Mais dont le président de LR devrait tout de même tenir compte


Malgré ses résultats, le dernier sondage Ipsos/Le Point ne signifie pas que Laurent Wauquiez est moins populaire que Marion Maréchal au sein de son propre parti. Mais il confirme des tendances lourdes dont devrait tenir compte le président des Républicains s’il ne veut pas y être « muséifié ». 


La dernière livraison du baromètre Ipsos/Le Point a fait parler. Deux enseignements de cette enquête mensuelle font l’objet des titres de la presse numérique. D’abord, le fait qu’Edouard Philippe dépasse aujourd’hui Emmanuel Macron en popularité. Ensuite, que Marion Maréchal dépasse désormais Laurent Wauquiez jusque dans l’électorat des Républicains (LR). Nous avons beaucoup traité ici dernièrement de l’équilibre des forces au sein du couple Elysée-Matignon. Concentrons-nous donc sur la seconde grosse information de ce baromètre.

Wauquiez, le soupçon d’insincérité 

D’abord, relativisons un peu les résultats. Si l’échantillon du sondage en entier est de 1003 personnes, il ne se situe qu’à 142 pour les seuls électeurs LR, ce qui ne constitue pas une base véritablement fiable pour décréter aujourd’hui que la directrice de l’Institut de sciences sociales, économiques et politiques (ISSEP) est plus populaire que Laurent Wauquiez au sein des électeurs du parti de son président. D’autant que Marion Maréchal est pointée à 44 lorsque son rival auvergnat l’est à 39, c’est-à-dire à seulement cinq points devant. Rapportés au petit échantillon, convenons qu’il n’y a pas de quoi s’emballer. Toute l’étude par partis peut être ainsi relativisée. Marion Maréchal grimpe de plus de dix points chez les électeurs socialistes quand elle en perd autant parmi ceux de la France insoumise. Qu’a donc fait l’ex-parlementaire ces trente derniers jours pour susciter autant de changement dans l’électorat de gauche ? Rien du tout. Elle n’intervient pas du tout dans le débat public et ces évolutions ne peuvent donc être causées que par un changement dans l’échantillon d’Ipsos.

Cependant, sur la durée, on ne peut qu’enregistrer le fait que, bien que président de son parti, élu à 75% par les adhérents de LR, Laurent Wauquiez reste globalement impopulaire parmi ceux qui confient au sondeur leur sympathie pour le même parti. La raison principale semble bien être le soupçon d’insincérité qui pèse sur ses épaules, motivé par un parcours politico-idéologique erratique, et incarné par l’épisode de l’enregistrement à son insu de ses propos dans une école de commerce lyonnaise. Ce soupçon colle à Laurent Wauquiez tel le sparadrap du capitaine Haddock. Y compris parmi des militants LR a priori favorables, on s’interroge parfois à propos de la communication du chef et sa propension à utiliser un stock lexical très faible alors qu’on le sait agrégé et normalien.

Wauquiez, le nouveau Fillon

Voilà sans doute une clef pour se défaire de ce soupçon. Si Wauquiez croit qu’il ira chercher l’électorat populaire de la France périphérique en « parlant plouc », il se met le doigt dans l’œil. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis où la classe ouvrière apprécie le style Trump. Le général de Gaulle dans les années soixante ou Jean-Marie Le Pen à la fin du siècle dernier attiraient les voix des ouvriers et des employés avec le plus grand stock lexical de tout le personnel politique. Et d’une manière générale, on se fait comprendre du plus grand nombre avec les mots les plus précis possibles.

Autre point concernant l’homme à la parka rouge : alors que 14% des hommes ne se prononcent pas à son sujet, le niveau s’élève à 31% chez les femmes. Pour résumer, une bonne part de la gent féminine ne le « calcule » pas. Là encore, c’est le soupçon d’insincérité qui produit des effets même s’ils sont différents selon le sexe. Les femmes s’interrogent davantage, quand beaucoup d’hommes l’ont déjà condamné.

Enfin, Laurent Wauquiez a repris en héritage la sociologie de LR. C’est en milieu rural chez les retraités qu’il est le moins impopulaire, collant avec l’électorat de François Fillon au premier tour de la dernière présidentielle.

Marion Maréchal est forte là où Wauquiez est faible

Marion Maréchal, quant à elle, entre dans les dix personnalités politiques les plus populaires du baromètre Ipsos/Le Point. Notons que parmi cette tête de classement, on ne trouve pratiquement que des gens n’étant pas vraiment dans la course à la présidentielle. Ainsi, Nicolas Hulot et Jack Lang font désormais partie des pièces de musée. On trouve aussi les maires de grandes villes comme Alain Juppé, Gérard Collomb ou Martine Aubry, un ministre n’ayant jamais montré la moindre ambition présidentielle (Le Drian), deux anciens candidats ayant publiquement reconnu qu’ils ne l’avaient plus, Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Seul Xavier Bertrand peut vraiment être considéré comme impétrant à l’échéance 2022. La dixième, c’est donc Marion Maréchal, qui s’est mis en retrait de la vie politique, ce qui explique en large partie sa position flatteuse. Si on doit faire un portrait-robot du sondé favorable à l’ex-député de Vaucluse, il s’agit d’un ouvrier en pleine force de l’âge et résidant dans une petite ville. Un portrait complètement différent de celui de l’électeur de Laurent Wauquiez. Bref, elle est forte où il est faible. Mais sa sociologie électorale se trouve encore proche de celle de Marine Le Pen et du Rassemblement national (RN) en général. Sa popularité relative tient donc davantage à sa jeunesse et à un certain désintéressement du jeu politique : elle ne parle pas, elle n’agace donc pas.

Le syndrome de la blanche colombe

Contrairement à Laurent Wauquiez, Marion Maréchal n’a pas les mains dans le cambouis. Il lui est donc plus facile de se taire et de paraître désintéressée, ce qui rend le « combat sondagier » inégal. Il ne semble pas que la directrice d’école ait décidé de revenir en politique. Sa popularité relative ne doit donc pas être lue par Laurent Wauquiez comme un « danger Marion ». Mais elle lui indique d’autres enseignements. Le fait qu’il doit absolument redevenir lui-même, comme indiqué plus haut, que son agitation tous azimuts sur les classes moyennes n’a pas encore porté ses fruits et que ce n’est pas forcément la reprise du programme ordo-libéral de François Fillon qui lui permettra d’élargir son socle au-delà des retraités. Enfin, il est considéré par son électorat comme une pièce du vieux monde. C’est peut-être dans la jeune génération LR que pourrait venir la concurrence à moyen-terme si les résultats électoraux n’étaient pas au rendez-vous.