Hadama Traoré entendait manifester pour soutenir le terroriste de la Préfecture

Hadama Traoré entendait manifester pour soutenir le terroriste de la Préfecture


Après avoir hésité, les autorités se sont finalement décidées à interdire la manifestation


Combattre l’hydre islamiste, monsieur le Président ? Nous voudrions bien vous croire, contrairement à quelques membres de votre majorité, gênés aux entournures après votre discours prononcé hier, en hommage aux victimes de l’attentat du 3 octobre à la Préfecture de police de Paris.

L’illusion n’a pas duré très longtemps. Hier en début de soirée, la sénatrice du Val d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio publiait ce communiqué :

communique-eustache-brinio

 

La préfecture de Val d’Oise estime donc qu’elle n’a pas les moyens d’interdire cette manifestation de soutien à Mickaël Harpon, auteur de l’attentat qui a coûté la vie à quatre fonctionnaires.

Le malheureux Harpon

L’initiateur de ladite manif, qui menait une liste aux dernières élections européennes, explique dans un post Facebook que cet attentat n’en était pas un, que ce pauvre Harpon, qu’il compare à Bernardo le sourd-muet préféré de Zorro, n’était qu’un pauvre agent administratif dont la carrière était honteusement bloquée à la catégorie C depuis vingt ans… N’est-ce pas le cas de centaines de milliers de fonctionnaires dans notre pays, sans que l’un d’entre eux ne décide de passer par les armes quatre de leurs collègues ? Du reste, c’était tout de même la thèse avancée pendant vingt-quatre heures par les grands médias, lesquels ne discutaient guère les propos hâtifs du ministre de l’Intérieur, malgré les similitudes du mode opératoire avec des attentats précédents. Jeudi dernier, on a ainsi pu découvrir le titre du JT de France 2 : « Un fonctionnaire tue quatre agents ». On constate que la stigmatisation c’est très grave, sauf quand elle touche les membres de la fonction publique.

L’initiateur de la manifestation refusant de croire (ou faisant semblant) que Mickaël Harpon est un terroriste, mais plutôt un pauvre agent victime de discrimination en raison de son handicap, il ne serait donc pas de bonne foi d’accuser les futurs participants de se livrer à une apologie du terrorisme.

Mais ne peut-on pas en revanche l’interdire pour des raisons d’ordre public ? Une semaine après un tel attentat qui vise des fonctionnaires de police, une telle manifestation présente à l’évidence des risques de troubles, d’autant qu’on va demander aux collègues des victimes de l’encadrer.

En France, l’administration préfectorale ne s’embarrasse pas toujours de cette prudence. Quand il faut interdire le déplacement de supporteurs havrais à Metz, comme au printemps dernier – le contentieux entre les ultras de ce derby mosello-normand étant de notoriété publique – , on n’hésite pas à écraser une mouche avec un marteau-pilon. Quand il s’agit d’interdire la présence des supporteurs lyonnais à Saint-Etienne, comme dimanche dernier, c’est même Christophe Castaner qui s’y colle.

Rétropédalage

Dans notre pays, le supporteur de foot est donc moins bien traité que le sympathisant d’un auteur d’attentat. D’ailleurs, même pour de paisibles matches de Ligue 2, on le fouille à l’entrée comme on ne le fait pas avec certains délinquants, et depuis quelques semaines on réglemente aussi ses banderoles et ses chants. On n’évoquera pas non plus la légèreté avec laquelle certains citoyens sont aujourd’hui condamnés sans jugement par les préfets à pointer au commissariat les soirs de matches, sur des motifs parfois ubuesques.

Ce matin, peu après 9h00, après que plusieurs membres de l’opposition avaient protesté sur Twitter ou  sur des antennes, Christophe Castaner a finalement interdit la manifestation. On ne saura pas s’il a déjugé le Préfet du Val d’Oise ou s’il a rétropédalé après avoir lui avoir donné d’autres ordres hier.

Un motif de satisfaction : l’opposition sert toujours à quelque chose. Mais on peut s’interroger sur la spontanéité du « combat contre l’hydre islamiste ». Remettre du dentifrice dans un tube, ce n’est jamais facile. Surtout si on répugne à l’exercice.

Mon Chirac

Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé


Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé. Aujourd’hui, il est parti. Et avec lui, l’Ancien monde…


Mon Chirac, c’est celui qui m’a donné l’occasion de coller mes premières affiches. J’avais seize ans et certains problèmes pour préparer la colle.

Mon Chirac, c’est celui que j’ai sifflé à la Porte Maillot parce qu’il annonçait son soutien au traité de Maastricht. Il fallait pourtant s’y attendre. Mais après tout, il avait aussi prononcé l’Appel de Cochin, quatorze ans plus tôt.

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Mon Chirac, c’est celui qui est seul et abandonné. Que les Guignols dépeignent en looser magnifique et attachant, et qui répond à Arlette Chabot alors qu’elle lui demande s’il va aller jusqu’au bout : « Vous plaisantez ? Vous faites de l’humour ? ».

Mon Chirac, c’est celui qui me fait cocu. Il gagne grâce à Séguin, il nomme Juppé. Il annonce la lutte contre la fracture sociale, il y renonce six mois après son entrée à l’Elysée.

Mon Chirac, c’est celui qui dissout l’Assemblée nationale après avoir écouté Villepin et Juppé. Et qui réduit le septennat à deux ans, avant d’opter pour le passage au quinquennat.

Mon Chirac c’est celui qui a un bol de cocu (alors que c’est lui qui fait plutôt cocu d’habitude) en 2002 et se retrouve élu à l’africaine (appropriation culturelle ?) par la grâce de la campagne désastreuse de Jospin, et de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour.

Mon Chirac, c’est celui qui renoue avec une diplomatie indépendante en 2003. Tournant le dos à son attitude dans l’affaire kosovare en 1999.

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Mon Chirac, c’est celui qui, à poil depuis la terrasse de Brégançon, mate le yacht des Schumacher, des fois que de ravissantes créatures pas plus habillées que lui s’y prélassent.

Mon Chirac, c’est celui qui drague une conseillère générale de Corrèze sous l’œil sévère de Bernadette.

Mon Chirac, c’est celui qui remet la coupe de France au sochalien Jérémie Bréchet, assistant à sa dernière finale en tant que président. J’y étais, évidemment.

Mon Chirac, c’est celui qui a toujours mis un point d’honneur à se payer la poire de Giscard, y compris sous les ors du Conseil constitutionnel.

Mon Chirac, je l’ai aimé, détesté, combattu. Il m’a impressionné, agacé, amusé. Aujourd’hui, il est parti. Et avec lui, l’Ancien monde.

La souveraineté ne doit pas rester l’apanage de mouvements populistes


L’écrivain et chroniqueur David Desgouilles s’est rendu à l’Université d’été de Julien Aubert ce weekend. Forcément, on a eu envie d’en savoir un peu plus. Entretien avec un fin observateur de la droite.


Martin Pimentel. Vous vous êtes rendu à l’Université d’été du député Les Républicains (LR) Julien Aubert. Il semble que des trois postulants à la Présidence de LR, le Vauclusien ait votre préférence… Qu’a-t-il de plus que les autres dans sa besace pour espérer l’emporter, selon vous ?

David Desgouilles. Julien Aubert m’avait déjà invité l’an dernier à l’Université d’été de son mouvement « Oser la France » pour intervenir à une table ronde. Cette année, il m’a invité à y dédicacer mon roman Leurs guerres perdues. Mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. Bien que n’étant pas adhérent à LR, j’ai effectivement une préférence pour Julien Aubert dans cette élection interne. Pour deux raisons. La première, c’est évidemment notre filiation politique commune, celle du gaullisme populaire de Philippe Séguin et de Charles Pasqua. La seconde, c’est parce que j’estime que son projet pour LR est le seul qui ait une chance de faire exister à nouveau un parti politique entre le RN et LREM, et d’éviter la réédition de ce face-à-face mortifère. Et ça, c’est une raison d’intérêt général ! Pour ce qui est des pronostics de victoire, je n’en fais pas, c’est juste une affaire de conviction.

« Oser la France » se réunissait dans le Luberon. Qu’est-ce qui s’y est dit d’intéressant ? Y avait-il du monde? 

Le samedi était consacré à des tables rondes autour de la langue française dans le village de Lourmarin. Il y a été question de son enseignement à l’école, de sa présence dans les instances de l’Union européenne mais aussi de la francophonie dans le monde entier. Nous avons également assisté à un débat animé sur l’écriture inclusive. Parmi les invités, François-Xavier Bellamy, notre ami contributeur de Causeur Jean-Paul Brighelli, mais aussi Agnès Thill, députée ex-LREM exclue pour déviation idéologique à propos de la PMA. A noter que cette dernière, ainsi que l’avocat Benjamin Pitcho, partisan de l’écriture inclusive, sont restés toute la journée. Malgré leur éloignement idéologique, ils avaient l’air de se sentir à l’aise, malgré leurs différences avec les adhérents d’«Oser la France».

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Le lendemain, à Gordes, Julien Aubert a lancé sa campagne pour la présidence de LR. Une phrase de son discours m’a marqué : « Celui qui ne consent pas à la rupture avec le macronisme ne peut pas être membre des Républicains ». Une allusion au fameux discours de François Mitterrand d’Epinay en 1971, après la plus grosse baffe électorale reçue par les socialistes. Je vois en effet une certain parallélisme entre ces deux situations politiques.

Votre dernier roman narre le parcours et les désillusions de militants souverainistes. Avec l’arrivée en nombre de “populistes” dans les démocraties occidentales, les souverainistes n’ont-ils pas quelques raisons d’être optimistes?

En effet, si on regarde ce qui se passe au niveau européen et international, le vent souffle dans les voiles du souverainisme. Afin que la souveraineté ne soit pas seulement l’apanage de mouvements « populistes », il est préférable que des partis de gouvernement prennent en charge cette question de la souveraineté, qui n’est après tout que l’autre nom de la démocratie.

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Vous avez quitté Twitter cet été. Pour un chroniqueur politique, cela me semble fort périlleux. Rappelez-nous pourquoi vous avez quitté le réseau social au piaf bleu ?

Pour deux raisons. Je souhaitais, deux ans après la publication de mon roman Dérapage, ne plus participer à ce réseau et les phénomènes de meutes numériques qu’il charrie quotidiennement derrière des gibiers divers et variés. L’algorithme des réseaux sociaux en général et de Twitter en particulier favorise la polarisation et la radicalisation des positions. Tout est fait pour que vous vous y indigniez avec ceux qui pensent comme vous. A cela s’ajoute la seconde raison : le phénomène de Cour – que j’ai comparé avec celle du film « Ridicule » de Patrice Leconte, dans ma tribune dans le Figaro. Voilà pourquoi j’ai quitté le réseau et j’ai souhaité inciter mes concitoyens à m’imiter. Je pense que ce réseau contribue à fragiliser davantage encore les cohésions nationales des pays occidentaux. Vous me dites que c’est périlleux pour un chroniqueur politique. Je ne le pense pas. Cette activité était d’ailleurs chronophage. Cela me laisse davantage de temps pour répondre à de longues interviews !

La droite ne devrait-elle pas soutenir plus nettement Macron dans son projet de réforme des retraites ? Beaucoup de Français moins politisés estiment que Macron pourrait bien réussir à faire des réformes indispensables, là où la droite traditionnelle a échoué…

La réforme pour la réforme, je n’y ai jamais cru. Et comme sur d’autres sujets, le diable se niche dans les détails. C’est tout le contenu de cette réforme qui doit être examiné. Et je ne suis pas certain qu’il y ait tant à s’en réjouir, y compris pour un électeur de droite. Sans doute les Français « moins politisés » que vous évoquez pourraient bien découvrir des surprises peu agréables quand on entrera dans le détail de cette réforme. J’ajoute que vous êtes très injuste avec la droite traditionnelle en matière de réformes sur les retraites. Edouard Balladur en a mené une à son terme lorsqu’il était premier ministre, et François Fillon aussi.

Marion Maréchal affirmait en juin dans Causeur qu’une alliance LR / RN était à terme inévitable. Pourtant, quand on évoque cette possibilité avec les LR (et même du côté de Julien Aubert ou Guillaume Larrivé), on proteste et on se cabre tout de suite. Alain Finkielkraut de son côté, dit qu’à force, l’analogie permanente avec les années 30, qui prétend initialement nous éclairer dans nos choix, nous aveugle. Qu’en pensez-vous ?

Je suis un peu las de ces gens qui se disent « à la retraite » et qui, en fait, ne le sont pas du tout. Cela vaut pour Nicolas Sarkozy comme pour Marion Maréchal. Par ailleurs, je suis d’accord avec Alain Finkielkraut sur la pénibilité de cette analogie avec les années 30. Pour autant, en réfléchissant en termes politiques, je n’ai jamais cru à cette histoire « d’union des droites ». J’observe d’ailleurs que Patrick Buisson, qui en était l’un des promoteurs, n’y croit plus du tout et le fait savoir bruyamment depuis qu’il a analysé le résultat des élections européennes. Pour l’instant, je préfère laisser une chance au maintien voire au rebond des Républicains s’ils décident de renouer avec la tradition populaire et patriote du gaullisme, un parti de la cohésion nationale qui ne se résigne pas au face-à-face Macron Le Pen et à celui, encore plus mortifère, entre la France des métropoles d’un côté et la « périphérique » de l’autre. Si ce défi – il est vrai audacieux et difficile – ne peut pas être tenu, il y aura peut-être une recomposition. Comme Buisson, je pense que la fameuse union des droites sera une assurance de réélection pour Macron, car il y manquera alors forcément les électeurs qui ont fait monter Jean-Luc Mélenchon du socle résiduel de la France insoumise (6 ou 7%, qu’elle a d’ailleurs retrouvé) à 19% à la présidentielle. Même si le clivage libéraux vs anti-libéraux que décrit l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy n’est pas vraiment satisfaisant intellectuellement (Je me sens bien davantage libéral qu’Emmanuel Macron sur les questions liées à la liberté d’expression), l’idée qu’il professe sur la nécessité d’un rassemblement plus large pour battre le président actuel me convainc davantage que les faux dîners secrets avec la fausse retraitée Marion Maréchal.

Villani, Macron: l’uberisation de notre vie politique s’accélère

Macron voulait absolument conquérir Paris. Cela va être difficile.


Jour de fête pour Anne Hidalgo et Rachida Dati !


Ce mercredi, les deux représentantes de l’Ancien monde dans la capitale, Hidalgo et Dati, ont dû mettre le champagne au frais. La candidature de Cédric Villani, en sus de celle de Benjamin Griveaux, portera à deux le nombre des candidats issus la majorité. Santé, mesdames !

La campagne à Paris

Les conséquences de la candidature du célèbre mathématicien, député LREM de l’Essonne, sont multiples dans le cadre de la campagne municipale qui s’annonce à Paris. La pression sera grande sur Pierre-Yves Bournazel, qui se voyait bien candidat au mois de mars prochain, pour le compte des ex-LR Macron-compatibles d’AGIR, représentés au gouvernement par le ministre de la Culture Franck Riester. De même, il ne reste plus beaucoup d’espace pour les écologistes d’EELV, puisque Cédric Villani semble déterminé à faire de l’environnement l’axe central de sa campagne et qu’Anne Hidalgo, connue pour ses positions clivantes sur le sujet, devrait bénéficier de son statut de sortante. Quid, également, de la candidature de Gaspard Gantzer, flanqué aujourd’hui d’Isabelle Saporta, très proche d’Yves Jadot ? Bref, la candidature de Villani rebat complètement les cartes d’une campagne et la victime principale de cette décision est bien la Macronie au sens le plus large du terme.

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Car, Emmanuel Macron, l’élu des métropoles françaises, comptait énormément sur la prise de Paris. Et il se retrouve dans la situation de Valéry Giscard d’Estaing en 1977, lorsque Jacques Chirac avait annoncé sa candidature face à Michel d’Ornano, candidat officiel de l’Elysée. Mauvais présage. Le président de la République récolte en partie ce qu’il mérite. Le choix de Benjamin Griveaux aux dépens de Cédric Villani apparaît un mauvais choix tant les Parisiens attendaient la candidature d’une personnalité dénuée d’arrogance et d’égocentrisme, après le mandat d’Anne Hidalgo. Il n’y avait en fait qu’une seule personne capable d’apparaître plus antipathique qu’Hidalgo et Emmanuel Macron l’a désignée. De plus l’unanimité de la commission d’investiture de LREM a été reçue comme une humiliation publique par l’ancien récipiendaire de la Médaille Fields.

Par temps d’uberisation, on surveille son langage

Les propos privés de Benjamin Griveaux sur ses divers concurrents n’auraient sans doute pas eu un tel succès s’ils ne collaient pas parfaitement avec la manière dont il est perçu non seulement à Paris mais dans la France entière. Ses déclarations sur « la France qui fume des clopes et roule au diesel », prononcées à la veille du mouvement des Gilets jaunes résonnent aussi encore dans la tête de nombreux Français. Evidemment, nous préférons le temps où les propos privés demeuraient privés. Et nous sommes conscients que ce genre de mots d’oiseaux pour qualifier les adversaires n’est pas réservé à l’ex-porte-parole du gouvernement. Mais après tout, n’est-il pas le représentant de ce Nouveau monde où la transparence est la règle ? Et le fait qu’ils aient été dévoilés ne démontre-t-il pas que son entourage proche – qui est forcément responsable de la fuite – n’est lui-même pas très emballé par sa candidature ?

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Mais cette dichotomie Nouveau monde vs l’ancien n’est pas mise à l’épreuve qu’à l’occasion de ces fuites malencontreuses. Qu’est ce qui motive ainsi Cédric Villani à ignorer superbement la décision de la Commission d’investiture et mépriser les menaces d’exclusion de LREM qui pèsent sur lui ? Depuis les débuts d’En Marche, il était clair pour tout le monde que ce mouvement se montrait différent des autres. On y adhérait avec un simple clic sur Internet. Finis, les vieux partis et leurs « compagnons » d’un côté ou les « camarades » de l’autre. La Macronie s’est construite sur la disparition des « rigidités » dans la société en général et dans la vie politique en particulier. LREM était aux chauffeurs privés ce que les taxis étaient à LR et au PS. Le parti de l’uberisation. On adhère en un clic, on part en un clic. Bien entendu, dès le président élu et la transformation d’EM en LREM, les statuts ont évolué. Dès la majorité installée, on a écrit des règlements où la vieille discipline des vieux partis de l’Ancien monde était de mise. On a vu ainsi la députée Agnès Thill se faire virer pour déviance de la pensée sur les sujets sociétaux.

Quand la Macronie déraille

Depuis longtemps LR et PS ne se comportaient plus ainsi. La comparaison avec les parlementaires « godillots » de la majorité gaulliste a pu être faite. Sans doute la majorité macroniste tient davantage cette volonté de discipline du monde impitoyable de la banque d’affaires que de l’organisation militaire à la gloire d’un Grand homme, fut-il le général de Gaulle, à l’époque des fameux « godillots ».

La candidature de Villani est donc symbolique de cette contradiction macronienne. On ne peut pas d’un côté prôner l’uberisation, la souplesse et pratiquer de l’autre une discipline de fer et l’autorité du Chef. Il faut choisir. Quand il est établi dès le début que l’on peut entrer et sortir facilement d’un parti, la menace d’exclusion se transforme en un marteau-pilon pour écraser une… araignée.

Ligue 1: quels chants homophobes?

 Lire l’avertissement avant cette chronique


Avertissement : Afin de permettre la compréhension totale de la problématique étudiée, ce texte est truffé de gros mots. Les lecteurs mineurs, sensibles ou macronistes sont donc priés de passer leur chemin.


C’est donc le nouveau combat. Bouter les chants homophobes des stades de football. La ministre des sports Roxana Maracinéanu avait exprimé son malaise en fréquentant ces antres mal famés que sont les tribunes de supporteurs, lesquelles tranchent évidemment avec l’ambiance feutrée des piscines olympiques. Nicole Belloubet et Marlène Schiappa ont dit, l’une qu’il fallait réprimer ces chants, et l’autre elle-même fan de football, qu’elle quitterait désormais les stades si l’on venait à lui chatouiller ses oreilles (on préfère de loin la romancière aux écrits moins chastes) !

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Donc, il y aurait des chants homophobes dans les stades. Fréquentant des tribunes depuis mon enfance, je n’en avais pas été témoin. Alors je me suis renseigné. Et paraît-il que sous l’influence de Madame la ministre des sports, deux matches, l’un en Ligue 2 lors du match Nancy-Le Mans, l’autre en Ligue 1 lors du match Brest-Reims, ont été arrêtés par l’arbitre, brièvement, avant de faire constater par le délégué de la Ligue de football professionnel cette atteinte aux bonnes mœurs. Quels étaient donc ces chants homophobes ? Et bien, renseignement pris, dans les deux cas, il s’agissait de « La Ligue, la Ligue, on t’encule ! ». Et là, permettez-moi de manifester mon étonnement. D’abord je ne savais pas que La Ligue de Football Professionnel était un garçon. Je ne suis pas d’ailleurs plus certain qu’il s’agisse d’une fille malgré son genre féminin. Il n’est pas évident non plus de prêter à cette institution la moindre orientation sexuelle. Conclusion, je voudrais bien qu’on m’explique en quoi ce chant serait davantage homophobe qu’hétérophobe. A priori, il s’agit surtout d’un chant liguophobe.

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On va me dire, tu joues sur les mots. Le terme « enculé » ferait référence à une pratique – la sodomie – plutôt prêtée aux homosexuels et l’utiliser est donc par nature homophobe. Et là, je me demande à quelle époque ces gens vivent. Aujourd’hui toutes les études sur les pratiques sexuelles indiquent que la sodomie fait partie de la vie privée de nombreuses femmes, parfois mères de famille irréprochables. Et je me demande si considérer qu’elle est réservée aux homosexuels ne constitue pas un stéréotype absolument scandaleux dont le gouvernement nous avait pourtant dit qu’il fallait d’urgence les déconstruire. On me dira que les arbitres victimes de ce genre de chants sont très rarement des femmes et que leur prêter cette pratique depuis très longtemps dans les tribunes quand ils refusent un pénalty évident pour la troisième fois à l’équipe locale est donc forcément leur attribuer une orientation sexuelle gay. Et les hommes qui aiment diversifier leurs pratiques avec leurs épouses, qu’en faites-vous (aucun dessin n’est prévu à l’appui de cet article) ?

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Si nos autorités ministérielles et footballistiques se mettent à assimiler cette vieille insulte, le verbe enculer, qu’il soit utilisé en participe passé ou conjugué au présent, à une pratique sexuelle, dont on vient de prouver qu’elle n’est nullement réservée à une orientation sexuelle, le football ne devrait pas être le seul concerné. Ainsi, le comique troyen Raphaël Mezrahi, pas plus tard que cette semaine a indiqué crûment – en défenseur de la cause animale – qu’il (je cite) « enculait les chasseurs ». Outre qu’on peut lui reconnaître un courage supérieur à s’attaquer ainsi à des gens armés d’un fusil alors que les hommes en noir sont seulement équipés d’un sifflet, je n’ai entendu aucun ministre ni éditorialiste (dont la corporation a largement applaudi l’arrêt des matches pour des chants prétendus homophobes qu’elle n’avait pas entendus) demander l’arrêt des spectacles de l’humoriste.

Si on souhaite continuer sur la même lancée, que penser d’un terme qui signifie rigoureusement la même chose pourtant popularisé par Coluche, « enfoiré », lequel est aujourd’hui souvent utilisé avec bienveillance voire affection ? Madame Belloubet va-t-elle demander que cessent les concerts de la compagnie des « Enfoirés » et mettre ainsi en péril le financement des « Restos du cœur » ? Va-t-on, dans la même logique implacable, sanctionner le doigt d’honneur, dont la signification ne fait aucun doute et invite de la même manière notre interlocuteur à aller se faire… Licenciera-t-on le salarié pour homophobie lorsqu’il quittera excédé une réunion où on l’a mis à l’index en hurlant ces mots « allez tous vous faire foutre ! » ? Fera-t-on enfin pression sur la société Larousse dont les dictionnaires impriment chaque année cette définition d’enculé : « Vulgaire. Terme injurieux pour marquer le mépris que l’on a de quelqu’un. » ?

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Parties comme le sont toutes ces illustres autorités, il ne serait d’ailleurs pas exclu que toutes mes questions trouvent rapidement une réponse positive. Et il n’est pas sûr que l’homophobie supposée demeure longtemps la seule cible. Par exemple, dans les tribunes du Stade-Vélodrome de Marseille, on entend parfois lorsque le club de la capitale vient y rencontrer l’équipe locale : « Parisien, va niquer ta mère, sur la Cane-cane-bière ». Le ministre de la protection de l’enfance ne pourra-t-il pas y voir un chant faisant la promotion de l’inceste ? Et ce chant entendu par mes propres oreilles vendredi dernier au Stade-Bonal lors du derby Sochaux-Nancy, « Et Nancy la salope, oh oh oh oh, oh oh oh oh ! », n’est-il pas foncièrement misogyne, s’interrogera certainement Madame Schiappa, alors qu’il ne s’agit nullement de remettre en cause les mœurs de feu la veuve de Ronald Reagan.

A tous les supporteurs de foot, je conseille désormais d’entonner des chants à base de thèmes de Walt Disney. On verra alors qui se sent le plus ridicule.

Non, Pinot n’est pas l’instrument d’un plan diabolique de Macron!

Réponse à l’article de François Martin


Le texte de François Martin sur Pinot et ses intertitres (notamment « Pinot, l’Elu de la Macronie », qui est de la rédaction) ont fait sursauter David Desgouilles. Dans la tradition causeurienne de dispute civilisée, il répond. Prétendre que le système politico-médiatique ait fait du coureur du Tour de France son emblème est méprisant pour le sportif.


Autant le dire tout de suite, j’ai davantage apprécié le compte-rendu du Tour de France de Jacques Déniel que l’article de François Martin sur Thibaut Pinot.

Refaire l’histoire, ça peut être un exercice intéressant. Quand on est l’auteur soi-même d’une uchronie avec DSK candidat en 2012, on ne saurait reprocher à quiconque de se livrer à ce genre de fiction. Mais à une condition essentielle, toutefois. Ne pas finir par y croire soi-même. Ne jamais perdre de vue que ce n’est qu’un jeu.

Politique fiction

Car c’est bien à un tel exercice que se livre François Martin. Voilà donc Thibaut Pinot dépeint en Elu de la Macronie, et qui, par la grâce de France 2, des ministres, et même du président de la République en personne, aurait été investi d’une mission suprême : redorer le blason présidentiel et offrir à Emmanuel Macron des vacances tranquilles. Et voilà que Julian Alaphilippe, qui serait le représentant d’une autre France, aurait fait échouer le plan grâce au vent d’Albi et la fameuse « bordure ». Au terme de la démonstration, Thibaut Pinot serait bien le représentant de la « loose » française, et cette histoire apparaîtrait comme une jolie parabole, mêlant Vladimir Poutine et Bachar El-Assad. Le romancier que je suis ne peut que saluer l’effort d’imagination !

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Pour les besoins de son histoire, François Martin a omis deux faits sportifs loin d’être négligeables. D’abord, après avoir survolé les Pyrénées, Thibaut Pinot avait effectivement repris la minute et les quarante secondes perdues sur l’équipe Inéos dans la bordure d’Albi. Les compteurs étaient ainsi remis à zéro. Ensuite, et ce n’est pas le moindre des oublis, l’enfant de Mélisey n’a pas abandonné par lâcheté, par paresse ou par hasard. Il a abandonné parce qu’il est impossible de pédaler avec une déchirure musculaire, sans doute consécutive au fait que, pour éviter une chute, Pinot a effectué une manœuvre entraînant un contact violent entre son genou et le guidon de son vélo. Car le sport, c’est ainsi. Il y a des impondérables. Geraint Thomas était lui-même moins fort que l’an dernier parce qu’il a été victime d’une chute dans le Tour de Suisse. Dans le passé, Laurent Fignon a perdu en 1989 parce qu’un furoncle mal placé l’a empêché de rouler à son aise lors de la dernière étape sur les Champs. Bernard Hinault a abandonné à Pau en 1980 à cause d’un genou souffrant. La liste est longue.

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Souvenons-nous du Mondial…

Si des stratèges ont effectivement tenté d’élaborer ce plan machiavélique, ils se seraient montrés fort présomptueux. Revenons d’ailleurs un an en arrière. Emmanuel Macron se met à fond derrière l’équipe de France. Dès le début, on nous explique qu’il les exhorte à n’envisager  qu’une seule issue : la victoire en finale. Et la France gagne la Coupe du monde. Parce que c’est une bonne équipe et qu’elle figurait en effet pour les spécialistes parmi les six ou huit sélections les plus fortes du tournoi. Mais surtout parce qu’il y a une part de chance, d’impondérables, comme en vélo. Si, au lieu de finir sa course au fond des filets argentins, la reprise de volée de Benjamin Pavard s’envole dans les nuages, comme c’est le cas de 95% de celles des défenseurs latéraux, la France s’arrête en huitièmes, et Didier Deschamps revient à Paris sous les quolibets. Mais la France a gagné, me direz-vous. La gloire pour Macron, dont on a d’ailleurs immortalisé la joie dans la tribune présidentielle. La gloire pendant… trois jours. L’affaire Benalla a tout emporté. Comme aurait été emportée une éventuelle victoire de Pinot si le président avait effectivement cherché à en profiter, avec la nouvelle de la découverte du corps de Steve Caniço, et la position devenue très difficile de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur.

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Pas de complot pour soutenir Thibaut Pinot !

De même, le service des sports de France Télévisions avait proposé à Thibaut Pinot de le suivre pendant le Tour de France. Comme Canal plus l’a fait en 1998 et en 2018 avec « Les Yeux dans les Bleus ». Là encore, on doute que cette initiative ait été prise dans le cadre d’un plan plus global dont l’organisateur se trouvait à l’Elysée. Simplement, Pinot avait eu de très bons résultats cette année. Il était avant le Tour un des prétendants à la victoire. Julian Alaphilippe ne l’était pas. Il est déjà aujourd’hui le des coureurs de « classiques » le plus fort de toute l’histoire du cyclisme français et se présente d’ores et déjà comme le « Sean Kelly » français mais ses aptitudes en haute montagne n’en faisaient pas un favori avant de prendre le départ il y a un mois ; ce n’est pas lui faire injure que de le reconnaître. Voilà pourquoi la presse française en général, et France 2 en particulier, avait jeté son dévolu sur Thibaut Pinot : parce qu’il avait objectivement plus d’aptitudes pour concurrencer l’armada Inéos que n’importe qui d’autre, ce que les hauteurs du Tourmalet et de Foix ont d’ailleurs validé.

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Depuis vingt ans, une mauvaise légende continue de faire des ravages, y compris sur des très bons esprits : Jacques Chirac aurait plié le match avec Jospin en même temps que Zidane contre le Brésil en finale de la Coupe du monde. Il ne faut rien connaître au sport ni en politique pour croire à cette fable. Chirac a gagné parce que Jospin a été mauvais comme un cochon pendant les deux ans qui ont précédé le scrutin, et plus encore pendant la campagne proprement dite. Zidane ou pas Zidane. Alors laissons tranquille Thibaut Pinot et donnons-lui rendez-vous l’an prochain. Il est le premier depuis longtemps à avoir permis aux nombreux passionnés français de ce sport qu’un de leurs compatriotes pouvait gagner le Tour. Par son seul talent, et pas parce qu’un « spin doctor » tapi dans l’ombre l’avait décidé.

Note de l’auteur : Toute coïncidence géographique entre mon origine régionale et celle de Thibaut Pinot ne serait évidemment que fortuite.

Il y a un espace pour une droite urbaine indépendante de LREM

La note qui devrait inquiéter Benjamin Griveaux


La note de Nelly Garnier « Allô maman bobo – L’électorat urbain, de la gentrification au désenchantement » donne des pistes à la droite pour contrer LREM dans les métropoles comme Paris, où Benjamin Griveaux vient d’être investi par son parti. La droite a une carte à jouer si elle se positionne au-delà d’un clivage Bobos parisiens / France périphérique un peu éculé et fait une analyse plus pertinente de l’électorat citadin…


C’est une note en deux volets intitulée « Allô maman bobo – L’électorat urbain, de la gentrification au désenchantement » que vient de publier la Fondation pour l’Innovation politique (FondaPol), le think-tank dirigé par Dominique Reynié et Nicolas Bazire.

Les métropolitains, une élite désenchantée ?

Son auteur, Nelly Garnier, ne nous est pas inconnue. Elle nous avait reçu aimablement pour nous auditionner au printemps 2018, alors qu’elle était encore directrice des études rue de Vaugirard, le siège de LR… Elle avait alors longuement écouté le chroniqueur provincial originaire de la France périphérique, nourri de la prose des Muray, Guilluy, Fourquet et Sainte-Marie. Il n’est d’ailleurs pas innocent qu’elle ait insisté pour que nous lisions sa note : outre les très bonnes relations entretenues depuis lors, elle devait se souvenir de cette audition.

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Hétérogénéité sociologique du « bobo »

Car la note de Nelly Garnier a en effet de quoi nous bousculer. Documentée, précise et souvent convaincante, elle explique la manière dont les travaux de Guilluy ont « contribué à imposer l’idée d’une fracture irrémédiable entre les villes et les territoires ruraux et périphériques, et achevé de convaincre qu’il fallait choisir [entre les deux] » à partir de 2012. De même, la figure du « bobo », souvent fantasmée, apparaissait comme le métropolitain-type et poussait d’un côté à le rejeter sans réfléchir, et de l’autre conduisait la candidate UMP à la ville de Paris en 2014, NKM, à s’afficher comme « boboïsée » et « dédroitisée ».

Pourtant, explique Nelly Garnier, il y a plusieurs sortes de bobos, et il n’y a pas que des bobos parmi les métropolitains. Il n’y a pas non plus que des gagnants de la mondialisation. Il n’y a pas que des « anywhere ». A partir de l’étude de six métropoles (Paris, Bordeaux, Marseille, Toulouse, Strasbourg et Grenoble), et de six quartiers de chacune sélectionnés pour leur caractère gentrifié, l’auteur bouscule les idées reçues.

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Il y a bien aussi un « malaise du métropolitain » qui conduit par exemple les deux-tiers des Parisiens à envisager un départ pour d’autres territoires. Il y a bien des familles qui ne supportent plus la délinquance, qui sont les premières touchées par la pollution, et qui ne sont pas pour autant des bobos à trottinettes… Il y a enfin des métropolitains qui ne sont pas davantage emballés par le libéralisme libertaire de LREM que par la politique municipale d’Anne Hidalgo…

La droite doit repenser son approche de l’électorat citadin

L’erreur a sans doute été d’avoir été à contretemps. Les médias et les partis politiques de gouvernement qui géraient le pays jusqu’en 2017 ont adopté l’analyse de Christophe Guilluy sans doute trop tard. Or les métropoles de 2017 ne sont plus celles de 2001-2008 lorsque le géographe publiait ses premiers travaux.

Pour les raisons invoquées plus haut – délinquance, pollution – mais aussi parce que le statut des cadres s’est  dégradé alors que cette catégorie socio-professionnelle constitue le plus gros bataillon métropolitain. Le malaise est d’autant plus grand que le discours ambiant ne l’encourageait pas à « exprimer ses fragilités », et qu’il est, davantage que le rural ou le périphérique, soumis à des « injonctions contradictoires » :

– je veux défendre le commerce de proximité mais je commande sur Internet car je suis pressé par le temps,

– je veux que mes enfants soient ouverts sur le monde, mais je les retire d’une classe où plus de la moitié des élèves maîtrise mal le français et où je les sens décrocher,

– je ne veux pas polluer mais je n’ai pas d’autres solutions que la voiture pour emmener mes enfants en week-end…

Un espace politique à reconquérir?

Dès lors, s’interroge l’auteur, y a-t-il encore un espace pour une droite urbaine indépendante de LREM ? Les derniers événements conduisent à répondre par la négative. L’exemple d’élus parisiens très à droite, comme Claude Goasguen, prêts à pactiser avec Benjamin Griveaux pour éviter Anne Hidalgo ou celui de Christian Estrosi prêt à troquer son investiture LR contre celle du parti macroniste, invitent en effet à se faire peu d’illusions. Pourtant Nelly Garnier veut croire que la droite « qui souffrait principalement de son décalage sociologique croissant avec les nouvelles populations des grandes villes, redevient audible sur de grandes problématiques : le sentiment de déclassement, le besoin de sécurité, le besoin de fermeté face à la montée des communautarismes, le besoin de retrouver des limites et des repères, le besoin d’accompagner des familles qui se sentent fragilisées ».

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Nous nous permettrons d’apporter une nuance à l’analyse de Nelly Garnier.

Nous sommes moins certains qu’un choix clair ait été fait par la droite en faveur des territoires ruraux et périphériques, oubliant les métropoles. Dans la France des Gilets jaunes, en tout cas, on n’en pas été convaincu du tout. C’est sans doute parce que cet ensemble, né de la fusion entre le RPR et l’UDF ne parlait plus vraiment à personne, que sa ligne n’était identifiée et adoptée ni par les métropolitains ni par les autres qu’elle a décru, finissant à 8% lors de la dernière échéance électorale. Dès lors, l’idée selon laquelle la reconstruction pourrait passer par la constitution de deux piliers, à l’exemple des CDU et CSU allemandes, pourrait bien être la solution. Le premier pourrait parler davantage aux métropolitains et concurrencerait LREM dont l’assise locale n’est pas encore véritablement assurée et dont le progressisme sociétal ne plaît pas à tout le monde, y compris en ville.  Le second, moins libéral, plus patriote et populaire, concurrencerait le RN sur les territoires périphériques et ruraux. Mieux vaut deux partis-frères aux lignes bien identifiées qu’un seul parti qui débite de l’eau tiède.

En tout cas, il est absolument nécessaire au pays qu’une force politique permette de parler à la fois à la famille parisienne qu’à la mère célibataire de Vierzon. Et que cette force, fut-elle organisée sur deux piliers, puisse être en situation de gouverner. La cohésion nationale le réclame. La France ne peut se satisfaire d’archipels qui se regardent en chiens de faïence.

La retraite de Sarkozy, c’est de la pipe?

On nous dit que ces « Passions » ne sont surtout pas ses Mémoires…


Nicolas Sarkozy ne veut surtout pas que l’on considère son dernier bouquin comme les mémoires d’un homme d’État à la retraite. Pourtant…


« Ecrire des mémoires n’était pas mon but », explique Nicolas Sarkozy, page 10 du livre qui est sorti ce jeudi en librairie. Quel plus bel hommage à René Magritte et son « Ceci n’est pas une pipe » !

© AFP PHOTO / Robyn BECK ROBYN BECK / AFP

Evidemment que ce sont des mémoires ! Des mémoires effectivement organisés de manière thématique et pas chronologique… mais des mémoires quand même.

Les mémoires, ça fait retraité…

Quand on raconte sa vie, quand on raconte ses relations personnelles avec ceux dont on a été proche, son grand-père, Jacques Chirac, Edouard Balladur, on écrit des mémoires. D’ailleurs, il y a malgré tout un peu de chronologie puisque ce tome court jusqu’à son accession au pouvoir en 2007, et qu’un autre tome est sûrement en préparation pour les années du pouvoir…

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Mais les mémoires, ça fait retraité. Les mémoires, ça fait retiré des affaires. Les mémoires ça peut même faire « has been ». Alors, les communicants ont tenté d’expliquer que ce n’était pas des mémoires mais des « Passions ». Même que c’est le titre du livre. Il fallait y penser. Il y a quelque chose de ridicule à ne pas assumer le besoin d’un homme d’Etat à enfin coucher son parcours sur le papier. Nicolas Sarkozy devrait se souvenir que De Gaulle lui-même a écrit ses mémoires de guerre après avoir quitté le pouvoir en 1946, et que ça ne l’a pas empêché de revenir en 1958.

Le deuxième tome, c’est pour quand?

Mais Nicolas Sarkozy n’a que Giscard en tête et ne veut surtout pas qu’on le compare à cet Ex éternel. Et plus il ne veut pas lui ressembler, plus il lui ressemble. Il avait déjà fait l’erreur fatale de reprendre l’UMP en 2014, comme Giscard avait repris l’UDF en 1988. S’il était resté en retrait, et ne s’était pas compromis dans cette primaire humiliante, il aurait pu apparaître comme le recours le jour du Trocadéro, en février 2017. Reprendre LR aujourd’hui, évidemment il ne le fera pas : Sarkozy connaît Marx, la tragédie, et la farce. Alors il s’agite en coulisses. On ne le dit pas étranger à la candidature en mode « poussière sous le tapis » de Christian Jacob à la tête de LR. En voilà un qui ne lui fera pas d’ombre dans les baromètres de popularité. Et qui sait, si Macron décevait…

Le premier problème de Sarkozy, c’est qu’il n’a jamais accepté son départ. Il n’a jamais accepté sa défaite. Il n’a jamais su faire l’inventaire de son bilan à la tête du pays. Peut-être que ce sera enfin l’objet du deuxième (ou second ?) tome de ses mémoires. Peut-être pourrait-il avancer, enfin. Et ne pas continuer à vouloir à tout prix tirer des ficelles.

Publier pareil « brûlot », pas le meilleur moyen de se poser en recours

Le second problème est géographique. S’il était provincial, il ne serait pas plongé au cœur du marigot politico-médiatique. Il ne serait pas à encourager Darmanin à aller à Bercy, puis à pester contre Wauquiez, ou encore à recevoir des pelletées de jeunes parlementaires rue de Miromesnil. Surtout, il verrait moins de journalistes parisiens. Qu’on y voie aucune mauvaise manière, et encore moins de la jalousie envers mes confrères de la capitale ! C’est simplement que leur fréquentation rappelle trop à Nicolas Sarkozy ses combats anciens. Et que sa seule chance d’apparaître comme un recours, en cas de crise grave, nécessite qu’il se place en surplomb. Sans doute le comprend-t-il mais est-il capable d’en tirer toutes les conséquences ?

Son hommage involontaire à Magritte nous inclinerait plutôt à ne pas y croire…

Canicule: la France a peur


Depuis 2003, les politiques sont terrorisés à l’idée qu’un épisode caniculaire puisse de nouveau très mal tourner. Sur nos écrans depuis ce matin, nos dirigeants redoublent de conseils poilants.


La France a chaud. Et la France a peur ! Faut-il que l’épisode de l’été 2003 soit encore dans toutes les têtes ? Faut-il que l’image de Jean-François Mattéi en polo dans sa villégiature obsède encore tout ministre quand le mercure prend de la hauteur sur le thermomètre ? Faut-il que nous soyons si effrayés à l’idée d’être déshydratés alors que les canicules s’emballent ?

Les politiques sur le pont

Dès potron-minet, nous étions au parfum. Dans le RER, des messages écrits nous prodiguaient moult conseils sur des panneaux lumineux, afin de ne pas succomber, et ainsi passer l’été.

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Sur l’antenne de RTL, Benjamin Griveaux nous engageait à bien manger et surtout bien boire. Pas de doute, il vise bien la fonction de « mère » de Paris.

Sur LCI, à l’heure du déjeuner, un bandeau nous interroge, paniqué : « Canicule, des raisons de craindre le pire ? » Etait-ce pour nous procurer ce léger frisson dans le dos, dont nous avions tant besoin ?

L’exemple de Rugy

Et puis, last but not least, nous avons vu le tweet de BFM TV : « Canicule François de Rugy sans cravate pour montrer l’exemple ». Quel courage, quelle audace, faut-il à Monsieur le Ministre, pour oser telle transgression ? Pour aller ainsi braver Jean-Jacques Bourdin col ouvert ? Une telle disruption confine, il faut le reconnaître, à un esprit de résistance qu’on n’a guère vu depuis Jean Moulin et Pierre Brossolette. On me dira que j’exagère et que ce fameux « exemple » tient davantage du Chef Chaudard dans la Septième compagnie que de ces héros historiques. Mauvaises langues !

En boutant la cravate de notre été caniculaire, François de Rugy travaille aussi pour la parité. Les hommes, désavantagés par des stéréotypes genrés qui ont la vie dure, doivent supporter des tenues chaudes alors que les femmes peuvent porter robes légères et sandales. Qui sait si Marlène Schiappa, poussant cet avantage, ne nous dira pas demain qu’un homme aussi peut porter une petite robe, mais seulement par temps chaud ?

Jean-François Mattei et son polo, légende de 2003

Mais l’hommage de François de Rugy, finalement, n’était-il pas destiné à Jean-François Mattei, qui avait alors tout compris, en arborant son polo ? Ceux qui déploraient l’effacement de l’Etat-Nation sont cruellement démentis ! Il s’occupe de nous. Il nous conseille. Il nous hydrate. Il nous rafraîchit.

L’Etat nous protège.

Certes il ne nous protège pas des méfaits de la mondialisation. Ni du libre-échange déloyal. Et encore moins des flux migratoires désordonnés, ou d’une monnaie surévaluée. Mais l’Etat nous protège bien de notre plus grand danger : nous-même ! Et de notre propension à nous abreuver – plutôt que d’eau – de fake news. De notre tentation à se livrer à la haine sur les réseaux sociaux. De dépasser les 80 km/h. Et de s’habiller trop chaudement lors des épisodes caniculaires.

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Merci Agnès Buzyn. Merci Benjamin Griveaux. Merci François de Rugy. Merci Laetitia Avia. Merci notre Président-Protecteur. Nous savons pouvoir compter sur votre attention. Nous savons pouvoir compter sur votre soin. Nous savons pouvoir compter sur votre protection. L’Etat-stratège n’est plus depuis longtemps mais l’Etat-brumisateur le remplace.

Avantageusement. Ou pas.

LR: pas un jour sans une (nouvelle) ligne

La nuit des seconds couteaux a commencé depuis des années


Laurent Wauquiez parti, Les Républicains (LR) ne semblent pas se résoudre à débattre en interne de la ligne politique. Ni à planifier d’urgence quelque congrès! Le transparent Christian Jacob, président du groupe parlementaire, fait figure de candidat crédible à la succession de Wauquiez. Pas fulgurant… Analyse.


Comme prévu, Laurent Wauquiez n’a pu éviter de quitter la tête de son parti. Il lui était impossible de s’exonérer de la responsabilité du crash industriel subi par la liste LR aux européennes. Il n’était pas opportun de faire cornaquer François-Xavier Bellamy par le directeur de campagne Geoffroy Didier; il n’était pas plus heureux de s’imposer dans les meetings et sur le matériel électoral après avoir eu l’excellente idée de désigner le philosophe, comme s’il venait au secours de bons sondages ; il n’était pas plus utile de prendre la place de Bellamy au dernier débat télévisé sur France 2. Laurent Wauquiez était conscient du soupçon d’insincérité qui pesait sur lui, en particulier depuis l’épisode de l’école de commerce lyonnaise. Ces élections européennes n’ont donc pas été l’occasion de le faire disparaître, malgré la fraîcheur dégagée par François-Xavier Bellamy. Peut-être cette dernière l’a-t-elle faire apparaître davantage au contraire, par comparaison.

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Pour autant, il faut le répéter encore : la droite française doit surtout sa lourde humiliation à une situation structurelle, et un autre dirigeant ne l’aurait sans doute pas évitée. Valérie Pécresse a beau fustiger la ligne politique de LR, ne proposait-elle pas finalement la même en miroir ? Quand Wauquiez semblait adopter en vain une ligne plus identitaire pour disputer au Rassemblement national des électeurs éventuellement déçus par l’entre-deux-tours de Marine Le Pen, ne proposait-elle pas quant à elle une ligne libérale-européiste semblable à celle de LREM, qui n’aurait eu d’autre destin que celle de l’UDI de Jean-Christophe Lagarde ?

Retour en arrière

En fait, il n’y a plus vraiment de ligne politique dans ce parti depuis longtemps. Elle n’a pas été débattue par ses adhérents depuis bien longtemps. Remontons un peu le temps. En 2017, l’élection du président de LR n’a pas donné lieu à un véritable débat, Wauquiez affrontant Maël de Calan, représentant un juppéisme déjà installé à Matignon, et Florence Portelli en prête-nom de Pécresse, laquelle n’avait pas souhaité livrer bataille. De surcroît, il faisait tandem avec Virginie Calmels qui cochait les cases libérales et européennes du macronisme. En 2014, Bruno Le Maire avait affronté Nicolas Sarkozy, non sur la ligne politique mais sur le renouvellement des générations. En 2012 enfin, la guerre Copé-Fillon de sinistre mémoire avait été chaudement disputée – c’est le moins qu’on puisse dire – mais on défie le lecteur de nous expliquer les contours idéologiques de cette opposition.

Cela fait donc sept ans – au moins – qu’on ne sait plus vraiment ce que ce parti pense voire qu’il le sache lui-même. Sept ans – au moins – que sa ligne politique n’a plus été débattue par ses adhérents. Le seul moment où elle l’a plus ou moins été, c’était à l’occasion de la primaire, alors que les militants étaient noyés dans un corps électoral vingt fois plus large. Et cette compétition électorale, mise en scène comme un spectacle sportif par les chaînes info, a abouti à sélectionner un candidat qu’il était alors impossible de débarquer, malgré des circonstances sur lesquelles nous ne reviendrons pas, par charité.

Un nouveau chef à l’automne

Tombés à 8% aux européennes, avec un Wauquiez démissionnaire et une Pécresse partie, on pourrait alors s’attendre à ce que l’élection du nouveau président des LR soit l’occasion rêvée pour organiser ce débat sur la ligne politique tant de fois repoussé. Malheureusement, cela n’en prend pas le chemin. Toute une partie des hiérarques a commencé par prôner soit une direction collégiale, comme Eric Woerth, ou de supprimer le poste de président, comme Nadine Morano. Mais les statuts étant ce qu’ils sont, et faits pour être respectés, il a bien fallu se résoudre à organiser ce scrutin à l’automne. Mais ceux qui craignent le débat sur la ligne politique, à force de ne pas y participer depuis des années, n’ont pas désarmé pour autant. Les voilà à pousser la candidature de Christian Jacob, dont les talents pour ménager la chèvre et le chou à la présidence de groupe à l’Assemblée nationale sont effectivement incontestables, mais dont la ligne politique est encore plus difficilement identifiable que ses éventuels prédécesseurs, ce qui ne constitue pas un mince exploit. A cette possible candidature de consensus qui ne ferait de peine à personne, s’ajoute une innovation du bureau politique de mardi soir, celle de demander aux éventuels candidats à la présidence de LR de s’engager à ne pas être candidats à la prochaine présidentielle. Pas de primaire – fût-elle fermée – avant l’heure ! Pourtant, à trois ans du scrutin le plus important, il n’aurait pas été incongru que chaque tenant des différents courants idéologiques de ce parti représente ses idées devant un congrès et que les adhérents tranchent à la fois sur leur chef et sur leur ligne politique. Mais de cela on ne veut décidément pas. De cela, on est effrayé. Et si l’on s’apercevait qu’on n’a plus rien en commun ? Et si on s’apercevait à cette occasion que les élites de LR sont coupées de la base ? Pourtant cet exercice est nécessaire. S’ils n’ont plus rien en commun, que ces gens se séparent. S’ils arrivent malgré tout à organiser ce débat et que la minorité se plie à la décision de la majorité, LR aurait alors un chef et une ligne identifiables pour tous, c’est-à-dire le minimum vital.

Il semble bien que tel n’est pas le chemin choisi. Pour le plus grand bonheur de LREM et du RN.