Midsommar

Midsommar_(2019_film_poster)Je ne vous raconterai pas le film, dont vous avez une idée assez précise dans l’article du Monde, qui divulgâche un peu le suspense. Je ne vous dirai pas non plus à quel point est remarquable l’idée de construire un film de terreur dans le jour perpétuel de la Scandinavie du Nord (voir ce que j’écrivais il y a peu de Sommaroy, au nord de la Norvège) au lieu de l’engoncer comme d’habitude dans des ténèbres qui permettent de bâcler les maquillages et les décors : la blondeur des acteurs, leurs tenues d’un blanc éclatant, participent de cette orgie de lumière ; du coup, le seul Noir du film paraît encore plus noir, ainsi devraient mourir tous les sociologues. Je ne vous révèlerai rien de ce qui arrive à certains poils pubiens, ni dans quoi on les trouve. Je ne vous narrerai pas les réactions très angoissées de certains des spectateurs, à la sortie — certaines en état de choc, d’autres tentant de se défendre de leurs traumatismes et de leurs cauchemars à venir par des critiques sur le caractère très explicite de certaines scènes horrifiantes.…

Non : le plus abominable de cet excellent film d’angoisse pure, ce sont les personnages.

Bien sûr, la Suède où est supposée se passer l’histoire — les feux de la Saint-Jean, ou l’une de ces cérémonies du solstice d’été communes à bien des civilisations, mais version secte louche, du genre Temple solaire — a été recomposée en Hongrie, le paradis des films à budget réduit. Mais n’empêche : la centaine de figurants feraient tous des très jolis Suédois et Suédoises. En fait, le film donne l’impression d’être joué par une centaine des clones de Greta Thunberg — des deux sexes. L’horreur au format blondinette.midsommTOP-800x535 De jolies gamines à tresses sages, avec le regard vide et vaguement souriant de psychopathes triomphants ou de psychotiques atteintes de sainteté — y compris dans des actes sexuels où l’on se demande comment le héros arrive à concrétiser quoi que ce soit. Il y a d’ailleurs de vrais débiles mentaux, car ces gens-là pratiquent l’inceste sur commande, afin d’obtenir des produits adéquats pour comprendre et commenter les runes — ne cherchez pas plus loin, allez voir le film.

Et ça finit à peu près comme 1984. Vous vous souvenez sans doute : « It was all right, everything was all right, the struggle was finished. He had won the victory over himself. He loved Big Brother. » L’héroïne, qui a des raisons — c’est tout l’objet du pré-générique de génie, ne ratez pas le début — de ne pas aller bien va beaucoup mieux à la fin. Sachez-le mesdemoiselles : pour revenir à la vie et au sourire, il suffit d’enfermer votre petit ami dans une carcasse d’ours et d’y mettre le feu — ça brûle très bien, aussi bien que dans le Bal des Ardents de 1393 et de fâcheuse mémoire.

Le metteur en scène, Ari Aster, avait donné un très beau Hérédité, il y a deux ans, avec têtes arrachées et détails horrifiques. Et si vous êtes curieux de ce qu’il est capable de faire dans le style « ne respectons rien », son film de promo de l’American Film Institute, The Strange thing about the Johnson’s, traîne sur Youtube. Ce garçon a à cœur de pulvériser les codes du bon goût, et il a du gore une vision particulièrement explicite, âmes sensibles s’abstenir.2040391.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

La sortie au cœur de l’été ne doit pas vous rebuter : ce n’est pas une purge dont le seul bénéfice serait de vous faire passer deux heures et quelques dans une atmosphère climatisée, c’est un vrai grand film d’horreur et de terreur. « Comme si Bergmann avait rencontré le George A. Romero de la Nuit des morts vivants », dit très justement le Figaro. Un avant-goût de ce qui nous attend, quand ces jeunes gens souriants et convaincus de la justesse de leur cause auront pris le pouvoir. Les Gardes rouges ne rigolaient pas. Les héros d’Aster sourient, et c’est bien pire.

Jean-Paul Brighelli