Cachez ce sein de CRS que je ne saurais voir

Comme le souligne Frédéric Ploquin sur l’un des blogs de Marianne, le roi Salmane d’Arabie Saoudite, non content de pousser l’administration centrale (c’est une décision du préfet, pas de la municipalité) à privatiser « sa » plage, a protesté, par la voix de l’un de ses sbires, contre la présence d’une femme parmi la demi-compagnie de CRS (la n°3) chargée de sa sécurité. « À l’extrême limite, elle pouvait bien continuer à surveiller la villa si elle le souhaitait, mais devait s’éloigner de la plage à l’heure du bain », précise le journaliste.
Ladite CRS a très mal pris cette discrimination. Elle a tort. Les femmes sont des créatures inférieures pour le wahhabisme. Elle n’a qu’à surveiller la villa vêtue d’une burqa, come toutes les honnêtes femmes. Roulure, va !
C’est du moins ce que je me suis dit dans un premier temps. Puis une seconde demande m’a fait réinterpréter cet oukase. En effet, le monarque a également exigé que les hommes en maillot de bain (CRS itou, puisque toute autre présence a été interdite par le représentant local de l’Etat, qui doit être content d’avoir passé l’ENA, ou équivalent, pour édicter de telles règles) soient eux aussi privés de plage. Ils surveilleront en tenue. Ça doit être agréable, un gilet pare-balles, par 40° au soleil. Le roi a décidé de les faire suer.
Le souverain aurait-il un complexe ? La comparaison avec des flics sur-équipés en puissance de feu serait-elle à son désavantage ? Et l’exclusion demandée de la madame CRS ne correspondrait-elle pas à une hantise : confronter une femme occidentale à l’exiguité du maillot de bain (synecdoque ou métonymie, le contenant pour le contenu, Bonnetdane est un site pédagogique) du potentat, elle qui, en Françaikse normalement délurée, a dû en voir des vertes et des très mûres ?
Réfléchissons du coup un instant sur ce mot, « potentat ». Cela vient d’un verbe bas-latin potere, forme populaire de posse, pouvoir. Bien avant son arrivée, Salmane a fait la preuve de son pouvoir. Une fois-là, il cherche encore à l’exercer en répudiant la présence de telle ou telle personne. Les gens — cela arrive dans le milieu professionnel, mais aussi sur la route, où je me suis toujours défié, sexuellement parlant, des amateurs de 4×4 vrombissants — qui exhibent à tous propos leur pouvoir n’auraient-ils pas un problème de puissance ? Ou d’impuissance ?
Plus on collectionne les symboles de pouvoir — grosses voitures, grosses maisons (la villa du roi Salmane est en fait un palais, ne jouons pas sur les mots), ou armes à feu (ah, quelle superbe preuve de virilité de la part de Walter Palmer que d’avoir abattu presque à bout portant un lion apprivoisé !), plus on manifeste je ne sais quel sentiment d’impuissance.

Ce qui me ramène au voile islamique (ou islamiste, puisque l’Islam ne l’a jamais rendu obligatoire, et que celles qui le portent obéissent à d’obscurs diktats non religieux). Ces femmes grillagées, enveloppées, abolies en quelque sorte, et gardées dans les harems par des eunuques, manifestent avant tout la trouille bleue de leurs « grands frères » : être confrontés à la puissance de séduction des Occidentaux ; être concurrencés par des roumis. Et si au fond toute cette puissance de feu de l’Etat islamique n’était que le symptôme d’un effrayant complexe d’infériorité ?
Non, il ne faut pas tout ramener au sexuel. C’est très mal. Le projet de l’Etat islamique est avant tout d’assujettir l’Occident…
N’empêche. Cette manie de couper… des têtes me paraît quasi freudienne. Sans compter que cela se fait toujours, le « sourire kabyle » avec sexe tranché et inséré entre les dents. On ne s’attaque au fond qu’à ce que l’on craint.
Et je suis bien sûr que parmi les alertes contributeurs de ce blog, aucun n’aurait l’idée saugrenu de trancher dans le vif l’aimable Salmane — sauf à faire collection de petits radis roses.

Jean-Paul Brighelli