Du voile comme cheval de Troie

VoileDepuis dix jours que les médias dissertent sur le morceau de tissu avec lequel certaines musulmanes cachent leur chevelure et exhibent leur aliénation, très peu de femmes voilées ont été invitées dans les débats — ce que d’aucuns regrettent.
Pourtant, les chroniqueurs et les journalistes ont bien raison : inviteriez-vous, dans un débat sur l’abolition de l’esclavage, des esclaves contents de l’être ? Il est temps d’appeler un chat un chat, et le voile islamique une marque de soumission de la femme. « Une antique aliénation », disait très bien Mohamed Kacini en 2003 dans Libé (je crois que jamais un journal n’a régressé aussi vite, et aussi loin) Et rien d’autre.

Aliénées : j’ai dans l’idée que dans leur inculture massive (quand on est l’homme ou la femme d’un seul livre, on est inculte profond), certaines musulmanes ignorent le sens du terme. Est aliéné quelqu’un qui ne s’appartient plus, c’est pourtant simple. Qui a abandonné son libre-arbitre et son autonomie. Inutile d’invoquer les mânes de Marx pour savoir que la religion est l’un des plus grands facteurs d’aliénation. L’opium du peuple, hein…

Une femme voilée est une soumise, comme on dit dans les rituels SM. Qu’elle y trouve du plaisir la regarde. Qu’elle aime mourir de chaud l’été, pendant que son seigneur et maître se pavane en bermuda à fleurs, ça la regarde aussi. Mais qu’elle ne vienne pas nous dire que c’est une obligation religieuse.

D’abord parce que ce n’est pas vrai. Les femmes du prophète n’étaient pas voilées, et nulle part dans le Coran il n’est question de voile. Comme l’a rappelé ce cher Georges Frêche en 2001 (c’était l’époque où ils avaient encore des opinions, parfois, au PS, au lieu d’avoir des états d’âme et Raphaël Gluksmann comme apôtre), la seule obligation était la décence — « se couvrir la poitrine » — et c’est une obligation copiée dans le Talmud par la congrégation de chrétiens et de juifs plus ou moins convertis qui en deux ou trois siècles ont abouti à la version dernière du Coran — voir le Dictionnaire du Coran, dans la collection Bouquins.

Mais ce que j’accepte dans les jeux de domination entre adultes consentants — des jeux qui se déroulent en privé, notez-le bien — est inacceptable dans l’espace public. Blanquer a eu raison (et je connais une foule de profs dont ça écorcherait les lèvres de le dire) de noter qu’en l’état de la loi, une accompagnatrice peut être voilée — mais que les enseignants qui l’acceptent s’interrogent un peu sur l’exemple de servitude qu’ils imposent ainsi aux mômes qui leur sont confiés — nos enfants ! Il est en tout cas remarquable que ces femmes, en vrais missiles téléguidés, soient si volontiers volontaires pour escorter les enfants lors de ces « sorties scolaires » qui sont devenues l’alpha et l’oméga de la pédagogie.
Il faut être bête comme peut l’être un élu du RN à l’Assemblée de Bourgogne pour ne pas comprendre qu’une femme voilée venue assister aux débats avec des mômes n’est là que par provocation : il faut la voir rire pendant que ce Julien Odoul l’apostrophe. Et ses plaintes sur le traumatisme causé à son fils sont un pur artifice rhétorique. Au passage, j’attends que les belles âmes qui s’en sont émues évoquent les centaines d’orphelins pas du tout traumatisés par l’assassinat de leurs parents, depuis quatre ans que l’islamisme est passé en version violente. À commencer par ceux des quatre policiers tués par un extrémiste à la Préfecture de police — et dont personne ne parle.

Le voile n’est pas un vêtement, ni même un signe religieux : c’est un signe politique. Or, la loi républicaine interdit toute discrimination entre les sexes, ce qui rend le voile, qui est signe de soumission, parfaitement illégal. La République est donc en droit de demander à ces malheureuses soumises d’ôter ce symbole de leur conformité à la charia, que trop de musulmans placent désormais devant la loi républicaine.

Parce que l’islam ne se contente pas d’être une religion : c’est une machine de guerre. Et une femme voilée est un cheval de Troie visant à pénétrer les murailles de notre république. Qu’auraient fait les révolutionnaires de 1793 avec des femmes refusant de se plier à la loi ? Qu’ont-ils fait, par exemple, des Carmélites de Compiègne ?
Nous n’en sommes pas là, mais les éminences qui nous gouvernent devraient oublier leurs soucis électoralistes — de toute façon, croient-ils sincèrement que les islamistes à qui ils déroulent des tapis rouges voteront pour eux ? — et penser à éviter des débordements fâcheux. Nous devons viser l’intégration et l’assimilation des six ou sept millions de musulmans français. S’ils ne l’acceptent pas, qu’ils partent.
Comme l’a remarqué Chevènement il y a quelques jours, « le Conseil français du Culte Musulman [de plus en plus noyauté par des extrémistes] réclame, à juste titre, le droit à l’indifférence pour les musulmans. Il ne devrait pas chercher, en toute logique, à donner à une signalétique vestimentaire qui marque la différence une force qu’elle n’a pas. » D’autant qu’il est paradoxal que des sunnites profitent de la révolution iranienne et de son déluge d’horreurs pour faire du voile l’étendard de leur insoumission communautariste.

Les femmes du monde musulman, d’Iran au Maghreb en passant par l’Egypte (écoutez le rire de la salle et celui de Nasser, parce que les Frères musulmans voulaient imposer le voile aux Egyptiennes !), étaient plus civilisées et plus modernes dans les années 1950-1970 qu’aujourd’hui. L’islam wahhabite est une régression — et nous qui sommes habités par les Lumières, pouvons-nous accepter que la nuit soit imposée aux femmes ? Et que des gardiens de la pureté islamique obligent des femmes désireuses de s’émanciper de la tutelle familiale et clanique, de faire des études, de s’allier à qui elles désirent et de croire en ce qu’elles veulent, ou de ne pas croire du tout, de renoncer à leurs droits et à obéir à leurs commandements ? La religion a été pendant des siècles le dernier carcan par lequel les hommes tentaient de conforter un pouvoir inique sur les femmes. Eh bien, s’ils y tiennent tant que ça, mesdames, faites-le leur porter — ça nous changera. Ou faites-le leur bouffer.

Jean-Paul Brighelli