C’est pour moi un bonheur toujours renouvelé de voir Marie-France Garaud à la télé, et de vous en parler. Mais en l’occurrence, j’ai un alibi : elle vient de publier un essai intitulé Impos­tures politiques (lire l’article d’Eric Branca). C’est à ce titre que, l’autre lundi, on la retrouvait sur le plateau de Taddeï. Thème de l’émission : “La crise”. L’occasion pour Mme Garaud de s’exprimer, entre autres, sur les turbulences que traverse la zone euro (à moins que ce ne soit l’inverse).

C’est le chancelier Kohl, rappela-t-elle, qui a réclamé la monnaie unique au moment de la réunification de l’Allemagne ; mais il n’était pas question, à l’époque, d’y intégrer “les pays du Club Med”… Vingt ans plus tard, les Allemands ne voient toujours pas l’intérêt de « payer ad vitam aeternam pour des pays avec lesquels ils ne ressentent aucun lien de solidarité ».

Nulle critique de l’Allemagne là-dedans ! Plutôt une sorte de jalousie au nom de la France : sur l’échelle de la souveraineté, les deux pays se croisent…

La présidente de l’Institut international de géopolitique n’est pas plus antiallemande qu’antieuropéenne ou “passéiste”… Soucieuse simplement, dans les tribulations à venir, que la France puisse survivre et faire entendre sa voix. “Ça n’est plus dans ses moyens !” entend-on cou­ramment. Encore faudrait-il, pour s’en assurer, que ce fût dans ses objectifs…

Mais la France a-t-elle encore des objectifs ? C’est la question que posera Mme Garaud à propos du deuxième thème de débat : la mon­tée du néopopulisme en Europe, et notamment en France sous sa forme bleu-blanc-blond. Sans surprise, dès la question posée, les invités se lan­cent en chœur dans un pittoresque “débat contre Marine Le Pen” qui ne va pas tarder à tourner à vide, c’est-à-dire sur lui-même.

Sollicitée par l’animateur pour re­lancer la controverse, Mme Garaud le fera, comme à son habitude, en montant au donjon pour dire ce qu’elle voit. Et ce n’est guère réjouissant : le “populisme” ne fait qu’occuper le vide laissé par la nation, c’est-à-dire l’État. « Le peuple n’est pas de droite ou de gauche : il cherche où aller et qui va le conduire. Et pour l’instant, il a le sentiment qu’on ne le conduit pas. » Tellement bien dit que ça en paraîtrait presque sévère…

L’État disparaît au profit de la société au moment où celle-ci aurait précisément le plus besoin de lui : sous nos yeux, explique Mme Garaud, les lieux de pouvoir sont en train de glisser très vite d’Ouest en Est et d’Occident vers l’Orient.

Dans ce contexte de boulever-sement historique, comment nos concitoyens ne seraient-ils pas troublés ? Non seulement ils n’ont aucune idée de leur avenir, mais le problème c’est que leurs représentants politiques non plus…

Bref, “on est mal pris” ! Il faudrait même suggérer à Marie-France Ga­raud d’ajouter ça sur un bandeau rouge pour l’édition de poche…

Publié dans Valeurs Actuelles, le 23.12.2010

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