Du football comme metaphore

« Conjuguez-moi le verbe « jouer au foot dans la cour de l’école… »

– Nous jouions au foot dans la cour de l’école…

– Vous avez joué au foot dans la cour de l’école…

– Ils jouent au foot dans la cour de l’école…

– Ils joueront au foot dans la cour de l’école…

Bien sûr, nous avions adapté les règles. L’exiguïté de la cour, par exemple, interdisait d’appliquer celle du hors-jeu. Les poteaux, inexistants, étaient remplacés par des cartables posés au sol, en gros à trois pas de distance. Le nombre parfois inadéquat de joueurs nous avait amenés à inventer la notion de « goal volant » — goal et attaquant en même temps.
D’ailleurs, il n’y avait que des attaquants, dans ces équipes…

Lesdites équipes étaient constituées par les deux meilleurs. Aucune hésitation d’ailleurs sur qui étaient les deux meilleurs : en ces temps où l’OM avait des joueurs qui étaient des artistes, comme Skoblar ou Magnusson, et non des caisses enregistreuses, les « meilleurs » étaient des dribbleurs — un peu perso, peut-être, mais au déhanchement ravageur. Chacun d’eux, à tour de rôle, choisissait un équipier parmi les volontaires au match : l’idée générale était d’équilibrer les équipes, pas de flanquer une raclée mémorable à une équipe de brêles — ainsi disions-nous…

Je vous parle bien sûr de temps très anciens. Aujourd’hui, les modèles ont changé — ils changent même très vite, au gré des médias. Plus personne ne s’identifie à Platini ou à Zidane — des grands-pères —, Ronaldo est oublié, Ronaldinho en passe de l’être. Sans cesse de nouvelles stars montent au firmament télévisuel.

Et j’ai bien peur que certains se prennent, dès la semaine prochaine, pour Thierry Henry. « Main ! T’as fait main ! » — pas grave, dorénavant : c’est permis par la FIFA, par Domenech, par le Président de la République, et quelques autres instances grasses du bide. C’est permis en tout cas par TF1, qui ne pouvait pas se permettre de laisser filer un match dont dépendait l’essentiel de son retour sur investissement — un peu plus de 120 millions d’euros, cherchez donc à qui profite le crime (1) — pour la prochaine Coupe du monde. « Le facteur économique est déterminant en dernière instance… » Et encore, Marx ne connaissait pas le foot.

« Panem et circenses », c’était la devise à tout faire des dictateurs romains. Aujourd’hui, les allocs, le RMI et le foot. Comme disent les Britanniques — et en français s’il vous plaît : « Plus ça change… »

Que le football soit un sport pourri des pieds à la tête, nous le savions. Que l’on y refuse l’arbitrage vidéo, qui marche fort bien au rugby, parce que cela permet les « erreurs d’arbitrage » heureuses et lucratives, c’est significatif, mais logique : c’est un sport de voyous joué par des voyous, filmé par des voyous. Le problème, c’est qu’il est et reste exemplaire pour des dizaines de millions d’enfants, et que les joueurs sont des modèles pour ces mêmes mômes. Hier, le coup de tête de Zidane à Materazzi — et il faut voir la mimique d’un Domenech, indigné qu’on expulse un joueur coupable d’une brutalité gratuite et manifeste (2), pour apprécier ses commentaires aujourd’hui sur la dernière extorsion de l’équipe de France (3).

Ils en penseront quoi, à votre avis, dans les cours de récréation ? Qu’il faut rejouer France-Irlande — et perdre, très probablement, vu ce qu’est devenu le foot français ? Ou que la triche n’a plus de raisons de se cacher — elle est institutionnalisée… Oh la jolie cour de récréation que voilà — et la jolie classe…

Diego Maradona s’était discrédité à tout jamais avec sa « main de Dieu » — si Dieu sert à ça, on doit pouvoir s’en passer. Qu’est-ce qui a manqué à Thierry Henry pour aller voir l’arbitre et lui dire que non, on ne gagne pas sur une faute ? Un peu de courage ? Un peu de classe ?

« Mais ce n’est pas du sport, c’est de la compétition, tous les coups sont permis… » « C’est cela que vous enseignez à vos élèves ? Ça ne m’étonne plus que vous ne leur fassiez plus apprendre La Fontaine — parce que justement, on y apprend que «  raison du plus fort » est un oxymore… Oh, vous pouvez toujours insister sur les cours — désormais bien inutiles — d’Instruction civique : nous savons désormais que la force prime le droit, et que le joueur de foot est un loup pour l’homme. »

Un pays qui ne demande pas, officiellement, qu’un match gagné par de la triche soit rejoué est un pays malade. Un pays qui donne en exemple à sa jeunesse des milliardaires voleurs et menteurs (pléonasme, décidément) est un pays malade. Un pays qui n’est même plus capable de faire comprendre à ses écoliers que le « beau jeu » ne se résume pas à la « gagne » est un pays malade. Un pays qui transforme « Que le meilleur gane » en « Que le plus tricheur gagne » est un pays malade…

D’aucuns nous suggèrent de nous inspirer du modèle pédagogique scandinave. Eh bien, c’est un autre Scandinave qui peut encore donner des leçons.

En demi-finale de Rolland-Garros en 1982, sur une balle de match en sa faveur, Mats Wilander a rendu deux balles à son adversaire, José-Luis Clerc, parce qu’il avait bien vu, lui, que le coup de son adversaire était dans le terrain. Ou, mieux encore, qu’il y avait une place légitime pour le doute — en ces temps où les ralentis et les calculs électroniques de trajectoires n’existaient pas. Alors même que l’arbitre avait annoncé « Jeu, set et match Wilander » (4).

Evidemment, c’était du tennis — pas du foot. Et en 1982 — autant dire avant le Déluge. « Fabuleux ! » dit le commentateur de l’époque… Aujourd’hui, ce ne serait plus de la fable — mais de la bêtise.

Jean-Paul Brighelli

(1) http://www.investir.fr/infos-conseils-boursiers/infos-conseils-valeurs/infos/la-qualification-des-bleus-soulage-tf1-174040.php

(2) http://www.youtube.com/watch?v=PLLez12OqlU

(3) http://www.youtube.com/watch?v=iSaClymuA0g

(4) http://www.ina.fr/sport/tennis/video/I05276512/la-sportivite-de-mats-wilander.fr.html

Dijon et dependances 3

Ci-dessous le discours de clôture de Vincent Peillon.

C’est un discours presque purement politique — mais l’Ecole, présente et future, c’est aussi de la politique.

Je ne vais pas tout reprendre. Pour les autres, voir le site du Rassemblement, http://www.le-rassemblement.fr/

Cher(e)s ami(e)s, cher(e) camarades, mesdames, messieurs

Comme je le craignais, cette journée a été trop courte. Je le craignais, et en même temps je m’en réjouis. C’est, à tout prendre, plutôt bon signe. Signe que nous avons des choses à nous dire, des idées à échanger, et même des propositions à faire; et aussi signe que nous avons plaisir à être ensembles. Par les temps qui courent, ce n’est pas rien. C’est pourquoi, et c’est une bonne nouvelle, nos débats vont se poursuivre. Ils vont même s’amplifier. Ils vont même se démultiplier. Et d’autres journées vont se tenir qui nous permettront de nous retrouver et d’avancer sur ce chemin original que nous avons décidé d’inventer ensemble pas après pas, et où nous sommes attendus, croyez le bien , par beaucoup de nos compatriotes.

Permettez-moi, pour commencer, de remercier très chaleureusement, notre hôte, mon ami François Rebsamen, et l’équipe qui l’entoure, en particulier Thierry Coursin, de nous avoir accueilli, et bien accueilli, dans leur belle ville. Il y a un peu plus de vingt ans maintenant, j’étais professeur à l’école normale mixte de la Nièvre, où j’enseignais la philosophie, la pédagogie, la psychologie, où je m’occupais de l’école maternelle et de l’enfance en difficulté. A cette époque déjà, à Dijon, un socialiste menait le combat dans l’opposition, et rares étaient ceux qui pensaient que sa cause, la notre, n’était pas désespérée. C’est pourquoi d’ailleurs, tu me permettra, cher François, d’être un peu intéressé, je suis vigilant à ce que tu sois de toutes nos entreprises. Je te considère comme un véritable porte bonheur. Dijon n’a pas été reçu en héritage par François Rebsamen, elle n’a pas non plus été conquise par effraction, dérobée, mais beaucoup désirée, progressivement séduite et finalement bien méritée. C’est assez républicain, et ça ne m’étonne pas de toi. Merci à l’équipe, Yves, Benjamin, Maud, Philippe Guibert, JF, et à notre ami Marc Mancel. Merci à Jean Paul Delahaye et Daniel Assouline de leurs conseils éclairés.

De quoi s’agissait-il pour nous en organisant ce rassemblement et en choisissant d’y réfléchir sur l’école? Après Marseille, il nous fallait relever un triple défi, répondre à une triple exigence:

D’abord l’exigence de poursuivre ce que nous avions entrepris. Cela peut paraître simple, et de bon sens. Sachez pourtant que beaucoup de bonnes ou de mauvaises fées, je ne sais comment dire, ne partageaient pas ce point de vue, et que beaucoup de personnes, éminentes parfois, puissantes souvent, respectables toujours m’ont fait valoir beaucoup de raisons pour que Marseille s’arrête ….à Marseille.

Je refuse la politique des coups médiatiques. Il y en a qui s’en satisfont. Grand bien leur fasse. Pour ce qui me concerne, je crois, tout au contraire, à la durée, au travail et à la persévérance. Ce dont la France a besoin ce n’est pas d’une photo, c’est d’un projet porté par une majorité de progrès. Notre rassemblement est une intuition sans doute, comme je l’ai entendu, il porte une vision, mais c’est aussi, un peu, une réflexion, on l’a vu aujourd’hui, et c’est aussi, à nul doute, une expérience inédite.

Pas de politique progressiste sans durée. Et c’est un des enjeux politiques majeurs des temps qui viennent. Pourquoi? Parce que nous ne sommes ni des dieux ni des révolutionnaires et qu’il nous faut du temps, pour penser, pour débattre, pour agir. Pas de politique progressiste sans travail. Si nous voulons gagner en 2012, et tous ceux qui sont là le veulent, il n’est pas trop tôt pour commencer à travailler ensemble

C’était vrai il y a deux siècles. Ceux qui ont construit des régulations démocratiques et sociales dans le cadre de la nation l’ont fait en sachant qu’ils se battaient dans un horizon temporel qui n’était pas celui de leur existence propre, ni même celui de leur génération; idem pour ceux qui ont voulu l’Europe. C’est encore vrai aujourd’hui où la tâche qui nous attend est de construire ces régulations, économiques, écologiques, sociales, démocratiques dans un monde multipolaire. Nicolas Sarkozy, qui a vendu la part molle de nos cerveaux à ses amis du béton médiatique et du papier armé, a besoin d’une politique sans mémoire, où un événement chasse l’autre, où un jour on peut faire l’apologie de l’ultra-libéralisme et le lendemain celui de l’Etat, où l’on engage chacun à la seule poursuite de son intérêt particulier.

Cette affaire n’est pas nouvelle.

Nous, nous devons nous adresser à l’intelligence de nos concitoyens et agir dans la durée. Nous devons réintroduire le sens de l’intérêt général, et celui du temps, dans la vie politique.

Marseille n’était donc pas qu’une jolie photo.

Construire, aujourd’hui, où tant d’énergies se consacrent à entasser des ruines sur des ruines, n’est pas le plus aisé. Mais c’est ce que nous avons décidé de faire. C’est une tâche historique et une tâche exaltante, qui dépasse toutes nos personnes et toutes nos ambitions individuelles. Pourquoi?

La gauche de demain ne sera pas celle d’hier. Comment pourrait-elle l’être, alors que des mutations profondes ont lieu dans la vie politique française, comme elles ont lieu dans la société française et bien entendu en Europe dans le monde.

Mutations profondes dans la vie politique française?

J’en vois au moins quatre, qui sont peu contestables, mais dont il faudra bien tirer les conséquences.

La première, c’est l’effondrement du Parti communiste, mais c’est aussi son évolution.

La seconde, c’est l’installation dans le paysage idéologique de la gauche, et peut-être même plus largement, de la préoccupation écologique.

La troisième c’est l’évolution du centre, qui a toujours été à droite, et qui maintenant, comme c’est le cas dans d’autres pays, se situe dans l’opposition à la droite et cherche donc à travailler avec la gauche républicaine, démocratique et réformiste française.

La quatrième, c’est l’émergence d’une nouvelle droite qui vampirise le Front national.

Il faut bien en tirer les conséquences. C’est ce que nous faisons et, à ce stade, nous sommes les seuls à le faire.

Il ne s’agit pas de faire du bouche à bouche à la gauche d’hier, voire d’avant-hier et de jadis. Il s’agit d’inventer la gauche de demain: sociale, démocratique, écologiste, une gauche capable de s’ouvrir, une gauche qui veut pouvoir gouverner à nouveau et gouverner dans la durée, et qui propose un autre chemin, pour notre pays, pour notre patrie, pour la France, que celui qui est proposé par ceux qui nous gouvernent aujourd’hui.

C’est une tâche historique.

On ne peut éternellement répéter ce qui a été, et courir après des fantômes, et porter des deuils, et vivre de commémorations, et circuler parmi les spectres, demi-vivants et demi-morts.

On ne peut faire croire que l’on fait des grandes avancées lorsqu’on rature de petits textes, ni que l’on incarne la tradition lorsqu’on ne sait même pas en épeler les noms propres ni en deviner le courage.

La vraie fidélité aux fondateurs, c’est d’être capables de faire droit en notre temps, comme ils l’ont fait dans le leur, à ce qui advient, à ce qui demande à naître, à ce qui est neuf. La tradition, ce n’est pas l’histoire antiquaire, ce n’est pas l’hypocrisie du souvenir et la forme froide de la répétition, c’est l’audace des commencements, c’est ce qui nous crée «le devoir de recommencer autrement».

Ce ne seront donc ni l’union de la gauche ni la gauche plurielle qui seront demain les formes nouvelles de la victoire des républicains de progrès.

L’histoire ne se répète jamais.

Ce ne sera plus l’union de la gauche, non seulement parce qu’il nous manque Robert Fabre, mais parce que le PCF ne fait plus 20%. D’ailleurs cette union n’avait pas duré au-delà de 1983.

La gauche plurielle? Son propre inventeur, Lionel Jospin, l’a jugé sévèrement. Il y a ici, dans cette salle, avec Robert Hue, avec Jean Luc Benhamias, des responsables de premier plan qui l’ont fait vivre. Non seulement nous ne pouvons nous satisfaire d’accords de partis, comme si un intérêt général pouvait résulter d’une addition d’intérêts particuliers, toujours prêts à se démembrer à nouveau, mais l’idée qu’il revient vert de s’occuper du réchauffement climatique, des énergies renouvelables, des parcs naturels, aux communistes des transports, aux citoyens de sécurité est une idée dépassée: nous voulons tous nous occuper de tout ensemble, d’un nouveau modèle de développement, de l’école, de la fiscalité, de l’aide au développement…

Or cela répond à une exigence qui nous concerne, nous, socialistes, au premier chef, dans notre histoire et dans notre identité. Comme vous le savez, comme c’est l’évidence, la gauche a peu gouverné dans l’histoire française. Et lorsqu’elle l’a fait, elle n’a jamais réussi à inscrire son action dans la durée.

Certes, avec François Mitterrand, nous avons gagné par deux fois l’élection présidentielle. Mais à chaque fois, ne l’oublions pas, même avec François Mitterrand, nous avons été battus aux élections législatives, et nous n’avons jamais pu agir deux législatures consécutives: 1986,souvenez-vous, la défaite fut sérieuse, 1993, oublions, c’est préférable, elle fut violente et tragique.

Jospin, en 1997, est conscient de cela, et il se fixe comme objectif d’inscrire notre action dans la durée. Le 21 avril 2002 aura sonné le glas de cette espérance.

Pourquoi cela?

C’est lié sans doute à nos institutions: et il faudra les changer.

C’est lié à nos formes d’organisation politique: et il faudra les faire évoluer.

Mais c’est lié aussi, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, à la nature de notre action gouvernementale. Et c’est lié à l’écart entre nos discours et nos actions.

C’est tout cela que nous devons résoudre à la fois. Depuis 1905, le Parti socialiste, la SFIO d’abord,a fait son unité sur la séparation entre la doctrine, marxiste, et la pratique, souvent opportuniste, les discours, radicaux, et les actes, timorés, la Révolution et la réforme. C’est cette orientation qui le tient si longtemps à l’écart des responsabilités: c’est aussi celle-ci, par les déceptions qu’elle provoque lorsque nous arrivons aux responsabilités, qui explique que nous ne restons pas au gouvernement.

Dans cette affaire, la puissance du Parti communiste, la pression qu’il exerce sur la SFIO puis sur le Parti d’Epinay joue un rôle considérable. Or je considère que l’évolution du PCF est aussi importante que son affaiblissement. En 1997, le PCF a gouverné jusqu’en 2002. Heureusement qu’il a été là. Je regrette que parfois nous ne l’ayons pas plus entendu: sur la précarité, sur la politique salariale, sur la prévention des licenciements. On pourrait dire la même chose concernant nos amis verts sur le développement durable, ou nos amis citoyens sur les problèmes de sécurité: attention à la surdité, à l’hégémonie, mais attention aussi à la sous-traitance. Elle n’est pas une vision dynamique de ce que doit être un nouveau mode de développement, où le démocratique, le social, l’écologique se tiennent ensemble.

Faut-il revenir en arrière?

J’entends qu’on nous reproche de vouloir un renversement d’alliance. C’est mensonger, et ce serait idiot. Nous souhaitons rassembler la gauche, et l’ouvrir à ceux qui veulent travailler avec elle. Je ne me souviens pas que personne n’ait jamais fait autrement. Mais ceux qui, maniant sciemment le mensonge, nous reprochent cela, d’où parlent-ils, ont-ils opérés le rassemblement de la gauche, quel rassemblement d’ailleurs ont-ils opérés? Peut-être pas même celui de leur propre parti. Et n’est-ce pas pour masquer leur impuissance qu’ils s’agitent tellement à dénaturer nos initiatives?

Posons la question clairement, c’est la seule divergence entre nous. Aujourd’hui, le PCF de Marie-George Buffet a t il choisi d’assumer son alliance avec le Ps ou est-il dans le dialogue avec le front de gauche et parfois même avec le NPA?

Si le Parti communiste fait ce choix, il s’engage dans une impasse: électorale sans doute, politique assurément. Et déjà il semblerait avoir, sur cette ligne de régression par rapport à la mutation qu’avait opéré Robert Hue, perdu du terrain face au Parti de Gauche de J.L.Mélenchon.

Seule notre alliance peut permettre une victoire demain. Et Sarkozy le sait bien, qui fera tout pour nous empêcher de nous unir.

Mais cette question est déterminante car elle ne concerne pas seulement la conquête du pouvoir. Elle en concerne aussi l’exercice. Car si nous recommençons le divorce des discours et des actes, de la radicalité, dans l’opposition, et de l’opportunisme, aux responsabilités, si nous prolongeons les formes anciennes, nous organiserons nous-mêmes les déceptions et les désaveux de demain, nous perpétuerons la malédiction d’une gauche française qui gouverne peu et qui ne gouverne jamais dans la durée.

Des avancées seront faites lorsque nous gouvernerons; mais nous ne gouvernerons pas dans la durée parce que les nôtres ne reconnaîtront pas dans notre action ce que nous avions promis dans nos discours; et ces avancées seront alors pour grande partie détruites par les conservateurs revenus au pouvoir.

Et voilà pourquoi notre tache est historique, difficile et suppose du temps. Ce faisant, nous ne rompons pas avec notre tradition parce que nous reprenons le flambeau de Jean Jaurès, de Léon Blum, de Daniel Mayer, de Pierre Mendès France et de François Mitterrand. Car ceux- là ont toujours été, dans le mouvement socialiste, les artisans du rassemblement, des socialistes d’abord, et nous n’y manquons pas, des progressistes ensuite, et c’est ce que nous proposons.

Préférons des discours moins tonitruants, moins de «fanfares d’assaut» comme disait Jaurès moquant les révolutionnaires de tréteaux qui sévissaient déjà de son temps et plus d’actions concrètes, patientes, efficaces pour réformer notre société vers plus de justice et de lumière.

Ce que nous faisons ici, notre Rassemblement, sans polémique stérile avec nos camarades et les directions de nos partis respectifs, c’est cela. Au moment où nous sommes tellement incapables, aux européennes déjà, mais aux régionales encore, au premier tour, de faire le rassemblement des forces sociales, écologiques, démocrates, notre volonté commune est de montrer que cela est possible, de prouver le mouvement en marchant, de donner le signal qu’un espoir est possible, que des femmes et des hommes de bonne volonté sont disponibles pour cela. Nous défrichons l’avenir. Nous inventons le possible. Nous entretenons l’espérance. J’ai bien compris qu’il ne fallait pas en attendre des remerciements. Mais nous n’avons pas non plus, je vous le dit, à nous en excuser.

Ensuite, notre deuxième exigence, après Marseille, face à cette tache historique, c’était d’être capable de nous dépasser et de nous ouvrir à la société civile. Pourquoi? Parce que nous ne pouvons pas contredire par notre méthode notre idéal, dans nos actes nos discours, parce que nous avons a être à la hauteur, par nos comportements, dans nos pratiques, de la tâche qui est la nôtre.

C’est pourquoi nous avons souhaité dépasser ce que nous sommes, et c’est pourquoi nous devrons toujours chercher à dépasser ce que nous sommes, parce que c’est ce dépassement, ce mouvement perpétuel, remise en cause, arrachement, effort,qui fait de nous des femmes et des hommes de progrès. Se borner, se fixer, s’assurer, c’est mourir. A Marseille, un courant, le premier sans doute, du Ps, accueillait des invités pour leur dire notre désir de travailler avec eux. Chacun de nous est attaché à son Parti et à sa famille. Cela est légitime. Chacun de nous y mène son propre travail. Cela semble, pour le moins, nécessaire. Mais nous savons très bien et nous, socialistes, au premier chef, que nous ne pouvons prendre en otage de discussions internes à notre Parti le projet qui est le nôtre d’inventer ensemble la France de demain.

Nous avons désormais, à égalité de droits et de devoirs, un lieu commun. A Partir de maintenant, c’est le Rassemblement. Soyons clairs et évitons les faux débats. Le Rassemblement n’est pas un parti politique. Son objet est de créer des passerelles entre des personnalités, des militants, des citoyens qui veulent construire un projet pour 2012. C’est une matrice de débats, de propositions et, pourquoi pas, de sérieux et de fraternité.

Mais le Rassemblement n’est pas qu’un rassemblement de personnalités politiques désireuses de construire ensemble la victoire de 2012. La gauche n’est pas la droite. Si nous voulons construire une alternative et dégager une majorité, si nous voulons pouvoir demain conduire les réformes de structure dont notre pays a besoin, nous avons besoin d’une société éclairée, engagée, mobilisée. Nous avons besoin de travailler avec les syndicats, avec les associations, avec les citoyens, besoin de vérité et de clarté.

S’il y a des malentendus, ils doivent être levées. S’il y a des incompréhensions, elles doivent être identifiées. S’il y a des divergences, elles doivent être argumentées. S’il y a des oppositions, elles doivent être identifiées et circonscrites, assumées et dépassées autant que faire se peut. C’est pourquoi je remercie très chaleureusement les responsables syndicaux, les dirigeants de grandes associations, les spécialistes qui sont venus participer à nos débats, enrichir nos points de vue, partager leurs analyses, dans le respect des rôles de chacun. Il y a bien longtemps mes amis que l’on ne nous avait pas vu ensemble.

Ce débat n’est pas clos. Il va se poursuivre. Il doit se poursuivre avec tous ceux qui le souhaitent, dans un esprit d’ouverture, de respect et de sérieux. Personne n’est propriétaire du Rassemblement. Il appartient, comme la France républicaine, à toutes celles et à tous ceux qui partagent une communauté de valeurs et veulent construire ensemble un destin commun.

Notre débat sur l’école, initié aujourd’hui, va se prolonger. Les propositions que nous présentons aujourd’hui doivent être approfondies, précisées. Et d’autres débats vont être engagés. Parce qu’il a coûté à la gauche de vouloir conduire ses réformes dans des institutions faites par la droite pour la droite, parce que nous ne pouvons pas conduire les réformes sans l’adhésion de nos concitoyens et une mobilisation de la société, nous avons besoin d’inventer de nouvelles formes d’engagement et de travail, nous avons besoin, pour mener les combats de justice, d’outils démocratiques nouveaux. C’est pourquoi nous nous réunirons, le 23 janvier prochain à Paris, pour des deuxièmes rencontres du Rassemblement consacrées à la république nouvelle, à la République moderne, à la VI République que nous voulons construire. Le Rassemblement social écologique et démocrate doit être aussi celui du renouveau républicain dans notre pays.

Enfin, le troisième défi que nous avions à relever, c’est d’être capable de débattre sur le fond et de faire ensemble des propositions. Les français qui veulent pouvoir dégager un autre chemin pour 2012 n’attendent pas de nous des querelles d’ambitions et de personnes ou des concurrences de Parti. Ils en sont abreuvés jusqu’à l’écoeurement. Ils veulent pouvoir adhérer à un projet, partager une vision, s’engager sur un chemin. Nos problèmes ne sont pas des problèmes de parti, de boutique ou d’égos . La tactique, c’est formidable; la stratégie, c’est magnifique. Mais il y a aussi la politique. Une ambition personnelle ne fait ni un rassemblement ni un projet. Une arrière-pensée ne remplace pas une pensée. Nos problèmes sont ceux du pays: problèmes de logement, de transport, de sécurité, de formation, de pouvoir d’achat, d’emploi. C’est à ces problèmes que nous devons apporter des réponses. C’est à ces problèmes que nous allons apporter des réponses.

Nous avons décidé de commencer par l’école. Parce que l’école, c’est le commencement, et c’est aussi l’avenir: parce que l’école, c’est la France. Au moment où le gouvernement voudrait lancer un débat sur l’identité nationale, en le couplant à l’immigration, nous rappelons que toutes les Républiques ont liés leur projet à l’école. La République française, qui est notre projet national, communauté de valeurs s’adressant à toutes les femmes et tous les hommes sans distinction d’origine, de fortune, de culte, de race, s’est construite par l’école et autour d’elle, en référence à la raison, à la liberté de jugement, à une certaine idée de la liberté des personnes et du droit, à un respect pour l’universalité du genre humain, à une laïcité qui n’est ni simple tolérance, il y a des maisons pour cela disait Clémenceau, ni simple neutralité, il n’y a que le néant qui soit neutre disait Jaurès.

En France, nous n’avons pas de religion civile; nous avons l’école et nous avons la laïcité. Lorsque l’école se porte mal, je l’ai dit, c’est tout le pays qui va mal, et pour nous, héritiers de cette tradition humaniste, libérale, démocratique, c’est notre vocation qui est atteinte. Lorsque l’école suscite le désarroi des professeurs, la colère ou l’inquiétude des parents, qu’elle ne répond plus aux missions qui sont les siennes, nous sommes atteints dans notre foi, notre espérance et notre identité. L’école, c’est pour nous cet héritage, et c’est la société de demain. C’est pourquoi nous avons décidé de commencer par le commencement.

Dans cette réflexion, nous devons fixer quelques préalables:

D’abord, que les choses soient claires, il n’appartient pas à l’école de résoudre tous les problèmes de la société. en d’autres termes, aucune réforme de l’école ne sera efficace si elle ne peut prendre appui sur des réformes qui concernent l’extérieur de l’école: les luttes contre les discriminations, les politiques de logement et d’urbanisme, les politiques familiales, la politique de prévention et de sécurité.

Ensuite, si l’école a besoin de grandes réformes, elle ne pourra les réussir sans associer tous ceux qui y ont leur mot à dire. La volonté même de faire bouger les choses exige le sens du débat et du compromis, le respect et la mobilisation des acteurs.

En outre, pour avancer, il faut solder les faux débats, en tout cas les aborder de façon apaisée, en particulier ce débat entre prétendus pédagogues et prétendus républicains où chacun se caricature. Que celles et ceux qui aiment l’école ne soient pas les responsables de leur propre dénigrement, et puisqu’ils sont des professeurs, qu’ils soient exemplaires.

Enfin, comprenons que nous sommes précisément à ce lieu, pour la gauche et les républicains de progrès, ou le passé doit inventer des formes nouvelles et donc la réforme. Nous devons être ambitieux pour l’école parce que nous devons l’être pour chacun de nos enfants, pour notre pays et pour notre idéal. Mais alors il faut comprendre que cela va supposer de bouger, qu’il ne pourra suffire d’entretenir la nostalgie d’un âge d’or de la République qui n’a jamais existé pour répondre aux défis qui sont les nôtres aujourd’hui. L’école a besoin de bouger et la France de se remettre en mouvement.

C’est pourquoi nous proposons de passer un nouveau contrat entre l’école et la nation, un nouveau pacte de confiance. Ce nouveau contrat doit engager les réformes du métier d’enseignant, de son évolution, de sa revalorisation, et du temps scolaire. C’est la clé d’entrée. Si nous sommes capables de faire cela, nous pourrons tout faire et tout poser sur la table: service public de la petite enfance, réforme du collège, prérecrutement, orientation, programmes. En contrepartie de ces réformes du temps scolaire et du métier d’enseignant, ce contrat doit proposer de garantir des moyens, d’améliorer les conditions de travail et les carrières des personnels de l’éducation nationale. Nous devons remobiliser l’école, et nous devons remobiliser la nation autour de son école. C’est notre ambition et c’est ce sur quoi nous avons déjà dégagé entre nous une orientation et des propositions communes.

Sommes nous d’accord sur tout? Bien entendu non, et c’est très bien ainsi. Mais nous avons suffisamment de valeurs en commun, d’analyses partagées et de volontés d’agir ensemble pour pouvoir explorer les possibilités d’un travail en commun au service de notre pays.

Nous avions à relever un triple défi, à répondre à une triple exigence: défi de la persévérance et du travail, défi de l’ouverture et du débat, défi du projet et des propositions.

Merci à Dany, à Gaby, à Christiane, à Marielle, à Robert, à François, à Jean-Louis, à Jean-Luc, à tous mes camarades, de nous avoir permis de le faire. Encore à tous, merci.

Merci à toi, Pierre, de nous accompagner avec intelligence et générosité sur ce chemin, pour la seule et unique raison que tu le crois juste.

Je sais bien, mes camarades, mes amis, qu’à chaque fois que nous ferons un pas vers l’avenir les forces de la pesanteur, du dénigrement et du doute recommenceront leur oeuvre de critique rongeuse et de découragement. Mais nous avancerons quand même, comme d’autres ont avancé avant nous et, à force d’endurance, de courage, de conviction, nous finirons par fatiguer le doute et par vaincre les conservatismes, par fatiguer le doute, comme disait Jaurès, et par frayer un chemin à l’espoir.

Aujourd’hui nous avons bien travaillé, et nous avons été utiles. L’espoir qu’une autre France, plus juste, plus démocratique, plus ouverte sur le monde soit possible pour 2012 est plus fort ce soir qu’il n’était ce matin. C’est cela seul qui importe. Cet espoir sera encore plus fort chaque jour qui passera si nous y mettons la générosité, l’amitié, la rigueur nécessaires. Je vous propose que nous nous retrouvions à nouveau l’année prochaine, à Paris, pour débattre ensemble de la VI République, une République démocratique, sociale, laïque et durable, celle que nous aimons, celle que nous voulons, et dont je sais qu’une majorité de français partagent l’idéal et la volonté avec nous.

Dijon et dependances 2

J’ai demandé au MoDem et au PS / Peillon leurs allocutions finales.
Marielle de Sarnez m’a répondu la première. Vous trouverez ci-dessous le texte complet de son discours de clôture — moins les fioritures que l’on se permet quand on est à l’oral, et que je n’ai pas retranscrites.

J’attends — avec impatience — la déclaration finale de Peillon.

Chers amis,

Au mois d’août, nous avons eu une première rencontre à Marseille, qui a fait quelque bruit, parce qu’elle bousculait. Elle bousculait des habitudes, des routines, des a priori, des conservatismes. Nous en étions conscients lorsque nous avons accepté de parler ensemble, de dire : si nous voulons que ça change, si nous trouvons que notre pays ne va pas dans le bon sens, alors quelque chose nous rassemble. Et si nous sommes républicains et démocrates, épris de justice, alors ce qui nous rassemble doit être plus fort que ce qui nous sépare. Et ce rassemblement ne s’arrêtera pas.

Nous avons une vérité à l’esprit, de plus en plus évidente : aucun d’entre nous ne gagnera tout seul. Nous avons pu croire le contraire par le passé. Certains d’entre nous ont même pu réaliser ce rêve. Certains n’en ont pas été loin. Mais désormais, cela est derrière nous. L’étude publiée par Libération cette semaine le dit de la manière la plus criante : le clivage droite/gauche, même si, évidemment, je ne confonds pas les deux, n’est plus pertinent pour les deux tiers des Français ! Et à l’intérieur même de ceux qui croient toujours à ce clivage, les préférences partisanes sont elles-mêmes complètement éclatées.

En tout cas, pour moi, ceci est une certitude : personne ne gagnera tout seul.

J’ai une deuxième certitude : pour gagner, il faudra mobiliser toutes les forces disponibles. Tous les républicains, tous les démocrates, quelle que soit leur préférence de parti, leur histoire, doivent peu à peu être rendus compatibles les uns avec les autres.

Ce ne sera pas difficile : en fait, ce ne sont pas les idées qui séparent, ce sont les préjugés. Ce ne sera pas difficile, à une condition : c’est qu’on apprenne à se respecter et à se parler. Autrement, les forces d’alternance apparaîtront comme éclatées, explosées, incapables de tracer un chemin convaincant pour le pays.

Et c’est pourquoi nous sommes là.

J’ajoute une dernière condition. Il faut accepter la différence. Il faut accepter que tout le monde ne pense pas la même chose. Il faut accepter de parler, de réfléchir, y compris avec des gens qui pensent tout à fait différemment. Pourvu qu’ils acceptent le but commun. La différence n’est pas à craindre, si elle conduit au dialogue, à l’échange des idées ! Ce qui est à craindre, ce qui est à redouter, c’est le sectarisme, le préjugé qui fait proclamer : « je ne vais tout de même pas discuter avec celui-là, ou avec celle-là ! »

Notre conviction à nous, c’est qu’il y a beaucoup à apprendre dans le dialogue des différences et même des divergences. Car nous avons la charge de reconstruire ensemble un pays qui ne va pas bien et de ce pays nous sommes tous citoyens, coresponsables de l’alternance.

C’est particulièrement vrai en matière d’école.

Pouvons-nous accepter que la situation de l’École continue sans changement ? Pour moi la réponse est certainement non.

Je laisse à d’autres le procès en responsabilité. Les ministres de l’éducation des deux dernières décennies s’appellent Lionel Jospin, Jack Lang, François Bayrou, Claude Allègre, Luc Ferry, François Fillon, Gilles de Robien, Xavier Darcos, aujourd’hui Luc Chatel. J’étais moi-même la directrice de cabinet de François Bayrou rue de Grenelle. Si c’était facile de changer les choses dans le bon sens à l’Éducation nationale, ça se saurait.

Mais nous ne pouvons accepter d’en rester là. Nous ne pouvons accepter d’en rester à la situation d’aujourd’hui ! C’est, à juste titre, le premier budget de la nation. Mais les résultats sont purement et simplement impossibles à accepter pour des Républicains, pour le peuple français.

Il est impossible d’accepter que nous ayons chaque année 40 % des enfants, c’est à dire près de 300.000 élèves, qui ne maîtrisent pas la lecture à l’issue de l’école primaire ! 25 % qui déchiffrent, mais ne comprennent pas la substance d’un texte et 15 % qui n’arrivent même pas à déchiffrer. Et si vous projetez ces 40 % cinq ou six ans après, vous les retrouvez tous ou presque dans la galère : 15 % en échec total qui sortent du système éducatif, à la fin de la 3ème, sans diplôme ; 25 % à la peine, sans qualification réelle… Comme si le destin scolaire était fixé dès le plus jeune âge.

Ce n’est pas cela l’école de la République !

Et regardons à quel point la situation des enseignants s’est dégradée. En quelques années, on est passé de 15 % seulement des enseignants qui souhaitaient changer de métier, à 65 % aujourd’hui. Et un concours – le CAPES de Lettres, pour ne prendre qu’un exemple – qui attirait, il y a 10 ans, 12.000 candidats, en compte moins du tiers aujourd’hui.

Ce n’est pas cela non plus, l’école de la République !

J’ai pris ces deux exemples, mais nous pourrions tous les multiplier.

Or je crois, même si je suis condamnée pour optimisme outrancier, que cette situation n’est en rien irréversible, à condition de faire des choix nécessaires et simples.

Choix nécessaires et simples. Il faut arrêter de triturer constamment l’organisation scolaire, d’empiler réformes sur réformes, dont tout le monde sait qu’elles ne seront pas mises en place et, le seraient-elles, qu’elles ne changeraient rien.

Il faut partir des fondations. La question la plus importante est la réussite de l’école maternelle et primaire. Je ne sépare pas l’école maternelle de l’école primaire. Je ne suis pas de ceux qui voient dans l’école maternelle une garderie, et dans les maîtres des puériculteurs ou puéricultrices dont l’essentiel du travail est de changer les couches. C’est vrai que l’école maternelle est une originalité française et je la trouve juste. La vocation de l’école maternelle, qui est une école, et maternelle au sens de la compréhension, de la protection de l’enfant, c’est de répondre aux inégalités culturelles et sociales. C’est d’amener les enfants, par une maîtrise précoce de la langue, à vivre ensemble, tout en éveillant leurs capacités.

Je suis désolée de le dire : il ne peut pas y avoir de débat sur l’objectif de l’école primaire. Il ne doit pas y en avoir. L’objectif de l’école primaire, en-dehors des très rares enfants en situation de grande difficulté, ce doit être de donner les bagages nécessaires à tous, 100 %, pour la vie et la suite des études. L’objectif, c’est 100 % de lecture, plus que jamais. Car contrairement à ce que l’on pouvait penser il y a quelques années, on en aura toujours besoin : pensez au monde internet. 100 % d’écriture. 100 % de connaissance des nombres. Et je veux ajouter 100 % de sport et 100 % d’une activité artistique, en mettant l’accent en particulier sur la musique, trop absente de la France.

Ceci doit conduire à modifier l’organisation de l’année scolaire. Elle n’est en France que de 144 jours par an (4 jours pendant 36 semaines) alors qu’elle est en Europe, en moyenne, de 185 jours. La journée des écoliers français est la plus longue du monde, mais nos écoles sont fermées la moitié de l’année. L’objectif que nous devons nous fixer est de parvenir en quelques années à rejoindre la moyenne européenne. Alors, je sais bien que nombreux seront les acteurs économiques qui interviendront pour que rien ne change, des stations de sports d’hiver aux gîtes ruraux. Mais cette réforme doit être conduite. La journée de travail scolaire doit être allégée pour l’enfant, et pour les professeurs afin qu’ils puissent enseigner, à un meilleur rythme.

Voyez-vous, j’observe les débats éducatifs depuis quinze ans. Et je vois qu’il y a de larges débats, passionnés, brûlants entre, pour simplifier, ceux qui disent l’enseignement valide repose sur des contenus solides et maîtrisés, et ceux qui disent l’enseignement valide c’est celui qui épanouit la personnalité.

Je ne suis pas du sérail. Et voir ce débat qui n’en finit jamais m’a toujours laissée rêveuse. Mais j’ai une opinion sur ce sujet : l’enseignement valide c’est celui qui unit les deux ! Connaissance solide et compréhension chaleureuse.

Il faut des connaissances solides pour construire un jugement, une compétence, une conscience (et pour moi c’est le dernier mot qui est le plus important : je devrais même dire une conscience civique). Et il faut que s’épanouisse, cela manque trop en France, la créativité de chaque fille, de chaque femme, de chaque garçon, de chaque homme. La créativité artistique, la créativité de recherche, la créativité économique, la créativité du savoir, tout cela en réalité est lié. C’est dans la création, l’inventivité, que l’être humain trouve son plein épanouissement, et le pays qui les rassemble aussi.

Dans ce que la République doit à ses jeunes enfants pour qu’ils accèdent à l’autonomie, je veux insister devant vous sur la langue. La langue, c’est le pouvoir et c’est la vie. L’expression des émotions, la présentation de soi-même, l’empathie, l’autorité, la reconnaissance, le rire, l’analyse, tout cela, c’est la langue. La langue, c’est le nécessaire et presque le suffisant. Elle doit donc être au sens propre la priorité, puisqu’elle concentre en une seule démarche connaissance et création.

Et il me semble que ceux qui exercent le pouvoir ne l’ont pas vraiment compris puisqu’ils nous expliquent que pour redorer la filière littéraire, on va en faire une filière internationale ! C’est-à-dire une filière qui vaudra non pas par la maîtrise de notre langue mais par la maîtrise des langues étrangères… Or le droit, la psychologie, la réflexion, la philosophie, tout cela est langue et devrait servir de facteur commun à toutes les formations.

Nous voulons une École où plus un seul enfant ne soit en situation de fragilité ou d’échec en face de la langue. Nous voulons une École où plus un seul élève ne sorte du CE1 sans savoir lire. Pour parvenir à cet objectif, il faudra concentrer les efforts sur le cycle des apprentissages fondamentaux (Grande section de maternelle, CP et CE1). Mettre le paquet sur le repérage et la remédiation dès le pré-élémentaire. Pratiquer le dédoublement de la classe et la gestion par petits groupes en cours préparatoire. Expérimenter des formes nouvelles d’organisation : par exemple, un enseignant pourrait garder la même classe pendant deux ou trois ans. Fixer clairement des obligations de résultats à atteindre à la fin du CE1. Généraliser les évaluations comparatives. Les mettre au service des enseignants. Publier et répandre les bonnes pratiques.

Bref, il faudra une mobilisation de tous contre l’échec scolaire pour éviter à l’avenir que ne rentrent chaque année au collège des milliers de jeunes qu’on envoie dans le mur, dont on sait par avance que la scolarité sera plombée, et qui se retrouveront quelques années plus tard durablement au chômage. S’il y a un défi que nous devons relever ensemble, c’est bien celui-là. Et c’est pour moi de loin le plus essentiel. Si nous parvenons à inverser cette tendance, alors nous aurons fait œuvre utile pour le pays.

Cette mobilisation, il nous faudra la poursuivre au collège : un collège où l’on refuse la sélection précoce, que nous avons connu en France jusqu’aux années 70, et cependant où l’on reconnaisse la diversité des élèves face à l’enseignement scolaire.

Je pense toujours que la proposition que nous avions faite au milieu des années 90 d’un collège hors les murs, qui proposerait tout autre type de formation que le cours qu’on subit pour ceux des élèves qui subissent, est toujours d’actualité. Je rappelle la règle que nous avions proposée : que cet enseignement actif, par la passion et les vraies aptitudes de l’élève, par le geste, par l’art, par la mécanique, par le sport, par le théâtre, puisse à des carrefours clairement balisés permettre à ces élèves de retrouver la scolarisation classique.

On me dira : mais pourquoi ne pas proposer ce type de scolarisation à tous. Pour deux raisons : parce que je sais que, dans un pays en grave difficulté financière, et où l’enseignement secondaire est déjà un des plus chers du monde, nous n’aurons pas les moyens, et parce que je ne trouve pas stupide de donner plus à ceux qui ont le plus besoin.

Le collège doit donc être différencié au profit de ceux qui s’y trouvent actuellement en situation de blocage et donc des enseignants qui eux aussi sont à court de réponses.

De même l’enseignement professionnel doit être revalorisé pour que l’orientation vers cette filière ne soit plus vécue comme une forme de déclassement pour l’élève et sa famille. Ce qui est pour le moins paradoxal quand on sait que des qualifications de plus en plus élevées sont exigées aujourd’hui pour exercer nombre de métiers. Désormais, il faut maîtriser l’informatique, la technologie, avoir en même temps de solides acquis en matière de culture générale. Ces nouvelles exigences sont autant d’opportunités nouvelles pour la voie professionnelle, dont il faut tout faire pour qu’elle devienne la filière du plein emploi, notamment en adaptant mieux l’offre de formation aux débouchés professionnels.

J’en viens au lycée qui a seulement moi deux fonctions : construire une architecture de connaissances et de capacités, dans ses voies générales, techniques, professionnelles qui soit déjà consistante et reconnue. Donc armer pour la vie. Et préparer aux enseignements supérieurs, universités, recherche, écoles, mais aussi BTS ou IUT dont il faut augmenter le nombre de places pour que davantage de jeunes en bénéficient, en particulier ceux de l’enseignement professionnel et technologique. Il est en effet inacceptable que les places en IUT soient trustées par les bacheliers de la série S, contraignant les bacheliers professionnels ou technologiques à faire un choix par défaut en s’inscrivant en universités où ils se retrouvent le plus souvent en situation d’échec.

Le lycée, ce n’est pas seulement un lieu de passage. C’est un niveau de formation qui doit trouver sa reconnaissance en tant que tel. Je crois même que ce niveau devrait être plus exigeant.

La double finalité du baccalauréat mérite d’être ainsi repensée, même si je m’avancerai avec beaucoup de prudence sur ce terrain, symboliquement dangereux. Mais permettez-moi de dire simplement que 86 % de reçus à l’examen, cela ne me paraît pas très cohérent avec plus de 50 % d’échec par la suite… Et une épreuve aussi lourde sanctionnée par 15 % de candidats ajournés, cela me paraît assez peu raisonnable.

Ce débat nous le reprendrons quand nous aborderons la question de l’enseignement supérieur et de la recherche. Question pour moi essentielle, tant je crois que la recherche doit être centrale dans tout parcours universitaire, et que tout le monde gagnerait à ce que soient pris en compte les parcours de recherche dans le recrutement des cadres de la nation ou de l’entreprise.

En parcourant le système éducatif de la maternelle à la terminale, je ne vois que des défis accessibles.

On me dira que je n’ai qu’effleuré la question des moyens.

Je la traite devant vous. L’état des finances publiques est tel que quiconque vous promettra pléthore de moyens supplémentaires vous racontera des histoires. Et cependant je crois que le meilleur investissement pour la nation, c’est la sécurité morale et matérielle d’une école, d’un collège, d’un lycée général, technique ou professionnel. Je crois à l’amélioration, quand on le pourra de la situation des enseignants, à la création de parcours qui leur permettent de bouger, professionnellement, s’ils le souhaitent. Je crois qu’il faut leur faire confiance, les aider en leur fixant des objectifs clairs,en mutualisant les bonnes pratiques, en donnant plus de liberté au terrain, en favorisant la créativité. Je crois à la place de musiciens, de plasticiens, de sportifs qui se joindront à eux. Je crois que ce fonctionnement, c’est le meilleur investissement. Il faut le protéger et résister à Bercy qui veut, toujours, couper dans l’éducation pour équilibrer ses comptes, comme on le voit depuis des années. Notre école a besoin de sérénité, de stabilité, et de la garantie qu’elle aura les moyens de sa mission. C’est l’engagement que nous prenons aujourd’hui devant vous.

Pardonnez-moi d’avoir livré devant vous une vision personnelle. C’est celle d’une femme que la vie a conduite rue de Grenelle, où elle a été très heureuse, en même temps qu’elle était parente d’élèves, et qui est fascinée par l’attente justifiée que la société investit dans son école.

J’ai conscience que cette vision n’est pas unanimement partagée. C’est très bien. Je plaide pour la diversité. Je plaide pour le pluralisme de la pensée. C’est ainsi qu’on progresse, par le débat et le respect mutuels. Je disais en commençant que ce qui nous rassemble existe, aussi différents que nous soyons. J’ai une autre certitude : ce que nous avons à faire est plus grand que nous, que nos intérêts, d’idéologie ou de parti ou de carrière. C’est peut-être la dernière chance de retrouver la vocation et la reconnaissance de l’école de la République, qui est pour moi, formatrice de liberté, vrai moyen de l’égalité, vrai lieu de fraternité.

Autrement dit, l’École c’est le visage de l’identité républicaine, qui est pour moi, et je crois pour nous, le vrai nom, non déformable, non instrumentalisable de l’identité nationale.

Dijon et dependances 1

On connaît l’adage : « Ce qui nous divise est moins important que ce qui nous rassemble… »

« Consensuel ! » m’étais-je promis. « Je serai con-sen-suel… »

C’était mal parti. Invité à une table ronde sur « l’adaptation à l’hétérogénéité », j’étais débarqué mardi dernier : de bonnes âmes avaient prévenu Vincent Peillon que j’avais jadis menacé Pierre Frackowiack de lui « couper les choses / Par bonheur il n’en avait pas », comme disait Brassens. Gamineries de temps anciens, quand le même Fracko m’accusait de « penser brun » — c’était moyennement consensuel, quand j’y pense…

Incidemment, les mêmes sycophantes avaient signalé à Peillon que je l’avais un peu égratigné dans une Note récente (1). C’était moyennement consensuel.

Nous nous sommes expliqués, et Peillon s’est révélé un hôte attentif et efficace.

Un vice-président du SNALC, Jean-Albert Mougin, me remplaça opportunément dans ledit « atelier ».

Débat soigneusement encadré par Daniel Assouline (2). Gérard Aschieri fut égal à lui-même (un peu fatigué, peut-être), et Thierry Cadart meilleur que ses militants SGEN de base (3). Puis il y eut Patrick Gonthier (UNSA). Déjà le niveau baissait.

Refrain commun des trois comparses, avec divers degrés de bonheur dans l’expression : le collège n’est pas encore unique. Pas assez unique. L’hétérogénéité pas assez forte. Et la suppression (très relative) de la carte scolaire scandaleuse. Ce fut aussi le refrain qu’entonna J-M. Zakhartchouk, l’ineffable rédacteur des Cahiers pédagogiques : enseignant en ZEP, il trouve ses élèves trop homogènes. Pour un peu, il faudrait faire du « busing » en sens contraire, et amener en banlieue les bourgeois du centre — et les bourgeoises : par souci pédagogique ou par sadisme ?

C’était ouvrir un boulevard au SNALC, qui rappela que le concept même de collège unique n’était pas une vache sacrée, et qu’il faudrait quelque jour — prochain, si possible — l’autopsier et en tirer les conséquences.

Olivier Lecomte, vrai scientifique et prof à Centrale-Paris, eut beau expliquer que le système, en aval, veut des gens maîtrisant la langue, la culture et les sciences à haut niveau, nous fûmes priés de rejeter l’« élitismebourgeois » (« S’écrit en un seul mot », aurait dit le Flaubert du Dictionnaire des idées reçues), et de nous contenter du socle, seule institution démocratique. Consensuel en diable, j’ai donc rappelé qu’il y avait pléthore de socles successifs : l’apprentissage du Lire / Ecrire / Compter / Calculer en GS / CP (et d’expliquer que si on y arrivait dans les écoles de la Drôme rurale, on pouvait y arriver partout), la maîtrise des savoirs et d’une culture de base fin CM2, la capacité à jongler avec « les chiffres et les mots / Les dates et les noms / Les phrases et les pièges » (Prévert) fin Troisième, et une vraie culture scientifique et littéraire à l’orée du Bac.

De Pierre Frackowiack, je ne dirai rien. Je regardais parfois, du coin de l’œil, Natacha Polony qui bondissait sur son siège, pendant son intervention. C’était très drôle.

D’où le ton un peu désespéré du billet d’humeur par lequel elle a résumé la journée sur son blog : http://blog.lefigaro.fr/education/2009/11/

Puis on déjeuna — l’un de ces banquets républicains à 800 têtes dont on avait perdu le secret depuis 1848 (d’ailleurs, les « ateliers » organisés avaient eux aussi un parfum « printemps des peuples et Franc-maçonnerie » — la Seconde République contre Napoléon le Petit et ses émules).

Un bruit soudain, une rumeur, des éclats de voix, un mouvement de foule : Sainte Ségo parut, flottant plutôt que marchant, tant elle était portée par les paparazzi. Capable, à son habitude, de sourire à quarante objectifs en même temps, de droite à gauche.

Parce que la seule foule qu’elle attira, ce fut celle des journalistes et autres traqueurs d’images pieuses. « Je suis parmi les miens », proféra la dame, férue de fraternitude. Eh bien, je vous jure que bien peu des présents la considérèrent comme des leurs : les conversations continuèrent, l’après-midi s’organisa, le micro-événement (dans le cas de Royal, il s’agit de son rapport aux micros) s’estompa vite. Il n’y eut que les télévisions pour en faire leur bien. Et l’eau se referma sur la pierre qui avait cru un instant troubler les grenouilles.

« Etes-vous bien consensuel ? » me demanderait un lecteur pointilleux. Mais c’est que je n’ai pas à l’être, en l’espèce. Les rapports de Ségolène Royal avec l’Enseignement, c’est ça (http://www.dailymotion.com/video/xm4ph_profs-segolene-en-off_school) et ça (http://desirsdavenir.over-blog.com/article-1870012.html).

Et rien d’autre.

Seconde table ronde vers 15 heures — il y en avait bien entendu d’autres (4), en parallèle, mais votre serviteur n’a pas pour le moment de dons d’ubiquité. « Enseignant demain : pour quelles missions ? »

Robert Rochefort (5), qui l’animait, rappela en entrée que les profs étaient si peu heureux que 85% d’entre eux pourraient sereinement envisager de faire autre chose. Mésestimés, mal payés, mal famés — affamés même, puisque le rectorat de Versailles avoue verser régulièrement des « chèques-nourriture » de 200 euros à des profs dont le maigre salaire presque tout entier passe dans la location d’un trou à rats — avec 1350 € par mois, on ne peut pas même espérer un abri sous roche convenable.

Le modérateur donna donc la parole à un universitaire, Patrick Rayou, puis à un directeur-adjoint d’IUFM, J-L. Auduc, qui osa critiquer la main qui le nourrit en soulignant que la machine à décerveler avait trop longtemps mésestimé l’importance des savoirs disciplinaires. Vint le tour des syndicalistes de service, Frédérique Rolet (SNES), égale à elle-même, langue de bois élégante, critiquant sans emphase les négociations réengagées la veille au ministère sur la mastérisation.

Puis Christian Chevalier, l’autre cheville du SE-UNSA.

Ah la la… Jamais diatribe plus violemment bornée ne sortit des lèvres d’un représentant enseignant. Des masters disciplinaires ? Quelle impudence ! Seul un vrai « master professionnel » pourrait former (uniformément si possible) les coachs d’apprenants, de la maternelle à l’université. Haro sur les savoirs savants ! De quelle autre spécialisation que pédagogique un prof a-t-il besoin ? Les yeux lui sortaient de la tête, un tremblement sacré le saisit, et il se lança dans une apologie des IUFM.

Consensuel en diable, je n’ai pas cherché la polémique, et à force de bouillir sur place, je suis sorti prendre l’air.

Les discours de clôture, parfaitement calibrés (je vous en donnerai au moins un, mais plus tard, pour ne pas alourdir une Note déjà trop longue), appelaient à un prolongement des travaux du jour, qui n’avaient fait qu’effleurer les problèmes — afin de trouver des amorces de solution, qui pourraient constituer le « socle » d’un programme commun, à l’horizon 2011. Mais, de Robert Hue à Marielle de Sarnez en passant par Peillon et les frères Cohn Bendit (6), il y avait une volonté vraie de s’organiser, et de frapper à toutes les portes pour en faire sortir les idées qui permettront d’aller vers une Sixième République — la Cinquième s’achevant dans les pompes d’un pouvoir purement personnel.

Consensuel, vous dis-je !

 

Jean-Paul Brighelli

(1) http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2009/10/28/programme-commun-i.html

(2) Un ancien « lambertiste » du PS, comme Mélenchon dont il fut le dir-cab quand il était Secrétaire d’Etat à l’Enseignement professionnel.

(3) Cadart use et abuse d’un certain abattage, d’une aisance verbale qui lui fait obstinément draguer, à chaque réunion ministérielle, des militantes exogènes. Allons, Thierry, jamais le SNALC ne couchera avec le SGEN…

(4) J’ai ainsi raté un atelier sur la continuité éducative du tout-petit enfant à la fin de la scolarité élémentaire », un autre sur les violences scolaires, et un dernier sur le temps dans l’éducation.

(5) Economiste et sociologue, député européen du MoDem.

(6) Philippe Meirieu, tout récent candidat des Verts aux régionales en Rhône-Alpes, s’était désisté. La cheftaine Cécile Duflot avait interdit au louveteau lyonnais de se mêler à la réflexion commune, de peur que l’on croie que les Verts (grands absents de ces agapes, même si Europe Ecologie était là, via Gaby Cohn Bendit et quelques autres) étaient potentiellement autre chose que les alliés objectifs du pouvoir en place.

Programme commun 2

Le 14 novembre se tient à Dijon, toute la journée, un débat entre Verts, PS tendance Peillon et MoDem un grand débat sur l’Education (1).

Chacun, bien entendu, y viendra avec ses idées. Peillon a tiré le premier – j’ai dit ce que j’en pensais, en l’état. Les Verts se taisent, mais il est probable que leur délégué général sera Philippe Meirieu. Si ! Inutile d’en frémir : après tout, Arafat et Rabin ont bien signé une paix des braves — qui a fait long feu, certes…

Un certain nombre d’ateliers devraient s’y ouvrir, sur le métier d’enseignant, sur les buts et les moyens de l’Ecole, sur les programmes, etc.
Sur tout.

J’y serai. Avec mes idées, mais, si possible, avec les vôtres.

C’est l’occasion ou jamais de faire de la démocratie directe.

 

Alors, nous y voici.

Qu’est-ce qui vous semble important ? primordial ? nécessaire ?

Des moyens ?

Un changement d’optique — mais lequel ?

Un recentrage des programmes ?
Des horaires modifiés — pour les profs ou pour les élèves ?

Des vacances plus courtes ?

Des traitements augmentés — pour tous, ou seulement pour les débutants ?

Bref, comment rendre attractifs de nouveaux concours — qui, d’ailleurs, mesureront quelles compétences, quels savoirs ?
Et faut-il persister à cumuler connaissances et compétences — ou « connaissances » seul suffit-il ?

Faut-il proposer l’abolition du collège unique ?
Une revalorisation de la voie technologique / professionnelle ? Et comment ?
Une modification en profondeur de la filière L — c’est le dernier hobby du président de la République, et les réponses qu’on lui a soufflées sont presque toutes mauvaises ?

Une décentralisation accrue ? Plus de pouvoir aux établissements / aux régions / aux communes ? Ou, au contraire, plus de centralisation — mais laquelle ?

Les derniers programmes du Primaire sont-ils suffisants ? insuffisants ? trop ambitieux ? Faut-il en revenir à la semaine de cinq jours ? Généraliser celle de quatre jours ?

Quelle place pour les parents d’élèves ?

L’Instruction civique a-t-elle toute sa place à l’école ? Y a-t-il des matières dont l’apprentissage est trop précoce — voire inutile ?

Doit-on enseigner et chanter la Marseillaise ?…

Plus sérieusement encore : discrimination positive ou non ? Ou sous quelle forme ? Doit-on systématiquement décider d’un quota d’élèves boursiers ?

Faut-il poser le constat de faillite des ZEP ? Ou les réactiver — et sous quelle forme ?
Ou les reconstruire à la campagne, comme l’aurait suggéré Alphonse Allais ?

Ou encore, en vrac :

L’Ecole doit-elle se plier à toutes les idées à la mode (devoir de mémoire, développement-du-rable, etc…) ou doit-elle rester un sanctuaire des seuls « fondamentaux » ? Peut-elle s’extraire de toute instrumentalisation ?

Et j’en oublie certainement…

Mais ce ne sera pas votre cas — à vous tous. Palliez donc mes insuffisances, ou mon manque d’imagination.

Jean-Paul Brighelli

(1) http://www.lepost.fr/article/2009/10/02/1723361_rassemblement-pour-l-ecole-a-dijon-le-14-novembre.html