Nathalie Loiseau et l’extrême droite: croix de bois, croix de fer, si je mens…

Celle qui pourfend l’extrême droite a appartenu à une liste d’extrême droite…


La tête de liste LREM-Modem pour les élections européennes Nathalie Loiseau a, selon Minute puis Mediapart, appartenu à une liste d’extrême droite lorsqu’elle était étudiante à Sciences-Po. L’intéressée a d’abord nié les faits avant de plaider l’oubli…


Bien sûr, on pourrait maudire cette époque où l’on fouille votre passé jusqu’à trente-cinq ans en arrière. Bien sûr, on pourrait rétorquer que le passé d’extrême gauche du patron de Mediapart vaut bien la participation à une liste liée au GUD à des élections étudiantes. Bien sûr, on pourrait rappeler que le scoop du site d’Edwy Plenel n’en est pas vraiment un : c’est Minute qui avait levé le lièvre il y a quelques semaines déjà. On pourrait ainsi en conclure qu’il y a bien d’autres motifs pour critiquer Nathalie Loiseau.

Mais ce serait faire preuve de beaucoup de naïveté. La tête de liste de La République en Marche (LREM) et du Modem pour les élections européennes ne s’est pas gênée elle-même pour se servir – avec beaucoup de mauvaise foi – de vieilles déclarations de son homologue LR François-Xavier Bellamy sur l’IVG. Elle a expliqué, le cœur sur la main, que le fil conducteur de toute sa vie politique, c’était la lutte contre l’hydre populiste, fasciste même. Elle avait même été choisie pour ça. Toute la stratégie de LREM, c’était : « Nous les progressistes contre le danger de l’extrême droite », le camp du Bien contre celui du Mal. Nathalie Loiseau avait même mis en scène sa candidature en plein débat face à Marine Le Pen, avec le même naturel que son mentor Alain Juppé avouant à la tribune qu’il « avait la pêche, la super-pêche ».

J’ai la mémoire qui flanche…

Et voilà qu’on apprend qu’en 1984, en pleine émergence du FN dans le paysage politique français, Nathalie Loiseau a fait partie d’une liste estampillée UED (Union des droites de Sciences-Po – liée au fameux GUD) pour des élections étudiantes, rue Saint-Guillaume. Contactée par Mediapart, elle a d’abord nié catégoriquement, accusant les journalistes de faire dans la « fake news », avant de plaider le trou de mémoire puis de reconnaître qu’elle avait bien participé à cette liste. Et c’est là qu’on commence à se fendre la poire.

A lire aussi: Nathalie Loiseau: pour la libération des femmes, le hijab, la GPA et le pape à la fois

Nathalie Loiseau était bien étudiante en sciences politiques dans la plus grande école française desdites sciences. Elle y était même déjà diplômée et y préparait le concours d’entrée à l’ENA. Si encore elle avait été en première année de biologie ou de sports, on aurait pu croire et même être touché par cette tendre naïveté. Mais ne pas connaître le paysage politique étudiant quand on vient tout juste d’être diplômée de Sciences-Po, il y a plus crédible…

Nathalie Loiseau à bonne école

Si on peut se permettre des conseils en communication à Nathalie Loiseau, elle aurait pu trouver meilleure défense. Elle aurait pu dire par exemple, comme l’ont fait beaucoup d’autres avant elle, qu’à cet âge, elle était révoltée contre son milieu, contre sa famille, que c’était sa période punk. Qui sait si cela n’aurait pas cassé son image de technocrate froide ? Elle aurait pu dire que c’était par amour pour un étudiant un peu « bad boy » avec gros biscottos et coupe de cheveux bien dégagée sur les côtés. Il aurait fallu être sans cœur pour le lui reprocher. Elle aurait même pu arguer qu’à l’époque, son mentor Alain Juppé travaillait bien avec le fameux Club de l’Horloge de Jean-Yves Le Gallou et Henry de Lesquen, ce que la presse française, ébahie hier soir, ne nous avait pas rappelé pendant la campagne de la primaire de droite. Bref, on se serait rappelé que chaque personne a son propre parcours et qu’on a après tout bien le droit de changer. Mais non, Madame Loiseau préfère passer pour nunuche. Ou penser que nous sommes nous-mêmes bêtas au point de la croire, ce qui est plus désolant encore.

Comme un boomerang…

Cet épisode distrayant n’en est donc pas moins révélateur. Mettre en scène une campagne « progressistes versus fachos de service », comme on le souhaite à l’Elysée, n’est pas seulement catastrophique pour la vie démocratique du pays, elle est aussi très périlleuse pour ceux qui s’y adonnent. Tel un joueur de boomerang amateur, Emmanuel Macron et sa candidate idéale viennent de prendre l’objet en pleine figure. Et il ne faudrait pas en rire ?

Européennes: un débat pour (presque) rien

La campagne débute trop tôt pour concerner les Français et livrer des enseignements


S’il a permis de révéler l’état de forme des douze têtes de listes et mis en lumière les contradictions internes de certains partis, le premier débat de la campagne des européennes est arrivé trop tôt pour livrer de véritables enseignements.


France 2 et France Inter organisaient hier soir le premier débat télévisé et radiophonique de la campagne des élections européennes. Même si, c’est probable, une bonne partie des futurs électeurs ne sont pas encore réellement dans la campagne – les taux d’audience devraient en témoigner ce matin -, cette confrontation entre douze têtes de listes devait nous donner un aperçu de la capacité des unes et des autres à peser dans le scrutin.

Loiseau et Bellamy, unis par la diversité… 

Sur le fond d’abord, deux personnalités ont été mises en difficulté.

Nathalie Loiseau d’abord, l’a été à propos de l’appartenance des futurs parlementaires de sa liste LREM au Parlement européen. Elle a eu beau nier toute volonté d’intégrer le groupe libéral ALDE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), ses contradicteurs lui ont rappelé les déclarations de son président Guy Verhofstadt et l’appartenance à ce groupe déjà acquise d’un parlementaire actuel, M. Arthuis, adhérent de LREM. Ils auraient pu lui rappeler aussi la présence et le discours d’une représentante du parti macroniste au congrès de cette même ALDE. La question de cette appartenance lui sera encore sans doute posée pendant la campagne et risque de devenir comme le sparadrap du capitaine Haddock.

La seconde personnalité mise en difficulté sur le fond fut François-Xavier Bellamy (LR) lorsque l’élargissement de l’Union européenne (UE) à la Serbie fut l’objet d’une question des animateurs. Après s’être opposé à cette dernière, il lui fut demandé par Nicolas Dupont-Aignan (DLF) de se positionner par rapport aux positions de deux de ses colistiers, Arnaud Danjean et Brice Hortefeux, lesquels s’étaient prononcés pour l’adhésion de la Serbie à l’UE, par des votes officiels à Strasbourg. La tête de liste payait là non sa position personnelle mais celle du parti qu’il a reçu la mission de représenter.

Entre le noniste Bellamy et certains colistiers, avec lesquels il dit pourtant bien s’entendre sur le terrain, il y a des différences de fond qu’une campagne européenne de plus en plus active mettra en lumière et qui pourraient freiner le bel élan entrevu jusqu’ici.

Le représentant de l’UDI, M. Lagarde, aurait pu, a contrario, donner une image de cohérence au service d’un européisme assumé s’il n’avait pas critiqué en fin d’émission la directive « travailleurs détachés » tel un souverainiste couteau entre les dents, directive qui demeure un des symboles les plus frappants de l’UE du XXIe siècle. Finalement, à ce jeu-là, ce sont Messieurs Asselineau et Philippot qui s’en sont le mieux sortis. Ils ont eu le mérite de la cohérence parfaite, assumant de vouloir quitter un ensemble qu’ils critiquaient de toutes leurs forces.

La rentrée les classe

Sur la forme, Nathalie Loiseau a paru – comme face à Marine Le Pen – réciter sa leçon. Les petits nouveaux Manon Aubry (FI), François-Xavier Bellamy (LR) et Raphaël Glucksmann (PS), ont paru en demi-teinte. Benoît Hamon et Nicolas Dupont-Aignan ont fait du Hamon et du Dupont-Aignan, avec un air de déjà vu dont on saura dans les prochaines semaines s’il lassera ou pas les sondés. Deux autres nouveaux ont, c’est une surprise, plutôt bien réussi leur examen de passage: le communiste Ian Brossat et la tête de liste RN Jordan Bardella, même si le second a pu agacer en début d’émission en tentant un mano a mano avec Nathalie Loiseau. Mais c’est finalement François Asselineau qui a semblé le plus en verve. Le candidat de l’UPR a tiré les leçons de la présidentielle de 2017 et compris que le principe d’un débat ne consistait pas à réciter des articles de traités. Hier soir, il fut pugnace, parfois drôle, jouant à la fois sur la raison et l’émotion et apparaissant finalement plus adroit que son concurrent « frexitien » Florian Philippot, pourtant davantage expérimenté à la télévision.

Il sera intéressant d’examiner si ce premier débat aura des implications sur la courbe des sondages et notamment l’excellent outil de l’IFOP, le « rolling » qui enregistre les dynamiques et qui avait fait ses preuves en 2014 et 2017. Il faudra aussi attendre le prochain débat à un moment où la campagne sera davantage dans la tête, à défaut d’être dans le cœur, des futurs électeurs. Celui-là sera à coup sûr bien plus décisif que celui d’hier soir.

Macron à la une de Paris Match: faites le méchant, Monsieur le président!

Le poids des maux, le choc de la photo


Au-delà du choc de la photo, la posture du président à la Une de Paris Match reflète le décalage du camp Macron par rapport à la réalité. Les incantations des députés de la majorité face au Sénat – qui a osé toucher à Benalla – en sont le dernier exemple en date. La provocation maladroite semble être le dernier rempart du nouveau monde: Emmanuel Macron surjoue sa présidence.


– Faites le méchant, monsieur le président.

– Comme ça ?

– Euh… Oui, comme ça.

Revenez me chercher

Ce dialogue que j’imaginais dans un tweet, découvrant la dernière une de Paris Match, pourrait passer pour une blague de potache. Il était en réalité beaucoup plus sérieux qu’il en avait l’air. Mais plutôt que de se mettre en colère, mieux vaut mettre les rieurs de son côté. Prendre le parti de la légèreté. Et si la situation du pays ne méritait pas qu’on se mette en colère devant ce président sans cesse en représentation ? On nous a tant répété que le théâtre avait compté dans sa vie, au point d’épouser celle qui lui en avait appris les rudiments au lycée. La couverture de Match est ridicule. Le président n’est pas content. Il est fâché. Match n’a pas ajouté l’émoticône « Grrr » de Facebook mais l’intention y était.

Et puis cette main, avec le doigt recourbé qui semble encore nous dire – comme un acte manqué – « venez me chercher », comme une nouvelle provocation, huit mois après. Cette main qui nous rappelle le péché originel. Qui nous rappelle le jour où il avait tué Jupiter. Révélant qu’il n’était en fait qu’un homme de clan. J’avais alors expliqué dans ces colonnes qu’Emmanuel Macron ne parviendrait jamais à faire oublier cette phrase. Elle a été un mot d’ordre des gilets jaunes dès le 17 novembre : « Nous venons te chercher » entendait-on dans les rues.

La mauvaise main de dieu

La main, on nous expliquait que le président l’avait reprise. Avec son « grand débat ». Parce que le mouvement gilets jaunes tournait au vinaigre, aussi. Peu à peu, le président et LREM se mettaient dans la peau du Parti de l’Ordre qui finit toujours par l’emporter en France, après les poussées révolutionnaires ou pré-révolutionnaires. Certains observateurs commençaient même à y croire. La posture ridicule de l’acteur Macron à la une de Paris Match devrait en toute logique doucher leur optimisme.

A lire aussi: Benalla: quand la Macronie reproche au Sénat de respecter la loi…

Et s’il n’y avait que ça… Les avez-vous entendus, les petits soldats du mauvais comédien, lorsque le Sénat a pris la décision de renvoyer le sieur Benalla, son comparse Crase et trois collaborateurs de l’Elysée aux bons soins du procureur ? Avez-vous entendu M. Griveaux fustiger le tribunal politique ? Avez-vous entendu Mme Bergé reprendre cette antienne toutes les trois minutes – « Le Sénat fait de la politique. Le Sénat fait de la politique. Le Sénat fait de la politique » ? Oui, Madame. Le Sénat fait de la politique. Il se mêle de ce qui le regarde et ce pourquoi la Constitution l’entretient. Avez-vous lu ce député LREM, Sacha Houlié, tweeter de rage qu’il fallait « traiter le problème du Sénat » ? Au napalm ?

Avez-vous lu Le Monde, ce week-end, et constaté qu’à la présidence de la République, on ne se cachait même plus pour dire devant des journalistes que la question de la disparition du Sénat devait être envisagée désormais ?

Les mauvaises fréquentations du président Macron

On n’a pas forcément eu tort de dénoncer les excès voire les outrances d’un Maxime Nicolle, l’un des porte-parole du mouvement des gilets jaunes. Mais Benjamin Griveaux, Aurore Bergé ou Sacha Houlié ne sont-ils pas à son diapason outrancier ? Emmanuel Macron qui joue le méchant à la une de Paris Match ne tombe-t-il pas dans le même ridicule ? Et n’est-ce pas dix fois, cent fois, mille fois plus grave ?

Cet automne, Gérard Collomb, l’homme qui avait cru en Emmanuel Macron, a annoncé son dépit à la France entière. Le maire de Lyon croyait-il provoquer une prise de conscience de la part de son ancien protégé ? Si c’est le cas, c’est raté. Pour incarner le Parti de l’Ordre, Christophe Castaner a été installé Place Beauvau. Défense de rire. Quelques mois plus tard, on a peine à croire que cette grande maison a été occupée par Clémenceau, Frey, Pasqua, Chevènement et même Valls ou Vaillant. Au retour de La Mongie, il y a une semaine, le président aurait paraît-il pesté sur le mode : « Que je suis mal entouré, il faut que je fasse tout ». Mais oui, Monsieur le président, vous êtes mal entouré. Il paraît même que le Sénat a rédigé un rapport complet sur le sujet. Après le quinquennat Hollande, on se disait que peut-être, on allait en finir avec l’amateurisme. Naïveté. Le président est si mal entouré qu’il n’en finit plus de chercher sa tête de liste aux élections européennes. On exagère : il se dit que la décision serait prise ; ce serait Madame Loiseau, qui n’a pourtant pas fait des étincelles face à Marine Le Pen (confier l’entretien d’embauche de sa tête de liste à la présidente du RN, quelle idée avant-gardiste !) et qui nous a montré toute l’étendue de ses qualités de comédienne. Elle a dû prendre des leçons auprès du couple présidentiel. Décidément !

L’Europe, l’Europe…

Les élections européennes arrivent, Monsieur le président, et vous devriez vous méfier. Ce scrutin ne permet presque jamais à ses vainqueurs de pousser un avantage durable, mais ceux qui subissent un gros revers ont toujours beaucoup de mal à s’en relever. Si Michel Rocard était encore de ce monde, il serait plus prolixe que moi pour vous en parler. Il est bien possible que François-Xavier Bellamy apparaisse au final comme plus crédible que Madame Loiseau comme représentant de ce fameux Parti de l’Ordre, et que l’électorat de centre-droit que vous cherchez tant à séduire depuis des mois, ne finisse par revenir là où il était avant que vous n’arriviez à l’Elysée. Choper Raffarin, cela impressionne quelques éditorialistes. Beaucoup moins les électeurs.

Que fera le président si la liste de Madame Loiseau se crashe au point de finir en troisième position derrière Bellamy et Bardella ? Il ne lui restera plus qu’à nommer Bayrou Premier ministre. Et jouer au roi fainéant quand le maître du palais sera à Matignon. L’ancien monde sera un peu de retour. Pas sûr que nous y perdions tant que ça.

Sophie Montel, portrait d’un Front national qui ne veut pas gouverner

L’ancienne conseillère du parti règle ses comptes avec elle-même


Dans Bal tragique au Front national, il n’y a qu’un mort: la confiance de Sophie Montel dans un parti auquel elle aura consacré trente ans de sa vie. L’ex-conseillère régionale du FN ne règle ses comptes qu’avec elle-même. Et se fait la fidèle représentante d’une PME familiale qui semble n’avoir jamais vraiment voulu gouverner. 


Nous l’avions annoncé dans ces colonnes il y a un peu plus d’un an. Sophie Montel avait entrepris la rédaction d’un livre sur sa désillusion mariniste et « elle s’amusait terriblement ». Lorsqu’elle s’est fait débarquer de sa présidence de groupe au Conseil régional par Marine Le Pen ou quand elle a divorcé politiquement d’avec Florian Philippot, c’est aussi à nous qu’elle s’était confiée longuement, à la faveur d’une proximité géographique franc-comtoise.

L’ancienne patronne régionale du FN, nous avons donc appris à la connaître ces dernières années. Et il nous était impossible de faire l’impasse sur Bal tragique au Front national en librairie depuis ce mercredi.

Sophie Montel, le « petit soldat » qui aurait dû le rester

Montel nous le dit en introduction : ce livre n’est « pas un règlement de compte mais un solde de tout compte ». Solde de tout compte, pourquoi pas ? Mais on aurait du mal à écarter aussi facilement la première hypothèse. Sophie Montel a un compte à régler. Pas avec Marine Le Pen. Pas avec le FN. Pas avec Florian Philippot. Non, avec elle-même. Avec la jeune Sophie Montel, qui ne voyait rien jusqu’à sa promotion au bureau politique au début des années 2000. « Le petit soldat » qui aurait dû le demeurer, selon Jean-Marie Le Pen lui-même. « Petit soldat », elle se plaisait. Avec les militants, l’odeur de la colle, la sensation d’être la cible du Système. Sophie Montel a aussi un compte à régler avec celle qui découvre l’envers du décor, à Montretout, ses taches de vin sur les tapis, dans les commissions d’investiture où on désigne des candidats qu’on sait incompétents et peu présentables, et où ce qu’on aime par dessus tout, c’est le fric et les prébendes. On y reviendra.

A lire aussi: Marine Le Pen: « Je suis prête à une cohabitation avec Macron »

Sophie Montel a un compte à régler avec celle qui croit que Marine Le Pen va rompre avec cette idée de quitter le confort d’opposant, de diable du Système, pour accéder au pouvoir, au nom d’un idéal qu’elle touche enfin du doigt : le souverainisme. Enfin, Sophie Montel a un compte à régler avec celle qui – rompant avec la patronne du FN – se cale dans les roues de Florian Philippot, ce « Peter Pan » de la politique.

Employée de la PME familiale

C’est avec toutes ces Sophie successives que Montel a un compte à régler. Elle aurait pu nous épargner certains détails, et ne pas prendre le parti de l’écrire un peu comme elle l’aurait restitué à l’oral. Mais c’est un peu la maladie des politiques qui se mettent à l’écriture. Et c’était son choix.

Nous n’avons pas été surpris, en fait. Nous pressentions ce qu’elle nous dit de Marine Le Pen. Cette incapacité à asseoir une autorité naturelle, cette tendance à passer d’un gourou à l’autre, cette propension à  brûler froidement ce qu’elle a adoré, ce malin plaisir à dégoûter ceux qui ont cru en elle. Sophie Montel nous le dit et nous la croyons d’autant plus que nous avons fait nous aussi cette analyse depuis des mois : à l’image de son père, Marine Le Pen n’a pas vraiment l’intention d’accéder à l’Elysée. Ce qui compte, c’est la préservation de la PME familiale.

A lire aussi: Sophie Montel: « Ce qui arrive à Florian Philippot est injuste »

Philippe Cohen et Pierre Péan nous l’avaient expliqué dans leur biographie du Menhir : le fric prend une place centrale dans cette saga familiale. Le livre avait fait scandale. L’anti-lepénisme officiel avait sonné la charge contre les auteurs. Philippe Cohen avait été attaqué violemment dans son propre journal. Et Jean-Marie Le Pen leur avait envoyé du papier bleu. Pour être attaqués de concert par Maurice Szafran et le patriarche de Montretout, Cohen et Péan devaient bien avoir trouvé le point sensible. Cette fois, c’est une ex du FN, membre de 1987 à 2017, qui vend la mèche. Ce n’est pas le moindre mérite de Montel de le raconter par le menu.

Le jour où Sophie Montel a eu peur de gagner

En décembre 2015, nous expliquions comment celle qui briguait la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté, et se trouvait être au soir du premier tour à la tête de la liste FN la mieux placée de France pour l’emporter le dimanche suivant, avait en fait refusé l’obstacle, et cette présidence dont elle ne voulait pas vraiment. A la parution de l’article, ses soutiens nous avaient morigéné, jurant leurs grands dieux que jamais « Sophie » n’aurait pu avoir une telle attitude. Elle, n’avait pas bougé un cil. Dans Bal tragique au Front national, elle assume ouvertement avoir procédé ainsi. Ne pas être présidente à la tête d’une majorité régionale peuplée de « bras cassés », quel soulagement !

C’est là que nous pourrions lui reprocher à notre tour d’avoir trahi l’espoir de ses électeurs. Elle nous répondrait que ce n’était pas les trahir que d’acter qu’elle n’était pas en mesure d’être à la hauteur de leurs espérances. Nous rétorquerions alors : pourquoi le reprocher à Jean-Marie et Marine Le Pen ? Et elle arborerait un léger sourire.

M. Macron: entre hijab et serre-tête, il faut choisir

On ne peut pas être « en même temps » d’accord avec Schiappa et avec Taché


L’absence de prise de position d’Emmanuel Macron dans la querelle qui oppose les membres de La République en marche (LREM) au sujet du hijab n’est plus tenable: le président doit choisir entre la ligne du député Aurélien Taché, qui le compare à un serre-tête, et celle de la secrétaire d’Etat, Marlène Schiappa, qui y voit un peu plus que cela.


Tous ceux qui relativisent la force symbolique d’un hijab en le réduisant à de l’étoffe, depuis l’affaire de Creil en 1989, ne peuvent que le constater. LREM avait beau demeurer, le plus souvent, fidèle à sa réputation de parti de godillots au service de son créateur, il ne peut échapper à ce clivage.

Un hijab pour les séparer tous

Il n’est pas indifférent que ce soit Décathlon, cette enseigne dont le vieux slogan « A fond la forme ! » a des allures de cousin de « En Marche ! », qui ait fait voler en éclats cette belle unité. Pendant toute la semaine dernière, la décision de la chaîne de magasins de sport de commercialiser un produit sous l’appellation « hijab de running » a suscité des réactions politiques. Et LREM n’a pas pu y échapper.

A lire aussi: Décathlon (et sa cour), à fond pour l’islamisme!

Aurore Bergé, d’un côté, appelait au boycott de Décathlon. Aurélien Taché, de l’autre, dénonçait « l’hystérie ». Cela rappelle « les deux gauches irréconciliables » notait Gilles Clavreul, l’un des animateurs du Printemps républicain. Il n’y avait pas que ces deux parlementaires. François Cormier-Bouligeon, député LREM du Cher, est de ceux qui pressent le président de la République de clarifier son message sur ses sujets, et penchait évidemment du même côté qu’Aurore Bergé. Et Yassine Belattar, membre du Conseil des Villes auprès de l’Elysée, penchait de l’autre côté avec le ton dénué de nuances qu’on lui connaît. Marlène Schiappa, après quarante-huit heures de silence, a finalement dégainé un texte dans le Huffington Post. Elle avait, précisait-elle, voulu « prendre de la hauteur ».

Entre-temps, Décathlon avait décidé de renoncer à la commercialisation en France du « hijab de running » et Marianne avait révélé le pot aux roses : il existait déjà dans la gamme des produits de la marque bleue et blanche un produit permettant de se couvrir la tête pour courir, sous l’appellation « bandeau multi-fonctions », ce qui prouvait que le « hijab de running » constituait bien du marketing identitaire, en forme d’œillade aux franges les plus fondamentalistes de l’Islam. Le blog Al Kanz ne s’y était pas trompé en félicitant publiquement Décathlon, ce qui avait alerté la porte-parole de LR, Lydia Guirous, provoquant le fameux « buzz ».

Serre-tête de lard

Le texte de Marlène Schiappa prenait, avec les formes, le parti de ceux qui regrettaient ce genre de marketing. Mais l’autre camp ne désarmait pas pour autant. On passe sur le grand entretien d’Aurélien Taché à l’Obs – Barbara Lefebvre y consacre un texte dans ces colonnes. Yassine Belattar, quant à lui, lançait l’idée d’une mobilisation le 13 avril prochain pour lutter contre le renoncement de Décathlon et exhibait opportunément une insulte dont il avait été la cible par le directeur du marketing de Nocibé, provoquant la mise à pied de ce dernier et les sourires gênés de ceux qui connaissent le comportement de celui qui se présente toujours comme un humoriste, habitué à proférer lui-même des injures sur les réseaux sociaux. Et on arrive à samedi soir sur le plateau de C l’Hebdo, émission présentée par Ali Baddou. On assistait à un débat entre la journaliste Zineb El Rhazoui, rescapée de Charlie Hebdo toujours menacée de mort, et Aurélien Taché qui pataugeait dans un relativisme consternant lorsque son interlocutrice lui demandait ce qu’il pensait du voilement des fillettes. Le député LREM n’avait « pas à juger » les familles, pas davantage les musulmanes, qui voilaient leurs jeunes filles de 12 ans, que les catholiques, qui les affublaient d’un… serre-tête.

Interrogée le lendemain au Grand Jury RTL, Marlène Schiappa l’exécutait en une phrase : « Aucune femme dans le monde n’a été lapidée parce qu’elle refusait de porter un serre-tête. »

Que pense Macron ?

Evidemment, dans un monde normal, la position de la secrétaire d’Etat pourrait nous indiquer la position du gouvernement et du président de la République. Mais ce serait s’avancer bien imprudemment. D’abord, il est à peu près certain que tous ceux qui, dans la majorité, banalisent le hijab et dénoncent « l’islamophobie et même le racisme » de ceux qui, comme Zineb El Rhazoui ou Elisabeth Badinter, le tiennent pour ce qu’il est – un objet d’asservissement – continueront de se faire entendre. Ensuite, le président de la République, encore vendredi soir, a fait preuve de sa grande ambiguïté sur le sujet. Interrogé à Bordeaux, dans le cadre du « grand débat », par une jeune femme voilée qui lui demandait comment il était possible qu’elle soit discriminée à l’entrée de la fonction publique en raison de son voile, il a eu une réponse qui ne nous a pas rassurés. Il aurait d’abord pu lui répondre qu’elle avait la possibilité de passer un concours, de le réussir, lui faisant remarquer qu’elle n’était pas inséparable de ce vêtement. Il ne l’a pas fait. Il a préféré constater que c’était interdit dans la fonction publique et, pis encore, a tenté de la rassurer en lui disant qu’il fallait veiller en revanche qu’elle ne soit pas discriminée pour les emplois dans le secteur privé. Il rejoignait ainsi ceux qui ont mené la bataille contre Baby Loup.

Emmanuel Macron prenait-il ainsi le parti d’Aurélien Taché contre Aurore Bergé et Marlène Schiappa ? Pas si simple ! Car devant Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel l’an dernier, il avait affirmé que ce vêtement n’était « pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays, c’est-à-dire au rapport qu’il y a entre les hommes et les femmes », évoquant alors une « bataille pour l’émancipation » à mener sur ce sujet. Qui est donc le véritable Emmanuel Macron ? Celui qui s’exprime sur BFM TV ou celui qui parle à Bordeaux ?

Schiappa ou Taché

Il faudra à l’évidence qu’il cesse de cultiver son « en même temps ». On ne peut pas « en même temps » être d’accord avec Marlène Schiappa et avec Aurélien Taché. Pas sur un sujet aussi important. Pas sur un sujet dont la gravité explose dans l’espace public, comme l’a montré l’affaire du « hijab de running » de Décathlon.

Monsieur le président, il est des questions qui exigent qu’on sorte de l’ambiguïté. Vous devez trancher. De manière claire, limpide. Vous devez la vérité aux Français, vous lui devez surtout votre vérité. Sans tergiverser. Et vite !

Monsieur Macron, nous ne sommes pas vos « enfants »!

Le président veut nous expliquer, parce qu’on ne comprend pas bien


« Les vraies réformes, elles vont avec les contraintes, les enfants ! » On croyait Emmanuel Macron guéri de toute envie de « pédagogie », mais non: le petit père du peuple a encore frappé. Le président veut absolument nous expliquer, parce qu’on ne comprend pas bien. 


« Il faut proposer de vraies réformes, mais les vraies réformes, elles vont avec les contraintes, les enfants ! Parce que si derrière on veut ceci, comment on le finance ? C’est pas open bar. Le bar, c’est le nôtre. »

« Les enfants. » Voilà comment s’adressait le président de la République, jeudi dernier, à une assemblée de citoyens réunis pour une séance du fameux « grand débat », à Bourg-de-Péage dans la Drôme, où il s’était invité à la dernière minute. Evidemment, vient de suite l’antienne habituelle : « Imagine-t-on le Général de Gaulle… ? » Et en effet, on a un peu de mal à l’imaginer.

Emmanuel « Hanouna » Macron

Et si nous étions décidément de mauvais coucheurs ? Reprochant tout et son contraire à Emmanuel Macron ? D’être jupitérien et éloigné, puis de venir au contact et entamer un dialogue franc et à bâtons rompus avec les Français ? Pas ici, désolé. Nous ne lui avons jamais reproché de souhaiter restaurer la fonction présidentielle, après l’avoir théorisé pendant sa campagne – ce qui n’a d’ailleurs pas été pour rien dans sa victoire. Nous lui avons justement reproché l’été dernier, son « qu’ils viennent me chercher », en plein cœur de l’affaire Benalla, cette expression qui déboulonnait Jupiter et le transformait en homme de clan. « Qu’ils viennent me chercher ! », c’est la faute originelle. En novembre et décembre, d’ailleurs, les gilets jaunes les plus virulents tentaient de s’approcher de l’Elysée avec le slogan « on vient te chercher ». Ils le tutoyaient déjà. La fonction présidentielle était autant désacralisée qu’au temps du président-joggeur Sarkozy ou de Monsieur petites blagues François Hollande. Pari raté.

« Les enfants », nous appelle-t-il donc. Nous pensions avoir élu un jeune président de quarante ans, et il nous prend pour ses gosses. Regardez bien la vidéo, et observez la salle à laquelle il s’adresse.

La très grande majorité des participants pourrait au contraire avoir l’âge d’être ses parents. Mauvais coucheur, encore, me répondra-t-on. « Les enfants », c’est une expression qu’on emploie tous, en réunion de rédac, à la table familiale ou dans le vestiaire à la mi-temps d’un match, sans que ceux à qui l’on s’adresse soient précisément en âge de faire partie de notre progéniture. « C’est une expression. » Cela me rappelle un vieux sketch de Jean-Marie Bigard. Le comique expliquait à quel point certaines expressions pouvaient être absurdes, surtout dans des contextes particuliers.

Parce que si Emmanuel Macron dit « les enfants », comme un chef de service dans une réunion de boulot, pourquoi pas « mes loulous » (ou plutôt « mes louloutes et mes loulous »), « Chatons », ou « Mes fanzouzes » (Droits réservés – Cyril Hanouna) ?

« Les enfants », l’échec du macronisme

Dans l’utilisation de ce « les enfants », réside l’échec du macronisme. On ne peut pas être « en même temps », celui qui reproche à un adolescent d’être familier en l’appelant « Manu », et se montrer soi-même familier, quand on s’adresse à une assemblée de Français. On ne peut pas être le Général de Gaulle un jour, et Cyril Hanouna le lendemain. On ne peut pas être François Mitterrand et en même temps Thierry Ardisson. Dans cette expression « Les enfants », il y a aussi la posture qui s’est avéré le carburant le plus efficace du mouvement de cet automne. L’idée que nous ne comprenions pas tout. Qu’il fallait nous expliquer. Qu’il fallait nous expliquer longtemps. Qu’il fallait de la pé-da-go-gie. Nous l’avions évoqué dans ces colonnes : cette posture était dévastatrice.

Nous avions cru qu’il s’était amendé le 10 décembre. Il semblait avoir compris. C’était les gilets jaunes qui s’étaient montrés les plus pédagogues. Le 31 décembre, à l’occasion des vœux présidentiels, nous nous rendions compte qu’il n’en était rien. Emmanuel Macron veut toujours nous expliquer. Il va devant les maires, et il leur explique pendant six ou sept heures. Le lendemain, on s’extasie de la « performance ». « Qu’est-ce qu’il a été bon ! », « Qui donc est capable d’un tel show ? » La fusion du commentaire politique et du commentaire sportif est une vieille histoire. Pourtant nous n’avons pas élu Neymar, nous avons élu un président. Nous n’avons pas élu un président pour qu’il soit « performant », mais pour qu’il porte une vision. Nous n’avons pas élu un président pour qu’il « nous explique », mais pour, selon ses propres mots devant le Congrès à Versailles à l’été 2017, « qu’il restaure la souveraineté de la nation », comme le rappelle Stéphane Rozès.

Papa est en haut…

Alors non, Monsieur le président, nous n’attendons pas que vous nous expliquiez ce qu’est un budget. La plupart d’entre nous gérons des budgets familiaux et ceux qui étaient sur les ronds-points vous ont vertement fait savoir que ce n’était pas toujours facile. Nous n’attendons pas que vous soyez notre « papa ». La plupart d’entre nous en a déjà un. Nous ne sommes ni vos « enfants », de substitution ou pas, ni vos loulous, ni vos chatons. Nous n’attendons pas forcément que vous nous « parliez cash ». Nous refusons que vous nous disiez « qu’on ne vous changera pas ». Parce que vous avez aussi des devoirs. La vraie réforme à accomplir, c’est sans doute que le président se réforme lui-même. Et cela va effectivement avec des vraies contraintes. La fonction présidentielle, ce n’est pas open bar. Car le bar, c’est le nôtre.

« Qui est Juliette Binoche pour me dire ne pas manger de viande le lundi? »


Le lundi, ce n’est plus raviolis. Le 2 janvier dernier, un parterre de personnalités dont Juliette Binoche et Yann Arthus-Bertrand, l’ont décrété: elles ne mangeront plus ni viande ni poisson le lundi, et vous encouragent à faire de même. Le député (LR) du Jura, Jean-Marie Sermier, ne s’oppose pas au combat écologiste, mais à cet ordre déguisé venu d’une France d’en-haut étrangère aux difficultés des agriculteurs.


Causeur. Vous êtes au centre d’une polémique sur les réseaux sociaux depuis que vous avez tweeté, lundi dernier, une entrecôte-frites accompagnée de son verre de vin, afin de soutenir les agriculteurs contre « l’appel des 500 pour un lundi vert », pétition de personnalités qui appellent à ne plus manger ni viande ni poisson le lundi, dans le cadre de leur combat écologiste. Vous les avez qualifiées, au passage, de « pseudo-stars et bobos ». Vous cherchiez vraiment la provocation, n’est-ce pas ?

Jean-Marie Sermier. C’est symbolique, en tous cas ! J’ai annoncé lors de ma cérémonie de vœux que je prenais en 2019 la résolution de manger une bonne viande chaque lundi. C’est ma liberté. Je n’oblige personne à faire comme moi. A l’inverse, je n’entends pas qu’Isabelle Adjani, Yann Arthus-Bertrand ou Juliette Binoche me dicte ce que j’ai à faire ou à manger. Il y a une forme de dictature de la pensée dans cet « appel des 500 ». C’est ce qui m’agace. Comme disait le président Pompidou, cessons d’emmerder les Français ! Qui sont ces 500 pseudo-stars pour donner des leçons de morale ? Sont-elles irréprochables ? Après tout, leurs piscines privées gaspillent de l’eau ; leurs voyages en avion produisent des gaz à effet de serre… Je ne suis pas contre le véganisme, comme j’ai pu le lire ici ou là, je suis pour la liberté.

Jean-Marie SERMIER

@jmsermier

En réaction à l’appel de 500 pseudo-stars et bobos qui voudraient empêcher les Français de manger de la viande (mais de quoi se mêlent-ils ?!), je me suis engagé à manger chaque lundi midi une bonne viande. Avec mon équipe, nous nous sommes régalés 😉 Vive nos agriculteurs !

4 903 personnes parlent à ce sujet

De grands défenseurs de la gastronomie, des grands chefs cuisiniers notamment, expliquent qu’il faudra néanmoins s’habituer à manger moins de viande, mais de meilleure qualité, et locale. Qu’en pensez-vous ? Et d’ailleurs votre entrecôte était-elle de viande locale ? Parce que les frites ont l’air surgelées…

C’était une côte de bœuf. Elle était d’origine française ; je m’en suis assuré. Les frites étaient sans doute congelées mais peut-être issues de pommes de terre du nord de la France.

Pour en venir à votre question, les grands chefs cuisiniers ont sans doute raison. Il faut défendre l’agriculture française, en particulier l’élevage. Objectivement, du point de vue de la qualité, c’est la meilleure au monde.  Bien sûr, il faut encourager les circuits courts, comme nous le faisons dans mon département du Jura, en particulier dans la restauration collective.

En tant que député, ma préoccupation va moins vers ceux qui font le choix de ne pas manger de viande que vers ceux qui ne peuvent pas se permettre d’en acheter. En effet, la viande participe à l’équilibre alimentaire, grâce à ses nutriments comme les protéines, le fer, le zinc et le sélénium. L’enjeu est donc que tout le monde ait accès à une viande de qualité.

Plaisir et écologie peuvent-ils devenir incompatibles ?

Il ne le faut pas. En tant que vice-président de la commission du Développement durable à l’Assemblée nationale, je crois que je porte une autre voix que celle qu’on a l’habitude d’entendre sur l’écologie. C’est important d’avoir plusieurs sensibilités. Je parle à mes collègues de l’agriculture, de la chasse, de la pêche et de la ruralité. Beaucoup y sont sensibles. Vous savez, il n’y a pas une personne qui connait mieux la nature, ses cycles et ses fragilités qu’un agriculteur !

A lire aussi: Viande: êtes-vous prêt à renoncer à ça?

Je me méfie d’une vision punitive de l’écologie. Si l’écologie, c’est uniquement des contraintes et des coûts supplémentaires, alors elle finira par être massivement rejetée par les Français. Ce serait dramatique. On l’a bien mesuré lors de la hausse des taxes sur les carburants qui fut le déclenchement des gilets jaunes. Les ruraux l’ont pris comme une sanction. Ils ont bien compris que leur effort servait à renflouer les caisses de l’État et non à protéger l’environnement.

N’oublions pas que dans « développement durable », il y a « développement ». L’objectif, ce n’est pas la décroissance. L’objectif, c’est le progrès, c’est-à-dire la croissance maitrisée.

Quelle est votre position sur les traités transatlantiques, comme le CETA ou celui avec le MERCOSUR, notamment par rapport au sujet de la viande ? 

On peut déjà regretter une certaine opacité dans les négociations. Après, ce qui me parait essentiel, c’est qu’on impose aux agriculteurs des pays partenaires les mêmes normes que celles qu’on impose aux agriculteurs français et européens.

A lire aussi: Frah (Shaka Ponk) : « Les gens ne savent pas comment faire pour moins polluer »

On ne peut pas faire venir des produits fabriqués dans des conditions qui seraient illégales en France, par exemple autoriser l’importation de viande bovine d’Argentine qui ne respecte pas les mêmes critères de qualité que la viande française. Sur le plan économique, ce serait de la concurrence déloyale. Sur le plan sanitaire, ce serait risqué. C’est cette protection que nous devons aux agriculteurs et aux consommateurs français, en particulier aux plus modestes.

Les réactions à votre tweet ont été vives et parfois violentes. Alors que le mouvement des gilets jaunes se poursuit et que les positions semblent se durcir de part et d’autre, que le mouvement vegan est parfois empreint d’actions violentes contre les boucheries, et que le débat public se transforme souvent en guerre de tranchées, la nuance est-elle la grande victime de ces derniers mois ?

J’ai été surpris de la violence des réactions à mon tweet. Après tout, j’ai juste posté la photo d’une côte de bœuf ! Cela m’a valu à la fois beaucoup de soutien des internautes de ma région et une avalanche d’insultes venues plutôt des grandes villes. Des internautes, sans s’embarrasser d’anonymat, ont écrit espérer ma mort. C’est choquant.

Alors que la multiplication des moyens de communication devrait faciliter les débats, on assiste à un durcissement des positions et à l’émergence d’une pensée unique. Une partie des élites n’accepte pas la contradiction. Elle ne veut pas se remettre en question. Dans un monde en pleine mutation, où tout va plus vite, où tout est plus complexe, la nuance et la modération seraient pourtant de sages boussoles.

Michel Houellebecq, un gilet jaune qui scie Niort

On lui reproche (à tort) d’avoir critiqué la ville de Niort dans son dernier roman


La sortie du nouveau livre de Michel Houellebecq a provoqué une polémique inattendue à laquelle il fallait pourtant s’attendre: susceptible, la ville de Niort s’est offusquée d’une phrase du narrateur qui ne la met pas en valeur. 


« Et puis refuser les plateaux télé évite d’avoir à répondre à des questions idiotes, du genre: “Pourquoi dites-vous page 124 d’une femme de 50 ans qui ne vous fait pas bander qu’elle préfère ‘incriminer les antidépresseurs plutôt que ses propres bourrelets’ ? Ce n’est pas très sympa pour vos lectrices quinquagénaires!” Il est épuisant d’avoir sans cesse à rappeler la distinction entre l’auteur et le narrateur, ce b. a.-ba du roman que les présentateurs télé ignorent car ils ont, littérairement, le niveau du BEPC, lequel d’ailleurs n’existe plus. »

Frédéric Beigbeder avait donc anticipé le phénomène une semaine avant la parution de Sérotonine, le dernier né de Michel Houellebecq. Comme d’habitude, on confondrait auteur et narrateur, voire auteur et personnage. Le chroniqueur du Figmag n’avait certes pas donné l’exemple de Niort, mais l’intention y était et la polémique venue des Deux-Sèvres était déjà en gestation lorsque l’hebdo du Figaro était en vente. Houellebecq attaquait cette ville qui n’avait rien fait à personne. Et qui d’ailleurs a des coins sympas, ce dont personne ne doute.

« Niort est la ville la plus laide qui m’ait été donné de voir »

Immédiatement, une angoisse est née. Dans le manuscrit livré aux bons soins des Editions du Rocher, avais-je prêté à un de mes personnages des propos dénigrant une ville ou une région ? Y aurait-il un habitant susceptible pour lancer une fatwa sur Twitter ? L’angoisse est vite passée. Même si je vends beaucoup plus que Jean-Christophe Cambadélis, je suis beaucoup moins attendu que Michel Houellebecq, et donc beaucoup moins scruté. Mais quand même. La condition de romancier devient difficile au temps des « social justice warriors ». La tyrannie des susceptibles, si bien décrite par Polony et Quatrepoint dans leur dernière livraison commune, est désormais à l’œuvre jusque dans ce vieux pays littéraire, la France. Et c’est triste.

A lire aussi: Polony et Quatrepoint dissèquent notre déclin

Les salons du livre en province ne désemplissent pas. Plusieurs centaines de romans viennent de sortir pour la rentrée de janvier, mais il n’y a plus que quelques mauvais coucheurs pour rappeler, au cœur de la polémique, que ce n’est pas Michel Houellebecq qui trouve que « Niort est la ville la plus laide qui [lui] ait été donné de voir », mais Florent-Claude Labrouste, personnage dépressif, qui vient de se taper les bouchons à Bordeaux sur l’A10 et a découvert quelques jours plus tôt que sa petite amie participait à des gang-bangs avec des gros chiens. Perso, dans un tel état, je suis prêt à trouver Niort, mais aussi Besançon ou l’Arc de Triomphe très moches.

Défendons Niort-qui-n’est-pas-laide !

Mais les susceptibles de 2018 n’ont plus ouvert le dictionnaire au mot « contexte » depuis longtemps. Et comment les en blâmer, puisque même les présentateurs de télévision, comme l’écrit Beigbeder, ne donnent pas l’exemple. Il semble que ce soit Libé qui ait tiré le premier en balançant quelques amabilités de Florent-Claude Labrouste à la vindicte des foules de Twitter et Facebook, comme des morceaux de viande bien fraîche aux lions du zoo de la Citadelle de Besançon (une ville bien plus jolie que Niort, au passage, me souffle le narrateur de Sérotonine).

Mais puisque nous avons, quant à nous, ouvert le dico à la page de « contexte », préoccupons-nous en un peu. La sortie de Sérotonine, et sa fameuse pique à la ville de Niort, interviennent en plein cœur du mouvement des gilets jaunes, sur fond de mépris des élites parisiennes pour les petites villes de province. L’épiderme y est d’autant plus sensible. Les gens aiment leur ville et détestent par-dessus tout la voir dénigrée. Alors, tant pis si Labrouste, quelques pages plus loin, n’est guère plus tendre avec les « Parisiens écoresponsables », défendons Niort-qui-n’est-pas-laide, et fustigeons l’écrivain déconnecté qui doit préférer les vacances à Kuala Lumpur que dans la vieille province française.

Sérotonine, un hymne à cette France enracinée

Le problème, justement, c’est que Sérotonine est un hymne à cette France enracinée et une critique acerbe de la mondialisation sauvage. Michel Houellebecq se révèle donc la plus mauvaise cible qui soit. En 2018, quand une polémique naît sur les réseaux sociaux et qu’elle commence à prendre de l’ampleur, les chaînes d’information continue prennent le relais, puis TF1 et France 2, si affinités. Tout le monde a donc débarqué à Niort pour interroger les habitants dont la ville avait été ainsi dénigrée par notre écrivain national auquel, comble de l’horreur, le président de la République venait d’accorder la Légion d’honneur. Et c’est un vieux camarade de mes combats politiques, le maire Jérôme Baloge, féru de littérature, et qui connaît bien – je tiens ici à rassurer tout le monde – la différence entre auteur et narrateur, qui a dû faire le boulot de communication. Qu’auriez-vous fait à sa place ? Il n’allait quand même pas fustiger ceux qui, parmi ses administrés, avaient eu à cœur de défendre la beauté de la « Venise verte » ! La polémique offrait une campagne de promotion à sa ville et, avec flegme et humour, il en a largement profité.

En plus, la météo était au rendez-vous et mettait en valeur la cité. Combien un cabinet spécialisé aurait-il facturé une telle campagne de promotion ? Jérôme Baloge m’a répondu qu’il n’en savait rien parce que, de toute manière, Niort n’en avait pas les moyens.

A défaut de pouvoir inviter Florent-Claude Labrouste, il a donc invité Michel Houllebecq à Niort pour lui offrir de l’angélique, spécialité locale dont les vertus pour le bien-être vaudraient bien celles de la sérotonine.

Tout va donc pour le mieux du côté de Niort. En revanche, du côté de la compréhension de la littérature et du développement des polémiques à deux balles, l’angoisse demeure.

Macron a-t-il choisi la France?

Le président sort le chéquier, Bruxelles ne va pas aimer


Smic, CSG, primes et heures supplémentaires défiscalisées: hier soir, lors de son allocution télévisée, le président Macron a sorti le chéquier. Pas suffisant pour rassurer tous les Français, mais peut-être assez pour inquiéter Bruxelles. Et la règle des 3% dans tout ça?

Allait-on encore tourner en rond ? Après l’acte IV des gilets jaunes, c’eût été désespérant. Alors Emmanuel Macron s’est adressé à la nation. Et miracle, il n’a pas prononcé le mot interdit : « pédagogie ». A la bonne heure. Il a même dit regretter les mots qui ont pu choquer. C’est bien le mouvement des gilets jaunes qui a réussi son exercice de pédagogie en direction du président de la République.

Emmanuel Macron

Du moins, en se livrant à ce mea culpa, lui a-t-il offert une victoire symbolique. Laquelle passerait vite aux oubliettes si, le naturel revenant au galop, Emmanuel Macron se laisserait à nouveau aller à critiquer ses compatriotes depuis l’étranger comme il l’a fait à plusieurs reprises.

Changement de cap

Mais hier soir, Emmanuel Macron a surtout sorti le carnet de chèques. A voir la mine déconfite et l’intervention embarrassée de Jean-Luc Mélenchon après le discours présidentiel, Emmanuel Macron n’avait pas lésiné sur les sommes distribuées.

Bien sûr, cette crise ne peut pas seulement être dénouée par le chéquier. Bien sûr, il importe surtout de retisser le lien démocratique, de redonner au peuple la certitude qu’il peut être à nouveau maître de son destin. Et on attendra les mesures qui seront proposées dans les prochains mois au terme des consultations programmées, lesquelles devront forcément passer par l’abandon de pans entiers du programme du candidat Macron.

Elisabeth Lévy

@ELevyCauseur

Hausse du Smic. Csg. Les gilets jaunes ont obtenu en six semaines ce que les syndicats n’ont pas eu en trente ans. A quoi sert la CGT ?

Mais la question du pouvoir d’achat était néanmoins à l’origine du mouvement des gilets jaunes et le président y a répondu davantage que d’aucuns pouvaient l’espérer. Il n’était là plus du tout question de « maintenir le cap », expression heureusement expulsée du discours présidentiel, autre concession symbolique accordée hier soir à ses zélateurs.

Feu sur Bruxelles…

Car le chéquier, et le chéquier à ce point-là, c’est peut-être aussi un autre défi qu’Emmanuel Macron s’est lancé à lui-même. Certains économistes le constataient peu de temps après son intervention : on voit mal comment la règle européenne des 3% pourra être respectée dans ces conditions. Le président a-t-il décidé de s’en affranchir, jetant le pacte budgétaire par-dessus les moulins ? C’est ce que lui conseillaient pêle-mêle Philippe Aghion, qu’on a connu plus orthodoxe, ou Jean-Pierre Chevènement dans une cohérence et une suite dans les idées de pureté cristalline.

Pour Emmanuel Macron le progressiste, l’Européen, celui qui combat la « lèpre nationaliste », s’asseoir sur les sacro-saintes règles de l’UE n’a rien d’anodin. A-t-il négocié en douce, ces derniers jours, une aimable abstention de la Commission européenne ? On voit mal comment le gouvernement italien qui fait les frais depuis plusieurs semaines de l’intransigeance de Bruxelles sur cette question pourrait ne pas, dans ce cas, hurler au fayotage. Si, au contraire, il s’est passé de l’avis de Pierre Moscovici, lequel participait encore il y a peu à un conciliabule à l’Elysée sur les prochaines élections européennes avec Juppé, Raffarin et Bayrou, on peut alors s’interroger : Emmanuel Macron est-il décidé à entrer en conflit ouvert avec la Commission européenne, et surtout avec l’Allemagne ?

…et sur Merkel ?

Cette confrontation, elle n’est pas dans le programme d’Emmanuel Macron. Elle ne l’a jamais été. Il s’agit même de l’anti-thèse de sa méthode. Depuis le début de son mandat, celle-ci était claire : donner des gages orthodoxes aux Allemands pour pouvoir obtenir une autre gestion de l’euro. Jamais les Allemands ne lui ont laissé le moindre espoir. Au contraire, ils se sont même permis de proposer que la France abandonne son siège permanent au conseil de sécurité, ce que notre confrère Hadrien Desuin avait justement interprété comme le signe d’un refus définitif aux propositions françaises.

Si néanmoins c’était le cas, ce que semblait croire la presse allemande déjà très critique hier soir, et qu’il se préparait à cette confrontation, il ferait ce que ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande n’avaient osé. Et il répondrait alors en partie au désir de souveraineté exprimé ces dernières semaines sur les ronds-points. Nous pourrions alors imiter Benjamin Griveaux et attribuer à Marc Bloch la sentence suivante : « Divine surprise ! »

Réponse aux gilets jaunes: avec Macron, on tourne en rond

Macron a compris et en même temps n’a rien compris


Trois jours après l’embrasement des Champs-Elysées, Emmanuel Macron devait répondre aux préoccupations des gilets jaunes, dans son discours du 27 novembre sur la transition énergétique. Mais plutôt que de rassurer, le président a perturbé: quand il semble avoir compris, il montre en même temps qu’il n’a rien compris.


Dans Le grand blond avec une chaussure noire, Bernard Blier, alias le colonel Milan, s’agace: « On tourne en rond, merde. On tourne en rond, merde. On tourne en rond, merde ».

Aujourd’hui, nous nous trouvons dans la même situation.

L’objet du tourment, ce n’est pas François Perrin mais Emmanuel Macron. Des mois que nous nous intéressons à Jupiter. Que nous scrutons. Que nous analysons. Que nous nous permettons même de le conseiller via des éditos, comme autant de bouteilles à la mer. Et on finit par avoir l’impression de tourner en rond, tel Bernard Milan. De tourner en rond avec Emmanuel Macron, parce qu’en fait, c’est surtout lui qui est à l’œuvre dans ce mouvement circulaire.

Les gilets jaunes: un danger et une chance

Depuis que Jupiter a abandonné la parole rare, s’exprimant devant les Français avec une fréquence plus importante que ses deux prédécesseurs réunis, il est possible que les chroniqueurs ne soient pas les seuls à ressentir ce tournis. Le mouvement des gilets jaunes constituait à la fois un danger et une chance pour le président de la République.

Un danger parce que la colère qui montait de toute la France mettait en exergue le malentendu de son élection. Il avait été l’instrument du dégagisme mais n’était en fait que le continuateur en plus brutal de toutes les politiques rejetées, mises en œuvre par l’ex-duopole politique LR-PS.

Une chance parce que ce signal d’alarme lui permettait de comprendre définitivement les fractures de ce pays, de comprendre qu’il fallait qu’il remette en cause ses certitudes. Un moment de vérité.

Les Français ne sont pas des enfants

François Bayrou, l’homme qui l’avait fait roi un après-midi de février 2017, lui avait parlé. Mieux encore : des députés LREM avaient déchaussé leurs godillots et s’alarmaient du discours présidentiel. Notre consœur du Figaro, Mathilde Siraud, racontait cette scène d’une réunion de groupe LREM à l’Assemblée nationale : Aurore Bergé, député des Yvelines, mettait en garde ses collègues : il fallait arrêter de parler de « pédagogie », les gilets jaunes n’étaient pas des enfants. En voilà une qui avait compris. Sans doute pas la seule. Nous l’avions nous-mêmes expliqué dans ces colonnes juste avant le 17 novembre.

Mais il y avait les autres. Ceux qui avaient contribué à faire grossir le mouvement en moquant avec arrogance le parti de « ceux qui fument des clopes et roulent en diesel ».Ceux qui dénonçaient l’ultradroite ou « la peste brune ». Ceux, enfin, dont l’obsession de rester « droit dans leurs bottes » est inscrit dans leurs gènes politiques et qui craignent que le quinquennat d’Emmanuel Macron s’arrête à la moindre concession.

A lire aussi: Macron, le président qui ne savait pas être président

Il n’était pourtant pas difficile de le lâcher ce moratoire sur l’augmentation de la taxe carbone. Il n’était pourtant pas difficile de le vendre, ce supposé recul. Emmanuel Macron n’a de cesse de critiquer ce qui s’est fait avant lui. Pourquoi alors se mettre dans les pas de ses prédécesseurs, spécialement sur ce sujet qui a mis une partie de la France en colère ? Pourquoi ne pas avoir argué du fait que lui était différent, qu’il ne mettrait pas la charrue avant les bœufs et ne punirait donc pas ceux qui utilisent leur véhicule contraints et forcés, comme il le reconnaissait par ailleurs ?

Le petit manège du président Macron

Emmanuel Macron nous donne le tournis. Il semble avoir compris le temps de deux phrases et en même temps nous rappelle qu’il n’a rien compris la phrase d’après. Il semble prendre de la hauteur et en même temps « donne l’impression pénible que le président lit une note de Bercy et qu’il fait corps avec le ministère des Finances », ainsi que le notait notre confrère Guillaume Perrault. Un jour, les Français sont des « Gaulois réfractaires », un autre « ils ont raison ». Lorsqu’il continue de fustiger ceux qui demandent à la fois plus de services publics et moins de taxes, laissant entendre que ces gens ne comprennent rien aux finances publiques, fait-il preuve d’une naïveté confondante ou d’une mauvaise foi crasse ? C’est parce qu’ils ont vu disparaître ces dits services publics de leurs campagnes et petites villes que les gilets jaunes refusent d’être davantage taxés. Lorsqu’on écoute Emmanuel Macron, on se dit parfois que c’est avec lui qu’il faudrait faire preuve de pédagogie.

On tourne en rond, on tourne en rond, on tourne en rond. Comme sur un rond-point occupé par les gilets jaunes. On tourne en rond avec Emmanuel Macron dont les ennuis, à l’évidence, ne sont pas terminés avec sa prestation d’hier.