If I were a rich Man

Les Etats-Unis vont bien, merci pour eux. L’aéroport de Los Angeles va ouvrir une aile spéciale VIP où vous serez reçu confortablement pour une somme évaluée à 1500 / 1800 dollars en sus de votre billet. Cela vous évitera de croiser vos fans, quand vous êtes une star, ou tout simplement les pauvres, quand vous êtes riche.
Et des riches, il y en a — même qu’ils sont de plus en plus riches, grâce à la crise. Et des pauvres, il y en a aussi des pleins paniers — 46 millions d’Américains se nourrissent grâce aux tickets alimentaires.
L’aéroport de LA, qui se défend d’être particulièrement élitiste afin sans doute de conserver la clientèle du PS français, fait remarquer aux médias interloqués que de telles structures, qui mettent les wealthy people à l’abri des prolos de la not working class, qui de surcroît sont souvent sales, parfois en colère, et susceptibles de vous arracher votre chemise, il en existe déjà à Paris, Genève, Londres, Amsterdam, Istanbul, Dubaï, Moscou, Munich, Francfort, Madrid et Zurich. En gros, partout où il y a une place financière importante. Méfiez-vous, riches lecteurs de Bonnetdane, à Tokyo vous risquez de côtoyer des fauchés.
Je me sens assez fier d’être citoyen d’un pays qui dispose déjà de ghettos pour milliardaires. Pauvres riches ! Cela compense les autres ghettos, plus familiers, où la misère s’additionne à l’alcoolisme, à la malnutrition, à la solitude, au manque de dents en état de marche (et pour mâcher quoi, hein, je vous le demande ? Un morceau de pain quotidien relativement hebdomadaire, comme disait Prévert ?). Ceux-là mettent leurs enfants dans des bahuts à mixité sociale uniforme. Les autres vont à l’Ecole des Roches : « Depuis 1899, peut-on lire en introduction sur le site de ce camp de concentration pour upper class, l’École des Roches a mis l’élève au centre, garantissant sa réussite scolaire et son épanouissement personnel. Notre approche est profondément humaniste et multi-culturelle. » Et la photo qui accompagne cette profession de foi pédagogiste montre bien la mixité du lieu.
Vous vous rappelez sans doute cette comédie musicale des années 60, Un Violon sur le toit, dont la chanson la plus célèbre est justement If I were a rich man. Norman Jewison (à qui on doit bon nombre de films mémorables, le Kid de Cincinnati, l’Affaire Thomas Crown, Dans la chaleur de la nuit et j’en passe) en a tiré un film célèbre en 1971, oscarisé justement pour ses chansons. Que chante le personnage principal ?
« If I were a rich man
Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum
All day long I’d biddy biddy dum /
If I were a wealthy man »
Oui, c’est exactement ça : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. Rien d’autre à en dire. « Il faut plus de mixité dans les collèges » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. « Nous allons prendre des mesures pour combattre Daech » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. « Mon ennemi, c’est la finance » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. And so on.
Le secteur économique le plus florissant vise à maintenir les riches à l’écart du peuple. Ou les ministres. Les vitres teintées seront interdites aux voitures à partir de janvier. En théorie, pour interdire désormais de se cacher derrière des parois opaques. En fait, c’est pour épargner aux puissants, qui auront toutes les dérogations de la terre sous prétexte de sécurité, de voir ce qui se passe dans la France périphérique. Là où l’on commence à lever les fourches et à déshabiller les Directeurs des Ressources humaines.

Jean-Paul Brighelli