S’il y a bien une chose dont j’aurai toujours du mal à m’offusquer, c’est le traitement médiatique des affaires de pédophilie dans l’Église.

Je connais les refrains obligés: ils parlent de la pédophilie dans l’Église mais jamais dans les autres religions ou dans l’Éducation Nationale, ou dans les associations sportives, et ils oublient de rappeler que la majorité des actes de pédophilie est commise dans le cadre familial. C’est vrai. Et l’on omet d’ailleurs de dire que la plupart sont commis par des ados, le cas du grand frère imbibé de porno qui « joue » avec sa petite sœur étant une situation à la fois hyper répandue et totalement taboue. Idée de reportage…

Mais comment nier que ce crime revêt une atrocité particulière lorsqu’il est commis par un prêtre ? Et comment nier que l’inaptitude des prélats à répondre tout simplement avec leur tripes aux questions qu’on leur pose est absolument outrageante ? Ce n’est quand même pas un sujet compliqué ! Nul besoin de choisir ses mots ou de suivre des séances de média-training pour dire que c’est tout simplement dégueulasse. Contrairement à l’avortement ou au mariage gay, la pédophilie n’est pas un sujet clivant sur lequel la doctrine catholique s’oppose à la pensée du moment.

Évidemment, il y a quelque chose d’allergisant dans la jubilation que l’on sent chez les journalistes dès qu’il s’agit de pédophilie dans l’Église. Mais après tout, Celle-ci n’a qu’à pas leur offrir d’aussi belles occasions de Lui cracher dessus :

Là, on va me faire remarquer que je n’ai pas adopté la même posture en parlant du reportage de C8 en infiltration au FNJ de Nice. C’est que ce dernier reposait uniquement, j’insiste, uniquement, sur le plaisir du voyeurisme et de la supercherie, au même titre que n’importe quelle émission de divertissement en caméra cachée. Qui peut prétendre avoir appris quoi que ce soit dans le reportage de C8 ? Qui ignorait qu’il y eût des lecteurs de Faurisson et des militants identitaires au FN ? Nobody.

A l’inverse, il est indéniable que le reportage de France 2 sur la pédophilie dans l’Église repose sur une démarche d’investigation journalistique rigoureuse. A ce titre, le fait d’avoir répertorié un maximum de cas doit être salué, c’est ce qui rend la démonstration incontestable. Beaucoup d’autres se seraient contentés de deux ou trois noms, s’exposant à l’objection classique : ce sont des exceptions. La mise au jour du système scandaleux de « mutation » des prêtres incriminés est le point fort de ce reportage et il ne fait aucun doute que cette enquête fera date (on parle d’un nouveau Spotlight).

Cela ne signifie pas que soit absent de ce document un défaut désormais classique dans la mise en scène des enquêtes de journalistes : si quelqu’un a refusé d’accorder une interview, on ne se contente pas de dire qu’il a « refusé de nous répondre » ; on le harcèle, caméra à l’épaule, pour bien donner à voir qu’il refuse. Comme s’il y avait la moindre chance qu’il décroche un mot entre deux portes, alors qu’il a refusé une interview tranquille dans son bureau, dont il eût fixé la date et l’heure. Pauvre Xavier Darcos qui se retrouve bien malgré lui mêlé à ce procédé discutable et rendu coupable d’écarter les journalistes ! Et on filme la porte qui se ferme, évidemment.

Voir aussi l’interview durant laquelle le journaliste prend des notes… alors que l’entretien est filmé (23:16) !

On pourrait dire un mot de la musique mais il faut reconnaître qu’elle est moins obsessionnellement prescriptive que dans le reportage de C8 : pas de « musique du méchant », plutôt un fond sonore qui suggère le suspense lié à la progression de l’enquête.

Même les caméras cachées me paraissent presque justifiées ici. En effet, les journalistes ne dissimulent ni leur identité ni l’objet de leur reportage (on n’est donc pas du tout dans le cas C8). Ils filment les prêtres présumés coupables de pédophilie au moment où ceux-ci refusent de répondre à leurs questions. Cela peut paraître pure mise en scène sans intérêt. Au risque de surprendre, je pense pour ma part que ces plans ont leur utilité. Ils auraient pu être l’occasion de déceler une once d’humanité voire de repentir, même feints. Quelque chose comme : je préfère ne pas parler à la presse, mais je tiens à ce que vous sachiez que je vais très mal, il ne se passe pas un jour sans que etc. Mais non. Rien. Et c’est ce rien qui pétrifie.

Je reste gênée par l’expression « prêtres pédophiles » employée dans les médias (et adoptée dans le discours commun, par effet d’imprégnation). Il me semble que c’est un encouragement à la généralisation abusive (que l’on appelle couramment l’amalgame) et surtout, que cette expression induit un rapport de cause à effet tout aussi abusif. Il faut n’avoir aucun prêtre dans son entourage pour ne pas savoir avec quel poids de soupçon ils doivent désormais vivre. Incontestablement, les premiers responsables de cet opprobre sont les porcs qui ont effectivement profité de leur statut pour démolir des enfants.

Mais force est de constater que les entraîneurs de foot sont beaucoup plus tranquilles alors que côté affaires sordides, le milieu est gratiné.

A titre de comparaison, si l’on dit automatiquement « prêtre pédophile », on emploie plus couramment « instituteur coupable de pédophilie » ou « soupçonné d’actes pédophiles » qu' »instituteur pédophile ». Ce n’est pas concerté,  il y a seulement une dissociation naturelle entre la fonction et le crime du coupable, alors que dans le cas des prêtres, on en est venu à une forme d’association sentie comme naturelle.

Mais un élément qui retient l’attention dans le reportage, et il est nouveau, c’est la volonté manifeste de faire porter la responsabilité du crime, non seulement sur l’institution, ce qui se justifie, mais sur la doctrine et les textes.

Il y a d’abord cette phrase, reprise dans l’article du site « france tv info »: « la loi de Dieu semble souvent prévaloir sur celle des hommes ». Quelle loi de Dieu ? On attendrait des précisions parce que l’accusation est grave. Il y a même une dimension diffamatoire à laisser entendre que la Bible encourage la pédophilie ou même, qu’elle condamne ses victimes au silence.

On peut remercier le religieux interrogé dans le reportage qui rappelle le sens de l’expression « malheur à celui par qui le scandale arrive ». De fait, il faut tout de même être assez tordu pour considérer que, dans les affaires de pédophilie comme en toute affaire criminelle, c’est la victime qui est coupable du scandale. Dans la discussion qui suit la diffusion du document, c’est pourtant encore cette interprétation surprenante qui sera reprise par l’un des participants, sans rectification de la part d’Elise Lucet.

Cette interprétation est sans doute celle que les pédophiles susurrent à leurs petites victimes pour s’assurer qu’elles sauront garder le silence. Il est curieux (ou pas?) qu’une telle manipulation du texte puisse être ainsi cautionnée par les journalistes.

Enfin, il me semble que le reportage, croyant s’en prendre à l’Église, voire au catholicisme en général, ne nomme pas sa véritable cible. Ce qui est reproché à tous ces prélats protecteurs de pédophiles, c’est de mettre plus l’accent sur la miséricorde que sur le péché, de regarder le pécheur comme un frère, d’insister sur le pardon, etc. On leur reproche d’être ce qu’ils sont : des enfants de Vatican II ou plus exactement de l’esprit Vatican II, tel justement qu’il est vanté, habituellement, par les journalistes (qui bien souvent, n’ont lu aucun des textes du concile, mais passons). Il y aurait un sujet à faire sur cette rupture générationnelle qui oppose nettement les représentants vieillissants de cette mentalité on-ira-tous-au-paradis (rappelons que pour Mgr Lalanne, la pédophilie n’est pas nécessairement un péché…) à la majorité des jeunes prêtres actuels, bien plus au clair sur la différence entre le bien et le mal. A l’instar de l’abbé Grosjean qui avait parlé avec son cœur sur le plateau de Canal + :

La colère de l’Abbé Grosjean – Le Grand Journal… par legrandjournal

On serait donc en droit d’attendre un questionnement autocritique de la part des journalistes quand on constate que la mentalité catho-tiède, tant louée par les médias pour saluer le renoncement à l’Église d’autrefois, est celle-là même qu’ils fustigent quand elle conduit les représentants de cette institution à faire preuve de compréhension et de bienveillance envers les pédophiles.

Autrement dit, critiquer les hommes et les institutions, preuves à l’appui, qui plus est, c’est fort louable. Mais quand on s’en prend à une doctrine et à un texte, peut-être faut-il d’abord les connaître. Les journalistes se rendraient compte ainsi, que ce qu’ils agonissent, à juste titre, est une version abâtardie et perverse du catholicisme, il est vrai fort répandue.

Parce que, non, la religion catholique n’est pas, ne devrait pas être, une religion de mollassons pétris d’injustice satisfaite, qui mettent sur le même plan victimes et coupables, intiment aux premières l’ordre de pardonner aux seconds, voire s’arrogent le droit de pardonner à leur place, faisant de cette planète un monde confortable pour les méchants et invivable pour les bons.

La religion catholique, la vraie, pas celle des Lalanne et Cie, dit que l’on n’est jamais tenu de pardonner à quelqu’un qui ne se repent pas, que cela revient à fermer les yeux sur le mal et à l’encourager, que c’est donc le contraire de la miséricorde.

Elle dit que si la miséricorde est une vertu, la justice en est une aussi.

Elle dit que le pardon en confession n’est accordé qu’à condition de réparer le mal commis.

Elle n’incite pas à fuir la justice des hommes, Jésus lui-même s’y étant soumis.

Et à propos de Jésus, justement : on frôle la manipulation quand on consacre une émission entière à la pédophilie dans l’Église, allant jusqu’à mettre en cause les Évangiles, sans jamais citer le passage où le Christ parle de la pédophilie. Passage qui faisait dire à un prêtre de mes amis que c’était sans aucun doute le péché que Dieu avait le plus de mal à pardonner, même à ceux qui s’en repentaient, même à ceux qui avaient payé leur dette à la société :

« Celui qui scandalise un seul de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui accroche au cou une meule de moulin et qu’on le jette au fond de la mer. »

(Matt. 18,6)

On note que ce texte fournit la confirmation que le scandale n’arrive pas par la victime, contrairement à ce qui est suggéré dans le reportage.

« Il vaudrait mieux pour lui » ? C’est-à-dire ayez la charité de le punir dès maintenant de la plus terrible des façons, sans quoi son châtiment dans l’Au-delà sera vraiment, vraiment atroce.

Et quand il prononce ces mots, Jésus n’a pas la bouche en cœur.

 

Je dédie ce post à Caroline P., victime d’abus sexuels commis par un prêtre. La vie nous a éloignées, mais je n’ai pas oublié.

20 commentaires

  1. Chère Ingrid,

    Dans le passage que vous citez, ce sont certes les propos du Christ, mais ils sont rapportés près d’un siècle plus tard. Et quel que soit le soin apporté à la conservation de sa parole par ses disciples, 3 à 4 génération de bouche à oreille m’incitent à prendre toute citation du Christ avec une certaine prudence.

    Bref. Mao disait au sujet de la religion que c’est un poison. Le communisme aussi, mais le fait que cela soit un autre débat ne doit pas retirer la pertinence (partielle) du constat de Zedong.

    Ce n’est pas la « religion » qui est un poison, c’est l’infrastructure (peu importe laquelle d’ailleurs) qui vient se greffer dessus pour l’organiser. Car comme toute infrastructure, elle se préoccupe d’abord de sa survie avant de s’occuper des missions qui ont conduit à sa création.

    Par exemple, le catholicisme est fondé sur un ouvrage dont la vocation est la colonisation intellectuelle. Les enfants croient au Père Noël, les adultes à l’église (ce qui est fort différent de Dieu). Ou aux hommes politiques, ce qui revient peu ou prou à la même chose.

    Pour en revenir à « l’infrastructure », le seul évangile écrit à l’époque où Jésus a prêché n’a pas été retenu par l’église catholique comme canonique. Cela en dit long sur l’honnêteté intellectuelle des dirigeants de cette église.

    Cela ne retire en rien que des gens puissent avoir une foi sincère. Cette foi est juste instrumentalisée, pour produire des cathédrales, ou faire de l’église catholique l’un des plus gros propriétaire foncier de la planète, ou encore pour dissimuler la pédophilie dans l’église.

    Quelque part, comprendre et admettre l’existence de Dieu, pour ensuite s’assujettir volontairement au ministère d’un quelconque intermédiaire, me semble refléter un petit penchant qu’a l’humain à l’autodestruction…

    Finalement, à mon sens, la principale erreur que font les gens de (bonne) foi est de chercher à séparer les règles de fonctionnement des univers matériels et spirituels.

    Une fois que l’on applique les principes scientifiques à la notion de conscience, d’âme, peu importe le nom que l’on donne au souffle de vie qui nous habite tous… Le monde devient infiniment plus clair.

    Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme: les âmes ne vont pas dans un « au-delà », mais elles reviennent. Et le purgatoire est devant nos yeux (je ne qualifierai pas autrement l’existence des petits leucémiques).

    Je vous souhaite une belle journée.

    • Merci pour votre commentaire, Démosthène. Je sais que vous me laissez souvent un petit mot mais je n’ai pas toujours le temps d’y répondre, excusez-moi. Je dois avouer que mon texte était beaucoup moins ambitieux que votre réponse ! Vous soulevez des questions telles que la médiation avec la transcendance ou même la datation des textes bibliques. Ce sont des sujets très intéressants et, dans le second cas, un objet perpétuel de débats entre chercheurs. Mais pour ce qui concerne le thème de mon post, peu importe que l’Evangile de Matthieu date d’il y a 2000 ans ou d’il y a 2 semaines. Ce qui importe ici, c’est que l’Eglise reconnaît ce texte comme digne de foi et que, par conséquent, si l’on veut parler de la pédophilie dans l’Eglise, on ne peut faire comme si ce texte n’existait pas. Quant aux principes scientifiques qui résolvent toutes les questions, ils ont l’art, également, d’abolir la liberté humaine puisqu’elle devient explicable et se réduit donc à une accumulation de déterminismes. Je ne suis pas certaine que cela soit très séduisant ni très conforme à la réalité de notre condition.

      • Chère Ingrid,

        Nous avons tous une vie à mener avant de venir poster sur la toile…

        Mon propos sur la nature postérieure de l’évangile de Matthieu n’illustrait que l’hypocrisie de l’église sur ce point, il ne remettait pas en cause votre propre conclusion que je partage.

        Les principes scientifiques ne résolvent pas tout, loin de là. Il suffit de constater la « religiosité scientifique » sur certaines théories, ou la récupération à postériori de théories présentées initialement comme fumeuses par l’univers scientifique (i.e. la dérive des continents) pour en avoir la preuve la plus absolue.

        Je n’ai pas de réponse à vous apporter sur le pourquoi de la liberté (même si j’ai une petite théorie).

        Ceci étant dit, je n’ai, contrairement à l’église catholique, rien à gagner à évoquer ma conception du monde. Et cette vision me permet d’appréhender le monde sans crainte.

        Par exemple, l’essentiel de l’humanité craint la mort… Sans comprendre que tous les soirs, elle meurt, et que tous les matins, elle revient…

        Belle journée à vous.

    • @Démosthène : vos assertions sur les évangiles canoniques/apocryphes sont des lieux communs qui ne résistent pas à une critique historique même peu poussée.

      Je vous recommande à ce sujet l’excellent ouvrage de Frédéric Guillaud, « Catholix Reloaded ». Passionnant, très facile à lire, et un don du ciel pour les rationalistes comme vous (et moi – ce n’est pas une insulte !).

      • J’essayerai, si j’ai le temps avant que les commentaires sur cet article soient clos, de vous retrouver la référence exacte du texte auquel je pensais quand j’ai écrit mes propos.

        Je retiens le nom de l’ouvrage que vous citez, et à l’occasion (étant loin des livres et dans un endroit où ils se conservent fort mal) je le lirai.

    • « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme: les âmes ne vont pas dans un « au-delà », mais elles reviennent. Et le purgatoire est devant nos yeux (je ne qualifierai pas autrement l’existence des petits leucémiques). »

      Mon Dieu!!! Et dire que quelques commentateurs vous ont qualifié de rationaliste.
      L’agnosticisme est donc bien la lie de la pensée scientifique.

    • « Quelque part, comprendre et admettre l’existence de Dieu, pour ensuite s’assujettir volontairement au ministère d’un quelconque intermédiaire… »

      Cette citation fait bon marché du fait qu’un cadre institutionnel à la religion est indispensable pour la faire évoluer et la parfaire. Particulièrement quand la structure est spécifiquement chargée de cela « Tout ce que tu délieras sur terre sera délié dans les cieux.. »

      L’islam manque totalement de cette intermédiation, et est donc impuissant à faire évoluer les préceptes de son Livre qui sont sexistes, esclavagistes, discriminatoires, guerriers, intolérants, oppresseurs, criminels et tueurs… pour ne pas parler des tortures en enfer dont se délecte leur Dieu de miséricorde. Situation bloquée. L’intermédiation leur manque.

      Il ne faut pas remettre en cause une structure au prétexte que les gens qui lui appartiennent sont imparfaits. Juste l’améliorer

      • Un jour, notre prof de philo a tenté de me convaincre, au sujet de son cours, qu’il présentait un quelconque intérêt.

        Elle présentait à la classe une croute d’un artiste que l’on qualifie de « moderne ».

        Je lui avais alors indiqué que je considérait d’une façon générale les productions « modernes » pour ce qu’elles sont, à savoir, de la merde.

        Picasso, Kandinsky, et tous les autres sont autant d’impuissants que la photographie a tout simplement réduit a néant.

        Elle a tenté de me convaincre de la même façon que celle que vous employez, en m’indiquant que le système ne peut se changer que de l’intérieur.

        Ma réponse à l’époque, la même que celle que je vous fais actuellement, est qu’on ne demande à personne de devenir un nazi pour changer leur mentalité…

        Appliquées au monde musulman, votre idée reviendrait à recommander à ceux qui n’en sont pas de devenir membres de Daesch…

  2. Bonjour,

    excellent article comme toujours jusqu’à présent !
    @Démonsthène :
     » le seul évangile écrit à l’époque où Jésus a prêché n’a pas été retenu par l’église catholique comme canonique » L’argument de l’évangile primitif perdu ou subtilisé par l’Église me fait penser au discours musulman sur le Coran initial qui a été falsifié par les juifs et les chrétien. Jésus devait donc être très naïf pour confier ses affaires à une bande de bras cassés qui n’est pas sans évoquer la table ronde de Kaamelott à la différence près qu’on imagine mal les personnages créés par Alexandre Astier accepter de mourir dans les arènes de Rome.
    « Une fois que l’on applique les principes scientifiques à la notion de conscience, d’âme, peu importe le nom que l’on donne au souffle de vie qui nous habite tous… Le monde devient infiniment plus clair. » Il faut aller au bout de cette logique : Le monde décrit par la physique est déterministe jusqu’à la moindre impulsion électrique dans nos cerveaux. Il faudrait voir comment les travaux des années 90 sur les systèmes dynamiques et le chaos ont montré que les système déterministes pouvaient engendrer le chaos et que, de ce même chaos pouvaient naître des ilots de stabilité et d’organisation. Il faudrait lire aussi l’excellent « Gödel, Escher, Bach » de Douglas Hofstadter, toujours d’actualité malgré ses trente ans, qui explique comment la conscience peut naître du calcul. Au terme, il apparaîtrait que notre belle conscience, notre capacité de décision ne sont qu’une illusion, tenace certes, mais une illusion. Illusion alors aussi, les souffrances intolérables de millions d’êtres humains… Non, je vous assure, en appliquant les principes scientifiques à la conscience, tout ne devient pas clair.

    @Ingrid, je proposerais bien une petite nuance au sujet de ce que vous dites sur le pardon : celui-ci est proposé, donné à tous par le Christ sur la croix et en tant que ses disciples, nous nous devons aussi de le proposer à tous. Cependant, il ne peut être reçu que par celui qui reconnaît ses fautes et s’engage à les réparer ce qui, dans le cas des crimes commis ici-bas, suppose qu’on en rende compte à la justice des hommes.
    À part cela, merci pour votre blog et votre livre : je comprends beaucoup mieux désormais ce que le phrasé journalistique (et aussi celui d’un prêtre de ma connaissance) a de si curieux.
    Cordialement,
    Jean-Marie

    • Cher Jean-Marie, merci pour votre précision sur le pardon : « celui-ci est proposé, donné à tous par le Christ sur la croix et en tant que ses disciples, nous nous devons aussi de le proposer à tous. Cependant, il ne peut être reçu que par celui qui reconnaît ses fautes et s’engage à les réparer ce qui, dans le cas des crimes commis ici-bas, suppose qu’on en rende compte à la justice des hommes. » Vous avez parfaitement raison et vous exprimez très bien tout l’enjeu de la liberté humaine.
      A part cela, il y aurait bien des choses à dire sur le phrasé et le langage de certains prêtres, en effet. Je vous livre deux formules authentiques et hilarantes : « mes frères, proclamons l’aujourd’hui de notre foi » ; « demain, le sacrement de réconciliation sera offert à ceux qui le souhaitent, je vous invite à entrer dans cette démarche carésimale ».
      Pauvre Jésus…

    • Belle erreur sur mon pseudo, tellement de circonstances… Mais je garde mon caractère démoniaque pour les soirées avec ma compagne.

      Pour le reste, votre point de vue est le votre, je ne chercherai pas à vous en faire changer.

      Du mien, par exemple, tant l’autisme que l’homosexualité ont une explication claire, et rationnelle.

      Car de ce point de vue, effectivement, appliqués à l’univers, le second théorème de Gödel et le principe de Landauer donnent des clefs d’une certaine compréhension de la vie.

  3. certes vous débutez votre propos par le refus de l’argument qui énonce qu’on ne va jamais aussi loin dans les enquêtes sur la pédophilie dans l’éducation nationale….pour y revenir subrepticement en fin de propos avec le distinguo prêtre pédophile / instituteur suspect etc….
    mais bon, le prolongement que je souhaitais faire ne porte pas là dessus, mais sur un autre aspect : la soi-disant « recherche de vérité » de nos soi-disant grands reporters du service public.
    J’y arrive :

    il y a quelques années l’église catholique des USA a connu de gros problèmes de pédophilie. Un évêque irlandais a été missionné pour nettoyer les écuries d’Augias, ce qu’il fit sans ménagement. Mais pas sans réflexion !
    En effet, outre le fait d’exclure les prêtres pédophiles, il a aussi demandé un rapport complet portant sur les faits et leurs auteurs. Je sens que vous languissez….
    la principale révélation du rapport est que 99% des actes de pédophilie commis dans le contexte évoqué ici sont commis sur de jeunes garçons…. et que la raison en est que les auteurs des dits actes sont, avant de devenir pédophiles, des homosexuels.

    Qu’en dit Elise Lucet ?

    • « certes vous débutez votre propos par le refus de l’argument qui énonce qu’on ne va jamais aussi loin dans les enquêtes sur la pédophilie dans l’éducation nationale….pour y revenir subrepticement en fin de propos avec le distinguo prêtre pédophile / instituteur suspect etc… » Attention, je dis que le fait de crier « ils tapent toujours sur l’Eglise et jamais sur l’Education Nationale » est une réaction malsaine quand elle est censée permettre de ne pas prendre position sur la pédophilie dans l’Eglise. Je ne dis pas que ce discours est faux (la preuve, je l’appuie et le complète).
      Sur la question du sexe des victimes, vous employez les mots « pédophiles » et « homosexuels » pour parler des agresseurs. Mais nos catégories de pensée actuelles ne tiennent pas compte de l’existence d’une orientation sexuelle très problématique et très répandue: l’éphébophilie, le fait d’apprécier les jeunes garçons. Certains peuvent être mineurs au regard de la loi, d’autres tout juste majeurs. Certains peuvent être des adolescents consentants, mais c’est un crime quand même au regard de la loi. Les éphébophiles ne se sentent pas du tout pédophiles et considèrent même cette sexualité-là comme repoussante. Mais ils ne se conçoivent pas non plus comme homosexuels parce qu’ils n’éprouvent, par exemple, aucune attirance pour des hommes de leur âge ou des hommes plus âgés. Cette orientation sexuelle n’existe pas dans notre paysage mental alors qu’elle était le modèle dominant chez les Grecs de l’Antiquité.

      • Chère Ingrid,

        Je ne partage pas vraiment votre point de vue sur le distinguo que l’on peut faire entre l’attirance pour les jeunes garçons et celle pour les adultes.

        Pour commencer, considérez la façon dont, systématiquement, les media remplacent aujourd’hui par le mot « pédophile » celui de pédéraste, qui leur paraît trop crû, tout comme ils parlent de « zoophilie » pour désigner l’accouplement d’êtres humains avec des animaux.

        Un philanthrope, ce n’est pourtant pas quelqu’un qui éprouve du désir sexuel pour les hommes. Le prénom Philippe ne signifie pas davantage : celui qui copule avec des chevaux.

        Les vicieux qui s’accouplent sexuellement avec des enfants ne sont pas des pédophiles, ce sont des pédérastes, tout simplement.

        Les Grecs avaient composé ce mot pour désigner leur vice. Pourquoi y remplacer un morphème grec clairement associé au désir sexuel, à l’éros, par un autre, philia, qui signifie seulement amitié, sympathie ?

        Cela revient à impliquer arbitrairement du désir sexuel dans toute sympathie envers les enfants. Mais enfin, tous ceux qui s’occupent d’enfants devraient les aimer, et aucun ne doit les désirer !

        Le mal est hélas sans remède, la confusion lexicale étant aujourd’hui entérinée par les dictionnaires.

        Néanmoins, et pour en revenir à ma première observation, en toute objectivité, quel serait l’orientation sexuelle d’un pédéraste qui n’aurait pas accès aux enfants?

        Belle journée à vous

  4. Merci pour cet article. Si d’avantage de prêtres et théologiens étaient intervenus cela aurait évité à un sociologue de faire des leçons de théologie sans contradicteurs… Le silence peut aussi laisser à la bêtise tout le poids de sa pesanteur…

    Mais quelque chose m’a gêné. En lisant un peu entre vos lignes, vous semblez dresser un lien de causalité entre l’héritage de « l’esprit de VaticanII », suspecté d’un certain « laisser-aller », et la clémence de la hiérarchie catholique à l’égard des actes de pédophilie. Cela laisserait presque penser que les courants plus « rigoureux » échapperaient au phénomène par une doctrine de la culpabilité et du pardon plus ajustée. A l’évidence il faut sortir de l’Evangile selon Polnareff et du « on ira tous au Paradis ». Cela étant, croire que plus de rigorisme nous sortirait de cette crise est une illusion. De nombreux prêtres coupables d’actes pédophiles sont eux-mêmes d’anciennes victimes. Ce sont des pratiques qui remontent donc bien avant Vatican II. Elles ont cours dans des pays aux traditions théologiques un peu moins inspirées par le post-mai 68 que la France. On voit bien que les communautés qui sont plutôt sur une ligne « tradi » (pour simplifier) n’échappent pas à la tendance. La communauté St-Jean d’inspiration Thomiste ne donne pas dans la doctrine laxiste, elle a son lot d’affaires, et que penser des Légionnaires du Christ ?
    Les catholiques eux-même, au lieu de détourner le regard, devraient être les premiers à demander des comptes et ce, sans attendre que des journalistes aux méthodes « cash » s’en chargent. Mais est-ce que la hiérarchie a été attentive ? N’a t-elle pas plutôt voulu sauver son image, fait la sourde oreille et ce faisant, à fini par faire crier plus fort ceux qui n’ont pas trouvés d’écoute ?
    Il aurait fallu depuis longtemps réaliser une étude approfondie pour déterminer si oui ou non les tendances pédophiles étaient, en pourcentage, supérieure dans la population civile par rapport à la population du clergé. Et tenter d’analyser les causes sans se retrancher derrière des argumentaires épiscopaux du type: il y en a autant chez les instituteurs, dans les familles… On attend des prêtres un peu plus que de n’importe qui , et , sans qu’ils soient parfaits , au minimum le niveau de moralité et de santé mentale d’un « honnête homme ».
    Il y aurait également un profond travail à faire sur les représentations. J’ai lu sur le blog de Réné Pujol (http://www.renepoujol.fr/abus-sexuels-le-mal-a-la-racine/) un jeune prêtre écoeuré s’en prendre à ce mal qui ronge l’Eglise:
    «Je ne me suis pas marié et j’ai fait le choix très lourd de ne pas avoir d’enfant, non pas parce que je n’aime pas les femmes, non pas parce que les enfants m’insupportent, mais parce que j’ai reconnu en eux une étincelle de sacré, la présence du divin. (…) Il n’est pas possible d’être prêtre quand on souille ce sacré.»
    Ces paroles sont certainement très sincères, elles sont surtout d’une formidable ambiguité et expriment la complexité du rapport à la femme dans l’Eglise ! En voulant crier son abjection et défendre la valeur des enfants, ce prêtre fonde son renoncement à une femme et à des enfants sur leurs caractère sacré et divin. La femme et l’enfant deviennent donc intouchables, tabou…On nage dans du religieux archaïque! Et c’est justement cet imaginaire de tabou religieux qui entretient les perversions du désir et son lot de relations viciées. Qu’est-ce à dire ? On ne renonce pas à une chose ou à une relation parce qu’elle serait divine ! Ou alors le meilleur des pratiquant est celui qui boude les sacrements ! Le célibat n’est pas l’interdiction de l’accès à l’autre au motif qu’il est sacré ou divin! En creux, qu’est-ce que cela dit du mariage ?
    L’exigence de chasteté elle est dans la bonne distance avec autrui au service de la relation à l’autre, à l’image de l’Alliance de Dieu avec l’Humanité. Et ce que ce soit dans un lien conjugal, filial, dans les voeux religieux ou dans le célibat sacerdotal.
    Il y a du travail pour une batterie de théologiens, de psy, de philosophes et d’hommes et de femmes de bonne volonté: que les cathos oeuvrent d’urgence à assainir la maison sans attendre que les journalistes mettent le feu à la baraque !

  5. Bonjour Ingrid.
    Le gros des lecteurs est passé et si j’ai donné mon avis sur Causeur, je vais vous apporter un nouvel éclairage sur ce sujet pour le moins brûlant.
    Je vous cite
    « S’il y a bien une chose dont j’aurai toujours du mal à m’offusquer, c’est le traitement médiatique des affaires de pédophilie dans l’Église »
    J’ai vécu en direct une situation de ce type il y a exactement trois mois. Mon filleul de 15 ans s’est fait « agresser sexuellement » – a rapporté la presse – par son soutien scolaire qui cumulait la fonction de prof de Français dans l’institut Diocésain où il est inscrit.
    Ce garçon me confiant l’incident nous avons décidé avec sa mère de porter plainte. La brigade des mineurs a évidemment pris l’affaire au sérieux, la justice aussi, à tel point que l’enseignant (récidiviste) est actuellement incarcéré en préventive.
    Les faits sont pourtant très mineurs mais là n’est pas le sujet.
    J’avais averti ce garçon qu’il subirait un harcèlement médiatique, lui et sa famille lui demandant s’il était prêt à l’affronter. Il m’a à moitié cru jusqu’au moment où son histoire a fait la une du journal télévisé de France 2 + tout ce que les médias comptent de journalistes en quête d’histoires sordides. Bourdin interviewant son père ect… Et c’est là que je veux en venir. Il est des « remèdes qui sont pires que le mal » tout ça bien entendu pour la bonne cause : « L’enfant » dont en réalité tout le monde se fout à tel point que le suivi de ce garçon, que ce soit par le diocèse ou le rectorat est proche de zéro. En revanche, dans trois jours il se retrouve chez le juge d’instruction pour raconter à nouveau sa mésaventure et ses copains ne le ratent pas.
    Il y aurait beaucoup à dire sur le traitement de ce type d’affaires qui tournent à l’hystérie dépossédant ainsi « l’enfant » de son libre arbitre comme de son corps et je citerai à ce propos Hélène Romano spécialiste de l’enfance maltraitée « A terme ce que l’on fait ou dit à l’enfant de ce qu’il a vécu lui sera plus préjudiciable que ce qu’il a subi »

    • C’est l’un des malheurs de notre société, malheureusement…

      On accorde plus d’importance au coupable qu’à la victime. Pour les enfants comme pour les autres, même si dans le cas des enfants, leur innocence justifierait d’autant plus une attention accrue.

      Ayant indirectement vécu des évènements similaires en terme de médiatisation, je compatis, et vous souhaite ainsi qu’à votre filleul bien du courage…

      • Bonsoir Démosthène,
        Merci de votre sollicitude mais il n’y a pas drame autre que celui voulu par la Doxa actuelle, laquelle met mon filleul bien plus mal à l’aise que ce qu’il a vécu.
        Pour l’enfant ou le jeune garçon, l’important dans ce type d’affaire est de pouvoir en parler et d’être cru.
        Si je vous disais que l’incarcération de son agresseur le dérange et qu’il a même envisagé d’aller « s’expliquer » avec lui en prison simplement pour comprendre.
        Il s’est essentiellement senti trahi par cet individu en qui il avait toute confiance, tout simplement parce qu’il comptait sur lui comme soutien scolaire.
        Il y a eu une autre dimension fort intéressante. Lorsque j’ai compris qu’il donnait des cours particuliers à d’autres garçons, je me suis procuré la liste des familles et j’ai appelé leurs parents.
        La mère de l’un d’entre eux a fait un malaise et nous nous sommes rencontrés avec son mari et leur garçon. J’ai dédramatisé, ce qui me fut facile pour ce garçon puisqu’il n’avait pas subi de propositions déplacées ni le moindre d’attouchements leur a-t-il affirmé.
        Ses parents réagissant à l’émotionnel j’ai cité Hélène Romano et la réaction du garçon fut instantanée : »Oui Papa, il ne m’a rien fait et c’est vous qui me harcelez et j’en ai marre »
        Dont acte !

  6. J’ajoute d’ailleurs que ce qui n’est pas neutre au regard de l’article d’Ingrid que l’agresseur est un ancien séminariste qui s’est déjà fait condamner deux fois. La première il y a 20 ans et la seconde il y a 10 ans. A du sursis. Néanmoins, ce qui est intéressant c’est que la première fois c’est sur dénonciation d’un prêtre…
    Ce type appartient à une des mouvances intégristes de (Se voulant traditionaliste bien sûr)

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