Macron – Le Pen: deux France s’opposent

“On est gentils” vs. “On est chez nous”

Marine Le Pen et Emmanuel Macron sortent de l’isoloir, 23 avril 2017. SIPA.

En permettant à Emmanuel Macron et Marine Le Pen de se qualifier pour le second tour, les Français ont décidé de tourner une page. Ils ont tout d’abord sanctionné les deux grands partis de gouvernement. Benoît Hamon a perdu trois semaines dans des négociations avec Europe-Ecologie et en a récolté le résultat en adoptant le score qui va avec. Aujourd’hui, le PS est en état de mort clinique. Les Républicains ne se portent pas beaucoup mieux : ils se retrouvent aujourd’hui sans tête.

Pendant toute la soirée, les déclarations d’intentions de vote en faveur d’Emmanuel Macron de la part des dignitaires LR se sont succédé.

J’appelle donc tous les citoyens de notre pays à voter en faveur d’@EmmanuelMacron. Il est désormais le candidat de tous les républicains.

« J’ai toujours combattu le ni-ni qui renvoyait dos à dos le FN et la gauche : il y a un adversaire et un ennemi. » 

Seul Laurent Wauquiez a souhaité passer par-dessus le second tour de la présidentielle pour ne voir que les élections législatives, unique moyen pour son parti de survivre, voire même de prendre une revanche rapide. Dans cette optique, il manque un chef. Je m’étais amusé il y a quelques jours à imaginer le retour de Nicolas Sarkozy pour cette occasion dans une politique-fiction. Et si j’avais vu juste ?

François Fillon : “Il n’y a pas d’autres choix… par BFMTV

L’échec du PS et de LR dès ce premier tour est aussi celui des primaires. Leurs vainqueurs parviennent à peine à eux deux à réunir un quart des électeurs. Il y a cinq ans, ce système nous avait donné un très mauvais président, nous savons maintenant qu’il peut aussi sélectionner de très mauvais candidats. Echaudée par l’expérience, cette classe politique abandonnera peut-être ce système aussi délétère qu’inefficace et reviendra à une lecture gaullienne de cette élection, celle de la rencontre d’un homme et d’un peuple, au-delà des structures partisanes. Jean-Luc Mélenchon, qui a pratiquement doublé son score de 2012, Emmanuel Macron, qui n’avait même pas de parti politique à son service, et Marine Le Pen, qui avait éliminé le sigle de son parti de tous ses documents de campagne, l’ont compris.

“On est gentils” vs. “On est chez nous”

Ce second tour matérialise-t-il la recomposition attendue depuis des années autour du clivage sur la mondialisation ? C’est en tout cas ce que souhaitent les deux qualifiés du jour. C’est sur cette base qu’ils se sont choisis comme adversaires. Personnellement, je regrette que cette recomposition ne soit pas intervenue plus tôt avec des personnalités moins caricaturales. Après Maastricht, par exemple, ou en 2002 au moment où une candidature avait tenté de faire « turbuler le système ». On a toujours tort d’avoir raison trop tôt disait Edgar Faure. Cette recomposition se produit dans un contexte où la société française est plus que jamais radicalisée. Comme l’a expliqué Henri Guaino pendant des semaines, il n’y a pas de droitisation mais de la radicalisation, dans tous les partis politiques, dans la rue, dans les banlieues et même dans les stades.

Même la candidature d’Emmanuel Macron comporte une forme de radicalisation: j’avançais, il y a quelques jours, qu’il incarnait un « bisounoursisme radicalisé ».  Car si les smartphones des « helpers » d’En Marche ! le lui avaient ordonné, l’assistance aurait bien scandé « on est gentils ! ». « On est gentils » versus « on est chez nous », tel est donc le combat radicalisé auquel nous allons assister maintenant. Ceux qui pensent que l’affaire est déjà pliée devraient être prudents. Le scientifique Serge Galam qui avait vu venir les victoires du Brexit et de Trump les a mis en garde récemment. Florian Philippot draguait, hier soir, les électeurs de Mélenchon sur France 2, pendant que Marion Maréchal-Le Pen faisait de même avec ceux de François Fillon sur TF1. Le rêve de Marine Le Pen, reconstituer derrière la France du Non au TCE n’est pas inaccessible. Nicolas Dupont-Aignan lui annoncera peut-être dans quelques jours son soutien, et Jean-Luc Mélenchon refuse, pour l’heure, de donner une consigne de vote. Quant aux électeurs des Républicains, comment pourraient-ils suivre aveuglément les consignes de leur candidat pour le second tour alors qu’on les a conviés à choisir leur candidat pour le premier ? N’assistera-t-on pas à l’occasion à une nouvelle manifestation de la déconnexion des leaders de la droite avec leur électorat, radicalisé lui aussi ? Marine Le Pen en est fort consciente, elle qui a fustigé le candidat de « l’Argent-roi ». Cette bataille n’est pas jouée et pourrait réserver des surprises : la campagne la plus incroyable de la Ve République n’a pas encore livré toutes ses vérités

 

 

 

Macron, l’air du vide…

Reportage au meeting de Besançon

macron fillon marche besancon

Sipa. Numéro de reportage : 00801599_000029.

J’ai assisté à mon premier meeting d’Emmanuel Macron. Tous ces moyens déployés,  la musique à fond les ballons ! Un homme attendu comme une star ! L’image du télévangéliste est-elle la plus adaptée ? Sans doute pas. Car un télévangéliste a des messages à faire passer. Avec toute la bonne volonté du monde, je n’en ai pas détecté le moindre. Des slogans et des truismes enfilés à vitesse supersonique. Ma dernière visite au gouffre de Padirac m’a laissé un moindre sentiment de vide que le discours improvisé et décousu d’Emmanuel Macron, dont la syntaxe approximative rappelait parfois les romans de Christine Angot.

“Helpers”

Chez En Marche, il n’y a pas de bénévoles, il y a des « helpers ». L’un d’eux, à la fin du spectacle, a remarqué mon air consterné. Il m’a interrogé. Je lui ai dit mon tourment. Et il m’a vendu la mèche. Tout cela, en effet, n’est que de l’enfumage. Les discours, ça ne compte pas. L’important, ce sera l’action. Emporté par son élan, cet homme, qui se disait travailler « dans l’international », m’a donné l’exemple de Donald Trump, qui a enfumé tout le monde pendant sa campagne, avant de montrer aujourd’hui ce dont il est capable dans le conflit syrien. De l’enfumage, donc. Je lui ai dit mon soulagement. J’avais bien perçu la fumée.

Devant peu ou prou la même assistance (environ 2500 personnes) que François Fillon, il y a quelques semaines au même endroit, Emmanuel Macron s’est dit le candidat de « l’indignation utile ». Il a cité Stéphane Hessel. S’est adressé aux classes moyennes. « Ca ne peut plus durer ! » A combien de reprises l’a-t-il martelé ? Je n’ai pas compté. On ne savait pas, au passage, car il ne le précisait pas, ce qui ne devait pas durer. L’important était de le marteler. « Je vous le dis ! » Combien de fois ? Je n’ai pas compté. Mais, en fait, il ne nous disait rien. Pas très grave, pour les fans, dont beaucoup assistaient peut-être à leur premier meeting pour être aussi enthousiastes à l’écoute d’un tel enfilage de lieux communs.

Quelle “leçon de Besançon”?

Et puis, Emmanuel Macron a aussi voulu flatter les gens du cru. Il a évoqué « la leçon de Besançon », qui, paraît-il, se serait si bien remis de la disparition de ses nombreuses industries horlogères pour se reconvertir dans les industries de pointe. Tiens, donc ! Besançon, cette belle endormie qui a perdu son statut de capitale régionale pendant qu’Emmanuel Macron était aux affaires, n’a en réalité pas tant d’industries de pointe qu’il ne le dit. Besançon continue en revanche de former parmi les meilleurs horlogers du monde puisqu’ils vont se vendre à prix d’or en Suisse après des cycles de formation très courts. C’est sans doute cela « la leçon de Besançon ». Former pour ses voisins. Mais est-ce cela, le projet d’Emmanuel Macron ?

Dans moins d’un mois, l’ancien ministre sera peut-être à l’Elysée. Nous gratifiera-t-il toujours des mêmes discours ? Pourra-t-il continuer sur ce même registre ? S’il est en situation de cohabitation, pourquoi pas ? Mais s’il obtient la majorité ? Souhaitons-lui de choisir un premier ministre avec davantage d’épaisseur. Dans le cas contraire, et pour parler « jeune » comme Emmanuel Macron à Besançon : « On est mal » !

“L’Emission politique” est indigne du service public

Bienvenue dans la campagne la plus grotesque de l’histoire

François Fillon scotché sous la barre des 20% dans les sondages, distancé de cinq à sept points d’un strapontin pour le deuxième tour, attendait beaucoup de son passage dans « L’émission politique » de France 2 hier soir. On ne sait s’il aura pu rebondir lors de cette émission. On peut en revanche être certain que la politique y aura beaucoup perdu.

Pire que les tweets de Trump?

Peu importe le sort de François Fillon, en fait. Cela fait des mois que cette émission fait honte à la politique française. Avec ses invités-mystères ridicules, avec ses « Français anonymes » triés sur le volet dont on découvre l’identité ultra-militante les jours suivants, avec son humoriste pas drôle à la fin. Ce jeudi soir, nous avons décroché le pompon : Christine Angot, l’invitée-mystère venue interpeller le candidat. La romancière préférée de Libé est venue faire son esclandre et Pujadas ne pouvait évidemment pas l’ignorer. Pour le spectacle. Pour la « punchline » comme on dit aujourd’hui. Echange consternant. Indigne d’une vieille démocratie comme la nôtre.

Quand Karim Rissouli est venu annoncer le record du nombre de tweets (170 000), David Pujadas pouvait jubiler. C’est pourtant davantage François Fillon et ses accusations portées contre l’Elysée qui avaient suscité cette explosion de commentaires sur les réseaux sociaux que la consternante confrontation avec Christine Angot. Mais peu importe. L’important, c’est de faire du buzz, du tweet. Et de l’audience alors qu’il n’y a pas plus de publicité sur le service public de télévision à cette heure. La prochaine fois, que nous réservera l’émission-phare de la politique 2017 ? Un de mes amis taquins propose Isaac de Bankolé face à Marine Le Pen et Douchka face à Emmanuel Macron.

Un dernier mot sur François Fillon qui s’est montré à la hauteur de l’émission en expliquant avec un culot d’acier qu’il avait créé sa société de conseil au moment où il pensait arrêter la politique, mi-2012, c’est-à-dire pile au moment où il briguait la présidence de l’UMP dans une bagarre dont on se rappelle tous très bien – Copé a dû bien rire. Et qu’il a aussi rendu les costumes sur-mesure à Robert Bourgi dont on se demande bien ce qu’il pourra en faire.

Au moment d’éteindre sa télé, on se demande tout de même si on n’est pas victime d’une caméra cachée géante, si Jean-Paul Rouland et Marcel Béliveau ne sont pas finalement encore de ce monde, et associés pour nous piéger, et vont enfin débarquer pour nous rassurer. On se demande aussi s’il était bien raisonnable de moquer le niveau des élections présidentielles américaines et des tweets de Trump. Jusqu’où ira la décomposition de notre vie politique et de son orchestration médiatique ? Peut-on descendre encore dans l’indignité ? Il faut y croire. Ces gens ne connaissent pas de limites.

Fillon, entre Finkielkraut et Albator

A Besançon, le candidat LR a surtout parlé de l’Ecole

Combien étaient-ils à Besançon pour écouter François Fillon quelques jours après le rassemblement du Trocadéro ? Les orateurs annonçaient 3000 mais nous avons appris à nous méfier. Nous avons plutôt eu l’impression qu’on était beaucoup plus proche de 2000 mais peu importe, en fait. L’essentiel  se trouvait encore dans la composition de la salle. Comme les études d’opinion le démontrent, ce sont les retraités qui constituent le socle de l’électorat de François Fillon et hier soir, cela se voyait à l’œil nu.

Comme l’automne dernier lorsqu’il avait compris que son message économique n’était pas propre à emballer les foules et permettre une dynamique, il est passé très vite sur ses propositions en la matière. Lire la suite

François Bayrou, une trahison de lui-même

Son “alliance” avec Macron est incompréhensible

Il est certes moins douloureux d’être déçu par quelqu’un qui a été un adversaire politique et idéologique que par quelqu’un dont vous vous sentez proche. Pourtant, François Bayrou m’a profondément déçu hier après-midi. Car, au risque de provoquer ici et là quelques quolibets, j’avais conservé pour cet homme une estime et un respect malgré tous les désaccords qui nous opposaient, en premier lieu sur la reine des batailles, celle de l’Europe. Cet homme, l’un des rares de notre vie politique à écrire encore, d’une belle plume, ses livres lui-même, a toujours montré un enracinement. Il est l’un des rares à inscrire son engagement politique dans l’histoire et la géographie de notre pays. A en connaître et en respecter sa culture et sa langue. Lire la suite

Hamon-Valls : match nul

Quand les candidats débattent avec les journalistes

Nous aurions préféré continuer la lecture du dernier Jérôme Leroy. Mais nous étions punis, consignés à regarder le débat du second tour de la primaire de gauche. Faut-il avoir le sens du devoir pour s’imposer une telle confrontation après la tragi-comédie de ce début de semaine et ces soupçons de fraude et/ou d’amateurisme qui entouré le premier tour du scrutin.

Le méchant de Rocky 4

On s’était préparé à un débat musclé. On avait même regardé la veille une rediffusion de Rocky 4 et on se surprenait à comparer les regards sévères de Manuel Valls et Ivan Drago. Lire la suite

Deux vainqueurs : Macron et Mélenchon…

… Un vaincu, le principe de la primaire.

Ce débat devait être décisif. Il l’a été. Sans doute pas pour le scrutin de dimanche. Mais pour le principe des primaires à la française. Après un début plutôt prometteur, notamment sur le thème du protectionnisme, et où on constatait Manuel Valls davantage à son aise, la cible de la soirée ayant été déplacée sur la tête de Benoît Hamon et son revenu universel, cette confrontation est devenue le prétexte à rire. Rire, sans doute pour ne pas pleurer. Lire la suite

L’énigme Peillon

Petits heurs et grands malheurs d’un candidat par défaut

La candidature de Vincent Peillon constitue une énigme. D’ailleurs, Vincent Peillon est en soi une énigme. Voici un homme, agrégé de philosophie, excellent connaisseur de l’œuvre de Ferdinand Buisson et de Merleau-Ponty, dont on se dit qu’il pourrait assurément enrichir le débat politique. Et, très souvent, patatras ! Le philosophe passe dans le poste . Il tente de ramasser sa pensée complexe en une ou deux formules et il ose un raccourci qui vaudrait une note très en-dessous de la moyenne à l’un de ses élèves. Lire la suite

Benoît Hamon, patron à vie des MJS ?

Reportage près de Besançon

Après Arnaud Montebourg à Besançon et Manuel Valls à Audincourt, c’est Benoît Hamon qui faisait étape en Franche-Comté. Accueilli par la députée frondeuse Barbara Romagnan, c’est dans la salle des fêtes du village de Boussières, situé à une vingtaine de kilomètres de Besançon, qu’il tenait meeting. Hamon aimerait bien devenir le Fillon de la primaire socialiste. Celui qu’on n’attend pas et qui surgit au dernier moment. Et il faut reconnaître qu’il y a des similitudes avec la stratégie filloniste. Lire la suite

Philippot vs Maréchal-Le Pen : guerre de tranchées au FN

 Marine Le Pen est-elle un Chef ?

La victoire de François Fillon a eu d’autres effets que de mettre à la retraite Nicolas Sarkozy et Alain Juppé et de précipiter le renoncement de François Hollande. Elle a aussi provoqué des effets collatéraux au Front national. Depuis quelques jours, rien ne va plus du côté frontiste et, dans la grande tradition de ce parti qui ne lave jamais son linge sale en famille, tout le monde est témoin de la dispute. Lire la suite