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Marie-George Buffet vient de demander que l’on arrête le débat sur l’identité nationale (1).

Déjà cela paraît un peu fort aux démocrates professionnels. Comment ! Le gouvernement libère la parole, et voici qu’on prétend la geler !

Une communiste aussi ! Qui s’en étonnera ?

Mais c’est qu’elle a peut-être raison, cette bonne dame. Quarante ans après une révolte qui chantait « liberté d’expression » sur l’air des lampions, où en sommes-nous ?

(1) Déjà dans une lettre adressée au préfet de Seine-Saint-Denis, début décembre (http://domik.20minutes-blogs.fr/archive/2009/12/12/identite-nationale-declaration-de-marie-george-buffet.html)


Je ne censure rien sur ce blog, sauf attaques personnelles — contre d’autres que moi. Un espace réservé à l’Ecole et à l’Education, pensais-je, devrait générer un certain respect… À commencer par celui de l’orthographe…

C’est à peu près le seul point acquis. Pour le reste…

Régulièrement, des gens qui pensent brun passent ici déverser leur fiel et leurs convictions nauséabondes. Ils s’attirent les foudres d’autres intervenants, qui finissent par me reprocher la liberté que je tente encore de défendre. Et les polémiques enflent.
Le fait que nous parlions généralement d’Ecole n’empêche rien : des considérations sur l’apprentissage de l’Histoire, par exemple, génèrent des affrontements sur l’évaluation de la guerre d’Algérie, qui dégénèrent en arguties sur le péril islamiste, qui engendrent des abominations sur le Juif apatride (forcément, devrais-je dire…), qui provoquent…

Le plus sidérant, c’est que la liberté, ces derniers temps, sert de prétexte au retour du refoulé — qui, comme son nom l’indique, avait tendance à rester refoulé, depuis que les Russes avaient libéré Auschwitz. La crise aidant (et il en fut de même dans l’Allemagne de Weimar : une haute civilisation résiste mal quand elle a faim, et ventre affamé n’a ni oreilles, ni neurones), les idées de l’extrême-droite se banalisent.
Et d’autant mieux qu’elles ont été récupérées, et avec une réelle efficacité, par la Droite — le populisme n’est pas l’apanage du Front national. Nicolas Sarkozy a laminé le FN aux dernières présidentielles — on a pu s’en réjouir, mais force est de constater que la conséquence la plus directe du discours sécuritaire, ce fut un glissement de l’aiguille encore plus à droite. LE FN à 15%, c’était hier — et c’est demain.

Sur ce, arrivent les Régionales et, en perspective, les Présidentielles, à nouveau. Le traître d’opérette — Eric Besson — propose, pour embarrasser la Gauche et séduire à nouveau un électorat dont il sent bien qu’il échappe derechef à la Droite « traditionnelle », un débat sur l’identité nationale. Et voici que ce qui s’exprime, dans les préfectures, à l’occasion de ce débat / llage, ce sont les opinions les plus racistes et les plus outrancières —parfaitement décomplexées.

Je vais risquer une hypothèse. Bonnetdane est l’un des très rares blogs non censurés du Net. Mais si les autres forums en usaient de même, je parie que ce qui s’y exprimerait, sous le couvert commode de l’anonymat Internet, serait du même tonneau, ou pire peut-être (l’obligation orthographique décourage ici assez vite les trolls provocateurs). Le Net, parce qu’il met les intervenants à couvert, devient une conversation de bistro ininterrompue — un bistro par temps de cuite. Non pas un espace de liberté, mais une aire à dégueulis.

Et l’extrême-droite, qui semblait renvoyée dans les catacombes, en profite pour redresser la tête — mais plus à droite encore. Des opinions qui, il y a cinq ans, ne se seraient exprimées qu’avec l’excuse de l’alcool ou de la bêtise, courent en toute liberté sur la Toile — et dans la rue. Pire : des gens dont je ne remets pas en cause l’engagement à gauche tiennent des propos qui, sous couvert d’anti-islamisme, frisent constamment la xénophobie. Et quand je dis « frisent »…

Du coup, les islamistes, pensant qu’ils profiteront de la chienlit qui lentement et sûrement s’installe, en font des tonnes, revendiquent des droits constamment nouveaux, grignotent l’espace public, prient dans les rues, imposent de la viande hallal dans les cantines, des horaires spéciaux dans les piscines, et voilent les petites filles. Ce qui ne manque pas de générer en retour…

Bien sûr, on pouvait s’y attendre. À force de tenir des discours angélistes, de penser que la religion n’appartient qu’à l’espace privé et n’a pas d’ambition hégémonique, que si la burqa c’est trop, le voile, lui, est supportable… À force d’inventer des « machins » comme la Halde qui bondissent sur n’importe quel prétexte pour crier à la discrimination… À force de tolérer, ou d’entretenir, dans les banlieues et ailleurs, un climat d’insécurité qui ne peut qu’attiser les réactions violentes… On pouvait s’attendre à ce que le sur-moi de la civilisation suinte, puis saute. Les religions monothéistes sont hégémoniques — et, à ce titre, politiques. Mais ce sont des idées qu’il faut combattre. À la rigueur, des leaders d’opinion. Pas des hommes, indifféremment. Je suis un peu effaré du grand retour du pluriel dans les discours — les Noirs, les Arabes, les…Eh bien, je m’y mets aussi. Les néo-fascistes. Les néo-nazis. Les petits cons.

Les Régionales vont voir un revival du Front, c’est évident. Et ce qui se profile derrière, ce sont des Présidentielles musclées — parce que Nicolas Sarkozy, ou qui que ce soit qui sera sur ses positions (je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas si sûr que cela qu’il se lance dans une nouvelle campagne) sera bien obligé d’osciller encore plus à droite, pour récupérer un électorat volatil. Ce qui amènera les extrêmes à défouler encore davantage une parole létale… Le tout dans un contexte d’aggravation de la crise — qui peut croire que les choses ne vont pas empirer, sur le front économique, sur le marché du travail ? Allemagne années 20 : tout nouveau chômeur était en puissance un nazi qui s’ignorait — mais qui ne s’ignorait pas longtemps.

Dois-je censurer les défoulements de bêtise qui déferlent parfois ici ? Ce n’est pas en cassant le thermomètre que nous modifierons la situation. C’est en combattant, pied à pied, en expliquant sans trêve, en évaluant exactement l’état des forces – et je le trouve diablement inquiétant, l’état des forces. Quand je pense que la plupart des gens qui postent ici sont des enseignants, il y a de quoi être sidéré — et inquiet. Ce n’est pas une raison pour les censurer, parce qu’une parole coupée ici se paiera diablement plus cher dans quatre mois, ou dans deux ans. Vous avez aimé 2002 ? Vous adorerez 2012.

 

Jean-Paul Brighelli

 

Apres la reforme

Pour vous rendre salle Condorcet, à votre entrée dans le ministère, prenez à droite, au rez-de-chaussée. Après avoir traversé la cour, qui sert de parking, laissez le bureau du ministre sur votre droite, allez tout droit : c’est une salle toute en longueur, donnant sur les jardins toujours beaux sous le ciel gris-parisien, où peuvent siéger une bonne centaine de personnes, sous le regard soucieux de l’auteur des cinq Mémoires sur l’Instruction publique (1). Soucieux, car ce qu’il lui est donné de suivre, de CSL en CSE, n’est pas exactement à la hauteur des espérances de ce grand philosophe.

Et ce qu’il a entendu ce jour-là, jeudi 10 décembre, ne l’a pas déridé.

Trente minutes plus tôt, les organisations syndicales représentatives et responsables s’étaient donné rendez-vous au troquet d’en face — pendant que, peu à peu, des cars de CRS se mettaient en position autour des rues de Grenelle et de Bellechasse. Pour mettre au point le communiqué commun à lire après la (re)présentation du ministre, et achevé sur un bout de genou, trois minutes avant le début des festivités.

Luc Chatel, donc, entouré de tout son cabinet, installa sa permanente sous le plâtre inquiet du révolutionnaire. Chatel et Condorcet — ce que l’on appelle, en rhétorique, une antithèse.

Il faut cependant lui rendre une justice : c’est un vrai communicant, capable de sourire en parlant, et de parler sans cesser de sourire. Un bourreau bon enfant, qui, une demi-heure durant, résuma les épisodes précédents (bourreau !), sous oublier de remercier (bon enfant !) tous ceux qui avaient si bien contribué, bla-bla, et enrichi, bla-bla — je vous passe le reste.

Sur ce, Thierry Reygades, secrétaire national du SNES, lut la motion signée conjointement par les diverses branches de la FSU (SNES, SNEP, SNETAP), le SNALC, FO, la CGT et le SNCL-FAEN (2).

Puis vinrent les déclarations successives de chacun des présents — Chevallier pour le SE-UNSA (« pas tout à fait la réforme escomptée, mais une bonne base… »), puis Claire Mazeron pour le SNALC, Roland Hubert pour le SNES (3), Gérard Aschieri pour la FSU (4), etc.

Philippe Péchoux, représentant la CGT, a eu quelques formules particulièrement bien senties : « Les faits sont têtus », avait dit le dir-cab de Chatel, Philippe Gustin. Et Péchoux de répliquer, en ancien élève des écoles du Parti : « Votre directeur de cabinet, ou Lénine, ou les deux, ont raison : les faits sont têtus… » Et d’ajouter : « La CGT veut la réforme, pas l’aventure. »

Je ne veux pas alourdir outre mesure ce compte-rendu en collationnant les bons mots ou les formules creuses des uns et des autres, et je me contenterai de citer la déclaration du SNALC, qui a au moins le mérite d’être bien écrite, et d’avoir été bien articulée — aucun soupçon de parti-pris de ma part là-dedans : elle a le mérite de faire l’historique de ces dix-huit mois d’agitations, propositions et manifestations, de Darcos à Chatel, et de résumer les points centraux de la réforme à venir :

« Monsieur le Ministre,

Il y a dix-huit mois déjà s’engageait la réforme sur laquelle nous sommes amenés à nous prononcer aujourd’hui. Le SNALC s’émut à l’époque de la démarche employée : après avoir réformé l’école élémentaire, et avant de s’attaquer aux difficultés du lycée, il eût été logique de s’interroger sur les dysfonctionnements du collège. Or, de collège il ne fut jamais question au cours de ces dix-huit mois : les lycéens échouaient soudainement en masse en seconde, la filière S attirait curieusement plus de bons élèves que de scientifiques, mais la formation antérieure n’était jamais en cause.

Ce qui était dénoncé, à la lecture des bien-nommés « points de convergence », c’était évidemment le lycée napoléonien liberticide, aux enseignements disciplinaires élitistes et aux exigences académiques démesurées. On ne réforma donc pas le collège, mais l’on décida de « collégiariser » le lycée : remédiation à tous les étages, moule quasi-unique des enseignements et passage facilité de classe en classe, quels que soient les résultats obtenus.

L’échec avéré de ce modèle au collège n’a apparemment pas troublé les artisans de la réforme. À vous entendre, Monsieur le Ministre, c’est ainsi un avenir scolaire radieux que vous promettez aujourd’hui aux futurs lycéens :

– « Acadomia pour tous », grâce à l’accompagnement personnalisé et au tutorat.

– Des voies de formation d’égale dignité, grâce au rééquilibrage des séries.

– La fin de l’orientation-sanction et de l’enfermement dans une voie de formation, avec une mobilité possible à tous les instants du cycle terminal.

– L’adaptation de chaque lycée à ses besoins spécifiques, à travers le renforcement de l’autonomie des établissements.

– La maîtrise des langues vivantes étrangères, par le travail en groupes de compétences et la mise en place de partenariats à l’étranger.

– Un lycée « lieu de vie », grâce au développement des activités culturelles et des instances d’expression démocratique.

Dans ce schéma idyllique, les enseignants ne sont pas oubliés : libérés du carcan jacobin, ils pourront enfin décider localement de leurs choix pédagogiques et gérer de manière autonome les moyens mis à leur disposition.

Comment pourrait-on s’opposer à de si belles intentions ?

Les faits sont pourtant têtus : tant qu’arriveront au lycée trop de collégiens aux acquis insuffisants, redoublements et instrumentalisation des séries, au profit des filières « refuges », seront de mise. A moins de casser définitivement le baromètre de l’échec scolaire, à grand renfort de déclarations d’intentions : dans le lycée de demain, l’échec n’existera plus grâce à l’accompagnement personnalisé, au tutorat, aux stages de soutien, et à l’allègement des exigences disciplinaires, tandis que le caractère purement exploratoire des options de seconde, le tronc commun de première et les stages passerelles entretiendront l’illusion d’une mobilité permanente.

À ces déclarations incantatoires et ces tours de magie destinés à duper parents, élèves et enseignants, le SNALC ne peut souscrire !

Face aux difficultés insurmontables de nombre d’élèves, le « suivi individuel » ne peut être qu’un « Acadomia du pauvre » : 2h d’accompagnement personnalisé, c’est à la fois trop et trop peu ! Trop peu compte-tenu de l’accumulation des missions (aide à l’orientation, soutien, approfondissement, travaux interdisciplinaires). Trop parce-que l’on affaiblit, pour les mettre en place, la transmission explicite des savoirs et savoir-faire. L’élève qui se présentera au baccalauréat S en 2013 aura perdu 200h dans les matières scientifiques sur trois ans, alors même que notre pays manque cruellement de scientifiques dans les cursus universitaires !

Loin de rééquilibrer les séries ou de les recentrer sur leurs enseignements spécifiques, les mesures prises ne peuvent conduire qu’à un affaiblissement de leurs « fondamentaux » et à un renforcement des hiérarchies établies. La mise en place d’un tronc commun (et de classes indifférenciées) autour des enseignements humanistes en première est à cet égard une catastrophe : c’est ignorer que l’on n’enseigne pas le Français ou l’Histoire-Géographie de la même manière, selon que l’on s’adresse à des « spécialistes » ou non ! C’est explicitement affaiblir la série littéraire, dont les programmes et les exigences seront alignés sur le plus petit dénominateur commun, et alors même que les mathématiques n’y seront plus enseignées qu’en option. Et enfin, comment envisager sereinement l’avenir de la voie technologique, pourtant vraie filière de réussite pour nombre de lycéens : avec des enseignements d’exploration réduits de moitié et l’obligation de suivre un enseignement d’économie, comment valoriser cette voie aux yeux des élèves ?

Face à toutes ces inquiétudes moult fois formulées, vous nous encouragez, Monsieur le Ministre, à « faire confiance au terrain », dans le cadre d’une autonomie renouvelée des établissements. Cette autonomie risque malheureusement, une fois de plus, de se traduire par un accroissement des disparités entre lycées, sinon des guerres intestines entre disciplines et collègues, sommés de gérer la pénurie et de soumettre leur liberté pédagogique aux caprices d’un conseil aux attributions renforcées. Alors que l’accompagnement personnalisé se traduira, dans certains lycées parisiens bien connus, par un renforcement des exigences disciplinaires, on mettra ainsi en place du péri-éducatif dans les lycées ghettos, au mépris de l’égalité républicaine dans l’accès au savoir. Pour vous, Monsieur le Ministre, la norme contraint. Pour le SNALC, c’est la norme qui libère et protège au contraire, loin de la soumission aux seuls intérêts locaux.

Aujourd’hui, le SNALC dit ainsi non à une réforme qui, tout en ne résorbant aucune des difficultés du lycée, ne conduira qu’à la dénaturation des missions des professeurs, à leur caporalisation et à l’accroissement de toutes les inégalités déjà inadmissibles pour une Ecole qui se dit – mais pour combien de temps encore !- républicaine. »

Le ministre a sagement écouté (cela a pris près de trois heures) les déclarations des uns et des autres, y a rapidement répondu en remerciant encore, puis il est parti avec son cabinet (sourires et poignées de mains — ils le valent bien…), laissant Jean-Louis Nembrini, patron de la DGESCO, mener le jeu passionnant des amendements et des votes.

Précisons : le cabinet peut très bien adopter un amendement sans vote (ce fut le cas pour la plupart de ceux, innombrables, de la FCPE, du SGEN et de l’UNSA), ou le mettre aux voix — et là encore, il peut ne tenir aucun compte du résultat — puisque le CSE est consultatif. Claire Mazeron proposa ainsi de préciser que l’on pourrait certes inviter des personnalités extérieures à l’établissement pour participer au « conseil pédagogique » (la future garde prétorienne des proviseurs), mais dans le cadre strict de la laïcité. Bonne idée. Les représentants du privé ont logiquement voté contre, le SGEN — tartuffe un jour, tartuffe toujours — s’est abstenu, la FCPE et l’UNSA ont voté pour, la FSU et consorts ont refusé de prendre part au vote (pour ne pas avoir l’air d’appuyer des « amendements à la marge », comme ils disent — il y avait pourtant là matière à déroger à ses propres règles), bref, l’amendement est tout de même passé, — et n’a pas été retenu par le ministère : vous pourrez donc, dès septembre prochain, inviter Tariq Ramadan aux prochaines agapes pédagogiques de votre établissement. Merci qui ?

Résultat des courses : le tutorat généralisé (demande expresse de la FCPE), les proviseurs nouveaux coaches d’établissements largement autonomes (qui veut parier qu’il y en aura qui seront plus autonomes que d’autres, et que les options les plus intéressantes ne seront pas proposées par tous ?), le SGEN protestant encore contre la possibilité d’une option Histoire en Terminale S (pourtant, la réforme a fait de son mieux pour anéantir l’élitisme, ce cancer qui, comme chacun sait, ronge le système scolaire français), les Maths ou la Physique-Chimie en occitan ou bas-breton (si ! ce fut un amendement UNSA / SGEN — accepté) et la section Littéraire délittéralisée (on ne peut pas être en même temps au four, au moulin, et en accompagnement personnalisé). Une proposition visant à rajouter une option technologique en Seconde (afin que les élèves de la voie techno ne soient pas obligés de se farcir des options générales fort décalées) a été repoussé — de toute manière, les STI et les STG ne verront leur sort fixé qu’en mars. Juste avant ou juste après les Régionales ?

Pendant les débats (est-ce bien le mot ?), un brouillon de communiqué inter-syndical circulait de main en main, pour aboutir à un texte définitif publié en sortant — à 10 heures du soir — d’une séance éprouvante et parfaitement stérile (5).

Le ministère, hôte exemplaire, a fourni des sandwiches variés à tout ce beau monde affamé — avec de l’eau fraîche : pourtant, la cave du ministère, je ne vous dis que ça — et un syndicaliste assoiffé (pléonasme ?) mériterait d’être caressé dans le sens du poil et des papilles.

Bref, ça y est : la réforme est passée.

Au grand dam des vrais pédagogistes. Pendant que le CSE s’éternisait, Philippe Meirieu, Marie-Christine Blandin et Cécile Duflot mettaient la dernière main à un article paru dans le Monde (6), protestant énergiquement contre ce qui pourrait rester d’esprit républicain dans les lycées de la République, qui se porteraient bien mieux s’ils passaient sous pouvoir régional…

Les enseignants qui, aux prochaines Régionales, voteront pour les Verts, en Rhône-Alpes ou ailleurs, savent désormais à quoi s’attendre — et ils ne pourront pas dire qu’on ne les a pas prévenus. Le ministre défait l’Education nationale d’une main, les pédagos-Verts le détricotent de l’autre : pourquoi ne pas donner tout de suite les clés de l’Ecole au Privé et aux imbéciles, et aller à la pêche ?

Jean-Paul Brighelli

PS. CSE du 10 décembre : réforme du lycée. Résultat des votes

Les syndicats de l’intersyndicale (SNES-FSU, SNEP-FSU, SNFOLC, CGT Educ’action, SNALC-CSEN, SNCL-FAEN, SUD Education, SNETAP-FSU) et la FSU ont voté contre les 4 projets de décrets.

« projet de décret relatif à l’organisation et au fonctionnement des EPLE » : 32 votes pour (Unsa-Éducation, Sgen-CFDT, Ligue de l’enseignement, Snia-IPR notamment), 26 votes contre (FSU, Snalc, FO, CGT, SUD, UNEF, UNL notamment), 7 abstentions dont la FCPE, et 5 refus de vote.
« projet de décret relatif aux enseignements du second degré des voies générale et technologique et à l’information et l’orientation » : 35 votes pour (dont Unsa-Éducation, Sgen-CFDT), 20 votes contre, 13 abstentions dont l’UNL et la FCPE, et aucun refus de vote.
« projet d’arrêté relatif à l’organisation et aux horaires des enseignements de la classe de seconde » : 32 votes pour (dont Unsa-Éducation, Sgen-CFDT), 19 contre, 15 absentions (dont UNL et FCPE), 0 refus de vote.
« projet d’arrêté relatif à l’organisation et aux horaires des enseignements du cycle terminal » : 22 pour (dont Unsa-Éducation), 22 contre (dont l’UNL et la FCPE), 13 abstentions et 7 refus de vote. Cette répartition s’explique en partie par le refus de vote du Sgen et de la Fep-CFDT qui réclamaient la suppression totale de l’histoire-géographie en terminale S.

 

Notes

(1) Excellente édition en Garnier-Flammarion commentée par Catherine Kintzler. Pub gratuite.

(2) Voir http://www.snes.edu/Nouvel-article,18155.html

(3) http://www.snes.edu/CSE-du-10-decembre-Declaration-d.html

(4) http://www.fsu.fr/spip.php?article1977

(5) http://www.snes.edu/Reforme-du-lycee-Le-ministre.html

(6) http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/11/lycees-changer-le-logiciel-par-cecile-duflot-marie-christine-blandin-philippe-meirieu_1279573_3232.html#ens_id=1229424

 

De bien jolies reformes

Jeudi prochain 10 décembre se réunit au ministère, rue de Grenelle, à 14 heures, un CSE (Conseil Supérieur de l’Education, l’instance où sont réunis tous les syndicats pour discuter des projets ministériels) qui entérinera la réforme du lycée.

Qui l’entérinera parce que telle est la volonté du ministère. Que le SNES, le SNALC, la CGT, Sud-Education soient contre (1) n’entamera en rien la résolution du ministre : l’instance est consultative, et on peut s’asseoir sur ses (probables) vociférations. Que les mécontents fassent des pétitions, ou quittent la salle après l’allocution du ministre (qui enfin sera présent), peu importe : les dés sont pipés.
D’autant que le SE-UNSA et le SGEN (et aussi la FCPE et les représentants lycéens…) appuient cette réforme — bien qu’ils la trouvent timide : celle de Gaudemar, l’année dernière, leur convenait bien mieux. Là, au moins, on dégraissait en grand.

Vous avez dit timide ? En réunion de CSL (Commission Spécialisée Lycée) le 2 décembre dernier, le SE-UNSA, bientôt approuvé par le SGEN, a regretté publiquement — « j’ai un témoin ! » — que les élèves de Terminale S, qui, comme la presse s’en est enfin fait l’écho, n’auront plus de cours d’Histoire-Géo, aient tout de même la possibilité de prendre 2 heures d’option Histoire. Pourquoi cette indignation ? Parce qu’en leur offrant cette possibilité, le Ministère s’obstine à faire de la filière S une section pluri-disciplinaire, susceptible d’attirer d’autres élèves que les « purs » ( ?) matheux — donc, à terme, restauration de l’existant, c’est-à-dire une filière élitiste — oh le vilain mot…

Mais, dit le Ministre, ils en feront quand même, de l’Histoire-Géographie ! Puisqu’ils en auront quatre heures en Première — et ils passeront une épreuve anticipée de la discipline fin Première, tout comme ils passent l’épreuve anticipée de Français — « et je ne sache pas, ajoute-t-il, qu’ils en soient pour cela plus illettrés… »

Voire…

Notons au passage qu’une pétition lancée par l’Association des Professerus d’Histoire-Géo circule, a été signée par de grands noms de toutes étiquettes, et qu’il suffit d’aller sur http://www.aphg.fr/ …

Reprenons dans l’ordre les points forts de cette réforme.

 

Sur la base de trois années de lycée, un élève de Section S aura perdu 54 heures d’Histoire-Géo — et, au passage, 198 heures d’enseignements scientifiques — si ! Rien d’étonnant : dans le même temps, un élève de série L (rappelez-vous : il faut revaloriser la filière littéraire, a dit Not’ bon Maître, comme dit Jean-François Kahn) aura perdu 54 heures d’enseignements littéraires — et je n’évoquerai que pour la forme le fait qu’il ne fera plus de maths en Première…

À l’heure où tout le monde appelle à un tronc commun aussi fort que possible pour toutes les sections, le ministre rabiote sur toutes les matières (2).

Tout cela pour mieux « rééquilibrer les matières » (on en enlève un peu partout) et les séries, favoriser l’apprentissage des langues (au gré d’options qui font assez bien sur le papier, mais qui ne seront pas présentes partout, comme pour le reste — exit le latin et le grec, sauf dans des niches écologiques protégées), et mieux encadrer les élèves, auxquels on enlève des heures de cours en échange… en échange de quoi ? De deux heures d’« accompagnement personnalisé » — c’est-à-dire de ce que tous les profs de France font gracieusement, en sus de leurs heures de cours — mais Luc Chatel sait-il comment se passent des cours ? D’autant que les deux heures susdites doivent aussi permettre d’approfondir, de rattraper, de « coacher », et autres merveilles issues de l’imagination demi-fertile, demi-habile, d’un quelconque dir-cab, d’un responsable DGESCO fatigué, et d’une flopée de conseillers gentiment ignares (« nous ne leur avons pas laissé les meilleurs », rigolait récemment un ancien conseiller de Darcos).

Le même d’ailleurs révélait récemment qu’après la réforme du Primaire, Xavier Darcos avait naturellement envisagé de raconter l’histoire dans l’ordre, et de s’occuper du collège, où s’accumulent les principales difficultés.

 

Qu’il faille remettre sur la table le fonctionnement du collège unique, de plus en plus inique, ou repenser la politique des ZEP, de plus en plus Zones d’Exclusion Programmée, quel que soit le dévouement des enseignants qui parviennent à s’y accrocher, c’était une évidence. Certains syndicats le disent tout haut, d’autres mezza voce, mais les faits sont têtus : entre ceux qui entrent en Sixième sans savoir lire et écrire, et ceux qui sortent de Troisième en n’en sachant guère plus, il n’y a pas de quoi pavoiser. Nos bonnes intentions nous sont revenues dans la figure : nous voulions faciliter l’accès de tous à la culture, nous avons accentué les inégalités. C’est au collège, bien plus qu’au lycée, qu’il faut repenser l’orientation. C’est au collège qu’il faut entamer la reconquête des séries professionnelles — non au lycée, en inventant je ne sais quelles passerelles que les formations différenciées rendent infranchissables.

Mais des ordres sont venus d’en haut (l’Elysée ou Bercy, blanc bonnet bonnet blanc…). Une réforme du collège se ferait nécessairement à moyens constants, ou à peu près. C’est sur une réforme du lycée que l’on pouvait économiser des postes…

 

Ce qu’il y a de miraculeux avec les logiques imbéciles, c’est qu’elles sont logiques d’un bout à l’autre.

La réforme du lycée se passe en même temps que les « discussions » (voir plus haut, pour savoir ce qu’est une discussion rue de Grenelle, et plus bas, pour savoir ce qu’il en est rue Descartes) sur la mastérisation et les nouveaux concours de recrutement. Moins d’épreuves, moins de disciplinaire, le grand retour des Sciences de l’Education sous la bannière de la « professionnalisation » — les profs aujourd’hui en place, et particulièrement ceux formés avant la réforme Jospin, sont probablement de dangereux amateurs —, et, surtout, la mise en place des conditions nécessaires pour former un corps avantageux de « reçus-collés » et autres vacataires en puissance : la mastérisation, sous ses oripeaux de revalorisation (le ministère ne pouvait-il pas se contenter de revaloriser des salaires scandaleusement bas ? Voilà qui inciterait peut-être les étudiants à revenir en masse vers les concours de recrutement, aujourd’hui fortement boudés), réinvente l’eau tiède et les maîtres auxiliaires. Le Figaro rappelait récemment, sous la plume de Natacha Polony, que le rectorat de Créteil recrute par petites annonces des Licenciés ayant « des compétences avérées » (?). C’est un premier pas…

Les gens du ministère Pécresse, qui gèrent le dossier, ne semblent guère au courant — ou plutôt, ils font preuve d’une mauvaise foi révélatrice des décisions prises — et du peu de cas que l’on fait en ce moment des réalités universitaires. Le 4 décembre dernier, une délégation des associations d’Historiens était reçue au ministère par Thierry Coulhon, dir-cab adjoint, Carole Moinard, conseillère indispensable, et Claude Boichot, Inspecteur général de Physique, apparatchik parmi les apparatchiks et — retenez bien ce point — membre puis président de divers concours (3).

Ci-dessous le récit de cette entrevue, qui donnera au lecteur non spécialiste une idée du ton qu’utilisent, avec la fine fleur de l’Université, les petits-maîtres du ministère :

 

« La discussion avait pour objet la mise en œuvre de la mastérisation des concours.

M. Coulon a présenté le calendrier suivant (les deux premières phases devant s’achever d’ici fin décembre) :

— première phase: discussion sur le contenu des concours

— deuxième phase: préparation de la circulaire relative au cadrage des Masters

— troisième phase: organisation des stages

— quatrième phase: dialogue avec les universités sur leurs projets, qui seront présentés au CNESER en juin 2010.

 

Il a été rappelé que:

 

— tous les Masters doivent pouvoir mener aux métiers de l’enseignement, et que c’est aux universités de mettre en place les formations permettant ce type d’orientation, par exemple sous la forme de «parcours» spécifiques.

— Masters et concours sont dissociés dans leur organisation comme dans leur fonctionnement (même si, c’est le paradoxe principal de la réforme, le contenu et le calendrier du Master sont entièrement déterminés par la nouvelle mouture des concours).

— les stages ne sont pas obligatoires, mais conseillés. Il s’agit de stages d’observation et/ou de pratique accompagnée en M1, en petits groupes, pendant quelques jours, puis de stages en responsabilité en M2 de 108 h (soit 6 semaines à temps plein), rémunérés 3 000 euros. Ces stages seront coordonnés par les rectorats (sur le fonctionnement desquels le Ministère ne sait rien). Le déroulement des stages pourra être évoqué lors des oraux du Capes, mais on ne pourra sanctionner un candidat qui n’en aura pas fait. Mme Moinard pensait que les examinateurs avaient le CV?des candidats sous les yeux lors des oraux. Nous l’avons détrompée. Nous avons rappelé que les membres des jurys des oraux n’ont ni le CV, ni les notes de l’admissibilité sous les yeux lors des épreuves d’admission. M. Boichot a refusé de nous croire sur ce dernier point.

—Les préparations simultanées du Capes et de l’Agrégation sont désormais incompatibles (nous avons visiblement appris à nos interlocuteurs que, jusqu’à présent, dans notre discipline, les deux choses étaient étroitement associées)

—Le contenu précis des Masters n’intéresse pas beaucoup le Ministère. Nous avons appris à nos interlocuteurs comment fonctionnaient les Masters actuels, issus de l’ancienne maîtrise et de l’ancien DEA, avec, dans bon nombre de cas, la rédaction de deux mémoires (l’un en M1, l’autre en M2). Il nous a été dit que la réalisation de deux mémoires était parfaitement inutile. Un seul suffira, par exemple en M1, ou en M2, cela n’a pas d’importance. Les non admissibles au Capes (en M2) pourront faire un second mémoire pour occuper leur printemps et valider leur Master.

— La réforme entrant en vigueur dès la rentrée prochaine, l’écrit du Capes aura lieu fin novembre 2010. Le calendrier n’est pas négociable. Les étudiants auront trois mois « intenses ». Ils prépareront également pendant l’été, bien que, comme nous l’avons signalé, bon nombre d’entre eux soient salariés pendant les grandes vacances. Nous avons donc constaté que c’est en M1 que s’effectuerait la préparation, et qu’il n’y aurait donc plus beaucoup de temps pour faire un véritable mémoire. On nous a répondu que nous nous trompions.

— Une voie consacrée à la recherche devrait concerner une poignée d’agrégatifs. M. Coulon nous a demandé quelle était la proportion de doctorants susceptibles de faire carrière ans l’enseignement supérieur et la recherche. Nous lui avons appris qu’il y avait environ une trentaine ou une quarantaine de postes de maîtres de conférences d’histoire (toutes périodes confondues) mis au concours chaque année. Il n’est pas interdit de penser que, dans l’esprit du Ministère, tel devrait être — à peu près — le nombre des personnes susceptibles de passer l’Agrégation et de s’engager dans une thèse.

Par ailleurs, nos interlocuteurs ont refusé catégoriquement d’évoquer la réforme du lycée et de donner des indications, même très générales, sur le nombre de postes mis au concours.

 

M. Coulon nous invite à prendre contact de toute urgence avec monsieur l’inspecteur général Wirth pour les questions relatives aux programmes du concours, et avec monsieur Duwoye, secrétaire général des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, pour les détails de nos préoccupations. »

 

Et de conclure, avec un humour très poli et très désespéré :

« L’impression générale n’est pas très encourageante. »

 

Les réformes en cours sont de toute évidence connectées. Moins d’exigences disciplinaires en amont (formation / recrutement des maîtres), moins d’exigences en aval — le lycée sera light ou ne sera pas. Et unique, comme le collège. Il sera aussi piloté par des chefs d’établissement tout puissants, qui composeront un « Conseil pédagogique » de leur cru qui leur permettra de gérer au mieux l’autonomie — le grand mot est lâché — qu’ils n’avaient pas demandée — ni eux, ni personne : l’autonomie ainsi prévue, c’est le règne des pontifes locaux, des administratifs régionaux, c’est l’éclatement de l’Education Nationale — le seul objectif qui rende compte des gesticulations des ministères. C’est, demain, le chèque-éducation qui donnera à chacun la possibilité de s’adresser à un Privé lourdement subventionné. C’est, par crainte du jacobinisme, l’abandon de toutes les prérogatives d’Etat qui assuraient encore une relative égalité dans le droit à l’Instruction. C’est la mort programmée de l’Ecole — plus que jamais.

Je ne peux concevoir qu’un syndicat responsable se fasse, par lassitude, le complice d’une telle politique. La discussion, de toute évidence, est déjà close.

Le reste se passera, comme d’habitude, dans la rue.

Jean-Paul Brighelli

(1) http://www.snalc.fr/affiche_article.php?actu=1&id=317&id_rep=281http://www.snes.edu/Le-projet-de-reforme-du-lycee-du.html

(2) Pour qui veut le détail : http://www.snalc.fr/fichiers/REFORME%20DU%20LYCEE%20-%20ETAT%20DES%20LIEUX%20Novembre%202009.pdf

(3) Sur cet intéressant personnage, voir http://www.educpros.fr/recherche-de-personnalites/fiche-personnalite/h/0e42e10b5d/personalite/claude-boichot.html

 

 

Socle mon beau socle

Mercredi prochain, je suis convoqué à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une « mission d’information sur la mise en œuvre du socle commun de connaissances et de compétences au collège ».
Justement, le « document récapitulatif » sur la « maîtrise des connaissances et compétences du socle commun au palier 3 » vient de paraître au BO :

http://media.education.gouv.fr/file/45/67/9/attestation-maitrise-connaissances-socle-commun-palier3_128679.pdf

À se demander d’ailleurs à quoi sert une mission d’information sur un machin, comme aurait dit De Gaulle, qui a été voté en 2005 (loi Fillon), et qui est désormais gravé sur le marbre des documents officiels de la République. Mais bon…

Je disposerai d’environ une heure pour exprimer ce que je pense dudit socle — ou, mieux, ce que vous en pensez.
Je sais que les délais sont courts. Je pourrais bien sûr me contenter de réciter ce qu’a pu écrire tel ou tel syndicaliste qui a suivi in vivo, rue de Grenelle, les débats qui ont permis, avec l’aval tacite ou enthousiaste des susdits, d’arriver à ce monument pédagogique, à ce nirvana de la progression scolaire qu’on appelle « socle »…

Mais mon sens de la démocratie me l’interdit. Et puis, il passe ici suffisamment de grandes intelligences pour qu’en cinq jours, nous parvenions à un consensus — un mot qui commence mal mais qui finit bien, dirait San-Antonio, de regrettée mémoire…

Autant rester d’humeur badine lorsque les sujets fâchent…

 

Jetez donc un œil sur le document cité ci-dessus, il en vaut la peine. En même temps, rien ne vous empêche de jouer le jeu, et de déterminer vous-même ce que devraient être, dans tous les domaines, les savoirs maîtrisés fin Troisième (et, pourquoi pas, fin CM2 ou fin Terminale : j’ai un peu tendance à penser que dans « le socle », le problème réside dans ce « le » étroitement singulier. Pourquoi ne pas construire des socles sur des socles — en fait, ce qu’on appelait autrefois un programme, dans le vocabulaire pédagogique, ou une ambition, dans celui de la République ?

Jean-Paul Brighelli

 

PS. Pour info, et au cas où cela vous donnerait à penser, les membres de la commission sont Jacques Grosperrin, Sophie Delong, Françoise Guégot, Dominique Le Mèner, Frédéric Reiss, Daniel Spagnou, Danielle Bousquet, Yves Durand, Colette Langlade, Yvan Lachaud, Huguette Bello.