter que la France suive le modèle de l’Italie. De l’autre côté des Alpes, « on transcende les clivages pour le bien du pays ». A côté, le paysage politique français « est désespérant ». Espérer que s’affirme un « Macron du souverainisme » qui emporte tout sur son passage, surgi de nulle part. Sophie Montel l’attend mais ne semble pas y croire tant que ça.

Puisqu’elle semble se muer d’actrice en observatrice, je tente de la faire réagir sur diverses personnalités. Marion Maréchal ? Elle n’a jamais été très enthousiaste sur le personnage. « Si c’est pour repartir avec une Le Pen, continuer avec la PME familiale… Et puis se projeter à dix ans, à quoi ça rime ? Copé a essayé, on a vu le résultat. La situation européenne est tellement instable qu’il est illusoire de se projeter autant sur le long terme ». François Asselineau ? « Chez lui, ils sont très bien formés, comme ceux de la France insoumise », mais le personnage a ses limites, celles « d’un bon prof », qui manque d’incarnation. Nicolas Dupont-Aignan ? « L’union des droites, ce n’est pas ma tasse de thé. Ce qui m’intéresse, c’est l’union du peuple français. Ce n’est pas mon truc. » Elle a pourtant reçu des mots sympathiques, ces derniers jours, de la part de la garde rapprochée de NDA. Mais non décidément, le positionnement actuel du président de Debout La France (DLF) ne lui sied pas. Laurent Wauquiez ? « Niet ! Je n’ai pas passé trente ans de ma vie à critiquer ces gens qui font des promesses électorales pour les rejoindre ensuite. Je n’irai pas à la soupe. »

La « morne plaine » du souverainisme français

Finalement, Sophie Montel ne se positionne pas en observatrice. Elle est encore politique. On lui demande son avis sur des personnalités et répond à une question que nous ne lui avons pas posée : rejoindrait-elle oui ou non les personnalités citées. Elle n’a pas encore fait son deuil.

Elle dresse un bilan désolant de la sphère souverainiste dont elle espérait tant. « Morne plaine », lâche-t-elle. Cela tient sans doute, analyse-t-elle, au fait que tous ces gens sont très « Le Chef » et passent davantage de temps à couper les têtes qui dépassent autour d’eux qu’à se battre pour la cause avec un minimum de désintéressement.

Elle montre aussi plein de bon sens quand on tente de lui extorquer un pronostic sur les européennes de 2019. Il est impossible d’en faire un. La politique va à toute vitesse, la situation italienne le prouve. Qui sait ce qui se passera d’ici-là et bouleversera le paysage politique continental et national ?

Une claque et salut

C’est le moment que je choisis pour lui parler de son passé. Et notamment sa fréquentation du mouvement « Terre et Peuple » de Pierre Vial. Elle répond qu’elle n’en a jamais été membre. Qu’elle a été invitée, « comme tous les secrétaires départementaux du FN », à fêter le solstice avec ces drôles d’oiseaux. Pas davantage. L’histoire de Sophie Montel qui danse nue dans la forêt, c’est une rumeur entretenue par d’anciens mégrétistes qui ont peut-être eux-mêmes dansé nus dans la forêt. En mangeant mon dessert, je suis tenté de la croire. Tout ce qu’elle me raconte depuis deux heures sur la scène souverainiste ne me semble pas compatible avec la participation à ce genre de dinguerie.

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Il est près de vingt-trois heures. Sophie Montel revient sur « Florian », « triste »,« tellement affecté » par la disgrâce de Marine Le Pen, avec qui les relations avaient été si fortes pendant tant d’années, lorsqu’elle lui laissait faire la pluie et le beau temps au Front. Montel parle d’un enfant perdu. « Peter Pan », qui aime user de bisounoursisme sur les réseaux sociaux. Je lui fais remarquer qu’elle y a bien participé avec lui, fut un temps. Elle le reconnaît. Elle a elle-même beaucoup d’affection pour ce Peter Pan. Elle espère que ce départ provoquera chez lui un sursaut. Qu’il aura l’effet d’une paire de claques qu’on donne à un gosse pour le faire grandir un peu, et qu’on ne peut pas lui donner réellement parce que « c’est un homme de trente-sept ans ». Elle l’espère mais elle n’a pas l’air d’y croire vraiment. Sophie Montel est en train de tirer sa révérence. Après 2021, il est bien possible qu’on n’entende plus jamais parler d’elle. Elle aura tourné le dos aux PME familiales et autres boutiques. Au souverainisme et sa morne plaine. Avec beaucoup, beaucoup de regrets.