L’énigme Peillon

Petits heurs et grands malheurs d’un candidat par défaut

La candidature de Vincent Peillon constitue une énigme. D’ailleurs, Vincent Peillon est en soi une énigme. Voici un homme, agrégé de philosophie, excellent connaisseur de l’œuvre de Ferdinand Buisson et de Merleau-Ponty, dont on se dit qu’il pourrait assurément enrichir le débat politique. Et, très souvent, patatras ! Le philosophe passe dans le poste . Il tente de ramasser sa pensée complexe en une ou deux formules et il ose un raccourci qui vaudrait une note très en-dessous de la moyenne à l’un de ses élèves. Lire la suite

Benoît Hamon, patron à vie des MJS ?

Reportage près de Besançon

Après Arnaud Montebourg à Besançon et Manuel Valls à Audincourt, c’est Benoît Hamon qui faisait étape en Franche-Comté. Accueilli par la députée frondeuse Barbara Romagnan, c’est dans la salle des fêtes du village de Boussières, situé à une vingtaine de kilomètres de Besançon, qu’il tenait meeting. Hamon aimerait bien devenir le Fillon de la primaire socialiste. Celui qu’on n’attend pas et qui surgit au dernier moment. Et il faut reconnaître qu’il y a des similitudes avec la stratégie filloniste. Lire la suite

Philippot vs Maréchal-Le Pen : guerre de tranchées au FN

 Marine Le Pen est-elle un Chef ?

La victoire de François Fillon a eu d’autres effets que de mettre à la retraite Nicolas Sarkozy et Alain Juppé et de précipiter le renoncement de François Hollande. Elle a aussi provoqué des effets collatéraux au Front national. Depuis quelques jours, rien ne va plus du côté frontiste et, dans la grande tradition de ce parti qui ne lave jamais son linge sale en famille, tout le monde est témoin de la dispute. Lire la suite

Valls (re)fait du Sarkozy!

Reportage à Audincourt

En retard sur son agenda, Manuel Valls avait posé un lapin à tous les journalistes qui l’attendaient à l’entrée du superbe marché de Noël de Montbéliard. Une demi-heure plus tard, une salle peuplée de quatre cents personnes environ attendait l’ex-Premier ministre à Audincourt, au cœur de l’ancienne circonscription du commissaire européen Pierre Moscovici. De l’ex-député local et de la Commission européenne, il fut d’ailleurs question dans le discours de Manuel Valls. Le premier eut droit à des marques d’amitié, la seconde à une sévère mise en accusation pour ses responsabilités dans la désindustrialisation. Lire la suite

Fillon : le grand malentendu

Comment les libéraux confisquent sa victoire

 

Avec près des deux-tiers des suffrages, François Fillon a donc remporté une victoire impensable il y a un mois. Il avait véritablement construit sa victoire lors des dix derniers jours précèdent le premier tour, où il avait écrasé la concurrence, en éliminant Nicolas Sarkozy et en mettant seize points dans la vue d’Alain Juppé. Lors de l’entre-deux-tours, il a essuyé le réveil de son adversaire, qui lui a lancé quelques boules puantes, lesquelles ont mobilisé autant sinon davantage d’électeurs droitiers choqués de ces manœuvres que d’électeurs de gauche à qui étaient adressés les appels du pied. François Fillon a donc réussi d’envoyer à la retraite Nicolas Sarkozy et Alain Juppé en sept jours. Chapeau l’artiste ! L’ancien président de la République a complètement mésestimé la défiance qu’il inspirait dans le peuple de droite. Comment pouvait-il en être autrement, cajolé par ses fans qui se pressaient pour obtenir une dédicace dans les Espaces culturels Leclerc transformés en autant de villages Potemkine, lui faisant croire ainsi qu’il était encore en phase avec ceux qui viendraient voter à la primaire ? Quant à Juppé, il n’a pas su profiter de l’appui de François Bayrou qui, en indiquant qu’il ne serait pas candidat contre lui, donnait une prime substantielle dans les sondages présidentiels du premier tour, et faisaient de lui  le candidat qui donnait les meilleures chances de victoire à la droite.

Mais si le nouveau champion de la droite a gagné la primaire, il est encore loin d’avoir gagné la présidentielle, ouverte comme elle ne l’a jamais été depuis 1974. On a beau présenter cette compétition comme un succès démocratique, elle n’a concerné que 4 millions et demi d’électeurs sur les 36 qui devraient participer à la présidentielle, soustraction faite des 20% traditionnels d’abstentionnistes. Le programme économique de François Fillon était sans doute en phase avec l’électorat âgé et CSP+ de la primaire ;  il faudra convaincre au moins 14 millions d’autres électeurs de son bienfondé. Ce n’est pas gagné. Si le PS est aujourd’hui en état critique, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon aiguisent déjà leurs couteaux. Le second est aujourd’hui assuré d’être candidat grâce au soutien des militants communistes qui font de lui le candidat officiel du PCF. Le voilà opposé à un candidat de droite comme il en rêvait. Quant à Marine Le Pen, elle peut aujourd’hui donner les clefs de sa campagne à Florian Philippot, qui attaque déjà Fillon, le « candidat de la casse sociale », qui draguera dans une fonction publique dont une partie lui ouvre déjà les bras, et du côté des petits retraités qui oublieront peut-être les propositions frontistes en matière monétaire afin de sauver le remboursement de leurs médicaments dits « de confort ». Marion Maréchal Le Pen devait largement préférer la désignation de Juppé, qui lui aurait permis de faire valoir ses vues en matières sociétale et identitaire.

Nicolas Beytout, le directeur du quotidien L’Opinion, se satisfaisait ce soir du fait que le vote Fillon allait à rebours du vote Brexit chez nos voisins britanniques et du vote Trump aux Etats-Unis, puisqu’il couronnait un programme libéral et ouvert sur le monde. Beytout prend sans doute ses désirs pour des réalités en refusant de voir que ce n’est pas le programme économique de Fillon qui avait permis son décollage mais au contraire l’affichage de convictions sociétales conservatrices, la rédaction d’un livre contre l’islamisme et le rappel de sa généalogie souverainiste. Mais il a le mérite de mettre le doigt sur un malentendu qui pourrait s’avérer explosif lors de la vraie campagne présidentielle voire –et ce serait pire encore – après une éventuelle élection.

Débat : misère du journalisme politique

Mutez-les au service des sports !

Depuis quelques années, notre consoeur Natacha Polony fustige le journalisme politique qui tend à ressembler au commentaire sportif. Jamais elle n’aura eu autant raison qu’à l’occasion de ce débat. Tout y était. Pour ma part, j’étais sur France 2 et j’ai eu l’impression dès le début qu’on allait assister à la finale de coupe du monde. L’arrivée des joueurs au stade. Ouf, ils n’avaient pas leur casque sur les oreilles, les supporters n’aiment pas ça. La reconnaissance de la pelouse, c’est important. Les allers-retours avec le plateau, et les consultants qui nous expliquent qu’un tel a de l’avance sur l’autre au classement. Que le second doit « tout donner » pour faire son retard. On s’enquiert de la forme des joueurs. Lire la suite

Donald Trump : les expert-es se cachent!

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Où est donc Nicole Bacharan ? C’est la question que je me suis posée ce matin au réveil lorsque j’ai appris que Donald Trump allait s’asseoir dans le fauteuil du bureau ovale, à la Maison blanche. La spécialiste, l’experte, celle que l’émission C dans l’air invite à chaque fois qu’il est question de l’Oncle Sam, l’avait décrété : il était absolument, scientifiquement, impossible que Trump gagne les élections présidentielles. Lire la suite

Sarkozy y croit-il encore?

L’échec d’une stratégie

Ne gâchons pas le suspense, ce qui frappait dans ce débat, c’était l’attitude de Nicolas Sarkozy. Autant le dire, en plus de vingt-cinq ans, je n’ai jamais vu l’ex-président patauger autant dans un débat télévisé. Au moment où l’ex-champion du petit écran, ânonnait sa conclusion sans y croire, j’ai repensé à ma grand-mère concluant le récit de la « Berezina » : « Pour la première fois, l’Aigle baissait la tête ». Lire la suite

Feu sur Bayrou!

De la force d’Alain Juppé, Nicolas Sarkozy veut faire une faiblesse

L’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy devait enterrer Alain Juppé. La bête de campagne devait tout emporter sur son passage, comptant sur un « effet blast ». De fait, au mois de septembre, l’ex-président a occupé l’espace médiatique, et en a fixé l’agenda, comme il sait le faire, à renfort de déclarations distillées pour faire le buzz. Les commentateurs étaient ravis, car une victoire annoncée de Juppé n’était pas bonne pour les ventes de journaux et les audiences des émissions. La remontée de Nicolas Sarkozy entretenait le suspense. Et puis, il y a eu la fameuse semaine noire, la dernière du mois de septembre. Lire la suite

Sarkozy, Buisson, et les référendums

L’ex-président ne craint pas le comique de répétition

 

Les hasards chronologiques sont parfois malicieux. Quelques heures après l’annonce par Nicolas Sarkozy, au JT de France 2,  qu’il avait l’intention d’organiser deux référendums le jour du deuxième tour des législatives, s’il redevenait président, je lisais le chapitre XIII de  La cause du peuple, écrit par son ancien conseiller Patrick Buisson1 Et de référendums, il en est question, justement dans ce chapitre intitulé « la batailles des frontières ».

Autorisons-nous d’abord une parenthèse. L’ouvrage de Patrick Buisson est bien autre chose que ce qu’on en a dit. Lire la suite

  1. Editions Perrin, octobre 2016