François-Xavier Bellamy, l’homme qui vous parle grec et latin et que vous trouvez « formidable »

Laurent Wauquiez a peut-être enfanté son plus grand rival


C’est l’homme que tout le monde attend. Au moins au meeting des Républicains de Besançon. François-Xavier Bellamy séduit les militants LR comme personne n’avait su le faire depuis Nicolas Sarkozy. En le désignant tête de liste aux européennes, Laurent Wauquiez a peut-être enfanté son plus grand rival. 


Besançon, 11 mai 2019, 15h20.

Le secrétaire départemental des Républicains (LR) est en train d’organiser les troupes pour la grande réunion publique prévue pour les européennes. Ils sont tous là, en train d’écouter poliment les consignes : « Personne ne doit quitter son poste ! » Derrière eux, ils ne voient pas un jeune homme arriver, vêtu d’un blouson sport. Un peu moins de trois heures avant le début du grand meeting bisontin, François-Xavier Bellamy débarque. Discrètement. Quasiment en catimini.

Besançon, 11 mai, 20h00.

Ils étaient entre 800 et 900 personnes agglutinées dans le Palais des Congrès de Besançon. Beaucoup rejoignent les cars qui les ont amenés jusque-là d’un point ou d’un autre de la Franche-Comté. La logistique, à LR, on sait encore faire. LREM, qui s’est pris quelques bides en province, a, sur ce plan, encore beaucoup à apprendre de son vieux concurrent.

Beaucoup de cheveux gris. Nous sommes dans un meeting politique. Celui des Républicains, qui plus est. « Le club des retraités de Nice », grince régulièrement Eric Zemmour dans son émission sur Paris Première. Il n’a pas tort sur les « retraités ». Mais il y en a aussi pas mal en Franche-Comté. Après tout, le troisième âge est toujours celui qui est le plus assidu aux urnes. Le 26 mai, dans un scrutin où l’abstention est toujours à un haut niveau, le poids des cheveux gris comptera. Macron le sait. Wauquiez aussi.

Ils sont séduits. Ils le trouvent « formidable ». Pas Laurent Wauquiez. Non, c’est le jeune homme qui les a scotchés. Enthousiasmés. Transportés. D’ailleurs, au moment où François-Xavier Bellamy a quitté la scène et que le président de LR lui a succédé, j’ai glissé à ma voisine : « Parler derrière lui, bon courage ! »

Bellamy fait même rester les juppéistes

Je reviendrai sur le discours de la tête de liste. Mais attardons-nous un instant sur ceux des autres intervenants.

Christine Bouquin, la présidente du Conseil départemental. Enthousiaste, comme elle en a l’habitude, avec son accent comtois digne de la Madeleine Proust, figure comique locale qui a même connu des gloires parisiennes il y a une trentaine d’années. Pourtant, dans certains cercles doubiens, on la décrivait plutôt « Macron-compatible ». Comme quoi, l’objet non identifié Bellamy et la « remontada » sondagière ne sont pas sans conséquences. Il suffit d’ailleurs d’observer les soudaines conversions de certains édiles, du côté de Reims, Toulouse ou Nice.

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Jacques Grosperrin, sénateur, ancien candidat défait à la mairie de Besançon et qui, dit-on, croit son heure venue, dur comme fer. Fait-il preuve d’un humour particulièrement vachard, lorsqu’il souhaite la bienvenue à l’auteur de Demeure, dans la ville de Fourier, « l’inventeur des phalanstères » ? Ou croit-il seulement bien faire ?

Arnaud Danjean, député à Strasbourg depuis dix ans, troisième sur la liste LR, cible habituelle de Jordan Bardella et Nicolas Dupont-Aignan, adversaires souvent de mauvaise foi, parfois moins. Il est le plus offensif, ce samedi soir. Il vient du camp Juppé, celui qui a quasiment entièrement basculé dans la Macronie. Danjean en est le rescapé, le dernier des Mohicans. C’est donc lui qui se montre le plus sévère envers ses anciens amis, qui évoque la trahison de certains d’entre eux, désigne l’ennemi, la liste Loiseau (juppéiste pur sucre), une liste désormais « écolo-socialiste ». Il ne peut pas comprendre comment les électeurs de droite et du centre peuvent se laisser convaincre d’apporter leur suffrage à un tel attelage. Les deux Pascal écologistes de la liste Loiseau, Canfin et Durand, sont désignés comme les épouvantails. Danjean ne fait pas dans la dentelle. Il sait que les marges de progression de LR, après avoir siphonné quelques points à Debout la France, se situent aujourd’hui du côté de l’électorat modéré qui apprécie Philippe, Darmanin et Le Maire, mais se méfie de ceux qui ont participé au quinquennat Hollande.

Laurent Wauquiez passe après

Annie Genevard, secrétaire général de LR et député du Haut-Doubs, lui succède. Elle dit son bonheur d’être la plus ancienne parmi les orateurs à connaître Bellamy, pour avoir travaillé avec lui sur les sujets éducatifs, lorsqu’elle en avait la charge du temps de Nicolas Sarkozy. Elle fustige Emmanuel Macron qui parle aujourd’hui de « l’art d’être français » alors qu’il avait expliqué pendant la campagne présidentielle qu’il « n’y avait pas de culture française ». Elle engage les militants et sympathisants à se mobiliser : « Un point dans les sondages, c’est seulement 200 000 voix, ce n’est rien ! » Dans ces conditions, en effet, faire basculer 600 000 électeurs de droite déçus de la campagne de Nathalie Loiseau, c’est prendre la deuxième place, c’est humilier le président de la République. Mais ce sont des élections européennes. Dans trois ans, à la présidentielle, le « point » sera beaucoup, beaucoup plus cher.

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Laurent Wauquiez clôt le meeting. Il est plutôt à l’aise ici. Son épouse est originaire du Jura et il paraît que les femmes de Franche-Comté ont du caractère. Voilà au moins un point sur lequel nous ne serons pas en désaccord. Mais le voir succéder à Bellamy à la tribune, c’est comme passer d’un bon Saint-Emilion à un gros rouge qui tache. Même si le Saint-Emilion en question, c’est quand même Wauquiez qui l’a déposé dans son caddie, sous les lazzis de ceux qui reviennent aujourd’hui, par meilleur temps sondagier. « Redonnez-nous l’Europe que nous aimions », lance le chef du parti. « C’était quand ? », s’interroge le chroniqueur souverainiste sur son calepin. Le président de LR se satisfait des retours de Moudenc, Estrosi, Robinet. Mais ce n’est pas la garantie de progrès futurs dans la campagne. Le départ de Raffarin, après tout, a coïncidé avec le retour en forme de la liste dans les études d’opinion. Et si le retour des enfants prodigues produisait des conséquences inverses, gonflant Bardella, Dupont-Aignan et Philippot ? Laurent Wauquiez conquiert la salle quand il glorifie la « préférence européenne ». Avec les traités actuels ? Il termine son discours par une envolée lyrique dont il est peu coutumier, et fait enfin lever la salle. Les Comtois adorent qu’on rappelle leur devise : « Comtois, rends-toi, nenni ma foi ! » Wauquiez le sait et la répète dans une anaphore que François Hollande n’aurait pas reniée.

« Réapprendre qui nous sommes »

François-Xavier Bellamy. Nous avions promis d’y revenir à la fin. Car c’est lui que les sympathisants sont venus voir. C’est lui qui les séduit. Voire un peu plus que ça. L’agrégé de philo n’a pas de notes. Pourtant, son propos est maîtrisé, fluide comme s’il lisait un texte soigneusement écrit. Dans le paysage politique actuel, on ne voit guère que Mélenchon capable d’un tel prodige. Bellamy s’adresse à un public adulte. Il ne fait pas partie des énarques-communicants à qui on a expliqué que « les gens, il faut leur parler avec des mots simples ». Bien souvent, cela aboutit à « Moi, grand chef qui a fait la grande école, parle à toi, gueux de province qui ne comprend pas tout ». Vous pensez à Jean-François Copé ? Moi aussi ! Mais il y en a d’autres. Bellamy, c’est tout le contraire. Il cite Fukuyama et L’archipel français de Jérôme Fourquet. Parfois, du latin ou du grec s’invitent même dans le discours. Pédagogue, et jamais chiant. Après des années de purges, qu’il doit être agréable aux oreilles militantes LR de retrouver un orateur d’une telle valeur. Pas étonnant que le public le trouve « formidable ».

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Dans une métaphore arboricole, Bellamy glorifie les « racines » sans lesquelles la sève est inutile, taclant au passage le Macron des Bernardins, qui négligeait les premières, se contentant de la seconde. Ces racines gréco-latines, ces racines chrétiennes, dont l’Union européenne, dit-il, a eu tellement tort de ne pas les inscrire dans ses textes fondateurs. « Réapprendre qui nous sommes », tel est le mantra de Bellamy, pour lequel on ne sait pas vraiment où l’on va si l’on ne sait pas d’où on vient. Bellamy, en matière politico-philosophique, est, littéralement, l’anti-Macron. Il n’aimera pas cette dernière remarque, lui qui dénonce notre vie politique, qui n’est plus qu’un concours à éliminer l’autre, une succession de « votes négatifs ».

« Utinam » François-Xavier Bellamy

« Utinam ». Bellamy conclut son propos autour de cette injonction. C’est la devise de Besançon. « Utinam », c’est « si seulement », ou plutôt « plaise à Dieu », mais on lui reprocherait sans doute d’amener Dieu dans le débat politique. Nous pourrions lui retourner cet « utinam ». Quand vous serez un parlementaire parmi d’autres dans le groupe PPE à Strasbourg, François-Xavier Bellamy, « utinam » vous saurez résister contre la puissance du contingent allemand, emmené par Manfred Weber. « Utinam » vous saurez alors imposer vos vues sur la « mondialisation débridée » contre laquelle il faut lutter, tel que vous l’avez expliqué avec brio, ce samedi à Besançon. « Utinam » vous parviendrez à empêcher que la CDU-CSU préfère négocier avec le SPD ultra-majoritaire dans le groupe PSE, plutôt que vous écouter, vous le député-philosophe français. « Utinam » vous veillerez ainsi que les seuls intérêts de l’industrie allemande ne guident pas les décisions de ce parlement. Alors, « utinam », l’Europe ne sera plus naïve dans les négociations commerciales, comme vous le déplorez. Alors, « utinam », les marchés publics européens ne seront ouverts que dans la même proportion que ceux des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine. Alors, « utinam », François-Xavier Bellamy reviendra à Besançon nous dire qu’il avait juste omis que cette « naïveté » ne concernait pas que l’Europe face aux Américains, Russes et Chinois, mais aussi celle de la France par rapport à son partenaire allemand. « Utinam », François-Xavier Bellamy comprendra à Strasbourg, et plus encore à Bruxelles, que le couple franco-allemand n’existe que dans les têtes françaises et que, de l’autre côté du Rhin, le concept au mieux indiffère et, au pire fait hurler de rire.

François-Xavier Bellamy à Besançon, 11 mai 2019. ©JC Tardivon/SIPA / 00907354_000018François-Xavier Bellamy à Besançon, 11 mai 2019. ©JC Tardivon/SIPA / 00907354_000018La politique a gagné François-Xavier Bellamy. Mais il est bien possible qu’il se sente parfois impuissant et inutile au Parlement européen, face aux « gnomes de Bruxelles », comme les nommait Philippe Séguin. « Utinam », il ne douchera pas alors ses espoirs et les nôtres. Et il aura une ambition plus grande. Alors, « utinam », Laurent Wauquiez aura peut-être enfanté son concurrent le plus redoutable.

« L’art d’être Français », c’est d’être Macron

Emmanuel Macron a fait du Emmanuel Macron et invité tous les Français à faire de même


Lors de sa conférence de presse post-grand débat national à l’Elysée, Emmanuel Macron a fait du Emmanuel Macron et invité, à demi-mot, tous les Français à faire de même.


« Un jour, j’aimerais porter l’uniforme. Avec les étoiles. Pensez-y. »

Ainsi parlait Michel Serrault alias Gilbert Brossard dans la scène finale de La gueule de l’autre, ce film-culte des années 70, adoré par tous les passionnés de politique. C’est la phrase à laquelle nous avons immédiatement pensé lorsque nous avons constaté qu’Emmanuel Macron avait souhaité renouer avec la tradition des conférences de presses « assises », comme au bon temps du Général, même si, il faut être honnête, Georges Pompidou avait poursuivi l’exercice et que François Mitterrand l’avait aussi expérimenté une fois.

Macron, l’art d’être politique

Au terme des deux heures trente de conférence de presse, nous ne pouvions que constater que ledit uniforme pourrait bien être trop grand pour l’actuel hôte de l’Elysée. Ce souci louable de rappeler qu’il avait été élu sur le contrat avec les Français de renouer avec un exercice gaullo-mitterrandien de la présidence s’est fracassé sur le réel. Et la dernière question posée qui évoquait l’affaire Benalla, n’a rien arrangé à l’affaire. Emmanuel Macron n’a parlé que des erreurs de son ex-collaborateur. Ce qui était en cause, ce qui lui est reproché, c’est ce « qu’ils viennent me chercher » de la Maison de l’Amérique latine devant son clan. Depuis, nous l’avons maintes fois répété ici, il n’est plus que le président-manager de l’entreprise-France, le symbole de tout ce qu’une très grande majorité des Français rejette, avec son cortège d’adaptations à la mondialisation. Benalla demeurera pour toujours sa « Léonarda », le tournant du quinquennat, le moment où il a perdu la main et la maîtrise des horloges.

Il faut néanmoins retenir qu’Emmanuel Macron en semble bien conscient puisqu’il tente d’envoyer des signes. A ce titre, cette nouvelle formule, qu’il a répétée plusieurs fois sur « l’art d’être Français », mêlant harmonieusement l’enracinement et la quête de l’universel, avait quelque chose de séduisant.

Mais comment ne pas y voir seulement une tactique à court-terme pour les élections européennes, alors que sa catastrophique tête de liste Nathalie Loiseau semble marquer le pas et que le candidat de la droite classique François-Xavier Bellamy poursuit sa dynamique. Eviter un effet de vases communicants vers la liste LR n’est-il pas le principal souci qui agite les têtes pensantes de la Macronie ? Ne nous montrons-nous pas trop soupçonneux et ne nous laissons-nous pas gagner par le procès d’intention ?

Le retour du prestidigitateur

Pour y répondre, examinons le propos du président de la République, hier soir, en commençant par ce qui va dans le sens de notre soupçon.

La réforme de l’ENA caresse certes le sentiment anti-élites qui mouvait les gilets jaunes originels, mais elle s’avère en fait une proposition démagogique et cache surtout une attaque en règle contre le concours républicain de la fonction publique. Hier soir, Emmanuel Macron a mis en cause l’emploi à vie des haut-fonctionnaires ayant réussi un concours. Il réfléchit à d’autres modes de recrutement. « Spoil system » à l’américaine et discrimination positive, musée des horreurs pour n’importe quel républicain enraciné et universel, le président-manager semble bien avoir fait son choix et il n’est pas réjouissant.

Autre mesure démagogique, la réduction du nombre de parlementaires permet au président de la République de faire croire aux gilets jaunes qu’ils ont remporté une victoire, alors que la France périphérique et rurale en sera la première victime. Combinée à l’instillation d’une dose de proportionnelle, le poids des métropoles et des états-majors parisiens en sera accru. La France profonde, celle que le président disait vouloir rassurer après son « Grand débat », payera les pots cassés.

Et puis il y a les justifications présidentielles, à propos des malheureuses formules qu’il a employées, sur l’arrogance qui lui est reprochée. Là aussi, non seulement, il renvoie la responsabilité sur les journalistes et les réseaux sociaux qui ont déformé et décontextualisé sa prose, mais lorsqu’il exprime un mea culpa, c’est pour s’emmêler longuement dans des cordes d’alpinisme et nous faire comprendre in fine et bien malgré lui que nous ne sommes pas assez finauds pour ne pas être accessibles à sa pédagogie.

Promesses ténues

Dans la colonne de ce qui nous conduit à atténuer notre soupçon, on notera tout d’abord sa charge inattendue contre l’islamisme politique et les tentations sécessionnistes à l’œuvre dans de nombreux quartiers. Alors qu’Aurélien Taché avait semé le trouble sur ces sujets dans la majorité et que Marlène Schiappa s’y était fermement opposée, on attendait l’arbitrage présidentiel. Emmanuel Macron semble avoir pris le parti de la seconde, même si, là encore, les élections européennes n’y sont sans doute pas étrangères. Il faudra observer sur le long-terme pour juger si la volonté « intraitable » qu’il a exprimée sera bien suivie d’effets. Même chose pour son timide éloge de la frontière.

La question posée par la correspondante d’un quotidien allemand a été très intéressante. Emmanuel Macron semble avoir pris acte que le couple franco-allemand ne traverse pas une période idyllique en assumant ouvertement sa propre responsabilité à cet égard. Il a sans doute peu apprécié les réponses venues d’Outre-Rhin à ses propositions européennes. Reste à en tirer toutes les conséquences. Là aussi, il faudra observer en d’autres rendez-vous s’il est décidé à jouer, comme les Allemands, la carte des intérêts nationaux stricto sensu, se débarrassant de cette chimère appelée « souveraineté européenne ».

Il est finalement assez douteux que cet exercice ait permis à Emmanuel Macron de changer la perception qu’une grande majorité des Français à son égard. Les études d’opinion publiées dès hier soir par Le Figaro confirmaient ce doute, puisque les sondés répondaient à la fois qu’ils n’avaient pas été convaincus par sa prestation tout en approuvant une majorité des mesures qu’il proposait. C’est bien lui, son style de présidence et ses deux premières années qui motivent ce jugement de l’opinion. Le scrutin du 26 mai donnera des informations encore plus fiables sur le rapport des Français au chef de l’Etat. Il n’est pas certain qu’à l’instar de Gilbert Brossard, il puisse enfiler le fameux uniforme.

Nathalie Loiseau et l’extrême droite: croix de bois, croix de fer, si je mens…

Celle qui pourfend l’extrême droite a appartenu à une liste d’extrême droite…


La tête de liste LREM-Modem pour les élections européennes Nathalie Loiseau a, selon Minute puis Mediapart, appartenu à une liste d’extrême droite lorsqu’elle était étudiante à Sciences-Po. L’intéressée a d’abord nié les faits avant de plaider l’oubli…


Bien sûr, on pourrait maudire cette époque où l’on fouille votre passé jusqu’à trente-cinq ans en arrière. Bien sûr, on pourrait rétorquer que le passé d’extrême gauche du patron de Mediapart vaut bien la participation à une liste liée au GUD à des élections étudiantes. Bien sûr, on pourrait rappeler que le scoop du site d’Edwy Plenel n’en est pas vraiment un : c’est Minute qui avait levé le lièvre il y a quelques semaines déjà. On pourrait ainsi en conclure qu’il y a bien d’autres motifs pour critiquer Nathalie Loiseau.

Mais ce serait faire preuve de beaucoup de naïveté. La tête de liste de La République en Marche (LREM) et du Modem pour les élections européennes ne s’est pas gênée elle-même pour se servir – avec beaucoup de mauvaise foi – de vieilles déclarations de son homologue LR François-Xavier Bellamy sur l’IVG. Elle a expliqué, le cœur sur la main, que le fil conducteur de toute sa vie politique, c’était la lutte contre l’hydre populiste, fasciste même. Elle avait même été choisie pour ça. Toute la stratégie de LREM, c’était : « Nous les progressistes contre le danger de l’extrême droite », le camp du Bien contre celui du Mal. Nathalie Loiseau avait même mis en scène sa candidature en plein débat face à Marine Le Pen, avec le même naturel que son mentor Alain Juppé avouant à la tribune qu’il « avait la pêche, la super-pêche ».

J’ai la mémoire qui flanche…

Et voilà qu’on apprend qu’en 1984, en pleine émergence du FN dans le paysage politique français, Nathalie Loiseau a fait partie d’une liste estampillée UED (Union des droites de Sciences-Po – liée au fameux GUD) pour des élections étudiantes, rue Saint-Guillaume. Contactée par Mediapart, elle a d’abord nié catégoriquement, accusant les journalistes de faire dans la « fake news », avant de plaider le trou de mémoire puis de reconnaître qu’elle avait bien participé à cette liste. Et c’est là qu’on commence à se fendre la poire.

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Nathalie Loiseau était bien étudiante en sciences politiques dans la plus grande école française desdites sciences. Elle y était même déjà diplômée et y préparait le concours d’entrée à l’ENA. Si encore elle avait été en première année de biologie ou de sports, on aurait pu croire et même être touché par cette tendre naïveté. Mais ne pas connaître le paysage politique étudiant quand on vient tout juste d’être diplômée de Sciences-Po, il y a plus crédible…

Nathalie Loiseau à bonne école

Si on peut se permettre des conseils en communication à Nathalie Loiseau, elle aurait pu trouver meilleure défense. Elle aurait pu dire par exemple, comme l’ont fait beaucoup d’autres avant elle, qu’à cet âge, elle était révoltée contre son milieu, contre sa famille, que c’était sa période punk. Qui sait si cela n’aurait pas cassé son image de technocrate froide ? Elle aurait pu dire que c’était par amour pour un étudiant un peu « bad boy » avec gros biscottos et coupe de cheveux bien dégagée sur les côtés. Il aurait fallu être sans cœur pour le lui reprocher. Elle aurait même pu arguer qu’à l’époque, son mentor Alain Juppé travaillait bien avec le fameux Club de l’Horloge de Jean-Yves Le Gallou et Henry de Lesquen, ce que la presse française, ébahie hier soir, ne nous avait pas rappelé pendant la campagne de la primaire de droite. Bref, on se serait rappelé que chaque personne a son propre parcours et qu’on a après tout bien le droit de changer. Mais non, Madame Loiseau préfère passer pour nunuche. Ou penser que nous sommes nous-mêmes bêtas au point de la croire, ce qui est plus désolant encore.

Comme un boomerang…

Cet épisode distrayant n’en est donc pas moins révélateur. Mettre en scène une campagne « progressistes versus fachos de service », comme on le souhaite à l’Elysée, n’est pas seulement catastrophique pour la vie démocratique du pays, elle est aussi très périlleuse pour ceux qui s’y adonnent. Tel un joueur de boomerang amateur, Emmanuel Macron et sa candidate idéale viennent de prendre l’objet en pleine figure. Et il ne faudrait pas en rire ?

Européennes: un débat pour (presque) rien

La campagne débute trop tôt pour concerner les Français et livrer des enseignements


S’il a permis de révéler l’état de forme des douze têtes de listes et mis en lumière les contradictions internes de certains partis, le premier débat de la campagne des européennes est arrivé trop tôt pour livrer de véritables enseignements.


France 2 et France Inter organisaient hier soir le premier débat télévisé et radiophonique de la campagne des élections européennes. Même si, c’est probable, une bonne partie des futurs électeurs ne sont pas encore réellement dans la campagne – les taux d’audience devraient en témoigner ce matin -, cette confrontation entre douze têtes de listes devait nous donner un aperçu de la capacité des unes et des autres à peser dans le scrutin.

Loiseau et Bellamy, unis par la diversité… 

Sur le fond d’abord, deux personnalités ont été mises en difficulté.

Nathalie Loiseau d’abord, l’a été à propos de l’appartenance des futurs parlementaires de sa liste LREM au Parlement européen. Elle a eu beau nier toute volonté d’intégrer le groupe libéral ALDE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), ses contradicteurs lui ont rappelé les déclarations de son président Guy Verhofstadt et l’appartenance à ce groupe déjà acquise d’un parlementaire actuel, M. Arthuis, adhérent de LREM. Ils auraient pu lui rappeler aussi la présence et le discours d’une représentante du parti macroniste au congrès de cette même ALDE. La question de cette appartenance lui sera encore sans doute posée pendant la campagne et risque de devenir comme le sparadrap du capitaine Haddock.

La seconde personnalité mise en difficulté sur le fond fut François-Xavier Bellamy (LR) lorsque l’élargissement de l’Union européenne (UE) à la Serbie fut l’objet d’une question des animateurs. Après s’être opposé à cette dernière, il lui fut demandé par Nicolas Dupont-Aignan (DLF) de se positionner par rapport aux positions de deux de ses colistiers, Arnaud Danjean et Brice Hortefeux, lesquels s’étaient prononcés pour l’adhésion de la Serbie à l’UE, par des votes officiels à Strasbourg. La tête de liste payait là non sa position personnelle mais celle du parti qu’il a reçu la mission de représenter.

Entre le noniste Bellamy et certains colistiers, avec lesquels il dit pourtant bien s’entendre sur le terrain, il y a des différences de fond qu’une campagne européenne de plus en plus active mettra en lumière et qui pourraient freiner le bel élan entrevu jusqu’ici.

Le représentant de l’UDI, M. Lagarde, aurait pu, a contrario, donner une image de cohérence au service d’un européisme assumé s’il n’avait pas critiqué en fin d’émission la directive « travailleurs détachés » tel un souverainiste couteau entre les dents, directive qui demeure un des symboles les plus frappants de l’UE du XXIe siècle. Finalement, à ce jeu-là, ce sont Messieurs Asselineau et Philippot qui s’en sont le mieux sortis. Ils ont eu le mérite de la cohérence parfaite, assumant de vouloir quitter un ensemble qu’ils critiquaient de toutes leurs forces.

La rentrée les classe

Sur la forme, Nathalie Loiseau a paru – comme face à Marine Le Pen – réciter sa leçon. Les petits nouveaux Manon Aubry (FI), François-Xavier Bellamy (LR) et Raphaël Glucksmann (PS), ont paru en demi-teinte. Benoît Hamon et Nicolas Dupont-Aignan ont fait du Hamon et du Dupont-Aignan, avec un air de déjà vu dont on saura dans les prochaines semaines s’il lassera ou pas les sondés. Deux autres nouveaux ont, c’est une surprise, plutôt bien réussi leur examen de passage: le communiste Ian Brossat et la tête de liste RN Jordan Bardella, même si le second a pu agacer en début d’émission en tentant un mano a mano avec Nathalie Loiseau. Mais c’est finalement François Asselineau qui a semblé le plus en verve. Le candidat de l’UPR a tiré les leçons de la présidentielle de 2017 et compris que le principe d’un débat ne consistait pas à réciter des articles de traités. Hier soir, il fut pugnace, parfois drôle, jouant à la fois sur la raison et l’émotion et apparaissant finalement plus adroit que son concurrent « frexitien » Florian Philippot, pourtant davantage expérimenté à la télévision.

Il sera intéressant d’examiner si ce premier débat aura des implications sur la courbe des sondages et notamment l’excellent outil de l’IFOP, le « rolling » qui enregistre les dynamiques et qui avait fait ses preuves en 2014 et 2017. Il faudra aussi attendre le prochain débat à un moment où la campagne sera davantage dans la tête, à défaut d’être dans le cœur, des futurs électeurs. Celui-là sera à coup sûr bien plus décisif que celui d’hier soir.

Macron à la une de Paris Match: faites le méchant, Monsieur le président!

Le poids des maux, le choc de la photo


Au-delà du choc de la photo, la posture du président à la Une de Paris Match reflète le décalage du camp Macron par rapport à la réalité. Les incantations des députés de la majorité face au Sénat – qui a osé toucher à Benalla – en sont le dernier exemple en date. La provocation maladroite semble être le dernier rempart du nouveau monde: Emmanuel Macron surjoue sa présidence.


– Faites le méchant, monsieur le président.

– Comme ça ?

– Euh… Oui, comme ça.

Revenez me chercher

Ce dialogue que j’imaginais dans un tweet, découvrant la dernière une de Paris Match, pourrait passer pour une blague de potache. Il était en réalité beaucoup plus sérieux qu’il en avait l’air. Mais plutôt que de se mettre en colère, mieux vaut mettre les rieurs de son côté. Prendre le parti de la légèreté. Et si la situation du pays ne méritait pas qu’on se mette en colère devant ce président sans cesse en représentation ? On nous a tant répété que le théâtre avait compté dans sa vie, au point d’épouser celle qui lui en avait appris les rudiments au lycée. La couverture de Match est ridicule. Le président n’est pas content. Il est fâché. Match n’a pas ajouté l’émoticône « Grrr » de Facebook mais l’intention y était.

Et puis cette main, avec le doigt recourbé qui semble encore nous dire – comme un acte manqué – « venez me chercher », comme une nouvelle provocation, huit mois après. Cette main qui nous rappelle le péché originel. Qui nous rappelle le jour où il avait tué Jupiter. Révélant qu’il n’était en fait qu’un homme de clan. J’avais alors expliqué dans ces colonnes qu’Emmanuel Macron ne parviendrait jamais à faire oublier cette phrase. Elle a été un mot d’ordre des gilets jaunes dès le 17 novembre : « Nous venons te chercher » entendait-on dans les rues.

La mauvaise main de dieu

La main, on nous expliquait que le président l’avait reprise. Avec son « grand débat ». Parce que le mouvement gilets jaunes tournait au vinaigre, aussi. Peu à peu, le président et LREM se mettaient dans la peau du Parti de l’Ordre qui finit toujours par l’emporter en France, après les poussées révolutionnaires ou pré-révolutionnaires. Certains observateurs commençaient même à y croire. La posture ridicule de l’acteur Macron à la une de Paris Match devrait en toute logique doucher leur optimisme.

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Et s’il n’y avait que ça… Les avez-vous entendus, les petits soldats du mauvais comédien, lorsque le Sénat a pris la décision de renvoyer le sieur Benalla, son comparse Crase et trois collaborateurs de l’Elysée aux bons soins du procureur ? Avez-vous entendu M. Griveaux fustiger le tribunal politique ? Avez-vous entendu Mme Bergé reprendre cette antienne toutes les trois minutes – « Le Sénat fait de la politique. Le Sénat fait de la politique. Le Sénat fait de la politique » ? Oui, Madame. Le Sénat fait de la politique. Il se mêle de ce qui le regarde et ce pourquoi la Constitution l’entretient. Avez-vous lu ce député LREM, Sacha Houlié, tweeter de rage qu’il fallait « traiter le problème du Sénat » ? Au napalm ?

Avez-vous lu Le Monde, ce week-end, et constaté qu’à la présidence de la République, on ne se cachait même plus pour dire devant des journalistes que la question de la disparition du Sénat devait être envisagée désormais ?

Les mauvaises fréquentations du président Macron

On n’a pas forcément eu tort de dénoncer les excès voire les outrances d’un Maxime Nicolle, l’un des porte-parole du mouvement des gilets jaunes. Mais Benjamin Griveaux, Aurore Bergé ou Sacha Houlié ne sont-ils pas à son diapason outrancier ? Emmanuel Macron qui joue le méchant à la une de Paris Match ne tombe-t-il pas dans le même ridicule ? Et n’est-ce pas dix fois, cent fois, mille fois plus grave ?

Cet automne, Gérard Collomb, l’homme qui avait cru en Emmanuel Macron, a annoncé son dépit à la France entière. Le maire de Lyon croyait-il provoquer une prise de conscience de la part de son ancien protégé ? Si c’est le cas, c’est raté. Pour incarner le Parti de l’Ordre, Christophe Castaner a été installé Place Beauvau. Défense de rire. Quelques mois plus tard, on a peine à croire que cette grande maison a été occupée par Clémenceau, Frey, Pasqua, Chevènement et même Valls ou Vaillant. Au retour de La Mongie, il y a une semaine, le président aurait paraît-il pesté sur le mode : « Que je suis mal entouré, il faut que je fasse tout ». Mais oui, Monsieur le président, vous êtes mal entouré. Il paraît même que le Sénat a rédigé un rapport complet sur le sujet. Après le quinquennat Hollande, on se disait que peut-être, on allait en finir avec l’amateurisme. Naïveté. Le président est si mal entouré qu’il n’en finit plus de chercher sa tête de liste aux élections européennes. On exagère : il se dit que la décision serait prise ; ce serait Madame Loiseau, qui n’a pourtant pas fait des étincelles face à Marine Le Pen (confier l’entretien d’embauche de sa tête de liste à la présidente du RN, quelle idée avant-gardiste !) et qui nous a montré toute l’étendue de ses qualités de comédienne. Elle a dû prendre des leçons auprès du couple présidentiel. Décidément !

L’Europe, l’Europe…

Les élections européennes arrivent, Monsieur le président, et vous devriez vous méfier. Ce scrutin ne permet presque jamais à ses vainqueurs de pousser un avantage durable, mais ceux qui subissent un gros revers ont toujours beaucoup de mal à s’en relever. Si Michel Rocard était encore de ce monde, il serait plus prolixe que moi pour vous en parler. Il est bien possible que François-Xavier Bellamy apparaisse au final comme plus crédible que Madame Loiseau comme représentant de ce fameux Parti de l’Ordre, et que l’électorat de centre-droit que vous cherchez tant à séduire depuis des mois, ne finisse par revenir là où il était avant que vous n’arriviez à l’Elysée. Choper Raffarin, cela impressionne quelques éditorialistes. Beaucoup moins les électeurs.

Que fera le président si la liste de Madame Loiseau se crashe au point de finir en troisième position derrière Bellamy et Bardella ? Il ne lui restera plus qu’à nommer Bayrou Premier ministre. Et jouer au roi fainéant quand le maître du palais sera à Matignon. L’ancien monde sera un peu de retour. Pas sûr que nous y perdions tant que ça.

Sophie Montel, portrait d’un Front national qui ne veut pas gouverner

L’ancienne conseillère du parti règle ses comptes avec elle-même


Dans Bal tragique au Front national, il n’y a qu’un mort: la confiance de Sophie Montel dans un parti auquel elle aura consacré trente ans de sa vie. L’ex-conseillère régionale du FN ne règle ses comptes qu’avec elle-même. Et se fait la fidèle représentante d’une PME familiale qui semble n’avoir jamais vraiment voulu gouverner. 


Nous l’avions annoncé dans ces colonnes il y a un peu plus d’un an. Sophie Montel avait entrepris la rédaction d’un livre sur sa désillusion mariniste et « elle s’amusait terriblement ». Lorsqu’elle s’est fait débarquer de sa présidence de groupe au Conseil régional par Marine Le Pen ou quand elle a divorcé politiquement d’avec Florian Philippot, c’est aussi à nous qu’elle s’était confiée longuement, à la faveur d’une proximité géographique franc-comtoise.

L’ancienne patronne régionale du FN, nous avons donc appris à la connaître ces dernières années. Et il nous était impossible de faire l’impasse sur Bal tragique au Front national en librairie depuis ce mercredi.

Sophie Montel, le « petit soldat » qui aurait dû le rester

Montel nous le dit en introduction : ce livre n’est « pas un règlement de compte mais un solde de tout compte ». Solde de tout compte, pourquoi pas ? Mais on aurait du mal à écarter aussi facilement la première hypothèse. Sophie Montel a un compte à régler. Pas avec Marine Le Pen. Pas avec le FN. Pas avec Florian Philippot. Non, avec elle-même. Avec la jeune Sophie Montel, qui ne voyait rien jusqu’à sa promotion au bureau politique au début des années 2000. « Le petit soldat » qui aurait dû le demeurer, selon Jean-Marie Le Pen lui-même. « Petit soldat », elle se plaisait. Avec les militants, l’odeur de la colle, la sensation d’être la cible du Système. Sophie Montel a aussi un compte à régler avec celle qui découvre l’envers du décor, à Montretout, ses taches de vin sur les tapis, dans les commissions d’investiture où on désigne des candidats qu’on sait incompétents et peu présentables, et où ce qu’on aime par dessus tout, c’est le fric et les prébendes. On y reviendra.

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Sophie Montel a un compte à régler avec celle qui croit que Marine Le Pen va rompre avec cette idée de quitter le confort d’opposant, de diable du Système, pour accéder au pouvoir, au nom d’un idéal qu’elle touche enfin du doigt : le souverainisme. Enfin, Sophie Montel a un compte à régler avec celle qui – rompant avec la patronne du FN – se cale dans les roues de Florian Philippot, ce « Peter Pan » de la politique.

Employée de la PME familiale

C’est avec toutes ces Sophie successives que Montel a un compte à régler. Elle aurait pu nous épargner certains détails, et ne pas prendre le parti de l’écrire un peu comme elle l’aurait restitué à l’oral. Mais c’est un peu la maladie des politiques qui se mettent à l’écriture. Et c’était son choix.

Nous n’avons pas été surpris, en fait. Nous pressentions ce qu’elle nous dit de Marine Le Pen. Cette incapacité à asseoir une autorité naturelle, cette tendance à passer d’un gourou à l’autre, cette propension à  brûler froidement ce qu’elle a adoré, ce malin plaisir à dégoûter ceux qui ont cru en elle. Sophie Montel nous le dit et nous la croyons d’autant plus que nous avons fait nous aussi cette analyse depuis des mois : à l’image de son père, Marine Le Pen n’a pas vraiment l’intention d’accéder à l’Elysée. Ce qui compte, c’est la préservation de la PME familiale.

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Philippe Cohen et Pierre Péan nous l’avaient expliqué dans leur biographie du Menhir : le fric prend une place centrale dans cette saga familiale. Le livre avait fait scandale. L’anti-lepénisme officiel avait sonné la charge contre les auteurs. Philippe Cohen avait été attaqué violemment dans son propre journal. Et Jean-Marie Le Pen leur avait envoyé du papier bleu. Pour être attaqués de concert par Maurice Szafran et le patriarche de Montretout, Cohen et Péan devaient bien avoir trouvé le point sensible. Cette fois, c’est une ex du FN, membre de 1987 à 2017, qui vend la mèche. Ce n’est pas le moindre mérite de Montel de le raconter par le menu.

Le jour où Sophie Montel a eu peur de gagner

En décembre 2015, nous expliquions comment celle qui briguait la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté, et se trouvait être au soir du premier tour à la tête de la liste FN la mieux placée de France pour l’emporter le dimanche suivant, avait en fait refusé l’obstacle, et cette présidence dont elle ne voulait pas vraiment. A la parution de l’article, ses soutiens nous avaient morigéné, jurant leurs grands dieux que jamais « Sophie » n’aurait pu avoir une telle attitude. Elle, n’avait pas bougé un cil. Dans Bal tragique au Front national, elle assume ouvertement avoir procédé ainsi. Ne pas être présidente à la tête d’une majorité régionale peuplée de « bras cassés », quel soulagement !

C’est là que nous pourrions lui reprocher à notre tour d’avoir trahi l’espoir de ses électeurs. Elle nous répondrait que ce n’était pas les trahir que d’acter qu’elle n’était pas en mesure d’être à la hauteur de leurs espérances. Nous rétorquerions alors : pourquoi le reprocher à Jean-Marie et Marine Le Pen ? Et elle arborerait un léger sourire.

M. Macron: entre hijab et serre-tête, il faut choisir

On ne peut pas être « en même temps » d’accord avec Schiappa et avec Taché


L’absence de prise de position d’Emmanuel Macron dans la querelle qui oppose les membres de La République en marche (LREM) au sujet du hijab n’est plus tenable: le président doit choisir entre la ligne du député Aurélien Taché, qui le compare à un serre-tête, et celle de la secrétaire d’Etat, Marlène Schiappa, qui y voit un peu plus que cela.


Tous ceux qui relativisent la force symbolique d’un hijab en le réduisant à de l’étoffe, depuis l’affaire de Creil en 1989, ne peuvent que le constater. LREM avait beau demeurer, le plus souvent, fidèle à sa réputation de parti de godillots au service de son créateur, il ne peut échapper à ce clivage.

Un hijab pour les séparer tous

Il n’est pas indifférent que ce soit Décathlon, cette enseigne dont le vieux slogan « A fond la forme ! » a des allures de cousin de « En Marche ! », qui ait fait voler en éclats cette belle unité. Pendant toute la semaine dernière, la décision de la chaîne de magasins de sport de commercialiser un produit sous l’appellation « hijab de running » a suscité des réactions politiques. Et LREM n’a pas pu y échapper.

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Aurore Bergé, d’un côté, appelait au boycott de Décathlon. Aurélien Taché, de l’autre, dénonçait « l’hystérie ». Cela rappelle « les deux gauches irréconciliables » notait Gilles Clavreul, l’un des animateurs du Printemps républicain. Il n’y avait pas que ces deux parlementaires. François Cormier-Bouligeon, député LREM du Cher, est de ceux qui pressent le président de la République de clarifier son message sur ses sujets, et penchait évidemment du même côté qu’Aurore Bergé. Et Yassine Belattar, membre du Conseil des Villes auprès de l’Elysée, penchait de l’autre côté avec le ton dénué de nuances qu’on lui connaît. Marlène Schiappa, après quarante-huit heures de silence, a finalement dégainé un texte dans le Huffington Post. Elle avait, précisait-elle, voulu « prendre de la hauteur ».

Entre-temps, Décathlon avait décidé de renoncer à la commercialisation en France du « hijab de running » et Marianne avait révélé le pot aux roses : il existait déjà dans la gamme des produits de la marque bleue et blanche un produit permettant de se couvrir la tête pour courir, sous l’appellation « bandeau multi-fonctions », ce qui prouvait que le « hijab de running » constituait bien du marketing identitaire, en forme d’œillade aux franges les plus fondamentalistes de l’Islam. Le blog Al Kanz ne s’y était pas trompé en félicitant publiquement Décathlon, ce qui avait alerté la porte-parole de LR, Lydia Guirous, provoquant le fameux « buzz ».

Serre-tête de lard

Le texte de Marlène Schiappa prenait, avec les formes, le parti de ceux qui regrettaient ce genre de marketing. Mais l’autre camp ne désarmait pas pour autant. On passe sur le grand entretien d’Aurélien Taché à l’Obs – Barbara Lefebvre y consacre un texte dans ces colonnes. Yassine Belattar, quant à lui, lançait l’idée d’une mobilisation le 13 avril prochain pour lutter contre le renoncement de Décathlon et exhibait opportunément une insulte dont il avait été la cible par le directeur du marketing de Nocibé, provoquant la mise à pied de ce dernier et les sourires gênés de ceux qui connaissent le comportement de celui qui se présente toujours comme un humoriste, habitué à proférer lui-même des injures sur les réseaux sociaux. Et on arrive à samedi soir sur le plateau de C l’Hebdo, émission présentée par Ali Baddou. On assistait à un débat entre la journaliste Zineb El Rhazoui, rescapée de Charlie Hebdo toujours menacée de mort, et Aurélien Taché qui pataugeait dans un relativisme consternant lorsque son interlocutrice lui demandait ce qu’il pensait du voilement des fillettes. Le député LREM n’avait « pas à juger » les familles, pas davantage les musulmanes, qui voilaient leurs jeunes filles de 12 ans, que les catholiques, qui les affublaient d’un… serre-tête.

Interrogée le lendemain au Grand Jury RTL, Marlène Schiappa l’exécutait en une phrase : « Aucune femme dans le monde n’a été lapidée parce qu’elle refusait de porter un serre-tête. »

Que pense Macron ?

Evidemment, dans un monde normal, la position de la secrétaire d’Etat pourrait nous indiquer la position du gouvernement et du président de la République. Mais ce serait s’avancer bien imprudemment. D’abord, il est à peu près certain que tous ceux qui, dans la majorité, banalisent le hijab et dénoncent « l’islamophobie et même le racisme » de ceux qui, comme Zineb El Rhazoui ou Elisabeth Badinter, le tiennent pour ce qu’il est – un objet d’asservissement – continueront de se faire entendre. Ensuite, le président de la République, encore vendredi soir, a fait preuve de sa grande ambiguïté sur le sujet. Interrogé à Bordeaux, dans le cadre du « grand débat », par une jeune femme voilée qui lui demandait comment il était possible qu’elle soit discriminée à l’entrée de la fonction publique en raison de son voile, il a eu une réponse qui ne nous a pas rassurés. Il aurait d’abord pu lui répondre qu’elle avait la possibilité de passer un concours, de le réussir, lui faisant remarquer qu’elle n’était pas inséparable de ce vêtement. Il ne l’a pas fait. Il a préféré constater que c’était interdit dans la fonction publique et, pis encore, a tenté de la rassurer en lui disant qu’il fallait veiller en revanche qu’elle ne soit pas discriminée pour les emplois dans le secteur privé. Il rejoignait ainsi ceux qui ont mené la bataille contre Baby Loup.

Emmanuel Macron prenait-il ainsi le parti d’Aurélien Taché contre Aurore Bergé et Marlène Schiappa ? Pas si simple ! Car devant Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel l’an dernier, il avait affirmé que ce vêtement n’était « pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays, c’est-à-dire au rapport qu’il y a entre les hommes et les femmes », évoquant alors une « bataille pour l’émancipation » à mener sur ce sujet. Qui est donc le véritable Emmanuel Macron ? Celui qui s’exprime sur BFM TV ou celui qui parle à Bordeaux ?

Schiappa ou Taché

Il faudra à l’évidence qu’il cesse de cultiver son « en même temps ». On ne peut pas « en même temps » être d’accord avec Marlène Schiappa et avec Aurélien Taché. Pas sur un sujet aussi important. Pas sur un sujet dont la gravité explose dans l’espace public, comme l’a montré l’affaire du « hijab de running » de Décathlon.

Monsieur le président, il est des questions qui exigent qu’on sorte de l’ambiguïté. Vous devez trancher. De manière claire, limpide. Vous devez la vérité aux Français, vous lui devez surtout votre vérité. Sans tergiverser. Et vite !

Monsieur Macron, nous ne sommes pas vos « enfants »!

Le président veut nous expliquer, parce qu’on ne comprend pas bien


« Les vraies réformes, elles vont avec les contraintes, les enfants ! » On croyait Emmanuel Macron guéri de toute envie de « pédagogie », mais non: le petit père du peuple a encore frappé. Le président veut absolument nous expliquer, parce qu’on ne comprend pas bien. 


« Il faut proposer de vraies réformes, mais les vraies réformes, elles vont avec les contraintes, les enfants ! Parce que si derrière on veut ceci, comment on le finance ? C’est pas open bar. Le bar, c’est le nôtre. »

« Les enfants. » Voilà comment s’adressait le président de la République, jeudi dernier, à une assemblée de citoyens réunis pour une séance du fameux « grand débat », à Bourg-de-Péage dans la Drôme, où il s’était invité à la dernière minute. Evidemment, vient de suite l’antienne habituelle : « Imagine-t-on le Général de Gaulle… ? » Et en effet, on a un peu de mal à l’imaginer.

Emmanuel « Hanouna » Macron

Et si nous étions décidément de mauvais coucheurs ? Reprochant tout et son contraire à Emmanuel Macron ? D’être jupitérien et éloigné, puis de venir au contact et entamer un dialogue franc et à bâtons rompus avec les Français ? Pas ici, désolé. Nous ne lui avons jamais reproché de souhaiter restaurer la fonction présidentielle, après l’avoir théorisé pendant sa campagne – ce qui n’a d’ailleurs pas été pour rien dans sa victoire. Nous lui avons justement reproché l’été dernier, son « qu’ils viennent me chercher », en plein cœur de l’affaire Benalla, cette expression qui déboulonnait Jupiter et le transformait en homme de clan. « Qu’ils viennent me chercher ! », c’est la faute originelle. En novembre et décembre, d’ailleurs, les gilets jaunes les plus virulents tentaient de s’approcher de l’Elysée avec le slogan « on vient te chercher ». Ils le tutoyaient déjà. La fonction présidentielle était autant désacralisée qu’au temps du président-joggeur Sarkozy ou de Monsieur petites blagues François Hollande. Pari raté.

« Les enfants », nous appelle-t-il donc. Nous pensions avoir élu un jeune président de quarante ans, et il nous prend pour ses gosses. Regardez bien la vidéo, et observez la salle à laquelle il s’adresse.

La très grande majorité des participants pourrait au contraire avoir l’âge d’être ses parents. Mauvais coucheur, encore, me répondra-t-on. « Les enfants », c’est une expression qu’on emploie tous, en réunion de rédac, à la table familiale ou dans le vestiaire à la mi-temps d’un match, sans que ceux à qui l’on s’adresse soient précisément en âge de faire partie de notre progéniture. « C’est une expression. » Cela me rappelle un vieux sketch de Jean-Marie Bigard. Le comique expliquait à quel point certaines expressions pouvaient être absurdes, surtout dans des contextes particuliers.

Parce que si Emmanuel Macron dit « les enfants », comme un chef de service dans une réunion de boulot, pourquoi pas « mes loulous » (ou plutôt « mes louloutes et mes loulous »), « Chatons », ou « Mes fanzouzes » (Droits réservés – Cyril Hanouna) ?

« Les enfants », l’échec du macronisme

Dans l’utilisation de ce « les enfants », réside l’échec du macronisme. On ne peut pas être « en même temps », celui qui reproche à un adolescent d’être familier en l’appelant « Manu », et se montrer soi-même familier, quand on s’adresse à une assemblée de Français. On ne peut pas être le Général de Gaulle un jour, et Cyril Hanouna le lendemain. On ne peut pas être François Mitterrand et en même temps Thierry Ardisson. Dans cette expression « Les enfants », il y a aussi la posture qui s’est avéré le carburant le plus efficace du mouvement de cet automne. L’idée que nous ne comprenions pas tout. Qu’il fallait nous expliquer. Qu’il fallait nous expliquer longtemps. Qu’il fallait de la pé-da-go-gie. Nous l’avions évoqué dans ces colonnes : cette posture était dévastatrice.

Nous avions cru qu’il s’était amendé le 10 décembre. Il semblait avoir compris. C’était les gilets jaunes qui s’étaient montrés les plus pédagogues. Le 31 décembre, à l’occasion des vœux présidentiels, nous nous rendions compte qu’il n’en était rien. Emmanuel Macron veut toujours nous expliquer. Il va devant les maires, et il leur explique pendant six ou sept heures. Le lendemain, on s’extasie de la « performance ». « Qu’est-ce qu’il a été bon ! », « Qui donc est capable d’un tel show ? » La fusion du commentaire politique et du commentaire sportif est une vieille histoire. Pourtant nous n’avons pas élu Neymar, nous avons élu un président. Nous n’avons pas élu un président pour qu’il soit « performant », mais pour qu’il porte une vision. Nous n’avons pas élu un président pour qu’il « nous explique », mais pour, selon ses propres mots devant le Congrès à Versailles à l’été 2017, « qu’il restaure la souveraineté de la nation », comme le rappelle Stéphane Rozès.

Papa est en haut…

Alors non, Monsieur le président, nous n’attendons pas que vous nous expliquiez ce qu’est un budget. La plupart d’entre nous gérons des budgets familiaux et ceux qui étaient sur les ronds-points vous ont vertement fait savoir que ce n’était pas toujours facile. Nous n’attendons pas que vous soyez notre « papa ». La plupart d’entre nous en a déjà un. Nous ne sommes ni vos « enfants », de substitution ou pas, ni vos loulous, ni vos chatons. Nous n’attendons pas forcément que vous nous « parliez cash ». Nous refusons que vous nous disiez « qu’on ne vous changera pas ». Parce que vous avez aussi des devoirs. La vraie réforme à accomplir, c’est sans doute que le président se réforme lui-même. Et cela va effectivement avec des vraies contraintes. La fonction présidentielle, ce n’est pas open bar. Car le bar, c’est le nôtre.

« Qui est Juliette Binoche pour me dire ne pas manger de viande le lundi? »


Le lundi, ce n’est plus raviolis. Le 2 janvier dernier, un parterre de personnalités dont Juliette Binoche et Yann Arthus-Bertrand, l’ont décrété: elles ne mangeront plus ni viande ni poisson le lundi, et vous encouragent à faire de même. Le député (LR) du Jura, Jean-Marie Sermier, ne s’oppose pas au combat écologiste, mais à cet ordre déguisé venu d’une France d’en-haut étrangère aux difficultés des agriculteurs.


Causeur. Vous êtes au centre d’une polémique sur les réseaux sociaux depuis que vous avez tweeté, lundi dernier, une entrecôte-frites accompagnée de son verre de vin, afin de soutenir les agriculteurs contre « l’appel des 500 pour un lundi vert », pétition de personnalités qui appellent à ne plus manger ni viande ni poisson le lundi, dans le cadre de leur combat écologiste. Vous les avez qualifiées, au passage, de « pseudo-stars et bobos ». Vous cherchiez vraiment la provocation, n’est-ce pas ?

Jean-Marie Sermier. C’est symbolique, en tous cas ! J’ai annoncé lors de ma cérémonie de vœux que je prenais en 2019 la résolution de manger une bonne viande chaque lundi. C’est ma liberté. Je n’oblige personne à faire comme moi. A l’inverse, je n’entends pas qu’Isabelle Adjani, Yann Arthus-Bertrand ou Juliette Binoche me dicte ce que j’ai à faire ou à manger. Il y a une forme de dictature de la pensée dans cet « appel des 500 ». C’est ce qui m’agace. Comme disait le président Pompidou, cessons d’emmerder les Français ! Qui sont ces 500 pseudo-stars pour donner des leçons de morale ? Sont-elles irréprochables ? Après tout, leurs piscines privées gaspillent de l’eau ; leurs voyages en avion produisent des gaz à effet de serre… Je ne suis pas contre le véganisme, comme j’ai pu le lire ici ou là, je suis pour la liberté.

Jean-Marie SERMIER

@jmsermier

En réaction à l’appel de 500 pseudo-stars et bobos qui voudraient empêcher les Français de manger de la viande (mais de quoi se mêlent-ils ?!), je me suis engagé à manger chaque lundi midi une bonne viande. Avec mon équipe, nous nous sommes régalés 😉 Vive nos agriculteurs !

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De grands défenseurs de la gastronomie, des grands chefs cuisiniers notamment, expliquent qu’il faudra néanmoins s’habituer à manger moins de viande, mais de meilleure qualité, et locale. Qu’en pensez-vous ? Et d’ailleurs votre entrecôte était-elle de viande locale ? Parce que les frites ont l’air surgelées…

C’était une côte de bœuf. Elle était d’origine française ; je m’en suis assuré. Les frites étaient sans doute congelées mais peut-être issues de pommes de terre du nord de la France.

Pour en venir à votre question, les grands chefs cuisiniers ont sans doute raison. Il faut défendre l’agriculture française, en particulier l’élevage. Objectivement, du point de vue de la qualité, c’est la meilleure au monde.  Bien sûr, il faut encourager les circuits courts, comme nous le faisons dans mon département du Jura, en particulier dans la restauration collective.

En tant que député, ma préoccupation va moins vers ceux qui font le choix de ne pas manger de viande que vers ceux qui ne peuvent pas se permettre d’en acheter. En effet, la viande participe à l’équilibre alimentaire, grâce à ses nutriments comme les protéines, le fer, le zinc et le sélénium. L’enjeu est donc que tout le monde ait accès à une viande de qualité.

Plaisir et écologie peuvent-ils devenir incompatibles ?

Il ne le faut pas. En tant que vice-président de la commission du Développement durable à l’Assemblée nationale, je crois que je porte une autre voix que celle qu’on a l’habitude d’entendre sur l’écologie. C’est important d’avoir plusieurs sensibilités. Je parle à mes collègues de l’agriculture, de la chasse, de la pêche et de la ruralité. Beaucoup y sont sensibles. Vous savez, il n’y a pas une personne qui connait mieux la nature, ses cycles et ses fragilités qu’un agriculteur !

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Je me méfie d’une vision punitive de l’écologie. Si l’écologie, c’est uniquement des contraintes et des coûts supplémentaires, alors elle finira par être massivement rejetée par les Français. Ce serait dramatique. On l’a bien mesuré lors de la hausse des taxes sur les carburants qui fut le déclenchement des gilets jaunes. Les ruraux l’ont pris comme une sanction. Ils ont bien compris que leur effort servait à renflouer les caisses de l’État et non à protéger l’environnement.

N’oublions pas que dans « développement durable », il y a « développement ». L’objectif, ce n’est pas la décroissance. L’objectif, c’est le progrès, c’est-à-dire la croissance maitrisée.

Quelle est votre position sur les traités transatlantiques, comme le CETA ou celui avec le MERCOSUR, notamment par rapport au sujet de la viande ? 

On peut déjà regretter une certaine opacité dans les négociations. Après, ce qui me parait essentiel, c’est qu’on impose aux agriculteurs des pays partenaires les mêmes normes que celles qu’on impose aux agriculteurs français et européens.

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On ne peut pas faire venir des produits fabriqués dans des conditions qui seraient illégales en France, par exemple autoriser l’importation de viande bovine d’Argentine qui ne respecte pas les mêmes critères de qualité que la viande française. Sur le plan économique, ce serait de la concurrence déloyale. Sur le plan sanitaire, ce serait risqué. C’est cette protection que nous devons aux agriculteurs et aux consommateurs français, en particulier aux plus modestes.

Les réactions à votre tweet ont été vives et parfois violentes. Alors que le mouvement des gilets jaunes se poursuit et que les positions semblent se durcir de part et d’autre, que le mouvement vegan est parfois empreint d’actions violentes contre les boucheries, et que le débat public se transforme souvent en guerre de tranchées, la nuance est-elle la grande victime de ces derniers mois ?

J’ai été surpris de la violence des réactions à mon tweet. Après tout, j’ai juste posté la photo d’une côte de bœuf ! Cela m’a valu à la fois beaucoup de soutien des internautes de ma région et une avalanche d’insultes venues plutôt des grandes villes. Des internautes, sans s’embarrasser d’anonymat, ont écrit espérer ma mort. C’est choquant.

Alors que la multiplication des moyens de communication devrait faciliter les débats, on assiste à un durcissement des positions et à l’émergence d’une pensée unique. Une partie des élites n’accepte pas la contradiction. Elle ne veut pas se remettre en question. Dans un monde en pleine mutation, où tout va plus vite, où tout est plus complexe, la nuance et la modération seraient pourtant de sages boussoles.

Michel Houellebecq, un gilet jaune qui scie Niort

On lui reproche (à tort) d’avoir critiqué la ville de Niort dans son dernier roman


La sortie du nouveau livre de Michel Houellebecq a provoqué une polémique inattendue à laquelle il fallait pourtant s’attendre: susceptible, la ville de Niort s’est offusquée d’une phrase du narrateur qui ne la met pas en valeur. 


« Et puis refuser les plateaux télé évite d’avoir à répondre à des questions idiotes, du genre: “Pourquoi dites-vous page 124 d’une femme de 50 ans qui ne vous fait pas bander qu’elle préfère ‘incriminer les antidépresseurs plutôt que ses propres bourrelets’ ? Ce n’est pas très sympa pour vos lectrices quinquagénaires!” Il est épuisant d’avoir sans cesse à rappeler la distinction entre l’auteur et le narrateur, ce b. a.-ba du roman que les présentateurs télé ignorent car ils ont, littérairement, le niveau du BEPC, lequel d’ailleurs n’existe plus. »

Frédéric Beigbeder avait donc anticipé le phénomène une semaine avant la parution de Sérotonine, le dernier né de Michel Houellebecq. Comme d’habitude, on confondrait auteur et narrateur, voire auteur et personnage. Le chroniqueur du Figmag n’avait certes pas donné l’exemple de Niort, mais l’intention y était et la polémique venue des Deux-Sèvres était déjà en gestation lorsque l’hebdo du Figaro était en vente. Houellebecq attaquait cette ville qui n’avait rien fait à personne. Et qui d’ailleurs a des coins sympas, ce dont personne ne doute.

« Niort est la ville la plus laide qui m’ait été donné de voir »

Immédiatement, une angoisse est née. Dans le manuscrit livré aux bons soins des Editions du Rocher, avais-je prêté à un de mes personnages des propos dénigrant une ville ou une région ? Y aurait-il un habitant susceptible pour lancer une fatwa sur Twitter ? L’angoisse est vite passée. Même si je vends beaucoup plus que Jean-Christophe Cambadélis, je suis beaucoup moins attendu que Michel Houellebecq, et donc beaucoup moins scruté. Mais quand même. La condition de romancier devient difficile au temps des « social justice warriors ». La tyrannie des susceptibles, si bien décrite par Polony et Quatrepoint dans leur dernière livraison commune, est désormais à l’œuvre jusque dans ce vieux pays littéraire, la France. Et c’est triste.

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Les salons du livre en province ne désemplissent pas. Plusieurs centaines de romans viennent de sortir pour la rentrée de janvier, mais il n’y a plus que quelques mauvais coucheurs pour rappeler, au cœur de la polémique, que ce n’est pas Michel Houellebecq qui trouve que « Niort est la ville la plus laide qui [lui] ait été donné de voir », mais Florent-Claude Labrouste, personnage dépressif, qui vient de se taper les bouchons à Bordeaux sur l’A10 et a découvert quelques jours plus tôt que sa petite amie participait à des gang-bangs avec des gros chiens. Perso, dans un tel état, je suis prêt à trouver Niort, mais aussi Besançon ou l’Arc de Triomphe très moches.

Défendons Niort-qui-n’est-pas-laide !

Mais les susceptibles de 2018 n’ont plus ouvert le dictionnaire au mot « contexte » depuis longtemps. Et comment les en blâmer, puisque même les présentateurs de télévision, comme l’écrit Beigbeder, ne donnent pas l’exemple. Il semble que ce soit Libé qui ait tiré le premier en balançant quelques amabilités de Florent-Claude Labrouste à la vindicte des foules de Twitter et Facebook, comme des morceaux de viande bien fraîche aux lions du zoo de la Citadelle de Besançon (une ville bien plus jolie que Niort, au passage, me souffle le narrateur de Sérotonine).

Mais puisque nous avons, quant à nous, ouvert le dico à la page de « contexte », préoccupons-nous en un peu. La sortie de Sérotonine, et sa fameuse pique à la ville de Niort, interviennent en plein cœur du mouvement des gilets jaunes, sur fond de mépris des élites parisiennes pour les petites villes de province. L’épiderme y est d’autant plus sensible. Les gens aiment leur ville et détestent par-dessus tout la voir dénigrée. Alors, tant pis si Labrouste, quelques pages plus loin, n’est guère plus tendre avec les « Parisiens écoresponsables », défendons Niort-qui-n’est-pas-laide, et fustigeons l’écrivain déconnecté qui doit préférer les vacances à Kuala Lumpur que dans la vieille province française.

Sérotonine, un hymne à cette France enracinée

Le problème, justement, c’est que Sérotonine est un hymne à cette France enracinée et une critique acerbe de la mondialisation sauvage. Michel Houellebecq se révèle donc la plus mauvaise cible qui soit. En 2018, quand une polémique naît sur les réseaux sociaux et qu’elle commence à prendre de l’ampleur, les chaînes d’information continue prennent le relais, puis TF1 et France 2, si affinités. Tout le monde a donc débarqué à Niort pour interroger les habitants dont la ville avait été ainsi dénigrée par notre écrivain national auquel, comble de l’horreur, le président de la République venait d’accorder la Légion d’honneur. Et c’est un vieux camarade de mes combats politiques, le maire Jérôme Baloge, féru de littérature, et qui connaît bien – je tiens ici à rassurer tout le monde – la différence entre auteur et narrateur, qui a dû faire le boulot de communication. Qu’auriez-vous fait à sa place ? Il n’allait quand même pas fustiger ceux qui, parmi ses administrés, avaient eu à cœur de défendre la beauté de la « Venise verte » ! La polémique offrait une campagne de promotion à sa ville et, avec flegme et humour, il en a largement profité.

En plus, la météo était au rendez-vous et mettait en valeur la cité. Combien un cabinet spécialisé aurait-il facturé une telle campagne de promotion ? Jérôme Baloge m’a répondu qu’il n’en savait rien parce que, de toute manière, Niort n’en avait pas les moyens.

A défaut de pouvoir inviter Florent-Claude Labrouste, il a donc invité Michel Houllebecq à Niort pour lui offrir de l’angélique, spécialité locale dont les vertus pour le bien-être vaudraient bien celles de la sérotonine.

Tout va donc pour le mieux du côté de Niort. En revanche, du côté de la compréhension de la littérature et du développement des polémiques à deux balles, l’angoisse demeure.