“L’Emission politique” est indigne du service public

Bienvenue dans la campagne la plus grotesque de l’histoire

François Fillon scotché sous la barre des 20% dans les sondages, distancé de cinq à sept points d’un strapontin pour le deuxième tour, attendait beaucoup de son passage dans « L’émission politique » de France 2 hier soir. On ne sait s’il aura pu rebondir lors de cette émission. On peut en revanche être certain que la politique y aura beaucoup perdu.

Pire que les tweets de Trump?

Peu importe le sort de François Fillon, en fait. Cela fait des mois que cette émission fait honte à la politique française. Avec ses invités-mystères ridicules, avec ses « Français anonymes » triés sur le volet dont on découvre l’identité ultra-militante les jours suivants, avec son humoriste pas drôle à la fin. Ce jeudi soir, nous avons décroché le pompon : Christine Angot, l’invitée-mystère venue interpeller le candidat. La romancière préférée de Libé est venue faire son esclandre et Pujadas ne pouvait évidemment pas l’ignorer. Pour le spectacle. Pour la « punchline » comme on dit aujourd’hui. Echange consternant. Indigne d’une vieille démocratie comme la nôtre.

Quand Karim Rissouli est venu annoncer le record du nombre de tweets (170 000), David Pujadas pouvait jubiler. C’est pourtant davantage François Fillon et ses accusations portées contre l’Elysée qui avaient suscité cette explosion de commentaires sur les réseaux sociaux que la consternante confrontation avec Christine Angot. Mais peu importe. L’important, c’est de faire du buzz, du tweet. Et de l’audience alors qu’il n’y a pas plus de publicité sur le service public de télévision à cette heure. La prochaine fois, que nous réservera l’émission-phare de la politique 2017 ? Un de mes amis taquins propose Isaac de Bankolé face à Marine Le Pen et Douchka face à Emmanuel Macron.

Un dernier mot sur François Fillon qui s’est montré à la hauteur de l’émission en expliquant avec un culot d’acier qu’il avait créé sa société de conseil au moment où il pensait arrêter la politique, mi-2012, c’est-à-dire pile au moment où il briguait la présidence de l’UMP dans une bagarre dont on se rappelle tous très bien – Copé a dû bien rire. Et qu’il a aussi rendu les costumes sur-mesure à Robert Bourgi dont on se demande bien ce qu’il pourra en faire.

Au moment d’éteindre sa télé, on se demande tout de même si on n’est pas victime d’une caméra cachée géante, si Jean-Paul Rouland et Marcel Béliveau ne sont pas finalement encore de ce monde, et associés pour nous piéger, et vont enfin débarquer pour nous rassurer. On se demande aussi s’il était bien raisonnable de moquer le niveau des élections présidentielles américaines et des tweets de Trump. Jusqu’où ira la décomposition de notre vie politique et de son orchestration médiatique ? Peut-on descendre encore dans l’indignité ? Il faut y croire. Ces gens ne connaissent pas de limites.

Exclusion d’un sénateur LR pro-Macron: et la jurisprudence Desgouilles?

Virez-moi du RPR!

Dans une campagne électorale normale, dans un monde normal même, des candidats distancés dans les sondages mobiliseraient leur seule énergie et leurs équipes dans le travail de terrain, dans le militantisme. Tout le monde serait sur le pont. Peu importerait en fait qu’on signale çà et là des défections, voire des trahisons. On règlerait ça après, la bataille terminée. Pourtant, à observer les comportements du côté de Benoît Hamon et de François Fillon, il semble que non, il ne faut pas rigoler avec la discipline. Lire la suite

Fillon, entre Finkielkraut et Albator

A Besançon, le candidat LR a surtout parlé de l’Ecole

Combien étaient-ils à Besançon pour écouter François Fillon quelques jours après le rassemblement du Trocadéro ? Les orateurs annonçaient 3000 mais nous avons appris à nous méfier. Nous avons plutôt eu l’impression qu’on était beaucoup plus proche de 2000 mais peu importe, en fait. L’essentiel  se trouvait encore dans la composition de la salle. Comme les études d’opinion le démontrent, ce sont les retraités qui constituent le socle de l’électorat de François Fillon et hier soir, cela se voyait à l’œil nu.

Comme l’automne dernier lorsqu’il avait compris que son message économique n’était pas propre à emballer les foules et permettre une dynamique, il est passé très vite sur ses propositions en la matière. Lire la suite

François Bayrou, une trahison de lui-même

Son “alliance” avec Macron est incompréhensible

Il est certes moins douloureux d’être déçu par quelqu’un qui a été un adversaire politique et idéologique que par quelqu’un dont vous vous sentez proche. Pourtant, François Bayrou m’a profondément déçu hier après-midi. Car, au risque de provoquer ici et là quelques quolibets, j’avais conservé pour cet homme une estime et un respect malgré tous les désaccords qui nous opposaient, en premier lieu sur la reine des batailles, celle de l’Europe. Cet homme, l’un des rares de notre vie politique à écrire encore, d’une belle plume, ses livres lui-même, a toujours montré un enracinement. Il est l’un des rares à inscrire son engagement politique dans l’histoire et la géographie de notre pays. A en connaître et en respecter sa culture et sa langue. Lire la suite

Qui peut battre Marine Le Pen?

Personne, à moins que …

Marine Le Pen était attendue au tournant. Désormais en tête de toutes les études d’opinion pour le premier tour de l’élection présidentielle, sa participation à la plus grande émission politique de la télévision française était assurément pour elle le rendez-vous à ne pas manquer. De l’avis général, elle a réussi l’exercice et dominé tous ses interlocuteurs de la tête et des épaules. Seule Najat Vallaud-Belkacem, à la faveur d’un exposé liminaire de cinq minutes, a semblé pouvoir la mettre en difficulté sur la question des écoles hors-contrats pourvoyeuse de fondamentalisme. Cinq petites minutes sur une émission de deux heures, convenons que c’est négligeable. Lire la suite

Le plan B, c’est Larcher

Ne riez pas ! Il peut faire oublier Fillon !

Les dernières secousses de l’affaire Fillon fragilisent encore la position du candidat désigné par la primaire en novembre dernier. Bien sûr, on peut s’interroger sur l’inhabituelle diligence du Parquet, sur la seule foi d’un article du célèbre journal paraissant le mercredi. Bien sûr, on peut s’interroger sur la manière dont des fuites en direction de la presse sont savamment organisées afin de mettre la pression sur François Fillon. Il n’empêche que tous les communicants du monde ne peuvent réussir à rétablir une situation catastrophique sur le terrain. Déjà les militants renâclent à aller tracter sur les marchés « où ils vont en prendre plein la gueule », selon la formule habituelle dans ces cas-là. Déjà, on imagine un plan B au cas où Fillon devrait jeter l’éponge avant même la ligne rouge qu’il s’est lui-même fixée imprudemment, la mise en examen.

« Dans un débat, il écraserait Macron »

Vendredi, c’est-à-dire deux jours après le premier article du Canard Enchaîné, des noms circulaient au cas où. Juppé bien sûr, mais aussi Pécresse, Baroin, Wauquiez et Bertrand. Quand la question fut posée sur le réseau social twitter, nous nous sommes permis alors de signaler que c’est un autre qui pourrait bien, en ce cas, tirer les marrons du feu : Gérard Larcher. Compte tenu des délais qu’il faut pour organiser une nouvelle primaire, la solution du candidat désigné en conclave s’imposerait. Il est politiquement intenable de présenter un candidat battu à la primaire de novembre, ce qui en exclut tous les participants. Le maire de Bordeaux l’a bien compris en écartant publiquement sa candidature, lui qui avait été sèchement renvoyé dans sa ville avec seulement un tiers des voix au second tour. Pécresse et Bertrand avaient promis de se consacrer à leurs régions, et la première a vu son image brouillée par son jeu opportuniste entre Juppé et Fillon. Wauquiez est trop marqué idéologiquement et ne peut faire consensus. Reste François Baroin. Le président de l’association des maires de France pourrait à la limite apparaître comme ce candidat de compromis. Mais la jeune génération acceptera-t-elle de lui faire ce cadeau. Pécresse, Bertrand, Wauquiez et les autres laisseront-ils un concurrent générationnel emporter la mise aussi facilement ? Rien n’est moins sûr. C’est là qu’un habile manœuvrier de la génération d’avant peut mettre tout le monde d’accord, laissant aux quinquas la possibilité de ne favoriser aucun de leurs concurrents, et jouer 2022.

Disons-le à tous ceux qui se moquent de Gérard Larcher, et ne voient en lui que la caricature ultra-rabelaisienne qu’en fait Nicolas Canteloup, on ne grille pas deux fois Jean-Pierre Raffarin pour la présidence du Sénat sans être un personnage particulièrement doué politiquement. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il fait partie des favoris pour Matignon en cas de victoire de Fillon en mai prochain, hypothèse qui devient chaque jour moins probable. Le fait qu’il ait été l’un des plus proches soutiens de Fillon constitue un avantage : les électeurs de la primaire ne seraient pas floués dans la mesure où Larcher a participé à la rédaction du projet qui a été choisi en novembre. Et son statut de président du Sénat fait de lui, par nature, un homme de consensus. On nous dira que cela n’en fait pas pour autant un bon candidat pour une présidentielle. Là aussi, beaucoup de moqueurs d’aujourd’hui pourraient bien être surpris. Une universitaire de mes amies, me confiait qu’il était loin de correspondre à l’image soporifique qu’on veut absolument lui accoler. Elle a déjà pu observer ses qualités de tribun et sa faculté à secouer un auditoire, ajoutant : « dans un débat, il écraserait Macron ». Enfin, Gérard Larcher a la réputation de savoir arrondir les angles depuis qu’il a été ministre du Travail et en négociation permanente avec les syndicats. Il saurait sans doute être plus souple que François Fillon sur les thèmes sociaux. Pour faire court, il pourrait même être un meilleur candidat que le député de Paris.

Si vous avez quelques pièces à placer pour mai prochain auprès des bookmakers anglais, n’hésitez pas une seconde : misez-les sur Larcher ! Le plan B, c’est lui. Le vétérinaire de Rambouillet pourrait bien entrer à l’Elysée en mai prochain, au terme de la campagne électorale la plus folle de l’histoire de France.

Hamon-Valls : match nul

Quand les candidats débattent avec les journalistes

Nous aurions préféré continuer la lecture du dernier Jérôme Leroy. Mais nous étions punis, consignés à regarder le débat du second tour de la primaire de gauche. Faut-il avoir le sens du devoir pour s’imposer une telle confrontation après la tragi-comédie de ce début de semaine et ces soupçons de fraude et/ou d’amateurisme qui entouré le premier tour du scrutin.

Le méchant de Rocky 4

On s’était préparé à un débat musclé. On avait même regardé la veille une rediffusion de Rocky 4 et on se surprenait à comparer les regards sévères de Manuel Valls et Ivan Drago. Lire la suite

Valls toujours vivant

L’ancien premier ministre se pose en rempart contre la corbynisation du PS

Ceux qui voyaient dès décembre Benoît Hamon en Fillon de la gauche, déjouant les pronostics, avaient donc raison. L’ancien ministre de l’Education nationale a donc viré en tête du premier tour de la primaire de la belle alliance populaire. Il devance Manuel Valls de cinq points et, surtout, il réalise le double des voix d’Arnaud Montebourg, relégué peu ou prou à son score de 2011. Tout ça pour ça. L’ex-député de la Bresse n’a pas mené une bonne campagne. Lire la suite

Deux vainqueurs : Macron et Mélenchon…

… Un vaincu, le principe de la primaire.

Ce débat devait être décisif. Il l’a été. Sans doute pas pour le scrutin de dimanche. Mais pour le principe des primaires à la française. Après un début plutôt prometteur, notamment sur le thème du protectionnisme, et où on constatait Manuel Valls davantage à son aise, la cible de la soirée ayant été déplacée sur la tête de Benoît Hamon et son revenu universel, cette confrontation est devenue le prétexte à rire. Rire, sans doute pour ne pas pleurer. Lire la suite

Valls en Sarkozy, Hamon en Juppé, Montebourg en Fillon…

Au jeu des comparaisons, l’ancien ministre de l’Economie a marqué des points

 

Le plateau était moins prestigieux que ceux des débats de la primaire de droite. Aucun ancien président. Un seul ancien premier ministre. Evidemment, on est tenté de comparer. A ce jeu-là, on est évidemment tenté de faire une revue d’effectifs, et d’oser quelques comparaisons avec les protagonistes de cet automne.

Manuel Valls ne peut échapper à la comparaison avec Nicolas Sarkozy. Non seulement, parce qu’il a toujours partagé le même style, et pas seulement dans les débats télévisés, mais aussi parce qu’il mise avant tout sur son expérience, employant les mêmes mots que l’ex-président sur le mode : « face à Trump, Poutine, Erdogan, il faut un homme, un vrai ». Lire la suite