Jeudi soir, c’est François Fillon qui était de passage à Besançon dans le cadre de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Une belle affluence, à vrai dire, puisque la salle prévue pour 1200 personnes débordait et qu’un écran avait été installé dans les couloirs pour que quelques dizaines de personnes supplémentaires puissent suivre la réunion. Formidable rajeunissement pour ma pomme puisque, si l’on excepte la trentaine de jeunes en ticheurtes placés près de la scène pour mettre l’ambiance, j’avais bien l’impression d’être le moins âgé de la salle.

Avant le Premier ministre, trois députés locaux interviennent brièvement à la tribune dont le sémillant Joyandet, ancien ministre viré pour cause de présence récurrente dans un journal satirique paraissant le mercredi. François Fillon est également accompagné de Jérôme Chartier qui joue le rôle de vedette américaine. Il ne parviendra guère à chauffer la salle avec son admiration devant la réussite de Nicolas Sarkozy en matière d’emploi industriel et la diatribe contre « le haut-fonctionnaire Hollande », « monsieur zéro risque ». Sans doute l’assistance était elle parfaitement au courant des états de services professionnels de François Fillon.

C’est donc au tour du Premier Ministre de prendre la parole et qui annonce tout de go un scoop international aux militants UMP de Besançon -lesquels, à vrai dire, ne semblent pas mesurer leur chance : « La monnaie unique est sauvée ». François Fillon poursuit et règle son compte au premier tour de l’élection présidentielle :«il n’y a que nous et les socialistes. Tout le reste est secondaire. » S’il pointe avec raison l’indécision de François Hollande sur la place de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, l’orateur fait preuve d’un culot d’acier lorsqu’il frappe d’indignité l’abstention des députés PS sur le mécanisme européen de stabilité. « On peut voter oui ou non mais s’abstenir, on n’a pas le droit ». Afin de poursuivre ce reportage et ne pas être reconduit vers la sortie par un service d’ordre que j’imagine fort  bien organisé, je ne gueulerai pas « 23 juin 1992», date à laquelle François Fillon lui-même s’était abstenu à Versailles sur la révision constitutionnelle préalable à la ratification du Traité de Maastricht.

Fillon revêt ensuite le costume d’Antoine Pinay qui fait horreur à Henri Guaino et nous prévient :«il n’y aura pas de retour à l’âge d’or ». C’est clair : on va en chier. Mais il ajoute, pour rassurer la salle :«je ne prends aucun plaisir à jouer le trouble-fête ». On se prend à en douter. Pas sûr que tout ceci soit bien raccord avec les discours du candidat Sarkozy. Ce qui va suivre ne le sera pas davantage : le chef de gouvernement se lance dans une longue défense du bilan du quinquennat. « Cette page ne doit pas être une parenthèse, nous devons continuer à l’écrire ! » conclut-il. Il est là, l’enseignement principal de cette réunion publique : alors que Nicolas Sarkozy a évité, lors de ses trois premiers meetings, de causer bilan ou en tout cas très peu, Fillon, lui, y consacre l’essentiel de son discours. Alors que le candidat en est à nous proposer de nouvelles ruptures -y compris avec lui-même- son principal « collaborateur » fait quant à lui vibrer la corde de la continuité.

Intrigué par cette double-campagne, je décide donc d’interroger un «jeune pop » le discours terminé. Pourquoi un jeune ? Parce que les autres filent déjà vers leurs voitures et qu’ils sont, en général, beaucoup moins loquaces. Maxime m’explique qu’il ne voit aucune friture sur la ligne Elysée-Matignon. D’après ce jeune militant fort dynamique, « il est logique que le chef du gouvernement défende le bilan de son gouvernement et que le candidat, lui, se projette vers l’avenir ». Que répondre à ce trésor de rhétorique ? Que tout cela se traduit par un manque de lisibilité dans la campagne ? Il ne semble pas être convaincu par l’argument. Du reste, je ne semble pas être tombé -manque d’expérience dans le reportage, très certainement- sur le militant UMP le plus représentatif : après quelques minutes de dialogue, il m’explique que nous sommes « européens avant d’être français ». « Penser le contraire, poursuit-il, c’est du nationalisme ». Je ne suis pourtant ni à une réunion d’Eva Joly ni sortant d’un meeting de Bayrou (lequel, d’ailleurs, ne cause plus beaucoup d’Europe). A près de quatre-cents kilomètres de Paris, j’entends alors Patrick Buisson s’étrangler.

Pendant la réunion, j’apprenais aussi que le sondage quotidien IFOP-Paris-Match montrait que l’écart entre Hollande et Sarkozy était passé à 3.5 points alors que l’entrée en campagne du second avait permis de le réduire à 1 au début de cette semaine. Les fameuses courbes ne se croiseront donc pas dans les prochains jours. Ont-elles seulement une chance de se croiser dans les prochaines semaines ? Ce n’est pas cette soirée bisontine qui nous en convaincra le plus facilement.

 

11 commentaires

  1. Fillon est un politicien sans convictions ni audace,tout ce qu ‘il peut dire ne peut-être que convenu.
    Certains voudraient Hollande président,mais avec Fillon c’est comme si on l’avait déja eu Premier Ministre.

  2. un premier ministre;;qui veut durer 5 ans
    FERME sa gueule;;;point barre
    j,,ajoute;qu »il est cuit,

  3. je le dis et le revendique les valeurs qui sont les miennes font que je me sent d’abord citoyen du monde puis européen puis Français !!! cette ordre logique je défis qui conque de s y opposer !!!! vous n êtes pas parisiens avant d être Français mais bien Français et ensuite parisiens , il en va de même pour l’Europe !!!

  4. @Maxime:
    Votre pétition est soutenue par votre orthographe. C’est bien d’être cohérent.
    Votre grand-mère se nommait Gaia et votre grand-père ONU, votre mère Europe et votre père Euro. Les être vivants qui vous conçurent ne furent en fait que vos parents nourriciers, des mercenaires en quelque sorte.
    Une question toutefois me tarabuste : dans ce grand Tout où placez-vous le cosmos dont je me sens issu, plus que de cette planète ridiculement petite et où les passions qui s’expriment me semblent particulièrement nauséabondes et qui m’indignent fortement ? Je rêve d’une citoyenneté cosmique. Pas vous?

  5. @Maxime

    Où avez vu dans mon papier un jugement de valeur sur votre conception personnelle de l’ordre logique des appartenances ? J’ai seulement souligné le fait que vous devez vous sentir bien seul dans l’UMP sur ce sujet et qu’on la rencontre bien plus souvent et plus assumée chez les écologistes et les centristes. Il n’y a là aucune critique. Juste une observation.

  6. @Maxime
    « Cette ordre logique je défie quiconque de s’y opposer »

    Ouaouh,Vous allez envoyer les blindés tout de suite où on peut discuter un peu avant?

  7. Je ne relève aucune critiques, d’ailleurs je ne mentionne jamais aucune critique dans mon commentaire, comme je vous l ai dis lors de vos interrogations, l’UMP est un vaste mouvement où se se sont unis différents courant de pensé, effectivement vous n’êtes pas tombé sur le militant gaulliste que vous souhaitiez certainement interrogé, mais sur le militant représentatif des valeurs libérales ^^ c’est tout !!
    pour ce qui est d une citoyenneté cosmique j’en ris seul ^^ peuvent être citoyen seul les êtres humain n’étant pas prouvé que l’homme est présent sur d autres planète je ne pense pas que l on puisse parlé de citoyenneté cosmique mais d appartenance à un univers pk pas ^^
    Pour ce qui est de la discussion j y suis très ouvert

  8. Nouvelle confirmation du vieillissement de l’UMP, de son absence de renouvellement générationnel. Ce parti est simplement occupé à mourir et ne présente plus d’intérêt.

  9. C’est beau d’être citoyen du monde. Et puis frère en Jésus-Christ aussi sans doute. Un petit grain dans le cosmos ?
    Charles Monge, vous êtes bien dur avec ce pauvre Maxime…

  10. Quand ont lieu les prochaines élections mondiales?
    Quel est le pouvoir du parlement européen?
    Que signifie le vote en faveur de Sarkozy?

  11. David, que tu te refuses à porter un jugement de valeur t’honore, mais en ce qui me concerne je ne m’en priverai pas.
    Citoyen du monde avant d’être citoyen français ???
    Mon dieu, l’électorat de l’UMP en serait donc là ? Enfin, à considérer que Maxime ne fut pas un espion envoyé au meeting de Fillon par les écolomondialistes…
    Maxime, vous vous sentez donc plus proche culturellement, socialement, historiquement etc. d’un citoyen chinois, moldave ou zambien que de votre voisin ?
    Il est grand temps que ce parti qui n’a plus de gaulliste que ses ancêtres implose tant le ridicule de ses dirigeants et militants le confond chaque jour un peu plus…
    Mon Général réveillez-vous, ils sont devenus fous !!!

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