Petit conseil à la presse de mon pays

Mesdames et Messieurs les directeurs de rédaction des journaux, radios et télévisions,

Depuis quelques mois, vous commandez des sondages sur les primaires écologistes ou socialistes. Les instituts, que vous payez sans doute fort cher pour qu’ils vous livrent ce que je n’ose appeler des études, ne connaissent pas encore le corps électoral qui se déplacera lors de tels scrutins, sans aucun précédent dans notre pays ; ils ne bénéficient d’aucun recul pour effectuer leurs fameux redressements des données brutes. Cet automne, lors de son émission Petit Stream, David Abiker avait relayé une de mes questions via twitter, à l’un de ces responsables sondagiers : comment les instituts de sondages peuvent-ils donner des chiffres sérieux dans ces conditions ? « C’est le défi », avait-il répondu, si ma mémoire ne me fait pas défaut. Et, mon cul, c’est du poulet ?

Mesdames et Messieurs les directeurs de rédaction, maintenant que le premier tour de la primaire écologiste est rendue publique et qu’elle annonce Eva Joly largement en tête au premier tour, n’avez-vous pas l’air légèrement cons alors que vous annonciez la victoire dans un fauteuil de Nicolas Hulot ? N’avez vous pas l’impression d’être légèrement abusés ? Vous auriez tort. Normalement, le fait que vous occupiez cette fonction devrait garantir à vos lecteurs et actionnaires que votre cerveau est capable de ne pas prendre au sérieux ces études pifométriques.

Vous me trouvez sévère ? Allez ! Je vous donne une chance de vous rattraper. Arrêtez de commander et publier des sondages sur la primaire socialiste. Et dites à vos lecteurs, auditeurs et téléspectateurs que François Hollande, Martine Aubry, Manuel Valls, Ségolène Royal et Arnaud Montebourg peuvent tous accéder à la finale de cette compétition, attendu que vous ne savez pas qui se déplacera pour voter. Vous gagnerez des sous et vous aurez l’air plus intelligents. Peut-être ressentirez-vous une légère frustration mais cela vous évitera un ridicule moins discret que pour les écolos. Errare humanum est, persevare diabolicum.