Le FN peut-il vraiment se passer de Philippot?

Et vice-versa

Florian Philippot à Paris, décembre 2016. SIPA. 00783850_000028

Ah, ce débat du second tour ! Si Marine Le Pen était propriétaire d’une Delorean qui voyage dans le temps, elle le referait autrement. Elle s’y montrerait apaisée, présidentiable ; elle s’imposerait comme le futur chef de l’opposition. Mais nous ne sommes pas dans Retour vers le futur. Il n’y a pas de Delorean. Et Marine Le Pen est plus affaiblie qu’elle ne l’a jamais été alors qu’elle a, paradoxalement, obtenu 10,6 millions de voix sur son nom, soit un record pour un candidat soutenu par le Front national (FN).

Il y a d’abord eu le départ de Marion. Marion qui veut vivre autre chose que la politique. Mais qui laisse entendre clairement, qu’elle veut surtout vivre autre chose que la politique à l’intérieur d’un parti où elle n’est pas reconnue à sa juste valeur. Et qui prend date. Le sous-texte est clair : je reviendrai lorsque l’horizon sera bien dégagé et que ma tante aura démontré qu’elle constitue une impasse pour représenter mes idées.

Et s’il privait le FN d’un groupe à l’Assemblée?

Ensuite, il y a eu Florian Philippot. Le stratège. Son stratège. Celui avec qui elle a tout construit, depuis son accession à la présidence du parti en janvier 2011. Florian Philippot qui se sent fragilisé au point de mettre sa démission dans la balance en cas d’abandon de ce qu’il considère comme central dans son combat, le retour à la monnaie nationale. Florian Philippot qui crée son mouvement à l’intérieur du FN, qui fait d’un transfuge de Debout La France (DLF) un vice-président, et qui s’attire les foudres de Collard – ce n’est pas grave, il a l’habitude – mais aussi – c’est plus gênant – de Nicolas Bay, secrétaire général, de Jean-Richard Sulzer, cadre du parti, et de Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen. Florian Philippot a compris que cette dernière n’était plus en position de faire taire la mauvaise humeur qu’il suscite depuis des mois au sein du FN. Il y est impopulaire. Très impopulaire. Et son comportement cassant en est sans doute davantage la cause que la question de l’euro. Après tout, la remise en cause de la monnaie européenne était déjà dans le programme de Le Pen père.

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Marion Maréchal-Le Pen, elle, a la réputation d’une chic fille. Elle ne fait jamais preuve d’arrogance. Sa mise en retrait renforce même cette idée, selon laquelle, contrairement à son ennemi intime, ses dents ne rayent pas le parquet. Mais Florian Philippot a un atout dans sa manche : il a veillé à placer les siens dans nombre de circonscriptions parmi les plus « gagnables ». Les sondeurs prévoient 25 à 30 sièges FN le soir du 18 juin. Supposons que parmi eux une majorité de philippotistes se dégage. Ses ennemis oseront-ils se débarrasser de lui au risque de le voir créer son propre groupe, Les Patriotes, à l’Assemblée nationale et voir ainsi les députés FN s’asseoir sur les bancs des non-inscrits ?

La Saint-Barthélémy n’aura pas lieu… avant le 18 juin

Marine Le Pen connaît son stratège préféré. C’est pourquoi elle a tenté ces dernières heures d’envoyer des signes afin de le rassurer. Elle sait ce qui signifierait ce départ. Privée de sa nièce en embuscade et de son ex-stratège en concurrent direct, elle se retrouverait dans la situation de son père en 1998. Privée de ce qui aurait dû être ses deux piliers, l’un souverainiste, l’autre conservateur, qu’elle a été tout simplement incapable de faire travailler harmonieusement à son service. Elle a tant voulu ce duel face à Emmanuel Macron. Elle a tant voulu cette recomposition. Et voilà que la recomposition pourrait faire exploser son parti, comme elle fait exploser LR et disparaître le PS et le PCF du paysage politique. Les dés sont jetés. Le 18 juin, il faudra non seulement regarder le nombre de députés FN mais aussi le nombre de philippotistes parmi eux. De ces comptes dépendront en grande partie l’existence d’une Saint-Barthélémy frontiste à l’automne.

Marine Le Pen, la stratégie de l’échec

Les divisions du FN ne font que (re)commencer

Libéral, européiste et multiculturaliste, Emmanuel Macron tenait de l’adversaire idéale pour Marine Le Pen. C’était sans compter sur les limites de la candidate frontiste, battue à plates coutures hier soir.

Marine Le Pen, Paris, 7 mai 2017. SIPA. AP22049727_000001

On aura beau dire que Marine Le Pen a doublé les voix de son père quinze ans plus tôt, son score est en-deçà de ce qu’elle pouvait espérer le 24 avril dernier. Après avoir commencé la campagne de second tour sur les chapeaux de roue, Marine Le Pen a perdu la main à mi-course. Alors que le soutien de Nicolas Dupont-Aignan pouvait lui être a priori profitable, elle a signé un accord laissant croire qu’elle tergiversait sur la question monétaire. Puis, incompréhensiblement, elle a abordé le face-à-face avec une agressivité et une hargne incompatibles avec la fonction présidentielle, décevant jusqu’à certains de ses militants et électeurs.

Déception en rase campagne

Après six ans d’efforts pour dédiaboliser son parti, elle a donné au pays l’image exacte forgée par ses adversaires. Nul doute que la posture de candidate ricaneuse a pesé dans le score obtenu par Emmanuel Macron hier soir avec près des deux-tiers des suffrages. Car l’échec de Marine Le Pen est là : alors que ce second tour se structurait sur le clivage qu’elle souhaitait, par rapport à la mondialisation et la construction européenne, alors que près de la moitié des électeurs du premier tour avaient voté pour des candidats rétifs à la mondialisation heureuse, le candidate frontiste n’en a finalement obtenu que le tiers.

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Le problème, c’est donc elle et son parti. On nous rétorquera sans doute que les barrages construits autour d’elle, le fameux cordon sanitaire politico-médiatique en constituent la raison principale. Mais Marine Le Pen avait appris à faire avec. Et le débat de mercredi devait justement permettre de créer des brèches dans les fameux remparts. Au lieu de cela, elle les a sciemment renforcés. Désormais, la voilà à nouveau chef de guerre pour les législatives. Sa défaite constituera-t-elle un frein à la mobilisation des électeurs ou profitera-t-elle au contraire du désordre chez Les Républicains, écartelés entre ceux qui veulent d’ores et déjà travailler avec le président élu et les autres, menés pas le pâle François Baroin ? Assistera-t-on à des remous au sein même du FN alors qu’elle a annoncé dès hier soir la création d’un nouveau parti, en partenariat avec la formation de son nouvel allié Dupont-Aignan ?

Marion en embuscade?

Marion Maréchal-Le Pen n’a pas hésité à montrer sa déception et a regretté certains atermoiements, notamment sur l’euro. On dit la députée de Vaucluse hésitante quant à son avenir politique. Des rumeurs annonçaient même qu’elle ne serait pas candidate à sa succession dans sa circonscription ; sa présence hier soir du côté de Carpentras semble le démentir. Alors que Florian Philippot semble à la fois affaibli par le score de Marine Le Pen et par l’arrivée dans le dispositif de Nicolas Dupont-Aignan qui le rend moins indispensable, Marion Maréchal Le Pen a sans doute une carte à jouer. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’elle s’entende mieux avec le leader de DLF que son rival Philippot. Le résultat des législatives pèsera énormément dans les équilibres ; élection ou non des principales personnalités, nombre de sièges obtenus. Si Marion Maréchal Le Pen parvenait par exemple à prendre la tête d’un groupe parlementaire dont sa tante serait absente, il pourrait y avoir de l’électricité dans l’air. Pas sûr d’ailleurs, que cette hypothèse contribuerait de manière plus efficace à la dédiabolisation. Une nouvelle guerre des Le Pen pourrait bien avoir lieu. La saga familiale n’est pas terminée. Le nouveau président élu ne s’en plaindra pas.

Macron-Le Pen: indignes!

Un débat à la hauteur de la campagne qui l’a précédé

Marine Le Pen et Emmanuel Macron avant le débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle 2017, mai 2017. SIPA. 00805008_000003

On aurait aimé en plaisanter. On aurait aimé dire qu’on attendait patiemment que l’un des deux protagonistes explique à l’autre quelle était sa recette du pot au feu, comme dans le film La gueule de l’autre.

MICHEL SERRAULT R I R E par denisa436

Mais à vrai dire, on n’a pas le cœur d’en plaisanter. Car il devait s’agir du débat entre deux personnalités concourant pour la magistrature suprême de la cinquième puissance mondiale. Au lieu de cela, nous avons assisté à un spectacle indigne. Même un débat sur une chaîne info en plein été à onze heures du soir entre éditorialistes de troisième zone aurait été de meilleure qualité.

Ce débat était à l’image de cette « recomposition low-cost » dont nous avons ici décrit la mise en place. La véritable recomposition avait trop attendu. Elle disposait, au moment où elle devait intervenir, sans doute il y a quinze ou vingt ans, de personnalités à la hauteur, cultivées et complexes. Les vieux partis, accrochés à leurs prébendes, l’ont retardée avant de subir l’énorme échec du premier tour de cette élection présidentielle. Nous en récoltons le résultat : une foire d’invectives entre deux personnages caricaturaux et manifestement indignes de la fonction présidentielle.

L’abstention leur dit merci!

Mais que pouvions-nous attendre d’autre, au terme de la pire campagne présidentielle de la Ve République, naviguant entre le pathétique et le grotesque ? Après le débat, les journalistes sur les plateaux avaient beau jeu de fustiger ce spectacle affligeant. Notre presse ne fut guère à la hauteur et a contribué grassement à la mise en scène de ce naufrage du débat public. Rappelons-nous l’émission-phare du service public de télévision, « L’Emission politique », avec ses invités-mystères, ses clashs prémédités et son cynique et irresponsable Monsieur Loyal, David Pujadas. Ce dernier avait d’ailleurs l’eau à la bouche avant le face-à-face d’hier soir, en empruntant à la sémantique du commentaire sportif.

On peut prévoir que l’abstention ne soit pas découragée dimanche prochain après l’écoeurement suscité par cette foire d’empoignes. Reste à savoir quel camp sera le plus démobilisé. Quel que soit le vainqueur, même si Emmanuel Macron semble le plus probable, on peut légitimement se demander s’il est raisonnable de lui envoyer une majorité à l’Assemblée nationale. Nous en sommes là : voir dans une France ingouvernable un moindre mal. Et tout cela dans un monde dangereux. Hier soir, je me suis souvenu de Philippe Séguin posant il y a bien longtemps le diagnostic sur notre démocratie malade et sur notre crise morale. Nous sommes en phase terminale.

Macron – Le Pen: deux France s’opposent

“On est gentils” vs. “On est chez nous”

Marine Le Pen et Emmanuel Macron sortent de l’isoloir, 23 avril 2017. SIPA.

En permettant à Emmanuel Macron et Marine Le Pen de se qualifier pour le second tour, les Français ont décidé de tourner une page. Ils ont tout d’abord sanctionné les deux grands partis de gouvernement. Benoît Hamon a perdu trois semaines dans des négociations avec Europe-Ecologie et en a récolté le résultat en adoptant le score qui va avec. Aujourd’hui, le PS est en état de mort clinique. Les Républicains ne se portent pas beaucoup mieux : ils se retrouvent aujourd’hui sans tête.

Pendant toute la soirée, les déclarations d’intentions de vote en faveur d’Emmanuel Macron de la part des dignitaires LR se sont succédé.

J’appelle donc tous les citoyens de notre pays à voter en faveur d’@EmmanuelMacron. Il est désormais le candidat de tous les républicains.

« J’ai toujours combattu le ni-ni qui renvoyait dos à dos le FN et la gauche : il y a un adversaire et un ennemi. » 

Seul Laurent Wauquiez a souhaité passer par-dessus le second tour de la présidentielle pour ne voir que les élections législatives, unique moyen pour son parti de survivre, voire même de prendre une revanche rapide. Dans cette optique, il manque un chef. Je m’étais amusé il y a quelques jours à imaginer le retour de Nicolas Sarkozy pour cette occasion dans une politique-fiction. Et si j’avais vu juste ?

François Fillon : “Il n’y a pas d’autres choix… par BFMTV

L’échec du PS et de LR dès ce premier tour est aussi celui des primaires. Leurs vainqueurs parviennent à peine à eux deux à réunir un quart des électeurs. Il y a cinq ans, ce système nous avait donné un très mauvais président, nous savons maintenant qu’il peut aussi sélectionner de très mauvais candidats. Echaudée par l’expérience, cette classe politique abandonnera peut-être ce système aussi délétère qu’inefficace et reviendra à une lecture gaullienne de cette élection, celle de la rencontre d’un homme et d’un peuple, au-delà des structures partisanes. Jean-Luc Mélenchon, qui a pratiquement doublé son score de 2012, Emmanuel Macron, qui n’avait même pas de parti politique à son service, et Marine Le Pen, qui avait éliminé le sigle de son parti de tous ses documents de campagne, l’ont compris.

“On est gentils” vs. “On est chez nous”

Ce second tour matérialise-t-il la recomposition attendue depuis des années autour du clivage sur la mondialisation ? C’est en tout cas ce que souhaitent les deux qualifiés du jour. C’est sur cette base qu’ils se sont choisis comme adversaires. Personnellement, je regrette que cette recomposition ne soit pas intervenue plus tôt avec des personnalités moins caricaturales. Après Maastricht, par exemple, ou en 2002 au moment où une candidature avait tenté de faire « turbuler le système ». On a toujours tort d’avoir raison trop tôt disait Edgar Faure. Cette recomposition se produit dans un contexte où la société française est plus que jamais radicalisée. Comme l’a expliqué Henri Guaino pendant des semaines, il n’y a pas de droitisation mais de la radicalisation, dans tous les partis politiques, dans la rue, dans les banlieues et même dans les stades.

Même la candidature d’Emmanuel Macron comporte une forme de radicalisation: j’avançais, il y a quelques jours, qu’il incarnait un « bisounoursisme radicalisé ».  Car si les smartphones des « helpers » d’En Marche ! le lui avaient ordonné, l’assistance aurait bien scandé « on est gentils ! ». « On est gentils » versus « on est chez nous », tel est donc le combat radicalisé auquel nous allons assister maintenant. Ceux qui pensent que l’affaire est déjà pliée devraient être prudents. Le scientifique Serge Galam qui avait vu venir les victoires du Brexit et de Trump les a mis en garde récemment. Florian Philippot draguait, hier soir, les électeurs de Mélenchon sur France 2, pendant que Marion Maréchal-Le Pen faisait de même avec ceux de François Fillon sur TF1. Le rêve de Marine Le Pen, reconstituer derrière la France du Non au TCE n’est pas inaccessible. Nicolas Dupont-Aignan lui annoncera peut-être dans quelques jours son soutien, et Jean-Luc Mélenchon refuse, pour l’heure, de donner une consigne de vote. Quant aux électeurs des Républicains, comment pourraient-ils suivre aveuglément les consignes de leur candidat pour le second tour alors qu’on les a conviés à choisir leur candidat pour le premier ? N’assistera-t-on pas à l’occasion à une nouvelle manifestation de la déconnexion des leaders de la droite avec leur électorat, radicalisé lui aussi ? Marine Le Pen en est fort consciente, elle qui a fustigé le candidat de « l’Argent-roi ». Cette bataille n’est pas jouée et pourrait réserver des surprises : la campagne la plus incroyable de la Ve République n’a pas encore livré toutes ses vérités

 

 

 

Macron, l’air du vide…

Reportage au meeting de Besançon

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Sipa. Numéro de reportage : 00801599_000029.

J’ai assisté à mon premier meeting d’Emmanuel Macron. Tous ces moyens déployés,  la musique à fond les ballons ! Un homme attendu comme une star ! L’image du télévangéliste est-elle la plus adaptée ? Sans doute pas. Car un télévangéliste a des messages à faire passer. Avec toute la bonne volonté du monde, je n’en ai pas détecté le moindre. Des slogans et des truismes enfilés à vitesse supersonique. Ma dernière visite au gouffre de Padirac m’a laissé un moindre sentiment de vide que le discours improvisé et décousu d’Emmanuel Macron, dont la syntaxe approximative rappelait parfois les romans de Christine Angot.

“Helpers”

Chez En Marche, il n’y a pas de bénévoles, il y a des « helpers ». L’un d’eux, à la fin du spectacle, a remarqué mon air consterné. Il m’a interrogé. Je lui ai dit mon tourment. Et il m’a vendu la mèche. Tout cela, en effet, n’est que de l’enfumage. Les discours, ça ne compte pas. L’important, ce sera l’action. Emporté par son élan, cet homme, qui se disait travailler « dans l’international », m’a donné l’exemple de Donald Trump, qui a enfumé tout le monde pendant sa campagne, avant de montrer aujourd’hui ce dont il est capable dans le conflit syrien. De l’enfumage, donc. Je lui ai dit mon soulagement. J’avais bien perçu la fumée.

Devant peu ou prou la même assistance (environ 2500 personnes) que François Fillon, il y a quelques semaines au même endroit, Emmanuel Macron s’est dit le candidat de « l’indignation utile ». Il a cité Stéphane Hessel. S’est adressé aux classes moyennes. « Ca ne peut plus durer ! » A combien de reprises l’a-t-il martelé ? Je n’ai pas compté. On ne savait pas, au passage, car il ne le précisait pas, ce qui ne devait pas durer. L’important était de le marteler. « Je vous le dis ! » Combien de fois ? Je n’ai pas compté. Mais, en fait, il ne nous disait rien. Pas très grave, pour les fans, dont beaucoup assistaient peut-être à leur premier meeting pour être aussi enthousiastes à l’écoute d’un tel enfilage de lieux communs.

Quelle “leçon de Besançon”?

Et puis, Emmanuel Macron a aussi voulu flatter les gens du cru. Il a évoqué « la leçon de Besançon », qui, paraît-il, se serait si bien remis de la disparition de ses nombreuses industries horlogères pour se reconvertir dans les industries de pointe. Tiens, donc ! Besançon, cette belle endormie qui a perdu son statut de capitale régionale pendant qu’Emmanuel Macron était aux affaires, n’a en réalité pas tant d’industries de pointe qu’il ne le dit. Besançon continue en revanche de former parmi les meilleurs horlogers du monde puisqu’ils vont se vendre à prix d’or en Suisse après des cycles de formation très courts. C’est sans doute cela « la leçon de Besançon ». Former pour ses voisins. Mais est-ce cela, le projet d’Emmanuel Macron ?

Dans moins d’un mois, l’ancien ministre sera peut-être à l’Elysée. Nous gratifiera-t-il toujours des mêmes discours ? Pourra-t-il continuer sur ce même registre ? S’il est en situation de cohabitation, pourquoi pas ? Mais s’il obtient la majorité ? Souhaitons-lui de choisir un premier ministre avec davantage d’épaisseur. Dans le cas contraire, et pour parler « jeune » comme Emmanuel Macron à Besançon : « On est mal » !

“L’Emission politique” est indigne du service public

Bienvenue dans la campagne la plus grotesque de l’histoire

François Fillon scotché sous la barre des 20% dans les sondages, distancé de cinq à sept points d’un strapontin pour le deuxième tour, attendait beaucoup de son passage dans « L’émission politique » de France 2 hier soir. On ne sait s’il aura pu rebondir lors de cette émission. On peut en revanche être certain que la politique y aura beaucoup perdu.

Pire que les tweets de Trump?

Peu importe le sort de François Fillon, en fait. Cela fait des mois que cette émission fait honte à la politique française. Avec ses invités-mystères ridicules, avec ses « Français anonymes » triés sur le volet dont on découvre l’identité ultra-militante les jours suivants, avec son humoriste pas drôle à la fin. Ce jeudi soir, nous avons décroché le pompon : Christine Angot, l’invitée-mystère venue interpeller le candidat. La romancière préférée de Libé est venue faire son esclandre et Pujadas ne pouvait évidemment pas l’ignorer. Pour le spectacle. Pour la « punchline » comme on dit aujourd’hui. Echange consternant. Indigne d’une vieille démocratie comme la nôtre.

Quand Karim Rissouli est venu annoncer le record du nombre de tweets (170 000), David Pujadas pouvait jubiler. C’est pourtant davantage François Fillon et ses accusations portées contre l’Elysée qui avaient suscité cette explosion de commentaires sur les réseaux sociaux que la consternante confrontation avec Christine Angot. Mais peu importe. L’important, c’est de faire du buzz, du tweet. Et de l’audience alors qu’il n’y a pas plus de publicité sur le service public de télévision à cette heure. La prochaine fois, que nous réservera l’émission-phare de la politique 2017 ? Un de mes amis taquins propose Isaac de Bankolé face à Marine Le Pen et Douchka face à Emmanuel Macron.

Un dernier mot sur François Fillon qui s’est montré à la hauteur de l’émission en expliquant avec un culot d’acier qu’il avait créé sa société de conseil au moment où il pensait arrêter la politique, mi-2012, c’est-à-dire pile au moment où il briguait la présidence de l’UMP dans une bagarre dont on se rappelle tous très bien – Copé a dû bien rire. Et qu’il a aussi rendu les costumes sur-mesure à Robert Bourgi dont on se demande bien ce qu’il pourra en faire.

Au moment d’éteindre sa télé, on se demande tout de même si on n’est pas victime d’une caméra cachée géante, si Jean-Paul Rouland et Marcel Béliveau ne sont pas finalement encore de ce monde, et associés pour nous piéger, et vont enfin débarquer pour nous rassurer. On se demande aussi s’il était bien raisonnable de moquer le niveau des élections présidentielles américaines et des tweets de Trump. Jusqu’où ira la décomposition de notre vie politique et de son orchestration médiatique ? Peut-on descendre encore dans l’indignité ? Il faut y croire. Ces gens ne connaissent pas de limites.

Fillon, entre Finkielkraut et Albator

A Besançon, le candidat LR a surtout parlé de l’Ecole

Combien étaient-ils à Besançon pour écouter François Fillon quelques jours après le rassemblement du Trocadéro ? Les orateurs annonçaient 3000 mais nous avons appris à nous méfier. Nous avons plutôt eu l’impression qu’on était beaucoup plus proche de 2000 mais peu importe, en fait. L’essentiel  se trouvait encore dans la composition de la salle. Comme les études d’opinion le démontrent, ce sont les retraités qui constituent le socle de l’électorat de François Fillon et hier soir, cela se voyait à l’œil nu.

Comme l’automne dernier lorsqu’il avait compris que son message économique n’était pas propre à emballer les foules et permettre une dynamique, il est passé très vite sur ses propositions en la matière. Lire la suite

François Bayrou, une trahison de lui-même

Son “alliance” avec Macron est incompréhensible

Il est certes moins douloureux d’être déçu par quelqu’un qui a été un adversaire politique et idéologique que par quelqu’un dont vous vous sentez proche. Pourtant, François Bayrou m’a profondément déçu hier après-midi. Car, au risque de provoquer ici et là quelques quolibets, j’avais conservé pour cet homme une estime et un respect malgré tous les désaccords qui nous opposaient, en premier lieu sur la reine des batailles, celle de l’Europe. Cet homme, l’un des rares de notre vie politique à écrire encore, d’une belle plume, ses livres lui-même, a toujours montré un enracinement. Il est l’un des rares à inscrire son engagement politique dans l’histoire et la géographie de notre pays. A en connaître et en respecter sa culture et sa langue. Lire la suite

Hamon-Valls : match nul

Quand les candidats débattent avec les journalistes

Nous aurions préféré continuer la lecture du dernier Jérôme Leroy. Mais nous étions punis, consignés à regarder le débat du second tour de la primaire de gauche. Faut-il avoir le sens du devoir pour s’imposer une telle confrontation après la tragi-comédie de ce début de semaine et ces soupçons de fraude et/ou d’amateurisme qui entouré le premier tour du scrutin.

Le méchant de Rocky 4

On s’était préparé à un débat musclé. On avait même regardé la veille une rediffusion de Rocky 4 et on se surprenait à comparer les regards sévères de Manuel Valls et Ivan Drago. Lire la suite

Deux vainqueurs : Macron et Mélenchon…

… Un vaincu, le principe de la primaire.

Ce débat devait être décisif. Il l’a été. Sans doute pas pour le scrutin de dimanche. Mais pour le principe des primaires à la française. Après un début plutôt prometteur, notamment sur le thème du protectionnisme, et où on constatait Manuel Valls davantage à son aise, la cible de la soirée ayant été déplacée sur la tête de Benoît Hamon et son revenu universel, cette confrontation est devenue le prétexte à rire. Rire, sans doute pour ne pas pleurer. Lire la suite