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Ecosse, Catalogne, Corse, Pays basque : même combat !

Les Ecossais ont donc majoritairement voté No au référendum sur l’indépendance : le contraire aurait été surprenant, vu le matraquage opéré non seulement par les Anglais, soudain inquiets de perdre le contrôle de la poule aux œufs d’or, mais globalement par le monde entier, soucieux de ne pas encourager un si vilain exemple. Pour l’Europe, particulièrement, malgré le pseudo-exemple allemand, qui serait à la source des recompositions de régions voulues par François Hollande, le type qui n’a jamais fait de géographie, et qui semble croire que le Bordelais lorgne sur le Limousin, l’Auvergne sur Rhône-Alpes et la Corse — ben la Corse, on n’y touche pas, on sait trop bien ce qui arrive aux bâtiments publics quand on les contrarie. Et puis pour l’économie mondialisée, ces histoires de région, cela sonne un peu archaïque. Dans l’optique des Nouveaux Maîtres — Alibaba et Goldmann-Sachs réunis —, la planisphère s’article autour de la Chine industrielle (production) en une très vaste périphérie regroupant le reste du monde (consommateurs). Bref, l’Empire du Milieu mérite à nouveau son nom.
« À titre personnel, oui, je suis heureuse, parce qu’on n’aime jamais voir les nations qui constituent l’Europe se déliter… », a dit Najat Vallaud-Belkacem sur les ondes de France-Info, en ouverture de son interview du 19 septembre. Ma foi, elle a presque touché du doigt l’essentiel de cette élection ratée — mais une occasion manquée ne peut manquer d’amener une nouvelle occasion plus réussie — en Catalogne par exemple. L’essentiel, c’est que les Etats sont morts, dans le Grand Projet Mondialisé. Le pur jacobin que je suis s’en émeut, mais il constate : « l’Etat, c’est moi », disait Louis XIV — et l’Etat, désormais, c’est Hollande. On mesure la déperdition de sens. Le soleil s’est couché.

Dans un livre qui vient de paraître (la France périphérique — Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion), le géographe Christophe Guilluy montre fort bien que la France est désormais une galaxie de malaises additionnés tournant autour des « villes mondialisées » que sont Paris et deux ou trois autres centres urbains. Ce qui, explique-t-il, entraîne des réactions, frictions, émeutes et vote FN dans des endroits fort éloignés des bastions historiques du lepénisme. Les cartes de la désindustrialisation et de la montée des extrêmes se superposent exactement. Et après les Bonnets rouges, précise-t-il, on peut s’attendre à d’autres jacqueries — au moment même où je lisais son analyse, les Bretons incendiaient le Centre des impôts de Morlaix. Et la Bretagne, pour tant, est fort éloignée de Hénin-Beaumont ou de Vitrolles. Mais voilà : ce sont désormais les périphéries qui flambent.
Eh bien, je vois la tentation indépendantiste de l’Ecosse, de la Catalogne ou du Pays basque comme des réactions périphériques au viol permanent opéré par la mondialisation. Ce ne sont pas des réactions contre les Etats — il n’y a plus d’Etat —, mais contre les abolisseurs de frontières, les importateurs de saloperies à deux balles, les financiers transnationaux, contre ceux qui trouvent que le McDo est meilleur que le haggis ou le figatelli, contre les appétits qui pompent du pétrole pour assouvir la City, ou qui exploitent Barcelone pour faire vivre Madrid.
En fait, soutenir les régions, aujourd’hui, a un sens exactement à l’opposé de ce qu’il a pu avoir en 1940-1944 — il faut être bête comme Askolovitch pour croire qu’exalter le vrai camembert normand est une manœuvre pétainiste. Soutenir les régions, c’est combattre l’uniformisation voulue par les oligarques du gouvernement mondial, et, plus près de nous, les valets de l’ultra-libéralisme qui ont fait de l’Europe le champ de manœuvres de leurs intérêts — les leurs, pas les nôtres.

Jean-Paul Brighelli

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Enarchie et dépendances

« Ils ont fait Sciences- Po, passé ou non un concours de l’administration, regardé autour d’eux… Et finalement trouvé un poste d’attaché parlementaire ou un job dans une collectivité et, pour les plus chanceux ou les plus habiles, dans un « Cabinet ». »
Ainsi parle, sur son blog, Michèle Delaunay, l’ancien ministre délégué chargé des personnes âgées et de l’autonomie dans le gouvernement Ayrault, et élue de Bordeaux. À partir de cette phrase initiale, elle développe une longue métaphore filée sur le « virus », qui se développe en « maladie » : « Grand air, bobine sur le journal après l’avoir eue sur de grandes affiches, ils sont quelqu’un, c’est à dire déjà plus tout-à-fait eux-mêmes. »
« Ils », ce sont les professionnels de la politique, ceux qui ont enchaîné Sciences-Po, l’ENA (parfois même, ainsi qu’on le sait grâce à Najat Vallaud-Belkacem, avoir réussi l’ENA n’est pas une obligation) et une élection locale — conseiller régional / municipal / général, l’un n’exclut pas l’autre. « Milieux un tantinet confinés », dit Michèle Delaunay. « Le danger maximum vient avec le succès dans une élection où l’on a été parachuté, voire même que l’on a sélectionnée sur la carte si on a eu la chance d’être dans les instances du Parti, d’avoir un mentor de grand renom ou de grand pouvoir, d’être choisi par un qui ne voulait/pouvait pas se représenter. » À Lyon, par exemple.
De profession réelle, note l’ancienne dermatologue-cancérologue du CHU de Bordeaux, pas de traces. La politique est une drogue forte, et l’on sait bien que les vrais drogués ne font rien à part chercher la prochaine fumette ou la prochaine pilule (les injections, comme chacun sait, ne sont plus très mode).
Comme le note finement l’ancienne ministre, les politiques qui viennent d’un milieu « modeste », comme on dit, sont plus longtemps que les purs héritiers porteurs sains du virus — jusqu’au moment où ils basculent, et passent dans la sphère des nantis, dans « l’entre-soi ».
Le peuple, pendant ce temps, s’étonne qu’ils soient si loin du monde réel — celui où le pain quotidien se fait hebdomadaire, comme disait Prévert. Celui où l’on se fiche que les maisons de retraite soient gay-friendly (une marotte de l’ancienne ministre, le gouvernement Ayrault ne savait plus quoi faire pour marquer son obédience au lobby LGBT) ou équipées de chambres doubles afin que les pensionnaires vivent confortablement leurs amours sénescentes, tout simplement parce qu’au tarif des maisons de retraite, on n’a pas les moyens d’y mettre mamie, et l’on sait bien que l’on finira soi-même dans l’un de ces mouroirs dont parle Jacques Chauviré dans l’admirable Passage des émigrants.
Comment est-ce possible ? « Entrés tôt dans le tunnel, ils n’en sont jamais ressortis. » Ils y sont entrés bébés — on a besoin de jeunes, n’est-ce pas… Il n’est jamais trop tôt pour mal faire. La jeunesse aussi est un naufrage.
Le problème, c’est que ces jeunes gens n’ont aucune expérience dans l’art de ne pas arriver à payer ses factures, la technique de la queue à Pôle Emploi, les mille et une recettes de pommes de terre / riz / spaghettis / couscous, le robusta du matin et la Kro du soir. Ils s’étonnent d’ailleurs que les pauvres soient gros. Ils ne savent rien de la misère réelle — ni même de la difficulté à boucler le mois, les loyers étant ce qu’ils sont. Ils ont des voitures de fonction, et comme Giscard en 1974 ou NKM en 2013, ils ignorent ce que coûte un ticket de métro — et ils n’ont pas la prestance de Chirac sautant par dessus les portillons de la RATP.

Que l’on mette deux heures, retards compris, pour aller d’un chez soi banlieusard à un bureau parisien leur paraît exotique.
Quand ils sont ministres de l’Education, on leur prépare leurs visites dans les établissements « sensibles », transformés pour l’occasion en villages Potemkine. J’ai eu l’occasion de conseiller à un ancien ministre d’y aller à l’improviste : eh bien, c’est impossible, paraît-il. Ils risqueraient de se frotter par accident à la réalité du terrain. Sarkozy imposait, lors de ses visites dans ces zones à grand risque qu’on appelle globalement la province, un glacis de 200 mètres pour ne pas être importuné par les cris des manifestants. À Saint-Lô, en janvier 2009, le préfet de la Manche y a laissé sa place.

Et je ne suis pas bien sûr qu’au gré de ses visites ministérielles dans les maisons de retraite, Michèle Delaunay ait été confrontée à la réalité des asiles de vieillards, les douches hebdomadaires, les personnels débordés, parfois violents, la mise systématique sous camisole chimique, les repas concentrationnaires. Mais justement, le fait qu’elle ait longtemps pratiqué la médecine a pu l’aider à voir à travers les guirlandes et les discours apprêtés — « alors, papy, content ? »

Mais qui aidera Najat Vallaud-Belkacem à comprendre ce qu’est une vraie ZEP ? Certainement pas les énarques de la rue de Grenelle — gentils, pas bêtes, déphasés.

Je ne suis pas assez fin historien pour savoir quand a commencé ce décalage entre les politiques et la réalité. Peut-être avant la création de l’ENA. Peut-être est-ce inhérent à l’exercice même du pouvoir : le personnel du Premier Empire, à partir de 1807-1808, ne sait plus rien de ce qui se passe en France — et l’empereur non plus. C’est ainsi que l’on finit par perdre des batailles.
Jean-Paul Brighelli
PS. Je regardais hier la prestation de Manuel Valls devant les députés. Un discours de politique générale plein de ces anaphores qu’adorent, depuis Guaino, les « plumes » de l’Elysée ou de Matignon. Sans grand intérêt. Puis, en réponse aux réactions des chefs de groupe parlementaires (my God, est-il possible d’être Christian Jacob ?), on a vu soudain un autre Valls, plus spontané, parlant sans papier cette fois, éloquent souvent, persuasif presque. Et j’ai eu comme un bref sentiment de pitié pour ce type finalement assez doué et que Hollande entraîne dans les abysses. Casse-toi, Manuel, sinon c’est cuit pour toi en 2017 ! Run, Manuel, run ! Véte !

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9,53

On dirait une erreur sur le calibre de la balle — 9,53 mm, cela n’existe pas.
Mais ça mériterait d’exister — juste histoire de vérifier la puissance de pénétration et les dégâts à la sortie que pourrait faire un 9,53 dans le crâne du type qui a déposé à Pôle Emploi la petite annonce suivante :

Numéro de l’offre – 019RTKF ; Offre actualisée le 08/09/2014
Professeur / Professeure de mathématiques

Métier du ROME K2107 – Enseignement général du second degré

Description de l’offre : Vous serez chargé d’assurer les cours de mathématiques auprès de collégiens.
Poste est à pourvoir rapidement.

Entreprise : COLLEGE CHARLES FRANCOIS DAUBIGNY
Lieu de travail : 95 – AUVERS-SUR-OISE

Type de contrat : Contrat à durée déterminée – 12 Mois

Nature d’offre : Contrat travail

Expérience : Expérience exigée de 1 An(s)

Formation
Niveau : Bac+3, Bac+4 ou équivalent Exigé
Domaine : Mathématiques
Diplôme demandé : licence

Niveau : Bac+5 et plus ou équivalent Exigé
Domaine : Mathématiques
Diplôme demandé : master

Permis : B – Véhicule léger Souhaité

Connaissances bureautiques
Traitement de texte : Utilisation normale
Tableur : Utilisation normale

Qualification : Employé qualifié
Salaire indicatif : Horaire de 9.53 Euros

Durée hebdomadaire de travail : 18H Horaires normaux

Taille de l’entreprise : 20 à 49 salariés

Secteur d’activité : Enseignement secondaire général

Pourquoi diable pensé-je à la déclaration de Raymond-la-Science, tête pensante de la Bande à Bonnot, aux policiers qui l’arrêtaient : « Vous faites une bonne affaire ! Ma tête vaut cent mille francs, chacune des vôtres sept centimes et demi. Oui, c’est le prix exact d’une balle de browning ! »
Qu’on se rassure, ce n’est pas réservé aux profs de maths. En Lettres, on y a droit aussi. Pour quelques heures seulement par semaine — juste assez pour faire disparaître des statistiques du chômage le masochiste qui va choisir de travailler 4h1/2 par semaine.
Les réactions des enseignants sont modérément enthousiastes.

Calculons. Sur la base de 9,53 € de l’heure, et pour 18 heures hebdomadaires (le service normal d’un prof certifié), cela fait 686 € par mois. Byzance !
En fait, c’est un peu moins de la moitié d’un titulaire officiel du CAPES, qui commence aux alentours de 1600 € mensuels. Et c’est le rêve des futurs recruteurs : plutôt que de trop payer des titulaires, autant embaucher à moitié prix, et un peu moins, des gens montés à Bac + 5, désireux de se frotter à la réalité de l’enseignement — chic ! Tous intérimaires !
Nous en parlions il y a un mois ici même

Inutile de s’appesantir sur ce que l’on peut s’acheter avec cette manne inespérée — 686 € par mois. Mais en vérité, étudiants de toutes farines, je vous le dis : c’est moins que le tarif ordinaire d’une femme de ménage (aux alentours de 11€), et c’est infiniment moins que ce que gagne une pute. Les matheux sollicités par Pôle Emploi savent probablement compter — enfin, on l’espère. La conclusion va de soi : il vaut mieux se faire enculer pour de bon que de l’être métaphoriquement par les affameurs qui nous gouvernent. Parce qu’à ce compte, les profs aussi bientôt seront sans-dents.

Jean-Paul Brighelli

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Quand on n’a que l’amour…

Nous nous sommes longtemps demandé ce qu’elle pouvait bien lui trouver. La réponse arrive enfin : c’était une ordure, et cela ne manque pas de fascination, une ordure. Il se moquait des pauvres en s’efforçant quand même de glaner leurs voix. Il préférait le caviar aux lentilles — alors même que Ducasse, au Plaza Athénée, mélange les deux en ce moment. Il aimait les grands restaurants, les hôtels de luxe, il avait toujours eu de l’argent, il payait l’impôt sur la fortune, le plus étonnant, c’est que tant de gogos aient voté pour lui en croyant qu’il était de gauche.
Non qu’on doive absolument être gueux pour être de gauche. Mais il est nécessaire, au moins, d’aimer les plus humbles (la Droite classique, celle qui se goberge au Fouquet’s, aime les moins humbles et ne s’en cache pas). D’adopter une politique qui apaise leurs souffrances — alors que tout ce qui s’est mis en place depuis deux ans vise essentiellement à… les abréger.
Donc, elle l’aimait — jusqu’à ce qu’il se montre non seulement odieux, mais goujat. Une femme aimante peut passer sur bien des défauts (et même, parfois, vous pardonner vos qualités), mais jamais elle ne supportera une humiliation (sauf demande expresse, mais c’est une autre histoire, et de toute façon, dans les couples SM, c’est toujours le / la maso qui domine). « Casse-toi, pauv’ conne », lui a-t-il jeté, via l’AFP, ce qui est encore moins classe que par SMS.
Alors, mutatis mutandis, l’amour s’est inversé. Pour avoir vécu cela moi-même, je connais le processus sur le bout des doigts : tout ce que l’on trouvait charmant se révèle répugnant. L’homme à qui l’on a fait feuille de rose des années durant pue soudain du cul, si je puis dire.
(Cette prose est insoutenable de vulgarité : je serais vous, j’irais voir ailleurs).
Les types dans son genre aiment bien dominer leurs partenaires. Surtout quand ils se croient très intelligents. Ce qui peut les amener à sous-estimer la malheureuse élue, à ne pas prendre en compte ses talents particuliers (son aptitude à écrire en français, par exemple). Les liaisons fatales entre hommes politiques et femmes de médias ne peuvent finir autrement : celui des deux qui sait écrire — elle, en général — racontera forcément, à un moment ou un autre, ce qui s’est passé dans l’intimité : « Ce type, il pue. »
À noter qu’au pire, la belle répudiée s’adressera à un nègre : j’en connais qui auraient plaisir à expliquer au peuple quel jean-foutre réside chez la Pompadour.
Ce qui m’étonne, c’est que la presse s’étonne — et même condamne le procédé. Bande d’hypocrites qui se délectent des détails d’un livre dont ils affirment hautement qu’ils ne le liront jamais !
Les différents obsédés qui ont occupé ce poste ont toujours eu l’élégance d’être aimés des femmes qu’ils abandonnaient — ou, mieux, dont ils avaient l’adresse de se faire abandonner. Ni le joueur d’accordéon, qui avait des accidents de voiture en rentrant au petit matin, ni le Florentin aux dents limées, ni le Grand Cavaleur (on a tout su de ses conquêtes quand son chauffeur a écrit ses mémoires, mais peu lui chalait), ni le petit nerveux. Il a fallu attendre Culbuto pour que soit révélée l’intimité peu ragoûtante d’un type qui se prend pour un séducteur parce qu’il a du ventre et du pouvoir.
À vrai dire, tout ce fatras médiatique permet de cacher la vraie merde du chat : le chômage qui grimpe et les pauvres qui ont de moins en moins les moyens de s’offrir un dentier, les patrons qui font péter les roteuses à l’université d’été du MEDEF quand le ministre de gauche leur dit qu’il les aime, l’Education nationale dans le rouge foncé, et l’alignement de la politique étrangère sur ce que l’OTAN a de plus bête (quelqu’un a-t-il entendu parler de la vie sexuelle de Poutine ? Non — ni de celle d’Obama : les Grands de ce monde, s’ils forniquent, le font discrètement). Sans compter les impôts qui grimpent, la déflation qui est là et dont nous ne tirons rien, parce que les prix peuvent bien baisser, quand il n’y a plus de sous, hein…
Et Marine Le Pen qui se déclare prête…
Alors, le rideau de fumée des débordements sexuels de l’odieux personnage qui nous gouverne, et qui a fait de la fonction présidentielle une caricature d’autorité, nous nous en fichons.
Nous sommes peut-être pauvres mais nous, on nous aime.

Jean-Paul Brighelli

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Le grand retour du mariage bourgeois

Il m’arrive d’avoir de mauvaises lectures. Coincé samedi dernier sur un quai de gare lointain, avec comme seule perspective trois heures de train pour rentrer chez moi, et plus rien à lire, j’ai acheté le Monde.
En couverture du Supplément tout en couleurs sur papier quasi glacé, deux hommes en costard rose, décapités par la photo, s’étreignent virilement, tandis qu’une main de femme, en contrebas, tient une coupe où surnage un zeste de citron vert. Très joli, très artistique. Titre : « Conformiste, bourgeois, romantique Le mariage gay épouse les traditions ».
À l’intérieur, un reportage pas trop cassant de Raphaëlle Bacqué (à qui on doit un récit très circonstancié de la disparition de François de Grossouvre, le Dernier mort de Mitterrand, Grasset, 2010 — très bien écrit, très informé, mais que la famille a fort contesté, persuadée qu’elle est que ce suicide n’en était pas un) sur quelques mariages homosexuels célébrés cette année dans le meilleur milieu — les bobos parlent aux bobos (le Monde, hein…).
Cela m’a toutefois mieux permis de comprendre mes réticences envers le « mariage gay » — outre le fait que c’était l’une de ces réformes « sociétales » qui ne mangent pas de pain, en cette époque où tant de gens en manquent (mais voilà, infléchir la politique d’Angela Merkel, c’est une autre paire de manches).
J’ai eu dix fois l’occasion de demander à des amis homos ce qu’ils pouvaient bien trouver attirant dans l’idée de mariage. Etendre intelligemment le PACS, à la bonne heure, autant ne pas se trouver dépourvu face aux impôts et aux droits de succession. Mais le mariage ! Mais les enfants !
Certes, j’ai donné dans l’un et dans l’autre — et j’ai payé pour voir, si je puis dire. Mais les bêtises des uns ne servent décidément jamais aux autres.
L’article de Raphaëlle Bacqué est une succession d’anecdotes roses d’une mièvrerie sidérante — le « romantisme » du titre doit être entendu dans le sens d’une surenchère, d’un déluge rose frisant le mauvais goût. À croire que les gays présentés ici (et le sous-entendu général de l’article, c’est qu’ils sont emblématiques) rêvent de vivre (et même d’outrepasser) le mariage bourgeois dans toute son horreur. Et de reconstituer à cette occasion un lien familial illusoire — ce n’est pas parce que l’on entrechoque ses coupes que l’on se porte dans son cœur, mais ces noces sont apparemment l’occasion de faire accepter aux grands-parents ce qu’ils savaient déjà.
« La famille » — programme de préparation à Sciences-Po cette année. Je crois que le premier texte que je ferai sera celui de Sartre, dans les Mots : « Il n’y a pas de bon père, c’est la règle ; qu’on n’en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri. Faire des enfants, rien de mieux; en avoir, quelle iniquité ! » — et la suite.
Que des gens raisonnables, et qui se veulent de gauche, en arrivent à célébrer une union dans les termes mêmes des conventions les plus étroitement bourgeoises me sidère. Nous avons vécu la révolution sexuelle des années 60-70 en récusant de toutes nos forces le mariage bourgeois, en célébrant l’union libre, comme disait Breton. « Jouissons sans entraves », clamions-nous. L’idée de passer devant le maire nous paraissait d’une absurdité totale. Toute convention était bonne à détruire.
Mais au bout de la révolution, nous voici de retour au point de départ. Voici les retrouvailles avec les conformismes les plus étroits : temps de crise probablement, on se replie sur les valeurs traditionnelles, on finit par croire que Cinquante nuances de gris est d’une audace folle. Et on fait des enfants, par tous les moyens. Des mômes que nous écraserons, comme dit Sartre, ou qui nous haïrons — ou les deux. Faire des enfants ! Autant avoir un petit chat, au moins, il attrape des souris. Par quelle perversion en est-on arrivé là ? « Familles, je vous hais ! » s’exclamait Gide — et ça date. Nous voici à l’autre bout du bout, en train de revendiquer la famille bourgeoise dans toute son horreur, quitte à en connaître l’aboutissement ultime, juge des affaires familiales et avocat en prime.
Ce qui me choque le plus, dans les récits de Bacqué, c’est la surenchère de conformisme affiché : on veut à toute force « faire comme ». Mais enfin, en quoi ce paroxysme bourgeois dégoulinant est-il un modèle ? En deux décennies, nous sommes passés de l’amour libre à l’amour entravé, on n’arrête pas le progrès. Passés des expériences multi-polaires à la fidélité imposée. Et célébrée avec emphase. Les mariages gays de Bacqué semblent des caricatures d’aspiration à la norme bourgeoise la plus éculée — tout comme certaines folles jouent à être plus féminines que les femmes les plus femmes.

Ce souci de respectabilité m’effraie un peu : les homos que je connaissais dans les années 70 se souciaient surtout de faire des fêtes galantes dans des lieux improbables en choquant le bourgeois. Ceux d’aujourd’hui aspirent visiblement à se tenir la main sur leur canapé Roche & Bobois en regardant les Feux de l’amour à la télé. Ou le foot. Cette civilisation (ou ce qu’il en reste) prend de la gîte.

Le dernier mariage auquel j’ai assisté, début août — un mariage hétéro, mais qu’est-ce que ça change ? — a fini en jeux stupides et en beuveries obligées — et encore, c’étaient des amis que j’aime : bref, je suis parti tôt, préférant garder d’eux une image antérieure à ce déchaînement de conformisme. Vivre hors mariage a toujours été pour moi un pré-requis (je me suis laissé aller une fois, et en catimini, à passer devant le maire, pour des raisons économiques — mal m’en a pris : la liberté m’aurait coûté moins cher). Que des homos qui avaient la chance a priori de ne pas entrer dans les codes revendiquent si fortement le droit de faire les mêmes bêtises que les autres m’accable.

Jean-Paul Brighelli

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Etymologies

Il y a le Magister — du latin magis, « plus ». D’abord, Magistrat. Puis le G inter-vocalique tombe, du S ne reste qu’une trace, un accent circonflexe, à l’arrivée, voici le Maître. Aussi bien le maître d’école que le maître de l’art du thé. Voir la nouvelle de Yasushi Inoue.
L’existence d’un mot souvent entraîne l’apparition de son contraire. Il y avait par exemple « heur » (du latin augurium, à distinguer de « heure » qui vient de hora — de sorte que « heur » signifiait à l’origine « de bon augure »), sur lequel on a fabriqué « malheur » — et quand on a oublié le sens originel du radical (« Rodrigue, qui l’eût cru ? Chimène, qui l’eût dit ? Que notre heur fût si proche et si tôt se perdît »), on a recomposé l’antonyme « bonheur », qui n’était au fond qu’un pléonasme, tout comme « aujourd’hui » est le pléonasme d’« hui », qui veut dire « aujourd’hui » (et je ne vous dis pas ce que je pense des imbéciles qui disent « au jour d’aujourd’hui »).
« Magister » a donc généré son contraire. À magis, plus, correspond donc minus, moins. Que l’on a substantivé en « ministre ». Comme dans « ministre des menus plaisirs »… « Je suis ministre, donc, je ne sais rien faire », dit excellemment De Funès dans la Folie des grandeurs. Minus !

Ah, précisons tout de suite : le mot est masculin. Tous ceux qui disent « la » ministre en croyant faire plaisir aux théoriciens du Genre font une faute contre la langue. Ce n’est pas du français, c’est de l’idéologie. Et ce que l’on devrait enseigner aux enfants, c’est le français — parce que la langue donne accès à une culture, alors que les idéologies, souvent, ferment la porte sur la culture.

Eh oui : le ministre, étymologiquement, c’est un moindre. Quelqu’un qui n’a pas la maîtrise.

Regardez à l’Education Nationale. On peut se passer d’un ministre à cinq jours de la rentrée, non parce qu’il aurait bouclé la rentrée (qui sera chaotique, rythmes scolaires et difficultés de recrutement obligent), mais parce que ce sont les bureaux (la DGESCO, par exemple) qui s’occupent de la mise en place au jour le jour, semaine après semaine — et à l’autre bout de la chaîne, les maîtres d’œuvre de la rentrée, ce sont les chefs d’établissement. Du ministre, aucune nouvelle. Il n’est même pas là pour donner l’orientation : tout le monde sait, depuis des années, que la rue de Grenelle commence et finit à Bercy.
À noter que tout le monde sait aussi que Bercy commence et finit à Berlin, depuis quelques années.
Le « ministre », donc, n’en déplaise à tous ceux qui quémandent un poste à chaque remaniement (ah bougre, Jean-Luc Benhamias !), est un pion de moindre importance — ni le roi, ni la reine — juste un pion, que l’on sacrifie pour trouver l’ouverture. Exit Montebourg, qui s’imagine lui aussi avoir un avenir en 2022. Prévoir, c’est gouverner…
Un moindre. Un minus. Un individu d’une importance dérisoire. Un zéro qui ne multiplie qu’en passant dans les médias.
Tout cela pour dire quoi, au fait ? Ah oui : Najat Vallaud-Belkacem est désormais ministre de l’Education nationale et des Universités.

Jean-Paul Brighelli

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Selfies

J’ai beaucoup photographié mes enfants, comme tout un chacun. Résultat, je suis l’absent-présent de toutes ces images — absent puisque je suis de l’autre côté de l’objectif, et présent pour la même raison. Présent par déduction, en quelque sorte. Ombre de l’ombre.
Si l’autoportrait est un genre pictural qui, de Rembrandt à Van Gogh ou Lucian Freud a produit une foule de chefs d’œuvre, la photographie, bien qu’elle ait emprunté ses cadrages à la peinture, a beaucoup moins donné dans le genre — jusqu’à aujourd’hui. Pour des raisons techniques, essentiellement : on ne pouvait pas être derrière et devant en même temps. Les fabricants ont inventé toutes sortes d’ingénieux dispositifs de déclenchement à distance ou de retard pour que le photographe soit au côté de son modèle, mais encore fallait-il que l’appareil soit posé sur un pied. Lourd et compliqué.
Le smartphone a résolu le problème : on se flashe soi-même sans difficulté — à ceci près que l’objectif incorporé étant toujours un grand angle, cela vous déforme quelque peu dans le sens d’un élargissement du nez, ce qui m’a toujours dissuadé d’user de mon portable pour immortaliser le mien, qui n’a besoin de rien ni de personne pour prendre ses aises.
Peu importe aux uns et aux autres : les voici qui se photographient avec une volupté narcissique bizarre, et qui envoient immédiatement à d’autres l’image hypertrophiée de leur nombril. Selfie : on ne saurait mieux dire. Facebook : le livre des visages.
Pour les raisons techniques invoquées ci-dessus, ces selfies sont d’une rare laideur. Leur naturalisme est hideux. Baudelaire, l’un des premiers, dans le Salon de 1859, s’était ému et révolté devant la copie photographique, dans la mesure où la reproduction pure lui paraissait l’absence d’art par excellence.
Allez, je ne résiste pas — et il écrit beaucoup mieux que moi :

« Dans ces jours déplorables, une industrie nouvelle se produisit, qui ne
contribua pas peu à confirmer la sottise dans sa foi et à ruiner ce qui
pouvait rester de divin dans l’esprit français. Cette foule idolâtre postulait un
idéal digne d’elle et approprié à sa nature, cela est bien entendu. En matière
de peinture et de statuaire, le Credo actuel des gens du monde, surtout en
France (et je ne crois pas que qui que ce soit ose affirmer le contraire), est
celui-ci : « Je crois à la nature et je ne crois qu’à la nature (il y a de bonnes
raisons pour cela). Je crois que l’art est et ne peut être que la reproduction
exacte de la nature (une secte timide et dissidente veut que les objets de
nature répugnante soient écartés, ainsi un pot de chambre ou un squelette).
Ainsi l’industrie qui nous donnerait un résultat identique à la nature serait
l’art absolu. » Un Dieu vengeur a exaucé les vœux de cette multitude.
Daguerre fut son Messie. Et alors elle se dit : « Puisque la photographie nous
donne toutes les garanties désirables d’exactitude (ils croient cela, les
insensés !), l’art, c’est la photographie. » A partir de ce moment, la société
immonde se rua, comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image
sur le métal. »

Les photographes du XIXème siècle ont fait de leur mieux pour abolir cet aspect trivial, soit en utilisant leur appareil comme une palette, soit en le spécialisant dans un genre que la peinture n’avait su aborder, l’instantané. Ils ont fait de leur mieux, depuis deux siècles ou à peu près que la photographie existe, pour rivaliser avec les peintres — voir par exemple la mode du pictorialisme des années 1900,

ou les cadrages « paysagers » des frères Séeberger :

C’est si vrai que lorsque le Droit dut légiférer sur la photographie, il le fit en notant que le photographe aussi est un artiste (1), et qu’il peut réclamer sur son œuvre les mêmes droits que les artistes. La valeur (chiffrable) d’une photographie permettait de la ranger dans le registre artistique.
L’autre reproche que le poète des Fleurs du mal fait à la photo, c’était évidemment son aspect commun : si tout le monde se veut peintre, plus personne ne l’est. Pour le dandy qu’est Baudelaire, la photographie alimente les fantasmes artistiques de la foule — en l’occurrence, la foule bourgeoise, l’antithèse de l’artiste. Ajoutez à cela le fait que la peinture est un art de patience, de remords (voir le prodigieux film de Clouzot, le Mystère Picasso, où l’on voit le peintre en proie aux remords, aux retouches, aux recombinaisons, aux surcharges — en direct), le contraire même de ce contentement de soi qu’implique le selfie. Heureux les simples d’esprit, car ils se photographient.

Avec le selfie, Monsieur-tout-le-monde fait de l’art, instantanément. Et tient à le faire savoir. Qu’un peintre du dimanche imite Corot ou Pissarro n’implique pas qu’il impose à tout son carnet d’adresses la contemplation de ses croûtes. À chacun ses violons d’Ingres, tant qu’ils demeurent confidentiels. Mais le selfie n’a de sens que s’il s’expose de façon instantanée. Il communique l’innommable. Avec bonne conscience et infatuation.
Ce n’est pas même un autoportrait, au sens pictural du terme. Les autoportraits classiques étaient des études psychologiques, ils utilisaient la surface de la toile pour traquer la profondeur, et les monstres qui s’y prélassaient, voir Van Gogh. Le selfie est tout en surface, il dénie la profondeur. Il réfute un siècle de freudisme appliqué : avec lui, plus d’inconscient. Il est la victoire ultime de la société du spectacle : je ne suis que ce que je montre. Il est la défaite de Montaigne : « Il ne faut pas confondre la peau et la chemise », disait l’auteur des Essais — eh bien non, c’est la même chose, affirme l’imbécile qui s’auto-congratule d’être. Fin du Moi, et victoire de l’Ego.
Au passage, le selfie abolit aussi le langage, qui en dit toujours plus que les mots qu’il emploie. Inutile de faire dix ans de psychanalyse sévère pour commencer à cerner qui je suis : un clic à bout de bras, voici ma vérité. Il abolit du coup la communication, qu’il fait pourtant mine de promouvoir. Parler à l’autre est un art difficile. Se photographier ensemble, souriant à son i-phone, c’est la facilité mise au service de l’incommunicabilité.

Une certaine littérature (surtout celle écrite par de jeunes auteurs) va dans le sens de cette superficialité. Les personnages s’agitent, baisent sans y penser, discutent fringues et musique, sans jamais rien contester : ce monde leur va, comme va une jupe.

Ce qu’affirme aussi cette mode du ready-made absolu, c’est la victoire de la démocratie la plus abrutissante (pléonasme, sans doute). Nous voici tous artistes, tous mis à plat, tous révélés par une technique instantanée, à la portée des plus malhabiles, définitivement dissociée de la notion d’effort. Allez encore faire un cours d’art plastique à des gosses qui croient que le selfie est l’alpha et l’oméga de la représentation !
Cette absence de travail (à commencer par le travail sur soi) est le caractère le plus évident et le plus terrible de ce que nous appelons encore une civilisation, et qui n’est plus qu’un reste d’habitude, dont l’Etat islamique du Levant et d’ailleurs s’occupera bientôt. Les élèves, en classe, s’étonnent que les torchons qu’ils rendent sous l’appellation de « copies », produits de façon quasi instantanée, ne nous satisfassent pas. Toute absence d’effort, pensent-ils, mérite salaire. De même leur capacité d’attention, façonnée par cet équivalent gestuel du selfie qu’est le zapping : leur intérêt est une longue impatience.
Evidemment, le vrai, le gai savoir fait de la résistance — tout comme leurs petites copines ne consentent pas de prime abord à se comporter en porn stars. Parce que ce monde qui fait mine de s’offrir est plus résistant au désir que nous ne le pensions. Mais c’est la ruse du libéralisme avancé que de nous faire croire le contraire. Ça lui permet de vendre des smartphones.

Jean-Paul Brighelli

(1) Bernard Edelman a écrit sur le sujet un ouvrage déjà ancien mais indispensable, le Droit saisi par la photographie (1973 — réédité en Champs / Flammarion).

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Tous intermittents

J’étais il y a deux jours au château de Grignan, pour assister à une représentation aquatique de la Lucrèce Borgia du père Hugo-hélas. Bonne mise en scène de David Bobbée, inventive, ingénieusement transgenre, mêlant la danse et l’acrobatie à un jeu plus purement théâtral. Seul bémol : les deux rôles principaux, tenus par Béatrice Dalle (Lucrèce), recrutée pour des raisons affectives, autant que je sache, et Pierre Cartonnet (Gennaro — et je préfère ne pas imaginer ce qu’il donnait précédemment en Hamlet) passent consciencieusement à côté. Pareille mésaventure m’était déjà arrivée en 1985, pour une représentation du Cid où ni le héros (Francis Huster trois fois hélas) ni Chimène (j’ai oublié) n’étaient à la hauteur — mais il y avait Jean Marais en Don Diègue, et Jean-Louis Barrault en roi, tous deux sublimes.

Tout cela pour dire…

Juste avant que la pièce ne commence, un régisseur, après nous avoir recommandé d’éteindre nos portables, a lu un texte fort bien venu sur les intermittents, expliquant qu’ils avaient fait grève en juillet pour la première représentation, qu’ils maintenaient les autres par conscience professionnelle et amour du métier (un sentiment que nous connaissons bien, dans l’Education nationale, où j’ai vu, lors d’une grande grève il y a une dizaine d’années, des profs faire cours avec un badge « Gréviste » accroché à leur veste), mais surtout qu’ils tenaient à prévenir l’honorable auditoire que ce que le MEDEF et Hollande avaient concocté pour les intermittents, transformés en contractuels taillables et corvéables à merci, accessoiristes mués en accessoires, pendait au nez de toutes les catégories de travailleurs.
Il est évident que le gouvernement d’un côté, le patronat de l’autre, rêvent d’en finir avec ce scandale absolu que représentent les CDI. Tous CDD, tous instables, tous éjectables ! À la rentrée, qui ne s’annonce pas rose, les trous dans les collèges et les lycées seront remplis par de simples Licenciés (donc licenciables), payés sur 10 mois, voire moins, comme des caissières de supermarchés, qui ne parviennent plus à décrocher un temps plein et doivent vivre avec 500, 600, 700 euros par mois — pas tout à fait exsangues, mais affamées à coup sûr. Essayez donc, messieurs Leclerc, Carrefour, Auchan et Casino !
L’offensive anti-fonctionnaires lancée il y a plusieurs années par la Droite trouve son aboutissement sous la Gauche (j’emploie ces termes synonymes par pur souci historique, sinon c’est blanc bonnet bonnet blanc). Ce que le privé avait en grande partie réussi en inventant les CDD, en 1979, tout en laissant Sarkozy affirmer que « le contrat de travail à durée indéterminée est la forme normale et générale de la relation de travail » (loi du 25 juin 2008), le public le met tout doucement en place. En prenant comme prétexte la raréfaction (organisée) des emplois, le chômage, l’inflation, la déflation, et les règles européennes, qui nous ont fait abandonner toute ambition industrielle, la France étant censée assurer l’agriculture de l’Europe pendant que l’Allemagne la fournissait en véhicules. Marché de dupes.

Les intermittents sont donc la bouée d’essai d’un retour à l’esclavage.
C’est significatif de l’ultra-libéralisme moderne. On avait aboli l’esclavage parce que des salariés constituaient un réservoir de consommateurs plus satisfaisant qu’une population servile — tout en coûtant finalement moins cher. Mais dans un contexte d’hyper-concurrence, il est nécessaire, nous disent ces affameurs, de rivaliser avec les esclaves réels du Bangladesh ou du Viet-Nam. Soldes mondiales sur le litre de sueur !
Sans compter que cela ne peut que faire plaisir à Angela M***, qui a accepté du bout des lèvres l’instauration d’un SMIG allemand reporté, il est vrai, aux calendes grecques — un comble pour des Teutons qui en ce moment s’achètent le Parthénon et l’ensemble des îles de la mer Egée. Tous intermittents, tous payés au lance-pierres, tous couverts par une assurance-maladie à l’américaine, qui aux plus pauvres assure essentiellement le décès.
La qualité des spectacles offerts à Grignan aux bobos parisiens en goguette, descendus de leur Lubéron estival, ne s’en ressentira pas : après tout, Shakespeare ou Molière écrivaient et jouaient des chefs d’œuvre en vivant de leur misère. Pas tout de suite. Tout comme la qualité de l’enseignement ne s’en affectera pas — pas immédiatement : pendant un temps, les gosses continueront à ne rien apprendre.
Mais à terme, c’est une société entière qui s’effondrera — et qui déjà s’effondre. Le facteur économique est si déterminant en dernière instance que lorsque vous réduisez une population à l’esclavage, les mœurs s’en ressentent — et que l’on se tourne alors vers le premier monothéisme qui passe. Les Romains en ont fait l’expérience avec le christianisme : fin de l’Empire ! Et pour nous, ce sera quoi ?

Et en attendant, Valls vient d’annoncer qu’il s’invitait à « l’université » d’été du MEDEF. Sûr que ça fera avancer la cause des intermittents.

Jean-Paul Brighelli

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Viva Saddam

Je suis en train de relire la trilogie Fabio Montale, de Jean-Claude Izzo (Total Kheops, Chourmo et Solea, Folio 2006, en un seul volume, indispensable).

Les romans ont été écrits entre 1995 et 1998, et témoignent d’une époque où l’islamisme regardait plus vers l’Algérie que vers l’Occident. Même si Khaled Kelkal s’était déjà pas mal défoulé (c’est curieux : presque personne semble se rappeler la vague d’attentats de l’été 1995, dans le RER B, la place de l’Etoile, dans un TGV, un square parisien, et devant une école juive de Villeurbanne — dans le dernier neurone d’un terroriste islamiste, il y a toujours une école juive).

Izzo, grand démocrate, homme de gauche qui aurait dégueulé son Lagavulin sur les pieds de Hollande, a fait de Marseille le personnage principal de ses romans. Fabio Montale, son enquêteur ivrogne, tabagique (Izzo est mort un peu prématurément d’un cancer en 2000, à 54 ans) et sainement désespéré, a beau être la voix qui parle et qui écrit, c’est le décor qui compte. Marseille, les Goudes où réside Montale dans l’un de ces « cabanons » si typiquement marseillais, y compris dans son absence d’autorisation de construire, le Vieux-Port autour duquel il tourne inlassablement comme un écureuil solaire, le Panier de son enfance, avec ses fouilles archéologiques inabouties et sa Vieille Charité (et même une certaine maison avec une « terrasse à l’italienne », tout en haut, qui permet de siroter le pastis en regardant le soleil mourir dans la mer nourricière — ceux qui m’aiment et que j’aime me comprendront).
Avec ses Quartiers Nord, et ses Arabes oubliés des hommes (j’allais dire : oubliés de Dieu et des hommes, mais voilà : justement, Dieu a bien voulu penser à eux, et c’est bien là que le bât blesse).
Dans Chourmo, en particulier, Izzo confronte Montale à la montée de l’islamisme dans ces banlieues déshérités. Mais, signe des temps, l’arsenal que les néo-barbus rassemblent dans le roman est destiné à l’Algérie — c’était l’époque où le GIA et le FIS se disputaient le magot que se sont annexé les militaires au pouvoir depuis Boumédienne, et n’avaient pas encore eu l’idée d’exporter leur instinct de mort sur le vieux continent.
Les choses en seraient peut-être restées là, à quelques Kelkal près, si Bush n’avait pas eu l’idée lumineuse, après le 11 septembre, de traquer l’islamisme moyen-oriental là où il prospérait — en Afghanistan. Et, encore mieux, de s’annexer les champs pétrolifères irakiens en déboulonnant Saddam Hussein. La destruction du World Trade Center a été la divine surprise des va-t-en-guerre, tout comme le Hamas est l’indispensable complément de Benyamin Netanyahu, et vice versa. Comment les extrémistes survivraient-ils si leur adversaire soudain devenait raisonnable ?

L’invasion de l’Irak fut en tout cas une idée grandiose, dont nous constatons chaque jour la résultante mirifique. À chaque massacre perpétré par les fous de Dieu (pléonasme probablement : un dieu unique, sans une autre divinité pour l’équilibrer, ne peut être qu’un dictateur sanglant — autre pléonasme. Si on avait compté les années après Aphrodite ou Eros et non après Jésus-Christ ou l’Hégire, on n’en serait pas là, comme disait à peu près Prévert), nous devrions remercier le petit George, cet illuminé du renouveau charismatique américain, un Born again Christian devant lequel s’inclinent bien bas les chrétiens irakiens avant de se prendre une balle dans la nuque, tirée par les partisans du califat mondial.
Et je ne suis pas le seul à le dire.
Flash back autobiographique. En mars 2003, quand les GIs sont partis pendre Saddam, je me suis durablement brouillé avec une amie chère, enthousiaste de l’Irak — elle tentait à l’époque de faire connaître à Paris des peintres abstraits irakiens non dépourvus de talent, et qui doivent à l’heure qu’il est avoir été transformés en cendres et lumière, elle est depuis devenue spécialiste de l’art nouveau à Bagdad, nous ne nous sommes jamais réconciliés, peut-être s’est-elle convertie. « Ça va dégénérer », disais-je. « Mais pas du tout, les Irakiens sont des gens merveilleux et pacifiques, une fois Saddam déboulonné, tout ira pour le mieux dans la démocratie retrouvée ». J’aurais préféré que l’Histoire lui donne raison. Mais cinq ou six cent mille morts plus tard, les chiites prêts à en découdre, les fous de Dieu à deux doigts de conquérir Bagdad (c’est étrange, on parle enfin des massacres opérés dans le nord-est du pays, et on ne dit rien du fait qu’ils sont apparemment à une vingtaine de kilomètres de Bagdad, face à une armée irakienne qui se dissout dès qu’ils soufflent dessus : la prise de la ville par le Califat mondial régénéré fera regretter aux Bagdadis Houlagou Khan et les Mongols de 1258, ou Tamerlan en 1410), je sais que j’avais raison de préférer Saddam à ce qu’il est advenu, et qui était si évident que je ne me décerne aucune palme de voyance extra-lucide.
Comme en Libye, où grâce à BHL, nous avons assassiné un dictateur ivre afin de libérer les pulsions des tribus, qui aujourd’hui s’entretuent allègrement, au point que tous les Occidentaux donneurs de leçons plient bagage. Nous ne sommes pas intervenus en Syrie, par miracle. Mais ce n’est plus nécessaire. Quand l’incendie est allumé, n’importe quelle brise alimente les braises.
C’est une histoire de virus. Les fous de Dieu prospéraient gentiment, confinés dans des déserts hostiles par les monarchies pétrolières qui n’avaient aucune envie de voir des illuminés leur expliquer que leur mode de vie n’était pas tout à fait hallal. Nous les avons titillés, nous les avons exportés, nous leur avons donné une crédibilité. En Occident, il s’est trouvé assez de collabos pour les plaindre, plaider en faveur de leur liberté d’expression et de leur droit inaliénable à voiler les femmes (c’est comme les Juifs dont je parlais plus haut, qui finissent toujours par redevenir des cibles : dans l’autre bout du neurone unique des terroristes, il y a toujours une femme à voiler ou à lapider — au choix, et c’est pareil). Bref, le virus s’est répandu. Et toute proposition anti-virale passe pour du racisme. Bravo.
D’autant que les « valeurs » occidentales, face à cette bêtise sanguinaire érigée en principe moral, sont quelque peu inefficaces. « Consommation » est un mot dérisoire face à « Allahu akbar ». Le libéralisme mondialisé a cru que Coca-Cola serait un rempart suffisant : ma foi, ils en boivent, mais ça ne les empêche pas de vous couper la tête après.
Que dirait Izzo de cette islamisation qui rampait il y a vingt ans, tout en bandant ses petits muscles, et qui déferle aujourd’hui, à l’assaut du pays des mécréants que nous sommes ? Défendrait-il encore une jeunesse perdue qui balance entre gangstérisme et fondamentalisme — et comme il le montre lui-même dans Chourmo, un gangster peut trouver aux Baumettes, la prison marseillaise, l’occasion de reconvertir son énergie au service des salafistes de tous poils — à commencer par les poils de la barbe ? Ils y sont incarcérés illettrés, grâce à l’ingénieux système des ZEP, qui les laisse dans l’état même où ils y sont entrés ; ils en sortent en sachant lire le Coran. Rien de mieux qu’un analphabète pour devenir analphacon. Encore que je doute parfois de cette capacité à lire le Coran. Il suffit de le répéter en boucle — en français, on dit « ânonner », et ce n’est pas pour rien.

C’est bien plus qu’un conflit de civilisations : c’est un conflit de valeurs. Si nous n’aménageons pas sérieusement le libéralisme, si nous ne leur apprenons pas à lire Montaigne dans le texte, à manger du filet mignon en croûte arrosé de saint-joseph ou de saint-émilion, nous sommes perdus.
Et nous n’aurons même plus de Lagavulin pour nous consoler.

Jean-Paul Brighelli

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English bashing

Lu dans la presse déchaînée :

« Luke Atkinson, aujourd’hui âgé de 25 ans, avait 23 ans quand il eut une relation sexuelle avec son élève de 17 ans. Sa chute a commencé un samedi soir, en juin 2012, quand il a rencontré son élève dans la boîte de nuit « The Priory nightclub » à Doncaster, une ville britannique située dans le Yorkshire du Sud.

« Il l’a emmenée dans une chambre d’hôtel où ils ont eu une relation sexuelle. Un comportement pénalement répréhensible pour le jeune professeur qui a été licencié après un conseil disciplinaire de son école, la Balby Carr School. La jeune fille, maintenant âgée de 19 ans, a témoigné – à regret – contre lui, mais a refusé de le poursuivre.

« A l’audience, Luke Atkinson n’a pas reconnu avoir emmené la jeune fille à l’hôtel, mais les images enregistrées par le système de télésurveillance l’ont confondu. Le jeune homme, qui n’a pas coopéré avec les enquêteurs, a été banni à vie de l’enseignement par le secrétaire d’Etat à l’Education, Michael Gove. »

Alors, bon, je sais, no zob in job, etc.
À voir la photo du jeune homme, il était vraiment jeune — et comme je n’ai pas de photo de la jeune fille, je peux supposer, vu la moyenne des filles en boîte à 17 ans, qu’elle ne faisait plus exactement bébé.
D’accord, c’était son prof, les élèves sont sacré(e)s, bla-bla-bla.
Mais si l’on commence à poursuivre tous les un-peu-plus de 18 ans qui sortent avec des un-peu-moins de 18 ans de l’un ou l’autre sexe…
Et si l’on extermine tous les jeunes profs, hommes ou femmes, qui ont eu une liaison avec un(e) élève, déjà que l’on a du mal à recruter, ce sera le grand dépeuplement. Si l’on descend jusqu’à l’intention, où commence le péché, d’après certains, nous n’aurons plus personne.
Rappelez-vous l’affaire Russier (que j’ai connue, figurez-vous, je suis un très vieux Marseillais et mon père avait fait ses études avec elle). Même Pompidou a paru regretter l’abominable acharnement judiciaire (et celui des parents Rossi, tous deux communistes, tous deux enseignants à la fac d’Aix), qui a entraîné son suicide. Tout le monde se souvient de cette extraordinaire conférence de presse.

« On n’arrête pas le progrès », a dit l’ami Pedro en rapprochant ces deux faits divers.

Une mienne collègue (elle avait dans les 25 ans, à l’époque) était tombée amoureuse, il y a maintenant plus de quinze ans, d’une élève de 16 ans — alors même qu’elle était ou se croyait strictement hétéro — mais qui peut jurer ? Eros est un dieu farceur, et cruel. Même procès de Moscou — on l’a maintenue en exercice, mais en l’obligeant à changer de poste et de région. Je l’ai connue un peu plus tard : elle n’allait pas très bien. On ne dira jamais assez que dans les relations entre un adulte et un jeune, c’est le plus souvent l’adulte qui souffre le plus.
Quant à la limite d’âge, c’est encore une autre histoire.

Mais je voudrais revenir sur l’aspect strictement anglo-saxon de cette histoire monstrueuse.
En Grande-Bretagne, depuis 1275, l’âge minimal pour avoir une relation sexuelle, chez les filles (je reviendrai sur les garçons un peu plus tard) était 12 ans. « It shall be deemed illegal to ravage a maiden who is not of age » — j’aime bien le « ravage », il y a des faux-amis qui en disent long. Il fallut attendre 1875 pour que le Parlement, inquiet du nombre de quasi enfants vendues dans les bordels, remonte cet âge pré-pubertaire à… 13 ans. 1875 ! Mais cela ne faisait jamais qu’une dizaine d’années que ce même Parlement avait supprimé la peine de mort pour sodomie — si ! Les derniers pendus pour cet acte l’avaient été vers 1835 — oui ! Les inventeurs du libéralisme sont de grands libéraux.
Pour la petite histoire, au cours des mêmes séances historiques, le folklore britannique prétend que la Reine Victoria se serait opposée à un amendement sur le criminalisation du lesbianisme parce qu’elle ne pouvait croire à l’existence d’une telle perversion. Mais la réalité des faits, c’est que les parlementaires n’ont pas voulu en parler de peur de donner des idées aux femmes.
Les Anglaises sont-elles stupides au point d’avoir besoin du Parlement pour avoir des idées sur comment se faire plaisir ? Cela m’étonnerait, pour un pays suspecté d’avoir 25% d’homos par Edith Cresson (si quelqu’un ne se rappelle pas cette affirmation sidérante, tout est ).

Sur ce, enter William Thomas Stead.
Cet honnête garçon (1849-1912 — il est mort dans le naufrage du Titanic, il y a donc une justice, parfois) est un journaliste, inventeur de la presse de caniveau anglaise. À une époque où les suffragettes commençaient à faire parler d’elles, il a enfourché, si je puis dire, la question du droit des femmes à disposer d’elles mêmes, et s’est procuré une gamine dans un bordel londonien, Eliza Armstrong, qu’il a droguée (comme le héros de Kawabata dans les Belles endormies — un ouvrage de pédophilie écrit par un prix Nobel, mais où va-t-on, madame Michu ?), et qu’il a fait transporter sur le Continent (les Français, a-t-il affirmé, viennent chez nous se fournir en belles pucelles pour alimenter leurs vices — oh comme c’est vilain).

« Having heard during his investigations that unscrupulous parents were willing to sell their own children into prostitution, Stead sent his agent, reformed prostitute Rebecca Jarrett, into Marylebone to purchase a child, to show to how easily young girls could be procured. The child procured was Eliza Armstrong, allegedly sold to Jarrett by her own mother for just £5. Though never physically harmed, Eliza was nonetheless put through the motions of what a real child victim would have had to experience, including being « certified » a virgin by an abortionist midwife and being taken to a brothel where she was drugged with chloroform. She was then packed off to France under the care of the Salvation Army, leaving Stead to re-invent her as Lily in the Pall Mall Gazette. »

Puis il s’est fendu, sous le titre général The Maiden Tribute of Modern Babylon, d’une série d’articles sensationnels dans la Pall Mall Gazette dont je ne saurais trop recommander la lecture, tant ils excitent les passions que l’honnête Stead affirme combattre.

Tout comme la peine de mort, au témoignage fascinant de Thackeray, provoque au meurtre bien plus qu’elle en dissuade.

Je vois d’ici les honnêtes bourgeois de cette ère victorienne tout émoustillés par la lecture des articles de Stead. Ce qui caractérise le plus évidemment les ères de pudibonderie (la période victorienne, ou la nôtre), c’est la montée de l’hypocrisie parallèlement à l’ostentation de la vertu. Et certaines féministes (les leaders féministes de l’époque ont soutenu ardemment Stead) font chorus avec ce double mouvement : à tel point que derrière la plupart des vocifératrices (il y a peu d’hommes dans ces chœurs de fausses vierges, sans doute répugnent-ils à lapider les femmes adultères qui font leur ordinaire), je flaire souvent les désirs étouffés et le double langage. « Toute fille de joie en séchant devient prude » — ce n’est pas moi qui le dis, c’est Hugo-hélas…

J’ai une grande indulgence pour les fautes des autres, contrairement à celles et ceux qui n’en ont que pour les leurs, au point de les oublier, parfois. Telle qui lyncherait un collègue coupable d’une passion mineure, si je puis dire, n’a pas forcément les braies bien nettes.

Pour en revenir aux Anglais… Ils virent à jamais un honnête prof qui dans une boîte un soir s’est rapproché d’une gamine qui n’avait pas froid aux yeux — et qui ne regrette rien, et ne porte pas plainte. Mais dans le même temps, ils feignent de s’apercevoir soudain que leurs vedettes ont des penchants bizarres — comme si cela avait pu passer inaperçu, des décennies durant, dans ce milieu de serre chaude qu’on appelle les médias ou la politique !
« Angleterre, terre des princesses, du thé et de l’abominable camouflage de la pédophilie » : ce n’est pas moi qui lance cette invective, c’est Time Magazine.
Alors, la prochaine fois que vous aurez à juger d’une « affaire » entre prof et élève, surtout si ladite / ledit élève est largement majeur(e) du point de vue sexuel, réfléchissez-y à deux fois, et faites un peu votre examen de conscience.

Jean-Paul Brighelli