Marine à voile(s)

Grand scandale, disent les officiels libanais. Opération de com’, fulminent les journaux bien-pensants français. Marine Le Pen a refusé de se voiler pour rencontrer le mufti — sur lui « sottise et bénédiction », comme dit Voltaire. Walid Joumblatt éructe : « Une insulte envers le peuple libanais et le peuple syrien » ! C’est peut-être là la clé, comme le remarque au passage l’Orient le Jour : la présidente du FN a soutenu Assad dans sa guerre contre les islamistes, sans doute un crime originel dans l’Orient compliqué.

Il y a deux façons d’analyser le refus de MLP — l’une et l’autre au regard du proverbe fameux, « à Rome, fais comme les Romains ». Soit elle devait porter le voile pour se conformer aux coutumes locales — mais alors, elle est dans son droit lorsqu’elle condamne le port du voile en France, parce qu’il n’est pas dans les coutumes françaises d’arborer dans la rue des signes de superstition et de soumission. Soit elle a bien fait de ne pas le porter (et de Michelle Obama, en 2015, à Angela Merkel, en 2010, en passant par Madeleine Albright — en 1999 —, elle a un bon nombre d’illustres devancières qui, à chaque fois, ont été encensées par les mêmes bien-pensants français), parce qu’elle défend le droit pour les femmes de porter haut la tête, et alors il faut l’interdire en France, pays des Droits de l’homme et de l’égalité des sexes.
Dans tous les cas, il faut en finir avec ces femmes habillées de sacs, comme j’en croise tous les jours — ici, Porte d’Aix, à cinq heures du soir,Et là, rue d’Aubagne, à 11h du matin :Il y a deux jours, je sortais d’un brunch à l’Inter-Continental-Hôtel-Dieu de Marseille (Lionel Lévy, ex-chef d’Une table au Sud désormais aux fourneaux de l’Alcyone, s’y est montré un hôte prévenant), j’avais passé deux heures agréables avec des gens cultivés pourfendeurs d’islamisme et de political correctness, et en sortant, je suis tombé sur ça :J’en ai marre, du voile et des débats infinis sur la question. Marre d’en rencontrer à tous les coins de rues à Marseille, avec des petites filles voilées elles aussi de la tête aux pieds. Et pas qu’à Marseille : chaque fois que je croise une femme ainsi déguisée en sac, j’ai le cœur à l’envers. Marre que des députés de gauche, qui ont sucé le lait de Terra Nova, justifient cette mise à l’écart de la vie publique au nom de la liberté — et Benoît Hamon n’a pas été le dernier à se rallier à cette interprétation révoltante. Je n’ai pas participé à la primaire du PS (je n’ai pas qualité à défendre la social-démocratie molle qu’ils représentent tous si bien, après avoir éliminé Filoche), Manuel Valls portait sans doute l’héritage du hollandisme, mais il a au moins sur la laïcité une attitude constante et rigoureuse. Hamon, parce qu’il se veut de gauche (et cette prétention est l’un des aspects les plus répugnants de sa campagne), est prêt à dire n’importe quoi pour s’aligner sur les positions du NPA et du PIR (dont la LICRA demande enfin la dissolution, ce n’est pas trop tôt) et draguer quelques islamistes de plus ou de moins, qui, pense-t-il (et quelques autres avec lui) feront peut-être la différence dans les « quartiers » de Paris / Marseille / Lyon — ou Lille.
Je ne suis pas le seul à trouver que le voile islamique, ça suffit. Cet oripeau est d’ailleurs de plus en plus détourné, par exemple sous la forme chicOu sous la forme chocEt c’est tant mieux. Le seul voile tolérable, c’est justement celui qui joue sur la transparence et sur l’imminence de son envol. Le voile de Morgane, qui stupéfie le chef des voleurs dans l’histoire d’Ali-Baba Les sept voiles de Salomé, devant lesquels s’exorbita Hérode.Alors je n’ai pas d’intérêts particuliers dans la maison FN, je ne connais MLP que de façon superficielle, mais comment ne pas approuver, quelles que soient ses arrière-pensées politiques, son refus de se plier à la contrainte du fanatisme noir ?

Jean-Paul Brighelli

Présomption de culpabilité

Il y a quelques jours, dans le questionnaire que devait remplir une étudiante pour postuler à Kedge Business School, on demandait : « Quel est l’évènement majeur, de ces derniers mois, qui vous a marqué(e) ? »
Et la jeune fille, une Marseillaise issue, comme on dit, de l’immigration, de répondre : «Le viol du jeune Théo… » Empathie maximale. Sans doute s’y est-elle vue.
Il m’a fallu des trésors de diplomatie pour lui conseiller de prendre un autre exemple. Pour expliquer que les flics ont droit, comme les autres citoyens, à la présomption d’innocence — même si les faits sont clairement établis, ce qui n’est pas vraiment le cas. Et qu’en tout état de cause, même si le policier incriminé se révélait finalement coupable, il est quelque peu délicat de juger prématurément d’une affaire en cours d’instruction. C’est même carrément illégal.
Comme c’est une fille intelligente, elle a obtempéré. De bon cœur ? C’est une autre histoire.
D’autant que rien dans l’actualité ne l’engage à faire preuve de modération. Les temps sont au lynchage préventif — et Internet est un merveilleux champ de lapidation sans examen. Des « people » n’ont-ils pas écrit dans Libé une tribune exemplaire assimilant tout porteur d’uniforme à un violeur en puissance ? Le directeur général de la police nationale s’en est ému. Tous racistes ? Tous violeurs ? Allons donc ! Quand je les vois fermer les yeux sur les trafiquants de dope et de clopes du Marché des Capucins, ou renoncer à verbaliser une femme voilée des pieds à la tête, je les trouve même drôlement coulants — et globalement polis.

Au passage, qui sont ces « people » qui éructent dans Libé ? Des « gens », si je comprends bien l’anglais : quelle expertise ont-ils des affaires judiciaires ? Le fait d’appartenir à un tout petit monde artistico-littéraro-de gauche leur donne-t-il une quelconque autorité ? Nous vivons sous la dictature de la Pensée unique et du Camp du Bien…

Il fut un temps — en 68 — où le slogan était plus politique : Flics ! Fascistes ! Assassins ! Après tout, ils étaient au service d’un pouvoir (De Gaulle) qui ressemblait un peu à une monarchie.
Violeurs, ça vous a une autre gueule que fasciste. On est passé en quarante ans de l’épithète cérébrale à la dénomination libidinale. Le niveau baisse — en dessous de la ceinture.
Et les politiques ont embrayé avec volupté — voir Benoît Hamon, par exemple, qui condamne les « actes inadmissibles » des policiers — sans doute y était-il. Sauf François Fillon, qui en a profité pour proposer un abaissement de l’âge de la majorité pénale à 16 ans (il faudra en discuter avec les gardiens de prison, trop peu nombreux, trop peu formés), et Marine Le Pen, qui a déclaré que « par principe, elle soutient la police, sauf démonstration par la justice que des actes en violation de la loi aient pu être commis » : la présomption d’innocence n’est pas à géométrie variable. Tant qu’un délit (ou un crime, dans le cas d’un viol) n’est pas prouvé, tant que les faits n’ont pas été établis, il n’y a pas de raison de condamner préventivement. On peut plaisanter sur les conclusions provisoires de l’IGPN, mais elles sont justement provisoires.

D’autant qu’il n’y a pas de limite au pig-bashing, comme j’écrirais si je parlais anglais. Une semaine après Aulnay, voici que Mohamed K. affirme dans l’Obs qu’il a été passé à tabac par le même policier : et d’exhiber son visage tuméfié, ce qui a entraîné l’ouverture d’une seconde enquête. Allez, parions que d’ici peu, tout individu qui se sera fait casser la gueule incriminera un policier. Tous violeurs, tous assassins. Surtout quand on est bronzé. Pas tibulaire, mais presque, disait Coluche. Délit de sale gueule. Les belles âmes devraient de temps en temps sortir de Paris et visiter les « quartiers », comme on dit, pour voir à quoi ressemble l’aristocratie des ghettos. Ou s’intéresser aux statistiques des prisons françaises, telles qu’elles ont été rassemblées et commentées par le Washington Post — et analysées par le Monde pour les non-anglicistes. Ce n’est pas être raciste que de constater que la misère et la ghettoïsation produisent immanquablement les mêmes dérives — et que c’est sur le front des dérives qu’opèrent les flics. Pas à Paris VIIème (Matignon ou le Ministère de l’Education) ou VIIIème (Elysée et Place Beauvau) arrondissements, où la délinquance n’est pas tout à fait la même…

Les manifestants de 1968 voulaient changer le monde — mince, c’est raté ! Ceux d’aujourd’hui veulent juste casser du flic, et être sur le selfie : chacun fait avec les moyens de ses ambitions. Ils ont fait de leur mieux, ces derniers temps — mais le policier grièvement brûlé dans sa voiture en octobre a disparu des radars, d’autant que François Hollande n’est jamais allé le voir, celui-là. Alors qu’il s’est précipité au chevet de Théo et a déclaré que le jeune homme avait « réagi avec dignité et responsabilité ». Qui a dit « deux poids, deux mesures » ? Que pèsent les flics français, quantitativement parlant, face au public cible de Terra Nova ? Mais non, il ne peut pas y avoir de calculs aussi bas, surtout pas en période électorale !
Je sens que je vais me faire allumer, à tenir de pareils propos. Déjà, il y a quelques jours, expliquer que Roman Polanski n’avait jamais été inculpé de quoi que ce soit en France m’a valu une volée de bois vert. Mais vous savez quoi ? Frankly, I don’t give a damn, comme dit le beau Rhett à la jolie Scarlett.

Jean-Paul Brighelli

Silence

Sans vouloir remonter à Mathusalem, c’est-à-dire à mon adolescence, je dois au Masque et la Plume tant de joutes fécondes, de conseils avisés et de crises de rire que la quasi-unanimité pour assommer Silence, le dernier film de Martin Scorsese, m’a paru de mauvais aloi ou de mauvaise foi — si je puis dire… Alors même que je partageais, dans la même émission, nombre de réserves émises sur La La Land. Hé, les mecs, Scorsese ! Pas n’importe quel réalisateur à la gomme ! Pas Abdellatif Kechiche ! Pas James Foley ! Scorsese !
J’y suis donc allé — sans préjugés, comme vous voyez…Alors, c’est vrai : on commence par se dire que l’on est tombé dans un film sulpicien. Un addendum au martyrologe jésuite. Un commentaire à la béatification par Pie IX, en 1867, des 52 chrétiens massacrés à Nagasaki en 1622 — eux et leurs ouailles, y compris nombre d’enfants brûlés vif. Ou des « Seize martyrs », des dominicains massacrés dans la même ville entre 1633 et 1637 (l’époque à laquelle se situe le film) et canonisés, eux, par Jean-Paul II en 1997.
Dans le genre martyre, rien ne manque, et on se croirait dans quelque codicille à la Légende dorée. Ebouillantements, décapitations, bûchers, noyades, crucifixions… De quoi alimenter la délectation sanglante des bouffeurs de curés.

Mais que d’éminents critiques, dans l’émission susdite, reprochent à Scorsese de ne pas avoir signalé qu’à la même époque, en Occident et ailleurs, l’église catholique maniait l’Inquisition avec la même dextérité, quel intérêt ? Quel rapport avec le film ?« Le dernier film de Kurosawa », dit l’un des invités de l’émission, dans ce qui était apparemment un lapsus. C’est vrai : non seulement certaines images sortent de Ran ou de Dreams, mais une séquence entière (lorsque les villageois christianisés hésitent à résister, et préféreraient sans doute se soumettre aux diktats du shogun) rappelle invinciblement les Sept samouraïs, quand d’autres pleutres préféraient composer avec les bandits plutôt que de résister.
Mais plus qu’un rappel cinématographique, le film de Scorsese s’inspire de l’ukiyo-e, le « monde flottant », ce mouvement artistique de l’époque d’Edo (1603-1868) dont Hokusai ou Utamaro sont les représentants le plus connus en Occident. À la fois scènes de la vie ordinaires, paysans, courtisanes, moines ou soldats, et images de la nature japonaise, plages, bateaux, vagues, et Mont Fuji compris. Le film de Scorsese est esthétiquement un bonheur permanent. La présence de la nature, à travers les pluies innombrables, les pleines lunes, les huttes délabrées et les capelines de joncs tressés donne une indication précieuse sur le thème central du film — qui est certainement la foi, mais pas celle de la Manif pour tous : le catholicisme de Scorsese est celui de Pascal (« Le silence de ces espaces infinis m’effraie ») combiné au dépassement de Spinoza, le Deus sive natura, le moment où l’Etre suprême se dissout dans le Grand Tout.Et il s’y dissout parce que, conformément à ce qui se passe dans le catholicisme au XVIIème siècle, Dieu se tait et se terre. Le « silence » du titre, c’est cette absence au monde. Absconditus tacitusque. Caché et muet. Lucien Goldman en avait tiré une passionnante étude sur le Dieu racinien.

Deux moments dans ce film. Une première partie où les deux prêtres (Andrew Garfield, déjà en vedette dans Tu ne tueras point, et Adam Driver, tout droit sorti d’un tableau du Greco) envoyés à la recherche de leur ancien maître (Liam Neeson, toujours aussi imposant) tentent de fuir leur destin tout en s’occupant de leurs ouailles — les derniers chrétiens japonais survivants. L’un de ces Japonais est un traître systématique, presque drôle, hanté de culpabilité, qui réclame une confession fréquente et une fréquente communion — un thème typiquement jésuite. Scorsese s’appuie sur le roman le plus connu de Shusaku Endo (1923-1996), racontant la recherche par deux missionnaires d’un prêtre apostat bien réel, Cristóvão Ferreira, qui abjura le christianisme et s’installa confortablement dans le Japon des Tokugawa, entre 1630 et 1650. Le héros survivant du film en fera autant : il enfile un kimono, prend un nom japonais et même une femme, et s’intègre parfaitement. Qu’il garde au fond de lui sa foi originelle, dit le film, est son problème. Mais il renonce à tout prosélytisme.
Et c’est là le sous-entendu assez clair de Scorsese. La foi est un ressort intime, qui n’a pas à s’exhiber — ni à s’exporter là où on ne la veut pas. Le Japon a échappé au christianisme, il a échappé à l’islam — sans pour autant se refermer sur lui-même : que je sache, c’est l’une des premières puissances mondiales, et ses entreprises se sont fort bien adaptées à la globalisation tout en restant éminemment japonaises. Le taux actuel d’immigrés au Japon est de 1,5% de la population. Ce n’est pas là-bas qu’on verrait des voiles islamiques à chaque coin de rue — et symboliquement, le héros survivant rase sa barbe. C’est tout ce qu’on lui demande.

Le Japon a gardé sa culture — malgré l’ère Meiji. Il joue peut-être au base-ball, mais il est resté samouraï dans l’âme.
Je pensais à cela en sortant de la salle : Shinzo Abe, le très populaire premier ministre japonais, n’a jamais renié la culture de son pays — et ce faisant, comme le signalait le New York Times il y a deux jours, il a évité la vague « populiste » qui déferle un peu partout, et qui est une réaction à la trahison des élites auto-proclamées. Ce n’est pas lui qui lancerait, comme Emmanuel Macron à Lyon dimanche dernier : « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse. »
Il n’y a eu que la droite pour s’en offusquer, tant sommes lobotomisés par les mondialistes qui nous gouvernent. Pétain prétendait que l’anti-France était un Juif bolchevique — c’était d’époque, et c’était grotesque. L’anti-France d’aujourd’hui a le sourire Gibbs.
Silence est un très beau film sur la façon intelligente et vigoureuse dont le Japon a refusé la greffe chrétienne, en produisant les anticorps (à prendre ici au sens littéral) adéquats. Et sur la manière dont il peut tolérer les croyances intimes — tant qu’elles ne s’affichent pas. C’est la tolérance à travers les supplices. Le pays du Soleil levant a rejeté à la mer (qui se charge de noyer les crucifiés, c’est très beau à voir, et d’un symbolisme significatif) tous ceux qui prétendaient lui enseigner une autre voie que la sienne propre. C’est bien pratique, parfois, d’être une île.Et ce disant, le film glisse avec sérénité dans une esthétique japonaise. Rien d’américain dans ces 161 mn de plans très étudiés qui m’ont évoqué Bashô et quelques autres :

« De temps en temps les nuages
Nous reposent
De tant regarder la lune. »

Jean-Paul Brighelli

La Résistible ascension d’Arturo Ui

J’y suis allé pour Philippe Torreton, piètre analyste politique mais très grand comédien, et à la fin, j’ai applaudi tous les acteurs, tous remarquables, quelles que soient parfois les pitreries lourdingues que leur impose le metteur en scène, Dominique Pitoiset. La nécessité par exemple de faire jouer l’Acteur (Gilles Fisseau) à poil pendant 15 minutes ne m’est pas apparue clairement — sinon parce que depuis quatre ou cinq ans, depuis qu’Olivier Py a joué à ça avec un Roi Lear lamentable, tout scénographe qui se respecte doit dénuder au moins un personnage. Le dernier épisode, c’était un Mariage de Figaro pathétique, mis en scène par Rémi Barché à la Criée, le mois dernier, où le Comte exhibait sa chipolatas étique et Chérubin ses œufs sur le plat.

Les spectateurs en tout cas ont beaucoup applaudi. Reste à savoir quoi. J’ai peur qu’ils aient surtout apprécié le miroir de connivence que leur tendait la mise en scène — des bobos marseillais pratiquant abondamment l’entre-soi, fiers de ne pas appartenir à la majorité qui dans cette ville votera MLP, et d’autant plus confortés dans leurs convictions électorales (Hamon ? Mélenchon ? Le NPA peut-être…) qu’ils sont sûrs que leur candidat ne sera pas qualifié pour le second tour. C’est un vote snob sans conséquence. Il ferait beau voir qu’ils élussent quelqu’un qui menât une vraie politique de gauche… Derrière les Communards de luxe se cachent toujours des Versaillais repus.

La pièce de Brecht est à l’origine (1941) une allégorie transposant dans le monde d’Al Capone l’ascension d’Hitler au pouvoir. Hervé Briaux, le Président, c’est Hindenburg ; Daniel Martin (Goebbel), c’est Goebbels, dont il affecte la claudication ; P.A. Chapuis (Rom), c’est Ernst Röhm, le chef des S.A. éliminé par les S.S. durant la Nuit les Longs Couteaux, qui conclut presque l’histoire. Dans la pièce originelle, un bateleur passe régulièrement le long du quatrième mur avec un panneau explicitant la correspondance entre la fable et l’Histoire.

Dominique Pitoiset s’est voulu plus malin que l’auteur et a déshistoricisé la pièce au maximum, « afin de mettre ses pas dans ceux de Brecht, dit le programme, et de s’attacher à distinguer non seulement Hitler derrière Ui, mais surtout, derrière Hitler, les mécanismes qui rendent possibles — y compris aujourd’hui — une telle prise de pouvoir ». Hello Trump, bonjour Marine. Ou quelque chose comme ça.
Une Ascension pavée de bonnes intentions, donc, mais à laquelle manquent une giclée de bon sens historique et un doigt d’analyse pour que le cocktail soit digeste.
En décontextualisant la pièce, on fait d’Hitler une figure ordinaire du tyran : c’est gommer un peu vite la spécificité de l’hitlérisme. Et le recours, au tout début, au « Va pensiero » de Nabucco (le chœur des Juifs en exil à Babylone) est bien tout ce qu’il reste du projet monstrueux du Führer. Le principe de la double historicité, explicité par Brecht dans la conclusion fameuse de la pièce (« Il est encore fécond, le ventre dont est sortie la bête immonde ») d’ailleurs supprimée pour une raison obscure, aurait suffi à un spectateur rmoyennement intelligent pour tisser des liens avec le présent, si nécessaire. À trop enfoncer le clou…
Quant à affirmer (c’est le final bleu-blanc-rouge de la mise en scène) que MLP est une dérivation d’Arturo Ui (et Rom, c’est Philippot ?), c’est rater ce qui, en 2017, en plein néo-libéralisme mondialisé, est la vraie tentation fasciste. Non pas tel ou telle candidat(e) de l‘ordre et de la nation (deux gros mots, comme chacun sait), mais justement les représentants si lisses de la barbarie douce (version Le Goff) et de la dérégulation mondialisée. Et croire qu’il vaut mieux une pseudo-démocratie aux ordres du « Consortium » (ainsi a été traduit par Dominique Pitoiset le « trust du chou-fleur » originel de Brecht) plutôt qu’un(e) patriote est une conviction d’une naïveté renversante.
La bande sonore, très étudiée dans son éclectisme, fournit une illustration éclatante de ce confusionnisme historique. La séquence Nabucco, projetée sur un écran, a été enregistrée le 12 mars 2011 à l’opéra de Rome, avec Riccardo Muti au pupitre profitant de l’occasion, en présence de Silvio Berlusconi, pour demander au public de résister — avec une pluie de tracts tombant du poulailler comme dans Senso. Puis alternent la Toccata et Fugue de Bach (c’est le côté allemand) ou les Carmina Burana de Orff (pour le côté teuton), et en fil conducteur le rock « métal industriel » du groupe Rammstein, vaguement suspect — à son corps défendant, autant que je sache — de sympathies néo-nazies. Avec une jolie séquence sur Bésame Mucho — que Consuelo Velazquez a composé en 1941, l’année même d’Arturo Ui. Clin d’œil qui ajoute à la confusion : la tyrannie n’est pas de toujours, elle n’est pas une tentation inhérente à l’homme, elle est le produit d’un contexte historique et économique. Hitler est sorti du traité de Versailles, Pol Pot de la guerre du Viet-nam, et Goldmann Sachs de la financiarisation mondialisée. Le fascisme actuel n’a pas le visage d’une blonde, mais celui d’un système. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force, parce qu’il est plus simple de finir une pièce sur un Torreton éructant en silence que sur l’assimilation de la « bête immonde » à la mondialisation décomplexée qu’incarne aujourd’hui certains.

Jean-Paul Brighelli

Jusqu’au 10 février à Marseille, puis en tournée dans toute la France. Allez vous faire une idée.

Le point sur les présidentielles

Benoît Hamon est donc l’heureux élu primaire, Emmanuel Macron va, court, vole et nous gonfle, Fillon est dans les enquiquinements — que le Canard ait été abreuvé par le Ministère des Finances (mais non, pas par Sapin ! Il y a de tout aux Finances, et surtout pas des gauchistes ! Il y a même des sarkozystes…) ou par une « officine » au service de — de qui ? De Rachida Dati ?
Hmm…

Il y a trois mois, alors que nous ne savions pas si le Président de la république en titre irait ou non à l’abattoir, je disais ma certitude que Macron était le plan B de Hollande, dont l’objectif final est de faire triompher le néo-libéralisme (qu’il soit de droite ou de gauche n’a aucun sens en pratique) et d’annihiler le PS, refuge des Cambadélis et autres Bartolone — tous des petites pointures, si on en croit ce que racontait complaisamment le même Hollande aux deux journalistes invités à ses levers et à ses couchers. J’ajoutais que Mélenchon était le caillou dans la chaussure de ce même Hollande — le miroir impitoyable dans lequel il se reconnaît en homme de droite.
Il fallait donc grignoter le Parti de gauche, qui est le remords personnifié, la preuve vivante que le PS est de droite. D’où l’Opération Hamon, bien parti pour devancer Mélenchon, en donnant à tous les déçus du PS un prétexte pour voter encore une fois pour ce parti de gougnafiers. Cocus de 2012, à vos bulletins ! Il y a du candaulisme chez certains électeurs de gauche… On prostitue la république à un Macron en faisant semblant de soutenir Hamon. Bien joué.

Sans compter que Hamon, l’homme qui justifie le fait qu’il n’y ait pas de femmes visibles dans certains quartiers, est islamo-compatible — ce que n’était pas Valls, dont on peut critiquer bien des points, mais pas son engagement laïc. Avec Hamon, on chasse sur les terres du NPA et du PIR. L’islamo-gauchisme n’est qu’un prétexte : l’essentiel, c’est que la France en tant que nation disparaisse, que les Français en tant que peuple disparaissent, remplacés par une mosaïque de communautés qui se regarderont peut-être en chiens de faïence, qui se tireront peut-être dans le dos, de temps en temps, mais qui consommeront. Et c’est bien l’essentiel.

Soutenir Hamon, mais pas trop. Ce n’est pas lui, l’Elu. On le reçoit à l’Elysée, mais on s’abstient de le raccompagner sur le perron. C’est à ces petits détails que l’on mesure aujourd’hui les grands hommes.Sur la photo, il n’a pas l’air ravi, le ministriculus interruptus comme dit mon ami Antoine Desjardins (140 jours rue de Grenelle — il n’a même pas fait la rentrée, cette année-là !). Benoît, méfie-toi, cet escalier, il faudrait le monter au lieu de le descendre !
Hamon n’est donc qu’un écran de fumée. Le vrai candidat du PS, c’est Macron. L’homme de la loi Travail, d’Uber et compagnie. Un libéral, un vrai.Je ne dois pas fréquenter les bons cercles, mais depuis un mois, je n’ai absolument rencontré personne qui se dise prêt à voter Macron. Les sondages qui lui donnent aujourd’hui plus de 20% des intentions de vote seraient-ils manipulés par des médias complices ? Hypothèse absurde, bien entendu. Qu’importe que L’Express ou Libé, ou BFMTV et RMC, ce soit Patrick Drahi, à qui Macron a rendu un signalé service en lui permettant d’acquérir SFR. Que le Monde, ce soit Pierre Bergé qui vient de signaler son ralliement… Et j’en passe… Comme dit Polony dans le Figaro de ce matin 4 février : « L’élite financière a décidé de s’affranchir de ces politiques devenus inutiles et de faire le boulot directement.  »
Tiens, Causeur n’est pas dans le coup ? Faudra que je me renseigne…
En fait, l’Institut Montaigne avait deux fers au feu — Fillon et Macron. Fillon est dans les embarras ? On tire Macron du sac à malices. Si demain Fillon se remet en selle, ce sera coucouche panier.
Dans les deux cas, il s’agit de se débarrasser de Marine Le Pen, le cauchemar de la droite raisonnable et de la gauche de droite, toutes deux libérales jusqu’au bout des ongles. Marine Le Pen qui, si elle osait, finirait par annoncer que non, la France ne remboursera jamais sa kolossale dette, et que oui, les banques se sont assez gavées comme ça sur notre dos. Ce que chacun sait.
Le plus drôle, c’est que l’un des adversaires les plus convaincus de Macron, c’est Bayrou. Je l’ai rencontré cette semaine : il n’avait pas de mots assez durs pour le candidat du mondialisme et de l’Europe décomplexée. L’homme qui parle anglais aux allemands. L’homme qui ignore tout de la France, hors le trajet fluvial Bercy / Elysée. Qui ignore tout de l’école, sauf le lycée La Providence, noble institution jésuite d’Amiens, et la prépa d’Henri-IV, derrière le Panthéon. Un énarque assez malin pour avoir plu à Jacques Attali, qui depuis la mort de Mitterrand se cherche un roi à couronner. Pour avoir plu à Rothschild. À Alain Minc. Pour avoir plu à tout le monde…Sauf au reste de la France — la France qui n’est passée ni par la rue Saint-Guillaume ni par l’ENA, qui ne connaît de Bercy que les feuilles d’impôt du percepteur, qui ne « lève » pas des millions d’euros en se mettant « en marche », qui n’envoie pas ses enfants dans de grands lycées privés ou publics, qui se lève tôt en espérant avoir encore du boulot, et qui préférerait un CDI aux angoisses des CDD à répétition. La France qui en a jusque là des politichiens de garde du système bancaire — parce que cette France-là, ma France comme chantait Jean Ferrat, a peut-être un compte en banque, mais rien dessus. Ma France qui a le pain quotidien de plus en plus hebdomadaire. Ma France qui ne connaît que deux mots d’arabe — Allah akhbar, claironnés par tous les apprentis-terroristes, et encore aujourd’hui au Louvre. Ma France qui se prépare à l’émeute, demain — parce qu’elle ne voit plus d’autre issue.

Jean-Paul Brighelli

Cinquième set

(Ce qui suit est prioritairement destiné à mes élèves de classes préparatoires — mais je n’empêche pas les gens de bien de commenter mes divagations).Dans le monde du tennis, Roger Federer est « Mister Nice Guy ». Toujours le sourire, toujours un mot aimable — il a même l’habitude de prendre des nouvelles de ses adversaires blessés. Et bon père de famille avec ça ! Gentleman Roger !
L’avez-vous observé dimanche matin (heure de chez nous) dans sa finale contre Nadal ? Totalement concentré, il avait un masque de guerrier qui ne souhaite rien tant que la mort de son adversaire (souvenir d’une interview de Bjorn Borg, le glaçon suédois, avouant que sur le court, il aurait voulu que ses balles fussent de vraies balles et que son adversaire mourût).Federer avait gagné deux sets, il en avait perdu deux. Contre un adversaire qui l’a battu, le plus souvent, dans les grandes finales. Fatalitas ! dirait Chéri-Bibi. Mon cul, répond Zazie ! Au cinquième set, il avait un break de retard. 3-1. Il a accumulé les balles de dé-break, comme on dit en franglais, sans parvenir à les concrétiser. Il ne s’est jamais énervé, ne s’est pas roulé par terre, pas fait de crise de tétanie, ni versé des « torrents de larmes » comme un héros de Rousseau. Il n’a pas invoqué son âge (à 35 ans, il est le vétéran du circuit), ni ses blessures passées (il sort d’une convalescence de six mois). Il a serré le jeu, et pris des risques inouïs. Il n’a jamais essayé de jouer la sécurité. Aux services de folie de Nadal il a répliqué par des retours déments. Même quand Nadal revenait, récupérait son service, persistait à mener, il ne s’est pas déconcentré.
Et il est revenu, 4-4. Et il a gagné — 6-4. De quelques centimètres, sur une balle croisée qui a mordu la ligne. La dernière prise de risque.
Il en a presque pleuré d’émotion — après !Pendant la cérémonie qui a suivi, il a expliqué qu’il avait beaucoup travaillé : « Si vous ne travaillez pas dur, quelqu’un d’autre le fera et triomphera à votre place », a-t-il précisé dans une récente interview. Le fait est que ça ne se voit pas, tant la perfection lui est naturelle — à force de travail, parce que le génie sans la longue patience, hein… Et qu’il trouvait du plaisir à faire ce qu’il fait — c’est-à-dire à suer sang et eau pour gagner. Parce que seule la victoire est belle. Comme disait le compañero Che Guevara : Il y a deux ans, j’avais fait un parallèle un peu osé entre Whiplash, le sublime film de Damien Chazelle (le réalisateur, depuis, de La la Land), et les classes préparatoires (et plus généralement les systèmes compétitifs). Mais les dramaturgies de la réussite (ou de l’échec) sont partout, quand on y fait attention.
Ce dimanche, c’était à Melbourne. Ne pas baisser les bras. Ne pas faire de fautes, comme disait Laporte. Tenter des aces sur des seconds services. Monter au filet avec des jambes de plomb, après presque quatre heures passées sur le court. Tout jouer en demi-volées, ce qui est effroyablement exigeant, tant pour le mental que pour le physique, parce que c’est un geste qui ne pardonne rien, sauf l’excellence.
Il faut croire en ses chances. Yes, we can — comme disait Barack. Parce que seule la victoire est belle.

« Fais-moi voir ta gueule de guerrier ! » « Ça, c’est une gueule de guerrier ! »

Il y a une histoire japonaise que j’aime beaucoup. Un samouraï avance vers son adversaire, qui lui coupe un bras. Il avance encore. Puis l’autre bras. Il avance toujours. Puis une jambe — il s’en moque. Puis l’autre jambe — c’est là que l’histoire décolle, parce que le samouraï avance toujours. Parce que tant qu’on ne lui a pas coupé la tête, il peut trancher celle de l’autre.

Jean-Paul Brighelli

Polanski et le chœur des demi-vierges

Elles ont eu non sa peau (mais elles aimeraient bien), mais au moins la peau de sa nomination comme président des prochains César. L’un des plus grands cinéastes aujourd’hui vivants, le metteur en scène de Cul-de-sac, Rosemary’s baby, Chinatown, Tess, The Ghost Writer et j’en passe, est tricard aux yeux d’une bande de pseudo-féministes qui cherchent à faire parler d’elles en accablant les autres, faute de créer quoi que ce soit qui arrive à la cheville des œuvres du Polonais maudit.
Polanski est demandé depuis les années 1970 par un procureur californien avide de publicité pour une affaire qualifiée de viol où une fille mineure a été offerte par sa mère, et avec son consentement, à un cinéaste adulte. Ciel ! Et la fille en question n’a jamais voulu porter plainte, et correspond toujours avec son séducteur. En France, il n’est accusé de rien du tout. Quand bien même, il y aurait belle lurette que tout cela serait tombé sous le coup de la prescription.
Mais voilà : comme le note fort bien Michel Guerrin dans le Monde, « à l’heure du numérique l’oubli n’existe plus ». « Roman Polanski, mais aussi l’acteur Casey Affleck, le cinéaste Bernardo Bertolucci, le grand Hitchcock. D’autres suivront. Pour un créateur, il n’y a plus d’oubli. Les réseaux sociaux, tel un boomerang, ressortent avec gourmandise un épisode sombre de leur vie et l’amplifient autour du thème : ces artistes ont profité de leur notoriété et de leur pouvoir pour harceler des jeunes filles, voire en abuser. Dans le débat numérique, pas de place pour le doute, la nuance, la spécificité d’une affaire. »
Mais enfin, disent les naïfs dans mon genre, il a présidé le Festival de Cannes en 1991 et celui de Venise en 1996, et ça n’a défrisé aucune des permanentées qui pétitionnent aujourd’hui ! Oui, mais la vengeance des Internautes Anonymes ne se déployait pas encore à l’époque. On pouvait vivre et créer sans craindre que des hystériques vous lynchent.
Sur un réseau de profs bien connu, l’une des plus ravagées et qui veut absolument la peau d’un homme qui ne lui a rien fait et qui est pardonné de sa « victime » présumée, se scandalise que certains enseignants relativisent — c’est tout à leur honneur. Elle lâche, dans un français incertain dont je la laisse responsable : « Si j’étais un parent d’élève en train de lire un enseignant tenir les propos que vous tenez, je sais ce que je déciderais. » Paf — si je puis dire ! Servez chaud ! Qu’on lui arrache les couilles ! Pédophile !
Ma foi, qu’il aime les filles jeunes — sa femme a 33 ans de moins que lui, et ils ont l’air diablement heureux, il lui offre des rôles magnifiques, et ils ont eu deux enfants ensemble auxquels nos féministes rappellent élégamment les frasques anciennes de leur père, vingt ans avant leur naissance…C’est vrai qu’Internet permet à tous les frustrés, à tous les voyeurs, à tous les chercheurs de petites bêtes qui montent, d’exercer un droit de poursuite ad vitam aeternam. Pas d’oubli sur la Toile ! Ce n’est plus la « rumeur d’Orléans », c’est la rumeur mondialisée ! Allez, je suis presque sûr que ce sont les mêmes qui ne s’offusquent guère que Mahomet se soit offert comme épouse une gamine de neuf ans : c’était la tradition, c’était une autre époque ! Mais petite conne, les années 70 aussi c’était une autre époque !
Admettons que Polanski ait fait une erreur (je dis « admettons » parce que je ne m’érige pas en juge, moi, et je ne prétends pas connaître le dossier à fond). Eh bien, elle est prescrite — ce n’est pas un crime contre l’humanité, dites ! Parce que des crimes contre l’humanité, justement, le petit Polanski en est sorti — mais pas sa mère, qui est morte enceinte à Auschwitz.  broutilles, diront ses détracteurs, dont les grands-parents dénonçaient peut-être des Juifs, en France.
Alain Delon ne s’y est pas trompé. Interrogé par le Figaro pour savoir si, comme l’aurait apparemment souhaité sa fille, il voulait bien reprendre au vol la place encore chaude de Polanski, il a lancé avec beaucoup de dignité : « Si on me demandait de présider les César à sa place, je n’irais pas, en solidarité avec Polanski. Chaque fois qu’il va traverser la rue, on va lui parler de 1970? »

Lors de son arrestation en Suisse en 2009, un certain nombre de personnalités avaient pétitionné en faveur du cinéaste — dont Isabelle Adjani, Isabelle Huppert, ou Yamina Benguigui — sans doute toutes atteintes du syndrome de Stockholm, diront nos rombières. Ou Salman Rushdie, qui s’y connaît en persécutions. Bon sang, un Musulman qui soutient un Juif — un comble !

J’en ai plein le dos de l’épidémie de moraline qui nous accable jour après jour. On veut des gens parfaits — mais que celui qui n’a jamais péché, comme dit l’autre… Des hommes politiques parfaits — végétariens, amis des bêtes, buveurs d’eau : Hitler ! Il faut prendre les gens comme ils sont, et leur demander qu’ils nous donnent le mieux de leurs qualités — leurs défauts les regardent. Mazarin n’était pas un enfant de chœur, et certainement pas un type honnête — mais il a gagné la Fronde et la Guerre de Trente ans. Sans lui, nous parlerions espagnol. Eh bien, je continuerai à voter Mazarin — s’il s’en trouve.

J’ai de Polanski plein de souvenirs filmiques émerveillés. Mais plus encore, le souvenir de sa mise en scène d’Amadeus, au théâtre du Rond-Point, en 1981, où il incarnait Mozart face à un François Périer / Salieri tout aussi magistral. Un grand, très grand acteur. Un grand, très grand metteur en scène. Et tout le reste est poussière.

Jean-Paul Brighelli

Méritocratie, Oligarchie et Populisme

Il y a quelques jours, le New York Times a publié un intelligent article sur « The rise and fall of European meritocraty ». Ivan Krastev y dresse un parallèle entre l’effondrement (si seulement c’était vrai !) des pseudo-élites auto-proclamées mondialisées et la montée des populismes, notant que « l’élite méritocratique est une élite mercenaire, qui n’est pas sans rapport avec la façon dont les clubs de foot les plus compétitifs s’échangent les meilleurs joueurs ». Et de préciser que « les banquiers hollandais heureux vont à Londres, pendant que les bureaucrates allemands compétents occupent Bruxelles ». Ces gens-là n’ont pas de frontières, ils n’ont plus de nation.
D’où l’incompréhension desdits banquiers londoniens d’adoption lorsque le peuple anglais a voté le Brexit. Not in my name ! se sont-ils exclamés ! D’où l’ahurissement des bureaucrates bruxellois devant les votes eurosceptiques, qu’ils ont contournés grâce à la complicité active d’autres bureaucrates associés à quelques politiques intéressés. D’où la sidération des médias à l’élection de Trump ! Ce tout petit monde, comme dirait David Lodge, va de stupéfaction en stupéfaction. Vite, s’inventer un pare-feu !
Un parti populiste pourrait briller aux prochaines élections ? Vite, inventez-moi un petit Macron, puisque Hollande ne peut plus fournir.Les fonds ne manquent pas à Emmanuel Macron pour monter des meetings. On y vend aux foules un bonheur parfaitement imaginaire. Parce que l’Europe telle qu’elle s’est construite, l’Europe de la finance, de la City et de Goldmann Sachs — parlez-en aux Grecs, de Goldmann Sachs —, cette Europe qui choisit de parler anglais — non pas la langue de Shakespeare, mais celle des épiciers du Stock Exchange —, cette Europe-là n’a rien à voir avec le bonheur. Au moins, pour européen qu’il soit, François Fillon ne promet que du sang, de la sueur et des larmes.

Le bonheur, ce ne sont pas ces tomates standardisées, dépourvues de goût, mais conformes à un idéal européen décidé à Bruxelles, où d’ailleurs on n’en cultive pas. Ni ces normes alimentaires qui nous empêchent de manger des fromages non pasteurisés et du lait frais non UHT. Le bonheur, ce ne sont pas ces écoles où l’on enseigne le français tel qu’il se parle mal — baragouinez, mes enfants, Bruxelles s’occupe du reste. Un sabir dans lequel se dissolvent peu à peu les langues nationales, mais qui satisfait les « compétences » édictées par le Protocole de Lisbonne. La façon dont Emmanuel Macron a cru bon de parler anglais devant un parterre franco-allemand en dit long sur le globish commun à ces gens-là — et de Florian Philippot à Bruno Le Maire, je sais gré à quelques politiques d’avoir exprimé leur indignation devant la trahison linguistique de ce jeune homme pressé qui mérite amplement le grand prix de la Carpette anglaise.
Ces chroniques sont écrites en français — et celles et ceux qui les commentent veillent à s’exprimer aussi en (bon) français. C’est une politesse que nous nous devons les uns aux autres ; mais ce qui allait de soi il y a onze ans, quand j’ai commencé Bonnet d’âne, est devenu un acte de résistance. Parler français, c’est s’opposer à cette mondialisation qui après avoir détruit notre industrie et notre agriculture, prétend détruire les nations. Insensiblement, je suis passé d’analyses exclusivement consacrées à l’Ecole à des réflexions sur l’ensemble des faits culturels, parce que le combat, face à une menace tous azimuts, est désormais global.

Comment ? Vous vous insurgez contre la méritocratie, vous qui ne cessez de prêcher l’élitisme bien compris ? Vous qui pestez contre l’égalitarisme instauré par un système pédagogique à la dérive ? Allons donc !
Il faut d’abord s’occuper de bien nommer les choses. Le mot méritocratie fut inventé en 1958 par le sociologue et homme politique anglais Michaël Young, dans une fiction dystopique intitulée The Rise of the meritocracy. L’auteur y stigmatisait un (futur) système où des élites auto-proclamées s’arrogeaient le droit de décréter qui était ou non méritant (en fait, elles-mêmes), et rejetaient dans l’ombre, la misère sociale et la culpabilité tous ceux qui n’avaient pu s’insérer dans leur corps, et qui le pouvaient d’autant moins que lesdites élites vivaient en système autarcique et en auto-reproduction. Et il prédisait une insurrection populaire contre la méritocratie en 2033 — alors que c’est en 2016-2017 que ça se passe.
Le fait d’avoir fabriqué le mot en combinant une racine grecque (kratos, le pouvoir) à une racine latine montrait assez, dans l’esprit de Young, à quel point le concept était monstrueux — en un mot, bureaucratique, un mot fabriqué selon la même linguistique frankensteinienne. Rien n’y a fait : la classe politique (à commencer par le parti travailliste, auquel Young avait appartenu) a revendiqué la méritocratie, et l’inventeur du terme a dû batailler ferme contre Tony Blair, objet de son exécration, qui s’auto-justifiait en se réclamant d’un système méritocratique qui pérennisait le pouvoir des mêmes. Lisez sa diatribe, elle est lumineuse.

Il y a une sacrée différence entre méritocratie et élitisme. La méritocratie est une oligarchie qui feint d’être là par pur mérite, alors qu’elle n’y est que par reproduction. L’élitisme consiste au contraire à pousser chacun au plus haut de ses capacités — particulièrement les plus jeunes. Quelles que soient leurs origines. J’ai voué ma vie à cette tâche.
Les sociologues de l’éducation ont constamment joué, dans leurs écrits, sur l’ambiguïté de la méritocratie, qui à l’origine est très près de ce que Bourdieu appelait « reproduction », et dont ils font quand ça les arrange un synonyme d’élitisme. D’où la tentation égalitariste imposée à l’école par des politiques qui eux-mêmes s’accommodent fort bien d’une société méritocratique dans la mesure où elle les conforte dans leurs fonctions. En fait, la méritocratie tue le mérite. Elle installe une noblesse d’Etat pérennisée. Elle est une oligarchie — pas même une aristocratie. Ce n’est ni le gouvernement des meilleurs, ni a fortiori celui des plus méritants, c’est la confiscation du pouvoir par quelques tyranneaux camouflés en grands argentiers (Wolgang Schaüble par exemple), en ex-gauchistes réinfiltrés par la CIA (Manuel Barroso) ou en jeunes loups « en marche ». C’est 1788 : on se crispe sur ses privilèges, on fonce dans le mur.
D’où la tentation populiste. Celle du coup de balai. Du « plus jamais ça, plus jamais ceux-là ». Du présent faisons table rase. Ce que les méritocrates appellent populisme dans les feuilles de choux qu’ils se sont achetées (le Monde par exemple) n’est jamais que l’exaspération du peuple.
Les partis qui prêchent la grande lessive n’ont pas forcément les cadres de substitution ? Sans doute. Mais il peut en être en 2017 comme en 1789 : en quelques semaines ont surgi les hommes qui firent la révolution. Qui avait entendu parler de Danton, de Saint-Just ou de Robespierre (ou de Bonaparte, ou de la plupart des généraux de la Révolution, tous issus du peuple), avant que le peuple n’envoie les aristos à la lanterne et le roi — nous arrivons tout doucement au 21 janvier — à l’échafaud ? En 1940, qui connaissait De Gaulle avant le 18 juin, en dehors de quelques cercles militaires restreints ? Il en est des grands esprits comme de la foudre — l’instant d’avant, ils n’étaient pas là. L’instant d’après…

Jean-Paul Brighelli

Paul Lombard

Paul Lombard, qui vient de mourir, était devenu un ami — ou pas loin. J’avais été chargé de l’aider à écrire ce qui devait être son testament — un livre qui a été écrit jusqu’au bout, et que de sérieux ennuis de santé, en 2011, l’empêchèrent d’amener au stade éditorial, puisqu’il ne pouvait plus le défendre.
Je tiens, en hommage à un « ténor du barreau », comme dit la Presse, et à un homme de cœur, comme je dirais moi-même, à vous en livrer une page.

Fifi n’était peut-être pas très maligne, mais c’était une créature voluptueuse, et elle aimait les hommes — elle les aimait beaucoup. Jusqu’au jour — en 1942-43 — où elle rencontra Otto (ou Fritz, ou Wolfgang, bref, un soldat allemand). Coup de foudre trans-national. Du jour au lendemain, Fifi fut fidèle. Elle accoucha même, neuf mois plus tard, d’un joli bébé blond comme son père — une rareté, à Marseille, à cette époque.
Puis vint la Libération. Tous les résistants de la onzième heure émergèrent pour libérer une ville qui l’était déjà. Et, pire encore, leurs vertueuses épouses se mirent de la partie.
On alla chercher Fifi chez elle (Otto avait été déplacé sur le front russe, elle était sans nouvelles, elle était dans les affres et ne pensait à rien d’autre), on la traîna dehors, et avec la délicatesse que l’on imagine, on la tondit.
Ce n’était pas encore assez. On l’amena à la Plaine (un quartier qui, comme son nom ne l’indique pas, domine la Canebière et le lycée Thiers où j’étais lycéen), et on se proposa de la faire baiser par l’âne qui baladait les enfants. « Puisqu’elle avait baisé avec un Allemand, elle pouvait bien baiser avec une bête… »

On avait déjà déshabillé Fifi, on l’installa sous l’animal, qui, terrorisé, menaçait de l’écraser, on commençait à exciter manuellement la bête, pour la mettre en état, quand Louis Rossi, un vrai résistant celui-là, porte-flingue de Defferre qui venait de prendre d’assaut le Petit Provençal, journal collaborationniste, fendit la foule, tua l’âne d’un coup de revolver, et pointant son arme sur la foule :
- Le premier qui bronche, dit-il, je l’abats.
Il releva Fifi, la couvrit de son blouson, la ramena chez elle.
Elle est restée prostrée un certain temps. Puis elle alla récupérer son môme, qu’elle avait confié à une voisine. Ensemble, ils se rendirent sur un pont qui, au bout de la rue de la Croix, permettait de gagner Saint-Victor, et, enjambant la rambarde, elle se précipita avec son enfant trente mètres plus bas, sur la voie ferrée qui, à l’époque, passait là. On eut du mal à séparer les deux cadavres.

Vingt-cinq ans plus tard, on n’avait rien appris. Gabrielle Russier aima l’un de ses élèves, fut condamnée en juillet 1969 à 12 mois de prison, une peine déjà lourde, surtout quand on pense que 1968 était passé par là, que Christian R*** avait presque 18 ans au moment des faits, et qu’il avait fallu une bonne année pour que ses parents, profs à la fac d’Aix l’un et l’autre, se décident à porter plainte.
La condamnation était amnistiée par la toute récente élection de Georges Pompidou. Le procureur fit appel a minima, et demanda 13 mois non amnistiables. Un mois plus tard, poussée à bout, Gabrielle se suicidait.
L’avocat de Gabrielle, Raymond Guy, était alors tout jeune, et ne géra pas l’affaire au mieux. Grisoli (chez qui il avait été stagiaire, au tout début de sa carrière), partie civile, protesta même contre l’appel, puisque le souhait des parents était de récupérer leur fils, ce qui était fait. Mais le chœur des pleureuses de l’Université et de la magistrature se déchaîna. « Un professeur n’a pas à supplanter l’autorité familiale », tonna le procureur général, Marcel Caleb. « Elle s’est suicidée pour ne pas se présenter en appel », se moqua le procureur Paul Tirel. « Une fleur maladive qui a pourri d’amour », renchérit le substitut Jean Testut.
Quant au juge d’instruction, Bernard Palanque, l’affaire ouvrit chez lui un abîme, et il finit par divorcer. Ainsi finissent les moralistes.
Trois semaines plus tard, Pompidou fut interrogé sur l’affaire, au cours d’une conférence de presse demeurée célèbre. Il jeta sur l’assistance un long regard empreint tout à la fois de dédain, de chagrin et de pitié, camouflé sous ses lourdes paupières, et récita, sans papier, le célèbre poème d’Eluard :
« Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut la victime raisonnable
Au regard d’enfant perdue
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés »

Poème écrit justement par Eluard — à qui on ne pouvait rien reprocher, en fait de Résistance — en l’honneur de toutes ces femmes à qui des mégères firent sentir le poids de leur vertu.

À propos d’Eluard justement… Lombard avait chez lui, parmi une foule d’œuvres qui témoignaient d’un goût exquis et éclectique, une splendide édition manuscrite du « Liberté » d’Eluard, colorisée et illustrée par un ami du poète. Eh bien, Paul, sur cette page électronique qui durera moins qu’un dessin de Max Ernst, j’écris ton nom.

Jean-Paul Brighelli

Nocturnal Animals

C’était le 4 janvier. Je me suis laissé entraîner — et puis j’avais vu le précédent film de Tom Ford, A Single Man, où Colin Firth était magnifique (comme dans Genius) et Julianne Moore désespérée (comme dans The Hours).
Vers la quatrième ou cinquième minute, j’ai eu un sentiment de déjà-vu — ou plus exactement de déjà-lu. « J’ai la mémoire qui flanche / J’m’souviens plus très bien… » Oui, j’avais lu ça — mais ça ne s’appelait pas Nocturnal animals, c’était intitulé Tony et Susan, c’était signé Austin Wright,  ça a paru au Seuil il y a vingt ans — un bail, et tant de polars depuis ont coulé sous le pont Mirabeau… Et dans mon souvenir, c’était un très bon roman.
Je suis rentré, je l’ai cherché en vain — livre prêté, livre volé. Je n’ai pas voulu en parler avant de l’avoir relu — le temps de me le procurer sur un site de soldes…
C’est un très bon livre. Mais en le relisant, je me suis souvenu que je l’avais déjà trouvé très bon deux fois — en 1995, puis dix ans après. Par un effet de concernement, comme dit Starobinski.

C’était vers 2004. Un que je connais avait une grande passion de midlife crisis (à vrai dire, depuis l’âge de quinze ans — et il en a plus de soixante aujourd’hui — il a été en permanence en midlife crisis, à voir le nombre de passions horizontales qui ont nourri sa vie et son imaginaire), pour une créature bien sous tous rapports, enseignante comme lui, et quelque peu plus jeune — disons vingt ans d’écart, pas de quoi se retourner dans la rue. Un an de bonheur au bout des doigts. Il allait abandonner pour elle sa femme et ses enfants quand elle lui signifia qu’il n’était pas assez riche pour elle — pas assez pour lui assurer un train de vie adéquat. Et qu’il lui fallait bien (elle venait sans doute de recevoir je ne sais quel message biologique qui lui conseillait d’abandonner l’amour par derrière, comme chante GieDré) qu’elle se mît en quête d’un géniteur adéquat, susceptible d’offrir à sa future progéniture le nid douillet et parisien qu’elle convoitait… Ainsi se termina l’histoire — ou pas tout à fait : piqué au vif, mon ami écrivit dans le mois qui suivit un livre qui eut un écho considérable, et des ventes confortables. Et il le lui envoya, dédicacé, mortel.

C’est tout le sujet de Tony and Susan / Nocturnal Animals. Susan est mariée depuis vingt ans à un chirurgien qui la trompe un peu mais qui a la surface financière adéquate pour que ça passe. Dans le film, elle a un côté Desperate Housewife — Amy Adams, sublime, a teint ses cheveux en acajou pour renforcer l’écho avec Marcia Cross. Elle s’occupe d’une galerie d’art moderne (ne ratez pas le début, c’est fascinant de monstruosité) qui périclite. Et elle reçoit par la poste le tapuscrit d’un livre qui va sortir, écrit et envoyé par son ancien mari, Edward — et de surcroît il le lui a dédié. Vingt ans auparavant, il se voulait écrivain, il comptait sur elle pour qu’elle fût sa première et meilleure critique, et elle n’a rien su lui dire d’autre que « C’est trop plein de toi, ces histoires »…
Oui, mais, objecte-t-il, on n’écrit au fond qu’avec soi. Il lui a demandé d’être patiente, qu’il finirait bien par… Elle a préféré le quitter, d’autant que le prochain frappait déjà à la porte, si je puis dire. Et qu’il avait une surface économique plus confortable. On ne dit pas assez que tant de belles histoires d’amour meurent d’impératifs financiers.
Ce qu’il lui a envoyé — Nocturnal Animals — est pour un œil naïf enfin détaché de lui. Un thriller parfaitement angoissant, dont je ne vais pas vous raconter les péripéties. Tom Ford, matois, a eu la bonne idée de faire jouer par le même acteur — Jake Gyllenhaal, parfait — à la fois le rôle de l’ex, réanimé dans le souvenir de Susan en quelques flash-backs significatifs (elle l’a quitté parce qu’il ne gagnait pas assez d’argent, et qu’au fond, elle reproduisait les préjugés texans hérités de sa mère) et le rôle du père de famille de la fiction, à qui il arrive quelques pépins notoires.
Evidemment, le récit (fictif) est tout imbibé de l’ancienne relation. Le roman d’origine s’appelle Tony et Susan parce qu’il mélange la Susan du niveau I, le niveau réel, avec le Tony du niveau II — soi-disant fictionnel. Qu’il suggère un couple impossible et néanmoins réalisé — quant à savoir s’ils pourraient se retrouver dans la réalité, savoir si Edward viendra au rendez-vous qu’elle finit par lui donner, quand elle a achevé le livre…
Tom Ford est paraît-il heureux en ménage. Mais il dit dans ce film quelque chose de magnifique à son partenaire d’aujourd’hui — « heureusement que tu as pensé que j’avais du talent, et il m’en a fallu pour remonter Gucci (après tout, Ford est surtout un créateur de mode) et Saint-Laurent, il m’en a fallu pour résister aux attaques des féministes hystériques qui trouvaient que je déshabillais trop les modèles dans mes pubs » — par exempleC’est un film sur la vengeance : tu n’as pas cru en moi, je t’envoie ce livre à la figure, et je te renvoie à ta solitude et à ton impuissance et aux infidélités misérables de ton mari et à tes enfants — bobonne !
Le film, Lion d’argent à Venise, a été très bien reçu par la critique. En France, quelques-uns ont parfaitement compris — et quelques autres sont passés à côté. Mais bon, Télérama… Jetez un œil sur la bande-annonce, qui vous en dit juste assez. C’est un film nocturne, admirablement photographié par un grand chef opérateur — Seamus McGarvey, qui avait aussi filmé The Hours, que j’évoquais plus haut. Il n’y a pas de hasard.
Et même si vous n’écrivez pas, même si vous n’avez pas de vengeance en cours, même si votre femme et votre fille n’ont pas été violées par trois voyous sur les routes de Pennsylvanie ou d’ailleurs, même si vous n’aimez pas les thrillers glacés, courez-y — c’est une pure merveille.

Jean-Paul Brighelli