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Franck Spengler : la Révolution (sexuelle) est bien finie

Né en 1957, Franck Spengler est tombé dans l’édition (érotique) au sortir de la Communale : sa mère, Régine Deforges, fonde sa maison d’édition l’Or du temps en 1968. Elle y publiera maints ouvrages érotiques (à commencer par le Con d’Irène d’Aragon) sur lesquels se jettera la censure gaullienne — car ces temps aujourd’hui magnifiés, vu la taille des homoncules hommes qui nous gouvernent, étaient aussi ceux du triomphe d’Anastasie, qui utilisait les chausse-trapes juridiques et financières pour asphyxier ce qui la défrisait moralement.
Lui-même, qui a aussi travaillé avec Jean-Jacques Pauvert, autre grand bénéficiaire des attentions réitérées de la censure, a publié aux Editions Blanche, aujourd’hui intégré au groupe Hugo doc, de très nombreux textes érotiques qui ont fait date, souvent à tonalité sado-masochiste, dans les années 1990 (par exemple le Lien, signé Vanessa Duriès, en 1993 — mais je pourrais en citer bien d’autres).
Il est aux premières loges pour constater à la fois l’affadissement de la littérature libertine, l’auto-censure que s’infligent des auteurs et des éditeurs de plus en plus dépourvus d’audace, et l’hypocrisie générale d’une époque qui feint de s’autoriser de petits débordements pour mieux se vautrer dans le moralisme le plus étroit.
J’ai donc eu l’idée de lui poser quelques questions sur son métier, ce qui s’édite aujourd’hui et ce qui se lit, le climat de pseudo-perversion et de vrai conformisme que révèlent les succès de librairie ou certaines affaires montées en épingle par une presse qui s’offusque si volontiers de ce que certains appellent encore un chat un chat — ou une chatte.

 

JPB. Partons de l’actualité. Les juges qui ont absolument voulu traîner DSK en justice pour quelques parties fines, l’ont fait sur la conviction — longuement étalée dans les médias — que la sodomie n’était par définition acceptable que par des prostituées — ce qui impliquait sa responsabilité dans un réseau, etc. On a vu ce que le jugement final a fait de ces certitudes bizarres. Mais que vous inspire au final cette affaire, qui a si opportunément permis l’élection de François Hollande, un homme « normal » à ses dires ?

FS. L’affaire DSK est intéressante à plus d’un titre. D’abord d’un point de vue politique puisqu’elle a vu l’élimination d’un favori à l’investiture suprême, mais également d’un point de vue moral puisqu’elle a sous-tendu l’équation libertin = proxénète. En ce sens, l’affaire DSK marque un tournant dans l’approche française de la sexualité de nos gouvernants. Nous sommes passés ainsi en quarante ans d’une tolérance amusée et complice des frasques d’un Pompidou, d’un Giscard, Mitterrand ou Chirac à la vindicte et la condamnation de l’hyper-sexualité (vraiment ?) d’un DSK. En fait la complète inversion des positions morales — si je puis dire. Soit l’adage suivant : « Avant : on n’en parlait pas mais on le faisait ; maintenant : on en parle beaucoup mais interdiction de le faire. »

JPB. Vous avez publié dans les années 1990 nombre d’ouvrages audacieux. J’ai cité le Lien, je pourrais ajouter à la liste Dolorosa soror de Florence Dugas ou l’Amie de Gilles de Saint-Avit — parmi une foule d’autres textes plus provocants les uns que les autres. Pourriez-vous les éditer aujourd’hui ?

FS. Très franchement, non ! Il ne s’agirait pas d’une censure étatique comme celle qui frappait ma mère, Pauvert, Losfeld, Martineau ou Tchou dans les années 70, mais d’une censure plus subtile, plus pernicieuse et plus vulgaire aussi : celle de la bien-pensance et de la morale. Pas la morale chrétienne qui a prévalu durant des siècles, mais la morale du regard de l’autre. Cette morale qui, à l’instar de DSK, vous place dans le camp des « détraqués », des malades ». Car, comme me le disait ironiquement mon ami Jacques Serguine : « Comment pouvez-vous penser des choses pareilles ! Et pire, les écrire ! Et encore pire, les publier ! »

JPB. L’un des débouchés qui permet la rentabilisation des romans est l’édition (en fait, la pré-vente) en poche, ou en club. Quels infléchissements de leur politique d’édition avez-vous constatés dans la dernière décennie ? Dans quelle mesure ces infléchissements ont-ils menacé la santé économique de petites maisons comme la vôtre — ou celle de Claude Bard, la Musardine ?

FS. Lorsque vous cherchez des partenaires éditeurs pour des versions poche ou club de vos textes, vous devez proposer des textes sexuellement acceptables, c’est-à-dire aux sexualités normatives et acceptées. Donc vous excluez du champ érotique toutes les formes fantasmatiques chères à des Bataille, Apollinaire, Louÿs, Serguine et bien d’autres. En quelque sorte, vous proposez une sexualité formatée où n’apparaît plus la transgression, transgression qui est le moteur de la littérature érotique. Et cet infléchissement n’est que le reflet d’une société qui marginalise toutes les représentations exacerbées d’une sexualité non normative. Et il nous a fallu passer sous ces fourches caudines pour que nos maisons résistent.

JPB. Hier des ouvrages extrêmes, comme Soumise (de Salomé, 2002) ou Frappe-moi (Mélanie Muller, 2005 — l’un des derniers dans cette veine). Aujourd’hui Fifty shades of Gray et son sado-masochisme à l’eau de rose. Que vous inspire cette évolution ?

FS. Elle m’emmerde et marque pour moi la victoire totale de la normalisation américaine, mouvement qui a commencé à la fin des années 70 avec la mise aux normes de standards mondiaux de consommation dont les meilleurs exemples s’appellent Mac Do, Coca Cola, Levi’s, Hilton, Apple, etc. Et juste derrière cette normalisation marchande est venue la normalisation des mœurs – notamment par le biais du fameux « politiquement correct » –, en ne permettant juste que ce qui est acceptable (attention, ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain ! Je me rappelle les années 70 où, étudiant, aucun de mes potes musulmans ne faisait le ramadan, et où tous buvaient de la bière et fumaient des pétards !)

JPB. Il vous est arrivé d’aller chercher à l’étranger des ouvrages intenses (je pense par exemple à la Laisse de Jane Delynn). Ce qui nous vient des Etats-Unis, aujourd’hui, c’est la série des Beautiful Bastard / Beautiful Stranger / Beautiful Player / Beautiful Beginning / Beautiful Fucker (non, ce dernier, je viens de l’inventer, justement, il n’existe pas), de Christina Lauren (chez Hugo doc). Cette évolution correspond-elle à une évolution des goûts du public vers les fausses audaces ou à une épidémie de moraline, comme aurait dit Nietzsche ?

FS. Ces succès reflètent exactement ce que j’ai dit précédemment. On formate d’abord une société puis on l’alimente (pardon, on la gave) de ce qu’elle attend. Finies, la curiosité, la rébellion, la remise en cause du système capitaliste, bourgeois et marchand. Les seuls qui conchient ce système sont soit les fous de Dieu de l’Islam qui veulent détruire un monde honni à leurs yeux pour le remplacer par un système épouvantable et abject ; soit les écolos fous qui rêvent d’un monde qui n’existera plus jamais. Choisis ton camp, camarade !

JPB. Plus profondément, ce qui est aujourd’hui publié est-il de la littérature ? Au-delà d’un affadissement notable des récits, la qualité d’écriture est-elle toujours au rendez-vous ?

FS. Maintenant, il me semble que l’on demande davantage à une écriture d’être efficace plutôt que belle. Le style ne semble plus être une valeur d’avenir.

JPB. Outre la littérature érotique, vous avez aussi publié des auteurs sulfureux comme Alain Soral ou Érik Rémès. Dans votre esprit, était-ce défendre une même cause ?

FS. Très sincèrement, oui ! J’ai toujours pensé, et l’Histoire l’a prouvé, que la littérature était une littérature de la transgression, de la contestation, de la critique et de la remise en cause de notre société. C’est ce que fait un Soral qui est un empêcheur de penser en rond et provoque des réactions violentes car il met en lumière des réalités que l’on refuse de voir et qui nous deviennent inacceptables lorsqu’on les touche du doigt.
Enfin, j’ai toujours dit que le sexuel était notre dernier espace de liberté. C’est pourquoi, en plus d’être un bizness, il faut formater le cul comme Coca Cola a formaté les sodas pour en vendre beaucoup.

JPB. Demain l’islamisme, dit Houellebecq. Imaginons qu’il ait raison. Les minuscules audaces d’aujourd’hui ne sont-elles pas dès lors la meilleure façon de nous préparer au wahhabisme de demain ?

FS. Tout à fait, et c’est ce qui me fait dire que l’acceptable d’aujourd’hui peut devenir, aux yeux de certains, l’intolérable de demain.

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Le Bruit de la douche

« « Fuck », jura-t-elle, en tirant sur les fils des écouteurs. Pendant qu’elle enroulait ces derniers autour du maudit appareil, elle entendit quelque chose. Elle ne bougea pas et tendit l’oreille, concentrée. C’était bien le bruit de l’eau qui coulait dans une douche. L’occupant de la suite avait omis de prévenir qu’il était présent en accrochant le fameux « Do not disturb ». »
Ça débute comme ça. Nafissatou Diallo faisait le ménage au Sofitel en écoutant Amy Whinehouse sur son MP3 (« He left no time to regret Kept his dick wet… » — les paroles, prémonitoires pour l’occasion, de Back to Black), elle a oublié de le recharger, l’appareil est tombé en panne, elle a entendu le bruit de la douche, et conséquemment, « claquant la porte, elle se dirigea vers la suite voisine. » Pas de faux-pas de DSK, pas de provocation, ni de pipe matinale, rien n’est arrivé, DSK est donc élu président de la République et s’engage dans une politique que ne renierait pas Nicolas Dupont-Aignan, par la grâce d’une conseillère en communication issue du PS mais qui est visiblement un sous-marin chevènementiste.
C’est peut-être là que notre ami David Desgouilles, dont Causeur héberge depuis lurette le blog plein d’alacrité, est le moins crédible : il resterait donc au PS des gens intelligents ? Guillaume Bachelay, dont le petit doigt est plus intelligent que toute l’imposante personne de Cambadélis, a beau être secrétaire national de la rue de Solférino, il n’a ni ministère, ni pouvoir d’infléchir la politique de ce parti de crapules menchéviks. On se méfie comme la peste des gens capables dans ce milieu de haute médiocrité.
C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus visiblement de ce roman de politique-fiction : la nullité exceptionnelle de tous ces gens, DSK compris.
C’est là aussi que le bât blesse, romanesquement parlant. Quand le personnage le plus intelligent est Eric Zemmour (auquel Desgouilles offre plus qu’un strapontin dans son ouvrage), quand il faut inventer de toutes pièces une fille qui réfléchit (à ceci près qu’elle couche avec un gros incapable, dominé de la tête et des épaules, au lieu de se taper tranquillement DSK, ce qu’aurait fait toute femme raisonnable avec des hormones en état de marche), quand les dialogues mettent aux prises des pseudo-sommités qui sont des zéros qui ne multiplient que parce qu’ils ont été élus ou désignés par d’autres incapables, on atteint rapidement les limites de l’uchronie : ce monde imaginaire ne me tente pas plus que le monde réel, et il faut beaucoup de talent à l’auteur pour nous intéresser aux manœuvres d’appareils des socialistes et des sarkozystes. Imaginez l’un quelconque de ces ectoplasmes aux prises avec Retz, Mazarin — ou Clémenceau, dont Desgouilles, avec beaucoup d’humour, met le visage sur les nouveaux billets d’une France régénérée.

Marianne a beaucoup aimé le livre. Jacques Sapir (qui a dans le roman un petit rôle déterminant) aussi : rien d’étonnant à ce que Desgouilles convoque l’économiste préféré de Dupont-Aignan (et lui-même auteur d’une uchronie sur les années 1940, Et si la France avait continué la guerre — voir ici) pour étayer ses digressions économiques — notre ami doit être marxiste sans le savoir, l’économie est pour lui le facteur déterminant en dernière instance, alors qu’en authentique mao gramscien que je suis, je persiste à croire que c’est le facteur politique. Mais ce sont des divergences de surface.

L’uchronie est un mode exigeant. Il suppose une hypothèse audacieuse, un renversement complet des perspectives. Je ne saurais trop recommander, sur le sujet, la jolie étude qu’Emmanuel Carrère consacra jadis au genre (Le détroit de Behring, dont le titre vient d’une anecdote, que je vous laisse découvrir, sur la façon dont l’Encyclopedia Sovietica géra l’élimination de Beria), où l’on apprend que le mot fut inventé par Charles Renouvier en 1876 (l’Uchronie – l’Utopie dans l’Histoire — apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être), mais que le prototype est un roman de Louis-Napoléon Geoffroy-Château, avec son Napoléon ou la conquête du monde (1836), qui raconte la victoire de Napoléon à Waterloo, et ce qui en résulta du point de vue de l’organisation du monde. Giscard d’Estaing a dû s’en imprégner en écrivant sa propre uchronie, la Victoire de la Grande armée (Plon, 2010), où l’Empereur balaie Koutouzof sous les murs de Moscou, puis choisit bizarrement de laisser son trône au Prince Eugène — si, je l’ai lu ! —, parenté jadis soulignée par Laurent Joffrin dans sa critique de cet ouvrage dispensable. Parmi les grandes réussites du genre, il y a bien sûr le Maître du haut château, de Philip K. Dick — sur lequel ce même Carrère a écrit un brillant essai : tout se recoupe.

Il y a donc l’uchronie, genre auquel Desgouilles emprunte son « mentir vrai », comme aurait dit Aragon. Et le roman historique, qui suppose des personnages inventés forts (D’Artagnan et ses acolytes) face à des personnages historiques puissants (Richelieu ou Mazarin). Et comme l’a jadis souligné Lukács, un roman historique en dit autant sur la période à laquelle il a été écrit que sur celle où il situe l’action. Il y a dans les Trois mousquetaires un vent de romantisme propre à Dumas, et dans Vingt ans après, rédigé pourtant dans la foulée deux ans plus tard, une nostalgie du romantisme propre à cette génération qui voyait inéluctablement ses rêves s’enfoncer dans le règne sans ressort de Louis-Philippe.
Pour faible que soit l’écart entre les faits rapportés par Desgouilles (2012) et l’actualité de 2015, ce qui ressort le plus c’est l’effarante nullité de la classe politique. C’est peut-être la limite de l’ouvrage : comment intéresser le lecteur à de si petits hommes. Quand Benoît Duteurtre avait écrit le Retour du général (2010 — voir ici), il avait ressuscité De Gaulle pour avoir un caractère fort à opposer aux ectoplasmes modernes. Desgouilles a bien tenté, avec son héroïne, de créer un vrai cerveau au milieu de cette bande de minables, ce qui surnage est justement le sentiment qu’il ne nous faut pas DSK, qui ne fut jamais, hélas, que ce qu’il est, mais un vrai lider maximo, dont je ne vois pas bien l’émergence dans la France contemporaine. Anne-Sophie Myotte (ainsi s’appelle la grande ordonnatrice de ce retour à la souveraineté nationale) n’est pas Marie-France Garaud, qui insuffla à Chirac la capacité à gagner Paris d’abord, la France ensuite.
Au total, c’est un roman fort divertissant par cela même qu’il met en scène, parfois avec une ironie bien venue, une bande de faux-poids et de demi-portions que l’Histoire engloutira prochainement — dès que les circonstances nous donneront un individu capable de répondre aux défis contemporains, au lieu de politicards soucieux de leur survie en milieu médiatique. Nous en sommes loin pour le moment : toute cette fiction souverainiste n’était qu’un cauchemar de Pierre Moscovici, nullard d’entre les nullards, donc à ce titre nommé à la direction d’une instance européenne, et qui symboliquement a le dernier mot de cette histoire tragique sous le rire.

Jean-Paul Brighelli

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Une bonne correction

Les enseignants de classes préparatoires ne sont jamais convoqués pour corriger le Bac, malgré les défections, les mouvements d’humeur, les menaces de grève. L’administration sait bien qu’ils sont incontrôlables : ils voient en aval les résultats du laxisme, ils ont l’habitude de noter en valeur réelle — pas de tromperie sur la marchandise, on a en prépas les notes que l’on mérite —, ils auraient sans doute une légère tendance à ne rien laisser passer.
Or, la correction du Bac est l’art de laisser passer des énormités. La seule considération de la correction de la langue suffirait à disqualifier les trois-quarts des candidats — et on demande d’enlever deux points au maximum, quel que soit l’état de l’expression. Tout ce qui n’est pas expressément demandé par l’administration n’est pas requis : on demande par exemple une introduction en devoir d’Histoire, mais on ne demande ni problématique, ni plan — on se contente de requérir plusieurs paragraphes.
Le plus beau, c’est que des IPR menacent : « Lorsqu’un professeur corrige des copies d’examen, il réalise cette mission dans le cadre strict des règlements d’épreuve qui régissent cet examen. Ils sont impératifs et ne sont pas soumis à l’appréciation personnelle du correcteur. Un fonctionnaire qui se soustrairait de son propre chef à ces obligations romprait l’égalité entre les candidats et engagerait sa responsabilité personnelle, encourant recours et sanctions. » Ce joli texte a été diffusé brièvement sur le site de l’Académie de Versailles, avant d’être retiré — l’énormité de la menace a dû finalement choquer quelques usagers.
Soyons clair : l’administration rectorale ne peut rien contre un correcteur qui déciderait d’appliquer un barème un peu exigeant. Surtout s’il se couvre en photographiant, par exemple, les énormités qu’on lui a données à corriger. J’en ai fait l’expérience moi-même, il y a une quinzaine d’années.
C’était au lendemain de la réforme de l’EAF — l’Epreuve Anticipée de Français, comme on dit dans le jargon plein de sigles de l’Education Nationale. C’était au lendemain de la réforme patronnée par Luc Ferry (2000), qui entre-temps s’était retrouvé ministre. On venait d’inventer le « sujet d’invention » — ce qui en soi serait une bonne idée, sauf que je l’imagine davantage à Bac + 5, si l’on conçoit l’épreuve comme un « à la manière de ».
Et ce fut le cas cette année-là. Un texte de Pierre Loti extrait de Fantôme d’Orient, racontant comment, des années plus tard, il était retourné en vain à Istanbul pour y retrouver Aziyadé. On proposait alors à l’élève d’écrire le journal de bord de Loti dans son voyage de retour, avec sa déception, sa mélancolie, au milieu des nécessaires observations techniques propres à ce genre si particulier. Le tout en imitation de la langue quelque peu maniérée de l’écrivain rochefortais.
La probabilité pour que des élèves (et ceux de 2003 étaient pourtant meilleurs que ceux d’aujourd’hui) captent le style un peu ampoulé de Loti, maîtrisent les code du log-book, parviennent à mixer l’émotion plus ou moins feinte, le parfum du souvenir, et le clapotis des vagues était nulle, et les copies étaient nulles, et j’ai noté en conséquence. Autant faire assumer à l’administration le poids de ses (mauvaises) décisions.
Je ne prenais pas les élèves en otages : je savais bien qu’un administratif quelconque rajouterait dix points dans mon dos.

Le résultat fut que je ne fus plus jamais convoqué au Bac. Le premier qui dit la vérité, il doit être assassiné…

J’adjure mes collègues qui vont toucher leurs copies de Bac de faire preuve, cette année, de la même rigueur. Vous n’êtes pas satisfaits de la réforme du collège ? Vous êtes choqués que le Ministère occulte l’évaluation de la réforme du lycée ? Vous trouvez que l’on vous prend pour des nouilles ? Alors, notez en votre âme, conscience et capacité. Notez les copies pour ce qu’elles valent. J’ai argumenté sur LePoint.fr en ce sens, et je voudrais vraiment me faire entendre. Les menaces des inspecteurs sont sans objet, surtout si vous vous y mettez de concert. Photographiez avec vos portables tout ce que vous trouverez d’aberrant dans les copies qui vous sont proposées, dans toutes les matières. Je me ferai un plaisir de diffuser ces documents ici-même.
Et c’est le dernier et meilleur service que vous pouvez rendre aux élèves. Leur faire comprendre qu’ils sont victimes d’une escroquerie, qui va les envoyer se fracasser sur le mur du Supérieur. Leur faire appréhender leur niveau réel — et je ne doute pas qu’il y en ait de bons, mais si rares…
On requiert de vous, enseignants, une moyenne qui permette, par projection, de conserver les fatidiques 88 ou 90% de réussite dont le ministère se targue pour affirmer que le niveau monte. Ne soyez as complices de ce maquillage : le niveau s’effondre, nous le savons tous. Et si nous continuons à noter comme le désirent les petits chefs obéissants qui dirigent les centres d’examen, nous nous faisons objectivement complices de la plus grande entreprise de désinformation scolaire des temps modernes.
De toute façon, les notes seront modifiées dans votre dos. Alors, défoulez-vous — dites la vérité des prix. Sinon, la barre descendra encore, l’année prochaine, et encore, et encore. Partout. Jusqu’en dessous du niveau de la mer.

Jean-Paul Brighelli

PS. Merci à J-PH. C. pour le joli dessin…

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FIDL ment

Dans deux articles du Point.fr, j’ai évoqué (très brièvement, et plus par manière de plaisanterie que pour accabler cette ambulance) la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (FIDL). Dans l’un, je la traitais de « couveuse du PS » ; dans l’autre, j’en remettais une couche (culotte) en parlant de « pouponnière des futurs cadres » du même parti.
Un certain Xavier Hasendhal (il était déjà à la FIDL en 2010 — dans le Val d’Oise : il y est toujours cinq ans plus tard ? Quelqu’un a dit à son lycée que les redoublements étaient désormais interdits ?) me reproche ces propos qui n’avaient d’autre fin qu’une écorchure ironique légère : « Je vous contact au sujet de deux articles que vous avez récemment rédigé sur le site Le Point.fr. » m’écrit-il. Phôtes d’orthographe comprises (ah, l’accord du participe avec le COD antéposé, quel nœud d’embrouilles ! Pourquoi Mme Vallaud-Belkacem n’y met-elle pas bon ordre ?), alors qu’il continue en m’affirmant que contrairement à ce que je feignais d’affirmer dans un article tout au second degré, « nous tenons à la langue française et que nous l’utilisons dans toute sa largeur au quotidien » — qu’est-ce diable que la largeur de la langue ?
Il me somme donc « de retirer ces lignes de [mes] articles, à moins de prouver [mes] dires avec des éléments tangibles. » Sinon, menace-t-il, il pourrait tirer les conséquences (juridiques ? Allons donc !) de ces propos « diffamatoires ».
Pauvre chou ! Sais-tu bien qui je suis ? comme dit Corneille (1606-1684, je le porte à ta connaissance, car je sens bien qu’il faut ici faire œuvre de pédagogie…). Sais-tu bien qu’il ne faut pas trop chatouiller le Brighelli qui sommeille ? Et que l’on ne gagne rien à menacer quand on n’a pas de quoi étayer ses accusations ?

Oui, la FIDL est la pouponnière du PS, et même la pouponnière de ses dirigeants. Depuis 1987 (cette Fédération est née dans les remous du mouvement contre la réforme Devaquet, qui laissa sur le carreau Malek Oussekine, divin cadeau pour des jeunes qui se cherchaient et couraient très vite devant les forces de l’ordre, contrairement à d’autres jeunes vingt ans avant), nombre des dirigeants de la FIDL ont appartenu ou appartiennent à l’élite de la rue de Solferino. Si je cumule les responsables de la FIDL (Carine Seiler, Delphine Batho, future ministre, Sonia Samadi ou Léa Filoche, digne fille de son père, que je connais un peu et dont j’ai parlé ici même) et ceux de SOS Racisme (après tout, les deux ont été condamnés ensemble dans de vilaines affaires), organisation sœur de la FIDL (Julien Dray, Harlem Désir, Malek Boutih, Dominique Sopo ou Cindy Léoni, ces deux derniers membres en même temps du Mouvement des Jeunes Socialistes, la garderie des futurs cadres du parti), si je tiens compte aussi de ceux, parmi les pré-cités, qui sont aujourd’hui dans l’organigramme de la mairie de Paris et ceux qui sont passés par des partis frères (le MRG pour Fodé Sylla à SOS Racisme, le courant mélenchonien pour nombre d’autres « lycéens »), je peux vraiment dire que ce mouvement, qui par définition n’a pas vocation à retenir ses membres dès lors qu’ils ont fini par passer le Bac, est une officine de sélection et de recrutement des élites socialistes. Tout comme l’UNEF de Bruno Julliard (qui a lui aussi battu des records de longévité estudiantine, cinq ans d’études de 1999 à 2006) est, au niveau universitaire, la chambre d’écho de la FIDL (1).
« Elites » est bien sûr un mot très exagéré — et d’ailleurs honni par Najat Vallaud-Belkacem, qui sauf erreur n’a pas cru bon de tenter la première sélection de la FIDL, mais la reçoit à sa demande et en a obtenu un soutien sans faille parfaitement désintéressé. La FIDL a par exemple protesté — à juste titre — contre la réforme Chatel des lycées, mais n’a rien dit contre l’inique réforme du collège, qui la continue (elle la continue si bien que le ministère en a reporté sine die le bilan). Deux poids, deux mesures, alors qu’il s’agit d’un même projet d’économies à la petite semaine, avec pour effet l’appauvrissement des contenus et la paupérisation intellectuelle des plus déshérités.

Alors au lieu de me chercher des noises pour une plaisanterie dans un contexte de charge ironique, la FIDL ferait mieux de s’interroger sur ce qui serait bon pour les élèves : je me tiens à sa disposition pour lui donner un cours du soir (magistral, bien entendu) sur la question. Et je ferai preuve de mansuétude avec elle.

Jean-Paul Brighelli

(1) Souvenir personnel de Bruno Julliard, invité comme moi dans l’émission À vous de juger, en 2005, et se penchant sans cesse sur Maman Aubry pour lui demander ce qu’il fallait dire, ou si ce qu’il avait dit était bien. Au moins, ils s’occupent de leurs poussins, au PS.

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TAFTA ta mère !

Vous connaissez le taffetas, tissu de soie tissée. C’est doux, c’est soyeux, cela peut porter des motifs fort divers, et selon les couleurs utilisées dans les chaînes et les trames, cela s’appelle taffetas caméléon, taffetas chiné, damier, prismatique, et j’en passe.

Mais connaissez-vous le TAFTA — Trans-Atlantic Free Trade Area) ? On l’appelle aussi TTIP (prononcer Tee-tip pour Transatlantic Trade Investment Partnership), l’acronyme purement bureaucratique et moins gracieux que le précédent. C’est une machine à dissoudre les Etats européens, via Bruxelles soumis à Berlin et à Washington, en mettant les appétits des grandes compagnies mondialisées avant les intérêts nationaux — quitte même à faire payer aux Etats-Nations, ou ce qu’il en reste, d’énormes amendes en cas d’entrave aux desiderata des multinationales. L’accord-modèle du TAFTA, c’est l’ALENA (accord de Libre-Echange Nord-Américain, ou NAFTA en anglais — pour North American Free Trade Agreement, ou TLCAN en espagnol, puisque l’accord lie le Mexique et le Canada aux USA). Au nom de l’ALENA par exemple, la compagnie américaine et géant du sucre Cargill a obtenu en 2009 une compensation de 77 millions de dollars à cause d’une taxe décidée par le Mexique sur les boissons contenant le substitut de sucre « glucose-fructose ». Et le pétrolier américain Lone Pine réclame 250 millions de dollars au Canada en compensation de l’annulation de ses permis d’exploitation du gaz de schiste au Québec.
Remplacez « Québec » par « Ardèche », et vous y êtes. Une compagnie étrangère, plaidant devant des instances juridiques indépendantes des Etats, dont on sait que les arbitrages privilégient systématiquement les grands intérêts des grands groupes, pourra demander une énorme compensation au gouvernement français si on ne l’autorise pas à faire à telle région française ce qu’ils ont très, bien réussi aux Etats-Unis : empoisonner les nappes phréatiques pour les prochains millions d’années. Pour de plus amples détails, voir ici. Mais déjà, mettez-vous ça dans la tête :
Angela Merkel et François Hollande sont franchement pour — la première parce qu’elle dirige un pays exportateur, qui espère gagner encore quelques sous à faire sauter les (très faibles — autour de 2% en moyenne) taxes à l’entrée aux Etats-Unis, le second parce qu’il n’a pas une idée différente de celle de sa « chancelière », comme il dit. Dans la classe politique, silence gêné, ou complice — à l’exception de Dupont-Aignan qui a demandé un référendum sur la question, et a protesté longuement à l’Assemblée, devant un amphithéâtre quasiment vide, en rappelant quels députés européens votent aveuglément pour les intérêts des multinationales, en demandant la suspension immédiate de toutes les négociations en cours et en secret, et en rappelant le mot fameux de Marc-Aurèle : « On peut tondre les peuples, mais en faisant attention de ne pas les écorcher ».
C’est un pas de plus dans la dissolution des Etats-nations. L’Europe devait être un grand concert des nations, « les Etats-Unis d’Europe ». Elle n’est qu’un conglomérat d’intérêts extra-territoriaux, dans la financiarisation globale de la politique. Il faut très rapidement reprendre notre destin en main, sinon ce sera quasiment impossible, à terme. Regardez combien les Grecs ont du mal à reconquérir leur autonomie face à la « troïka ». Et l’on s’étonne qu’ils regardent en ce moment vers Poutine, ravi de voir l’Europe se dissoudre pour faire plaisir à quelques conglomérats qui pensent en termes de cash.
Oui, il faut déchirer le TAFTA — avant qu’il soit notre linceul.

Jean-Paul Brighelli

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Considérations inconvenantes sur l’Ecole, l’islam et l’Histoire en France

Le livre vient de sortir (mai 2015) aux éditions de l’Artilleur. Il est signé Bruno Riondel, enseignant d’Histoire en banlieue parisienne. Et comme son titre l’indique, il est violemment inconvenant — puis qu’il dit la vérité.
Et vous vous souvenez : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté… »

Témoignage sur le vif des obstructions systématiques à la transmission des savoirs sur les quinze dernières années — en gros, de la parution des Territoires perdus de la République, le livre publié sous la direction d’Emmanuel Brenner en 2002, jusqu’à l’immédiat après-Charlie. Afin de bien faire comprendre aux aveugles et à ceux qui préfèrent le rester, à tous ceux qui sont dans le déni, à toutes les administrations qui décident habilement de ne répondre à aucun acte délictueux, qu’il est en train de se passer quelque chose de grave dans ce pays. Que sous prétexte de ne pas stigmatiser des populations qui se croient particulièrement défavorisées, et à qui l’on persiste à faire croire qu’on leur doit un dédommagement pour ce que nos ancêtres ont fait aux leurs (un raisonnement qui permettrait aux « gaulois », comme disent les beurs racistes, de réclamer du fric aux Romains pour ce qu’ils ont fait à Abd-el-Kader-Vercingétorix), il faut tout accepter : attitudes délibérément hostiles ou agressives, affirmations aberrantes sur le complot juif qui a amené le 11 septembre, croyances sidérantes sur la construction des cathédrales par des architectes musulmans (les chrétiens étant trop tartes, c’est bien connu). Et globalement, impossibilité de parler de tout ce qui n’est pas écrit dans le Coran, ou pourrait heurter la sensibilité exquise des petits voyous. Expliquer le Cid par exemple. Corneille était un salopard d’islamophobe, et tant pis si c’est Khomeiny qui a forgé le mot. Le temps n’existe pas pour un vrai croyant, je l’ai expliqué moi-même lors des attentats du Bardo.
Quant à Voltaire, inutile de penser en parler. L’auteur du Fanatisme ou Mahomet (dites Muhammad !) est persona non grata — enfin, pas hallal, quoi… Evitons de parler latin. Cela pourrait fâcher Najat VB.

Tout cela, ce sont des anecdotes — mais il y en a tant de disponibles que l’on finit par se demander s’il y a encore en France des endroits où l’on peut faire cours normalement. Le cœur de l’ouvrage analyse en détail la confusion implicite, chez ces adolescents déboussolés par des prêches qu’il faudrait interdire, et vite, entre le cultuel et le culturel.
Je suis en train d’écrire un livre sur la culture — sur la façon dont l’Europe en particulier et le monde occidental en général se suicident culturellement depuis cinquante ans, par cette subversion du culturel par l’économique qui est au cœur du néo-libéralisme, déconstruction de la culture « bourgeoise » (son péché originel pour certains), par abandon de l’Ecole aux forces du marché, grâce à l’entremise de pseudo-libertaires qui ont cru bien faire, les cons, et finalement par islamo-gauchisme.
La culture, comme le dit assez bien Bruno Riondel, se nourrit de temps – elle a une histoire — et d’un grand principe d’incertitude, tout comme le savoir qui l’élabore peu à peu se construit par approximations et réévaluations. Le cultuel, en face, la foi de façon générale, sont hors temps, et s’appuient sur des certitudes — j’ai expliqué ça juste après les attentats du Bardo. Peu de certitudes d’ailleurs : l’hilote musulman n’est pas demandeur de savoirs complexes. Il veut des idées simples — d’où le succès de l’islamisme chez les ados, qui aspirent à un savoir absolu, et ne comprennent pas que le savoir est très relatif, sans cesse battu en brèche, mécontent de lui, et qu’il se confronte sans cesse à ce qu’il ne connaît pas — l’immensité de ce qu’il ne connaît pas.
Pour le croyant, l’immensité est Dieu, et il est inconnaissable. Ses préceptes servent de savoir — et ils sont en nombre très limité. Les femmes sont des créatures inférieures et dangereuses, on les lapide si elles sont impudiques, et on coupe la main des voleurs. Fin d’analyse. Fin de parcours.
Le catholicisme a opéré ainsi il y a encore cinq cents ans — et il est entré dans le temps, depuis. Le protestantisme militant des groupes évangéliques a décidé d’aller affronter l’islam sur son terrain, avec les mêmes procédés et la même croyance délétère en la prédestination. Dès que vous pensez avoir un destin, à quoi bon essayer de la forger en faisant des études ? Allah ou Jéhovah y pourvoiront.
C’est la solution la plus facile, bien adaptée aux imbéciles, qui sont toujours demandeurs de formules du type « yaka ». Juste de quoi remplir les têtes creuses, abandonnées au vide par des programmes exsangues et peu exigeants (Riondel analyse avec finesse la sélection par exemple de l’histoire de l’esclavage, réduit à la traite négrière occidentale, quand l’essentiel a été opéré par des Musulmans et des Noirs eux-mêmes). De vraie culture, peu de nouvelles : des certitudes suffisent.
Au total, un ouvrage bien documentée, qui offre en annexes quelques documents éloquents — des textes peu cités de Churchill, Levi-Strauss et Renan sur l’islam, des témoignages d’enseignants confrontés au négationnisme d’après-Charlie, un message du Cheikh Imran Hosein, grand prêcheur devant l’Eternel (si je puis dire), sur le nécessaire retour des jeunes Français musulmans en terre d’Islam afin de s’y laisser impunément pousser la barbe, etc.
L’ensemble est écrit d’une plume objective, sans grand génie polémique — et c’est d’autant plus efficace : l’auteur ne fait pas de rhétorique (contrairement à un que je connais), il cite des faits, analyse des documents : bref, on le sent historien jusqu’au bout des ongles — le genre qui doit énerver laurence de cock. Mais qui fera vos délices.

Jean-Paul Brighelli

PS. J’en profite pour vous dire que le dernier numéro papier de Causeur, sur l’Ecole, est absolument passionnant (d’ailleurs, j’y ai laissé quelques lambeaux). Et que la Revue des Deux mondes, dans son dernier numéro, avec une jolie photo de Zemmour en couverture et une interview du même à l’intérieur, livre un gros dossier sur « les Musulmans face au Coran », auquel j’ai moi-même participé. Au total, plein d’informations saisissantes et d’analyses percutantes.

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Indigènes

Cela vient de débouler sur les réseaux sociaux :

Je ne sais pas si c’est ou non authentique — je m’attends à ce que rapidement paraisse un communiqué qui prétendra que c’est un fake, comme disent les gens qui parlent bien la France. Mais des amis informés des mœurs de Twitter m’affirment que le message est genuine — comme disent… etc. !
Et puis, c’est trop beau pour être vrai : pour la première fois on nous explique noir sur blanc le jusqu’auboutisme de l’entre-soi, de l’endogamie profonde (comme on parle d’écologie profonde, celle qui donne autant de valeur aux mouches à merde qu’aux êtres humains), de l’inceste pratiqué comme les Egyptiens anciens, pour sauvegarder la pureté du sang et garantir le défaut génétique — bref, du racisme ordinaire. La distinction entre « Nous » et « les Blancs » est étrange — bien digne du nazislamisme qui court en ce moment. Les Arabes sont blancs, sais-tu, ami indigène… Et il n’y a qu’une seule race — la race humaine. Que tu en sois un sous-produit est encore autre chose — c’est une considération culturelle, mais pas biologique.
Au passage, on peut lire aussi dans ce gazouillis une angoisse — celle d’être confronté aux comparaisons. Qui sait ce que ta sœur, cher indigène, celle qui vient régulièrement s’ébattre dans nos lits, pense de toi et de ta prétention à la satisfaire ?

D’un autre côté, c’est tellement bête que ça ne peut pas ne pas être vrai — quand on sait jusqu’où descendent, intellectuellement parlant, les Indigènes de la République. Fréquenter leur site est la garantie d’une franche partie de rigolade.
Quoique…
Quand on sait que ces jean-foutre ont l’oreille des autorités et des islamo-gauchistes, on rit moins : après tout certains des amis de ces gens coupent des têtes de l’autre côté de la Méditerranée, ou violent des adolescentes au Nigéria. Et incitent leurs sœurs à pratiquer le jihad sexuel, afin d’assurer le repos des guerriers de l’Etat islamique.
Je passe sur le fait que cette « consommation masculine blanche » est également homophobe — mais bon, onze pays appliquent la peine de mort pour les homosexuels — tous musulmans. Cherchez l’erreur — il n’y en a pas.
Allez, je vais faire bref : les Musulmanes sont des femmes comme les autres, elles ont le droit de te cocufier comme les autres. Les habitués de ce blog vont s’y employer.
Ça pourrait te porter chance…

Jean-Paul Brighelli

PS. Faut-il rappeler que c’étaient les mêmes imbéciles qui se sont insurgés contre une exposition intitulée Exhibit B — dont j’ai parlé en décembre sur Bonnetdane ? Les mêmes imbéciles aussi qui s’insurgent quand un chercheur blanc, Olivier Pétré-Grenouilleau, explique, recherches à l’appui, que l’esclavage a été un peu plus complexe que ce que croient les organisations antillaises ? Et tout ce qu’ils ont trouvé pour attaquer un chercheur inattaquable, c’est Gilbert Collard…

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Très fausses confidences

Le public parisien serait-il le plus bête de France ? Un metteur en scène « arrivé » (Luc Bondy dirige l’Odéon depuis 2012) croit-il intelligent de faire des contresens majeurs un texte ? Une immense comédienne — Isabelle Huppert en l’occurrence — se croit-elle à l’abri d’une performance médiocre ? Un jeune freluquet — Louis Garrel — pense-t-il qu’un nom de famille peut tenir lieu de talent ?
Questions insondables — surtout la première. J’ai dû subir deux heures durant (et du Marivaux en trois actes étirés sur deux heures, ça finit par être long) les hurlements de rire des bobos parisiens, décidément bon public, c’est-à-dire exécrable. Ils croyaient manifestement assister à du vaudeville revisité, parce que Luc Bondy a cru monter du Feydeau, faute d’avoir su lire Marivaux. Les Fausses confidences est, comme l’essentiel du théâtre de Marivaux, une pièce d’une cruauté achevée — qui d’ailleurs n’a pas bien marché à la création, le public ordinaire des comédiens italiens de 1737 — un public qui savait lire, lui — ayant trouvé trop de noirceur à cette comédie de l’accaparement des richesses d’une riche quadragénaire par un blanc-bec fauché, aidé d’un valet entreprenant. C’est d’ailleurs surtout sous la Révolution, et après, qu’on a véritablement apprécié cette comédie de l’argent convoité et de l’utilisation de l’amour pour remplir sa bourse — évitons les jeux de mots complaisants…
Sauf que Feydeau, c’est toujours une installation de génie, quelque peu hystérique, d’une précision horlogère, et qui fonctionne comme une machine célibataire. Ici, c’est du Feydeau forcé — moins le rythme. Avec un peu de romantisme décalé (ah, l’amour…), alors que la pièce est un complot de libertins aux abois. Un Louis XV maigre et sec en pleine débâcle financière tiré vers un Louis-Philippe sentimental bouffi. Boursouflure garantie.

Dorante, donc, n’a pas le sou. Son ancien valet, Dubois — inspiré du Brighella de la commedia dell’arte, qui a enfanté tant d’intrigants de comédie, de Scapin à Figaro —, passé au service de notre riche héritière, Araminte, est un manipulateur-né, qui tend ses filets pour que son ancien maître arrive au cœur, au corps et au magot de la riche bourgeoise. Marton, la suivante d’Araminte, sera le dommage collatéral de cette entreprise de captation. Un comte, qui pensait sans doute étayer son titre avec les écus de la dame, en sera pour ses frais. La mère de l’héroïne (excellemment interprétée par Bulle Ogier, désormais septuagénaire) rêvait, elle, d’une couronne comtale sur le carrosse de sa fille — elle finira déçue. In fine, Dorante remporte le gros lot en avouant — feinte sublime — le stratagème entier à Araminte, déjà résignée à faire une fin dans les bras du séducteur désargenté. Dubois triomphe (« Ma gloire m’accable »). Araminte aura quelques satisfactions solides en échange de son sac d’or. Le gigolo est casé. La vieille mourra bientôt de dépit. Le Comte, beau joueur, s’en va chercher une autre bourgeoise pour redorer son blason.

C’est la troisième fois que je vois les Fausses confidences — et évidemment, ça pèse un peu sur mon jugement. Mais si Luc Bondy était incapable de rivaliser avec les mises en scène de Jacques Lassalle (en 1979, avec l’immense Maurice Garrel, le grand-père du p’tit Louis justement, dans le rôle de Dubois) ou de Didier Bezace (vu à la Criée en 2010, avec Anouk Grinberg, parfaite, et Pierre Arditti, sublime — et ça existe en DVD), il n’avait qu’à choisir une autre pièce. Ou à rentrer à Zurich, où il est né, ou à Berlin, qu’il a beaucoup pratiqué. Même qu’il y a appris la lourdeur. Appliquée à ce que l’esprit français a tissé de plus léger et de plus sublime, c’est un pur désastre.

Donc, sur un immense plateau dont la vastitude ne servira jamais à rien, des paires de chaussures féminines sont disposées en cercle — serions-nous chez Imelda Marcos, qui les collectionnait ? —, et avant même que les lumières s’éteignent, Huppert suit un cours de Tai-chi. Si. Comme si elle arpentait les allées d’un square parisien où, le dimanche, les électeurs d’EELV s’entraînent à se décontracter, les pôvres, ils sont si stressés pendant la semaine, eux qui habitent dans l’espace préservé d’une ville imaginaire, loin de la foule déchaînée de la France périphérique. Pourquoi les chaussures, on ne le saura jamais : c’est décoratif, ça vous a un petit côté Louboutin. D’ailleurs, Huppert est habillée chez Dior, comme tout un chacun. Ça ne suffit pas à éclipser le fantôme de Madeleine Renaud, qui jouait Araminte à l’Odéon en 1959 en costumes d’époque. Mais bon, n’est pas Jean-Louis Barrault qui veut.
On est au XXIème siècle (il y a une imprimante posée sur une table), et on ne sait pas pourquoi. Je comprends pourquoi Mnouchkine situait son Tartuffe, en 1995, dans un Moyen-Orient islamisé — à la même époque le GIA et le FIS mettaient l’Algérie à feu et à sang, les islamistes donnaient déjà de la voix. Je saisis l’intention de Bluwal décalant Dom Juan, en 1965, au XVIIIème siècle, avec un Piccoli quadragénaire — l’ombre de Don Giovanni planait sur ce sombre noir et blanc. Mais là, on s’épuise en conjectures. Dior ne doit pas savoir faire les robes Pompadour. Bondy ne dit rien sur le XVIIIème, et rien sur le XXIème. Carton plein. Le vide préside à cette mise en scène, et Huppert, que j’ai vue sublime dans Orlando (d’après Virginia Woolf, en 1995 dans ce même Odéon, mise en scène Bob Wilson) ou dans 4.48 Psychose (aux Bouffes du Nord, Sarah Kane parfaitement lue par Claude Régy), erre sans trop savoir quoi faire dans ce plateau trop grand pour elle. Elle répète son tai-chi, à un moment donné, faute de trouver quoi faire de ses mains ; elle boit du champagne — forcément, le spectacle est sponsorisé par LVMH. Elle s’occupe, elle ne joue pas.
Le sommet, ce sont les deux principaux rôles masculins. Louis Garrel, c’est l’au-delà du Paradoxe du comédien : il est tellement vide qu’un rôle, aussi fort soit-il, ne suffit pas à emplir ce trou noir. Quant à Dubois (Yves Jacques), il a une mèche quasi-hitlérienne du côté gauche, on ne sait pas pourquoi, d’ailleurs, il est en transparence ce que Garrel est en vacuité. Tous deux passent leur temps les mains dans les poches. On dirait des collégiens en train d’ânonner au tableau la récitation du jour, sans savoir quoi faire de leurs grandes paluches de masturbateurs.

Les gens, comme la presse, dithyrambique, avaient l’air contents — ce qui me ramène à ma question initiale. L’ère du vide frappe aussi au théâtre. On leur a dit qu’Huppert est exceptionnelle (elle l’est, mais pas cette fois), on leur serine que Louis Garrel est splendide, le spectacle d’ailleurs a été interrompu pour lui permettre d’aller faire le bellâtre à Cannes, c’est un petit jeune homme sans conséquence, le digne fils de son père Philippe qui se croit metteur en scène et qui devrait de temps en temps réviser Ford ou Renoir.
Pas tout à fait une soirée perdue : cela m’a permis de constater, une fois de plus, que Paris est une ville déconnectée, définitivement accablée de déconstruction culturelle, et dont les élites auto-proclamées ne sont plus capables de huer un mauvais spectacle quand ils en voient un. Mais je ne crois pas que la province qui va au théâtre soit plus intelligente. Entre la réalité (la nullité de cette mise en scène) et la représentation circulent des simulacres — l’image de la « grande actrice », la réputation du « grand metteur en scène », et ce sont ces simulacres que l’on applaudit désormais.
Et pendant ce temps, les barbares…

Jean-Paul Brighelli

PS. Tout n’est pas noir à Paris. J’ai profité de mes 24 heures de débauche culturelle pour aller voir l’expo Bonnard à Orsay, et c’est magnifique.

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Brûlons les voiles

Contrairement à une légende tenace, les féministes n’ont jamais brûlé leurs soutiens-gorge. Elles avaient bien prévu de le faire, en ce jour de septembre 1968, pour protester contre l’élection, qu’elles jugeaient quelque peu futile et sexiste, de Miss Monde, mais elles n’ont pas eu l’autorisation de faire un feu en plein New York : alors, elles se sont contentées de les mettre à la poubelle. Symboles de l’aliénation, de la contrainte, de l’enfermement. On peut imaginer que les suffragettes des années 1900 ont jeté de même leurs corsets, avant même que Mary Phelps Jacob invente la première paire de brassières en 1913. Mais Paul Poiret dès 1906 (ou est-ce Madeleine Vionnet ?) avait créé des robes à taille haute qui impliquaient la disparition de cet accessoire quelque peu contraignant. En tout cas, la Première Guerre mondiale en a sanctifié la disparition.
Tout ça pour dire…

Plusieurs amies d’un féminisme incontestable (pas les pétroleuses des chiennes de garde, non : de vraies féministes, qui attachent plus d’importance aux réalités qu’aux symboles, et ne répugnent pas, éventuellement, à s’offrir de la vraie lingerie de charme sans avoir l’impression d’être des femmes-objets) m’ont avoué partager un sentiment que j’éprouve pour ma part chaque jour : celui de ne plus supporter le moindre vêtement qui implique l’abaissement de la femme.
Le voile islamique, par exemple. Pas seulement la burka, ni le tchador, toutes ces horreurs inventées par des barbares pour contraindre les femmes à disparaître. Non, les simples voiles islamiques. « Une offense perpétuelle contre les femmes », me dit l’une d’entre elles. « Le symbole de l’abaissement concerté des femmes », me dit une autre. Et elles comprendraient fort bien que ‘on interdise ces symboles d’oppression non seulement dans les universités, non seulement à la Poste ou dans les hôpitaux, et dans les services publics en général, mais dans la rue. Parce que ce sont des exemples déplorables de soumission à une soi-disant autorité masculine qui évoque la barbarie et le Moyen-Age. Et rien d’autre.

Et ce n’est pas être un ayatollah de la laïcité (prodigieux oxymore, quand on y pense…) que de dire cela. C’est juste une façon de se rappeler que sur les écoles et les monuments français, il y a, avant tous les autres, un petit mot de trois syllabes qui s’écrit LI-BER-TE. Et que c’est un concept qui ne se négocie pas. Je sais bien que cela fait hurler les idiots utiles de l’islamisme radical, qu’ils sévissent sur Médiapart ou ailleurs. Mais il n’y a qu’une liberté — celle de 1793? celle de 1905. Et elle ne peut tolérer les symboles de l’esclavage.

Dans une ville comme Marseille (et dans pas mal d’autres : il faut habiter Paris, quartiers des ministères, pour croire que le voile est une offense anecdotique), ce sentiment d’horreur est permanent, parce que des voiles, on en voit partout. Chaque seconde. Comme si toutes les Musulmanes de cette ville avaient une fois pour toutes intégré le fait qu’elles sont inférieures, qu’elles sont impudiques, qu’elles ont quelque chose à cacher — leurs cheveux, en l’occurrence, symboles, paraît-il, d’une toison secrète que l’on n’exhibe pas : il faut être singulièrement taré pour voir dans ces « toisons moutonnant jusque sur l’encolure », comme dit le poète, un rappel des boulettes pubiennes, qui d’ailleurs, ces temps-ci, n’existent plus qu’à l’état de traces ou de tickets de métro.
Alors, oui, j’appelle solennellement les Musulmanes de France (la France, hé, les filles, vous savez, Liberté, Egalité, Sensualité) à mettre à la poubelle, sur la voie publique, toutes leurs chaînes. Brûlez les voiles ! Dépouillez-vous de ce harnachement imbécile.
Et ne venez pas me dire que c’est votre choix, comme dans cette lointaine émission d’Evelyne Thomas. Ce qui est systématique, ce qui est imposé, ne peut jamais être un choix — ou alors, au sens où l’esclave choisit ses chaînes. Inutile de vous expliquer ce qu’est l’aliénation, j’imagine. Vous êtes enfermées, cloîtrées là-dessous comme des esclaves médiévales. Attendez de voyager en Arabie Saoudite — à Rome, il faut faire comme les Romains, et à la Mecque comme les wahabbites. Mais ici ! Il fait déjà 25° dans la journée, et vous vous enfouissez sous des voiles ? Vous êtes cinglées.
Oui, brûlez vos voiles. Jetez-les. Faites-les disparaître. Proposez à vos hommes de les porter, pour changer — après tout, eux aussi ont des cheveux — et des barbes — qui pourraient évoquer des toisons pubiennes bouclées. Ce serait drôle qu’au nom d’une pseudo-pudeur, tous ces grands obsédés portent des voiles sur la tête. Ça les changerait des casquettes de base-ball.
Mais justement ils ne le font pas. Les voiles, c’est bon pour les nanas. Eux s’en vont tête libre.
Et c’est bien de liberté qu’il s’agit. La liberté d’être libre, et de ne pas s’engloutir sous des oripeaux funèbres. La liberté d’aller cheveux au vent — et de leur dire merde si jamais ils vous font une réflexion. Une femme vaut un homme, vous savez. Et si jamais une religion dit le contraire, eh bien, elle ment. Parce qu’au fond, ce n’est qu’une affaire de pouvoir. « Du côté de la barbe est la toute-puissance » — c’est ce que Molière fait dire à un triste imbécile cocu avant d’être marié. Et c’est bien tout ce qu’il(s) mérite(nt).

Jean-Paul Brighelli

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T’es méraire, mais pas trop !

Najat Vallaud-Belkacem sur FR3, Najat Vallaud-Belkacem sur BFM, Najat Vallaud-Belkacem sur i-télé, Najat Vallaud-Belkacem dans les colonnes du JDD (et dans Gala, jamais ?), Najat Vallaud-Belkacem sur LCP, Najat Vallaud-Belkacem partout — et toujours seule. Enfin, face à des journalistes absolument complaisants (Ruth Elkrief a battu tous les records dans le genre) ou pétrifiés à l’idée qu’une question un peu incisive passerait pour de l’acharnement ethnique. Curieuse idée quand on y pense : que Najat Vallaud-Belkacem soit marocaine m’importe assez peu, j’applaudirais volontiers un ministre zoulou s’il était compétent. Quant au fait qu’elle soit une femme, même remarque : la parité est un dommage collatéral du politiquement correct, je me ficherais pas mal d’avoir un gouvernement exclusivement féminin s’il était plus efficace qu’un gouvernement masculin.
Sur i-télé, elle a enfin eu un opposant — mais Bruno Le Maire, infiniment poli, bien élevé, et pas assez imprégné, malgré ses conseillers, que l’on dit bons, du détail de l’Education nationale pour être un peu plus difficile à manier, n’était pas bien dangereux. De surcroît, un individu qui a tiré de son chapeau et des obsessions de certains syndicats (le SE-UNSA ou le SNUIpp, qui rêve de ressusciter les défunts PEGC) l’idée d’un corps unique de la maternelle à la Troisième n’a aucune crédibilité a priori — ni a posteriori. Peut mieux faire. Faudra revoir sa copie.

Nous avons assisté en un mois de polémiques à un véritable blitz médiatique, dont il n’est rigoureusement rien sorti : Najat Vallaud-Belkacem a asséné le même discours en boucle, avec les mêmes arguments faux et creux, affichant elle aussi une méconnaissance abyssale de son sujet. « Amateurisme souriant et buté », a dit Philippe Bilger. Mais Najat Vallaud-Belkacem n’en a cure : elle affiche le mépris abyssal de ceux qui ne se soucient pas d’avoir des arguments, persuadés qu’ils sont d’avoir raison. Contre vents et marées, contre tout le monde et contre les faits. Taubira est venue à son secours sur le même ton, au gré d’un tweet — les opposants aux réformes ne méritent pas mieux, et pas davantage : « Avec la même superbe nous les regardons de haut. » La parution du décret portant réforme du collège, au soir d’une journée de grève assez suivie, quand on pense que par les temps qui courent et avec les salaires de misère qui sont ceux de toute la fonction publique, une ponction de 60 à 110 euros dans le salaire mensuel n’est pas anodine.
À l’Assemblée même, où Najat Vallaud-Belkacem est bien obligée de répondre aux députés qui l’interpellent, elle a été puissamment secourue par Manuel Valls, qui ne perd pas une occasion de l’épauler. Quand je pense que c’était Chirac que l’on appelait « super-menteur »… Ces deux-là font la paire.
Et les défenseurs des programmes, laurence de cock en tête (il est sidérant qu’Aggiornamento, qui ne représente rien dans le monde des profs d’Histoire-Géographie, ait obtenu du Conseil Supérieur des Programmes et des médias un adoubement aussi rapide), se sont alignés sur Najat Vallaud-Belkacem : arguments d’autorité, sourire méprisant, sentiment transparent d’un triomphe momentané, en attendant qu’on les pende. Quand je les vois, Michel Lussault en tête (l’homme pour qui « nation » ou « patrie » sont des concepts creux), plastronner dans les étranges lucarnes, je me rappelle à chaque fois, je ne sais pourquoi, le sourire méprisant de Pierre Blaise jouant le milicien de choc en juin 44 dans Lacombe Lucien. Le sourire de ceux qui ont embrassé une cause véreuse, et qui vont jusqu’au bout parce qu’ils ont vendu leur âme au diable.

J’entends des voix s’élever çà et là pour réclamer un véritable débat avec quelqu’un qui s’y connaîtrait et aurait un peu de mordant — nous en connaissons tous. Mais ce débat n’aura pas lieu, parce que même si une chaîne se laissait tenter par le caractère médiatique de l’événement, ou la capacité de show de l’opposant, Najat Vallaud-Belkacem s’y refuserait. Elle n’a ni la compétence, ni le talent. Lorsqu’elle est coincée, le sourire se fige vite, et elle devient volontiers agressive, une contre-vérité assénée avec aplomb valant pour elle aussi bien, sinon mieux, qu’une vérité plus confuse — et la vérité est souvent confuse, ou complexe, en matière d’éducation.
Je n’ai jamais entendu dans la bouche d’un ministre autant de mensonges en aussi peu de temps — et depuis quarante ans que je fais ce métier, au collège, au lycée, en fac, en prépas, j’ai vu pas mal de politiciens inconsistants et de demi-pointures installés rue de Grenelle. Je n’ai jamais vu non plus de ministre aussi unanimement détesté par ses propres fonctionnaires. Sa performance devant Ruquier il y a deux mois, son éclat de rire en soulignant qu’on ne se fait pas prof pour l’amour de l’argent, ont fait comprendre à tous les enseignants qui se dissimulait derrière cette coiffure soigneusement entretenue — la fable du ministère est qu’elle passe plus de temps chez le coiffeur que dans son bureau.
En attendant la prochaine occasion d’en découdre, j’implore une chaîne quelconque d’imposer enfin à Najat Vallaud-Belkacem un adversaire à la hauteur, capable de la déchirer à belles dents, et qui n’ait pas l’étiquette UMP accrochée à ses basques. Un prof par exemple — un prof qui n’ait pas peur, et qui sache, parfois, ne pas être poli — au sens littéral de ce qui est encore rugueux. Il y en a marre de voir des demi-portions, des syndicalistes animés d’arrière-pensées, débattre face à ce monument de mauvaise foi qu’est Madame Najat Vallaud-Belkacem.

Jean-Paul Brighelli