Monsieur le Ministre,

Comme beaucoup de Français, je ne manifeste pas beaucoup d’empathie à votre endroit. La manière dont vous vous êtes laissé instrumentaliser par l’actuel Président entre les deux tours de la dernière élection présidentielle constituait une bonne base de départ[1. Même si vous aviez, avec panache, fait partager votre désir de tout plaquer alors que vous bossiez sur  programme économique du PS pendant la campagne Royale. Sans doute auriez dû arrêter là et retourner dans le privé pendant quelques années avant de revenir à la politique.]. Mais il est vrai que, depuis, votre collègue du gouvernement Marie-Anne Montchamp vous a battu à plates coutures dans cette compétition sportive. Je n’ai pas non plus apprécié votre soi-disant trait d’humour, concernant votre autre collègue NKM l’autre jour. Dire qu’elle est plus en os qu’en chair devant une assemblée, et de la part d’un ministre de la République, n’est ce pas montrer de manière définitive en quoi la dignité vous est inconnue ? D’autant que vous avez là donné l’occasion à vos détractrices de dénoncer votre machisme. Or, je souhaite défendre le macho. En l’occurrence, cette allusion n’a rien de machiste. Il s’agit d’une muflerie de bas étage.

Traître, mufle, voilà qui devrait vous habiller suffisamment pour cet hiver lequel s’annonce rigoureux, si j’en crois mon thermomètre en cette matinée franc-comtoise[2. A ceux qui souhaitent venir dans ma bonne région mais sont effrayés par ce qu’en décrivent les bulletins météorologiques, je souhaite rappeler que, certes, le froid peut nous saisir, mais que les loups ne rôdent pas aux abords des villes. J’espère que l’office du tourisme local me sera gré de cette utile précision.]. Mais il faut chercher ailleurs mon courroux. Hier soir, j’ai pris connaissance de vos déclarations concernant le site WikiLeaks et votre refus de le voir installé en France. Non pas que j’éprouve de la sympathie pour les activités de Monsieur Assange ; en l’occurrence je partage largement les préoccupations que Koz a exprimées l’autre jour. Vous avez donc pris prétexte des déclarations de Barack Obama qui avait qualifié ce site de « criminel » pour le déclarer non grata en France. Peut-on préciser que ce site n’a pas été déclaré hors-la-loi aux Etats-Unis et que ce n’est pas le gouvernement de ce pays qui ne souhaite plus l’accueillir mais seulement son hébergeur historique, Amazon ?

Grâce à vous, notre pays est le seul, dans ce qu’on appelle le « monde libre », qui interdit l’hébergement un site d’information ou d’opinion sur son territoire alors qu’il s’exprime pourtant dans le strict respect de la Loi. Et qui en interdit l’accès. Il s’agit d’un délit de sale gueule. Et j’ai déjà dit que la gueule était effectivement sale. Mais cette interdiction est une honte. Parce qu’il s’agit maintenant d’un dangereux précédent. Qui empêchera demain un ministre, vous ou un autre, de s’appuyer sur ce précédent pour suivre, par exemple, les préconisations du MRAP[3. Qui classe, rappelons le, tout ce qui est à droite de Marie-Georges Buffet à l’extrême-droite.] ? Les sites jugés racistes demain, les sites jugés homophobes après-demain, les sites jugés encourager le terrorisme un autre jour, les sites jugés anti-européens -et donc certainement mon carnet politique- la semaine prochaine : monsieur le ministre de l’information numérique, vous avez du pain sur la planche.

Il y a tout de même quelques petites choses à expliquer, monsieur le ministre. Trois, au moins.

D’abord, pourquoi n’avez vous pas fait saisir dans les kiosques les exemplaires du Monde qui ont repris toutes les informations de ce site alors même que la directrice de la rédaction du quotidien du soir assumait une fructueuse collaboration avec ledit medium ? On imagine Paris à midi, alors que tout le monde sort du bureau pour aller se restaurer et la maréchaussée qui nous saisit notre journal sous le nez. Pas mal, comme symbole, non ? Vous n’avez pas voulu courir ce risque et on vous comprend. Pourtant, si ces infos étaient criminelles, comme le disait Dieu Obama lui-même, la logique qui vous conduit à interdire WikiKeaks en France aurait dû vous amener à interdire Le Monde.

Ensuite, comme tout le monde, j’ai appris les révélations de ce site criminel sur notre Président. Il serait susceptible, irritable. Mazette ! Et, il serait atlantiste au possible, nous aurait embarqué en Irak s’il avait été Président quatre ans plus tôt. Tu parles d’un scoop ! Cela fait un bail que tout le monde sait tout cela. Sarkozy est allé dire à New-York à l’automne 2006 qu’il aimait qu’on le surnomme « Sarko l’Américain », a qualifié la position française sur le dossier irakien d’arrogante. Et depuis, il a fait faire à notre Nation son retour dans les structures intégrées de l’OTAN. En fait, pour connaître tout cela, il fallait lire en 2006 le rapport du PS qui qualifiait Nicolas Sarkozy de « néoconservateur à papiers français », rapport signé par un certain Eric Besson. Je me demande s’il n’aurait pas fallu interdire la diffusion de cette outrancière publication. Mais que faisait donc le ministre de l’Intérieur de l’époque ?

Enfin, pour cette histoire de transparence, dont je déteste, comme Koz et tous mes amis de Causeur, la dictature, êtes-vous, monsieur le ministre le mieux placé pour la combattre ? Est-ce que celui, qui comme son Président de recruteur, met en scène ses coucheries[4. Dans un style de comédie de boulevard plutôt sympathique pour un franchouillard comme moi, reconnaissons-le.] sur la place publique ne devrait pas, au contraire, la mettre en veilleuse sur le thème de la transparence ? Ceux qui soutiennent que le Président de la République et celui de l’UMP doivent se confondre afin d’être véritablement transparents et ne pas céder à l’hypocrisie coupable des précédents présidents de la Ve République ne sont-ils pas les moins bien placés pour donner des leçons en la matière ? Ou alors, se rendent-ils compte que cette hypocrisie et ce secret avaient du bon et que c’est ce qu’on appelle effectivement la civilisation ; qu’ils se sont plantés sur toute la ligne et qu’ils rament maintenant dans l’autre sens avec le dangereux zèle des néophytes ?

A tout cela, il faudra bien que vous répondiez, monsieur le ministre. Mais sachez une chose : dans vos prochaines tentatives d’interdiction et de filtrage, nous ne demeurerons pas inertes. Votre passage au ministère du numérique ne sera pas un chemin pavé de roses, soyez en certain.

Salutations.

11 commentaires

  1. Super papier et rappel a l’ordre pour cet impénitent notoire, arriviste faux cul et j’en passe.
    le summum de ce que l’on ne veut plus voir en politique.( plus décrié que sarko faut le faire !)

  2. allons,allons,
    des Besson ,en politique,ils sont légions,,,hélas pour la société
    nous somme au siècle de la décadence,,,
    sur le plan moral,de la parole donner,de la fidélité,seul la réussite compte,et on emploie tout les moyens pour y arriver
    puis l »argent,la ? c »est pire,,,beaucoup tuerais père et mère pour se remplir les poches,lorsque je vois certains se pavaner avec des titres,des décorations,cela me fait doucement marrer,
    le sarkozy,est t »il mieux que le Besson,bien sur que non,
    les traites de gauche sont t »il mieux que les godillots de droite,
    bien sur que non
    les gens de paroles,ceux qui ose dire tout haut,se que pense beaucoup de gens tout bas,,ne sont plus nombreux,,
    nous somme en voie de disparitions,mais nous, on peut se regarder dans la glace,,se n »est malheureusement plus le cas dans notre société
    vivement 2012,,,mais lorsque je voie le spectacle de la gauche ou beaucoup essais de se placer pour l »avenir,,le cas Besson a fait des émules,,,,
    la politique va finir pars dégoûter les gens,,,,et je ne voie personne en qui avoir confiance,,

  3. Cet article est excellent. Il tape exactement là où il faut. Desgouilles serait-il le Mozart des chroniqueurs ?
    Pas une note manquante ou une note en trop

  4. Comment c’est ti qu’y disait voltaire ? « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayiez le droit de le dire ». Bats-toi mon david.
    Je suis en train de me demander si Voltaire était bien un Français… Finalement, on a dû nous cacher quelque chose…

  5. « Instrumentaliser » et non « instrumentalisé »… Allons, David ! Ne vous laissez pas aller comme le « z » à la place du « r » dans la note n°1 !

  6. @Rouméliote

    Décidément ! Merci, j’ai corrigé. Mais Marianne2 m’a fait aveuglement confiance et a recopié tel quel.

  7. Il faut arrêter Monsieur David Desgouilles ! vous vous faites beaucoup de mal,
    pour ma part j’ai mis le bouton sur OFF, sur lui et beaucoup, beaucoup d’autres,
    convertis, pas convertis, ou pure souche, par exemple, ne faites jamais un article sur ce que pense «celui qui fait silence pour faire croire qu’il pense» d’WikiLeaks, parce que si ce n’était pas sur Causeur ou Marianne2 (entre quelques autres) j’aurais encore raté la pensée de très «grands» hommes.
    Pour internet, il voudraient le modeler à leur image (c’est pas un compliment), wikileaks j’en avais rien à «cirer» et puis j’ai pensé en faire une image «pour la postérité» mais la postérité et moi …

  8. Merci pour ce billet d’humeur qui est très amusant. Mais citer l’opinion de Kroz me semble une contradiction. Kroz ne traite pas de Wikileaks mais du poujadisme participatif. Faut-il entendre que cette maladie honteuse a atteint selon vous les rédactions des journaux les plus prestigieux de la planète occidentale ?

  9. @ Monsieur Desgouilles,

    Le machisme s’exprime beaucoup par de la muflerie… le niveau de muflerie dépends du niveau d’éducation du macho. Il y a des macho distingués, « qui ont fait des grandes écoles », et des macho grossiers.

  10. @Abd Salam

    Et Eric Besson n’a pas fait de grandes écoles ? Vous voyez bien qu’on peut dissocier machisme et muflerie.
    Ce que je peux vous dire, c’est que certaines femmes peuvent apprécier certains machos et même qu’elles les recherchent. Mais que peu d’entre elles acceptent la muflerie.

  11. « Votre passage au ministère du numérique ne sera pas un chemin pavé de roses, soyez en certain. »

    Y a une assoc ? un club ? un truc, un machin où c’est qu’on peut s’inscrire pour faire chier cette ordure de Besson ?

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