L’autre jour, en faisant de Roselyne Bachelot l’une des cibles de ma mauvaise humeur, je n’avais évoqué qu’une partie des bêtises qu’elle avait, selon moi, proférées. Du reste, un des commentateurs de ce carnet me l’a vite rappelé : elle en avait aussi sortie une autre, bien bonne.

Ainsi, elle a passé par dessus bord la présomption d’innocence en conseillant à Raymond Domenech[1. Lequel n’écoute personne pas même les gens plus compétents que lui. Alors, Bachelot…] de ne pas sélectionner Franck Ribéry pour la coupe du monde s’il était d’ici là mis en examen.

Jeudi soir, sa sous-ministre remettait le couvert, confirmant sa grande soeur en politique[2. Roselyne est très fraternelle avec ses collègues, ce qui change de Morano. Fillon est son petit frère, Rama sa petite sœur, etc…] après avoir évoqué dans un préambule qui n’en finissait pas que Ribéry était pour le moment présumé innocent. Ce qui implique, si on l’écoute bien, qu’il serait présumé coupable s’il devait être mis en examen. Or, tous ceux qui connaissent un petit peu le droit savent que la présomption d’innocence s’applique jusqu’à la condamnation définitive d’un prévenu ou d’un accusé. Il est vrai que Nicolas Sarkozy avait lui aussi parlé de coupable à propos de Villepin, lequel fut ensuite innocenté en première instance, mais on se doutait que c’était davantage ses relations un peu spéciales avec son ami Galouzeau qui lui avaient fait oublier un instant ses cours de première année de droit.

Alors pourquoi Mme Bachelot, pourquoi Mme Yade ne veulent pas voir un mis en examen en bleu ? La réponse est simple : car elles sont ministres. Et depuis dix-sept ans, tous les ministres mis en examen ont été poussés à la démission. C’est ce qu’on appelle la jurisprudence Balladur. Balladur puisque c’est lui qui a formalisé le concept. Jurisprudence, c’est assez impropre. Une jurisprudence, c’est une interprétation de la loi par le Juge. Or, en l’occurrence, pousser quelqu’un à la démission, le virer, alors qu’il est présumé innocent, ce n’est pas interpréter la loi, c’est aller à son encontre. Christophe Barbier, hier soir, sur le même plateau de Canal+, expliquait que la raison de cette tradition balladurienne était due au fait qu’il pouvait être difficile de partager le mercredi la table du conseil des ministres avec le ministre de la Justice et être aussi poursuivie par cette dernière. C’est effectivement l’argument le plus valable, le seul même, pour l’appuyer.

Mais pour un footballeur ? Il n’a pas à siéger avec le garde des sceaux ! Pourquoi donc une mise en examen le priverait de sélection nationale ? Yade et Bachelot parlent d’exemplarité, inséparable du maillot bleu. Mais il est présumé innocent, qu’on vous dit ! En fait, les duettistes du ministère des sports savent parfaitement tout cela. Alors pourquoi disent-elles le contraire ? Cherchons un peu…

Première hypothèse : c’est un jugement moral. C’est mal d’aller aux putes, et même s’il est établi que la fille en question cache volontairement son âge à son pipole de client. Ici, ce sont les femmes, davantage que les ministres, qui parlent.

Seconde hypothèse : elles se disent que, nom d’une pipe, il n’y pas pas de raison ; que si on les y prenait avec un jeune gigolo, elles seraient bien poussées à la démission ; que les footeux doivent assumer le fait qu’ils sont payés beaucoup beaucoup plus qu’elles alors qu’ils ne font que jouer à la baballe ; et que finalement, le devoir d’exemplarité, c’est pas fait que pour les chiens de ministres. On l’a compris, ici, c’est davantage les membres de gouvernement que les dames qui s’expriment.

J’hésite mais je penche davantage pour la seconde hypothèse. Et vous ?

15 commentaires

  1. moi,ce qui me fait bondir,,cher david,,c »est ceci??
    elle se dise????
    nom d »une PIPE?
    savent t »elle ce que cela veut dire?
    quand a ribé,,et les autres,je m »en fout et oui
    j »ai une pensée pour la famille rester au bled,,,,
    dur-dur,,,,,
    je me méfie des léches bottes,,genre roselyne,,,,,
    un large sourire,,,,oui,
    mais beaucoup d »arriere pensée,,,,si,si

  2. Cher David,

    La leçon qui n’est jamais tirée de ce genre d’affaire, c’est l’impérieuse nécessité de se taire. Sarkozy pendant le procès Villepin, Hortefeux avec l’affreux barbu polygame, et maintenant Bachelot avec Ribéry, tous souffrent d’abord et avant tout d’incontinence verbale.
    Dans cette dernière affaire, où nulle mise en examen n’a été prononcée, et où beaucoup d’indices (l’aveu de la prostituée qu’elle dissimulait son âge) laissent présager que de mise en examen il n’y aura point, l’avis des ministres n’était nullement nécessaire. Il suffisait de se retrancher derrière un bienséant « laissons l’enquête se dérouler et la justice faire éventuellement son travail » pour éviter de se faire prendre à nouveau dans le bourbier médiatique. Mais les hommes politiques, quand on leur tend un micro, sont comme des pédophiles dans un jardin d’enfants : ils ne peuvent pas résister.

  3. Je ne penche pour aucune des deux hypothèses.
    Il est plus simple d’admettre que dès qu’il est question de foot,les politiques et quelques autres perdent tout sens de la mesure et disent souvent n’importe quoi,en sortant de leur champ de compétences,si jamais ils en ont eu un.

  4. Si j’ai bien compris, ce n’est pas lui qui est allé aux putes mais plutôt une sorte de livraison à domicile. on lui reproche en gros de ne pas avoir vérifié la carte d’identité du prestataire.

  5. 1. Les footballeur ne sont pas les représentants de la démocratie, ne font pas de promesse, ne prêtent pas serment.

    2. Dans le jargon du métier il y a un terme un peu technique peut-être pour ces deux dames, c’est racolage. Rien ne nous dit que c’est pas les putes qui vont aux footballeur!

    3. Ne payons nous pas dans cette affaire une sélection pourrie avec la main d’Henri?

  6. Cessons d’ergoter à l’infini sur le cas Ribéry : il n’a commis aucun acte condamnable aux yeux de la loi. En France, la prostitution est légale, et n’est répréhensible ni pour le prestataire ni pour le consommateur. Pour être constitué, le délit de relations sexuelles avec un mineur suppose la connaissance du statut de mineur par le partenaire majeur de la relation ce qui, à ce stade de l’enquête, et d’après les déclarations mêmes de la « victime », est loin d’être établi.
    On peut gloser à l’infini sur la situation comique créée par l’écart entre les déclarations de sa foi musulmane par Ribéry, (et nous en avons entendu des exemples ravageurs à la télévision) et sa conduite dans la vie réelle.
    Sans vouloir plébisciter le grand livre du monothéisme qui, à mon sens, a apporté plus de malheurs que de soulagement aux terriens, ne jugeons pas trop vite si nous ne voulons pas être jugés. Et rappelons nous de la part d’ombre de nos consciences et du jardin secret, pas si bien fréquenté, qui s’étale dans chacune de nos vies. Libre à chacun de juger Ribéry dans le tréfonds de son âme. Quant à l’opprobre public, l’amour de la liberté et le refus du flicage exigent de le cantonner aux cas que la loi de notre pays réprouve.

  7. Le commentaire de M. Alain Briens, très mesuré et très précis au regard des textes de loi de notre pays devrait être appris « par coeur » par nos deux duettistes.
    Ca leur éviterait de dire à l’avenir des « co…… » plus grosses qu’elles et de se ridiculiser.
    Et puis, il faudrait que la presse en général laisse ce genre de « nouvelles » à sa consoeur « de caniveau ».

  8. D’accord avec l’esprit de votre article, comme avec le précédent qui soulignait la bêtise satisfaite d’elle-même de Madame Bachelot, je suis quand même assez surpris que vous parliez de présomption d’innocence, car elle n’a pas grand chose à voir avec le sujet.
    D’ailleurs, les deux hypothèses que vous proposez à la fin le montrent bien. C’est évidemment la première qui est la bonne: pour toutes celles et tous ceux qui ont quelque affinité avec les andouilles « de garde », « aller aux putes », c’est mal, surtout quand la seule « excuse » est le plaisir qu’on y prend parce qu’on a les moyens de se payer une call-girl peut-être un peu trop jeune. Que de telles condamnations soient prononcées par des membres d’un gouvernement qui compte toujours dans ses rangs Frédéric Mitterrand est assez amusant. C’est d’ailleurs cela qui me fait penser que votre seconde hypothèse est plutôt farfelue (et puis vous voyez Rama Yade prendre un gigolo? 🙂 ).

  9. @Archibald

    Pour l’histoire des gigolos, c’est évidemment une galéjade. Les ministres sont plus souvent mis en examen pour trafic d’influence, mais je trouvais la mise en examen pour appel à un gigolo mineur plus drôle, en l’espèce.

  10. @Archibald, bien de rappeler Fred Mitt.

    Strauss Khann (Le monsieur PS du monde désigné par Sarkosy) lui, il ne paye pas avec son fric et en plus il y a abus d’autorité…

    Pour reprendre l’idée d’ Alain Briens avec déjà des mots de Brassens;
     » Les trompettes de la renommée sont bien mal embouchée »

  11. Troisième hypothèse : elles tentent d’exister médiatiquement pour faire oublier qu’elle n’ont aucun pouvoir dans ce gouvernement avec ce Président.

  12. @ PiccoloJr
    Il y a effectivement cette troisième hypothèse, probablement pas la moins plausible, mais il y en a une quatrième.
    l’Equipe de France, une fois éliminée, attribuera à Ribéry, ses malheurs par le délétère effet que le satyre exercerait sur l’esprit de groupe. Donc pour le bien de la France (flons flons et Marseillaise en arrière plan…), sortons le tout de suite.
    On voit bien par là que les déclarations Yade- Bachelot sont éminemment politiques, pour donner un peu d’air à Sarko, puisque l’hypothétique succès de l’Equipe de France reste la dernière bouée de sauvetage de ce gouvernement.

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