Trois semaines après les faits, l’engouement suspect des masses pour “la chute de DSK” n’était pas retombé qu’il rebondissait déjà avec la comparution de l’intéressé, venu confirmer devant le tribunal ce que tout le monde savait : il plaidait non coupable. 

N’empêche ! France 2 et les chaînes d’info en continu (BFM TV, iTélé, LCI) n’ont pas hésité à organiser des “journées spéciales” pour couvrir ce non-événement. Vous me direz, on ne sait jamais : DSK aurait pu soudain craquer, tout avouer, exprimer des remords et réclamer un châtiment exemplaire… Ou se défenestrer, pour peu que la chambre ne siège pas au rez-de-chaussée.

Dans le monde réel, il a simplement répété : « Not guilty. » Encore n’a-t-on pas eu les images ni même le son. Et guère moyen de délayer, puisque l’“affaire” a été réglée en quatre minutes TTC. Encore heureux que nos télés aient eu droit à la manif des femmes de chambre avant, et aux débriefings des avocats après. Au moins deux trucs à se mettre sous la caméra !

 

Pour le reste, il a bien fallu meubler. Alors les journalistes se sont recopiés, les cameramen se sont filmés en rond et les débatteurs ont débattu. D’ailleurs, la seule chose qui soit ressortie clairement de leurs débats, c’est l’extrême prévisibilité de ce non-événement.

Le soir même, deux émissions vont rebondir sur cette actu, chacune à sa façon. Sur France 2 en guise de Complément d’enquête, Benoît Duquesne nous sert sa salade mixte avec des morceaux de Washington et de Sarcelles, l’avocat d’une plaignante qui ne veut pas porter plainte, le harcèlement sexuel des origines à nos jours et les sexologues en blouse blanche pour en parler.

Mais la vraie star de l’émission, qui pourtant a décliné l’invitation, c’est Anne Sinclair. Dans un moyen-métrage, ses proches la béatifient avant que, sur le plateau, son ex-mari Ivan Levaï, visiblement ému, la compare carrément à Antigone.

Cela dit, en zappant intelligemment, on peut voir aussi ce soir-là l’émission de Taddeï sur France3, et sur DSK toujours. Là, deux personnes que tout semble opposer posent tour à tour la même question.

Chez Jean-Xavier de Lestrade, documentariste oscarisé, spécialisé dans les affaires criminelles, ça donne : « Quels que soient les faits, comment DSK a-t-il pu se mettre dans cette situation-là ? »Dans la version de Mathieu Kassovitz, cinéaste indépendant même des indépendants, ça devient de l’Audiard revisité par Coluche : « Si je veux être président, c’est bon : je me la roule, et je la fumerai dans cinq ans ! »

C’est négliger l’hypothèse d’une double dépendance au sexe et au pouvoir. Au moins, dans son malheur (qu’il s’appelle innocence incomprise, péché ou folie), Dominique Strauss-Kahn a-t-il apparemment un bonheur qui s’appelle Anne Sinclair – “Antigone” pour les intimes. Celle qui, sans sourciller, paye l’addiction.

 

Publié pour Valeurs Actuelles, le 16 juin 2011

 

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