Pradié, c’est Marlène Schiappa chez les LR


Le nouveau secrétaire général des Républicains Aurélien Pradié a décidé d’exclure du parti Erik Tegnér, coupable de frayer avec la droite de la droite. Le jeune député du Lot, lui, a tout d’un progressiste !


Rassembler, rassembler, rassembler. Tels étaient les trois mots d’ordre de la campagne interne de Christian Jacob, désignant en creux le caractère trop clivant de ses deux adversaires: Julien Aubert et Guillaume Larrivé. Son meilleur atout, résumait joliment Mediapart, était de ne s’être prononcé sur rien.

Rassembleur toi-même!

Mais, il faut toujours se méfier. Lorsqu’un chiraquien parle de rassemblement, il se prépare toujours un repli et une volonté d’exclusion. En 1990, Alain Juppé fustigeait le duo Pasqua-Séguin, coupable de vouloir instaurer un « Front national bis », et prenait la décision d’exclure Alain Carignon, parce que ce dernier appelait à voter PS contre le FN dans une cantonale partielle à Villeurbanne. En 2002, Chirac la jouait front républicain et était élu avec toutes les voix de gauche contre la Bête immonde. Puis n’ouvrait à personne et construisait un gouvernement 100% UMP! Dans le Jura en 1998, le secrétaire départemental et député chiraquien proposait d’exclure un secrétaire de circonscription pour avoir tenu des propos désobligeants sur Jacques Chirac dans une lettre de… démission.

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Il y avait donc bien des raisons de se méfier pour tous des militants LR tenant un discours différent du président élu. Et c’est Erik Tegnér qui en a fait les frais. Celui-ci a appris il y a quelques jours qu’il faisait l’objet d’une procédure d’exclusion, dans une lettre signée par la présidente de la fédération LR de Paris, Agnès Evren. Celle-ci dit avoir été saisie par Aurélien Pradié, nouveau secrétaire général, nommé par Christian Jacob.

Aurélien Pradié, fort avec les faibles

Quel est le crime de Tegnér ? A-t-il soutenu un autre candidat que celui investi par son parti dans telle ou telle élection ? Pas du tout ! A-t-il tenu des propos désobligeants envers la direction de LR ? Encore moins ! Il a seulement développé une stratégie d’alliance alternative, sans jamais la mettre en œuvre. Il fait ainsi vivre le débat démocratique interne, comme chaque adhérent a le droit voire le devoir de le faire.

Alors que la droite est terriblement affaiblie, ladite stratégie – dite d’union des droites – ne me semble pas être la plus adaptée, dans le contexte de disparition du clivage droite-gauche et de sa substitution par le clivage bloc élitaire versus bloc populaire, cher à Jérôme Sainte-Marie (je vous renvoie à la lecture du dernier numéro de Causeur en kiosque depuis mercredi). Mais exclure Erik Tegnér parce qu’il a donné son avis, c’est ériger un délit d’opinion. Rassembler, qu’il disait… Julien Aubert et Guillaume Larrivé ont d’ailleurs apporté leur soutien à Erik Tegnér, alors qu’ils ne partagent pas cette stratégie d’union des droites.

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En fait, ce qui doit intéresser l’observateur, ce n’est pas tant le sort réservé à un militant de base que la personnalité du nouveau secrétaire général. Aurélien Pradié s’est donc attaqué à un jeune militant à la langue un peu trop pendue. Fort avec les faibles.

Goût du buzz

Aurélien Pradié explique à qui veut bien l’entendre que LR doit désormais abandonner les terrains régaliens trop sulfureux qu’occupait Laurent Wauquiez, pour d’autres, plus consensuels. Ainsi, il s’enorgueillit d’avoir grillé la politesse à LREM à propos de deux sujets: les violences conjugales et le handicap. Le parti macroniste s’en est d’ailleurs ému, dénonçant le goût du buzz du député du Lot.

Pradié aurait-il pour ambition de devenir la Marlène Schiappa des LR? Et si, pour ne surtout pas passer pour un archaïque, pour ne pas se voir accusé d’être conservateur, le nouveau secrétaire général décidait de surprendre davantage encore, en faisant rédiger les mails internes de la Rue de Vaugirard en écriture inclusive? Imaginez alors la tête que feraient certains des soutiens de Christian Jacob, au siège national du parti ou dans les fédés!

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Les dernières investitures le montrent: s’associer avec LREM ne gêne aucunement la nouvelle direction des Républicains. Ce qui ajoute d’ailleurs au scandale de la procédure lancée contre Tegnér. Proposer qu’on s’allie avec le RN vaut exclusion, mais s’allier carrément avec LREM est validé. Allez comprendre! Comme nous l’avons expliqué récemmentil s’agit pour la nouvelle direction de concurrencer le parti du président sur le terrain électoral du « bloc élitaire », en misant toutes ses cartes sur l’effondrement personnel d’Emmanuel Macron. Attention, si ce coup de poker ne fonctionne pas, LR vivra le destin du PRG. Pour un secrétaire général originaire du Quercy, pays de Maurice Faure, la boucle serait bouclée.

« Grégory »: Netflix rend justice aux Vosgiens

Netflix propose un documentaire sur l’affaire Grégory Villemin


Avec l’affaire du « petit Grégory », la France profonde aura été trainée dans la boue. Le documentaire de Netflix remet les pendules à l’heure.


Nous avons hésité à regarder le documentaire en ligne sur Netflix consacré à l’Affaire Grégory. La lecture d’un article du Monde avait tout fait pour nous en dissuader. « Il fallait pouvoir intéresser le monde entier avec un conte noir qui se tisse dans un village aussi attrayant qu’une remise à outils, avec, en têtes d’affiche, les bacchantes très gauloises de Bernard Laroche et les 4L très franchouillardes de nos gendarmes à képi », nous inflige le journaliste du quotidien du soir, qui n’a sans doute jamais mis les pieds dans une vallée vosgienne pour se faire plaisir dans un mépris caractéristique de sa maison.

Mépris pour une France dite « reculée »

Mais après avoir visionné le documentaire en cinq volets, nous nous sommes rendus compte que rien n’avait en fait changé depuis trente-cinq ans et que le fiasco judiciaire et médiatique avait sans doute pour origine ce mépris sidérant pour les contrées qu’on dit reculées. Mépris qui s’accompagne d’une fascination morbide pour ces ruraux forcément frustres, d’autant moins ouverts qu’ils sont enracinés. Enracinés « comme des radis », nous souffle Jacques Attali.

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À lire toute cette bonne presse, on doit surtout au caractère de ces foutus Vosgiens le fait qu’on ne connaît toujours pas la vérité sur l’assassinat de Grégory Villemin. Dès le début – nous en parlions déjà dans la cour de notre collège aussi rural que celui de Murielle Bolle – on nous a bassiné avec cette propension des habitants du 88 à être taiseux. Forcément taiseux. Et pourquoi pas arriérés, voire consanguins. Et pourtant – et c’est le principal mérite de la série produite par Netflix – ce qui éclate, c’est que cette non-élucidation du crime, et tous les rebondissements, l’injuste mise en cause de Christine Villemin, mère de l’enfant, et l’assassinat de Bernard Laroche, on le doit surtout aux non-Vosgiens!

Jean-Michel Lambert, ce petit juge incompétent, n’était pas vosgien. Son instruction fut un fiasco.

Tous ces journalistes envoyés spéciaux de Paris, bien plus acharnés que les locaux à se classer parmi les pro-Laroche ou les pro-Vuillemin, ils n’étaient pas vosgiens.

Vosgiens, les flics du SRPJ de Nancy qui débarquent à Lépanges, après que Lambert ait dessaisi les gendarmes locaux? Et ce commissaire Corazzi qui raconte dans le documentaire à quel point Christine Villemin était « excitante » en tenue de deuil – il avait dû voir un mauvais film du samedi soir de la chaîne cryptée naissante – pour tenter de convaincre à quel point cela pouvait peser dans l’éventuelle culpabilité de la mère de Grégory.

Marguerite Duras, pas une lumière

Et Marguerite Duras, « apologiste sénile des infanticides ruraux », selon le mot si juste de Pierre Desproges, était-elle aussi immatriculée en 88? Lorsqu’elle débarque à sa demande, ou à celle de Serge July, on ne sait plus très bien, à Lépanges pour rencontrer Christine Villemin, et que cette dernière refuse avec bon sens, d’où vient-elle, d’où parle-t-elle? Là voilà, devant la maison des Villemin et qui décrète devant un Denis Robert consterné que c’est là, forcément là, que le crime a eu lieu. Elle déboule ensuite chez le juge Lambert et lui offre le mobile qu’il recherchait désespérément: l’infanticide vengeur contre la domination masculine: « Aucun homme au monde ne peut savoir ce qu’il en est pour une femme d’être prise par un homme qu’elle ne désire pas. La femme pénétrée sans désir est dans le meurtre. Le poids cadavérique de la jouissance virile au-dessus de son corps a le poids du meurtre qu’elle n’a pas la force de rendre : celui de la folie». C’est dans « Sublime, forcément sublime », le fameux article qui aurait dû l’envoyer direct en hôpital psychiatrique. C’est la révélation du documentaire: Lambert convaincu par cette illuminée, star germano-pratine. Le côté taiseux des Vosgiens est bien loin.

Si une affaire du même genre survenait, Libé enverrait-il désormais sa nouvelle star Christine Angot sur place? Angot qui, sept ans après que Christine Villemin avait été définitivement innocentée, déclarait « Je suis tellement Duras tendance Villemin ». Si cela devait être le cas, on espère que des messieurs en blouse blanche l’accompagneraient et interviendraient pour qu’elle ne rencontre pas le juge d’instruction.

France d’en bas, France d’en haut

Devant tous ces personnages, on comprend que les Vosgiens se montrent taiseux. Adolescents à la fin des années 80, nous nous serions volontiers joints à ceux de Lépanges qui chassaient tous ces « envoyés spéciaux » du cimetière, ou tentaient d’aller les perdre dans la forêt. Allumer la radio, et y entendre ce qu’on entendait sur les habitants de cette vallée, cela ne devait pas inciter à se montrer accueillant.

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La fracture territoriale qui a sauté l’an dernier à la gueule de la France d’en haut, celle qui envoie Duras à Lépanges, n’est pas étrangère à ce mépris. Ceux qui sont taiseux, mais fument parfois des clopes et roulent encore au diesel. N’entendez-vous pas parfois comme on parle de faits divers à la radio ou à la télévision? Puisque l’auteur de ces lignes est originaire de Franche-Comté, un peu plus au sud des Vosges, qu’il lui soit pardonné de rappeler comme on désigne « l’affaire de l’anesthésiste de Besançon ». Pourquoi précise-t-on « de Besançon » ? Cet homme a un nom et d’ailleurs, il est toujours présumé innocent, ainsi que la ville où il réside. Mais non, l’anesthésiste « de Besançon », ça fait peur. On voit le type arriver avec sa seringue, patibulaire, menaçant. Tout le monde n’a pas la chance de se faire endormir à l’hôpital américain de Neuilly. On pourrait sans doute trouver d’autres affaires ainsi désignées: celle du dentiste de Guéret, du quincailler de Montluçon, du crétin des Alpes, ou de la Bête du Gévaudan.

Ce n’était peut-être pas volontaire, mais merci à Netflix d’avoir rendu leur honneur aux Vosgiens. Merci d’avoir montré qui étaient les véritables responsables du fiasco: les fameux « envoyés spéciaux », de nos systèmes judiciaire et médiatique. Merci d’avoir montré ce que valaient les élucubrations de Duras.

Cette justice-là, au moins, est rendue.

Ce qui se cache derrière la « Baroin mania »

Un plan de secours si Macron ne passe pas l’hiver


Inlassablement, le monde politico-médiatique propose et repropose à qui veut bien l’écouter l’idée d’une candidature présidentielle de François Baroin. Pourquoi?


Le Congrès des maires de France a été l’occasion d’une opération de promotion dans les médias d’un produit aubois. Il ne s’agit ni d’une marque de champagne, ni de la célèbre andouillette AAAAA troyenne mais de François Baroin, qui préside l’AMF et accueillait à cette occasion le président de la République. Et le microcosme cher à feu Raymond Barre de s’interroger: l’ancien porte-parole de Jacques Chirac ne serait-il pas devenu le plus grand rival d’Emmanuel Macron pour 2022? Cette hypothèse, claironnée juste après une batterie de sondages annonçant déjà le match retour Macron / Le Pen, arrive comme un espoir pour beaucoup de commentateurs.

L’hypothèse de voir François Baroin affronter Emmanuel Macron ne nous paraît néanmoins pas très crédible.

Michèle Laroque n’a pas envie de redécorer l’Élysée

D’abord, parce que Baroin lui-même l’a exclu! Dans un entretien au JDD mi-juillet, le maire de Troyes, ex-Harry Potter à la voix de Barry White, se confiait à Anna Cabana et expliquait que la présidentielle, pourquoi pas… mais si Emmanuel Macron n’est pas candidat! À l’époque, alors que la campagne pour la présidence de LR était lancée et qu’il avait apporté son soutien à son ami Christian Jacob, nous nous étions interrogés sur cette curieuse façon d’apparaître comme une alternative. Quelle étrange façon d’affirmer sa volonté d’accéder à l’Élysée, à présent!

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Il y a un peu de Jacques Delors dans François Baroin. Encensé par les médias avec lesquels il entretient une relation d’autant plus étroite qu’il a lui-même débuté sa vie professionnelle comme journaliste à Europe 1, il partage avec l’ancien président de la Commission européenne cette réticence à aller au feu. En 1994, l’épouse de Jacques Delors ainsi que sa fille Martine Aubry étaient opposées à sa candidature, ce qui avait fait dire assez tôt à Jacques Chirac qu’il ne l’aurait pas comme adversaire. Il semblerait que la compagne de Baroin, actrice célèbre, ne soit pas davantage favorable à une telle candidature.

Wauquiez parti, Baroin retrouve les instances de LR

Baroin, enfin, est devenu le chouchou de Nicolas Sarkozy. Ils se sont pourtant détestés il y a vingt ans. Mais en 2016, l’ancien président – qui n’admire rien tant que ce qui se passe outre-atlantique – avait eu l’idée d’un « ticket » à l’américaine. Alors que le ticket Sarko-Baroin avait fait chou blanc à la primaire, voilà qu’il s’était mis à imposer la même idée à François Fillon, après le Trocadéro. Même succès pour le ticket Fillon-Baroin… Puis, Nicolas Sarkozy l’avait imposé comme chef des Républicains pour les élections législatives.

Sarkozy souhaitait aussi que Christian Jacob soit élu pour que Baroin revienne dans le parti. Contrairement à ce qu’il avait annoncé, il s’est bien ingéré dans la campagne interne, en apparaissant à une séance de dédicaces à Provins, aux côtés de Jacob, à une semaine du scrutin. Jacob vainqueur, Baroin a donc réintégré les instances de LR cet automne.

Baroin en recours si Macron ne finit pas le quinquennat?

Sarkozy, pas davantage que Baroin, ne croient en un rebond de LR. Ils ont bien compris que ce parti pèse 8-10%, tant que Macron est là. Ils ont pris acte du déménagement d’une grosse partie de l’électorat de l’ex-UMP dans le macronisme. Et idéologiquement, ils se retrouvent dans la plupart des réformes – en particulier économiques – du président de la République. Pourquoi l’affronter dès lors? Comment s’en différencier? Comment retrouver des électeurs qui voient en Macron leur nouveau garant de l’Ordre, face au péril gilet jaune?

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Le péril, justement. L’éventuel chaos. C’est sans doute ce dernier qui a précipité l’opération Baroin. Et si Macron ne passait pas l’hiver? Et si le fameux 5 décembre durait tout un hiver? Et si la violence s’installait et qu’une situation de crise acculait Emmanuel Macron à la démission? Et si c’était ce pari que Sarkozy et Baroin faisaient?

Comme l’explique Maxime Tandonnet, le « Système » pourrait avoir trouvé sa solution de rechange en la personne du maire de Troyes. Nicolas Sarkozy, en adepte du billard à trois bandes et de la course cycliste, pourrait bien faire d’une part le pari d’un départ précipité d’Emmanuel Macron et d’autre part miser sur le côté velléitaire de son protégé champenois, pour le doubler au dernier moment après avoir pris sa roue?

L’hypothèse d’un « hibernus horribilis » pour Emmanuel Macron n’est pas impossible. Convenons-en, ce pari demeure malgré tout audacieux. Car ce serait mal connaître le bonhomme, qu’on sent davantage adepte de l’article 16 que de la démission en cas de violence généralisée dans le pays. La probabilité que le président soit toujours le même à la veille des élections régionales et départementales de 2021 reste donc la plus probable. Les élus LR se feront alors laminer. Ce qu’il en restera se fera digérer par LREM, en force supplétive. Qui sait, si ensuite, Nicolas Sarkozy n’ira pas jusqu’à proposer à Emmanuel Macron de se représenter en « ticket » avec François Baroin?

L’autodafé, c’est maintenant!

Une conférence de François Hollande a été annulée à Lille


Intrusion au ministère de l’Enseignement supérieur, conférence de François Hollande annulée à Lille… Cela chauffe pour Frédérique Vidal! Alors qu’un ancien président ne peut même plus présenter son livre aux étudiants, la ministre semble bien timorée face à des agissements insupportables qui se multiplient.


Hier soir, des étudiants ont manifesté leur colère en détruisant la grille d’entrée du ministère de l’enseignement supérieur à Paris et en envahissant la conférence que devait tenir François Hollande dans une faculté de droit à Lille. Ce matin, RTL l’annonçait à peu près sur ce ton, attribuant ladite colère à la tentative de suicide par immolation d’un étudiant à Lyon. Gabrielle Périer a bien décrit dans ces colonnes où se situent les responsabilités dans ce drame.

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Non, il n’est nul besoin d’une telle tragédie pour que les militants du syndicat étudiant « Solidaires » se comportent ainsi. Car c’est encore leur banderole qu’on a vu dans l’amphithéâtre lillois, alors qu’un ancien président de la République devait être exfiltré. Et c’est déjà  « Solidaires » qui cosignait le communiqué de menaces à la présidente de l’université bordelaise, lui intimant d’annuler la conférence de Sylviane Agacinski le mois dernier. A la Sorbonne, professeurs et étudiants se sont donné la main pour obtenir l’annulation (le report, tentait de rassurer le président de l’Université) d’un séminaire de formation sur la prévention de la radicalisation, animé par Mohamed Sifaoui.

Fascistes en herbe

Le sectarisme n’a donc pas attendu l’immolation de ce jeune étudiant de Lyon 2 pour atteindre des sommets dans certaines universités françaises. Et il faut voir la tête satisfaite des deux jeunes idiotes, déchirant le livre de François Hollande, pour se rendre compte de la haine qui anime ces groupes ultra-minoritaires. On pratique désormais l’autodafé dans l’université en toute bonne conscience, sans que les pouvoirs publics puissent s’y opposer.

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Mais en ont-ils seulement la volonté ? Il fallait entendre la réponse mièvre de Frédérique Vidal à un député lorsque ce dernier l’interrogeait sur la scandaleuse annulation de la conférence de Sylviane Agacinski. Il fallait l’entendre apporter son soutien à la présidente de l’université, qui avait eu « la bonne attitude » en « évitant le trouble à l’ordre public » et promettant que Sylviane Agacinski serait reprogrammée. Face à de telles atteintes à la liberté d’expression et à l’ordre public, on était en droit d’attendre une autre attitude. Car, enfin, ceux qui ont menacé à Bordeaux, n’avait-on pas leurs noms et leurs adresses ? N’avaient-ils pas signé eux-mêmes leur communiqué ? Une plainte a-t-elle été déposée ? Des sanctions ont-t-elles été prises contre les étudiants auteurs de telles menaces ? Rien du tout ! Ces petits fascistes en herbe ont imposé leur ordre. Il a été respecté. Respecté jusque dans l’hémicycle par la ministre elle-même.

Tyrannie des minorités

L’attitude de la ministre et du gouvernement en entier – on l’a connu plus vigoureux quand il s’agissait de certains leaders des Gilets jaunes – lors de l’annulation de la conférence de Sylviane Agacinski a donné un signal aux nervis qui ont envahi l’amphithéâtre lillois. Hier, on menaçait de troubles si une conférence était maintenue. Aujourd’hui, on empêche Hollande de tenir conférence et on déchire symboliquement un livre. Et demain ? Commettra-t-on directement des attentats contre ceux qui tiennent un discours différent du sien ?

Ce gouvernement n’est d’ailleurs pas seul en cause. Les médias, qui dans l’ensemble rivalisent de mièvrerie face à des actes attentatoires aux plus élémentaires libertés publiques, ont leur part de responsabilité. Ils sont plus « vigilants » quand un élu questionne – certes maladroitement – une présidente de région sur la présence d’une personne vêtue d’un hijab dans l’enceinte d’une collectivité locale. Les professeurs d’université ne montrent pas l’exemple non plus. Sur Cnews, l’universitaire Benjamin Morel témoignait de la manière dont sont ostracisés par leurs collègues, ceux qui osent ne pas utiliser le sabir « inclusif » dans les mails internes de la plupart des facs.

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Le modèle, c’est la fac américaine, le règne du politiquement correct, lui-même défini par une minorité. Celui-ci s’impose et gare à celui qui s’y opposera. Et la liberté dans tout ça ? Et le pluralisme ? Et la Connaissance ? Et la République ? Que des délires petits bourgeois !

Le président de la République intervient sur tant de sujets du niveau d’un secrétaire d’Etat. On attend toujours son fameux grand discours sur la laïcité et sur la question cruciale posée par le développement de l’islamisme. On l’attend désormais aussi sur la tyrannie de certaines minorités dans le débat public.

Paris, Lyon, Besançon: le triangle des Bermudes d’Emmanuel Macron


A Paris, Lyon et Besançon, la campagne des municipales 2020 est mal engagée pour la République en marche. Les candidatures dissidentes et les couacs se multiplient.


Il y a presque deux mois, nous évoquions la candidature dissidente Villani aux municipales de Paris et nous en tirions quelques conclusions sur l’uberisation de la vie politique que LREM avait promue et dont elle devenait la victime en boomerang.

Paris, un casse-tête pour Macron

Paris est en effet une ville symbolique, non seulement parce que c’est la capitale, mais aussi car – antre du progressisme à trottinette – Emmanuel Macron et LREM y ont réalisé leurs meilleurs scores, de la présidentielle aux européennes en passant par les élections législatives. Rater l’occasion de prendre Paris à Anne Hidalgo serait ressenti comme un échec cuisant. La candidature Villani, à la fois symptôme et cause supplémentaire des difficultés à s’imposer de Benjamin Griveaux, pourrait permettre à Anne Hidalgo de rester en place, alors que sa popularité n’y est pas écrasante, loin s’en faut. François Bayrou s’en est ému dimanche dernier et a glissé un joli tacle par derrière au candidat officiel, plaidant pour un plan B, comme Borloo ou Buzyn, qui réconcilierait tout le monde Villani compris.

Marigot lyonnais

Mais Paris n’est pas la seule à inquiéter la majorité présidentielle. A Lyon, Emmanuel Macron a dû se déplacer lui-même pour arbitrer entre Gérard Collomb et David Kimefeld. Le marigot lyonnais est moins romantique que la relation entre les personnages joués par Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier dans le formidable Alice et le maire.

En capitale des Gaules, le vieux crocodile n’a pas apprécié que le dauphin prenne de l’assurance et veuille conserver la métropole qu’il lui avait confiée lors de sa nomination au ministère de l’Intérieur. Son départ de la Place Beauvau l’an dernier était notamment motivé par le souci de ne pas perdre toute influence à Lyon. Aussitôt Macron entré dans la danse, chacun aurait sans doute souhaité que l’autre prenne la municipalité et ses emmerdes, se gardant les énormes pouvoirs de la métropole. Evidemment, il ne pouvait y avoir que blocage. Notons aussi le rôle non négligeable dans cette histoire de Caroline Collomb, épouse de Gérard, évincée cet été de son poste de référente LREM du Rhône, qui ne s’était pas fait que des amis dans le parti, localement et nationalement.

Bref, Emmanuel Macron, comme à Paris, a échoué à établir à Lyon une paix des braves. Voilà Collomb et Kimefeld lancés tous les deux à l’assaut à la fois de la ville et de la métropole. Un sondage récent indiquerait un avantage certain au plus ancien des deux. Mais on sait comme une candidature dissidente peut être dévastatrice au fur et à mesure que la campagne avance. Les coups pleuvent bas et ne profitent qu’aux autres adversaires. En l’occurrence, les candidats EELV et LR se frottent les mains, alors que le PS a complètement disparu de la circulation entre Rhône et Saône. Ne pas remporter Lyon serait d’autant plus dommageable pour Emmanuel Macron que Lyon est pour l’heure la seule très grande ville à être tenue par LREM.

Eric Alauzet investi par LREM à Besançon

Il est une autre ville, certes moins importante, où un maire LREM est en place. Il s’agit de Besançon, dans la périphérie de laquelle vit votre serviteur. Jean-Louis Fousseret a deux points communs avec Gérard Collomb : ils ont le même âge (six mois d’écart) et ils ont tous les deux quitté le PS en 2016 pour rejoindre Emmanuel Macron. Mais ils ont aussi une différence. Jean-Louis Fousseret, maire depuis 2001, n’est pas candidat à sa propre succession et il aurait bien vu sa jeune protégée Alexandra Cordier, référente LREM du Doubs, membre de son cabinet et attachée de presse de la Ville, reprendre le flambeau.

Mais le député Eric Alauzet, ex-EELV aujourd’hui à LREM, membre de l’équipe municipale Fousseret depuis des années, voyait aussi son heure venue. Plus connu des Bisontins qu’Alexandra Cordier, il a annoncé sa candidature dès décembre dernier. Adoubé par une accolade ostensible par Emmanuel Macron lors des commémorations de Gustave Courbet au printemps, et renforcé par les résultats des élections européennes sur la ville qui donnaient un score canon à la liste écologiste, la commission d’investiture a fini par trancher en sa faveur, alors que Jean-Louis Fousseret continuait de croire en l’étoile de sa candidate favorite. Jusqu’au bout, ils ont tenté de faire pencher la balance de leur côté, jouant même la carte de la jeune femme du nouveau monde contre le vieux mâle blanc hétérosexuel, embarquant avec eux le soutien de Marlène Schiappa, comme l’indiquait un hilarant article du Parisien début juillet. Peine perdue. La commission tranchait pour Alauzet. Mais le duo Fousseret-Cordier n’a pas flanché pour autant. Alors que l’automne a rafraîchi notre belle cité comtoise, voilà que l’étoile d’Eric Alauzet, plutôt en bonne forme cet été, commence à pâlir. D’abord parce que la gauche, qui tient la mairie depuis 66 ans, vient de se réunir, du PS à au PCF en passant par Génération.s et EELV. Ensuite et surtout, parce que, comme à Paris et à Lyon, Alexandra Cordier semble bien décidée à faire dissidence également, sans doute encouragée par le maire sortant. Non seulement, elle fait des œillades fort appuyées – et semble-t-il appréciées – au candidat LR Ludovic Fagaut, mais elle se met en scène sur Facebook au restaurant avec l’ambitieux et médiatique avocat Randall Schwerdorffer, dont les propos rapportés dans son portrait publié par Libé au plus fort de l’affaire Jonathann Daval, dont il assure la défense, avait fait sursauter toute la France féministe, Marlène Schiappa en tête. Schwerdorffer n’a jamais caché qu’il avait des envies urgentes de s’investir dans la vie municipale, et avait laissé entendre que ça ne se ferait pas avec Eric Alauzet. Que Cordier s’affiche avec lui avec le mot-dièse #Afterwork (Tellement « Nouveau monde » !), c’est quasiment faire acte de candidature. D’ici à ce qu’elle embarque avec elle « Agir » et l’UDI, les signes mutuels envoyés avec le candidat LR pourraient préfigurer une alliance entre les deux tours, si leurs scores respectifs le permettent. Et comme à Lyon et à Paris, c’est un troisième larron qui pourrait en profiter.

Paris, Lyon, et Besançon constituent donc des affaires très mal embarquées pour LREM. Promis, votre serviteur vous tiendra au courant de la suite !

Hadama Traoré entendait manifester pour soutenir le terroriste de la Préfecture

Hadama Traoré entendait manifester pour soutenir le terroriste de la Préfecture


Après avoir hésité, les autorités se sont finalement décidées à interdire la manifestation


Combattre l’hydre islamiste, monsieur le Président ? Nous voudrions bien vous croire, contrairement à quelques membres de votre majorité, gênés aux entournures après votre discours prononcé hier, en hommage aux victimes de l’attentat du 3 octobre à la Préfecture de police de Paris.

L’illusion n’a pas duré très longtemps. Hier en début de soirée, la sénatrice du Val d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio publiait ce communiqué :

communique-eustache-brinio

 

La préfecture de Val d’Oise estime donc qu’elle n’a pas les moyens d’interdire cette manifestation de soutien à Mickaël Harpon, auteur de l’attentat qui a coûté la vie à quatre fonctionnaires.

Le malheureux Harpon

L’initiateur de ladite manif, qui menait une liste aux dernières élections européennes, explique dans un post Facebook que cet attentat n’en était pas un, que ce pauvre Harpon, qu’il compare à Bernardo le sourd-muet préféré de Zorro, n’était qu’un pauvre agent administratif dont la carrière était honteusement bloquée à la catégorie C depuis vingt ans… N’est-ce pas le cas de centaines de milliers de fonctionnaires dans notre pays, sans que l’un d’entre eux ne décide de passer par les armes quatre de leurs collègues ? Du reste, c’était tout de même la thèse avancée pendant vingt-quatre heures par les grands médias, lesquels ne discutaient guère les propos hâtifs du ministre de l’Intérieur, malgré les similitudes du mode opératoire avec des attentats précédents. Jeudi dernier, on a ainsi pu découvrir le titre du JT de France 2 : « Un fonctionnaire tue quatre agents ». On constate que la stigmatisation c’est très grave, sauf quand elle touche les membres de la fonction publique.

L’initiateur de la manifestation refusant de croire (ou faisant semblant) que Mickaël Harpon est un terroriste, mais plutôt un pauvre agent victime de discrimination en raison de son handicap, il ne serait donc pas de bonne foi d’accuser les futurs participants de se livrer à une apologie du terrorisme.

Mais ne peut-on pas en revanche l’interdire pour des raisons d’ordre public ? Une semaine après un tel attentat qui vise des fonctionnaires de police, une telle manifestation présente à l’évidence des risques de troubles, d’autant qu’on va demander aux collègues des victimes de l’encadrer.

En France, l’administration préfectorale ne s’embarrasse pas toujours de cette prudence. Quand il faut interdire le déplacement de supporteurs havrais à Metz, comme au printemps dernier – le contentieux entre les ultras de ce derby mosello-normand étant de notoriété publique – , on n’hésite pas à écraser une mouche avec un marteau-pilon. Quand il s’agit d’interdire la présence des supporteurs lyonnais à Saint-Etienne, comme dimanche dernier, c’est même Christophe Castaner qui s’y colle.

Rétropédalage

Dans notre pays, le supporteur de foot est donc moins bien traité que le sympathisant d’un auteur d’attentat. D’ailleurs, même pour de paisibles matches de Ligue 2, on le fouille à l’entrée comme on ne le fait pas avec certains délinquants, et depuis quelques semaines on réglemente aussi ses banderoles et ses chants. On n’évoquera pas non plus la légèreté avec laquelle certains citoyens sont aujourd’hui condamnés sans jugement par les préfets à pointer au commissariat les soirs de matches, sur des motifs parfois ubuesques.

Ce matin, peu après 9h00, après que plusieurs membres de l’opposition avaient protesté sur Twitter ou  sur des antennes, Christophe Castaner a finalement interdit la manifestation. On ne saura pas s’il a déjugé le Préfet du Val d’Oise ou s’il a rétropédalé après avoir lui avoir donné d’autres ordres hier.

Un motif de satisfaction : l’opposition sert toujours à quelque chose. Mais on peut s’interroger sur la spontanéité du « combat contre l’hydre islamiste ». Remettre du dentifrice dans un tube, ce n’est jamais facile. Surtout si on répugne à l’exercice.

Mon Chirac

Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé


Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé. Aujourd’hui, il est parti. Et avec lui, l’Ancien monde…


Mon Chirac, c’est celui qui m’a donné l’occasion de coller mes premières affiches. J’avais seize ans et certains problèmes pour préparer la colle.

Mon Chirac, c’est celui que j’ai sifflé à la Porte Maillot parce qu’il annonçait son soutien au traité de Maastricht. Il fallait pourtant s’y attendre. Mais après tout, il avait aussi prononcé l’Appel de Cochin, quatorze ans plus tôt.

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Mon Chirac, c’est celui qui est seul et abandonné. Que les Guignols dépeignent en looser magnifique et attachant, et qui répond à Arlette Chabot alors qu’elle lui demande s’il va aller jusqu’au bout : « Vous plaisantez ? Vous faites de l’humour ? ».

Mon Chirac, c’est celui qui me fait cocu. Il gagne grâce à Séguin, il nomme Juppé. Il annonce la lutte contre la fracture sociale, il y renonce six mois après son entrée à l’Elysée.

Mon Chirac, c’est celui qui dissout l’Assemblée nationale après avoir écouté Villepin et Juppé. Et qui réduit le septennat à deux ans, avant d’opter pour le passage au quinquennat.

Mon Chirac c’est celui qui a un bol de cocu (alors que c’est lui qui fait plutôt cocu d’habitude) en 2002 et se retrouve élu à l’africaine (appropriation culturelle ?) par la grâce de la campagne désastreuse de Jospin, et de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour.

Mon Chirac, c’est celui qui renoue avec une diplomatie indépendante en 2003. Tournant le dos à son attitude dans l’affaire kosovare en 1999.

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Mon Chirac, c’est celui qui, à poil depuis la terrasse de Brégançon, mate le yacht des Schumacher, des fois que de ravissantes créatures pas plus habillées que lui s’y prélassent.

Mon Chirac, c’est celui qui drague une conseillère générale de Corrèze sous l’œil sévère de Bernadette.

Mon Chirac, c’est celui qui remet la coupe de France au sochalien Jérémie Bréchet, assistant à sa dernière finale en tant que président. J’y étais, évidemment.

Mon Chirac, c’est celui qui a toujours mis un point d’honneur à se payer la poire de Giscard, y compris sous les ors du Conseil constitutionnel.

Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé. Aujourd’hui, il est parti. Et avec lui, l’Ancien monde.

La souveraineté ne doit pas rester l’apanage de mouvements populistes


L’écrivain et chroniqueur David Desgouilles s’est rendu à l’Université d’été de Julien Aubert ce weekend. Forcément, on a eu envie d’en savoir un peu plus. Entretien avec un fin observateur de la droite.


Martin Pimentel. Vous vous êtes rendu à l’Université d’été du député Les Républicains (LR) Julien Aubert. Il semble que des trois postulants à la Présidence de LR, le Vauclusien ait votre préférence… Qu’a-t-il de plus que les autres dans sa besace pour espérer l’emporter, selon vous ?

David Desgouilles. Julien Aubert m’avait déjà invité l’an dernier à l’Université d’été de son mouvement « Oser la France » pour intervenir à une table ronde. Cette année, il m’a invité à y dédicacer mon roman Leurs guerres perdues. Mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. Bien que n’étant pas adhérent à LR, j’ai effectivement une préférence pour Julien Aubert dans cette élection interne. Pour deux raisons. La première, c’est évidemment notre filiation politique commune, celle du gaullisme populaire de Philippe Séguin et de Charles Pasqua. La seconde, c’est parce que j’estime que son projet pour LR est le seul qui ait une chance de faire exister à nouveau un parti politique entre le RN et LREM, et d’éviter la réédition de ce face-à-face mortifère. Et ça, c’est une raison d’intérêt général ! Pour ce qui est des pronostics de victoire, je n’en fais pas, c’est juste une affaire de conviction.

« Oser la France » se réunissait dans le Luberon. Qu’est-ce qui s’y est dit d’intéressant ? Y avait-il du monde? 

Le samedi était consacré à des tables rondes autour de la langue française dans le village de Lourmarin. Il y a été question de son enseignement à l’école, de sa présence dans les instances de l’Union européenne mais aussi de la francophonie dans le monde entier. Nous avons également assisté à un débat animé sur l’écriture inclusive. Parmi les invités, François-Xavier Bellamy, notre ami contributeur de Causeur Jean-Paul Brighelli, mais aussi Agnès Thill, députée ex-LREM exclue pour déviation idéologique à propos de la PMA. A noter que cette dernière, ainsi que l’avocat Benjamin Pitcho, partisan de l’écriture inclusive, sont restés toute la journée. Malgré leur éloignement idéologique, ils avaient l’air de se sentir à l’aise, malgré leurs différences avec les adhérents d’«Oser la France».

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Le lendemain, à Gordes, Julien Aubert a lancé sa campagne pour la présidence de LR. Une phrase de son discours m’a marqué : « Celui qui ne consent pas à la rupture avec le macronisme ne peut pas être membre des Républicains ». Une allusion au fameux discours de François Mitterrand d’Epinay en 1971, après la plus grosse baffe électorale reçue par les socialistes. Je vois en effet une certain parallélisme entre ces deux situations politiques.

Votre dernier roman narre le parcours et les désillusions de militants souverainistes. Avec l’arrivée en nombre de “populistes” dans les démocraties occidentales, les souverainistes n’ont-ils pas quelques raisons d’être optimistes?

En effet, si on regarde ce qui se passe au niveau européen et international, le vent souffle dans les voiles du souverainisme. Afin que la souveraineté ne soit pas seulement l’apanage de mouvements « populistes », il est préférable que des partis de gouvernement prennent en charge cette question de la souveraineté, qui n’est après tout que l’autre nom de la démocratie.

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Vous avez quitté Twitter cet été. Pour un chroniqueur politique, cela me semble fort périlleux. Rappelez-nous pourquoi vous avez quitté le réseau social au piaf bleu ?

Pour deux raisons. Je souhaitais, deux ans après la publication de mon roman Dérapage, ne plus participer à ce réseau et les phénomènes de meutes numériques qu’il charrie quotidiennement derrière des gibiers divers et variés. L’algorithme des réseaux sociaux en général et de Twitter en particulier favorise la polarisation et la radicalisation des positions. Tout est fait pour que vous vous y indigniez avec ceux qui pensent comme vous. A cela s’ajoute la seconde raison : le phénomène de Cour – que j’ai comparé avec celle du film « Ridicule » de Patrice Leconte, dans ma tribune dans le Figaro. Voilà pourquoi j’ai quitté le réseau et j’ai souhaité inciter mes concitoyens à m’imiter. Je pense que ce réseau contribue à fragiliser davantage encore les cohésions nationales des pays occidentaux. Vous me dites que c’est périlleux pour un chroniqueur politique. Je ne le pense pas. Cette activité était d’ailleurs chronophage. Cela me laisse davantage de temps pour répondre à de longues interviews !

La droite ne devrait-elle pas soutenir plus nettement Macron dans son projet de réforme des retraites ? Beaucoup de Français moins politisés estiment que Macron pourrait bien réussir à faire des réformes indispensables, là où la droite traditionnelle a échoué…

La réforme pour la réforme, je n’y ai jamais cru. Et comme sur d’autres sujets, le diable se niche dans les détails. C’est tout le contenu de cette réforme qui doit être examiné. Et je ne suis pas certain qu’il y ait tant à s’en réjouir, y compris pour un électeur de droite. Sans doute les Français « moins politisés » que vous évoquez pourraient bien découvrir des surprises peu agréables quand on entrera dans le détail de cette réforme. J’ajoute que vous êtes très injuste avec la droite traditionnelle en matière de réformes sur les retraites. Edouard Balladur en a mené une à son terme lorsqu’il était premier ministre, et François Fillon aussi.

Marion Maréchal affirmait en juin dans Causeur qu’une alliance LR / RN était à terme inévitable. Pourtant, quand on évoque cette possibilité avec les LR (et même du côté de Julien Aubert ou Guillaume Larrivé), on proteste et on se cabre tout de suite. Alain Finkielkraut de son côté, dit qu’à force, l’analogie permanente avec les années 30, qui prétend initialement nous éclairer dans nos choix, nous aveugle. Qu’en pensez-vous ?

Je suis un peu las de ces gens qui se disent « à la retraite » et qui, en fait, ne le sont pas du tout. Cela vaut pour Nicolas Sarkozy comme pour Marion Maréchal. Par ailleurs, je suis d’accord avec Alain Finkielkraut sur la pénibilité de cette analogie avec les années 30. Pour autant, en réfléchissant en termes politiques, je n’ai jamais cru à cette histoire « d’union des droites ». J’observe d’ailleurs que Patrick Buisson, qui en était l’un des promoteurs, n’y croit plus du tout et le fait savoir bruyamment depuis qu’il a analysé le résultat des élections européennes. Pour l’instant, je préfère laisser une chance au maintien voire au rebond des Républicains s’ils décident de renouer avec la tradition populaire et patriote du gaullisme, un parti de la cohésion nationale qui ne se résigne pas au face-à-face Macron Le Pen et à celui, encore plus mortifère, entre la France des métropoles d’un côté et la « périphérique » de l’autre. Si ce défi – il est vrai audacieux et difficile – ne peut pas être tenu, il y aura peut-être une recomposition. Comme Buisson, je pense que la fameuse union des droites sera une assurance de réélection pour Macron, car il y manquera alors forcément les électeurs qui ont fait monter Jean-Luc Mélenchon du socle résiduel de la France insoumise (6 ou 7%, qu’elle a d’ailleurs retrouvé) à 19% à la présidentielle. Même si le clivage libéraux vs anti-libéraux que décrit l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy n’est pas vraiment satisfaisant intellectuellement (Je me sens bien davantage libéral qu’Emmanuel Macron sur les questions liées à la liberté d’expression), l’idée qu’il professe sur la nécessité d’un rassemblement plus large pour battre le président actuel me convainc davantage que les faux dîners secrets avec la fausse retraitée Marion Maréchal.

Villani, Macron: l’uberisation de notre vie politique s’accélère

Macron voulait absolument conquérir Paris. Cela va être difficile.


Jour de fête pour Anne Hidalgo et Rachida Dati !


Ce mercredi, les deux représentantes de l’Ancien monde dans la capitale, Hidalgo et Dati, ont dû mettre le champagne au frais. La candidature de Cédric Villani, en sus de celle de Benjamin Griveaux, portera à deux le nombre des candidats issus la majorité. Santé, mesdames !

La campagne à Paris

Les conséquences de la candidature du célèbre mathématicien, député LREM de l’Essonne, sont multiples dans le cadre de la campagne municipale qui s’annonce à Paris. La pression sera grande sur Pierre-Yves Bournazel, qui se voyait bien candidat au mois de mars prochain, pour le compte des ex-LR Macron-compatibles d’AGIR, représentés au gouvernement par le ministre de la Culture Franck Riester. De même, il ne reste plus beaucoup d’espace pour les écologistes d’EELV, puisque Cédric Villani semble déterminé à faire de l’environnement l’axe central de sa campagne et qu’Anne Hidalgo, connue pour ses positions clivantes sur le sujet, devrait bénéficier de son statut de sortante. Quid, également, de la candidature de Gaspard Gantzer, flanqué aujourd’hui d’Isabelle Saporta, très proche d’Yves Jadot ? Bref, la candidature de Villani rebat complètement les cartes d’une campagne et la victime principale de cette décision est bien la Macronie au sens le plus large du terme.

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Car, Emmanuel Macron, l’élu des métropoles françaises, comptait énormément sur la prise de Paris. Et il se retrouve dans la situation de Valéry Giscard d’Estaing en 1977, lorsque Jacques Chirac avait annoncé sa candidature face à Michel d’Ornano, candidat officiel de l’Elysée. Mauvais présage. Le président de la République récolte en partie ce qu’il mérite. Le choix de Benjamin Griveaux aux dépens de Cédric Villani apparaît un mauvais choix tant les Parisiens attendaient la candidature d’une personnalité dénuée d’arrogance et d’égocentrisme, après le mandat d’Anne Hidalgo. Il n’y avait en fait qu’une seule personne capable d’apparaître plus antipathique qu’Hidalgo et Emmanuel Macron l’a désignée. De plus l’unanimité de la commission d’investiture de LREM a été reçue comme une humiliation publique par l’ancien récipiendaire de la Médaille Fields.

Par temps d’uberisation, on surveille son langage

Les propos privés de Benjamin Griveaux sur ses divers concurrents n’auraient sans doute pas eu un tel succès s’ils ne collaient pas parfaitement avec la manière dont il est perçu non seulement à Paris mais dans la France entière. Ses déclarations sur « la France qui fume des clopes et roule au diesel », prononcées à la veille du mouvement des Gilets jaunes résonnent aussi encore dans la tête de nombreux Français. Evidemment, nous préférons le temps où les propos privés demeuraient privés. Et nous sommes conscients que ce genre de mots d’oiseaux pour qualifier les adversaires n’est pas réservé à l’ex-porte-parole du gouvernement. Mais après tout, n’est-il pas le représentant de ce Nouveau monde où la transparence est la règle ? Et le fait qu’ils aient été dévoilés ne démontre-t-il pas que son entourage proche – qui est forcément responsable de la fuite – n’est lui-même pas très emballé par sa candidature ?

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Mais cette dichotomie Nouveau monde vs l’ancien n’est pas mise à l’épreuve qu’à l’occasion de ces fuites malencontreuses. Qu’est ce qui motive ainsi Cédric Villani à ignorer superbement la décision de la Commission d’investiture et mépriser les menaces d’exclusion de LREM qui pèsent sur lui ? Depuis les débuts d’En Marche, il était clair pour tout le monde que ce mouvement se montrait différent des autres. On y adhérait avec un simple clic sur Internet. Finis, les vieux partis et leurs « compagnons » d’un côté ou les « camarades » de l’autre. La Macronie s’est construite sur la disparition des « rigidités » dans la société en général et dans la vie politique en particulier. LREM était aux chauffeurs privés ce que les taxis étaient à LR et au PS. Le parti de l’uberisation. On adhère en un clic, on part en un clic. Bien entendu, dès le président élu et la transformation d’EM en LREM, les statuts ont évolué. Dès la majorité installée, on a écrit des règlements où la vieille discipline des vieux partis de l’Ancien monde était de mise. On a vu ainsi la députée Agnès Thill se faire virer pour déviance de la pensée sur les sujets sociétaux.

Quand la Macronie déraille

Depuis longtemps LR et PS ne se comportaient plus ainsi. La comparaison avec les parlementaires « godillots » de la majorité gaulliste a pu être faite. Sans doute la majorité macroniste tient davantage cette volonté de discipline du monde impitoyable de la banque d’affaires que de l’organisation militaire à la gloire d’un Grand homme, fut-il le général de Gaulle, à l’époque des fameux « godillots ».

La candidature de Villani est donc symbolique de cette contradiction macronienne. On ne peut pas d’un côté prôner l’uberisation, la souplesse et pratiquer de l’autre une discipline de fer et l’autorité du Chef. Il faut choisir. Quand il est établi dès le début que l’on peut entrer et sortir facilement d’un parti, la menace d’exclusion se transforme en un marteau-pilon pour écraser une… araignée.

Ligue 1: quels chants homophobes?

 Lire l’avertissement avant cette chronique


Avertissement : Afin de permettre la compréhension totale de la problématique étudiée, ce texte est truffé de gros mots. Les lecteurs mineurs, sensibles ou macronistes sont donc priés de passer leur chemin.


C’est donc le nouveau combat. Bouter les chants homophobes des stades de football. La ministre des sports Roxana Maracinéanu avait exprimé son malaise en fréquentant ces antres mal famés que sont les tribunes de supporteurs, lesquelles tranchent évidemment avec l’ambiance feutrée des piscines olympiques. Nicole Belloubet et Marlène Schiappa ont dit, l’une qu’il fallait réprimer ces chants, et l’autre elle-même fan de football, qu’elle quitterait désormais les stades si l’on venait à lui chatouiller ses oreilles (on préfère de loin la romancière aux écrits moins chastes) !

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Donc, il y aurait des chants homophobes dans les stades. Fréquentant des tribunes depuis mon enfance, je n’en avais pas été témoin. Alors je me suis renseigné. Et paraît-il que sous l’influence de Madame la ministre des sports, deux matches, l’un en Ligue 2 lors du match Nancy-Le Mans, l’autre en Ligue 1 lors du match Brest-Reims, ont été arrêtés par l’arbitre, brièvement, avant de faire constater par le délégué de la Ligue de football professionnel cette atteinte aux bonnes mœurs. Quels étaient donc ces chants homophobes ? Et bien, renseignement pris, dans les deux cas, il s’agissait de « La Ligue, la Ligue, on t’encule ! ». Et là, permettez-moi de manifester mon étonnement. D’abord je ne savais pas que La Ligue de Football Professionnel était un garçon. Je ne suis pas d’ailleurs plus certain qu’il s’agisse d’une fille malgré son genre féminin. Il n’est pas évident non plus de prêter à cette institution la moindre orientation sexuelle. Conclusion, je voudrais bien qu’on m’explique en quoi ce chant serait davantage homophobe qu’hétérophobe. A priori, il s’agit surtout d’un chant liguophobe.

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On va me dire, tu joues sur les mots. Le terme « enculé » ferait référence à une pratique – la sodomie – plutôt prêtée aux homosexuels et l’utiliser est donc par nature homophobe. Et là, je me demande à quelle époque ces gens vivent. Aujourd’hui toutes les études sur les pratiques sexuelles indiquent que la sodomie fait partie de la vie privée de nombreuses femmes, parfois mères de famille irréprochables. Et je me demande si considérer qu’elle est réservée aux homosexuels ne constitue pas un stéréotype absolument scandaleux dont le gouvernement nous avait pourtant dit qu’il fallait d’urgence les déconstruire. On me dira que les arbitres victimes de ce genre de chants sont très rarement des femmes et que leur prêter cette pratique depuis très longtemps dans les tribunes quand ils refusent un pénalty évident pour la troisième fois à l’équipe locale est donc forcément leur attribuer une orientation sexuelle gay. Et les hommes qui aiment diversifier leurs pratiques avec leurs épouses, qu’en faites-vous (aucun dessin n’est prévu à l’appui de cet article) ?

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Si nos autorités ministérielles et footballistiques se mettent à assimiler cette vieille insulte, le verbe enculer, qu’il soit utilisé en participe passé ou conjugué au présent, à une pratique sexuelle, dont on vient de prouver qu’elle n’est nullement réservée à une orientation sexuelle, le football ne devrait pas être le seul concerné. Ainsi, le comique troyen Raphaël Mezrahi, pas plus tard que cette semaine a indiqué crûment – en défenseur de la cause animale – qu’il (je cite) « enculait les chasseurs ». Outre qu’on peut lui reconnaître un courage supérieur à s’attaquer ainsi à des gens armés d’un fusil alors que les hommes en noir sont seulement équipés d’un sifflet, je n’ai entendu aucun ministre ni éditorialiste (dont la corporation a largement applaudi l’arrêt des matches pour des chants prétendus homophobes qu’elle n’avait pas entendus) demander l’arrêt des spectacles de l’humoriste.

Si on souhaite continuer sur la même lancée, que penser d’un terme qui signifie rigoureusement la même chose pourtant popularisé par Coluche, « enfoiré », lequel est aujourd’hui souvent utilisé avec bienveillance voire affection ? Madame Belloubet va-t-elle demander que cessent les concerts de la compagnie des « Enfoirés » et mettre ainsi en péril le financement des « Restos du cœur » ? Va-t-on, dans la même logique implacable, sanctionner le doigt d’honneur, dont la signification ne fait aucun doute et invite de la même manière notre interlocuteur à aller se faire… Licenciera-t-on le salarié pour homophobie lorsqu’il quittera excédé une réunion où on l’a mis à l’index en hurlant ces mots « allez tous vous faire foutre ! » ? Fera-t-on enfin pression sur la société Larousse dont les dictionnaires impriment chaque année cette définition d’enculé : « Vulgaire. Terme injurieux pour marquer le mépris que l’on a de quelqu’un. » ?

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Parties comme le sont toutes ces illustres autorités, il ne serait d’ailleurs pas exclu que toutes mes questions trouvent rapidement une réponse positive. Et il n’est pas sûr que l’homophobie supposée demeure longtemps la seule cible. Par exemple, dans les tribunes du Stade-Vélodrome de Marseille, on entend parfois lorsque le club de la capitale vient y rencontrer l’équipe locale : « Parisien, va niquer ta mère, sur la Cane-cane-bière ». Le ministre de la protection de l’enfance ne pourra-t-il pas y voir un chant faisant la promotion de l’inceste ? Et ce chant entendu par mes propres oreilles vendredi dernier au Stade-Bonal lors du derby Sochaux-Nancy, « Et Nancy la salope, oh oh oh oh, oh oh oh oh ! », n’est-il pas foncièrement misogyne, s’interrogera certainement Madame Schiappa, alors qu’il ne s’agit nullement de remettre en cause les mœurs de feu la veuve de Ronald Reagan.

A tous les supporteurs de foot, je conseille désormais d’entonner des chants à base de thèmes de Walt Disney. On verra alors qui se sent le plus ridicule.