Qui sauvera la peau du FC Sochaux ?

Les initiatives se multiplient pour le sauver de son propriétaire hongkongais


Monument du foot français, le FC Sochaux est menacé de couler avec son propriétaire hongkongais. Pour le sauver, les initiatives se multiplient.


Les lecteurs de Causeur ont pris l’habitude de suivre les mésaventures du club de foot favori de l’auteur de ces lignes. Dès mai 2015, nous avions dit nos craintes en voyant débarquer un nouveau propriétaire hongkongais dont le manque de solidité financière rivalisait avec le flou du projet. Nos craintes ne se sont pas apaisées, peu s’en fallait, en observant les premiers pas du nouveau président du club, nanti d’une personnalité aussi mystérieuse que fantasque. Nous avons ensuite rendu compte des premiers pas d’une fronde menée par l’ensemble des groupes de supporteurs, conscients de l’extrême dangerosité que faisait courir ce propriétaire au plus vieux club professionnel français.

Menace de rétrogradation 

Et nous avions fini par prendre personnellement la plume en novembre dernier, adressant à l’ambassadeur de la République populaire de Chine en France, une lettre ouverte, alertant Son Excellence sur la piètre image que donnait Wing-Sang-Li des investissements chinois dans notre pays. Ce courrier a connu un destin particulier puisque le collectif des groupes de supporteurs sochaliens « Sochaux United » a souhaité le reprendre à son compte et que deux sénateurs, Cédric Perrin (LR) et Martial Bourquin (PS) l’ont fait parvenir personnellement à l’ambassadeur.

Il faut préciser qu’entretemps, la DNCG, gendarme financier du football professionnel français, s’était inquiété de l’avenir financier du club et avait réclamé des garanties à Wing-Sang-Li dont le cours de l’action du groupe qu’il dirige est suspendu depuis des mois à la bourse de Hong-Kong, et sur le coup de menaces de mise en faillite personnelle. Résultat : c’est le FCSM qu’on menace désormais de reléguer administrativement dans la division inférieure, faisant planer le spectre d’un dépôt de bilan qui ferait redémarrer le club en National 3, c’est à dire le cinquième niveau du football français.

Ces admonestations de la DNCG ont provoqué un véritable émoi dans la région, faisant sortir les élus de la réserve qui les caractérisait jusque-là. Ainsi, le président de l’agglomération de Montbéliard, collectivité propriétaire du stade du club, a mené une délégation au ministère des Sports, dont on peine à voir les résultats à l’heure actuelle, d’autant que Charles Demouge, est tombé quelques jours plus tard dans les bras de Wing-Sang-Li au moment du but de la victoire sochalienne contre Le Havre, suscitant la consternation peinée des élus qui occupaient ce soir-là la tribune officielle du stade Bonal.

Deux sénateurs rencontrent l’ambassadeur

Plus sérieuse semblait donc la voie diplomatique empruntée par les deux sénateurs, et en particulier Cédric Perrin qui a donc fini par obtenir son rendez-vous à l’ambassade de Chine avec la conseillère économique de Son Excellence. Il a donc pu lui faire part de l’inquiétude des supporteurs comme d’une bonne partie de la population locale, attaché à ce club, véritable institution pour les Francs-Comtois, les habitants du sud et de l’Alsace et beaucoup de connaisseurs du foot dans la France entière, lui remettant à cette occasion un dossier très fourni et documenté. Parallèlement, un repreneur potentiel, Pierre-Arnaud Rollin s’est manifesté. L’un des membres de la famille Peugeot, Romain, qui avait désapprouvé la vente du club par PSA, se tient également en réserve et n’a sans doute pas renoncé à proposer un projet de reprise si Wing-Sang-Li annonce son intention de vendre. Quant à l’entourage de l’incompréhensible actionnaire – lequel se demande toujours avec la plus grande naïveté pourquoi il suscite la révolte par sa seule présence – il a visiblement peur de perdre son joujou en cas de vente du club. Cet entourage a donc propulsé un chef d’entreprise organisatrice de foires et salons, qui a proposé sa candidature au poste de directeur général désormais vacant, depuis que le très coûteux Ilja Kaenzig a fait ses valises pour Bochum, de l’autre côté du Rhin.

Vers une République populaire du FC Sochaux ?

Mais la ficelle était bien trop grosse, et cette proposition de services a fait l’unanimité des supporteurs contre elle, comme en témoigne un communiqué cinglant publié le 22 mars.

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Une très bonne nouvelle dans la grisaille sochalienne a vu également le jour : anticipant une prochaine reprise qu’ils jugent inéluctable, une escouade d’amoureux du club a monté un projet de « socios », dont l’ambition est d’entrer dans l’actionnariat du club, accédant ainsi aux comptes de ce dernier et pouvant jouer un rôle de lanceurs d’alertes. En Espagne, les « socios » sont parfois propriétaires de leur club. De ce côté-ci des Pyrénées, on peut en observer à Guingamp, au Havre ou à Strasbourg.

L’originalité du projet sochalien, c’est qu’il a été suscité par les supporteurs eux-mêmes et non proposé par les autres actionnaires en place. En cinq jours, 1250 personnes se sont manifestées comme futures parties prenantes du projet, alors que les initiateurs pensaient atteindre ce chiffre en un mois. Wing-Sang-Li est donc placé devant un mur. Menacé par la DNCG, peut-être bientôt dans le collimateur des autorités chinoises, considéré comme persona non grata par les supporteurs, une personne rationnelle aurait déjà mis les voiles. Ce n’est pas (encore) son cas. Qui sait ce qui se passe dans la tête de l’insondable Monsieur Li ? Son obstination aux allures candides aura-t-elle raison d’un monument du foot français ?

Débat du PS: pour la première fois, un petit parti avait les honneurs d’une grande chaîne

Hier soir, sur LCI, le PS se cherchait une nouvelle tête


Le débat entre les candidats à la tête des restes du Parti socialiste (PS) a tourné autour… d’un ancien de la maison, Emmanuel Macron. 


Faut-il que nous soyons attentifs aux lecteurs de Causeur pour se priver de « Zemmour et Naulleau », sans doute la meilleure émission politique du PAF, et regarder pour eux le débat entre les quatre candidats à la tête du Parti socialiste (PS) ?

RTL et LCI, en association avec Le Figaro avaient donc organisé cette confrontation inédite sur leurs antennes. Louable intention. Pour la première fois, de grands médias offraient une vitrine à un petit parti, alors qu’ils ne le faisaient jusque-là que pour des gros. Difficile de résister à cette boutade. Le PS n’est évidemment pas un petit parti comme les autres. C’est surtout un ancien gros. On voit en effet mal LCI et RTLorganiser un débat préalable au congrès de Debout La France, qui a aujourd’hui des résultats électoraux comparables à ceux du PS, et pas seulement parce que Nicolas Dupont-Aignan ne suscite pas d’opposition à l’intérieur d’un parti construit par lui et pour lui.

L’épilogue du PS

Depuis la dernière élection présidentielle, le parti d’Epinay n’est plus. Il a rejoint le score de Gaston Deferre en 1969. D’ailleurs, pour faire oublier qu’il était le candidat, Benoît Hamon a quitté le PS, de même que son finaliste de la primaire Manuel Valls, tandis que le troisième s’est lancé dans l’apiculture.

Quatre candidats s’affrontaient donc. Stéphane Le Foll en héritier du hollandisme assumé. Emmanuel Maurel en héritier des frondeurs tout aussi assumé. Olivier Faure tentait de se faufiler entre les deux. Quant au quatrième, Luc Carvounas, il tentait de déborder Maurel sur sa gauche, pour faire oublier son passé de chasseur de frondeurs, au temps où il était lieutenant de Manuel Valls. Un cinquième homme s’est invité dans ce débat très vite, et ne l’a plus quitté : Emmanuel Macron. Emmanuel Macron dont Maurel a rapidement dit justement qu’il était « la créature du PS ».

Macron, président du PS

Se positionner par rapport au président de la République fut donc le fil conducteur de l’émission, chacun montrant à sa manière à quel point il en était différent. A ce jeu, c’est Emmanuel Maurel qui était le plus efficace, car lui avait expliqué d’emblée que Macron n’était en fait que le continuateur du quinquennat Hollande, quand les autres s’échinaient maladroitement à démontrer qu’il y avait entre les deux présidents une différence de nature, et pas une différence de degré. Sur la forme, Olivier Faure, qui fait figure de favori des spécialistes en « solférinologie » (bien que le siège de Solférino soit aujourd’hui vendu), n’a pas paru très à l’aise. Luc Carvounas, après un début difficile, s’est montré ensuite plus à son avantage. Le Foll et Maurel se montraient les plus efficaces, ce qui ne constituait pas une surprise pour l’ex-ministre de l’Agriculture, habitué des plateaux. Emmanuel Maurel, inconnu du grand public, et pas très souvent invité dans les médias, constituait la découverte de ce débat. Il y eut donc des différences de fond et de forme entre les candidats… jusqu’à ce que l’immigration soit abordée en fin de débat.

Une rose très épineuse

Sur ce sujet, les quatre furent d’accord pour dénoncer la politique incarnée par le duo Macron-Collomb, et n’ont sans doute pas convaincus ceux qui regardaient l’émission sans être adhérent du PS. Cette confrontation aura-t-elle une influence sur le congrès ? Rien n’est moins sûr tant les équilibres socialistes répondent à d’autres logiques que celles d’un débat télévisé. A-t-il d’ailleurs eu un vainqueur ? Un perdant ? Sans doute Maurel et Le Foll semblent avoir marqué des points quand le favori Olivier Faure en aura perdu quelques-uns. Une chose est sûre : le chantier est immense pour le futur vainqueur. Faire exister ce parti entre Macron et Mélenchon n’a rien d’un chemin parsemé de roses, fussent-elles rouges.

Laurent Wauquiez: Paris perdu, pari gagné !


La polémique sur les propos discrètement enregistrés de Laurent Wauquiez est purement parisienne et révèle la fracture entre la capitale et sa périphérie. Ca tombe bien, c’est à elle que le président de LR s’adresse. 


Je débarque de ma province comtoise et il est question de Laurent Wauquiez. Evidemment. C’est le sujet médiatique numéro un depuis vendredi soir. Et l’accusé est allé enfin s’expliquer la veille sur l’antenne de BFM TV. Immédiatement, sur le plateau de Sud Radio ce matin, j’ai compris que j’allais avoir le rôle ingrat de défenseur. D’avocat du diable.

Il n’y a que Paris pour s’offusquer

Mes trois interlocuteurs tapent comme des sourds sur Wauquiez. C’est un populiste. Il est irresponsable. Il se « trumpise ». Il raconte n’importe quoi pour qu’on fasse attention à lui. C’est à mon tour d’intervenir. J’attire l’attention sur le fait que, dans l’électorat de droite, il y a ce sentiment que l’ensemble de la presse tire toujours dans le même sens, qu’une phrase polémique d’Emmanuel Macron, c’est un jour de débats sur les chaînes info, quand c’est quatre avec Fillon ou Wauquiez. C’était d’ailleurs la première salve lancée par le président LR sur le plateau de Ruth Elkrief. Mes interlocuteurs protestent.

C’est à ce moment que l’animatrice de l’émission, Valérie Expert, prend l’appel d’une auditrice biterroise. Et elle défend Wauquiez bien plus énergiquement que je ne l’ai fait. Il y aura deux autres appels du même genre. Ce sentiment existe bien, et mes trois comparses sont bien obligés de le constater. Quant à le trouver justifié, en revanche, ce ne sera pas pour aujourd’hui, à écouter leurs protestations et leurs tentatives avortées de remettre l’auditeur fourvoyé sur le bon chemin. Pourtant, Muriel, Sammy et les autres existent bien et ils soutiennent l’homme à la parka rouge. On a l’impression qu’ils se fichent bien que ce soit Wauquiez ou un autre mais l’agacement est tel qu’ils ont pris leur téléphone pour dire leur vérité.

Laurent Wauquiez parle à la France qui vote pour lui

Cette coupure Paris « mainstream » vs. France des petites villes et des campagnes, elle existe, elle s’élargit et c’est bien aux habitants de la seconde que Wauquiez a voulu parler. Depuis sa fameuse tribune au JDD, on sait que c’est bien dans les provinces que les marges de manœuvre électorales existent. Le processus électoral de l’automne dernier, qui l’a mené à la tête des Républicains, lui a aussi permis de constater que plus les médias le présentaient en Bête du Gévaudan, plus il était populaire dans son propre camp. A-t-il lu le formidable livre de notre camarade Gérald Andrieu, qui racontait la défiance de la France périphérique envers le journaliste venu de Paris, et à qui on accepte de parler que parce qu’il a eu l’idée géniale de venir à sa rencontre avec son seul sac-à-dos ? C’est possible. Si la comparaison avec Trump a finalement un sens, c’est dans la compréhension que, pour bonne partie du pays, le divorce avec la presse « mainstream », dont Quotidien n’est que l’avant-garde arrogante et ricaneuse, est acté. Alors Wauquiez en profite.

Malgré sa balourdise, qui le conduit à égratigner Sarko le grand commandeur. Malgré ses formules de communicants qui finissent par ressembler à des tics de langage (« Madame Ruth Elkrief, permettez-moi de répondre à votre question », combien de fois ?). Malgré le soupçon d’insincérité qui pèse sur lui, l’ancien disciple de Jacques Barrot reconverti en apôtre de la droite décomplexée version Puy-en-Velay.

A qui perd Paris, gagne la France

Alors que l’émission s’achevait, les chiffres d’audience de l’interview de Laurent Wauquiez sur BFM TV tombaient sur le fil Twitter de Valérie Expert. 786 000 personnes en moyenne avec un pic tutoyant le million de téléspectateurs. Un vrai carton d’audience sur une chaîne d’information continue. Une émission diffusée à 19h00. Où regarde-t-on la télévision à cette heure ? Certainement pas dans la France des métropoles. Il y a trois jours, je confiais à un jeune wauquiéziste que son patron aurait pu se priver de cette séquence et mettre plutôt le paquet sur la suppression des petites lignes de trainpréconisée par le rapport Spinetta. Finalement, elle lui sera peut-être bénéfique. Trop fort !

Jean-Michel Blanquer doit tout à Najat Vallaud-Belkacem

L’ancienne ministre a posé les bases de la reconstruction de l’école


Mais si mais si, pour l’oeuvre de Jean-Michel Blanquer, c’est à Najat Vallaud-Belkacem qu’il faut dire merci ! 


Jean-Michel Blanquer a donc explosé les compteurs de « L’Emission politique », avec 71% des personnes convaincues dans le sondage final. Plus encore, Alexis Corbière, qui n’avait pourtant pas démérité lors de son débat avec le ministre de l’Education nationale, a sans doute eu un moment de désolation lorsqu’il a appris que 69% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon de la dernière présidentielle avaient été convaincus par son interlocuteur du soir.

Corbière après avoir vu le sondage où 71% des téléspectateurs ont trouvé Blanquer convaincant

Blanquer, c’est « le vice-président » selon Le Point, et « la nouvelle star » selon Valeurs actuelles.

Derrière chaque grand homme…

Il ne s’agit pas là de mettre en cause ses compétences, ni son bon sens et son habileté politique. Mais on oublie un peu trop facilement à qui Blanquer doit en priorité son immense popularité. La personne à qui le ministre pourrait dire : « je lui dois tout ». Emmanuel Macron, le président qui lui a fait confiance ? Alain Juppé, ce fourier du macronisme, qui l’avait abondamment consulté pour la construction de son programme éducatif ? Gilles de Robien et Luc Chatel, qui lui ont permis de faire ses armes au ministère ? Non. Ni les uns, ni les autres. Cette personnalité à qui Blanquer doit tout est une femme. Sa femme ? Je ne pense pas à elle, et du reste – le ministre préservant à juste titre sa vie privée – on ne sait rien d’elle.

Jean-Michel Blanquer doit tout à Najat Vallaud-Belkacem, qui l’a précédé rue de Grenelle. Grâce à elle, il est populaire. Grâce à elle, tout ce qu’il touche se transforme en or sondagier. Grâce à elle, cet homme est le messie.

Après moi, le soleil !

Si Najat Vallaud-Belkacem n’avait pas mis en œuvre sa réforme du collège, si elle n’avait pas piétiné les classes bilangues et les options Latin et Grec, si elle n’avait pas délégué la rédaction des programmes à l’idéologue Lussault, si elle n’avait installé le tirage au sort comme solution de sélection d’entrée à l’Université, qu’aurait bien pu faire Jean-Michel Blanquer ?

Il suffisait juste d’annoncer son intention de rétablir les classes bilangues, le Latin et le Grec pour paraître un homme de bon sens. Le ministre n’a même pas eu besoin de financer leur rétablissement en redonnant les dotations en heures-postes correspondantes. Ce qui, au passage, n’a pas permis qu’elles fassent leur retour dans bon nombre d’établissements. Oui, il suffisait juste de l’annoncer.

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En ce qui concerne la sélection à l’université c’est encore plus piquant. Voilà une proposition qui avait mis la jeunesse dans la rue il y a trente-deux ans. Dont la perspective effrayait tous les dirigeants politiques de droite, Sarkozy en tête. Et que le gouvernement fait passer comme une lettre à la poste, avec quelques petites manifs embryonnaires de-ci de-là, sous les applaudissements, ou presque, de la plupart des lycéens. Pour réaliser ce miracle, dont Blanquer est crédité alors que c’est sa collègue Vidal qui est à la manœuvre, il fallait bien que Najat Vallaud-Belkacem soit passée par là, et instaure cette idée saugrenue de tirage au sort. Le tirage au sort, comme preuve par l’absurde de ce refus de la sélection par le mérite, préférant depuis des lustres organiser un naufrage dans le premier cycle des facs, pour mieux repérer les meilleurs nageurs.

La grimace de Mona Lisa

Ah, s’il n’y avait pas eu cette grimace ! Vous vous souvenez ? Cette grimace que Najat Vallaud-Belkacem avait faite lorsqu’elle avait appris le nom de son successeur.

Cette image qu’une caméra indiscrète avait filmée un jour de mai de l’an dernier. S’il n’y avait pas eu cette grimace, on pourrait croire que tout cela n’était que volontaire. Que Vallaud-Belkacem avait en fait tout planifié pour que son successeur puisse enfin, après tant d’années de destruction de notre système éducatif, remettre enfin l’église au milieu du village. Qu’elle avait dynamité sciemment le système de l’intérieur afin que Blanquer puisse reconstruire, enfin. On aurait pu croire à cette alliance entre les deux contraires, comme d’autres croyaient naïvement à celle du glaive et du bouclier à une époque que l’octroi d’un point Godwin ne me permet pas d’évoquer.

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S’il n’y avait pas eu cette grimace, on pourrait alors diminuer complètement les mérites de Jean-Michel Blanquer, et ériger une statue à la nouvelle directrice éditoriale de Fayard. Ne pas être statufiée à cause d’une grimace ! C’est ballot.

Obsédés par Paris, les nationalistes corses se trompent d’ennemi


Les nationalistes corses s’en prennent à un supposé « Macron jacobin » quand ils devraient viser le « Macron mondialiste ».

Il est parfois des critiques qui me donnent envie de défendre Emmanuel Macron. Celles qui ont suivi son déplacement en Corse en font partie. Qu’on se rassure, je ne céderai pas à cette facile tentation. Le clivage préféré du président de la République, qui sépare en toutes occasions les partisans de l’ouverture et ceux de la fermeture n’a rien pour me séduire. Mais s’agissant de la Corse, il n’est pas celui qui m’a agacé le plus.

La mauvaise foi appelle la fermeté

Dès le début, le duo qui dirige aujourd’hui la collectivité insulaire, a démontré sa mauvaise foi crasse, accusant Emmanuel Macron de provocation alors qu’il les multipliait lui-même. Jean-Guy Talamoni qui parlait du drapeau national comme celui d’un « pays ami », et qui, alors qu’il préside une assemblée qui doit sa légitimité aux lois de la République, refuse de la représenter lors de l’hommage dû à un préfet assassiné. Jean-Guy Talamoni toujours, qui ne laisse passer aucune occasion d’évoquer des « prisonniers politiques », comme autant de crachats à la République, à propos de ceux qui, justement, ont lâchement assassiné ce représentant de l’Etat qui refusait une protection rapprochée. Et Gilles Siméoni, jouant les « good cop » quand son alter-ego Talamoni serait le « bad cop », qui dénie à Jean-Pierre Chevènement le droit d’être présent à l’hommage à Claude Erignac, et qui accuse le président de la République de provocation, parce que cet ancien ministre de l’Intérieur avait eu le front d’envoyer un préfet de combat, après que le prédécesseur avait été assassiné. Dans mes souvenirs, lorsque des milliers de Corses avaient défilé pour s’élever contre l’assassinat de leur préfet, il ne me revient pas qu’ils réclamaient Gandhi au Cours Napoléon.

Face à Siméoni et Talamoni qui faisaient monter les enchères, alors qu’ils ont été élus pour exercer des compétences définies par la loi lors d’élections dont le taux de participation devrait inviter à davantage de modestie, il fallait qu’Emmanuel Macron fasse preuve de fermeté. Sans doute une autre attitude de ses interlocuteurs aurait pu inviter à davantage d’ouverture. Tout est affaire de contexte. Parce qu’il faut bien reconnaître que la demande de statut de résident répond à des problématiques qui existent bel et bien. Et qui peuvent exister aussi sur le continent. Il faut reconnaître aussi que les enfants des prisonniers corses ne sont pas responsables des crimes et délits de leurs parents et qu’une solution devrait être trouvée, en Corse comme ailleurs.

Le nationalisme corse a 50 ans de retard

Mais Siméoni et Talamoni ont dès le début souhaité défier Paris ! Paris la jacobine ! La bonne blague ! Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu… Paris la jacobine ? Si seulement ! Paris n’est plus jacobine depuis longtemps. Quand on entend Siméoni et Talamoni, et parfois d’excellents bons esprits (sauf sur ce sujet) reprendre cette antienne, on hésite entre hilarité et consternation. Non, Paris n’est plus jacobine depuis longtemps. Petite parenthèse en direction de M. Talamoni qui se voit en pays colonisé, il est rare que la capitale d’un pays colonisateur se donne un maire de la colonie en question. Pourtant, d’après mes informations, Jean Tibéri a bien été maire de la fameuse Paris jacobine. Et le clan corse à la Ville n’a rien d’une légende. Il est même arrivé qu’un Corse accède aux fonctions de ministre de l’Intérieur. Deux fois, ces trente dernières années. Paris la jacobine ? Cette page est tournée depuis bien longtemps.

Aujourd’hui, Madame Hidalgo ne parle plus que de « Ville-Monde » et se fiche bien de la Nation, de la République et de l’Etat. Ce qui l’intéresse, c’est d’imiter ses homologues londonien et new-yorkais, en moquant cette province dont les beaufs votent si mal, pour le Brexit ou pour Trump. Cette volonté de se détacher de la Nation n’a rien de jacobine, c’est même le contraire du jacobinisme, ce républicanisme ardent. Comment peut-on entretenir cette fiction de Paris-qui-décide-de-tout alors que, depuis bien longtemps, Paris ne décide plus de grand-chose ? Qu’on décide en fait à Bruxelles, à Francfort, à Washington, et dans les petites féodalités créées par la décentralisation.

Décentralisation, piège à…

La décentralisation, parlons-en ! Parce qu’il va bien falloir se décider à faire son bilan. Il va bien falloir déterminer sa part de responsabilité dans la toute-puissance de la grande distribution, dans l’enlaidissement de nos entrées de villes, dans la mort de nos bourgs-centres, dans l’accompagnement de la métropolisation dont profite justement la région parisienne jusqu’à l’étouffement, comme le montre à épisodes réguliers le blocage complet provoqué par les premiers flocons de neige. La décentralisation ! C’est en son nom qu’on a, par exemple, regroupé la Bourgogne et la Franche-Comté, c’est en son nom que Monsieur Rebsamen, qui se prend pour le Duc d’une Grande Bourgogne, traite les Franc-Comtois de « gougnafiers », parce qu’ils manifestent de la mauvaise humeur à tout voir partir à Dijon. Ma Franche-Comté, je l’aime. Elle n’a pas à rougir devant les quatorze ans d’indépendance corse. Dole a résisté bien plus longtemps face au Grand Condé. Besançon a subi le canon de Vauban. Et pourtant la Franche-Comté est française. Elle en est fière, et elle ne souffre pas moins que la Corse dans la mondialisation sauvage. Elle souhaiterait un Etat qui fasse son travail, qui la protège des ravages du libre-échange. Pas d’un Etat qui s’efface et qui lui dise « démerde-toi », en lui déléguant un pouvoir réglementaire.

En Corse comme en Franche-Comté, on ne vote d’ailleurs plus beaucoup. Il faut dire que lorsqu’on lui demande son avis sur une question importante, on s’assoit dessus ensuite. En 2005, dans la France entière, le peuple avait dit non à la constitution européenne. Trois ans plus tard, on faisait passer un traité quasi-identique par la fenêtre. En 2003, les Corses refusaient la collectivité unique et souhaitaient conserver leurs deux départements, vestiges du jacobinisme. Nationalistes, autonomistes, et vieux partis en capilotade se sont entendus pour piétiner aussi cette décision souveraine. Alors la moitié d’entre eux ne va plus voter et, par leur abstention, dit aux natios : « démerdez-vous, montrez ce dont vous êtes capables ». Ils leur disent en gros ce qu’Emmanuel Macron a dit l’autre jour, et qui a été pris pour du mépris.

La Corse a rendu service à Macron

Qu’on ne s’y trompe pas. On ne répondra pas aux fractures françaises par moins d’Etat, moins de République, moins de Nation. On ne répondra pas aux souffrances de la France périphérique par un « démerdez-vous ». En fait, Emmanuel Macron en rêve ! Le dépeindre en Jupiter jacobin, n’est-ce pas en fait lui rendre un sacré service ? Si son image s’est améliorée, c’est grâce à cette posture dont il sait qu’elle correspond à une demande réelle. Le critiquer sur ce thème, c’est lui rendre service. A bon entendeur…

« L’Emission politique »: Wauquiez dit merci à ses ennemis

Laurent Wauquiez participait hier soir à « L’Emission politique », son premier grand rendez-vous en tant que chef de parti. Entre ceux qui ont décidé de claquer la porte et ceux qui ont décidé de se tenir en réserve, coincé entre le duo Macron-Philippe et un Front national (FN) qui cherche à devenir plus euro-compatible, Laurent Wauquiez a néanmoins acquis une légitimité dans les urnes, auprès des militants de son parti, et à une large majorité.

A la « droite » de la France d’en bas

Dès le début de l’émission, on a pu s’apercevoir quelle était sa cible électorale : la France périphérique. Sa première critique fut dirigée contre l’augmentation des taxes sur les carburants, décidée par le gouvernement. Un bon début gâché par cette manie de répéter le mot « droite » toutes les deux phrases, comme pour conjurer le sort que les sondeurs lui promettent : observer Emmanuel Macron devenir le nouveau leader de cette dernière, réalisant ce que RPR et UMP avaient promis à cet électorat sans jamais vraiment le réaliser. On ne parle pas à la France périphérique en se plaçant dans un clivage dans laquelle elle ne croit plus depuis longtemps.

Cette France périphérique, qui a majoritairement voté contre le traité de Maastricht en 1992 puis contre le TCE en 2005, s’est trouvée en difficulté lorsque François Lenglet lui a fait remarquer aussi malicieusement que pertinemment qu’il était aussi illusoire de vouloir réconcilier Jean Monnet et Philippe Séguin sur l’idée européenne que de vouloir demeurer vierge et porter un enfant.

Garde tes ennemis près de toi

C’est la rédaction de France 2 qui a livré le plus beau des cadeaux à Laurent Wauquiez. Il ne manquait plus qu’un joli ruban autour d’Alain Minc, cet invité inattendu et idéal à la fois. L’apôtre de la mondialisation a offert au président des Républicains son meilleur passage de l’émission, le seul où il a oublié de sauter sur sa chaise comme un cabri en prononçant le mot « droite ». C’est à ce moment-là qu’il a le mieux parlé à la France des provinces. Minc représentait le projet macroniste en bien plus caricatural. Pendant cette dizaine de minutes, la nuance était du côté de Wauquiez, et la caricature de celui du représentant de la France des métropoles.

La confrontation avec le porte-parole du gouvernement et putatif candidat LREM à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, promettait donc de rendre un grand service à celui qui reproche à Emmanuel Macron d’avoir la haine de la province. Benjamin Griveaux a commencé par lui faire remarquer, à juste titre, que la question du clivage droite-gauche était désuète. Bon prince, il rendait service à son interlocuteur qui lui rendait la pareille en lui faisant remarquer que près de la moitié des baisses d’impôts avaient profité aux 5% les plus riches. Jolie triangulation. C’est là que Benjamin Griveaux a mis la question d’Alstom sur la table, donnant l’occasion à Laurent Wauquiez de se montrer plus eurosceptique qu’il ne l’est vraiment. Le candidat macroniste de la législative partielle qui se déroulera dimanche dans le Territoire de Belfort n’a pas dû goûter le passage…

La journaliste Nathalie Saint-Cricq a conclu l’émission par la question de l’identité. Et permis au président LR de cocher la dernière case chère à la France périphérique. Hier soir, les interlocuteurs de Laurent Wauquiez furent, de loin, ses meilleurs alliés, lui permettant de se conforter dans sa stratégie électorale. Même François Lenglet, qui a pointé son angle mort européen, lui a rendu service : c’est maintenant cette question qu’il doit trancher. Le sondage final (50% de convaincus) lui donne un peu de temps.

Changement de nom du FN: est-il déjà trop tard?

Le premier tome des mémoires de Jean-Marie Le Pen devrait donc être publié début mars en guise d’apéritif du congrès du Front national (FN) le même mois. Clin d’œil du patriarche fondateur aux adhérents du parti, dont il veut toujours croire qu’il en demeurera le président d’honneur. Clin d’œil à la plus jeune de ses filles, Marine, qui a repris la boutique familiale il y a sept ans. Un septennat, un siècle, une éternité. En réalité, on se demande bien si Jean-Marie Le Pen a le cœur à témoigner des signes sympathiques à celle qui lui a succédé. Celui qui déclenchait son agacement, qu’il dépeignait en gourou de sa fille, Florian Philippot, a pourtant vidé les lieux.

Front populaire

Mais Marine Le Pen semble ne plus savoir où elle habite. Alors que le départ de son stratège préféré, qu’elle a finalement poussé vers la sortie, tout en assurant ne pas avoir l’intention de troquer sa ligne « ni-droite ni-gauche » par une ligne « à droite toute », l’a considérablement affaiblie à l’intérieur de son propre parti, la présidente du FN a toujours l’intention de changer le nom du parti. La semaine dernière, notre consoeur, Pauline de Saint-Rémy, toujours bien informée, dévoilait sur l’antenne de RTL que les réponses des adhérents FN à cette question s’avéraient catastrophiques pour Marine Le Pen. 80% d’entre eux souhaiteraient conserver la marque FN. Un vrai désaveu pour Marine. Un triomphe pour Jean-Marie.

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La présidente, afin de démontrer qu’elle demeurait fidèle à la ligne qu’elle avait développée pendant sept ans, a promu Sébastien Chenu. Issu des mêmes eaux souverainistes anti-Maastricht, tout en étant plus souple que Florian Philippot sur la question de l’euro, ce dernier constitue une nouvelle vitrine. Une différence subsiste néanmoins. Florian Philippot n’était pas qu’une vitrine. Il était aussi au four des idées et au moulin de la stratégie. Beaucoup de projets de communiqués passaient entre ses mains. Ainsi a-t-il pu déjà fustiger la position du FN sur le glyphosate et en faire le témoin d’un nouvel alignement frontiste sur la doxa européenne.

Marine Le Pen ne sait plus où elle habite

Mais revenons à ce vieux serpent de mer du changement de nom. A juste raison, Jean-Marie Le Pen faisait de ce chiffon rouge l’œuvre de Florian Philippot. Lequel en avait trouvé un, « Les Patriotes », avant de le garder finalement pour lui. Mais aujourd’hui, alors que le FN souhaite se recentrer sur ses fondamentaux sécuritaires et identitaires, pourquoi changer la marque du fondateur ? Parce que Marine Le Pen veut montrer qu’elle habite encore quelque part, contrairement à ce qu’ose raconter une certaine presse dont fait partie votre serviteur. Et cette volonté de le démontrer à tout prix dévoile en fait son embarras. CQFD.

Mais ce n’est pas parce que Marine Le Pen continue de donner des signes de sa fragilité que Les Patriotes de Florian Philippot disposent d’une autoroute à deux fois trois voies devant eux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de ce côté, on sait où on va, et on y va avec panache, prenant des risques énormes. Le sort des numéros deux de l’histoire du FN n’incite en effet pas à l’optimisme. Bruno Mégret fit scission en 1998 dans de bien meilleures conditions et avec bien plus de cadres que ne l’a fait Florian Philippot cet été. On se souvient de ce qu’il advint de son aventure, dont certains chevau-légers entourent aujourd’hui Marine Le Pen et furent au premier rang de ceux qui l’ont incitée à bouter Philippot hors du FN.

Les Patriotes vs. Front national, premier test fin janvier

Non content de prendre le risque de la séparation, voilà que quelques mois plus tard, le patron des Patriotes décide d’envoyer son lieutenant le plus solide, mais aussi le plus exposé, au feu électoral. Souvent accusée d’utiliser le parachute électoral, Sophie Montel qui, d’après nos informations, « s’amuse terriblement » à écrire un livre sur sa « désillusion » mariniste, a donc décidé d’aller visiter une nouvelle terre électorale, le Territoire de Belfort, où l’invalidation de l’élection du député LR Ian Boucard par le Conseil constitutionnel a provoqué un nouveau scrutin. Le premier tour aura lieu le 28 janvier prochain et un premier débat s’est tenu ce dimanche sur l’antenne de France 3Franche-Comté.

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On y a beaucoup parlé d’économie en général et d’Alstom en particulier, puisque la circonscription abrite l’usine historique de l’entreprise. Et on a pu y déceler une ligne de partage décoiffante, avec d’un côté les « libéraux », à savoir le candidat de la majorité présidentielle issu du MoDem, Christophe Grudler, celui du FN Jean-Raphaël Sandri, et de l’autre les « étatistes », c’est-à-dire tous les autres candidats, ce qui n’est pas très étonnant de la part du PS tendance frondeuse Arthur Courty, de la candidate FI Anaïs Beltran et même de Sophie Montel. Le fait de trouver le candidat LR de ce côté de la barrière n’est en fait étonnant que depuis Paris. Ian Boucard ne cache pas faire partie de la sensibilité la moins libérale de son parti. Je l’ai personnellement entendu évoquer « l’obsession des 3% » à propos de l’orthodoxie budgétaire sauce bruxelloise.

Il est peut-être déjà trop tard…

Ce qui se joue dans cette circonscription, plus que de savoir si la majorité macroniste gagnera un siège supplémentaire aux dépens de LR, c’est évidemment le rapport de force entre Montel et Sandri, entre Les Patriotes et le FN. Si Sandri réussit à fidéliser l’électorat FN sur le logiciel libéral-identitaire très en phase avec le secrétaire général Nicolas Bay, et que Sophie Montel hérite, malgré un terreau sociologique et économique favorable à son discours, d’un score décevant, de l’ordre de celui promis à son nouveau parti par les instituts de sondages pour les élections européennes, Les Patriotes auront perdu une première manche décisive, leur promettant de devoir beaucoup ramer dans les prochaines années, à l’image du parti de Nicolas Dupont-Aignan. Si au contraire Montel fait jeu égal avec Sandri, voire le dépasse, ce serait un coup de tonnerre électoral. Une véritable défaite pour Marine Le Pen. Son idée de changer le nom de son parti demeurerait perdant à tous les coups. Dans le premier cas, c’est surtout la marque qui serait décisive dans la fidélisation de l’électorat. Dans le second, cela signifierait surtout que ce changement de nom arrive bien trop tard et que pousser Philippot dehors constituait une erreur funeste.

Une autre histoire de la présidentielle (3/3)


Décembre 2017, Mélenchon nomme Guaino Premier ministre


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Lundi 19 juin 2017

Arnaud Montebourg était assis face au président. La tension était palpable. Jean-Luc Mélenchon ne comprenait pas son Premier ministre. La France insoumise, grâce à la démobilisation de tous ses adversaires, avait obtenu plus de 300 sièges. Cette majorité permettait de mettre en œuvre le projet joliment appelé « L’avenir en commun », et l’hôte de Matignon faisait la fine bouche.

Montebourg souhaitait que l’idée de Constituante pour une VIe République ne soit pas mise en œuvre, comme prévu, aussitôt la réforme du mode de scrutin votée. Lui qui avait porté depuis le début de sa carrière l’idée d’en finir avec la Ve lui demandait de renoncer à ce projet, de le renvoyer aux calendes grecques. « Il faut regarder les choses en face, monsieur le président. D’abord, même si cette réforme était à votre programme, vous n’avez pas été élu pour ça. Si vous avez obtenu 20% au premier tour, c’est parce que vous, et non la France insoumise, avez su montrer que vous aviez les qualités d’un chef. C’est parce que vous avez incarné, dès l’annonce de votre candidature, ce « qui m’aime me suive » gaullien. Paradoxalement, c’est le futur monarque républicain qui a été élu, pas celui qui annonçait la Constituante. Ensuite, votre majorité est diverse. Entre le duo Obono-Autain, le jacobin Corbière et mes proches qui l’ont rejointe, on dirait des grenouilles dans une brouette.  Seule la Ve République et ses outils permettront de la discipliner pour mettre en œuvre les chantiers prioritaires, la transition écologique et le bras de fer européen avec l’Allemagne. Enfin, j’ai bien peur que cette assemblée constituante élue à la proportionnelle fasse n’importe quoi, allant beaucoup plus loin dans le régime d’assemblée que nous ne le souhaitons nous-même. »

Le président n’était pas décidé à s’asseoir sur sa VIe République, et il le signifia à Montebourg. Celui-ci ne se démonta pas. « Alors, je retourne faire du miel en Saône-et-Loire ! ».

Jeudi 14 septembre 2017

Au premier rang de la manifestation, Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez, Manuel Valls et Florian Philippot – fraîchement débarqué du FN – avançaient, bras dessus bras dessous. Marine Le Pen avait été déclarée persona non grata, bien qu’opposée aussi à la mise en place du Conseil de déontologie des médias. Le nouveau Premier ministre Benoît Hamon faisait le siège de l’Elysée chaque jour depuis une semaine pour implorer le président Mélenchon de renoncer à son projet. A l’Assemblée, la majorité France insoumise se fissurait. Clémentine Autain avait demandé à ce qu’on abandonne le projet, suscitant la colère du président de groupe Alexis Corbière. François Kalfon, le ministre de l’Intérieur, avait aussi prévenu depuis quelques jours de l’ampleur de la manifestation.

Le président de la République avait toutes les raisons de tenir. Depuis son élection, il faisait l’objet d’une opposition médiatique massive, qu’il trouvait la plupart du temps caricaturale et malhonnête. Mais la France des médias résistait et était parvenue à mobiliser. Bizarrement, c’est la France périphérique, celle qui lui avait été la moins favorable lors de l’élection présidentielle, qui se mobilisait le moins contre l’idée de ce conseil de déontologie journalistique. La fronde se déployait en revanche dans toute la France des métropoles, ce qui donnait aux manifs l’effet grossissant d’une loupe. Les études d’opinion confirmaient politiquement le clivage géographique. Le président s’écroulait dans son propre électorat et celui du Parti socialiste. Il remontait en revanche légèrement dans l’électorat LR et sensiblement dans l’électorat FN. Il avait décidé de tenir bon, mais commençait à se demander si son éphémère Premier ministre, devenu apiculteur, n’avait pas vu juste en juin dernier. S’il avait du mal à imposer une telle réforme à sa majorité, comment la France serait gouvernée en VIe République ?

Dimanche 24 décembre 2017

Enfin, les émeutes avaient cessé. En octobre, le président Mélenchon avait décidé d’une répression tous azimuts contre la fraude fiscale. En Conseil des ministres, il avait insisté pour que cette bataille se fasse non seulement au niveau des cols blancs mais aussi dans les banlieues où nombre de trafiquants en tous genres ne déclaraient aucun revenu tout en affichant ostensiblement des signes extérieurs de richesse. Il avait ainsi exigé qu’on redonne une nouvelle vie au travail commun de la police, du fisc et des douanes initié par Nicolas Sarkozy lorsqu’il occupait Beauvau au début du siècle. Frapper les trafiquants au porte-monnaie.

Mais, comme en 2005, ces derniers avaient décidé de ne pas rester inertes. Il avait suffi d’un accident de scooter d’un jeune homme à Clichy-sous-Bois, poursuivi par la police, pour que les banlieues s’embrasent. Hamon et Khalfon étaient passés sous la table. Les médias – Mediapart en tête – vent debout contre l’Elysée, accusé de tous les maux. Ne restait plus que la Ve République. Et son fameux article 16. Au bout d’une semaine d’émeutes, le président se décida à l’utiliser. Les accusations de fascisme se multiplièrent, les allusions au Venezuela et à Cuba fleurirent. Mais Mélenchon savait qu’il jouait son mandat dans l’épreuve de force. En quinze jours, l’ordre régnait dans les banlieues. Et la popularité présidentielle remontait en flèche.

En ce dimanche de fête, le président de la République annonça la fin de la mise en œuvre de l’article 16 et ceux des travaux de la Constituante. La Ve République continuerait à vivre. Dans quelques jours, il nommerait Henri Guaino Premier ministre, Hubert Védrine aux affaires étrangères et Natacha Polony à la transition écologique. A la fin de son allocution, Jean-Luc Mélenchon se paya le luxe de ces deux mots adressés aux Français : « Joyeux Noël ».

Une autre histoire de la présidentielle (2/3)

Mai 2017, Jean-Luc Mélenchon élu président de la République

Mardi 4 avril 2017

Malgré son expérience, François Bayrou n’avait rien vu venir. Et pourtant, deux mois auparavant, les réseaux sociaux s’étaient timidement fait l’écho de ce passage d’un livre de Corinne Lepage paru deux ans avant. Une affaire d’emplois fictifs. Comme Fillon. Et concernant le Parlement européen, en plus. Il était monté trop vite et trop haut dans les sondages. Depuis vendredi dernier, il devançait désormais François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, et occupait ainsi virtuellement – avec 18.5 % – la seconde place pour le second tour, selon le Rolling-IFOP.

Son slogan de campagne, « La sagesse », s’était imposé et collait à merveille avec une opinion en train de se cristalliser. Cette « sagesse » répondait à une demande de protection. De manière surprenante, le démocrate-chrétien qui avait toujours été un représentant de la politique d’ouverture du pays aux vents du marché européen et de la mondialisation, faisait presque jeu égal dans la France périphérique avec Marine Le Pen. Il devenait le candidat de la France profonde, et un peu celle des oubliés. Et cette sagesse renvoyait aussi et surtout à l’honnêteté, ce qui lui avait apporté des bataillons d’électeurs de droite devenus rétifs au vote Fillon.

 Et voilà qu’il était rattrapé, comme le candidat LR et Marine Le Pen par cette histoire d’emplois fictifs. Il était désormais trop tard pour retirer sa candidature mais François Bayrou savait qu’il retomberait aussi vite qu’il était monté. Il savait aussi d’où venait le coup et rejoignait désormais François Fillon dans le diagnostic selon lequel un cabinet noir travaillait à la perte de ceux qui pouvaient succéder à François Hollande. A qui profitait le crime ? A Emmanuel Macron, à l’évidence.

Lundi 24 avril 2017

La France des médias avait la gueule de bois. Pendant des semaines, elle avait conjuré le mauvais sort, souhaitant ne pas voir en face ce qui la guettait. Le second tour tant redouté. Entre « les deux extrêmes ». Entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pendant des semaines, elle y avait pourtant travaillé soigneusement, avec l’Emission Politique en tête de gondole, ses invités-surprises, son surf sur les buzz en tous genres. Elle avait pourtant fustigé le dégagisme. Elle l’avait fustigé, mais encouragé à force de le dénoncer et d’y participer néanmoins. Schizophrénie médiatique.

Et voilà qu’il fallait choisir. Entre la peste et le choléra. Du côté des partis politiques, on était aussi devant ce second tour comme des poules devant un couteau. A part Benoît Hamon, Philippe Poutou (pour Mélenchon), Nicolas Dupont-Aignan (en faveur de Le Pen), François Asselineau, Nathalie Arthaud et Jean Lassalle (pour le vote blanc), on n’avait encore donné de consigne de vote. Les trois gros candidats éliminés se taisaient. Quelques personnalités proches de ces candidats les avaient en revanche devancés. Laurent Wauquiez avait annoncé dans la matinale de RTL qu’il choisissait Marine Le Pen. Christophe Castaner se prononçait pour Jean-Luc Mélenchon sur France Inter. Marielle de Sarnez, enfin, se résolvait au même vote que le porte-parole d’Emmanuel Macron, « la mort dans l’âme », sur l’antenne de LCI.

Les premiers sondages donnaient Jean-Luc Mélenchon en tête avec 54%. C’était peu. Tout dépendrait de la capacité de chaque candidat à mobiliser, ce qui pouvait déjouer les pronostics et les sondages, jusqu’au dernier jour.

Dimanche 7 mai 2017

Jean-Luc Mélenchon apprit vers 18h30 qu’il était sans doute le huitième président d’une Ve République dont il souhaitait la fin. Il avait conscience que la France était en miettes. La campagne présidentielle la plus déplorable de l’histoire de la République n’y avait pas peu participé. Il fallait désormais rassembler. Le chef de la France insoumise avait conscience qu’il avait été élu par défaut, comme tout candidat vainqueur de Marine Le Pen l’aurait été à sa place. La désignation de son Premier ministre ne devait pas attendre. Il l’annoncerait dans les prochains jours, avant même d’être investi de ses fonctions. Tout le monde attendait Benoît Hamon mais le nouveau président ne souhaitait pas désigner une personnalité ayant participé au scrutin. Son choix se porta alors sur Arnaud Montebourg, qui accepta la proposition. Il fallait désormais trouver une majorité aux élections législatives. Jean-Luc Mélenchon n’en doutait pas : la mécanique des institutions de la Ve lui permettrait de l’obtenir.

Une autre histoire de la présidentielle 2017 (1/3)

Février 2017, François Bayrou se déclare candidat à l’Elysée

 Mercredi 22 février 2017

Les chevau-légers du macronisme faisaient feu de tout bois. L’annonce de la candidature de François Bayrou tombait bien mal. Le maire de Pau l’avait faite dans l’après-midi au cours d’une conférence de presse. « La France doit refuser l’aventure. Marine Le Pen représente l’aventure anti-européenne, l’aventure de l’isolement et du repli. François Fillon représente désormais l’aventure de l’immobilisme car il n’est désormais plus en position – même s’il était élu – de mettre en œuvre son programme. Emmanuel Macron, c’est l’aventure du déracinement, le porte-drapeau d’une élite hors-sol, le triomphe du consumérisme. La tentation de le soutenir m’a effleuré. J’y ai complètement renoncé après qu’il a lancé à la tribune qu’il n’y avait pas de culture française. J’ai donc décidé de présenter ma candidature à l’élection présidentielle ».

Au QG d’Emmanuel Macron, après une dizaine de minutes d’hésitation, entre le silence méprisant et l’offensive armée, le chef lui-même avait opté pour la seconde option. A grands renforts de tweets, « l’irresponsabilité », et « l’égocentrisme », censé prendre un double-sens avec François Bayrou, étaient fustigés, par les porte-parole officiels comme officieux. Dans l’open-space du Figaro, la journaliste Eugénie Bastié se souvint de l’appel téléphonique qu’elle avait reçu de lui début février, juste après une chronique matinale : « vous avez raison, Charles Péguy aurait vomi le progressisme d’En Marche ». Depuis ce jour, elle était convaincue de cette candidature. Comment pouvait-il en être autrement ? Pourquoi prenait-il la peine de l’appeler pour la féliciter si c’était pour se rallier la queue basse à Macron deux semaines plus tard ?

Jeudi 2 mars 2017

Assis dans une banquette du café Bonaparte à Saint-Germain-des-Prés, Bruno Le Maire se demandait si c’était la pratique de la course automobile qui avait doté François Fillon de cette mentalité de tête brûlée. « Imagine-t-on François Fillon mis en examen » ? C’était désormais le cas. Comment pouvait-il se renier à ce point ? Justifier cette volte-face par l’idée d’un complot politico-judiciaro-médiatique ourdi dans un « cabinet noir » sis rue du Faubourg-Saint-Honoré avait quelque chose de pathétique. Confier l’orchestration de cette musique à Sens commun, dans un grand raout au Trocadéro, avait quelque chose de suicidaire. Trop c’était trop. Il ne pouvait participer à une telle aventure. Il fallait que Fillon renonce à cette candidature, qu’il laisse Juppé y aller à sa place.

La décision de Le Maire était prise. Il ne soutiendrait pas Fillon. Si LR désignait un autre candidat, il jouerait le jeu. Dans le cas contraire, ce serait sans lui. Et il rebondirait ensuite chez Macron. Ou chez Bayrou. Mais il rebondirait bien quelque part. Du haut de ses 2% à la primaire de la droite, Le Maire se voyait déjà ministre à un poste régalien. Sauf si Fillon finissait par l’emporter. Dans ce cas-là, pour lui, ce serait les mines de sel. Ou au mieux, beaucoup de temps pour venir déguster un thé au Bonaparte.

Lundi 6 mars 2017

Alain Juppé en avait terminé avec sa conférence de presse. Il avait dénoncé la radicalisation du noyau dur des militants LR, cette droite qui s’était massée place du Trocadéro la veille. Encore sonné par sa défaite à la primaire, actée dès le premier tour, le 20 novembre, il avait définitivement perdu l’espoir de devenir président. Et il avait choisi d’en rendre responsables les militants de son parti. Alors qu’il savait très bien que sa propre histoire lui interdisait de prendre la succession de Fillon. Comment pouvait-il, lui condamné dans la plus grande affaire d’emplois fictifs de la Ve République, prendre la succession d’un candidat soupçonné dans une affaire du même genre ? Une minute après l’annonce de sa candidature, ce rappel fleurirait par centaines de tweets et de posts Facebook. On en rirait. On déplorerait à juste titre l’absurdité de la situation.

Juppé voyait aussi avec intérêt la montée dans les sondages de son ancien allié Bayrou. En moins de deux semaines, il avait déjà atteint un score à deux chiffres. Il avait pris deux points à Macron, et deux autres à Fillon. Il restait sept semaines. Avec la candidature du maire de Pau, le prix du ticket pour le second tour serait moins cher que prévu. 19 ? 18 ? 17%, même ? Jamais une élection présidentielle n’avait été plus ouverte et plus incertaine. Bayrou élu, Juppé se voyait déjà de retour à Matignon, vingt ans après. Quelle revanche ce serait. « Wait and see », comme disent les Anglais. Rester à Bordeaux. Attendre le 23 avril. Patiemment.