La journée de la mini-jupe

Le dernier numéro-papier de Causeur revient longuement sur le « syndrome de Cologne » — les viols divers et variés auxquels se sont livrés pour le Nouvel An des gens que les victimes ont identifiés unanimement comme des étrangers basanés, nord-africains ou migrants moyen-orientaux.
Elisabeth Lévy (dite « la Patronne », susnommée « Trois pommes acides » ou encore « Philippine Muray »), dans un éditorial lumineux intitulé « Leur culture et la nôtre », évoque avec émotion — quand même — et perspicacité l’aveuglement collectif de tous ceux qui, en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas ou en France, ont peur d’être taxés de racisme et d’islamophobie si seulement ils disaient que les réseaux criminels — à commencer par la prostitution — et les comportements asociaux — à commencer par le mépris des femmes — sont très souvent le fait des sectateurs de Mahomet, comme on disait aux époques où l’on appelait un chat un chat.
Elle prend la précaution élémentaire de préciser que « tous les immigrés ne sont pas des violeurs » — loin de là, bien sûr. Mais c’est pour ajouter immédiatement : « Mais à Cologne, tous les violeurs étaient des immigrés ».
Et de citer in fine un proverbe juif que j’ignorais, mais auquel j’adhère : « Celui qui a pitié des méchants finira par être cruel avec les bons ». Parce que, comme l’écrit Cyril Bennasar dans le même numéro, « si l’Etat ne fait pas respecter la loi, le citoyen s’en chargera : voulez-vous vraiment ça ? »

J’ai longtemps eu un problème avec le viol — en fait, je me suis toujours demandé comment faisaient les violeurs. Longtemps j’ai penché pour une explication hormonale — un quelconque dérèglement glandulaire, qui expliquerait, par exemple, le taux effarant de récidive à la sortie de la prison (et le peu d’efficacité justement du système carcéral dans ce cas).

Mais Cologne — et la réalité des commissariats, à Marseille et ailleurs — m’incitent à penser davantage en terme de culture. Et ce n’est pas, contrairement à ce que pense Elisabeth (dite aussi « Calamity Levy » et « Sexy Sadie », vieux reste des Beatles de son enfance) un « choc des cultures » à la Samuel Huntington. C’est l’affrontement d’une culture — la nôtre — et d’un refus de la culture — une contre-culture au sens propre du terme. D’une civilisation — la nôtre — et du déni de la notion même de civilisation. L’opposition de la Raison et de la Foi — une foi obscure, primitive, qui engendre chez ses sectateurs la certitude des pierres — celles que l’on jette sur les femmes adultères.
Faites donc une expérience. En arrivant Gare Saint-Charles, descendez vers le centre ville par la rue des Petites Maries. À mi-parcours, au croisement avec la rue Longue des Capucins, il y a un bar fort populaire, fort peuplé — d’hommes. Uniquement d’hommes. En huit ans — et j’y passe très souvent — je n’ai jamais vu une femme. Ni au bistro, ni, en général, dans la rue. Et pour y être passé avec des créatures du sexe, comme on disait quand on parlait français, je sais ce que l’on entend, au passage, de réflexions oiseuses. Je préfère ne pas imaginer ce que seraient les insultes si ladite créature était maghrébine, légère et court vêtue, comme Perrette dans la fable.
Ce que cette attitude, cet apartheid, ce mépris généralisé disent de cet islam du quotidien, c’est d’abord une peur des femmes — on n’enferme que ce que l’on craint. La peur du ventre des femmes.
Et la frustration. Nous avons glissé tout doucement, en Occident, vers la liberté sexuelle (pas dans les années 1960, mais dès le XVIIIème siècle dans les sphères aristocratiques), et ce que le sexe libéré disait aux obsédés de la morale et de la religion, c’était que du libertinage des sens à celui de l’esprit, la pente est naturelle. Vouloir à toute force contrôler les ventres, c’est prétendre contrôler l’esprit — on le voit assez avec les femmes voilées, qui se font croire que « c’est leur choix », mais qui sont les exemples les plus purs de cet opium du peuple dont parlait un certain barbu juif (un complot, sûrement) du XIXème siècle.

Comme le dit éloquemment Elisabeth Lévy (dites « Betty Boop »), « cet Autre-là ne nous dit pas, comme les propagandistes du multiculturalisme heureux « à toi le string, à moi la burqa, vivons avec nos différences, inch’Allah » : il pense que mon string signifie « à prendre ». »
Vous vous rappelez peut-être la Journée de la jupe, le film de Jean-Paul Lilienfeld sur lequel j’avais écrit, à l’époque, de gentilles choses (et l’article de Philippe Meirieu, en pseudo-soutien tout en nuances, dandinements et contournements, vaut aussi son pesant de pédagogisme embarrassé). À la dernière image, les élèves musulmanes d’Isabelle Adjani alias Sonia Bergerac venaient, audace inouïe, à ses funérailles en jupe — il y avait un plan qui m’a rappelé celui que fait Truffaut sur les jambes des ex-maîtresses, dans une situation exactement similaire (l’enterrement du héros), dans l’Homme qui aimait les femmes.
Mais ce sont des jambes encore très décentes. Pour tester la pudeur des vrais croyants, il en faut davantage. Raccourcissons les jupes ! Interdire les burqas ne suffit pas : il faut imposer la mini.
Elisabeth Lévy (dites aussi « mini-mini-mini », version Dutronc, ou « mini Minnie », version Disney) ne me démentira pas, elle qui, jupe haute et bottes du même cuir, teste toute la journée la capacité des Parisiens à tenir en laisse leurs pulsions — ce que tout le monde ne sait pas faire.

Il faut comprendre que nos élèves musulmanes (et pas seulement musulmanes, dans une ville aussi bariolée que Marseille) ont chaque matin, avant de s’habiller, des hésitations que ne connaissent pas les petites Parisiennes — mais Paris est une ville qui n’existe pas. Une jupe longue, pour satisfaire les wahhabites ? Un voile amovible, pour satisfaire les salafistes et les laïques qui guettent à la porte ? Un pantalon, comme tout le monde ? Moulant ? Pas moulant ? Toujours trop moulant… Elles évoluent dans un monde où porter une jupe de longueur normale (sans parler d’une mini) ou un soutif un peu pigeonnant est une déclaration de guerre (et d’indépendance) face à un milieu étroitement normatif, face aux regards de coreligionnaires peu portés sur la tolérance. Nous voici revenus cinquante ans en arrière, quand il était interdit aux filles de venir au lycée en pantalon — sauf que cette fois, c’est l’inverse. Un conformisme religieux s’est substitué au conformisme des bien-pensants. Au niveau vestimentaire, nous voici un demi-siècle en arrière (ma mère aussi portait souvent un foulard dans les années 1950 — mais pas les Musulmanes débarquées après les accords d’Evian). Au niveau des mœurs, nous voici mille ans en arrière — avant que l’amour courtois enseigne à des chevaliers quelque peu rustres que l’on séduit les gentes dames avec des roses et des fleurs de rhétorique, et non en les traitant en prise de guerre.

Jean-Paul Brighelli