Jean-Michel Blanquer, qui travaille sur le dossier depuis son entrée en fonction — c’était l’une des marottes de son ancien directeur de Cabinet — a donc décidé d’une modification majeure de la formation des enseignants : à partir de septembre, la formation initiale, allongée d’un an, est pour l’essentiel enlevée aux INSPE (successeurs des ESPE, eux-mêmes héritiers des IUFM, la racaille engendre la racaille), du moins en ce qui concerne les Certifiés et les Agrégés. Les Instituts de Formation des Maîtres se retrouveront à la portion congrue — celle qui était jadis affectée aux Ecoles Normales d’Instituteurs.

Les Facariens, cette tribu née du grand gang-bang pédagogique par Philippe Meirieu, Jean Foucambert, Roland Goigoux et quelques autres illustres dispensables, s’émeut dans le Monde par la bouche de Vincent Troger, ex-pilier de l’IUFM de Nantes et Maître de conférence honoraire en Sciences de l’Education. Après avoir brossé un rapide historique de ka conception contre-nature de ces Instituts de Formation et chanté leurs louanges, il rappelle qu’ils furent menacés une première fois en 2008 par Xavier Darcos, habilement conseillé par des républicains sincères, alors que Blanquer était recteur de Créteil et développait l’internat d’excellence de Sourdun, dont j’ai parlé ici-même.
Mais Darcos, passé au ministère du Travail, n’a pas eu le temps de concrétiser les belles idées dont nous avions débattu — et Luc Chatel n’avait pas les compétences pour les entériner. Cinq ans de Gauche ont redonné espoir aux malfaisants. Non seulement ils ont repris sous leur coupe la totalité de la formation des maîtres, mais ils ont obligé les titulaires de Masters universitaires à passer un Master MEEF en sus de leur formation disciplinaire. Fourches caudines. Chacun sait que c’est avec de la pédagogie, bien plus qu’avec des savoirs réels, que l’on fait classe à des apprenants qui construisent seuls leurs propres savoirs…
C’est ainsi qu’une enseignante de mes relations, titulaires de deux Masters en Espagnol et en Lettres, a dû écouter un an durant les délires des didacticiens d’Aix-en-Provence, particulièrement gratinés. Elle est titulaire désormais d’un Master tout aussi dispensable « Métiers de l’Education », avec un mémoire sur l’orthographe disant un mal fou de l’infâme Brighelli, qui n’est pas en odeur de sainteté dans ce haut lieu de l’ignorance.

Arrive Blanquer. Désormais, grince Vincent Troger, « la réforme prévoit que tous les titulaires d’un master peuvent se présenter aux concours sans passer par la formation en Inspé. » Et il analyse le résultat prévisible de ces bouleversements :

« Que cherche Jean-Michel Blanquer en initiant une réforme aussi chaotique que les précédentes, qui attire aussi bien des critiques sur la baisse supposée des exigences disciplinaires dans la formation que sur le risque d’une nouvelle pénurie de recrutements ? Peut-être revenir à la situation antérieure aux IUFM, en redonnant plus de poids aux universités pour la préparation des concours de l’enseignement secondaire, et aux corps d’inspection pour la formation des professeurs stagiaires. Dans ce schéma, les Inspé seraient prioritairement consacrés à la formation des professeurs des écoles, comme du temps des écoles normales. Ce retour au passé ferait sans doute plaisir à tous ceux qui avaient fait des IUFM et du « pédagogisme » la cause de tous les problèmes de l’école. »

Eh oui…

Tout n’est pas rose pour autant. Blanquer aurait dû, dans la foulée, supprimer complètement la pédagogie des concours de recrutement, alors que la nouvelle maquette du CAPES semble la renforcer : on caresse d’une main les pédagos, tout en leur tisonnant le rectum. Mais pour cette panique qui prend soudain les grands Facariens qui depuis 1989 au moins ont investi l’être profond de la rue de Grenelle, que certains, au ministère, soient en ce jour remerciés.

Jean-Paul Brighelli