Il est seize heures lorsqu’au volant de ma voiture j’écoute le journal -je n’ose dire flache- d’une station périphérique d’obédience luxembourgeoise. Comme partout en ce moment, il est question d’un nouveau cas de grippe A et la journaliste nous annonce qu’un personnel pénitentiaire est touché.

Jusque là, tout va bien. Car tout de suite après, elle nous annonce qu’à l’occasion de cette révélation de premier cas au sein du ministère de la Justice, « les syndicats[1. Elle ne précise pas de quelles centrales syndicales il s’agit] dénoncent un manque d’information sur la grippe A ». C’est là que les bras peuvent vous en tomber, ce qui est relativement dangereux lorsqu’on conduit une automobile. Mais la sérénité et le recul aidant, deux questions viennent immédiatement à l’esprit, tout en maintenant une conduite adaptée et, donc, imprégnée de zénitude.

D’abord, sont-ce bien des syndicats français qui ont osé ce communiqué sur le manque d’information ? N’ont ils ni télé, ni radio, ni journaux ? N’ont-ils pas eu accès à tous les reportages sur les « gestes-barrières » et tutti quanti ? De l’information sur cette satanée grippe, davantage dangereuse pour les oreilles que pour le reste, on en a indigestion. Dans le ministère pour lequel j’exerce, celui de l’Education Nationale, il est vrai qu’on bat les records. Il semble que le ministère de la Justice n’atteigne pas les mêmes sommets. Et il semble bien aussi que les syndicats représentant les personnels de ce ministère ressentent une pointe de jalousie. Disons le comme on le pense, cette jalousie serait absolument hilarante si la deuxième question, annoncée plus haut, ne venait pas nous ramener à davantage de sérieux.

Est-ce que des syndicats n’ont pas autre chose à fichtre que de déplorer le manque d’information sur la grippe A, de surcroît lorsqu’ils représentent des personnels du monde pénitentiaire autrement plus concernés par l’état déplorable de nos prisons et des conditions de travail qui y règnent ? Alors que les suicides dans les établissements pénitentiaires de notre pays se multiplient, que notre Justice est dotée d’un budget ridicule par rapport à nos voisins allemands et britanniques, que les postes de gardiens sont soumis à la fameuse règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux alors que la surpopulation, la promiscuité et le mauvais état de nos prisons devraient conduire à y renoncer, les syndicats préfèrent épingler le gouvernement sur le manque d’information concernant la grippe A. On croit rêver.

Mais on ne rêve pas. Malheureusement.

11 commentaires

  1. Chapeau, bien vu l’aveugle… Vous avez su résumer les deux ou trois questions que je me posais depuis quelques jours, à savoir l’on nous rabache les oreilles quant à cette fameuse grippe et notamment quant aux mesures à adopter dans le cadre des établissements scolaires, et je trouve cela trés bien, même si j’ai l’impression que l’on a tendance à la jouer un peu trop… Enfin bref…
    Par contre je me questionnais il y’a de cela peu, il y’a bien un milieu clos, que l’on appelle judiciairement parlant le « milieu fermé » d’ailleurs, la prison, et bien mon neveu, qu’est ce qu’elles ont décidées nos biens chéres tétes pensantes si un cas était décelé dans un de nos 180 établissments pénitentiaires, y’ a personne qui l’en parle sauf vous et moi. Déjà deux un début….

  2. Cher David,
    La vraie question que tout le monde se pose : avez-vous écouter les Grosses Têtes après cette tranche d’infos ?

  3. Peut-être peut-on envisager pour les prisons ce qu’on prévoit pour les écoles :
    A partir de trois cas de grippe A dans une même cellule, on ferme l’établissement, et tout le monde chez soi !

  4. Si quelqu’un pouvait me refiler un plan de continuité de l’entreprise pendant la pandémie, ça m’arrangerait… je rame un peu quant à la solution dans l’hypothèse où tout le monde tombe malade en même temps

  5. David,

    Je te trouve dur avec les syndicats, certainement du à l’influence de Philippe BOUVARD et de ses joyeux drilles.

    Devant ce risque pandémique présumé, les Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail, instance où siège les syndicats, sont fortement sollicités.

    Dans certaines structures, les directives demandées par l’État sont déjà en place et le plan de continuité de l’activité est établi et possible.

    Le manque d’information que dénonce les syndicats est peut-être du alors au fait qu’un tel plan n’est pas en place dans des structures.

    En tant que syndicalistes, ils (nous) doivent prendre en compte le risque que cela peut engendrer pour les salariés et si ceux-ci pourront ou non exercer leur droit de retrait par exemple.

    Pour ma part quand je suis au CHSCT, j’agis dans le cadre du mandat qui m’ait donné et en essayant de mettre de côté mon positionnement propre. L’objectif est de minimiser les risques pour les salariés.

  6. @ catarichka

    L’État a fait parvenir une trame générale à suivre pour chaque entreprise.

    S’il y a pandémie, il prévoit entre 25 et 40% des salariés touchés par la grippe A H1N1.

  7. @Lejeun

    Mais je n’ai pas écouté Bouvard après. J’ai même des témoins !
    Pour le reste, je ne me sens pas du tout protégé dans mon ministère qui est pourtant à la pointe de la prophymachin.
    Pas davantage protégé de la grippe.
    Mais surtout, pas du tout contre la connerie.
    😉

  8. Vous concluez votre article par « on ne rêve pas malheureusement »; moi je dirais heureusement; les personnels pénitentiaires, lorsqu’ils sont en charge de la sécurité de l’Établissement entre autre donc de la garde des personnes détenues, ne peuvent pas appliquer le droit de retrait tel que vous l’entendez dans votre administration sauf à rendre à la société les personnes qui leurs sont confiées. Par conséquent une épidémie déclarée dans un établissement, même au sein des personnes détenues, impacterait immédiatement les rythmes de travail des surveillants et probablement leur santé. Certaines mesures tels que l’isolement des détenus malades seraient envisagées; dans ce cas, des surveillants seront affectés à leur surveillance. Comment seront ils choisis? Avec quel ratio (surveillant/détenu) seront ils en quarantaine? Quelles protections auront ils? Prévoit on une vaccination prioritaire pour eux?

    Voici quelques questions légitimes qu’ils se posent et dont les syndicats se font les portes paroles comme le leur demande leurs mandats.
    Cela n’occulte en rien les problématiques que vous soulevez!
    je sens un peu d’ironie condescendante dans votre article; je la trouve mal placée venant d’un fonctionnaire de l’éducation nationale car les prisons récupèrent bien souvent les échecs des autres chainons de la société dont principalement l’éducation nationale sclérosée dans son conservatisme et incapable de se remettre en question.

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